Auteur/autrice : francislippa

  • La question de l’objectif de la justesse à viser, sinon réussir à atteindre, dans les diverses pratiques (composition, interprétation, production, écoute, témoignage) concernant la musique _ en réponse à un courriel d’Eric Rouyer…

    Cher Éric Rouyer,

     
    merci de me faire partager cette bien intéressante correspondance
    notamment avec des interprètes centrés, probablement, sur la « vérité » (ou « justesse ») des œuvres mêmes des compositeurs
    plutôt que sur leur propre carrière d’interprètes, les médias, leur image, leur ego…
    C’est du moins ce que vous, producteur _ du label Le Palais des Dégustateurs _, me semblez attendre d’eux…
     
    Mélomane passionné seulement que je suis, et pas du tout interprète musicien,
    je peux, bien sûr, comprendre les très prégnants soucis d’activités professionnelles des interprètes
    _ dont le parcours (de carrière) en vue de la reconnaissance (par les concerts, par les disques, etc.) est forcément compliqué et stressant.
    Il y faut, en effet, pas mal de courage et de ténacité…
    J’ai côtoyé de près certains d’entre eux : leur expérience m’est ainsi proche…
     
    Mais, de (et en) cette situation de mélomane seulement,
    c’est la justesse d’interprétation des œuvres des compositeurs par leurs interprètes qui personnellement m’intéresse (et que je recherche) en tant qu’écouteur passionné des interprétations, afin d’accéder le mieux possible à la « vérité » même des œuvres, 
    même si cette « justesse » d’interprétation elle-même est forcément, déjà, très complexe,
    donnant lieu à des analyses _ « musicologiques », et non pas strictement musicales… _ fort intéressantes pour l’esprit,
    se situant elles-mêmes, théoriques qu’elles sont, « à côté » des soucis éminemment pratiques, eux, de la perfection du « rendu » des œuvres par les interprètes,
    au disque comme au concert…
    Je pense, par exemple ici, aux analyses et pratiques passionnantes d’un Gustav Leonhardt ou d’un Nikolaus Harnoncourt…
     
    Nous tournons donc ici autour de la question du statut et des enjeux internes (et non contextuels et socio-historiques) de l’ « interprétation » des œuvres musicales,
    qui croise _ autour de ce qu’est écouter, interpréter, composer… _ le questionnement que j’ai eu, au mois d’août 2011, en mes 3 articles _ détaillés _ suivants,
    dont j’ai conservé le souvenir (je désirais en effets faire inviter les auteurs concernés (Martin Kaltenecker, pour L’Oreille divisée ; Christian Accaoui, pour les Éléments d’Esthétique musicale : notions, formes et styles en musique ; Alain Corbellari, pour Les Mots sous les notes…) témoigner de leurs analyses très fines à Bordeaux ; mais cela ne s’est pas fait) :
     
     
     
    Tout cela,
    et des divers points de vue envisagés (compositeur, interprète, producteur, mélomane),
    est assurément important,
    et nécessite, à chaque strate, et pour chacun, d’essayer d’écarter au mieux les facteurs négatifs de parasitage de la justesse :
    que ce soit la justesse de la composition, la justesse de l’interprétation, la justesse de la production, et la justesse de l’écoute, des œuvres ;
    sans oublier la justesse du témoignage a posteriori des interprétations de ces œuvres… 
     
    À chaque strate, importance fondamentale et extrêmement vigilante, sans trop de compromission qui viendrait la gâcher,
    de l’honnêteté et de l’humilité de chacune de ces opérations : composition, interprétation, production, écoute, témoignage,
    de la part du compositeur, de l’interprète, du producteur, de l’écouteur, et du rapporteur témoignant…
    Ce qui est toujours, et chaque fois, à chaque étape, difficile à réaliser et vraiment obtenir ; le chantier étant même infini…
     
    Mais « Tout ce qui est beau est difficile autant que rare »,
    concluait splendidement son Éthique le cher Spinoza.
     
    Merci !!!
    Honnêteté et humilité font partie de votre apanage…
     
    Francis Lippa, à Bordeaux
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    Ce mercredi 6 octobre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • La très puissante intervention de François Devaux lors de la remise par Jean-Marc Sauvé, président de la CIASE, du rapport de la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels de l’Eglise catholique, ce 5 octobre 2021

    L’événement marquant que constitue la remise du rapport Sauvé _ Jean-Marc Sauvé étant le Présidentdent de la CIASE, la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels de l’Eglise catholique _, ce 5 octobre 2021,

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    a offert la possibilité à François Devaux,

    l’un des trois co-fondateurs, avec Alexandre Hazez et Bertrand Virieux, de l’Association « La Parole libérée« , créée le 17 septembre 2015, et auto-dissoute le 26 mars 2021,

    d’exprimer une très ferme et puissante prise de position, à l’égard de l’Église, eu égard aux faiblesses _ persistantes _ de cette institution face aux crimes et délits pédosexuels dont les procès du père Preynat _ ou, secondairement, de Monseigneur Barbarin _ ont manifesté la stupéfiante gravité…

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    Cf le très fort passage de 15 minutes environ de l’intervention de François Devaux, entre 12’50 et 26’42 de la vidéo…

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    J’avais personnellement principalement pris connaissance, avec retard, de ces faits, et des témoignages bouleversants _ cf ceux rassemblés par l’Association La Parole libérée ; ainsi que le livre-blanc des violences sexuelles sur mineurs : « Marianne, n’entends-tu pas tes enfants pleurer ?« … _ que ceux-ci, bien plus tard, avaient fini par susciter, lors de mes visions, en janvier 2020, du DVD du puissant excellent film de François Ozon, « Grâce à Dieu« , sorti sur les écrans en 2018 :

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    cf mes deux articles (rapides) des 13 et 14 janvier 2020 :  et  …

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    Sur l’importance de l’Association « La Parole libérée« ,

    cf aussi ce bel article de La Vie, en date du 8 janvier 2020, et sous la plume de Sophie Lebrun :

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    Protection des mineurs : Ce qu’a changé la Parole libérée

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    L’association de victimes agressées sexuellement par des clercs, créée en 2015, a permis aux victimes de l’ancien prêtre Bernard Preynat de se faire connaître et entendre. Elle a aussi toujours cherché à élargir son action.
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    Sophie Lebrun
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    Publié le 08/01/2020 à 00h00 I Mis à jour le 09/01/2020 à 11h48

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    Bruno Ansellem / Divergence

    Bruno Ansellem / Divergence • BRUNO ANSELLEM / DIVERGENCE

    _ ici, une photo de Pierre-Emmanuel Germain-Thil, Alexandre Hezez et François Devaux… 

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    En décembre 2015, trois hommes _ Alexandre Hezez, François Devaux et Bertrand Virieux _ créent la Parole libérée. L’objectif de cette association était alors de rassembler les victimes de leur ancien chef scout, le prêtre lyonnais Bernard Preynat. Alexandre Hezez, François Devaux, Bertrand Virieux, vite rejoints par Pierre-Emmanuel Germain-Tilh et bien d’autres _ dont, par exemple, Laurent Duverger, dont le très fort témoignage vidéocasté (de 8′), au Centre Pompidou, est, en sa sobriété parfaitement maîtrisée, terrible, et proprement bouleversant… Ces quadragénaires se sont alors avancés devant les caméras, déterminés et calmes _ oui.

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    À visage découvert, ils ont planté leur regard droit dans les yeux des téléspectateurs et ont raconté sans crainte le traumatisme de leur agression sexuelle subie quand ils étaient enfants. Cette médiatisation, couplée à une utilisation d’Internet pour être accessible à tous et à tout moment, a créé une véritable déflagration _ oui _ dans les milieux catholiques et au-delà. La Parole libérée, en quatre ans d’existence _ un peu plus, in fine : du 17 septembre 2015 au 26 mars 2021, à son auto-dissolution _, a entraîné des centaines de personnes à porter leur témoignage devant les médias, mais aussi devant les tribunaux et sur le bureau des évêques. Dépassant les parvis, elle a réussi à interpeler l’opinion publique _ oui _, déjà sensibilisée par une large libération de la parole.

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    Force est de constater que c’est grâce à cette pression _ en effet _ que l’Église catholique a, finalement, agi _ mais encore très insuffisamment ; bien des esquives ayant continué de se produire et réitérer… Plusieurs évêques _ mais pas tous : l’institution a ses courants divers… _ reconnaissent les effets positifs de cette mobilisation : « Le travail que vous avez fait a permis, et permet encore, que des victimes prennent la parole », déclarait sans détour Luc Crepy, évêque en charge de la Cellule de lutte contre la pédophilie au sein de la CEF, à La Vie lors d’un entretien croisé avec Alexandre Hezez en 2018. « Avec la Parole libérée, une belle étape de vérité a été faite », ajoutait-il. Même l’évêque auxiliaire de Lyon, Emmanuel Gobilliard, a remercié l’association : « Merci à Alexandre d’avoir été le premier à porter plainte. Merci à Alexandre et François d’avoir permis à certains de revivre. Libérer la parole nous a fait revivre, a-t-il lancé le dernier jour du procès mettant en cause le cardinal Barbarin, le 10 janvier 2019. Merci d’avoir permis que le procès de Preynat ait lieu […]. Merci d’avoir secoué l’Église. »

     

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    Pourtant, le ton adopté par la Parole libérée n’a pas manqué de virulence, avec une « méthode punchy » voire « borderline » assumée _ effectivement : aujourd’hui encore… _ par son président François Devaux. « Il a fallu qu’ils montrent leur rage, leur colère pour que les lignes bougent, souligne un des organisateurs du Congrès Mission, engagé dans l’Église depuis de nombreuses années. Dans leurs prises de parole, j’ai vu des hommes écorchés vifs, blessés par une Église qui s’est révélée pour eux être un monstre administratif froid avec une novlangue compassionnelle pour protéger son image » _ voilà… S’il regrette que le cardinal Philippe Barbarin ait été une « cible prenant pour tous les autres responsables ecclésiaux, dont certains, aujourd’hui, peuvent encore agir de manière légère sur ce sujet tellement crucial », il reconnaît que pour être « lanceur d’alerte », « il a fallu une prise de risque majeure ».

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    Philippe Lefebvre, prêtre dominicain, a été un de ces « lanceurs d’alerte » sur les abus dans l’Église pendant de longues années, sans être entendu : « Le caractère indépendant de cette association a permis de sortir d’un entre-soi ecclésial, entraînant de nombreuses évolutions. » À ses yeux, si la Commission d’enquête sur les abus dans l’Église a été lancée et est financée par les évêques de France, elle est une « suite » _ oui _ au travail de l’association de victimes. « J’ai été auditionné par cette commission. C’est la première fois que quelqu’un mandaté par l’Église m’a écouté », confie-t-il, ému.

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    Pour Stéphane Joulain, prêtre psychiatre engagé dans l’accompagnement des victimes et des auteurs d’agression dans l’Église depuis plus de 20 ans, « l’association a donné un visage _ oui _ à la dimension systémique _ institutionnelle _ de ce drame ». Cela a suscité la création d’autres associations tout en nourrissant les initiatives déjà existantes, comme le groupe « Comme une mère aimante », né à Versailles, qui rassemble des mères de familles voulant soutenir des victimes d’abus. « Depuis, un réseau entre nous se tisse peu à peu, on se sent moins seuls », confie sa présidente Camille de Metz-Noblat. Quant à la Parole libérée, elle vient de réaliser _ l’article est en date du 8 janvier 2020 _ une levée de fonds de 35.000 euros pour faire évoluer son action alors qu’arrive la fin des procédures judiciaires qu’elle a portées jusque-là. Projet en construction : la création d’un observatoire national afin d’établir des chiffres sur le fléau des violences sexuelles sur mineurs, _ encore _ très peu documentés aujourd’hui.

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    Le travail engagé par la Parole libérée n’est donc pas encore achevé _ en effet.

    Et on comprend fort bien la virulence _ contenue, mais vibrante _ à la tribune du très remarquable infatigable François Devaux, ce jour, pour la remise du rapport de la CIASE, par le Président de celle-ci, François Sauvé.

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    François Devaux précisant que ces 15 minutes d’intervention à la tribune lui ont été très aimablement cédées par Antoine Garapon _ que nous avons reçu à la Société de Philosophie de Bordeaux…

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    Un dossier volcanique…

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    Ce mardi 5 octobre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ce chef d’oeuvre qu’est l’ »OEdipe » (1936) de Georges Enesco (1881 – 1955) enfin redonné à l’Opéra de Paris !

    Ce jour, ResMusica, sous la plume de Michèle Tosi,

    et en un article intitulé « Wajdi Mouawad rend justice à l’Œdipe de Georges Enesco« ,

    nous apprend la re-création à Paris, le 29 septembre 2021,

    de ce chef d’œuvre de l’opéra du XXe siècle qu’est l’ »Œdipe«  _ créé à l’Opéra Garnier, à Paris, le 13 mai 1936 _ de Georges Enesco (Liveni, 19 août 1881 – Paris, 4 mai 1955)…

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    Une recréation sinon à l’Opéra-Garnier,

    du moins à l’Opéra-Bastille…

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    Wajdi Mouawad rend justice à l’Œdipe de Georges Enesco

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    Fin connaisseur des tragédies de Sophocle, le metteur en scène et directeur du théâtre de La Colline Wajdi Mouawad s’empare de l’Œdipe de Georges Enesco, l’unique opéra _ en effet _ du compositeur roumain, et signe une épure poétique aux couleurs flamboyantes.

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    L’opéra n’avait jamais été remonté par l’Opéra de Paris depuis sa création à Garnier en 1936. Il est le fruit d’une longue maturation de la part du compositeur, près de trente ans _ oui _ depuis la révélation que fut, pour lui, la découverte d’Œdipe roi de Sophocle joué en 1909 à la Comédie-Française. Le livret d’Edmond Fleg est une version condensée des deux tragédies de l’auteur grec, Œdipe roi et Œdipe à Colone. Wajdi Mouawad y ajoute un préambule non musical qu’il déclame lui-même en voix off.

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    Oubliant la malédiction d’Apollon, Laïos et son épouse Jocaste fêtent la naissance d’Œdipe dans un premier acte haut en couleurs où chaque tête s’orne d’une coiffe à la Bob Wilson, façon végétale (fleurs et feuillages selon les sexes et les personnages), symbole d’une fécondité autour de laquelle se noue la tragédie. Privilégiant les lignes verticales et l’aspect monumental de la scénographie, Emmanuel Clolus érige un immense rocher pour le décor du deuxième acte, tandis que des panneaux mobiles, à l’image des portes de Thèbes, reconfigurent l’espace scénique à chaque tableau. Des personnages géants aux costumes brillants (la présence des aïeux) occupent la scène au sein d’une masse chorale très sollicitée. Si les surtitres en anglais passent toujours au-dessus de nos têtes, le texte français s’affiche sur le décor, dans un confort de lecture très appréciable.

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    Georges Enesco a signé une partition somptueuse _ oui ! _dont Ingo Metzmacher cisèle les contours avec une précision d’orfèvre. Louvoyant entre le style du « Grand opéra » français et l’art du timbre d’un Debussy, l’écriture déploie une dramaturgie sonore très suggestive qui ne va pas sans une certaine emphase. Les pages d’orchestre se multiplient (superbes préludes et interludes), le deuxième tableau invitant sur scène une flûte, celle du berger qui tire de son instrument une plainte douloureuse. La vocalité regarde vers la déclamation debussyste, au plus près de la prosodie, convoquant parfois la voix parlée, comme dans le troisième acte où les mots désespérés d’Œdipe s’inscrivent sur la partie orchestrale à la manière d’un mélodrame. Enesco use également de ressorts théâtraux aux effets archaïsants, tels ces glissandos qui font ployer les voix et renforcent l’aspect tragique et intemporel du propos. Ils accusent les accents maléfiques de la Sphinge à la fin du deuxième acte dans une des scènes les plus fascinantes de l’opéra où la mezzo-soprano Clémentine Margaine, dans tout l’éclat de son registre, s’adresse à Œdipe pour le défier.

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    Face à l’écrasante majorité des voix d’hommes, les dames ne font que de courtes apparitions dans l’opéra. Anne Sofie von Otter, dans le premier acte, incarne une Mérope (la mère adoptive d’Œdipe) avec l’élégance et la clarté d’élocution _ oui _ qu’on lui connait. Ekaterina Gubanova est une Jocaste émouvante, alliant beauté du timbre et souplesse de la diction. Au côté d’Œdipe aveugle qu’elle accompagne durant le quatrième acte, l’Antigone d’Anna-Sophie Neher est attachante, prêtant sa voix juvénile autant que rebelle à un personnage au caractère bien trempé. Si la voix de Laurent Naouri manque un rien d’assise au premier acte, dans le rôle exigeant du Grand Prêtre, on apprécie la puissance et la projection de la basse Clive Bayley dans Tirésias, tout comme celle de Nicolas Cavallier, séduisante et ensorceleuse dans son air du Veilleur. Citons encore le Laïos de Yann Beuron _ que j’apprécie tout particulièrement _, tombant sous les coups d’Œdipe au deuxième acte, le Créon de Brian Mulligan, ardent et vindicatif, ainsi que le Berger à la voix claire (et à la coiffe en forme de panier d’osier) de Vincent Ordonneau. Mais le plateau reste dominé par l’incarnation magistrale du baryton Christopher Maltman dans l’écrasant rôle titre, exprimant toute la vulnérabilité d’un personnage qui finira par clamer son innocence et dont les accents douloureux de père déchu dans le troisième acte évoquent ceux d’un Boris Godounov. Saluons pour finir l’excellence des chœurs dont les voix irriguent toute la tragédie, personnage en soi, présent ou invisible comme celui des Euménides qui referme l’opéra dans une lumière et une sérénité retrouvées.

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    Crédits photographiques : © Elisa Haberer / Opéra national de Paris

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    Paris. Opéra Bastille. 29-IX-2021.

    Georges Enesco (1881-1955) : Œdipe, tragédie lyrique en quatre actes et six tableaux ; livret d’Edmond Fleg d’après Sophocle.

    Mise en scène : Wajdi Mouawad.

    Décors : Emmanuel Clolus. Costumes : Emmanuelle Thomas. Maquillage, coiffures : Cécile Kretschmar. Lumières : Eric Champoux. Vidéo : Stéphane Pougnand.

    Christopher Maltman, baryton, Œdipe ; Brian Mulligan, baryton, Créon ; Clive Bayley, basse, Tirésias ; Vincent Ordonneau, ténor, Le Berger ; Laurent Naouri, baryton, Le Grand Prêtre ; Nicolas Cavallier, basse, Phorbas / Le Veilleur ; Adrien Timpau, baryton, Thésée ; Yann Beuron, ténor, Laïos ; Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano, Jocaste ; Clémentine Margaine, mezzo-soprano, La Sphinge ; Anna-Sophie Neher, soprano, Antigone ; Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano, Mérope ; Daniela Entcheva, contralto, Une Femme thébaine ; Sylvie Delaunay, Marie-Cécile Chevassus, Les thébaines ; Luca Sannai, John Bernard, Hyun Jong Roh, Bernard Arrieta, Jian-Hong Zhao, Hyunsik Zee, Les Thébains ; Félicité Grand, Marie Texier, Antigone enfant.

    Maîtrise des Hauts-de-Seine ; Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris (cheffe des chœurs, Ching-Lien Wu ; directeur de la maîtrise, Gaël Darchen) ;

    Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris ; direction musicale : Ingo Metzmacher.

     

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    Voici un intéressant article, intitulé « En attendant 2036« , sous la plume de Laurent Bury, et en date du 18 mai 2018, 

    qui se demandait s’il faudrait attendre 2036 pour voir redonner cet Œdipe d’Enesco sur la scène de l’Opéra, à Paris…

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    En attendant 2036

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    CD
    Œdipe
    Par Laurent Bury | ven 18 Mai 2018 |
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    L’Opéra de Paris a décidément la mémoire courte, et se montre fort réticent à reprendre les rares titres considérés _ et à très juste titre !!! _ comme des chefs-d’œuvre parmi tous ceux qui ont été créés au Palais Garnier. Pendant plusieurs années, une rumeur a prétendu que l’on verrait bientôt à Bastille l’Œdipe d’Enesco, dont la première avait eu lieu à Paris en 1936 ; on parlait d’une coproduction avec Bruxelles, où Œdipe fut monté par la Fura dels Baus en 2011. Hélas, ces bruits sont restés lettre morte, et l’on se demande s’il ne faudra pas maintenant attendre 2036 _ voilà… _ pour que le centenaire de la création de l’œuvre lyrique d’Enesco connaisse à nouveau les honneurs de notre capitale (le Capitole de Toulouse, lui, a eu le courage de la présenter en 2008 _ Bravo ! _).

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    En attendant cette hypothétique Œdipe parisien, on pourra aller voir l’œuvre à Amsterdam, où elle sera donnée en décembre prochain, dans la production bruxelloise également vue à Londres en 2016. Et pour se préparer à ces représentations, on se tournera naturellement _ forcément ! _ vers le disque. Si l’on oublie momentanément la version traduite en roumain (donnée pour la première fois à Bucarest en 1958), il existe trois enregistrements d’Œdipe sous sa forme originale en français. La plus récente est un live capté au Staatsoper de Vienne, dirigé par Michael Gielen, avec Monte Pederson dans le rôle-titre _ un album Naxos. Le seul enregistrement de studio est celui gravé en 1989 par Lawrence Foster à la tête de l’orchestre de Monte-Carlo, avec José van Dam en Œdipe _ chez EMI _ ; dans ces deux versions, le rôle de la Sphynge était tenu par _ la merveilleuse _ Mariana Lipovsek. Le label Malibran _ oui _ réédite la plus ancienne, écho d’un concert radiophonique de 1955, avec une distribution intégralement francophone, qui inclut même deux artistes ayant participé à la création. C’est dire la valeur de document qu’offre ce disque, où l’on trouve réunie la fameuse Troupe de l’Opéra de Paris à l’époque de son zénith _ voilà ! _, nous y reviendrons.

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    A la tête de l’orchestre, Charles Bruck. Un chef roumain pour diriger l’œuvre de son compatriote, mais surtout un très grand chef pour l’opéra du XXe siècle, qui allait diriger deux ans plus tard un inoubliable Ange de feu. Grâce à lui, Œdipe est parcouru d’un souffle exceptionnel et, moins de vingt ans après sa création, la partition se pare _ en 1955 _ d’une modernité qu’elle ne retrouvera guère sous la direction plus placide d’un Lawrence Foster. Les quelques coupures ne défigurent pas l’œuvre, et la durée totale est ici comparable à celle du live paru chez Naxos, même s’il manque environ une demi-heure de musique par rapport à l’intégrale de studio EMI.

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    Quant à la distribution, elle est exceptionnelle car tout le monde y chante dans sa langue, et y chante admirablement, avec un style empreint de noblesse, loin de tout histrionisme _ voilà. Xavier Depraz trouve là le rôle de sa vie, ou du moins l’un des rôles, déclamant à merveille, ne faisant qu’un avec son personnage tourmenté. Rita Gorr se surpasse dans la scène de la Sphinge, tandis que Geneviève Moizan campe une Jocaste aux moyens opulents. Berthe Monmart en Antigone relève du grand luxe, et Freda Betti est une truculent Mérope. Du côté des nombreuses voix d’homme, c’est la fête, avec l’équipe des concerts de la RTF à l’époque : côté clefs de fa, les excellents André Vessières et Lucien Lovano, côté ténors, un Joseph Peyron très acceptable en Laïos et un Jean Giraudeaupittoresque en berger.

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    Et en complément, le coffret propose même les dix dernières minutes de la version en roumain, pour ceux qui préfèrent Enescu à Enesco.

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    Cet Œdipe d’Enesco de 2021

    constitue donc un événement musical tout à fait digne d’être remarqué…

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    Ce lundi 4 octobre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • Le grand Claudio Magris, Prix des Dialogues sur l’Homme, à Pistoia : un regard lucide sur l’humanité…

    Le Corriere della Sera du samedi 25 septembre dernier propose la vidéo d’une interview du grand Claudio Magris, né le 10 avril 1939 à Trieste,

    sous le titre «L’uomo? Creatura che sconquassa»,

    à l’occasion de la remise, à Pistoia, de il Premio Internazionale Dialoghi sull’uomo…

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    Magris: «L’uomo? Creatura che sconquassa»

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    Magris: «L’uomo? Creatura che sconquassa»
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    Allo scrittore è stato assegnato a Pistoia il Premio Internazionale Dialoghi sull’uomo

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    Sabato 25 settembre, in piazza del Duomo a Pistoia, lo scrittore e giornalista Claudio Magris ha ricevuto il Premio Internazionale Dialoghi sull’uomo, istituito nell’ambito del festival di antropologia del contemporaneo Pistoia – Dialoghi sull’uomo, promosso dalla Fondazione Cassa di Risparmio di Pistoia e Pescia e dal Comune di Pistoia, ideato e diretto da Giulia Cogoli. In questo video, registrato in questa occasione, lo scrittore riflette su una possibile definizione di uomo. Il Premio Internazionale Dialoghi sull’uomo è conferito a una figura del mondo culturale che con il proprio pensiero e lavoro abbia testimoniato la centralità del dialogo per lo sviluppo delle relazioni umane e contribuito a migliorare il dialogo e lo scambio interculturale. La giuria formata da Lorenzo Zogheri, Giulia Cogoli, Marco Aime, Adriano Favole e Luca Iozzelli – a cui è dedicata l’edizione 2021 del festival – ha così motivato il riconoscimento allo scrittore :

    «Intellettuale europeo e cittadino del mondo, di cui è stata autorevolmente sottolineata in questi anni l’“identità plurale”, che gli ha guadagnato grandissima fama come lucido testimone della nostra epoca alla deriva. Insigne germanista, originale e grande scrittore, intenso e commovente drammaturgo, poliedrico saggista con forte caratura etica che si esprime anche negli interventi giornalistici, fine traduttore, appassionato e instancabile viaggiatore, Magris rappresenta al meglio l’immagine plurale della letteratura europea. In un’epoca in cui muri e confini anziché dissolversi rinascono subdolamente, Claudio Magris, con i suoi scritti e con il suo impegno intellettuale, testimonia costantemente l’importanza del dialogo come strumento primo della convivenza».

    Dopo la cerimonia di premiazione, Magris ha tenuto una conferenza con lo scrittore Paolo Di Paolo dal titolo «Quando comincia l’uomo ?».

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    Voici cette vidéo.

    La lucidité de Claudio Magris fait honneur à l’humanité…

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    Ce dimanche 3 octobre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa