Auteur/autrice : francislippa

  • Ce qu’apporte le traduire, selon le traducteur André Markowicz

    Un témoignage à connaître

    d’un passeur de littérature exigeant,

    en voyage passionnant dans l’entre-deux-langues, et l’entre-deux-cultures…

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    André Markowicz : « Traduire, c’est rendre compte de la matérialité de la langue »

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    Alors que s’ouvre le Salon du Livre de Paris, qui met cette année à l’honneur la Russie,

    le traducteur et poète André Markowicz revient sur son travail de passeur de la littérature russe en France.

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    LE MONDE | 16.03.2018 à 10h56 • Mis à jour le 16.03.2018 à 12h30 | Propos recueillis par Cécile Bouanchaud

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    Mettre la Russie à l’honneur au moment où le torchon brûle entre les capitales occidentales et Moscou relève de la gageure pour le Salon du Livre de Paris. La plus grande manifestation littéraire de France ouvre ses portes au public à la porte de Versailles, vendredi 16 mars, pour se terminer lundi. Préparé depuis des mois, le Salon du Livre de Paris met en avant le renouveau des lettres russes, en invitant trente-huit auteurs russes, dont Ludmila Oulitskaïa, lauréate du prix Médicis étranger en 1996 _ pour Sonietchka.

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    Le traducteur André Markowicz _ cf aussi mon article du 24 décembre 2017 : A méditer sur les mésusages idéologiques de la littérature (et des Arts) _, qui a retraduit tout Fiodor Dostoïevski (1821-1881), est un passeur _ majeur _ de la littérature russe en France ; il revient sur son travail et l’impossibilité de traduire une œuvre « dans l’absolu », emmenant ainsi _ par la force des choses _  le lecteur « entre deux mondes ».

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    Quelles sont les grandes règles de tout travail de traduction ?

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    Le premier principe, c’est qu’il n’y a pas de principe. Si je devais en trouver, je dirai que c’est rendre sensible à autrui _ lecteur de langue française _ la lecture que je fais _ traducteur du russe en français _ d’un texte _ en langue russe. C’est une lecture appliquée _ à la fois besogneuse et archi-exigeante en son artisanat de traduction très minutieux, et artiste eu égard à la visée de la lecture la plus juste (et belle) possible qu’en feront les lecteurs français _, la traduction doit rendre compte de la structure du texte et doit prendre en compte tous les éléments de cette construction ; c’est particulièrement vrai _ et même capital ! _ pour le style. Traduire, c’est rendre compte de la matérialité de la langue _ de départ, comme de celle d’arrivée de la traduction.

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    Les textes que je traduis n’ont _ bien sûr _ pas été pensés en langue française ; donc ils ne doivent pas répondre à des règles d’une langue littéraire française préétablies _ la langue de la traduction est une langue d’accueil : elle doit être ouverte à ce qui va être ainsi accueilli. La traduction est un exercice d’accueil _ voilà ! _ et d’enrichissement _ mais oui ! _ des possibilités de la langue française _ sur un tout autre terrain que celui de la traduction, celui de la création, regarder ce qu’a magiquement réussi Vladimir Nabokov dans son merveilleux Ada, ou l’ardeur ! On ne peut pas juger un texte traduit en fonction de lois qui ne sont pas les siennes _ quelles monstrueuses mutilations ce seraient…

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    C’est pour cela que j’ai traduit les œuvres complètes de Dostoïevski, pour que le lecteur puisse s’habituer _ à l’univers d’un style absolument singulier _, qu’il comprenne que ce n’est pas la langue de San Antonio, par exemple, et qu’il n’y a pas à comparer. C’est pour cela que je traduis par cycle, par grands ensembles, aucun livre séparé ne peut exister.

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    Qu’est-ce qui vous anime dans le travail de traduction ?

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    Ce qui me plaît, c’est le travail _ de bénédictin _ sur la langue. Ou plutôt, le travail sur les langues, celle au départ et celle à l’arrivée. La traduction, c’est toujours un entre-deux _ et un passage, difficile, complexe, jamais parfait _ ; on n’est ni là, ni ailleurs. Il ne faut jamais penser que le livre en français d’un auteur russe équivaut _ certes pas ; jamais ; il tente seulement de s’en approcher ; du moins à de très rares exceptions près… _ au livre russe. Aucune traduction n’existe d’une façon absolue _ ni pérenne : la langue de réception vieillit et se périme ; même s’il ne faut pas nécessairement adapter à la stricte modernité de grands textes du passé (qui eux ne vieillissent pas) ! _ ; c’est à chaque fois des interprétations, des tentatives, non pas pour passer d’un monde à l’autre, mais pour faire comprendre au lecteur _ d’un moment, d’une époque _ que l’on est entre deux mondes _ et non dans une idéale, définitive et absolue transparence…

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    Je décris cela dans mon nouveau livre, L’Appartement [aux Éditions Inculte], dans lequel j’explique comment un traducteur vit entre deux mondes, entre deux temps, en l’occurrence entre la Russie et la France. La traduction est un lieu physique, qui redevient un lieu mental _ par le travail du traducteur-passeur voyagiste… _, puis un nouveau lieu physique.

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    Est-ce que cela n’est justement pas frustrant de ne jamais pouvoir traduire un texte dans son « absolu » ?

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    Il ne faut pas prendre cette situation de déplacement comme quelque chose de tragique, mais comme quelque chose de l’ordre de la nature : c’est comme ça _ oui. Comme quand il pleut, ce n’est ni bien ni mal, c’est comme ça. Il y a toujours de la frustration et du renoncement. Mais que voulez-vous, plus le temps passe, plus je m’aperçois qu’il y a des personnes plus jeunes que moi ; c’est frustrant _ en un sens, certes, mais pas dans d’autres _, mais qu’est-ce que je peux y faire ? Je me plains beaucoup ou je pleure.

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    Qu’est-ce qui est constitutif de la culture russe et qui vous pose des difficultés en tant que traducteur ?

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    J’ai commencé à traduire Dostoïevski avec L’Adolescent. Ce personnage a une idée : il veut être Rothschild, non pas pour être l’homme le plus riche du monde, mais pour être l’homme le plus libre. Car Rothschild est le seul à pouvoir faire ce qu’il veut ou à ne pas le faire. La liberté russe, ce n’est pas la liberté de l’action, c’est un accord libre et sans contrainte avec un ordre préexistant _ voilà qui est bigrement intéressant. Un Occidental américanisé a du mal à comprendre cette idée. Par ailleurs, dans la culture russe, la prise en compte de l’individu n’existe pas, elle est toujours secondaire.

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    Un autre exemple que l’on retrouve dans la culture russe : dans la vie de tous les jours, il y a une exacerbation des sentiments et des choses, une sorte de violence extrême, et en même temps une sorte de grande chaleur humaine. Une confrontation tragique entre la conscience de l’histoire et la conscience de la valeur d’une vie humaine, dans laquelle Fiodor Dostoïevski n’entre pas, à l’inverse de Léon Tolstoï, Mikhaïl Boulgakov ou Vassili Grossman.

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    Dans La Fille du capitaine, d’Alexandre Pouchkine, quand Pougatchev prend une forteresse et va pendre les officiers de celle-ci, les hommes chargés de les traîner à la potence, leur disent « ça va aller ». Tout cela est dit avec compassion, gentiment, mais ils les pendent. Cet état d’esprit est une caractéristique russe _ dont acte. Evidemment, la Russie ne se résume pas à cela. D’ailleurs, je ne sais pas ce que c’est la Russie ; je n’ai absolument pas envie de le savoir ; il n’y a pas d’essence _ c’est aussi très important de le certifier : les identifications closes et substantialistes sont le terreau des exclusions racistes et autres abêtissements… _ sur le sujet de la culture.

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    Y a-t-il des mots russes qui sont particulièrement difficiles à traduire ?

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    Les difficultés fondamentales de traduction sont dans Dostoïevski. Dans Crime et Châtiment, un personnage mineur, qui n’apparaît que deux fois sans être nommé, aperçoit Raskolnikov, et lui dit un seul mot : « assassin ». Mais ce n’est pas exactement cela, il s’agit d’un mot russe, imprégné de langue populaire et de légende biblique, et qui ne signifie pas exactement qu’il est un assassin, mais qu’il a enfreint le commandement de Dieu en tuant. Si je traduis « assassin », je traduis l’intrigue _ le pitch grossier, le squelette du scénario _ du roman, mais pas l’idée, pas le sens. C’est pour cela que j’ai délibérément mal traduit, en disant : « tu as tué ». C’est cela qui compte. Ces difficultés-là, c’est constant ; il y en a des centaines auxquelles les traducteurs se confrontent _ merci de si bien le faire connaître.

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    André Markowicz, célèbre pour ses versions dépoussiérées des romans de Fiodor Dostoïevski, pose le 2 janvier 2012 à Rennes.

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    Ce samedi 17 mars 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’art sublime de Jan Dismas Zelenka, en un CD des Sonates en Trio ZWV 181 par l’Ensemble Berlin Prag, chez Supraphon

    Ce courriel cet après-midi à une amie mélomane :

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    En train d’écouter une version qui vient juste de sortir des Sonates en trio ZWV 181 de Zelenka,
    en un double CD chez Supraphon (SU 4942-2),

    par un ensemble _ magnifique _ jusqu’ici inconnu de moi, intitulé Ensemble Berlin Prag

    _ Dominik Wollenweber, Vilem Veverka : hautbois ; Mor Biron : basson ; Barbara Maria Willi : clavecin ; Ulrich Wolff : contrebasse, violone ; ainsi que Jakub Cernohorsky : violon, pour la Sonate n° 3 _
    ensemble lui-même conseillé tout spécialement par le violoniste Reinhard Goebel (qui ne joue pas,
    mais qui signe un superbe texte de présentation dans le livret,

    plaçant Zelenka dans le top 5 des compositeurs de cette première partie du XVIIIe siècle :

    auprès de Jean-Sébastien Bach, Jean-Marie Leclair, Georg Friedrich Haendel et Pietro Antonio Locatelli),

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    je me sens tout simplement contraint de partager avec vous cette sensation de sublime que je ressens !

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    Zelenka est bien un de mes compositeurs préférés,

    notamment en ses diverses Messes (pour la cour de Saxe-Pologne, à Dresde), chacune plus belle que les autres ;
    et, de fait, je possède déjà plusieurs versions de cette musique de chambre pour vents,

    que j’adore

    et porte au pinacle : de toute la musique !!! :

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    les œuvres sont pour 2 hautbois, 1 basson + la basse continue (ici, clavecin + violone).

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    Ce double CD de 2 x 47′ est un pur enchantement des sens !
    que l’on retrouvera quelques années plus tard dans quelques Mozart pour formation pour vents à peu près similaire…

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    Quelle beauté d’inspiration !! C’est immense…

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    Une musique de paradis !!!

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    Ce vendredi 16 mars, Titus Curiosus – Francis Lippa

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  • Un merveilleux CD « Bach à Glauchau », par L’Autre Monde, de Jean-Paul Combet

    Voici maintenant vingt ans

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    que Jean-Paul Combet nous donne _ désormais un peu plus au compte-gouttes… _ de vraiment merveilleux CDs,

    dont il a, donc, initié l’aventure en créant en 1998 Alpha-Music Productions,

    avec cette révélation extraordinaire et bouleversante

    que fut le CD Alpha 001

    du Poème Harmonique de Vincent Dumestre,

    avec la magnifique Guillemette Laurens :

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    Le Musiche de Bellerofonte Castaldi :

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    Le Musiche di Bellerofonte Castaldi

     

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    Les doigts de fée pour bâtir de A à Z des disques absolument parfaits,

    ainsi que le flair infaillible pour repérer avant d’autres les meilleurs talents _ présents et à venir _ d’interprétation de la musique,

    et avec, surtout, les plus hautes exigences de justesse artistique,

    de ce magique sourcier de musique, au disque ou au concert

    _ notamment lors des sessions de sa magnifique Académie Bach, à Arques-la-Bataille, en Normandie (près de Dieppe) _

    qu’est mon ami Jean-Paul Combet

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    poursuivent désormais l’aventure discographique sous son nouveau label L’Autre Monde ;

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    et viennent de nous donner, à nouveau, un magique somptueux CD :

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    un « Bach à Glauchau« 

    _ « une petite ville de Saxe de 23 000 âmes à l’Est de l’Allemagne, à égale distance de Dresde et de Leipzig« , selon la phrase qui ouvre le texte de Jean-Paul Combet lui-même à l’ouverture du livret de ce CD LAM5, de L’Autre Monde _,

    par les organistes Florence Rousseau et Loïc Georgeault,

    sur l’orgue historique Gottfried Silbermann de Glauchau (de 1730).

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    Johann Sebastian Bach (1685-1750) et Gottfried Silbermann (1683-1753)

    « étaient exactement contemporains l’un de l’autre, et leurs activités respectives se déroulèrent sur le même territoire« .

    …

    En l’état actuel de la découverte

    ainsi que de la connaissance des archives

    concernant Bach comme Silbermann,

    une seule archive est attestée d’une « rencontre entre les deux hommes » :

    …

    « à l’occasion de la réception du nouvel orgue de Naumburg,

    construit par un ancien élève de Silbermann, Zacharias Hildebrandt« .

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    Jean-Paul Combet poursuit alors :

    …

    « Quoi qu’il en soit, l’auditeur du XXI e siècle ne peut qu’être touché par l’extraordinaire proximité qui s’établit entre l’écriture de Bach et les sonorités propres aux orgues de Gottfried Silbermann.

    Un équilibre miraculeux, dans lequel le discours musical est parfaitement porté par des instruments éloquents, poétiques, chantants et majestueux « .

    …
    Pour conclure :

    …

    « C’est sans doute cet équilibre, magnifié par l’orgue de Glauchau, qui a séduit Florence Rousseau et Loïc Georgeault,

    et leur a inspiré un choix de pièces témoignant de la portée spirituelle _ et c’est en effet capital _ du langage musical de Bach » _ qui défie l’ineffable. 

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    BACH À GLAUCHAU, Liebster Jesu, Wir sind hier

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    Avis aux oreilles curieuses et les plus exigeantes musicalement !!!

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    Ce jeudi 15 mars 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une réponse à un article critique envers Call me by your name…

    En surfant sur le net,

    j’ai fini par pêcher enfin un article critique à l’encontre du film de Luca Guadagnino Call me by your name,

    sous la plume d’un nommé Vincent Raymond, et publié simultanément dans divers Petit Bulletin

    (de Lyon, de Grenoble, de Saint-Etienne),

    le 27 février dernier.

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    Le voici,

    d’abord tel quel,

    sans la moindre farcissure de ma part :

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    CIAO BELLO
    WTF ? à l’italienne : « Call Me By Your Name« 

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    de Luca Guadagnino (Fr-It-E-U-Br, 2h11) avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg…

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    par VINCENT RAYMOND
    MARDI 27 FÉVRIER 2018

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    Italie, dans la moiteur de l’été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents, et un flirt avec Marzia. L’arrivée du nouveau doctorant de son père, Oliver, le met étrangement en émoi. D’abord distant, celui-ci se montre aussi sensible à ses appâts…

    …

    Cette roublardise de moine copiste, aux forts relents de Maurice, Chambre avec vue ou Mort à Venise entre autres films avec éphèbes torse nu et/ou James Ivory au générique et/ou Italie vrombissante de cigales, a beaucoup fait parler d’elle dans tous les festivals où elle a été distillée depuis un an — même Hugh Jackman a succombé à son charme.

    …

    Ah, c’est sûr que Luca Guadagnino ne lésine pas sur les clichés pour fédérer dans un même élan les publics quadra-quinqua (indécrottables nostalgiques, toujours ravis qu’on leur rappelle leur adolescence) et gays (jamais contre une idylle entre deux beaux gosses, dont un façon Ruppert Everett blond) ; au point que ressortir du film sans avoir Love My Way des Psychedelic Furs gravé dans le crâne, ni le désir d’un bain de minuit en mini-short relève de l’exploit. Mais que de superficialité, que de prétextes et d’auto-contemplation satisfaite pour diluer un argument de court-métrage !

    …

    Car la romance entre Elio et Oliver se révèle assez ordinaire. Cette première amourette d’ado ne se heurte à aucune impossibilité extérieure : au contraire, la famille intello et libérale d’Elio considère avec bienveillance leur relation. Et si la séparation est vécue comme un immense dramuscule par ce petit égoïste, c’est qu’il s’agit de la seule écharde dans sa vie douillette.
    …

    Donnant parfois l’impression de vouloir contrefaire jusqu’au vertige et au moindre costume l’époque de narration, Guadagnino laisse planer un doute un peu malsain sur des marques affectant le corps d’Oliver — une allusion au sida, qui commençait alors sa terrible hécatombe ? — et se montre surtout bien plus timoré que les cinéastes d’il y a trente ans (notamment Belocchio dans Le Diable au corps) au moment de filmer les étreintes charnelles. Trop poli, Call Me By Your Name est long et morne comme une méridienne sans bain.

    …

    …

    Et maintenant, le voici farci de mes commentaires :

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    D’abord, ce titre avec abréviation (pour initiés seulement !) :

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    CIAO BELLO
    WTF ? à l’italienne : « Call Me By Your Name« 

    …

    Que peut donc signifier cette abréviation, WTF ?

    …

    WTF : abréviation de what the fuck,

    équivalent argotique de what,

    utilisé dans les discussions électroniques instantanées (une nuance d’exaspération, ou plus généralement d’émotion, y est ajoutée par the fuck).

    WTF is this?! Putain, c’est quoi ?!

     

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    What The Fuck ? : une manière assez grossière d’exprimer son incrédulité, notamment sur Internet ;

    en français, la vulgarité de l’expression anglaise disparaît ; et WTF signifie Mais c’est du grand n’importe quoi ! 

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    Dont acte !

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    Italie, dans la moiteur de l’été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents _ universitaires _, et un flirt avec Marzia _ sa petite voisine. L’arrivée du nouveau doctorant _ américain, âgé de 24 ans _ de son père, Oliver, le met étrangement _ vraiment ? _ en émoi. D’abord distant, celui-ci se montre aussi _ un peu plus tard _ sensible à ses appâts _ si l’on peut dire : j’y suis personnellement peu sensible…

    …

    Cette roublardise de moine copiste _ de la part du réalisateur Luca Guadagnino, ainsi qualifié de madré copieur ! _, aux forts relents de Maurice, Chambre avec vue ou Mort à Venise entre autres films _ Retour à Howards end, aussi ! _ avec éphèbes torse nu _ mais Timothée Chalamet, s’il est bien très souvent, en effet, torse nu et en short, ici, a peu de choses de la plastique d’un éphèbe… _, et/ou James Ivory au générique, et/ou Italie vrombissante de cigales _ quelle gratuite ironie ! Pour ma part, je suis demeuré sourd aux prétendues cigales du film… _, a beaucoup fait parler d’elle _ = le buzz _ dans tous les festivals où elle a été distillée _ avec habileté apéritive ? _ depuis un an — même Hugh Jackman _ une référence pour l’auteur de l’article ! _ a succombé à son charme.

    …

    Ah, c’est sûr que Luca Guadagnino ne lésine pas sur les clichés _ mais parler et penser procède, et très nécessairement d’abord, chez l’in-fans, de la langue commune, et donc de ses clichés reçus et partagés ! La tâche noble de la parole effective (cf Noam Chomsky, par exemple en ses Réflexions sur le langage) est de s’extraire, en ses phrases inventées, de ces usages d’abord, en effet, stéréotypés, et d’apprendre peu à peu à parler (et penser) de façon si possible un peu plus plus originale (et critique, et même, et surtout, auto-critique !!!) que par ces stéréotypes et clichés, et peut-être enfin, in fine (mais le processus est infini…) par soi-même ; sur les conditions très concrètes de la liberté de penser (et contre la censure), cf l’indispensable et très beau Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? du grand Emmanuel Kant  : « Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? « , nous apprend, en effet, Kant… _ pour fédérer dans un même élan les publics quadra-quinqua (indécrottables nostalgiques, toujours ravis _ c’est à voir ! _  qu’on leur rappelle leur adolescence _ sauf que Luca Guadagnino a précisément choisi d’éliminer le principe de la voix-off, trop porté sur la nostalgie du passé, à ses yeux, et pas assez présent au présent (du présent présentisme !) ; le principe de cette voix-off qui se souvient, était en effet celui qui avait été choisi en son adaptation première par James Ivory, fidèle en cela à la démarche même du Je me souviens d’André Aciman en son roman ; d’où le clash survenu entre Luca Guadagnino et James Ivory en mai 2016 ; James Ivory dont le nom n’est demeuré au générique du film que dans la perspective (couronnée de succès !) d’une récompense pour le film aux Oscars, qui n’avaient pas su jusqu’ici honorer le nom de James Ivory, maintenant âgé de 90 ans… _) et gays (jamais contre une idylle entre deux beaux gosses _ ah ! cette affreuse expression-cliché ! _, dont un façon Ruppert Everett blond _ Armie Hammer, en l’occurrence : quelle négation de son pourtant très remarquable talent d’acteur ! à comparer, en l’élégante retenue de son incarnation du personnage complexe d’Oliver, avec l’extraversion californienne (!) de ses interviews _) ; au point que ressortir du film sans avoir Love My Way des Psychedelic Furs gravé dans le crâne _ à la première vision du film, ce serait tout de même un exploit ! la scène (impressionnante certes !!! cf mes articles des 10 et 13 mars, dans lesquels j’ai, par deux fois, intégré cette magnifique séquence de danse d’Oliver : «  et « ) dure en effet à peine 44′ … _, ni le désir d’un bain de minuit en mini-short _ à ce point ??? Quel extraordinaire impact a donc ce film ici vilipendé, sur un spectateur aussi mécontent et ronchon que l’auteur de cet article ! _, relève de l’exploit _ mais  c’est là rendre un bien bel hommage à l’hyper-efficacité professionnelle de la « roublardise«  du réalisateur et des producteurs de ce film. Mais que de superficialité _ cependant le très fort impact du film sur ses spectateurs, de même que celui du profondément émouvant troublant jeu des acteurs, ainsi que celui du fini du travail de tous ceux qui (chef opérateur en tête !) ont participé à la réalisation, à la suite de Luca Guadagnino, le maître d’œuvre final de Crema, contredit fortement cette ronchonneuse opinion !!! _, que de prétextes _ à quoi donc ? à de traîtresses manipulations de la sensibilité des spectateurs du film ? _ et d’auto-contemplation satisfaite _ satisfaite de quoi ? des complaisances pulsionnelles homoérotiques des réalisateur-producteurs ? _, pour diluer un argument _ mince et pauvre : mais artistiquement importe seul ce qui en résulte : le produit achevé !.. _ de court-métrage !

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    Car la romance _ pour qualifier les épanchements d’un premier amour, à 17 ans… _ entre Elio et Oliver, se révèle assez ordinaire _ et alors ? quid de la « romance«  de Tristan et Yseult ? de la « romance«  de Roméo et Juliette ? ou de la « romance«  de Pelléas et Mélisande ? Et cela, en leurs diverses et multiples reprises et ré-interprétations… C’est, in fine, seul le style propre de l’œuvre qui importe ! Cette première amourette d’ado _ quel mépris ! _ ne se heurte à aucune impossibilité extérieure _ et alors ? En matière d’« impossibilités« , il en est d’aussi puissantes intériorisées ; telle, ici, et à un certain degré, l’impossibilité d’Oliver de prolonger sa liaison d’un été italien avec Elio, par la persistance de son choix d’épouser la femme à lui promise, avec la pression de ses parents, aux Etats-Unis… _ : au contraire, la famille intello et libérale d’Elio considère avec bienveillance _ mais sans en rien manifester _ leur relation. Et si la séparation est vécue comme un immense dramuscule _ quel oxymore ! le film est (et se veut) l’expression du vécu de l’adolescent : qui peut, de l’extérieur et en surplomb, s’en moquer ?.. _ par ce petit égoïste _ là, c’est carrément injuste ! En dépit de l’égocentrislme normal de tout adolescent (voire de quiconque, du moins au départ de tout vécu), Elio demeure extrêmement attentif à (et très curieux de) l’altérité des autres ; cf par exemple sa belle réponse à la belle réaction de sa petite amie Marzia quand elle comprend que c’est bien Oliver que désire surtout (et aime vraiment) Elio, et pas elle… _, c’est qu’il s’agit de la seule écharde _ superficielle !!! _ dans sa vie douillette _ d’enfant de bobos privilégiés ; mais une blessure d’amour est-elle jamais superficielle, risible, méprisable ?.. De quelle indifférente et froide hauteur se permettre d’en juger ainsi ?..

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    Donnant parfois l’impression de vouloir contrefaire _ pourquoi injurier la simple probité de la réalisation ? _ jusqu’au vertige et au moindre costume _ et alors ?.. La fidélité de la reconstitution des décors, des costumes, du climat musical de 1983, tout cela participe, au delà de sa parfaite simple probité artistique (et d’abord artisanale), du puissant charme du film… _ l’époque de narration, Guadagnino laisse planer un doute _ vraiment ? _ un peu malsain sur des marques affectant le corps d’Oliver — une allusion au sida, qui commençait alors _ à vérifier plus précisément: quand se répandit vraiment la prise de conscience du phénomène du sida ?.. Dès 1983 ? _ sa terrible hécatombe ? — et se montre surtout bien plus timoré _ ah ! telle était donc l’attente principale de ce critique, et la probable raison principale de ses ronchonneries… _ que les cinéastes d’il y a trente ans (notamment Bellocchio dans Le Diable au corps) au moment de filmer les étreintes charnelles _ mais tel n’est pas l’objectif de notre film ; la fougue des désirs n’a pas du tout besoin de surlignages surchargés, telle l’image de la fellation dans le film provocateur (et chercheur de scandale) de Marco Bellochio en 1986. Trop poli _ pour être honnête ? mais non ! _, Call Me By Your Name est long et morne _ Non ! Certes pas ! _ comme une méridienne sans bain _ seulement pour un ronchon bien décidé à s’y ennuyer ; et plus encore à chercher à se faire mousser si peu que ce soit en  déversant ainsi un peu trop à bon compte de l’encre de sa bile sur le film…

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    Ce mercredi 14 mars 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa