Auteur/autrice : francislippa

  • Les exercices spirituels de Jean Clair : à l’inlassable écoute des voix du silence de quelques lieux et personnes tendrement aimés

    Le 20 mai 2011, j’ai eu l’immense privilège de m’entretenir une bonne heure durant _ un de mes deux entretiens les plus extraordinaires ! Somptueux !!! _ avec le merveilleux Jean Clair à propos de deux de ses livres d’alors : Dialogue avec les morts & L’Hiver de la culture (cf mon article du 16 juillet 2011 : ).

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    Et ces derniers temps, je m’inquiétais un peu de ne pas avoir pu accéder ces années-ci _ depuis 2015 _ à un nouvel ouvrage de lui dans la série _ qui m’agrée tant ! et me donne, même indirectement (il est très discret), quelques petites nouvelles de lui… _ dite par lui-même des Écrits intimes :

    Journal atrabilaire (2006), Lait noir de l’aube (2007), La Tourterelle et le chat-huant (2009), Dialogue avec les morts (2011), Les derniers jours (2013), La Part de l’ange (2015) :

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    _ ainsi le dimanche 5 mai, lors de l’inauguration à Bélus (Landes) du monument-hommage à Lucien Durosoir, à laquelle présidait son ami Benoît Duteurtre, m’enquérais-je auprès de ce dernier de la santé de Jean Clair (cf mon article du 9 mai dernier : ) ; j’appris alors qu’il allait bien ; et qu’ils s’étaient rencontrés récemment à la Fondation Singer-Polignac _ cela m’a rassuré _ ;

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    _ et plus récemment encore, le 3 juillet dernier, je me suis permis d’adresser à Jean Clair – le Vénitien la série des articles que je venais de consacrer à ma lecture enthousiaste du Venise à double tour de Jean-Paul Kauffmann :

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    C’est donc avec un immense plaisir que je viens de lire et relire _ trois lectures à ce jour : le sillon d’écriture de Jean Clair en ces écrits intimes est si riche que la relecture attentive en est immensément féconde ; Jean Clair fait partie de ces assez rares auteurs dont la lecture offre au lecteur authentique un réel entretien infini avec l’auteur ; à l’image d’un Montaigne, en ses Essais ; mais ces Exercices-ci de piété, puisque tel est le sous-titre de cet essai, sont à la fois des essais à la Montaigne, et des exercices spirituels, à la Ignace de Loyola !  _ ce nouveau volume d’approfondissement de ce penser sien toujours en alerte de déchiffrement des signes les plus parlants du réel _ du réel déplorable ! et à pleurer vraiment ! pour ce qu’il détruit, ce nihilisme barbare, de ce qui, civilisé, cultivé vraiment, avait consistance de présence élévatrice de l’humain vrai… ; c’est au « dernier homme » de l’admirable Prologue de l’Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche que nous sommes sans cesse confrontés, même si le nom même de Nietzsche n’est que rarement prononcé… _ qu’est, aujourd’hui, son Terre natale _ Exercices de piété _ le livre est paru le 27 juin dernier.

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    Presque quatre ans se sont donc écoulés entre ce volume-ci, Terre natale _ Exercices de piété _ paru le 27 juin 2019 _, et le précédent de ses « écrits intimes« , La Part de l’ange _ Journal, 2012-2015, paru le 14 janvier 2016 :

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    probablement à cause d’une maladie qui s’est déclarée lors d’un voyage à Jérusalem _ aisément datable, celui-ci, puisque l’auteur nous dit, absolument incidemment, page 320

    (et ces repères de biographie personnelle sont fort rares en cet essai qui est, on n’y insistera jamais assez, aux antipodes (exacerbés !) d’une égologie : cf à la page 292, à propos de l’effarante pandémie des selfies et de la touristification de masse: « Quand l’État interdit « l’ostentation des signes religieux », les touristes _ nous y voilà _ multiplient l’ostentation des selfies. (…) Là où l’oculaire du selfie ne fait que dérober au regard la présence _ fondamentale _ du réel« ; et, aux pages 292-293 : « Les Québécois appellent le selfie un égoportrait. L’homme des temps chrétiens, pendant un millénaire, a vécu sous le regard de Dieu. L’homme vit aujourd’hui, jour après jour, sous le regard de son selfie. Indifférencié, interchangeable, membre de l’Internationale planétaire des bataillons sans passé et sans histoire, le touriste se reconnaît de loin à ses tatouages, à sa démarche et sa tenue militaire. Il se répand partout, marée brune et bruyante, de Paris à Venise, de Florence à Madrid, et recouvre _ et noie _  peu à peu les merveilles qu’il est venu conquérir. Se sentant perdu, il saisit son selfie et, le haussant au-dessus de son front, se met à opérer une sorte de transfusion mystique entre lui et ce qui l’entoure, un sacrifice païen où ce n’est plus le pain et le vin qui se transformeront en chair et sang divin dans l’ostensoir du prêtre, pareillement élevés par-dessus son front pour qu’ils soient adorés des fidèles, mais un bout de réalité, indifférent et triste, auquel il va coller les traits de sa propre apparence, pour se donner, dans le cliché, l’illusion _ mortelle _ de se survivre. La distraction _ car ce n’était que cela _ finie _ elle n’a pris que quelques secondes _, ils se rassemblent derrière leur guide, en grand fracas, anxieux de reconnaître les ficelles, les fanions, les fétiches, les fanfreluches, les floches et les faluches noués au bout du bâton de leur accompagnateur. Le photostick coincé sous le bras, débris d’une armée déroutée« … ; cf aussi, à la page 204, ceci : « le tatouage est devenu le rituel banalisé d’une _ misérable et ridicule _ affirmation de soi et, dans l’absence de toute norme religieuse ou politique, d’un _ atterrant _ narcissisme de masse _ voilà ! _, que vient compléter la manie du selfie machinal« …)

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    lors d’un voyage à Jérusalem _ aisément datable puisque l’auteur nous dit, absolument incidemment, page 320 (au chapitre XIX, « Athènes et Jérusalem« ), que cet accident de santé advint au moment des obsèques de Shimon Pérès, décédé le 28 septembre 2016 : « Arrivé à Jérusalem, et dans l’urgence de devoir être hospitalisé _ voilà ! _, il me fallut rebrousser chemin, sans avoir eu le temps de pénétrer dans la vieille ville. Les funérailles de Shimon Pérès bouclaient la cité, les routes étaient fermées, il convenait de rentrer d’urgence _ le terme « urgence«  est donc répété. De Jérusalem, je ne verrais que des quartiers sans grâce, les plus récents (…). Et je n’eus pas la possibilité de vérifier que le Sépulcre existe bien« …

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    Et à l’instar de notre très cher Montaigne,

    Jean Clair ne cesse, en ses propres « essais intimes«  _ ou/et « exercices de piété« … _, de labourer et approfondir son propre sillon musical de penser _ auquel préside, pour lui aussi, comme pour Montaigne (cf le final sublime des Essais), la grâce non servile des Muses ! ainsi, et c’est bien sûr à noter, que l’espiègle et impérieux Kairos, offreur, certes, mais aussi coupeur (au rasoir terriblement effilé) de fil, pour qui a tardé à saisir et recevoir au vol ce que généreusement, et sans compter, il offrait ;

    cf à la page 181 : « la mèche qui orne l’arrière _ non : le devant : le front ! _ de la tête du Kairos, le petit dieu grec de la Fortune. Ce n’est plus alors lui qui sauve les hommes, mais les hommes qui doivent se montrer assez rapides pour saisir la Chance par les cheveux, à l’instant où elle fuit » _ non : juste avant, quand celle-ci nous croisait ; car c’est à l’instant même où celle-ci vient juste de passer que c’est, et irrémédiablement, trop tard… Sur sa nuque, Kairos est en effet complètement chauve ; et donc insaisissable… Trouver le mot, le bon mot, la parole juste, le kairos. Enfui, le mot ne se retrouvera pas, et sa dérobade _ qui nous laisse sans ressource face à ce fil coupé… _ nous rapproche un court instant de la mort, rompu le fil des mots » ; Jean Clair nous révèle ici, au chapitre La Chevelure, un des secrets (de prestesse, vivacité ; et musicalité…) de la justesse-grâce d’écriture ; j’y reviendrai ; car c’est là une des séquences les plus lumineuses (et aux conséquences éminemment pratiques !) de cet immense livre ! aux pages 354-355-356 (au chapitre La Fugue) à propos de ce qui distingue, selon Jean Clair, et c’est splendide !, l’écriture de la littérature et l’écriture de la musique… ; se reporter aussi au merveilleux passage autour de l’expression « passer le temps«  du sublime tout dernier chapitre, De l’expérience, du livre III des Essais de Montaigne :

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    « J’ay un dictionaire tout à part moy : je passe le temps, quand il est mauvais et incommode; quand il est bon, je ne le veux pas passer, je le retaste, je m’y tiens. Il faut courir le mauvais, et se rassoir au bon. Cette fraze ordinaire de passe-temps, et de passer le temps represente l’usage de ces prudentes gens, qui ne pensent point avoir meilleur compte de leur vie que de la couler et eschaper, de la passer, gauchir, et, autant qu’il est en eux, ignorer et fuir, comme chose de qualité ennuyeuse et desdaignable. Mais je la cognois autre, et la trouve et prisable et commode, voyre en son dernier decours, où je la tiens; et nous l’a nature mise en main, garnie de telles circonstances, et si favorables, que nous n’avons à nous plaindre qu’à nous _ voilà ! _ si elle nous presse et si elle nous eschappe inutilement. Stulti vita ingrata est, trepida est, tota in futurum fertur. Je me compose pourtant à la perdre sans regret, mais comme perdable de sa condition, non comme moleste et importune. Aussi ne sied-il proprement bien, de ne se desplaire à mourir qu’à ceux qui se plaisent à vivre. Il y a du mesnage _ voilà _ à la jouyr ; je la jouis au double des autres, car la mesure en la jouissance _ et de cela Montaigne est un immense maître ! _ depend du plus ou moins d’application, que nous y prestons. Principallement à cette heure que j’aperçoy la mienne si briefve en temps, je la veux estendre en pois ; je veux arrester la promptitude de sa fuite par la promptitude de ma sesie _ voilà l’attitude à apprendre à prendre avec Kairos ! _, et par la vigueur de l’usage _ oui _ compenser la hastiveté de son escoulement ; à mesure que la possession du vivre est plus courte, il me la faut rendre plus profonde et plus pleine »… _ :

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    c’est un enchantement que de nous entretenir, nous les modestes lecteurs de Montaigne et de Jean Clair _ pas trop indigents, espérons-le ! Relisons l’Adresse au lecteur des Essais… _ avec leur écriture si inventive et rigoureuse, si éprise _ à l’infini : tant qu’existeront encre, papier, et souffle de vie ! _ de la plus grande justesse…

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    À suivre…

    Ceci n’est même pas un prologue…

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    Ce samedi 27 juillet 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un CD de trois Suites de Louis Couperin (c. 1626 – 1661) par Rinaldo Alessandrini

    Au panthéon

    de mes compositeurs préférés,

    avec Johann-Jakob Froberger (1616 – 1667) _ ils furent amis _,

    Louis Couperin (c. 1626 – 1661).
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    Rinaldo Alessandrini vient de réaliser un CD  _ Naive OP 30577 _

    comportant trois Suites pour clavecin _ en la mineur, en fa majeurur, en ré mineur _

    que je vais écouter avec la plus grande attention…

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    Ce vendredi 26 juillet 1019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • In memoriam Anner Bylsma : souvenir d’un concert à La Réole

    Apprenant à l’instant

    le décès du violoncelliste Anner Bylsma, à l’âge de 85 ans,

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    outre de son abondante excellente discographie,

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    je me souviens de l’avoir écouté en concert

    à La Réole _ notamment dans deux Suites de Bach…

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    Ce jeudi 25 juillet 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    Sur le site de Res Musica,

    Maciej Chiżyński publie ce jour ce très riche article-ci :

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    ADIEU ANNER BYLSMA

    Artistes, Instrumentistes, Musique de chambre et récital, Portraits
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    A-898403-1336500110.jpegAnner Bylsma, l’un des plus grands musiciens du XXesiècle auxquels on doit le renouvellement baroque, nous a quittés le 25 juillet dernier à l’âge de 85 ans.

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    Anner Bylsma est né le 17 février 1934 à La Haye aux Pays-Bas. Il reçoit ses premières leçons de son père. À l’âge de 16 ans, il s’inscrit au Conservatoire royal de La Haye afin d’étudier auprès de Carel van Leeuwen Boomkamp, violoncelliste principal de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam et l’un des premiers pionniers néerlandais de l’interprétation historiquement informée. C’est Boomkamp qui introduit Bylsma au vaste monde du violoncelle baroque.

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    L’exercice quotidien conjugué au talent du musicien lui assure des succès de plus en plus importants : il remporte le Prix d’excellence de l’école en 1957, puis, après être devenu le premier violoncelliste de l’Orchestre d’opéra des Pays-Bas, il remporte le 1er prix du Concours international Pablo Casals en 1959. Suite à cette victoire, les portes les plus prestigieuses en Hollande lui sont désormais grandes ouvertes. Pour son nouveau poste de travail, il choisit la phalange la plus luxueuse du pays, l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, où il est violoncelle solo entre 1962 et 1968. Les années 1960 lui font connaître, grâce à l’éminence de son poste, les meilleurs chefs d’orchestre européens de l’époque, mais également lui font penser de plus en plus souvent à la musique baroque qu’il joue et chérit d’abord en domicile et dans un étroit cercle d’amis.

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    Vers le renouvellement de la musique baroque

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    Après avoir quitté l’Orchestre royal du Concertgebouw, Anner Bylsma se consacre à des tournées en solo et au travail avec des ensembles de chambre, comme le Concerto Amsterdam, avec lequel il enregistre pour Telefunken la musique de Paul Hindemith. Mais surtout il est l’un des pionniers de l’école baroque flamande et devient célèbre en tant que partenaire scénique du flûtiste Frans Brüggen (1934-2014) et du claveciniste Gustav Leonhardt (1928-2012), avec lesquels il tourne beaucoup et enregistre des disques. Anner Bylsma est l’un de ces instrumentistes qui évitent l’utilisation de cordes en acier, l’élément majeur qui aura défini à jamais sa sonorité et son expression musicales. Son violoncelle de 1695, construit par Matteo Goffriller, ainsi que son violoncelle de 1865 fait par Giovanni Francesco Pressenda et destiné pour le répertoire moderne, sont donc enfilés avec du boyau.

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    De nombreuses réalisations discographiques signées par Bylsma et ses collègues demeurent un modèle du genre et servent aujourd’hui encore de référence. Et si les Concertos brandebourgeois de Bach qu’il enregistre en 1976 et 1977, en compagnie admirable de Frans Brüggen, Sigiswald Kuijken, Wieland Kuijken et Gustav Leonhardt, ont pris quelques rides, les gravures effectuées par Bylsma dans les années 1980 et suivantes sont toujours des plus fraîches et des plus belles. Nous pensons notamment à ses Vivaldi, Bach (Johann Sebastian et Carl Philipp Emanuel !), Haydn, Boccherini et Beethoven, pour lesquels la finesse des couleurs se mêle à la tendre poésie des cantilènes et à l’agilité extraordinaire de l’archet. Le dernier mouvement du Concerto pour violoncelle n° 1 en ut majeur de Joseph Haydn, interprété avec le Tafelmusik Baroque Orchestra dirigé par Jeanne Lamon, nous le montre assez. Mais avant tout, on thésaurise ses Bach, exemplaires et visionnaires, comme les trois Sonates pour viole de gambe et clavecin BWV 1027-1029, pour lesquelles il joue sur un violoncelle piccolo muni de cinq cordes et se fait accompagner par un autre maître, Bob van Asperen, à l’orgue positif. Leur interprétation nous fait nous délecter de subtilités harmoniques jusqu’alors ignorées de ces pages. Il se sert du violoncelle piccolo encore pour graver d’autres œuvres de Bach, particulièrement la Partita en mi majeur BWV 1006 (Deutsche Harmonia Mundi, de 1988), dont l’exécution allie poésie, noblesse du ton, ainsi que la vigueur qui sans être haletante, frappe par cette virtuosité inimitable qui n’était propre qu’à lui. La limpidité du discours soumis à un tempo rapide est stupéfiante dans le Preludio qui ouvre cette partition. Demandé par Bruce Duffie en avril 1989 pourquoi il ne joue pas sur la viole de gambe, il répondit : « La viole de gambe n’est pas vraiment un instrument d’accompagnement. La viole de gambe est un instrument solo, et le violoncelle est beaucoup plus équipé pour jouer de l’accompagnement car votre étendue dynamique est plus grande, en particulier lorsque je joue avec une flûte à bec et un clavecin qui n’ont presque pas de dynamique ».

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    De l’amour pour la musique de chambre

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    Nous faisant découvrir la beauté exquise et la splendeur des interprétations historiquement informées, Anner Bylsma élargit son répertoire de scène, en abordant des œuvres de la musique de chambre. Il fonde, en compagnie de son épouse violoniste Vera Beths, l’ensemble L’Archibudelli dont le nom est une combinaison de deux termes : archets et cordes en boyau. Toujours fidèles à la pratique honorant l’authenticité, ces instrumentistes nous font découvrir – souvent assistés par Jos van Immerseel – des pages de plus en plus postérieures, non seulement baroques et classiques, mais aussi désormais romantiques. Leurs Mozart débordent de pure gaîté et de simplicité enfantines, leurs Beethoven sont empreints d’élégance et de gravité, tandis que leurs Schubert sont pénétrés de lyrisme et du sens du tragique. De ce dernier compositeur, mentionnons leurs interprétations magistrales du Quintette à cordes en ut majeur D. 956, du Quintette en la majeur D. 667 « La Truite », de l’Octuor en fa majeur D. 803, de même que de la Sonate pour arpeggione et piano en la mineur D. 821. En jouant de la musique des grands maîtres du passé, ils n’oublient pas, cependant, de nous présenter quelques raretés du répertoire, que ce soit d’Antoine Reicha, Friedrich Dotzauer, George Onslow ou Niels Wilhelm Gade. Last but not least, on leur doit un magnifique enregistrement de l’Octuor à cordes en mi bémol majeur op. 20 de Felix Mendelssohn, se parant d’enthousiasme difficile à trouver ailleurs, tout autant que de la douceur incroyablement expressive.

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    Donner à la postérité ce qui est le plus précieux

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    Tout en poursuivant sa carrière de musicien actif sur les scènes baroques et au disque, Anner Bylsma se lance dans l’enseignement, vocation éveillant en lui cette volonté de communiquer aux jeunes adeptes tout ce qu’il a de plus précieux à transmettre. Il est professeur au Conservatoire d’Amsterdam Sweelinck et au Conservatoire royal de La Haye. Le film Une leçon particulière réalisé par Claude Mouriéras en 1987 nous le fait voir donner des cours de maître et montrer à des jeunes instrumentistes sa propre compréhension des Suites de Johann Sebastian Bach. Il y pose les problèmes d’interprétation avec humanisme et chaleur émanant du ton de sa voix et de son gestuaire. Son approche se distingue par l’humilité et la volonté de faire aimer et surtout comprendre cette musique à l’élève.

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    Il est aussi l’auteur du livre Bach, the Fencing Master, une analyse stylistique et esthétique des trois premières Suites pour violoncelle du Cantor de Leipzig. Il nous laisse deux gravures complètes de ce cycle : de 1979 (pour Seon) et de 1992 (pour Vivarte), son testament spirituel. Pour cette dernière réalisation, il joue sur le violoncelle Stradivarius « Servais » que lui prête le Smithsonian Institute de Washington. Une technique irréprochable conjuguée à la profondeur de l’appui sur les cordes se traduisent par un son magnifique et sans mélange, et font penser, avec cette musique de Bach, à ce qui est intemporel et insaisissable. Anner Bylsma vient de terminer son voyage terrestre, mais avec ce testament, il ne pourra pas disparaître de notre mémoire.

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    Crédits photographiques : © Sallie Erichson

     

  • Nelson Goerner, défricheur de patrimoine musical aussi : ici Paderewski et Godowski

    Nelson Goerner est un immense interprète.

    Et pas seulement de Chopin, de Beethoven, de Debussy.

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    Il sait aussi se faire un magnifique défricheur de patrimoine musical

    un peu moins couru.

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    À preuve, ce passionnant et trés réussi CD Paderewski – Godowski

     pour piano seul _ un Steinway _

    de la passionnante collection polonaise de CDs

    du Narodowy Instytut Fryderyka Chopina :

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    le CD NIFCCD 061,

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    comportant

    de Paderewski (1860 – 1941)

    les Variations et fugue sur un thème original, op. 23 (de 1903)

    et le Nocturne op. 16 n° 4 (de 1890-1892),

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    et de Godowski (1870 – 1938)

     des Métamorphoses symphonique sur des thèmes de Johann Strauss,

    la pièce n° 1 la Vie d’artiste (de 1905).

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    De quoi élargir de la meilleure façon _ en beauté _

    notre connaissance

    du patrimoine musical européen… 

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    Ce mercredi 24 juillet 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa