Auteur/autrice : francislippa

  • Le charme (musical) méconnu et magnifiquement révélé d’Adèle H. par Jean-François Verdier, son très bel Orchestre Victor Hugo, et ses excellents chanteurs…

    D’Adèle Hugo (Paris, 24 août 1830 – Suresnes, 21 avril 1915) _ la seconde fille, après Léopoldine (Paris, 28 août 1824 – Villequier, 4 septembre 1843), et cinquième enfant de Victor Hugo (Besançon, 26 février 1802 – Paris, 22 mai 1885) et son épouse Adèle Foucher (Paris, 27 septembre 1803 – Bruxelles, 27 août 1868) _, on a d’abord en tête le tragique portrait au cinéma du marquant film de François Truffaut « L’Histoitre d’Adèle H.« , dans lequel elle est incarnée par Isabelle Adjani.

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    Mais en 2004, Odile Blanchette alors conservatrice de Hauteville House, à Guernesey, a présenté au compositeur Richard Dubugnon des partitions manuscrites inédites d’Adèle Hugo, écrites lors de son séjour sur l’île avec son père. Persuadé de la qualité de cette musique, Dubugnon demande au directeur des Maisons Victor Hugo Gérard Audinet qu’il lui envoie des copies de ces mélodies. Après plusieurs années d’inventaire, mise au propre, et reconstruction pour certaines, ces partitions sont arrangées et orchestrées par ses soins pour être données en création mondiale par différents chanteurs et l’Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté, d’abord en mars 2023 à Besançon, puis en août 2023 à la Côte-Saint-André lors du festival de musique classique Berlioz.

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    Et voici que vient de paraître pour le label Alpha, un ravissant très très réussi CD « Adèle Hugo – Mélodies sur des Poèmes de Victor Hugo orchestrées par Richard Dubugnon« , le CD Alpha 1086,

    par l’Orchestre Victor Hugo et les chanteurs Adèle Hugo – Mélodies sur des Poèmes de Victor Hugo orchestrées par Richard Dubugnon, et le Chœur de l’Opéra de Dijon, tous placés sous la direction du décidément toujours parfait Jean-François Verdier, chef esemplaire.

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    Voici deux très positifs commentaires de ce ravissant CD,

    sous les plumes de Cédric Manuel, pour Forumopera.com, en date du 10 décembre 2024, intitulé « La Vie d’Adèle« ,

    et Jean-Luc Clairet, pour ResMusica, en date du 11 janvier 2025, intitulé « Adèle Hugo : la révélation » :

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    CD
    10 décembre 2024
    Reconstituées et orchestrées, les mélodies d’Adèle Hugo sur des textes de son père nous sont rendues avec délicatesse et brio

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    On a oublié Adèle Hugo. On l’a oubliée dès après son internement en 1872 sur demande de ce père écrasant qui l’aimait sans la comprendre. On l’a oubliée à sa mort 43 ans plus tard. On a d’ailleurs oublié les deux Adèle de Victor, mère et fille, parce qu’il y avait Juliette et Léopoldine, femme et fille préférées.

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    Puis on a redécouvert Adèle H, un jour, sous les traits d’Isabelle Adjani dans le long-métrage de François Truffaut, obsédée par son officier anglais jusqu’à en perdre la raison, déroutante, capricieuse, violente, jusqu’à devenir ce spectre enfermé, perdue pour le monde, pour un nouvel oubli.

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    « Pauvre Adèle », comme soupirait souvent son père. Lui-même avait-il oublié que sa fille était une artiste et que son monde à elle, c’était la musique ? Le patriarche, ami de Berlioz et de Liszt, savait pourtant bien qu’Adèle était une excellente pianiste et qu’elle avait suivi des cours de composition par correspondance avec Adoplhe Samuel, professeur au Conservatoire et même avec Ambroise Thomas. Mais celui qui aida tant Louise Bertin à se faire un nom n’a pas eu la même prévention pour sa fille.

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    Comme le rappelle la notice de ce très bel album _ oui ! _ consacré aux mélodies que la jeune femme a composées sur des extraits de poèmes de son père, on a redécouvert tardivement _ oui, oui : Odile Blanchette _les partitions de la compositrice qui, telle une Belle au bois dormant, se réveille à travers elles 100 ans après sa disparition.

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    Parfois incomplètes, ces pages couvrent plusieurs années d’écriture reconstituées patiemment, autour de poèmes et d’extraits des Misérables ; de même qu’elles révèlent des courtes partitions instrumentales, qui témoignent d’une inspiration parfois sombre (le « Bourdon ») ou pleine de mélancolie comme ce « Chant sans parole » pour violoncelle et piano.

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    Après ce long travail, les mélodies avec voix ont fait l’objet d’une orchestration subtile _ oui, et très réussie _ confiée par Jean-François Verdier, directeur musical de l’orchestre de Besançon – Victor Hugo (faut-il rappeler que ce dernier est né bisontin ?), à Richard Dubugnon avant de les enregistrer _ à Besançon en avril 2023, et Alfortville le 5 juillet 2024 _ pour le label Alpha.

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    Disons-le d’emblée, on ne boude pas son plaisir _ voilà ! _ en écoutant ces pages aimables, dont la simplicité parfois maladroite de l’autodidacte qui n’en est pas moins douée, n’atténue pas la fraîcheur _ oui, oui _, et elles s’inscrivent _ absolument ! _ dans le style des mélodies de leur temps.

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    Les artistes réunis pour l’occasion autour des musiciens de l’orchestre _ excellent ! _ précité défendent avec une belle conviction _ oui _ ces pages délicates _ en effet _, avec la voix gorgée de soleil qu’Anaïs Constans prête au joyeux « Oiseau qui passe », mais aussi à « Gavroche », avec notamment cette si célèbre et si poignante troisième chanson, celle des barricades, qui s’achève sur le dernier soupir de l’enfant atteint par une balle, « Je suis tombé par terre »… On frémira à l’écoute de l’excellent Laurent Naouri dans « l’Hymne des Transportés » où résonnent les échos poignants des proscrits portés avec lui par le chœur de l’Opéra de Dijon. Karine Deshayes magnifie l’amer « Regret » des Odes et ballades, et Isabelle Druet, le funèbre « Priez pour les morts » (extraits de la « Prière pour tous » des Feuilles d’automne), tandis qu’Axelle Fanyo prête sa voix chaude aux « Chants du crépuscule » et à « Flebile nescio quid » des Feuilles d’Automne, puis dans quelques strophes d’ « Encore à toi » tiré des juvéniles Odes et Ballades. Quant à Sandrine Piau, tour à tour espiègle et grave dans l’étonnante chanson des Châtiments, elle nous entraine délicatement dans la jolie ronde de la « Chanson de Jean Prouvaire », tirée des Misérables.

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    Une belle découverte, trop courte _ 57′ 52 _, qui rend justice _ enfin ! _ à cette artiste malmenée par la vie, écrasée par ses ombres, et pourtant si éloquente.

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    Adèle Hugo : la révélation

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    Le temps est enfin venu _ oui _ de faire entendre la voix des compositrices oubliées par l’histoire de la Musique. D’une constante inspiration mélodique _ mais oui ! _, la production d’ est de celles qui touchent immédiatement au cœur _ c’est très juste. Un très grand disque _ voilà ! _ de mélodies, orchestrées par et interprétées par une pléiade de valeurs sûres _ absolument _ du chant français.

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    Jusqu’ici s’appelait Adèle H. Le film _ en 1975 _ de François Truffaut, pour magnifique qu’il fût, semblait avoir définitivement tracé _ voilà _ pour la postérité le portrait de la dernière-née du grand écrivain français. On croyait tout savoir de celle qui, après que la folie obsessionnelle de la passion amoureuse l’eut éconduite de la société des hommes (c’était le scénario de L’Histoire d’Adèle H.), survécut de fait à ses géniteurs comme à la totalité d’une fratrie trop tôt décimée _  Charles Hugo (Paris, 3 novembre 1826 – Bordeaux, 13 mars 1871 ; François-Victor Hugo (Paris, 28 octobre 1828 – Paris, 26 décembre 1873. Celle qui avait été « une énigme » pour son illustre père (le grand homme de lettres alla jusqu’à confier à l’un de ses poèmes ses doutes quant à sa propre paternité _ tiens, tiens _), et semblait à jamais inscrite sur les tablettes de l’Histoire en femme malade trimballée sur vingt ans dans des maisons de santé, se révèle être aujourd’hui, l’année des 110 ans de sa disparition, une compositrice _ voilà ! Qui plus est, très inspirée _ vraiment…

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    Les 14 mélodies exhumées par les intérêts conjoints d’Odile Blanchette, la conservatrice de Hauteville House (la demeure-musée de Guernesey où Adèle vécut un temps avec son père après l’exil de ce dernier), du compositeur , de , chef de l’, font toutes montre d’un sens mélodique qui n’est pas sans évoquer celui du génie berliozien. Ni sucre, ni naphtaline _ absolument ! Une efficacité qui ne rime jamais avec facilité. Des Châtiments aux Misérables, toutes ces mélodies sans exception déposent leur musique aux pieds des vers du grand homme. Par quel mystère ce dernier, dont l’humanisme continue de percer dans la brume des dérives du Monde, a-t’il pu passer à côté du génie musical de sa propre fille, laquelle apprend-on également, fut non seulement l’auteur d’un conséquent Journal, mais aussi une virtuose du piano ? Quand on connaît le pouvoir thérapeutique de la musique sur le cerveau humain…

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    On aurait pu croire que la mélancolie serait maîtresse de cérémonie de la production musicale d’une jeune femme au destin aussi cahotant : elle est bien là (prégnants Chant du crépuscule I, Nuits de Juin, Flebile Nescio Quid) mais au côté du bonheur (La Chanson de Jean Prouvaire) comme de l’énergie militante (le beethovénien Ce que chantait Gavroche I, très proche de certain lied d’Egmont). Le magnifique Encore à toi réussit même le prodige de réunir les fragrances du grand Hector avec celles du divin Mozart. On a envie de tout fredonner _ mais oui _, voire de faire cortège avec l’irrésistible Hymne des transportés. Bref, un de ces disques enthousiasmants _ c’est parfaitement juste ! _ qu’aussitôt refermé, on a envie de faire rejouer _ oui !

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    L’album, remarquablement conçu _ oui _, entrecoupe ce magnifique florilège vocal de cinq mélodies sans paroles (et même presque sans titres), duos instrumentaux où peuvent briller en toute intimité quelques solistes de l’. Sous la direction de , la phalange bisontine (on reste en pays hugolien, la vieille ville espagnole étant, comme on le sait, la ville natale de l’écrivain) accompagne l’ouverture de cette malle aux pépites avec un recueillement ému. Plus copieux que lors du concert donné en 2023 au Théâtre Ledoux et à l’été qui suivit au Festival Berlioz, le disque l’est aussi en terme d’interventions chantées puisqu’aux pionnières et d’alors, sont accourues d’autres valeurs sûres du moment : , , et même .

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    On serait malvenu de chipoter quelques consonnes évanescentes çà et là, tant on gagne à l’option d’une prise de son qui tient à faire de ce merveilleux bouquet de cantatrices un instrument parmi d’autres, dans le but de faire entendre le superbe travail entrepris sur cinq années par (le compositeur dit, non seulement avoir dû orchestrer, mais aussi trier, compléter). C’est le cœur serré et l’œil humide qu’avec la sublime déploration Priez pour les morts, énoncée comme d’outre-tombe par une d’une somptueuse discrétion _ toujours excellente ! _, on prend congé d’, compositrice française.

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    Adèle Hugo (1830-1915) : Mélodies sur des poèmes de Victor Hugo (Nuits de Juin ; Châtiments ; Chants du crépuscule ; Flebile nescio quid ; Regret ; Chanson de Jean Prouvaire ; Ce que chantait Gavroche I, II et III;Hymne des transportés ; Chants du crépuscule I et II ; L’Oiseau passe ; Encore à toi ; Priez pour les morts). Avec : Karine Deshayes, Sandrine Piau, Axelle Fanyo, Anaïs Constans, sopranos ; Isabelle Druet, mezzo-soprano ; Laurent Naouri, baryton. Choeur (chef de choeur : Anass Ismat) de l’Opéra de Dijon. Orchestre Victor Hugo, direction : Jean-François Verdier. 1 CD alpha. Enregistrés en avril 2023 à l’Auditorium de La Cité des arts de Besançon et le 5 juillet 2024 au Studio de l’Orchestre National d’Ile de France. Notice trilingue (français, anglais, allemand) et livret bilingue (français, anglais). Durée totale : 57:52

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    Une superbe et très marquante réussite tant musicale que discographique, donc

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    Ce vendredi 24 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Belle confirmation d’appréciation du CD Mirare « Emmanuel Arakélian – Oeuvres pour orgue et clavecin – de Louis Marchand »…

    Ce jeudi 23 janvier 2025,

    l’article de Christophe Steyne « Louis Marchand par Emmanuel Arakélian au clavecin, à l’orgue : grandeur et poésie à l’apogée du Grand Siècle« , sur le site de Crescendo Magazine,

    vient amplement confirmer mon propre article « Un magique CD « OEuvres pour orgue et clavecin » de Louis Marchand (1669 – 1732), par un diablement inspiré et rayonnant Emmanuel Arakélian… » du 2 novembre 2024,

    qui lui-même citait l’article de la veille, 1er novembre 2024, « Le « Grand Marchand » sonne en gloire sur deux instruments historiques sous les doigts d’Emmanuel Arakélian« , de Frédéric Muñoz, sur le site de ResMusica…

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    Louis Marchand par Emmanuel Arakélian au clavecin, à l’orgue : grandeur et poésie à l’apogée du Grand Siècle

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    LE 23 JANVIER 2025 par Christophe Steyne

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    Louis Marchand (1669-1732) : Suites pour clavecin en ré (1669), en sol (1703). Livres pour orgue : extraits du Livre I et du Livre II. Grand Dialogue en ut majeur (Livre III). Emmanuel Arakélian, clavecin, orgue. Louis Alix, orgue troisième main. Livret en français, anglais. Décembre 2023. TT 80’49’’. Mirare MIR 740

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    Pour son premier album en solo, Emmanuel Arakélian s’est penché sur un éminent virtuose du Baroque français, dont il aborde les pièces pour clavecin et pour orgue sur deux prestigieux instruments. À notre connaissance, il s’agit du seul disque abordant ces deux versants de l’œuvre pour clavier de Marchand par un même artiste, fruit de la double habileté de l’élève d’Olivier Latry, Michel Bouvard, Olivier Baumont et Blandine Rannou. Le programme alterne séquences pour clavecin (les deux Livres sont là en bon ordre) et pour orgue, celles-là d’une structure moins évidente : entrée en fanfare sur le Grand Dialogue en ut majeur, conclusion sur la Suite en ré, à laquelle ne manquent que les deux redondantes Tierce en taille et Basse de trompette, et dont le sublime Quatuor s’interpose en milieu de CD, encadré par des extraits du Livre II.

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    Même si la toute première contribution entièrement consacrée au legs pour tuyaux reste celle de Michel Chapuis à Souvigny (Harmonia Mundi, 1962), les aînés de nos lecteurs le découvrirent peut-être grâce au vinyle d’une cinquantaine de minutes qu’André Isoir grava une décennie plus tard pour Calliope à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. C’est ce chef-d’œuvre des neveux Isnard, qui a bénéficié d’une récente restauration en 2017, qu’a retenu Emmanuel Arakélian, comme Bernard Coudurier avant lui (BNL, 1993). Il en est l’heureux titulaire, raison suffisante _ en effet ! _, qui nous permet d’admirer _ oui _ ce joyau de la facture française à son apogée (1772-1774), rescapé de la Révolution et des vicissitudes du temps. On imagine combien le Grand Jeu et la Fugue du Livre II, le Grand Dialogue en ut majeur profitent de la formidable batterie d’anches du Couvent Royal, avec Trompette à chaque plan sonore et Bombarde 16’ activable à la Résonance et son pédalier en tirasse. Cette tribune, on connaît la profonde suavité de ses Montres et Bourdons, on s’en délectera dans les Fonds.

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    À l’orgue du Temple de la Fusterie à Genève (Cascavelle), reconstruit par le jeune Pascal Quoirin (son deuxième chantier, quarante ans avant le relevage de Saint-Maximin), François Delor avait proposé un enregistrement vif et piquant. Emmanuel Arakélian s’en tient à une approche plus majestueuse, magnifiée dans l’austère grandeur du Plein-jeu à six parties, à l’instar de Frédéric Desenclos à Sarlat (Tempéraments) _ oui _, puis cisèle des phrasés émus, qu’on appréciera dans tel Trio, exquisément balancé, tel Récit dessiné sur un murmure, telle Tierce en taille exhalée sur une ample rumeur. Outre Chapuis, Isoir et Coudurier à la même console, cette prestation rejoint le meilleur de la discographie, marquée par Marie-Claire Alain à Caudebec-en-Caux (Erato), Jean-Baptiste Robin à Poitiers (Triton) et Marina Tchebourkina à Versailles (Natives).

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    Sous les doigts de Scott Ross, il a vu passer tout François Couperin et tout Rameau, cet emblématique hôte du château d’Assas, attribué à Pierre Donzelague (1668-1747), qu’aujourd’hui visitent Jean Rondeau, Pierre Hantaï et Justin Taylor dans la famille du Dijonnais ou dans les rivages italiens de Bach. Sans alourdir les basses, les micros d’Hugues Deschaux _ le magicien _ discernent sa limpidité mais aussi ses arômes complexes, excités dans la Gigue en plage 6. Philippe Beaussant (1930-2016) disait que la Gavotte de la seconde Suite permet de saisir, par contraste avec le reste de la production du compositeur lyonnais, combien l’art de François Couperin relève du style luthé.

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    Et pourtant, dans les deux cahiers, le toucher d’Emmanuel Arakélian nous rapproche souvent de l’auteur des Idées heureuses et de La Mézangère _ François Couperin. À le bien entendre, rien de plaqué, de claqué, mais une fluidité qui convient parfaitement au Prélude non mesuré, à l’Allemande du lot en sol, et même aux caractères plus incisif de la première Suite, dont la science harmonique apparaît subtilement diffractée, privilégiant le ruissellement des accords. Certes le panache n’est pas absent, mais il se domine, comme dans la Gigue. Ou les ruminations obstinées de la Chaconne, dont Emmanuel Arakélian enserre fermement le gabarit pour mieux l’animer, dans une invention sans cesse recommencée, rappelant ce que Jean-Paul Sartre écrivait des Mobiles de Calder : « il faut vivre dans son commerce et se fasciner sur lui. Alors l’imagination se réjouit de ces formes pures qui s’échangent, à la fois libres et réglées ».

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    Dans cette part du récital pincée aux becs, on n’applaudira pas les machinations ombrageuses qu’exaltait Blandine Verlet (Astrée, 1978), ni plus récemment la démonstration de brio d’Ewa Mrowca (Dux), mais une exemplaire attention accordée à la ductilité _ voilà _ typique de Marchand. À d’autres le contraste forcené, les brassées d’épices : l’interprète avignonnais nous offre une exploration de poète, où l’on peut s’abandonner à la rêverie nonchalante de la Sarabande, sondée non sans détachement, entretenant l’ambivalence envers ce qui s’apparenterait à la componction. Sans esbroufe mais non sans intensité _ oui _, Emmanuel Arakélian réveille l’intensité de ces pages auxquelles il accorde toute sa sensibilité. Dans la paire de Courantes, ces mines vaguement poseuses qu’il esquisse, mais sincères, comme éperdues devant l’indifférence des cœurs, seraient celles du Mezzetin peint par Antoine Watteau.

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    Christophe Steyne

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    Son : 9 – Livret : 8,5 – Répertoire : 8-10 – Interprétation : 10

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    Un grand CD pour un très grand compositeur ;

    et un article de commentaire d’écoute très riche et très précis…

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    Ce jeudi 23 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Se délecter au charme idéal de Reinoud van Mechelen interprétant des airs de concert de Mozart, en le CD Alpha 1114 « Mozart – Concert Arias – Reinoud van Mechelen – A Nocte Temporis » : quel plaisir !

    Une interprétation idéale d’airs de concert de Mozart pour ténor, par Reinoud van Mechelen, ténor, dirigeant son ensemble A Nocte Temporis,

    dans un admirable CD Alpha 1114 « Mozart – Concert Arias » _ enregistré en décembre 2023 à Anvers _,

    qui vient magnifiquement marquer la discographie de ce répertoire, assez peu couru, et surtout jamais aussi splendidement incarné, pour notre bonheur musical, depuis Jozsef Réti, en 1970 pour Hungaroton…

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    Dans le numéro 741 du mois de de février 2025 de Diapason _ qui décerne à cet album enthousiasmant un Diapason d’Or mieux qu’amplement mérité ! _,

    Jean-Philippe Grosperrin déclare, entres autres justissimes compliments, ceci :

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    « La poésie du disque tient à cette vie délicate, enveloppante, unitaire, que respire l’ensemble  _ A nocte temporis _ conduit par le chanteur lui-même. (…) Chaque air trouve son climat exact. (…) Van Mechelen dispense partout les nuances d’une langueur couleur d’âme, sans rien émietter. En témoigne, en tête du programme, cet _ éblouissant ! _ air d’entrée de Mithridate _ « Se di lauri il crine adorno », KV 87/74a _ (…) où le pari d’un chant d’abord invocatoire, plus sacré que tragique, admirablement dominé, ravit.

    Un grand disque mozartien« .

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    Tout est dit là.

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    Un charme tendre et sublime, qui nous marque de sa lumineuse irradiante sérénité !!!

    Pour jamais…

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    Ce mercredi 22 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Et découvrir le chef d’œuvre de Valentin Silvestrov « Requiem für Larissa » dans l’interprétation bouleversante, live à Munich le 17 juin 2011, du Chœur et de l’Orchestre de la Radio de Munich, sous la direction magnifique du chef estonien Andres Mustonen…

    Dans ma découverte progressive de l’œuvre musical du compositeur ukrainien Valentin Silvestrov,

    je me suis procuré le CD BR Klassik 900344 du Chœur et de l’Orchestre de la Radio de Munich, et les chanteurs Priska Eser, Jutta Neumann, Andreas Hirtreiter, Wolfgang Klose et Michael Mantaj, sous la direction inspirée du chef estonien Andres Mustonen, enregistrés live à Munich le 17 juin 2011 :

    une interprétation bouleversante d’un immense chef d’œuvre…

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    Ce Mardi 21 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa