Auteur/autrice : francislippa

  • La poésie et la pure beauté du toucher de piano d’Evgeni Koroliov à nouveau saluée : un exemple parfait d’interprétation…

    L’article « Russie perdue » que Jean-Charles Hoffelé a consacré, hier 11 novembre sur son site Discophilia, au superbe impeccable CD Tacet 264 « Russian Music »  – enregistré à Brème du 5 au 7 juin 2021, du 21 au 23 février 2022 et du 23 au 25 mai 2022 –

    vient confirmer en beauté l’appréciation rapide, au vol, mais enthousiaste, à l’égard de cet artiste si musical et si probe en son jeu de mon bref article « Et à nouveau un superbe CD-récital Tacet d’Evgeni Koroliov, « Russian Music : Medtner – Prokofiev – Scriabin – Tchaikovsky », le volume XXVI de la Koroliov Series : parfaite probité et suprême musicalité… » en date, lui, du 24 juillet dernier…

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    RUSSIE PERDUE

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    L’éloquence du grand son, même dans l’intime des Préludes de Scriabine, tire illico l’oreille – oui. Dans son piano sans un marteau – tout de souplesse et poésie – , Evgeni Koroliov herborise d’un cahier de Préludes l’autre, traçant son chemin dans la grande sélection de l’Opus 11 qui ouvre l’album : lyrique avant tout – voilà – , et comme ourlé d’une nuance de désespoir.

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    La pure beauté du toucher – oui, oui, oui ; et sans la moindre affèterie – , les polyphonies secrètement caressées – le 15e Prélude est émouvant comme une prière à la Vierge – la palette si subtile et si profonde – les deux – feront du Prélude pour la main gauche cette confession douloureuse qu’y osait seul Stanislas Neuhaus. Quel dommage !, Evgeni Koroliov laisse le Nocturne de côté. Son rossignol merveilleux aurait dépareillé ce sombre voyage chez Scriabine qui se dissout dans les presque-riens effleurés – voilà – de l’Opus 57.

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    Commencée dolce, le motif obsessif de la Sonata Reminiscenza laissera ensuite un barde chanter, piano mystère – oui – mi harpe éolienne mi vent dans les forêts de bouleaux, de la poésie pure – voilà; voilà ! – à laquelle l’Octobre tchaïkovskien – des « Saisons« … – fait une apostille si nostalgique – telle est donc la couleur. Il devrait poursuive chez Medtner.

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    Et Prokofiev ? Dans Roméo et Juliette il donne à voir, et à entendre !, les personnages, réglant un ballet miniature que prolongeront les Gavottes retirées d’autre œuvres. Un petit théâtre de marionnettes, réduit à l’intime – oui, oui : nous adorons – , déconcertant, mais parfaitement coulé dans cet album nostalgique – telle est ainsi la dominante : de l’expatrié de sa Russie natale ?..

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Alexandre Scriabine (1872-1915)

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    24 Préludes, Op. 11 (extraits : Nos. 1-6, 15, 8-10)
    4 Préludes, Op. 22 (extraits :
    Nos. 1, 2)

    Prélude pour la main gauche en ut dièse mineur, Op. 9 No. 1
    2 Pièces, Op. 57

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    Nikolai Medtner (1880-1951)

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    Sonata Reminiscenza en la mineur, Op. 38 No. 1

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    Piotr Ilitch Tchaikovski (1840-1893)

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    Les Saisons, Op. 37a (extrait : No. 10. Octobre. Chant d’automne)

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    Sergei Prokofiev (1891-1953)

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    10 Pièces de « Roméo et Juliette », Op. 75 (5 extraits : No. 2. Scène ; No. 4. Juliette jeune fille ; No. 6. Montagus et Capulets ; No. 8. Mercutio ; No. 10. Roméo et Juliette avant la séparation)
    4 Pièces, Op. 32 (2 extraits : No. 1. Danse ; No. 3. Gavotte)
    Symphonie No. 1 en ré majeur, Op. 25 (extrait : III. Gavotte. Non troppo allegro)
    3 Pièces de « Cendrillon », Op. 95 (extrait : No. 2. Gavotte)

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    Evgeni Koroliov, piano

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    Un album du label TACET Musikproduktion 264
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    Photo à la une : le pianiste Evgeni Koroliov – Photo : © DR

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    Salut, le maître !!! qui sert si bien la musique, avec pareille tendre poésie…

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    Ce mercredi 12 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Stupéfiante Anna Lucia Richter, émouvantissime en sa sobriété toute de naturel, en un absolument merveilleux CD « Mahler – Songs of Fate »… Un événement discographique tout de simplicité et évidence…

    « Stupéfiante Anna Lucia Richter, émouvantissime en sa sobriété toute de naturel, en un merveilleux CD « Mahler – Songs of Fate«  »,

    tel est donc le titre que je viens de décider de donner à mon article d’éloge très très ému de l’admirable CD Myrios music MYR 036  »Malher – Songs of Fate » que vient de nous offrir la soprano Anna-Lucia Richter – native de Cologne, en 1990 : son père, Martin Richter, est violoniste au Gurzenich Orchester Köln, et sa mère, la mezzo Regina Dohmen, est professeur de chant… – , avec le Gurzenich-Orchester Köln dirigé par Jordan de Souza – un CD de 55′ 28 enregistré à Cologne au mois d’octobre 2024…

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    Et cette fois c’est à nouveau un article de Jean-Charles Hoffelé, intitulé « Mutters Stimme« , en date du 5 novembre dernier, qui m’a convaincu de me procurer ce CD

     pour mon enchantement !

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    MUTTERS STIMME

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    Anna Lucia Richter se promène – en y faisant ses choix – dans le Knaben Wunderhorn, si habile à être la conteuse de Rheinlegendchen, qu’elle semble dire à des enfants, la mère désespérée d’illusion de Das irdische Leben (la progression dramatique, l’esseulement dans la voix, quelle liedersängerin, pas entendu ainsi depuis Schwarzkopf), l’amoureux(euse) dépité(e) de Verlorne Müh’, tant de visages différents dans une même voix – oui – , qui peu à peu s’élève aux éthers – sublimissimes – des lointaines Trompettes – écoutez-ici... – , à ceux d’Urlicht – oui, oui, oui : écoutez-ici…

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    Manière de préparer au Rückert-Lieder ? Non, d’ailleurs elle aurait pu les ajouter restant chez le poète. Elle leur préfèrera ceux des Kindertotenlieder, quitte à ne pas les avoir naturellement dans son instrument.

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    Pas assez contralto, elle y sera donc plus Merriman que Ferrier – oui…  – , on ne peut s’en plaindre – certainement pas : quel art ! quelle justesse d’incarnation avec la plus extrême évidence de simplicité ! – , ses mots sont si – merveilleusement – doux et si douloureux à la fois, sa nostalgie si prégnante – oui ! quel absolu de naturel en cet art…  – , même la fièvre puis l’apaisement d’In diesem Wetter touchent juste, délivré de tout pathos – oui, oui : c’est somptueux de justesse ! – ; le Gürzenich-Orchester, si retenu –lui aussi ! – par Jordan de Souza, y veille.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Songs of Fate

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    Gustav Mahler (1860-1911)

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    Des Knaben Wunderhorn
    (8 extraits : No. 4. Wer hat dies Liedlein erdacht?, GMW 23 ; No. 7. Rheinlegendchen, GMW 29 ; No. 5. Das irdische Leben, GMW 26 ; No. 2. Verlor’ne Müh’, GMW 22 ; No. 6. Des Antonius von Padua Fischpredigt, GMW 28 ; No. 10. Lob des hohen Verstandes, GMW 33 ; No. 9. Wo die schönen Trompeten blasen, GMW 35 ; No. 11. Urlicht, GMW 27)

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    Kindertotenlieder, GMW 45-O

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    Anna-Lucia Richter, mezzo-soprano
    Gürzenich-Orchester Köln
    Jordan de Souza, direction

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    Un album du label Myrios music MYR 036
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    Photo à la une : la soprano Anna-Lucia Richter – Photo : © Ammiel Bushakevitz

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    Un absolument merveilleux CD,

    que j’ai immédiatement noté, à ma toute première écoute, « très émouvant en sa sobriété« …

    Et c’est encore là un euphémisme !

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    Bouleversant !

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    Quelle intelligence hyper-sensible du chant de la part de cette hyper-émouvante et si constamment juste Anna Lucia Richter…

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    Ce mardi 11 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’Anniversaire Alessandro Scarlatti (Palerme, 1660 – Naples, 1725) : quelques belles célébrations discographiques…

    Pour célébrer en musique l’anniverssaire des 300 ans du décès à Naples le 22 octobre 1725 du grand Alessandro Scarlatti, quelques belles productions discographiques récentes sont à marquer d’une pierre blanche…

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    En particulier le CD Arcana A 587 « Alessandro Scarlatti – Christmas at the Bethlehem of the West – Music from Santa Maria Maggiore Rome«  – écoutez ici – de Giulio Prandi dirigeant le Coro e Orchestra Ghislieri, et Carlotta Colombo, soprano – un CD enregistré à Padoue du 18 au 21 mars 2025 – ;

    et le CD Alpha 1179 « A. Scarlatti – Stabat Mater – Mottetti » – regardez et écoutez ici – de Thibault Noally dirigeant Les Accents, et Emmanuelle De Negri, soprano, et Paul Figuier, contreténor – un CD enregistré à Paris au mois de mai 2025…

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    Un bienvenu renouveau musical, ne serait-ce que du rayon Alessandro Scarlatti de ma discothèque personnelle – jadis copieusement rempli, un peu moins cette dernière décennie, je le constate en le passant en revue… – , pour un éminent compositeur charnière – à l’œuvre très très riche et varié : « L’éclectisme du compositeur est presque impossible à jauger, tant il est peu joué, peu enregistré et peu monté à la scène au regard de l’étendue de son œuvre (environ 950 œuvres) et de son importance historique. Le compositeur laisse 70 opéras conservés sur 115 écrits, au moins 620 cantates de chambre, environ 25 serenate, 30 oratorios retrouvés sur 38, une centaine de motets, 10 messes, une quarantaine d’œuvres liturgiques… Des œuvres pour clavier (clavecin ou orgue) composées sur ses vieux jours, ainsi que des quatuors avec flûte, une douzaine de sinfonias avec flûte et six concerti grossi« … – de la période baroque en Italie…

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    Ce lundi 10 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La jouissive folie de l’allégresse de Mozart, selon Clément Rosset, en son jubilatoire essai « Mozart ou le silence » (1967), que publie Le Passeur poche…

    C’est bien la jouissive « folie de l’allégresse » de Mozart, selon l’expression magnifiquement choisie par son auteur, Clément Rosset (Carteret, 12 octobre 1939 – Paris 5e, 25 mars 1018), en son jubilatoire essai « Mozart ou le silence » (1967), que vient de publier ce mois de septembre 2025 Le Passeur poche…

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    A l’opposé des clichés montrant Mozart romantique, maçonnique ou révolutionnaire, auteur d’une œuvre religieuse, métaphysique et autobiographique, l’auteur présente un musicien fou – mais pas au sens pathologique – , créateur d’une musique folle d’allégresse, pure et finalement proche du silence – en son refus avéré du logos, et sa distance l’égard des livrets, en ses opéras… Essai rédigé par Clément Rosset, donné à son ami Didier Raymond – spécialiste de Schopenhauer – et publié initialement sous le nom de ce dernier en 1990 – au Mercure de France.

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    Dès la publication en 1960 de son premier livre, La philosophie tragique, Clément Rosset ne cessa plus d’écrire. Non seulement des livres de philosophie, mais aussi des récits, des pièces de théâtre, des essais sur ses artistes de prédilection. Parmi ces derniers, Mozart et le silence, écrit en 1967.

    À l’époque, Rosset le proposa à un éditeur – Le Mercure de France, apprenons-nous maintenant – qui le refusa. Le texte resta alors inédit pendant une vingtaine d’années. Après quelques hésitations, Rosset offrit le manuscrit à son ami Didier Raymond, et le livre parut, sous la signature de ce dernier, au Mercure de France en 1990 avec pour titre Mozart, une folie de l’allégresse.

    Ce même livre fut réédité par Le Passeur en 2013 sous le titre Le cas Mozart et toujours sous le nom de Didier Raymond. Il est aujourd’hui présenté au public sous son titre original et dûment signé Clément Rosset, rendant ainsi justice à son auteur à titre posthume.

    À contre-sens des clichés en vigueur qui accordent un sens ou une intention aux airs sublimes de Don Giovanni, de Cosi fan tutte ou des Noces de Figaro, Rosset oppose une musique pure, proche du silence et débarrassée de tout prétexte ou de toute arrière-pensée – voilà ! Rien que de la pure jubilation musicale… Ainsi Mozart s’affirme comme le compositeur d’une musique « folle », celle de l’allégresse inconditionnelle – voilà ! – face à la tragédie de l’existence.

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    Oui, voilà qui est excellemment perçu par l’oreille musicale ainsi que très précisément détaillé par l’intelligence si fine et si libre du cher Clément Rosset en ce jubilatoire essai de 1967 !

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    Ce dimanche 9 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa