Non sans quelques points communs _ nous allons le dĂ©couvrir… _ avec cet immense livre qu’est « Le LiĂšvre de Patagonie » de Claude Lanzmann :
une autre traversĂ©e _ un peu chahutĂ©e _ du siĂšcle en quelques judicieuses rencontres (et un chef d’Ćuvre cinĂ©matographique !),
…
voici que Peter Adam _ ou Klaus-Peter Adam, un garçon juif allemand, au départ, natif de Berlin en 1929, puis devenu citoyen britannique vers 1965, peu aprÚs le décÚs de sa mÚre, la battante et admirable Louise, le 6 mai 1965 :
…
cf page 214 : « j’optai Ă cette Ă©poque pour la nationalitĂ© anglaise.
…
Depuis longtemps j’essayais de me dĂ©barrasser du garçon allemand _ qu’il Ă©tait de naissance : la famille (juive) de son pĂšre venait de « Chodzesin, une petite ville de Prusse orientale. Mon arriĂšre grand-pĂšre, Jacob Adam, y Ă©tait nĂ© en 1789. Depuis le XVIIIĂšme siĂšcle, sa famille vivait du commerce du drap de laine. Cette activitĂ© les avait menĂ©s jusqu’en Pologne et en Lituanie« , page 14 ; « du cĂŽtĂ© de ma mĂšre, les Leppin et les Gurke _ Gurke signifiant « concombre » _, Ă©taient d’un tout autre genre : pauvres, chrĂ©tiens, et de souche paysanne« , page 20 _
afin de n’avoir de racines que dans l’imaginaire.«Â
…
Et il poursuit : « Il se produisit mille choses dans ma vie et je possĂ©dais une Ă©nergie et une curiositĂ© infinies. Je laissais l’univers tourbillonner autour de moi, espĂ©rant ne pas m’y noyer
…
_ le titre original de ce « MĂ©moires Ă contre-vent« , traduit par l’auteur lui-mĂȘme en français en 2009, Ă©tait, en anglais, en 1995 (pour les Ăditions Andre Deutsch, Ă Londres) : Not drowning, but waving _ an autobiography…
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Je m’acceptais tel que j’Ă©tais, je n’Ă©tais gĂȘnĂ© ni par mes dĂ©fauts, ni par mes qualitĂ©s. J’essayais, comme toujours _ en effet ! _ d’ĂȘtre honnĂȘte avec moi-mĂȘme« …
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voici que Peter Adam offre au lectorat français et francophone
…
_ mais cet amoureux de longue date de la France
avant mĂȘme d’y venir sĂ©journer, pour la premiĂšre fois, en 1950
…
(cf au chapitre « Alma mater, 1949-1950« , les pages 139 à 146 :
« En 1950, je partis pour la premiĂšre fois Ă Paris. Mon ami Klaus Geitel Ă©tudiait lĂ -bas et je dĂ©cidai de lui rendre visite. A Paris, Klaus m’attendait gare du Nord avec deux amis. J’Ă©tais tellement excitĂ© que j’entendis Ă peine leurs noms. Le premier, Hans Werner Henze, Ă©tait un compositeur allemand ; le second, Jean-Pierre Ponelle, un scĂ©nographe français« : mais oui !..) ;
…
puis, une seconde fois, en 1951, au chapitre suivant, « Mes premiers pas d’intellectuel _ Paris 1950-1953« :
« A l’automne 1951 _ ayant obtenu « une bourse d’un an du gouvernement français, ainsi qu’une inscription Ă la Sorbonne« , page 147 _, je dĂ©barquais Ă Paris pour la seconde fois« :
…
« J’arrivais au bon moment. Le passĂ© Ă©tait enfin soldĂ© ou presque. La France de la QuatriĂšme RĂ©publique commençait Ă se moderniser. (…) Les gens avaient l’air riche ; ils possĂ©daient un goĂ»t innĂ© pour la qualitĂ© et le style _ voilĂ _, doublĂ© d’un sens aigu de la compĂ©tition« , page 147 ; « Alors qu’Ă Berlin, nous avions essayĂ© de construire un nouveau monde, les Français jouaient au ping-pong avec leur hĂ©ritage culturel, retournant les idĂ©es dans tous les sens, juste pour le plaisir. Je me sentis immĂ©diatement chez moi, le lycĂ©e de Berlin m’ayant bien prĂ©parĂ© Ă ce perpĂ©tuel dĂ©sir de thĂ©oriser et de synthĂ©tiser les idĂ©es. Les bĂątiments de la Sorbonne reflĂ©taient ce mĂȘme esprit libre et chaotique. Les vieux couloirs sombres fourmillaient d’Ă©tudiants bruyants et fougueux. Les murs Ă©taient recouverts de slogans trĂšs politiques, culturels ou sexuels, combinant parfois les trois en mĂȘme temps comme dans celui-ci : « Fais-toi sucer en Russie, Simone ! » », page 148…
il avait fait ses études secondaires au lycée français de Berlin, dÚs 1940, page 58)
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mais cet amoureux de longue date de la France,
donc,
…
y vit désormais, depuis août 1989, à demeure, cela fait vingt-et-un ans
(depuis sa retraite de reporter et rĂ©alisateur de la BBC, en aoĂ»t 1989 : car c’est lĂ , Ă la BBC, que se dĂ©roula, en effet, sa « principale« carriĂšre, du 4 avril 1968, Ă la cĂ©rĂ©monie de dĂ©part de sa retraite, en aoĂ»t 1989) :
…
en son « cabanon« du Mazet, à La Garde-Freinet, dans les Maures, et non loin de Saint-Tropez
…
_ Facundo Bo et Peter Adam découvrirent, en effet, cette thébaïde « un matin de 1970« :
…
« un petit vallon oĂč des moutons broutaient prĂšs des oliviers.
C’Ă©tait l’endroit dont nous _ Facundo & Peter _ rĂȘvions _ 12 000 mĂštres carrĂ©s isolĂ©s du monde et un petit cabanon. Nous l’achetĂąmes aussitĂŽt.
…
La Garde-Freinet allait devenir notre port d’attache pour les quarante annĂ©es Ă venir« , page 275 _
…
mais cet amoureux de longue date de la France y vit désormais à demeure,
avec son compagnon Facundo Bo : compagnon depuis leur coup de foudre lors d’un « dĂźner snob« , en 1968, Ă Paris ;
…
cf page 236 : « Durant la réalisation de ce documentaire _ pour la BBC : La maison Christian Dior, en 1968, donc _,
j’eus l’occasion, un soir, d’ĂȘtre invitĂ© Ă un de ces dĂźners snobs dont les Français raffolent. J’Ă©tais assis en face d’un jeune acteur argentin au physique extraordinaire, au type lĂ©gĂšrement indien. Comme d’habitude, je parlais beaucoup, faisant de mon mieux pour impressionner. J’avais appris l’art de l’autodĂ©fense et ajoutĂ© du cynisme Ă mon scepticisme naturel. IntriguĂ© par les yeux inquisiteurs de ce garçon, je parlais des souffrances au Biafra _ dont Peter revenait d’y rĂ©aliser un reportage particuliĂšrement pĂ©rilleux (et tragique !) : il en fait le rĂ©cit aux pages 227 Ă 232 _, mais Ă©galement du grand bal de l’OpĂ©ra de Paris _ le Bal des petits lits blancs _ auquel j’avais assistĂ© la veille. Je rĂ©vĂ©lais ainsi l’un de mes nombreux paradoxes dont je n’Ă©tais pas trĂšs fier.
…
Facundo _ c’Ă©tait le prĂ©nom de ce garçon trĂšs beau et gĂȘnĂ© _ ne prononça pas un seul mot de la soirĂ©e. A la fin, au moment de partir, je lui glissai mon adresse Ă Londres.
…
Trois semaines plus tard, je reçus une lettre : « Cher Peter, dĂ©truisez cette lettre, je n’ai jamais Ă©crit une telle lettre Ă personne, mais pendant ces trois derniĂšres semaines, je n’ai pas arrĂȘtĂ© de penser Ă vous et je voulais simplement vous le dire. Je vous prie de m’excuser ». La lettre Ă©tait signĂ©e Facundo Bo.
…
Trois heures plus tard, je m’envolai pour Paris« …
…
« Je crois au coup de foudre _ poursuit-il aussitĂŽt, toujours page 236, en commentaire rĂ©trospectif. Pendant les quarante-deux ans Ă venir _ de 1968, leur rencontre, jusqu’en 2010, oĂč paraissent ces « MĂ©moires » en traduction française _, Facundo serait la source de beaucoup de mes joies et de mes chagrins _ la maladie de Parkinson de Facundo dĂ©clarĂ©e « à l’Ăąge de quarante ans« , « l’empĂȘchant petit Ă petit _ lui acteur brillant de la troupe de théùtre TSE, d’Alfredo Arias _ de monter sur scĂšne« , dĂ©couvre-t-on, Ă un coin de page, page 412 ;
…
cf aussi, le jour de son dĂ©part de Londres pour gagner la France, page 440 : « Je ne savais pas alors combien ma nouvelle vie Ă Paris _ et au Mazet, Ă La Garde-Freinet _ allait m’apporter de joie d’amour solide et de douleur aussi, liĂ©e Ă la fragilitĂ© croissante _ parkinsonienne ! _ de Facundo. Mais jamais je n’ai regrettĂ© ma dĂ©cision« _ de venir vivre dĂ©finitivement en France : avec Facundo… Personne ne m’a jamais Ă©tĂ© aussi proche ; et je pense _ Ă©crit-il maintenant en 2009-2010 _ que personne ne le sera jamais. Facundo devint le centre absolu de ma vie« _ voilĂ !.. _
…
voici que Peter Adam offre au lectorat français et francophone une somptueuse traduction en français, cette année 2010, du récit autobiographique _ publié en 1995 à Londres sous le titre de Not drowning but waving _ an autobiography _ de sa traversée _ Berlin, Paris, Rome, New-York, Londres, La Garde-Freinet _ du siÚcle,
…
tout Ă la fois en beau garçon _ ce peut ĂȘtre un atout ; du moins pour commencer, en se faisant « remarquer« ; car Ă la longue n’ĂȘtre que le « petit ami de« … s’avĂšre un peu court pour poursuivre et s’Ă©tablir au moins un peu…
…
et en honnĂȘte homme
et artiste _ filmeur du monde et de la crĂ©ation artistique : ce sera lĂ sa « vocation« … _ probe _ absolument ! et sans compromission aucune :
…
certains de ses trĂšs proches et meilleurs amis se suicideront face Ă la « dĂ©tĂ©rioration« (Peter Adam emploie le mot « dĂ©gradation« , page 410, en son chapitre « Inventaire« …) de ce monde :
…
le magnifique « grand reporter« James Mossman (celui-lĂ mĂȘme qui l’avait fait engager Ă la BBC : c’Ă©tait le 4 avril 1968), le 5 avril 1971 ;
…
le peintre Keith Vaughan, le 4 novembre 1977… ;
…
mais encore, page 427 :
« Au travail, le suicide mon collĂšgue Julian Jebb s’ajouta Ă la longue liste de mes collĂšgues disparus, dont l’esprit toujours en Ă©veil _ pourtant ! _, n’avait pas Ă©tĂ© capable d’arrĂȘter la course Ă l’autodestruction _ voilĂ _ : les grands reporters James Mossman, Robert Vas et Ken Sheppard. Le garçon qui s’occupait de la maison de Tony Richardson Ă La Garde-Freinet, tua d’abord sa petite amie avant de se donner la mort. La boisson et la solitude durant les longs mois d’hiver au Nid du Duc _ le hameau de la colonie Richardson, l’auteur du film Tom Jones, Ă La Garde-Freinet _ l’avaient poussĂ© Ă cet acte terrible, disait-on. La fille de Lawrence Durell, Sappho, se pendit« … Bref, « la mort continuait Ă jalonner ma route« , remarque Peter, page 427…
…
« Dans les annĂ©es quatre-vingt, mon histoire d’amour avec la Grande-Bretagne touchait _ ainsi _ Ă sa fin. Mme Thatcher n’avait pas encore engagĂ© _ profondĂ©ment, pas encore _ sa politique absurde et dĂ©sastreuse _ humainement : Peter Adam ne mĂąche pas ses mots ! _, mais un nouveau climat social se faisait _ dĂ©jĂ _ sentir, sapant _ durement _ les qualitĂ©s de ce pays que j’avais tant apprĂ©ciĂ©. L’Angleterre, comme beaucoup de pays d’ailleurs, entraĂźnĂ©e par son dĂ©sir insatiable et impĂ©tueux de richesses, prĂŽnait _ maintenant _ l’arrivisme, la ruse, l’aviditĂ© comme qualitĂ©s essentielles. Les inĂ©galitĂ©s flagrantes, la cruautĂ© des riches, la complaisance des gens au pouvoir et la corruption _ lire ici Paul Krugman… _ devenaient monnaie courante. Je regardais les yuppies, interchangeables avec leurs chemises Ă rayures, leurs bretelles rouges, leurs manteaux Ă Ă©paules marquĂ©es, leurs BMW, leur arrogance, leurs femmes Ă sac Ă mains Ă chaĂźnes dorĂ©es _ on ne disait pas encore le bling-bling… J’observais la nouvelle gĂ©nĂ©ration, son appĂ©tit fĂ©roce, sa frĂ©nĂ©sie de consommation, son Ă©goĂŻsme impitoyable _ voilĂ _, et la comparais Ă ma propre gĂ©nĂ©ration qui avait l’espoir chevillĂ© au corps que la vĂ©ritĂ© et la beautĂ© _ voilĂ _ finiraient par l’emporter sur les mensonges et la laideur du monde _ quelle belle actualitĂ© ! toujours…
…
Bien sĂ»r cette dĂ©gradation _ voilĂ _ ne se produisit pas en un jour. Ce n’Ă©tait que le dĂ©but d’un profond et triste changement qui, hĂ©las, se propageait _ bientĂŽt _ partout« _ de par notre monde commun, pages 409-410… _,
…
voici _ je reprends l’Ă©lan de ma phrase _ que Peter Adam offre au lectorat français et francophone une somptueuse traduction en français, cette annĂ©e 2010, du rĂ©cit autobiographique _ paru en anglais en 1995, lui _ de la traversĂ©e de son siĂšcle :
…
tout à la fois en beau garçon
et en honnĂȘte homme et artiste probe
soucieux de la justesse…
…
en beau garçon, d’abord _ et le livre est gĂ©nĂ©reusement (et judicieusement) agrĂ©mentĂ© de photos de nombreuses personnes rencontrĂ©es et narrĂ©es _ :
…
via ses rencontres sexuelles (avant l’amour vrai de Facundo Bo, en 1968, donc : Peter aura alors trente-huit ans _ mais tout cela fort discrĂštement, et sans le moindre exhibitionnisme, ni a fortiori sensationnalisme ! trĂšs loin de lĂ ! Peter Adam a beaucoup de dĂ©licatesse et pudeur…) et amicales, plus encore (dont certaines fĂ©minines : Hester Chapman et Prunella Clough, Ă Londres),
…
celles-ci _ « rencontres« , donc _ vont lui ouvrir bien des portes, bien des « clans« (ou « rĂ©seaux » d’amis :
…
par exemple, pages 201-202, en débarquant de New-York à Londres,
ce passage-ci, clé ! :
…
« Parmi les quelques adresses que j’avais _ Ă Londres, donc, en 1958 _, aucune ne fut plus prĂ©cieuse et apprĂ©ciĂ©e que celle d’un ami d’Edward Albee _ merci Ă lui de cette « adresse« ! de ce « contact« dĂ©cisif… _, Patrick Woodcock.
…
Patrick Ă©tait le mĂ©decin du Gotha artistique londonien _ rien moins ! _ : de NoĂ«l Coward Ă Marlene Dietrich, de Peggy Ashcroft Ă David Hockney, de Peter Brook Ă Christopher Isherwood. (…)
…
Comme Ă Paris, Rome et New-York _ c’est un point dĂ©cisif du parcours (et la vie !) de Peter ! _, j’ai eu la chance _ encore faut-il apprendre et Ă la saisir et plus encore Ă la cultiver ! et ne pas trop, non plus, la gĂącher… _, d’ĂȘtre adoptĂ© _ apprĂ©ciĂ© par, aimĂ© de _ par un clan _ voilĂ _
…
pour lequel j’Ă©tais _ du moins tout d’abord, au dĂ©part :
cela se dissipant cependant assez vite (cf la conclusion plus nĂ©gative, en 1955, de l’Ă©pisode romain et sa « clique« , page 184 : je vais le prĂ©ciser par le dĂ©tail un peu plus loin)… _
…
un objet de curiositĂ© : « Allemand, Juif, non Ă©migrĂ© et sorti de l’Allemagne indemne. « How intersting« , disait-on » _ pour commencer, donc ; ici, c’Ă©tait en 1958, Peter a vingt-neuf ansÂ
il est aussi trĂšs « beau garçon« (cf les photos gĂ©nĂ©reusement donnĂ©es du livre) ; et Ă©minemment sympathique, plus encore : il a du charisme…
…
« Patrick Ă©tait absolument convaincu qu’il Ă©tait le mieux placĂ© pour tout organiser _ sic _ et dĂ©cida de me prendre sous son aile _ cela peut effectivement aider… Il m’ouvrit les portes _ voilĂ ! _ de la vie culturelle _ artistique _ londonienne qui comptait un nombre impressionnant de talents. Tous ses amis « baignaient » _ en effet _ dans l’art, faisaient de la critique de livres ou allaient s’applaudir les uns les autres sur la scĂšne ou Ă l’Ă©cran.«Â
…
Aussi
« la plupart de mes _ nouveaux _ amis _ vrais _ venaient _ -ils _ de son « écurie ».
…
Avec nombre d’entre eux j’entretenais _ trĂšs bientĂŽt, vite, aussitĂŽt, dĂ©jĂ : c’est un talent ! _ une amitiĂ© _ et c’est lĂ l’Ă©lĂ©ment majeur (et de fond !) pour Peter ! _
…
qui allait s’approfondir _ voilĂ ! _ au fil des ans : une preuve de leur endurance _ Ă me supporter, souffrir, et accepter (et aimer)… _ et d’une certaine fidĂ©litĂ© _ toujours de la modestie, avec les euphĂ©misations : c’est lĂ une vertu ; Peter n’a pas que des dĂ©fauts… _ de ma part.
…
Pour quelqu’un qui vit seul _ pas « en couple« , donc : Peter assume son « cĂ©libat« … _,
les amis sont essentiels _ voilĂ .
…
Ils m’aidĂšrent Ă surmonter _ et durablement, pas Ă court terme : la dimension temporelle est capitale en ces affaires (existentielles) affectives ! _ mon sentiment _ endĂ©mique _ de dĂ©racinement _ qui comporte, aussi, il est vrai, l’avantage (non recherchĂ© !) du « dĂ©calement« , si crucial (pour la vie !), du regard… _,
…
car je portais en moi _ pour jamais _ des sĂ©quelles _ indĂ©lĂ©biles, donc _ de mon enfance solitaire _ depuis, au moins, Ă l’Ăąge de onze ans, le lycĂ©e (français, Ă Berlin, et puis Ă ZĂŒllichau, en SilĂ©sie) pour un enfant Juif (bien que ne portant pas l’Ă©toile jaune, Louise, sa mĂšre, Ă©tant « aryenne« …) en Allemagne nazie… _ et la nostalgie de mon adolescence _ Ă la LibĂ©ration joyeuse, en mĂȘme temps que pauvre, Ă partir de 1946… :
…
un passage assurément important de ce livre, pages 201-202, donc, comme on constate !..)
…
en beau garçon, d’abord,
via ses rencontres sexuelles et _ surtout, plus encore ! _ amicales
_ je reprends et poursuis maintenant ma phrase _,
…
celles-ci lui ouvrant bien des portes, bien des « clans » (ou « rĂ©seaux » d’amis) :
…
d’artistes, de crĂ©ateurs, surtout ! _ c’est lĂ l’Ă©lĂ©ment majeur ! _, dans les diverses capitales que Klaus-Peter (bientĂŽt Peter), va traverser :
…
Paris,
…
Rome : Peter devient le compagnon pour un temps, en 1955, d’Enrico Medioli, ami et collaborateur bientĂŽt de Luchino Visconti ;
…
je m’y attarde un peu, maintenant (j’aime Rome !) :
…
« Je me rendais souvent Ă Rome. J’y dĂ©couvrais un passĂ© splendide. Alors que Paris reprĂ©sentait pour moi l’Ă©lĂ©gance et le raffinement _ voilĂ _ international, Rome incarnait _ oui : charnellement _ une grande civilisation ; mĂȘme le chaos et la pauvretĂ© des rues _ certes _ Ă©taient parĂ©s _ oui _ d’une dignitĂ© intemporelle _ comme c’est juste ! Tout avait _ le baroque (mĂȘme borrominien !) est ici mesurĂ© ! sans morbiditĂ© : Ă la Bernin, plutĂŽt… _ des proportions parfaites : les façades ocres baignĂ©es par la lumiĂšre de l’aprĂšs-midi _ cf ici les descriptions si justes de mon amie Elisabetta Rasy en son magnifique « Entre nous » ; cf mon article sur son rĂ©cit autobiographique suivant (« L’Obscure ennemie« ), toujours Ă Rome : « Les mots pour dire la vĂ©ritĂ© de lâintimitĂ© dĂ©vastĂ©e lors du cancer mortel de sa mĂšre : la dĂ©licatesse (et Ă©lĂ©gance sobre) parfaite de âLâObscure ennemieâ dâElisabetta Rasy« … _, les toits avec leurs jardins suspendus, les terrasses des gens riches : tout semblait exprimer la sensualitĂ©, la douceur de vivre et le bien-ĂȘtre« _ on ne saurait mieux dire !, page 181 ;
…
« Pendant l’un de mes nombreux voyages Ă Rome, j’avais rencontrĂ© Enrico Medioli. Enrico Ă©tait un ami de Luchino Visconti et allait devenir bientĂŽt l’un de ses plus proches collaborateurs. Avec Suso Cecchi d’Amico, il fut le scĂ©nariste de Rocco et ses frĂšres, Sandra, Les DamnĂ©s, L’Innocent et Violence et passion.
…
Enrico incarnait pour moi la perfection : il Ă©tait blond, aristocrate dans son comportement comme dans son style, grand, Ă©lĂ©gant, mondain, cultivĂ© et possĂ©dait un humour caustique. Il Ă©tait issu d’une grande famille de Parme et avait souffert de la tuberculose, ce qui ne fit qu’accroĂźtre Ă mes yeux son aura romantique. Il conduisait des voitures de sport et vivait dans un appartement avec terrasse qui surplombait les toits de la citĂ© Ă©ternelle.
…
Il connaissait toutes les personnes qui valaient la peine _ voilĂ _ d’ĂȘtre connues Ă Rome.
…
Autour d’Enrico gravitait la jeunesse dorĂ©e. La plupart travaillaient dans le cinĂ©ma« _ soit un medium en pointe :
…
voilĂ deux Ă©lĂ©ments importants dans la « formation« du jeune Klaus-Peter (qui a alors Ă peine vingt-cinq ans), on va s’en rendre peu Ă peu mieux compte… ;
…
avant d’ĂȘtre plaquĂ© (un peu abruptement !) par Enrico Ă Cortina d’Ampezzo :
…
« Enrico avait une Ă©nergie contagieuse. Nous allions jusqu’Ă la plage de Fregene si souvent filmĂ©e par Fellini _ dans Huit-et-demi, ou Juliette des esprits, par exemple _, pour dĂ©jeuner dans des restaurants que seuls les Romains connaissaient, ou nous dĂźnions dans les Ă©tablissements huppĂ©s de la via Appia. Enrico, qui qualifiait ces endroits de piccole trattorie, molto semplice, Ă©tait saluĂ© par la moitiĂ© des clients. Nous prenions l’apĂ©ritif chez Bricktop’s et la granita di limone chez Rosati’s _ Piazza del Popolo….
…
Au fil des mois, l’usure _ cependant _ se fit sentir dans notre couple _ un mot qui sera rarement employĂ© par l’auteur, en ces 443 pages, notons-le au passage. La clique romaine perdait _ pour Klaus-Peter _ son charme _ surtout vaporeux _, comme moi je perdais le mien Ă leurs yeux _ au pluriel… Je roulai dix-huit heures en voiture de Naples Ă Cortina d’Ampezzo, oĂč Enrico possĂ©dait un chalet, pour apprendre qu’il pouvait juste m’accorder un dĂźner.
Je compris le message« , page 184…
…
Avec ce commentaire-ci : « Je revis Enrico quelques annĂ©es plus tard Ă Londres oĂč il montait _ comme Luchino Visconti ; ou comme Franco Zeffirelli : les metteurs en scĂšne italiens s’enchantent Ă mettre leur talent Ă la disposition de l’opĂ©ra _ sa version de La Somnambula Ă Covent Garden. »
…
« Comme on perd facilement _ pas seulement de vue ! _ les gens dans la vie ! Pendant un moment, on les voit tout le temps, trois fois par semaine, on les appelle au milieu de la nuit, et puis tout Ă coup, ils disparaissent. Heureusement j’ai gardĂ© beaucoup de mes relations _ voilĂ le terme appropriĂ©. Plus tard, j’ai eu la chance de revoir certains d’entre eux comme Luchino Visconti, Alberto Moravia, Maria Callas, Giuseppe Pattroni Griffi et Mauro Bolognini, Lila Di Nobili, Franco Zeffirelli et Giorgio Strehler. Cette fois-ci _ nouvelle _ c’Ă©tait Ă titre professionnel _ pour des reportages filmĂ©s par Peter pour la BBC : entre 1968 et 1989 _ et quelques uns sont mĂȘme devenus _ Ă des degrĂ©s divers : mais un palier important Ă©tant tout de mĂȘme franchi ! _ des amis.«Â
…
« Comme toujours, je désirais davantage _ relationnellement ; Klaus-Peter se remémore ici sa situation (notamment) affective en 1955 _
et voulais faire de nouvelles découvertes.
Il Ă©tait temps de passer Ă autre chose« , pages 184-185 : un passage trĂšs important, mine de rien, que ce sĂ©jour italo-romain de Klaus-Peter, en 1955…Â
…
mais surtout New-York :
…
cf le chapitre « America here I come _ 1956-1957« , pages 187 Ă 211 : venant aux Ătats-Unis surtout pour y amĂ©liorer son anglais, Peter y fait la connaissance d’Edward Albee _ « un jeune auteur dramatique« … _ et Richard Barr _ »un producteur de théùtre renommé« … _, page 193. « Edward et Richard me firent rencontrer _ un terme important ! _ John et Tamara Ennery » _ lui avait Ă©tĂ© le mari de Tallulah Bankhead ; elle, nĂ©e Tamara Gergeyeva, avait Ă©tĂ© l’Ă©pouse de Georges Balanchine, au temps des ballets russes de Serge Diaghilev : page 195.
…
Et enfin Londres, donc :
…
oĂč Klaus-Peter _ devenu dĂ©sormais dĂ©finitivement Peter _ va s’installer, en 1958,
et, non sans difficultés et péripéties, trouver
et un travail qui soit et durable _ enfin : au bout de dix ans cependant ; Peter a commencé par faire ses gammes cinématographiques avec des films publicitaires _ et satisfaisant pour lui _ ce sera à la BBC, en 1968 ;
et pour vingt-deux ans, de 1968 Ă 1989, Ă l’Ăąge de sa retraite professionnelle… _,
…
et _ plus encore ! _ sa vocation de crĂ©ateur et artiste _ le principal pour lui ! mais il n’en a probablement pas encore vraiment conscience alors… _ :
…
cf le merveilleux compliment que lui fera Luchino Visconti, en remerciement du documentaire de Peter sur le tournage de Mort Ă Venise, en 1970 :
…
« Seul un artiste peut en voir _ = voir vraiment ! : cf le concept d’« acte esthĂ©tique » de Baldine Saint-Girons… _ un autre, merci. AmitiĂ©, Luchino« , en dĂ©dicace à « un trĂšs beau livre : Vecchie Immagine di Venezia, vieilles photographies de Venise« ;
…
« Il y avait aussi une photo dédicacée : « Pour ta Mort à Venise sur ma Mort à Venise. »
…
De toute ma carriĂšre _ d’homme d’images filmĂ©es _ aucun compliment ne m’a fait un tel plaisir« , page 267 _ :
…
je veux dire sa « vocation » _ Ă©mergeant peu Ă peu : suite Ă diverses rencontres, non programmĂ©es : par conjonctions de hasard _ de rĂ©alisateur de films et reportages culturels, ou plutĂŽt : artistiques (et sur _ Ă propos… _ d’autres crĂ©ateurs-artistes, en fait) Ă la BBC…
…
voici _ donc : je reprends une fois encore l’Ă©lan de ma phrase _
que Peter Adam offre au lectorat français et francophone
une somptueuse traversée de son siÚcle _ pas facile pour un garçon juif berlinois ! né en 1929 ! _,
…
tout à la fois en beau garçon
…
et en honnĂȘte homme
et artiste probe absolument et sans compromission soucieux de la justesse…
…
J’y viens maintenant…
…
Ce trĂšs grand livre qu’est MĂ©moires Ă contre-vent, est construit en trois grandes parties,
autour de la « formation » d’un homme
(et un artiste : Klaus-Peter Adam, devenu par son passage aux Ătats-Unis, en 1956-1957, puis sa vie en Angleterre, de 1958 Ă 1989 ; et sa naturalisation anglaise, en 1965 : cf page 214, « un sujet de Sa Majesté » ! ; devenu « Peter Adam« , maintenant)
reprĂ©sentatif surtout d’une gĂ©nĂ©ration (d’EuropĂ©ens),
…
ainsi que l’auteur prĂ©sente cet « essai » d’autobiographie d’abord tout Ă la fin, pages 438 Ă 440, de son dernier chapitre, « Le temps des moissons _ 1987-1989« , pour l’Ă©dition anglaise, parue en 1995 :
…
« J’avais l’impression d’avoir vĂ©cu plusieurs vies, adoptĂ© plusieurs cultures, rĂȘvĂ© et parlĂ© dans plusieurs langues. En mĂȘme temps j’Ă©tais de nulle part, un Ă©tranger partout. C’Ă©tait ce qui me convenait le mieux.
…
Mon pays natal Ă©tait un pays imaginaire, fabriquĂ© Ă partir de souvenirs et d’amis.
…
Je songeais alors Ă Ă©crire un livre sur mon enfance et Ă raconter l’histoire de ce garçon allemand au sang juif qui avait survĂ©cu au nazisme. (…)
…
Je ne voulais certainement pas me construire une postérité
_ « d’encre et de papier« : Ă cĂŽtĂ© de celle, familiale, de ses neveux, les fils de sa bien aimĂ©e sĆur jumelle, Renate ;
ou du neveu de Facundo : Marcial di Fonzo Bo, un comĂ©dien de grande qualitĂ© (auquel, ainsi qu’Ă Facundo, est dĂ©diĂ©e, remarquons-le aussi, cette version française de son autobiographie, MĂ©moires Ă contre-vent, page 7).
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Je voulais transmettre
non pas mon histoire personnelle,
mais celle de toute une gĂ©nĂ©ration _ voilĂ ! _ marquĂ©e par l’Histoire en pleine mutation.
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Il y avait eu beaucoup de rĂ©cits _ Ă©crits et publiĂ©s _ sur les bourreaux et les victimes, mais trĂšs peu sur la vie quotidienne de gens ordinaires, pris dans le tourbillon de l’Histoire.
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Je souhaitais parler des horreurs de la normalitĂ©, de cette « banalitĂ© du mal » _ selon l’expression de Hannah Arendt :
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de fait les chapitres « allemands« (1 Ă 3 : pages 13 Ă 88), Ă Berlin, puis au lycĂ©e français mis « à l’abri Ă la campagne« , en 1943, « à ZĂŒllichau, une petite ville de SilĂ©sie« (page 86) ;
et les chapitres « autrichiens« , aprĂšs que Klaus-Peter, expulsĂ© pour judĂ©itĂ© du lycĂ©e, dĂ©but 1944, a rejoint les siens, qui s’Ă©taient rĂ©fugiĂ©s dĂ©jĂ bien loin de Berlin, « à Tressdorf, dans une vallĂ©e perdue de la Carinthie« (page 86, aussi ;
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le premier chapitre « autrichien« (le chapitre 4 : pages 89 Ă 104) est joliment intitulĂ© « IntermĂšde pastoral _ 1944-1945« … ;
et le suivant (pages 105 Ă 116 : « AprĂšs-guerre et nouveau dĂ©part _ 1945-1946« ) raconte ce qui suit la fin de la guerre et le retour, difficile Ă Berlin ; jusqu’Ă ce que le narrateur nomme, au bas de la page 116, « le dĂ©but de l’aprĂšs guerre« ) ;
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sont des chapitres magnifiques de ces « MĂ©moires Ă contre-vent« sur les conditions de survie des gens ordinaires sous le nazisme… _ ;
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Je souhaitais _ donc, je reprends la phrase de Peter Adam… _ parler des horreurs de la normalitĂ©, de cette « banalitĂ© du mal »Â
et montrer que, malgrĂ© tout, le bonheur pouvait survivre _ par rĂ©silience, ainsi que Boris Cyrulnik nomme ce processus… _ dans l’Ă©preuve.
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Peut-ĂȘtre y avait-il tout de mĂȘme quelque chose dans cette vie et cette carriĂšre en dents de scie _ voilĂ : je vais m’y pencher un peu… _ qui mĂ©ritait d’ĂȘtre prĂ©servé » _ et transmis : pages 438-439…
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D’autant que
« écrire mes mĂ©moires se rĂ©vĂ©la _ Ă l’auteur que va devenir (et se dĂ©couvrir : par lĂ mĂȘme !) aussi Peter Adam, Ă partir de 1990, par ce livre improbable et « ouvert« de « retour« sur sa vie… _ passionnant. Cela devenait mon jardin secret, des moments d’Ă©vasion _ crĂ©atrice ! _ dans un monde de contraintes. (…)
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Ma curiositĂ© _ d’analyse, maintenant, comme en actes : par les Ă©missions Ă concevoir et Ă rĂ©aliser pour la tĂ©lĂ©vision ! entre 1968 et 1989 _ m’avait amenĂ© plus loin dans la vie que je ne le pensais _ tout d’abord ; au dĂ©part…
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La plupart des rencontres ont lieu par hasard. Ce que le dĂ©sir, les intrigues et la dĂ©termination en font _ ensuite : tout un travail et une Ćuvre ! _ me paraissait plus intĂ©ressant que la rencontre elle-mĂȘme _ advenue, survenue. Il y avait bien Ă©videmment eu des expĂ©riences dĂ©cisives, mais souvent je n’en avais pris conscience qu’aprĂšs coup. Tout Ă©tait liĂ© _ ce fut sans doute la dĂ©couverte la plus surprenante que je fis en Ă©crivant« , page 439 ;
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en ce mĂȘme esprit, Peter a rapportĂ©, page 411, ce mot, « une fois« , de son ami Bruce Chatwin (cf le rĂ©cit de leur amitiĂ© de onze ans, de 1978 au dĂ©cĂšs de Bruce, le 18 janvier 1989 : aux pages 379 Ă 384 ; « Ce n’Ă©tait pas facile d’ĂȘtre ami avec Bruce. Il menait plusieurs vies Ă la fois et ne permettait pas qu’elles se mĂ©langent ou s’entrecroisent. En sociĂ©tĂ©, il Ă©tait trĂšs rĂ©servĂ© sur sa vie privĂ©e et ne laissait jamais transparaĂźtre ses sentiments« , page 380)
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Bruce citant Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde : « Il s’efforçait de rassembler _ lui ; et non sans difficultĂ©s dues Ă tant et tant de hasards d’abord, et Ă son corps dĂ©fendant, surtout, subis _ les fils Ă©carlates de sa vie et d’en tisser un dessin« : unifiĂ©, donc, oĂč « tout« , finissant comme par « émerger« du dĂ©sordre ou chaos mĂȘme, vĂ©cu par surprise en premier, vient apparaĂźtre en quelque sorte enfin « lié« et « en place« , « en ordre« , ou presque…
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Telle, aussi, une image en un tapis…
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Pages 410-411, Peter Adam a aussi Ă©crit, Ă propos de sa « dĂ©couverte » de l’Ă©criture :
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« Je n’avais jamais Ă©crit de livre _ Ă©crire des scĂ©narios ou des articles _ utilitaires _ n’Ă©tait pas la mĂȘme chose _, mais je dĂ©couvris rapidement quel plaisir c’Ă©tait. Rien dans ma vie professionnelle ne m’avait autant stimulĂ© que la relation intime entre l’auteur et sa page, quand tout Ă coup des mots et des phrases Ă©mergent de nulle part« : c’est la plus stricte vĂ©ritĂ© !.. Quelle jouissance ainsi rencontrĂ©e !
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Et un peu différemment, encore,
en l’ »épilogue » de 2o09-2010 _ rajoutĂ© pour cette « traduction« -« adaptation » française d’un livre qui avait Ă©tĂ© rĂ©digĂ© presque vingt ans plus tĂŽt : entre 1990 et 1995 ; au moment de sa retraite (de son travail de « documentariste » Ă la BBC, en 1989) _ :
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« En racontant ma vie une fois de plus en une autre langue _ en français, aprĂšs l’anglais, cette fois _, je me suis dĂ©couvert une perception du monde qui altĂ©rait _ et enrichissait _ la vision _ premiĂšre _ que j’en avais vingt ans plus tĂŽt _ en 1990. Certains Ă©vĂ©nements n’avaient plus l’importance que je leur accordais en 1995 _ ou en 1989 ou 90… Des amitiĂ©s et des rencontres que je croyais emblĂ©matiques s’Ă©taient fondues _ depuis lors _ dans l’ombre du temps.
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Ainsi raccourci _ ah! bon ! _ et réédité, Mémoires à contre-vent est un livre nouveau et trÚs différent _ pour Peter le premier _ de Not Drowning, bur Waving.
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Notre sociĂ©tĂ© et l’ordre du monde _ et nos regards (selon d’autres focalisations : neuves, plus perspicaces : c’est le gain du mĂ»rir…) qui s’ensuivent… _ se sont profondĂ©ment modifiĂ©s durant les vingt derniĂšres annĂ©es. Des systĂšmes totalitaires se sont Ă©croulĂ©s, mais les droits de l’homme sont _ plus encore _ une vue _ seulement _ de l’esprit. Nous sommes encore bien loin du paradis terrestre oĂč nous pourrions vivre en parfaite libertĂ©, sans conventions hypocrites et libres de tout conformisme _ comme Peter l’a (ou l’avait) longtemps espĂ©rĂ©…
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Dieu nous est revenu _ de sa mort ! _ Ă travers deux conceptions qui sont une menace pour notre libertĂ© : le fanatisme dĂ©rivĂ© de l’islam et le zĂšle religieux d’une AmĂ©rique conservatrice _ jolie nuance… Dans certaines parties du monde, les bĂątiments dĂ©truisent _ oui _ le paysage. Ailleurs, la terre _ livrĂ©e aux guerres de l’eau _ meurt de soif ; et les famines dues Ă la sĂ©cheresse chassent des populations entiĂšres _ Ă©migrant _ de leur pays. Ils mettent leur vie en danger _ de se noyer _ pour traverser les mers Ă la recherche d’une existence meilleure dans un monde qui les rejette. Utopie mortifĂšre _ combien !
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Nous sommes tourmentĂ©s de toutes parts : la bĂȘtise du pouvoir, l’imposture des politiques, les dĂ©mocraties branlantes, la tyrannie des statistiques _ oui, oui, oui, oui ! _, l’omnipotence de la science _ et de ses expertises stipendiĂ©es _, l’absence _ veule _ de spiritualitĂ©, la fascination _ si niaise ! _ pour les people, cette triste pathologie de la vie moderne fondĂ©e sur la culture _ infantilisĂ©e _ du _ misĂ©reux _ narcissisme.
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Le superficiel rĂšgne en maĂźtre _ voilĂ ! Dans un monde obsĂ©dĂ© par l’argent, il reste fort peu de place pour la mĂ©taphysique _ ou la poĂ©sie et le poĂ©tique… L’ennui gĂ©nĂ©ral, trĂšs bien repĂ©rĂ© par Hannah Arendt et Simone de Beauvoir, est devenu la condition humaine _ quasi gĂ©nĂ©rale sur la planĂšte. VoilĂ pourquoi les gens ont dĂ©sormais besoin d’ĂȘtre constamment _ et en pure perte _ divertis _ par l’entertainment (rĂ©gnant Ă la tĂ©lĂ©vision : mĂȘme Ă la BBC ?..).
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Il est devenu indispensable d’ĂȘtre joignable partout, Ă tout moment ; et cela se traduit par des heures de communication stĂ©riles _ c’est aimable _ via Internet ou les textos _ quelle sordide dĂ©rision !
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La langue se banalise, le vocabulaire s’appauvrit ; nous sommes bombardĂ©s d’informations _ et clichĂ©s _ ; mais le vĂ©ritable Ă©change d’idĂ©es _ condition de la vraie dĂ©mocratie, pourtant _ est devenu bien rare. Les rapports Ă©pistolaires qui permettaient d’exprimer _ en la « formant« vraiment _ la profondeur d’une pensĂ©e ou d’un sentiment _ plutĂŽt que l’impact brut d’Ă©motions _, ce magnifique plaisir _ certes _ de l’Ă©criture, tombe en dĂ©suĂ©tude.
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Trop de choses se ruent vers l’abĂźme _ du nihilisme _ ; et je ne m’en console pas« , page 442…
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A contrario, toutefois,
les « artistes » que Peter Adam a « eu le privilĂšge de filmer » (et bien d’autres encore, aussi) « sont la preuve _ vive, vivante ! _ que l’humanitĂ© est encore et sera toujours capable de rĂ©sister _ voilĂ ! _ Ă la conspiration _ grĂ©gaire _ de la mĂ©diocrité« _ et de ses « statistiques« ! pages 442-443.
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Car « l’art nous donne accĂšs _ en finesse et dĂ©licatesse _ Ă la richesse du monde dans ses dimensions _ qualitatives _ les plus complexes _ et diaprĂ©es : jusqu’au sublime…
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La vie sans art n’est qu’une source _ minimalement _ tarie.
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Seul le travail de l’esprit _ voilĂ _ peut nous offrir une existence plus vaste _ et libre en l’amplitude de ses mouvements _ que notre bref intermĂšde biologique« , page 443 : bravissimo, M. Peter Adam !!!
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La premiĂšre partie du livre _ soient les chapitre 1 Ă 6, de la page 13 Ă la page 134 _ restitue le « terreau » de la gĂ©nĂ©ration de ceux qui ont Ă©tĂ© enfants sous le nazisme _ mĂȘme si c’est non sans rĂ©sistance critique dans le cas de la famille Adam, et de la mĂšre, Louise, devenue veuve en 1935.
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La seconde partie _ soient les chapitres 7 Ă 12, de la page 135 Ă la page 219 _ prĂ©sente la pĂ©riode d’errances _ avec assez peu de boussoles _ cosmopolites (Paris, Rome, New-York, Londres) et les difficultĂ©s _ d’orientation _ de Klaus-Peter, puis Peter, avant de rĂ©ussir Ă trouver le « dispositif » professionnel qui lui permettra de devenir vĂ©ritablement lui-mĂȘme ; et d’accomplir (en Ćuvres ! de partages) une « vocation« …
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La troisiĂšme partie _ soient les chapitres 13 Ă 33 + l’« épilogue« ajoutĂ© Ă la version française de la page 221 Ă la page 443 _ dĂ©crit l’Ă©closion (assez rapide : le chapitre 13 : « TĂ©moin : Berlin, Biafra« , en 1968 et 69) et la maturation-maturitĂ© _ sereine _ de l’artiste-tĂ©moin :
et de son temps,
et des démarches de création des artistes ses contemporains (et souvent amis, vraiment !),
que sut devenir Peter Adam ;
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avant de passer, in fine, Ă l’Ă©criture _ puis la réécriture ! maintenant… _ du « tĂ©moignage » de son propre Ćuvrer…
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Car trĂšs vite, dĂšs 1969, « on avait demandĂ© Ă James Mossman de reprendre la rĂ©daction d’un magazine culturel hebdomadaire, Review, l’Ă©mission d’art la plus rĂ©putĂ©e de la BBC. (…) C’Ă©tait l’occasion de rendre l’art accessible au plus grand nombre. Serait-il _ Jim _ capable de briser cette notion Ă©litiste du bon goĂ»t qui dominait encore les reportages culturels de la BBC sans tomber dans le piĂšge de la vulgarisation ou des gĂ©nĂ©ralisations _ tout Art est initiation Ă la singularitĂ© ! _ simplistes ?
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Jim finit par accepter ce poste de rĂ©dacteur en chef, Ă condition que je l’accompagne dans cette aventure. Ce ne fut pas un choix facile, car j’aimais beaucoup les actualitĂ©s. Je postulai donc pour ce nouveau travail, et fus embauchĂ© comme rĂ©dacteur en chef de cette Ă©mission artistique hebdomadaire.
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Je venais de tourner une nouvelle page ; et un autre chapitre de ma vie commençait. J’avais quarante ans« , page 241.
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Vont suivre vingt ans (1969-1989) de rĂ©alisations de films pour faire connaĂźtre _ en donnant Ă ressentir _ (par la BBC) le sens des crĂ©ations artistiques modernes et contemporaines _ avec tĂ©moignages (= interviews ouvertes…) des crĂ©ateurs, si possible, et documents audio et visuels Ă l’appui.
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Ainsi _ parmi les projets entrepris et parfois avortĂ©s en chemin, ou effectivement rĂ©alisĂ©s et passĂ©s Ă l’antenne _ :
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des émissions sur André Malraux (pages 243 à 245), Rudolf Noureev (245 à 248)
_ avec aussi, un reportage sur « Cuba : Art et révolution _ onze ans aprÚs » (249 à 257) _,
« Visconti au travail » pour Mort Ă Venise (259 Ă 267), Vladimir Nabokov (269 Ă 270), Andy Warhol (270 Ă 273), Doris Lessing (279 Ă 280), l’hommage, suite Ă sa mort par suicide, Ă James Mossman _ « J’intitulai l’Ă©mission To be a witness (« Ătre un tĂ©moin« )… _ (280 Ă 282), Borges (283 Ă 287)
_ avec, alors, la double dĂ©cision, page 287, « de rester au dĂ©partement des Arts ; et de me consacrer Ă des films plus longs« : c’est-Ă -dire moins courts ! afin de mieux rendre compte de ce qu’est la crĂ©ativitĂ© singuliĂšre d’un artiste…
Hans Werner Henze (289 Ă 292), Man Ray (292 Ă 295), « RĂȘves royaux : Visconti et Louis II de BaviĂšre« , Ă propos du tournage de Ludwig, le crĂ©puscule des dieux (295 Ă 298)
_ avec, alors, une sĂ©rie de six Ă©missions, « Eux et nous« , « sur l’art et la culture au sein des six pays fondateurs de la CommunautĂ© europĂ©enne » (pages 301 Ă 311) ; ainsi qu’une Ă©mission hebdomadaire consacrĂ©e au théùtre dans toute l’Europe (313 Ă 319)… _,
« L’Esprit du lieu: la GrĂšce de Lawrence Durrell » (321 Ă Â 325)
_ la publication, en 1987, d’un livre de Peter Adam, « Eileen Gray, a biography » (paru aussi en traduction française, aux Ăditions Adam Biro), consacrĂ© Ă son amie « la grande designer Eileen Gray« qui vĂ©cut de 1878 Ă 1976 (327 Ă 333) _,
le « nouveau cinĂ©ma allemand » de Volker Schlöndorff, Wim Wenders, Werner Herzog, Hans JĂŒrgen Syberberg et Rainer Werner Fassbinder (335 Ă 340), Jeanne Moreau (340 Ă 345), « Alexandrie revisitĂ©e : l’Ăgypte de Durrell » (347 Ă 351), Lillian Hellman et Lotte Lenya (353 Ă 367), « Diaghilev : une vision personnelle » (369 Ă 375), Edward Albee, « Un auteur dramatique face au théùtre » (385 Ă 388), David Hockney (388 Ă 394), une sĂ©rie consacrĂ©e aux « MaĂźtres de la photographie« , dont AndrĂ© KertĂ©sz, Alfred Eisenstaedt, Bill Brandt et Jacques-Henri Lartigue (395 Ă 407), « Richard Strauss « ressuscité » » (415 Ă 423) ; une derniĂšre sĂ©rie (de 100 heures) consacrĂ©e à « L’Architecture au carrefour« , avec une trentaine d’architecte interviewĂ©s, dont I. M. Pei, Richard Rogers, Richard Meier, Norman Foster, Jean Nouvel et Arata Isozaki (page 425), « Gershwin « ressuscité » » (page 133), Buñuel (pages 433 Ă 434) ; et, pour finir, deux Ă©missions d’une heure consacrĂ©es à « l’Art du troisiĂšme Reich » (435 Ă 438)…
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Ces MĂ©moires Ă contre-vent (aux Ăditions de La DiffĂ©rence) : un travail magnifique d’humaniste libre et exigeant !
« Passeur » de la poiesis des artistes ses contemporains les plus authentiques
par l’image filmique de la plus grande qualitĂ© ! dans le plus scrupuleux souci de l’intelligence du sens !
Bravo !
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Titus Curiosus, ce 2 mai 2010
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