Auteur/autrice : francislippa

  • « Care », sollicitude et vulnérabilité : pour un changement de paradigme…

    Pour prolonger la réflexion sur le « care« ,

    à l’occasion du choc éprouvé à la vision du film « Two lovers » de James Gray ;

    de la conférence à venir, mardi prochain, à 18 heures, dans les salons Albert-Mollat, de la Librairie Mollat, 15 rue Vital-Carles à Bordeaux, dans le cadre de la saison 2008-2009 de la Société de philosophie de Bordeaux,

    de Fabienne Brugère, présentant « Le Sexe de la sollicitude » ;

    et de la lecture de « La Privation de l’intime » de Michaël Foessel,

    …

    ces rapides réflexions-ci :

    …

    mardi 25 novembre prochain,

    ainsi que j’ai l’ai déjà annoncé en mon article  du 10 novembre « la Société de philosophie de Bordeaux reçoit« ,

    notre collègue et amie Fabienne Brugère présentera son tout récent travail « Le Sexe de la sollicitude« ,

    dans le cadre prestigieux des salons Albert-Mollat, 15 rue Vital-Carles, à 18 heures…
    …
    Si la démarche de l’auteur qu’est Fabienne se centre davantage sur des enjeux éthico-socio-économico-politiques
    que directement existentiels,

    pour le film « Two lovers« ,
    ou existentialo-politiques,

    pour l’approche de Michaël Foessel, dans « La Privation de l’intime« ,

    de l’ordre de « l’intime » en tant que tel, très précisément, ici ;

    ainsi que dans la perspective _ inquiète ! _ de ce que j’ai qualifié de (la) « réalité de la démocratie« 

    dans le titre même de mon article sur ce livre :

    « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la démocratie« …

    …

    il n’en demeure pas moins que le point commun

    au film,

    à l’angle d’analyse de Michaël Foessel,

    ainsi qu’au regard de Fabienne Brugère sur le « care » _ ou « sollicitude« ,

    ainsi que Fabienne le traduit _, et qu’elle s’efforce de distinguer, et de la « compassion« , et de la « charité » ;
    …
    il n’en demeure pas moins que le point commun

    _ et proprement nodal ! _

    aux « regards » de Fabienne Brugère, de James Gray et de Michaël Foessel
    _ soit un cinéaste new-yorkais et deux philosophes d’Outre-Atlantique (français)… _
    est bien le concept _ qui me paraît crucial, en effet _, de « vulnérabilité » humaine.
    …
    Avec la conséquence qu’il faudra « mettre en chantier »,

    et non sans même une certaine « urgence » _ dont l’appréciation dépend en partie de la conjoncture politico-économique ! _ ;
    …
    « mettre en chantier »

    une « anthropologie fondamentale »
    de l’ »humain » comme sujet

    _ et non « objet »

    de ce que qu’Axel Honneth appelle, à nouveau (après d’autres), la « réification« , en son récent « La réification _ petit traité de théorie critique« , paru en traduction française aux Éditions Gallimard en février 2007 ;
    …
    et comme, « aussi, et en même temps, fin »
    _ et non « seulement moyen »,
    comme je me suis autorisé à l’indiquer en un autre de mes récents articles, celui du 18 novembre : « Conversation de fond avec un philosophe« .
    …
    J’ajouterai, encore, que,
    comme le souligne bien à diverses reprises Fabienne Brugère en son essai,
    les philosophes du « care » ont le souci de ne pas en rester à une approche seulement théorique, formelle et juridique _ générale _ du rapport à « l’autre » ;
    …
    mais incitent à une pratique effective et singulière, au cas par cas, de la « sollicitude » à l’égard des plus vulnérables et blessés,
    notamment parmi les « exclus »
    de la société néo-libérale, surtout…

    …

    En relisant le livre _ par mes soins annoté _ de Michaël Foessel, « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments« ,

    je m’aperçois, après en avoir abordé l’idée au téléphone avec Fabienne Brugère, qu’il centre toute sa troisième partie sur la « sollicitude » et la « vulnérablité » humaines…

    …

    Lisons :

    Page 112, après avoir montré que « l’amour n’implique nullement de rompre avec le monde« , il pose : « Mais il faut aller plus loin en demandant ce qu’il y a de commun entre la démocratie et l’intime. Comment expliquer que la même menace pèse sur l’un et sur l’autre ? Peut-on dessiner les traits d’une vulnérabilité du « vivre ensemble » qui caractérise autant la sphère personnelle que celle des liens politiques ? »

    …

    Michaël Foessel en vient alors à une analyse de la « sollicitude« , page 127 :

    « Dans ses relations intimes, un individu attend des autres qu’ils lui permettent d’acquérir une confiance en lui-même qui est la première forme de l’estime sociale. On peut appeler « sollicitude » cette forme de reconnaissance affective, à condition de distinguer ce sentiment _ -ci _ de la pitié ou de la compassion, où le sujet _ qui s’y adonne _ jouit de se savoir _ lui _ secrètement épargné _ par la misère ou le malheur qui accable l’autre ; à la Lucrèce du « Suave mari magno… » du « De natura rerum« …

    …

    La sollicitude désigne le soin que l’on prend de l’autre, en tant qu’il n’est pas vécu comme une charge pour celui qui le prodigue, ni comme un dû pour celui qui le reçoit _ hors du calcul d’intérêt du contrat, nous voici plongés, celui qui « prodigue«  le « soin« , l’égard, comme celui qui le « reçoit », d’emblée dans l’ordre _ absolument généreux, lui ! _ de la grâce… Le point est d’importance _ en effet ! _ : à l’instar de toute relation intime _ amour, amitié : toujours uniques ! ni interchangeables, ni remplaçables ! _, la sollicitude est réciproque. Il n’y a pas d’un côté celui qui « donne », de l’autre celui qui « reçoit ». Les rôles de l’agent et du patient sont réversibles, puisque même le sujet qui offre son aide ou sa présence accepte d’être _ au moins _ instruit par l’autre » _ l’amour et l’amitié vont beaucoup plus loin, bien sûr, sur le don (de soi) et l’accueil (de l’autre) : le don y étant absolu ; au point que c’en est même un critère ; ou un révélateur !

    …

    Pour un exemple cependant « limite » (d’amour), je citerai ce que nous donne à voir Patrice Chéreau dans son très fascinant « Intimité » _ « Intimacy« , à Londres, en 2000 : en matière de don charnel de soi (à l’autre)…

    …

    Avec ces effets-ci : « Loin de se cantonner à la sympathie pour la souffrance, la reconnaissance affectuve joue un rôle dans la prise de conscience, par un sujet, de sa faculté d’agir. Le point commun à toutes les théories de la reconnaissance réside dans cette conviction que la constitution du Moi est inter-subjective« , page 128.

    …

    Et sur l’ »intime« , ceci, page 142 : « L’intime désigne un ensemble d’expériences où le savoir ne fonctionne plus comme la promesse d’une maîtrise _ technique, reproductible, mécanisable. Ainsi que le note Judith Butler, « la reconnaissance commence avec l’idée que l’on est perdu dans l’autre, absorbé dans et par une altérité que l’on est et que l’on n’est pas » _ in « Défaire le genre« , aux Editions Amsterdam, en 2006, page 272. Dans une relation intime, il est exclu de se retrouver tel que l’on était au départ. C’est le sens de la décision implicite qui préside à n’importe quel rapport d’intimité, et qui consiste à concéder à un autre le droit de porter un discours de vérité sur soi _ amour comme amitié sont « connaissance » en vérité ! (…) Le véritable désir, emblème d’une forme de liberté _ dit alors magnifiquement Michaël Foessel, page 143 _ est celui de se trouver lié à l’autre » _ en pareille vérité révélée (alors entre soi) : un beau risque ! Et par là « l’intime désigne un apprentissage de la précarité«  _ des soi qui s’y livrent, en se donnant (à cette altérité-là)…

    …

    Vient alors la conclusion, pages 157-158 : « L’intime est un ensemble de liens qui nous constituent et nous dépossèdent _ et décentrent : on est loin de s’y retrouver inchangé ! La préservation _ à défaut d’avancée, ou a fortiori de « conquête » _ de l’authenticité _ terme de vérité crucial et nodal en pareille affaire ! _ est une indication pour aborder la démocratie _ avec une relative confiance (et foi) _ depuis le point où elle s’apparente à l’intime : sa vulnérabilité.« 

    …

    Et c’est donc sur ce terme de « vulnérabilité« 

    _ capacité de recevoir une certaine dose (non mortelle) de blessure faisant un minimum souffrir _,

    que s’achève ce beau livre de salubrités personnelles et collectives démocratiques (ou civilisationnelles) de Michaël Foessel : « La Privation de l’intime« .

    …
    A mardi 18 heures, 15 rue Vital-Carles,

    pour écouter Fabienne Brugère

    aussi sur la « vulnérabilité« , à partir du « Sexe de la sollicitude« …

    …

    Sans négliger, non plus, de courir aller voir _ ou plutôt regarder _ le « Two lovers » de James Gray…

    …

    Titus Curiosus, ce 22 novembre 2008

    …
    …

    Post-scriptum :

    …

    je peux

    _ et même dois ! _

    encore ajouter la conclusion _ terrible ! _ d’Yves Michaud à propos de la « sollicitude« ,

    en le plus récent article_ à ce jour _ de son (excellent !) blog « Traverses« , sur le site de Libération,

    quant à l’impératif prioritaire

    de pratiquer _ « effectivement », sur-ajouterais-je, pléonastiquement !… _ la sollicitude, et ne pas faire seulement qu’en parler ou en écrire… :

    …

    « Un suicide dans les règles (5) : sur la sollicitude des philosophes et la sollicitude heideggerienne en particulier« 

    …

    cf là-dessus mon article du 20 novembre :

    « Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts (4 _ en forme d’apothéose)« …

    …

    Cela nous rappelle bien des « pratiques » politiques d’aujourd’hui

    « rongeant » (gravement…) la « réalité » même de la démocratie :

    …

    dire _ et « proclamer » sur l’estrade ; « où sont les caméras ? » _

    en même temps qu’on « fait » _ hors estrade, et hors caméras _

    tout le contraire exactement de cela…

    …
    Soit la pratique _ « magicienne » _ de bonimenteur

    du camelot,

    dans le jeu _ virtuôse, voire virtuôsissime ! _ de bonneteau…

    …

    Éthique, politique, vérité, droit, justice : ou les enjeux bien réels de l’ »authenticité« ,

    dans l’éventail déployé des « pratiques », en camaïeu :

    de la sphère de l’ »intime« , à la vie publique de la démocratie,

    en passant par le champ ouvert de la « sollicitude« …

  • « Two Lovers » _ ou de l’ »humanité » vraie du « care » dans le regard cinématographique de James Gray

    Sur le bouleversant film « Two lovers » de James Gray, sur les écrans français depuis mercredi 19 novembre ;

    et son « usage » sublime du « care » :

    …

    Je sors ébloui et ravi de la première séance (de 11 heures) du 4ème film de James Gray : « Two lovers« 

    _ ou quelque chose, pour moi, comme « du care«  :

    …

    après trois œuvres déjà impressionnantes (de beauté) dans le genre « polar » de ce « très grand » James Gray : « Little Odessa« , en 1994 ; « The Yards« , en 2000 ; et « We own the night » (ou, en français, « La nuit nous appartient« , il y a tout juste un an), en 2007…
    …
    Déjà le titre

    _ en dépit qu’au générique (celui de la v. o.) le titre « Two lovers«  suive immédiatement les noms des deux « premiers » interprètes : Joaquin Phœnix et Gwyneth Paltrow  ; s’agirait-il donc, quant à ces « two lovers« , des deux personnages _ Léonard, Michelle _ que ces deux acteurs-là, ainsi mis en relief, incarnent ?.. _,

    …
    déjà le titre _ « Two lovers« _, donc,

    est ambigü ;

    …

    même si l’amour est d’abord, le plus visiblement _ bien sûr ! _, une relation duelle

    (de deux corps…) ;
    …
    car dans ces relations
    _ plurielles ! _ d’amour-là, dans ce film-ci, « Two lovers« , de James Gray,
    la relation n’est,

    apparait-il ici

    _ et davantage, pourrait-on, donc, dire, que jamais ! : sublimement !!! _ ;

    …

    la relation n’est

    jamais, en aucun de ces (divers) cas d’amour-là (de ce film), simplement

    et uniment

    duelle…

    …

    Pareille « ambiguïté« ,

    si telle ambiguïté il y a bien

    _ ou complexité de quelque chose comme une ambivalence au cœur même de l’amour, ou du désir (amoureux), éprouvé _ ;

    …

    pareille complexité (d’ambivalence) et ambiguïté

    est-elle,

    même,

    profondément voulue _ jusqu’à en faire le cœur battant du titre de son film-œuvre _ ;

    …

    profondément voulue, donc, par l’auteur,

    l’immense artiste qu’est James Gray ?..

    …
    Il nous faut, nous

    _ chacun des « spectateurs«  (actifs

    cf sur ce qu’est

    « être vaiment » « spectator »

    et « L’Acte esthétique« , de Baldine Saint-Girons ;

    et « Homo spectator« , de Marie-José Mondzain) _;

    …

    il nous faut nous y interroger :

    car c’est d’abord à cette énigme (fondamentale !)-là

    de la relation (d’amour) entre deux êtres « humains«  : « non-inhumains« , veux-je dire

    _ cf Bernard Stiegler en son « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations » ;

    je reviens toujours, forcément, aux mêmes fondamentaux de ma réflexion æsthétique _ et « humaniste » !.. : les deux sont viscéralement liés, conjoints ! ;

    …

    que ce film « tendre »

    vient frontalement

    et en _ et par _ son immense et terrible douceur _ à distance océanique du mélo !!! _

    sublimement _ Baldine… _ nous confronter…

    …
    Nous sommes confrontés, tout en douceur et délicatesse, à,

    et profondément émus, touchés et complètement remués et retournés, par
    les permanentes ambivalences de l’ »humain » le plus authentique, en cette ambivalente complexité même (de l’amour vrai), qu’il _ nous _ faut, en effet, nous _ « spectateurs » _, « assumer » : comme assez rarement au cinéma,
    en une véritable (modeste en même temps, et sans esbroufe) « œuvre » (d’art) cinématographique.

    …
    De même que les personnages, eux aussi _ (l’amant _ the « lover« ) Léonard, (l’amante _ the « lover« ) Sandra, (l’amante _ the « lover« ) Michelle _, évoluent, changent, se métamorphosent,

    à la fois lentement, quasi insensiblement, sans manœuvre brutale (= esbroufe) de la caméra, ni changement grossier (= vulgarité) du décor _ même si on change (et magnifiquement) de « quartier » (de New-York :

    ô combien amoureusement la ville de James Gray est-elle ici filmée par cet enfant de Brighton Beach, à Coney Island, qu’est James Gray !) _,

    …

    tout est doux, tout se déploie sans brusquerie aucune, ni coup de revolver, pour une fois,

    …

    et sous le choc des « accidents » _ contingents _ qui les effleurent, touchent, blessent, jettent à terre, et, même, à l’occasion, presque les noient,

    littéralement,

    ces « personnages »…

    …
    qui ont

    _ ou/et connaissent, ainsi :

    et il leur faut un minimum de temps, forcément, pour essayer de « s’en remettre » _

    leurs chutes de tension _ dé-préssurisation _, là, à terre…
    …
    Le personnage de Léonard Kraditor _ qu’incarne « magiquement », et magistralement dans sa quintessence (sublime) d’ »humanité » !.. ; quel « acteur » !.. ;

    en ses métamorphoses physiques,

    de la balourdise la plus traînante (et courbure de dos, juste ce qu’il faut, pataude),

    à la grâce de la lumière, et de la danse, et de l’éclat _ de diamant _ de son regard, perçant et « droit »sous le velours d’un voile infinie de tristesse,

    un plus qu’ »évident » Joaquin Phœnix _ ;
    …
    le personnage de Léonard Kraditor, donc,
    un trentenaire célibataire qui vit, loge, habite et travaille chez « papa et maman »,
    est partagé,

    …

    sans compter la toute première fiancée partie, enfuie

    _ présente en forme de photo encadrée au chevet de son lit, dans sa chambre _,

    qu’il n’a pas pu

    _ pour raison médicale (leurs enfants auraient été « porteurs malades » d’une maladie dont ces deux fiancés-là étaient et sont « porteurs sains ») _ ;
    …
    sans compter, donc, la toute première fiancée qu’il n’a pas pu

    épouser ;

    …

    qui l’a quitté et mis au désespoir

    en s’enfuyant,

    et sans que, pour jamais, il puisse la « re-joindre »

    …

    _ d’où plusieurs tentatives de suicide

    dont celle par noyade en ouverture, sublime, du film

    _ tranquillement alentie :

    juste avant, le convoyeur (de la blanchisserie paternelle, nous le découvrirons un peu plus tard) laisse glisser à terre, sur le ponton, ou pont-passerelle, l’étui à vêtements (nettoyés à sec) qu’il était chargé, donc, de convoyer à un client de la blanchisserie : se lit par dessus le porte-manteau du vêtement nettoyé : « we love _ avec un gros cœur rouge _ our customers« … _

    …

    dont celle par noyade en ouverture, donc,

    du film, de depuis un ponton, ou un pont-passerelle, pour piétons : la scène, dans la douceur moite d’un crépuscule d’automne new-yorkais, est proprement « magique » ! ;

    …

    en plus de s’être tailladé les veines du poignet gauche ;
    et de divers séjours à l’hôpital pour « troubles bi-polaires« … ;

    …
    le personnage de Léonard Kraditor, donc, est partagé

    entre deux femmes qu’il aime

    _ et aime aussi physiquenent, charnellement (à l’écran, dans ce que nous donne à voir, ou nous montre, de l’intimité ;

    …

    (sur cette « intimité » du personnage de Léonard,

    je pense ici au magnifique « La Privation de l’intime » de Michaël Foessel ;

    cf mon article « La pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie »  ;

    ainsi qu’au très beau « Amitier » de Gilles Tiberghien :

    cf mon article « L’acte d’ »amitier » : pour une anthropologie fondamentale (du sujet actant)« ) ;

    …

    dans ce que nous donne à voir de l’ »intimité »

    _ = « des liens à » (d’autres sujets _ et non « objets » _ humains), nous a excellemment montré Michaël Foessel _,

    de Léonard

    et des autres _ au moins deux, si l’on en croit le titre : « Two lovers » _ des « lovers in love« ,

    la caméra pudique

    _ toujours superbe de puissance autant que de délicatesse, quant à ce qui secoue physiquement ces amants… _

    du magnifique James Gray) :
    …
    la brune Sandra Cohen

    _ qu’incarne l’excellente, toute de sobriété attentive et tendre (« care« ), Vinessa Shaw _

    qui l’a « remarqué », lui, Léonard, à la boutique (de blanchisserie-teinturerie) où il traîne tant bien que mal sa dégingandée carcasse (et promène erratiquement, sans se fixer sur grand chose, ses yeux de velours) ;

    …

    et à laquelle il plaît (déjà) bien… ;

    …

    et que les deux familles (les Kraditor et les Cohen _ professionnellement alliés : en voie d’association) voudraient (bien) lui voir épouser ;
    …
    et Michelle, une intrigante superbe « voisine » blonde, tout récemment installée _ par un (riche) amant marié _, de l’autre côté de la cour de l’immeuble (de briques de couleur ocre) ;
    …
    tandis que ce personnage de Michelle

    _ qu’incarne (avec beaucoup, beaucoup d’élégance, et de charme, et jamais trace d’hystérie) Gwyneth Paltrow _

    ne parvient pas, « de son côté », à quitter

    l’homme marié
    _ riche, et d’une génération plus âgée que la sienne
    (ce dernier, Ronald Blatt, confie à Léonard qu’il a lui-même un fils _ d’une trentaine d’années, vraisemblablement, lui aussi _ qui lui ressemble étrangement, en son allure quelque peu « empruntée »… _) ;
    …
    ne parvient pas à quitter l’homme marié, donc,

    qui lui-même ne se décide décidément pas à quitter sa (propre) femme-épouse
    pour épouser (et vivre complètement avec) sa maîtresse,
    qu’il vient
    ,
    quand débute le film,
    d’installer (faire aménager), donc, dans le quartier _ un peu délabré : Brighton Beach, sur Coney Island, à New-York  _ où habite encore sa propre mère âgée…
    …

    Soit un portrait d’ »humanité »,

    notamment, et d’abord, de Léonard _ qu’incarne si magistralement Joaquin Phœnix (Chapeau !) ;

    et de Sandra _ splendidement attentive et bienveillante (ou le « care » :

    Sandra offre à Léonard une paire de gants protecteurs),

    en ce qu’en donne la très belle, elle aussi, et non transparente, Vinessa Shaw ;

    …

    sans oublier la figure extraordinairement attentive de la mère, Ruth Kraditor, portée par une radieusement sobre et belle (et aimante) Isabella Rossellini

    _ fille d’Ingrid Bergmann et Roberto Rossellini ;

    à la formidable « humaine » présence…

    …

    Soit une œuvre (de cinéma) majeure _ sublime, oui ! _ de James Gray, que ce « Two lovers« ,

    sur ce qui demeure, encore, un peu, de plus « humain » _ si vulnérable _ dans notre humanité de plus en plus inattentive (= « in-humaine« , barbare)…

    …

    Titus Curiosus, le 21 novembre 2008

  • Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts (4 _ en forme d’apothéose)

    Sur l’épisode n°5

    _ « sur la sollicitude des philosophes, et la sollicitude heideggerienne en particulier«  _

    d’une série d’articles d’Yves Michaud _ « Un Suicide dans les règles » _,

    à propos la (bien) pénible affaire du « suicide d’une philosophe«  suite à sa non-titularisation,

    dans des circonstances (universitaires) de formes (on ne peut plus) légales (« dans les règles« ), certes,

    mais sans guère de « sollicitude«  (« care » : donc éthique), semble-t-il :

    …

    voici, du moins, une nouvelle pièce (d’analyse philosophique _ pointue…) à verser, aujourd’hui, à ce dossier ;

    et on ne perdra certes pas son temps à accepter de bien vouloir lire in extenso ce nouvel article d’Yves Michaud en son blog « Traverses » du site de Libération, à la date de ce jour : « Rédigé le 20/11/2008 à 16:54« …

    …

    En pleine lecture de l’essai « Le Sexe de la sollicitude » de Fabienne Brugère,

    qui le présentera à la Société de Philosophie de Bordeaux, dans les salons Albert-Mollat de la Librairie Mollat _ 15 rue Vital-Carles, à Bordeaux _ mardi prochain, 25 novembre, à 18 heures,

    …

    je n’ai donc pu que me trouver « interpellé »

    par le sous-titre de ce nouvel « épisode »

    de la (très remarquable) analyse michaldienne de ce (bien) pénible « cas » :

    « sur la sollicitude des philosophes, et la sollicitude heideggerienne en particulier« , donc…

    …

    Dans une forme absolument « désopilante«  (!!!)

    qui n’est pas sans rappeler le talent _ ou le génie : déchaîné ! _ du Swift des « Instructions aux domestiques »

    (afin de « résoudre » « au mieux » l’assez difficile famine irlandaise _ de son temps, en 1745),

    …

    Yves Michaud nous prie, nous, lecteurs, de bien vouloir lui pardonner quelque « excès » d’humour noir » :

    …

    l’adjectif « désopilant » est, en effet, employé par l’auteur de cet article (d’anthologie) lui-même, pour l’usage de « Heidegger » que « se permet » _ sans doute en vertu de la « méta-fiction » ! _ un auteur de romans japonais, M. Tsutsui Yasutaka ;

    en voici le détail :

    …

    « Histoire de sourire dans une affaire sinistre,

    je renvoie sur ces quelques points à un roman désopilant du japonais Tsutsui Yasutaka, grand maître de la méta-fiction, « Les cours particuliers du professeur Tadano » _ ce roman, de 1990, est paru en traduction française aux Éditions Stock, en 1996.

    …

    Que les Brestois se rassurent, le livre de Yasutaka _ né en 1934 à Ōsaka _ ne se passe pas à l’Université de Bretagne occidentale ; et le professeur Tadano n’y enseigne pas la philosophie allemande !

    …

    Dans ce  roman, le professeur Tadano, qui a l’air de s’y connaître en jargon heideggerien authentique _ comment ne pas admirer l’emploi d’un tel terme en pareille occurrence ?!.. _, paraphrase ainsi la pensée du maître :

    …

    « Tenez, par exemple, quand on aide les autres, quand on couche avec eux, quand on les trahit, quand on se fait transmettre le virus du sida, tout ça, c’est de la sollicitude dans la terminologie de Heidegger » ;

    ou encore :

    « L’authenticité, c’est quand l’homme fait face à sa souffrance et à sa peine, qu’il l’assume, sans chercher à lui échapper

    en faisant du tourisme de masse ou en se réfugiant dans la bouffe,

    bref,

    qu’il existe réellement en tant que lui-même. » Fin de la citation du roman japonais.

    …

    Yves Michaud s’en excuse un peu plus loin, au final de l’article :

    …

    « Qu’on me pardonne, pour finir, mes quelques traits d’humour noir.
    D’abord ils soulagent.
    Ensuite j’espère bien qu’ils ne dissimulent pas mon sentiment profond : que toute cette histoire fut et demeure strictement
    _ l’adverbe aussi est important _ « dégueulasse ». »

    …

    Merci…

    Et sur le fond, maintenant,

    lire tout le détail de l’article sur le site « Traverses » d’Yves Michaud…

    …
    Titus Curiosus, ce 20 novembre

  • « Ce vers quoi s’élance Boutès » ; et la difficulté d’harmoniser les agendas

    A propos de la présentation, hier soir, mardi 18 novembre, de son « Boutès« , paru aux Éditions Galilée le mois d’août dernier, par Pascal Quignard,

    dans les salons Albert-Mollat, combles _ on s’asseyait par terre _ ;

    …

    ainsi que de la difficulté de concilier les agendas,

    afin de venir « rencontrer » écrivains, artistes, philosophes ;

    …

    ce petit courrier matinal à Maïalen Lafite _ qui n’était pas disponible ce jeudi soir dernier (« mais merci de m’avoir informée et continuez à le faire !« ) :

    …

    « J’ai regretté en effet que, pour difficultés d’agendas, bien des interlocuteurs « possibles » du conférencier
    n’aient pu être présents, ce soir-là _ jeudi 13 à la librairie La Machine à Lire _, dans la salle, pour dialoguer un peu sur Montaigne avec un esprit aussi délié, lumineux,
    et en grande forme, que Bernard Sève

    (à partir de son si pénétrant « Montaigne. Des règles pour l’esprit » _ aux PUF, en novembre 2007) :

    …

    Jean Terrel, non plus, n’avait pas pu se libérer

    _ il m’a adressé gentiment un petit mot : savoir si Thomas Hobbes (« sur » lequel Jean Terrel vient de publier un plus que « très autorisé » « Hobbes _vies d’un philosophe« , aux Presses universitaires de Rennes) fut lui aussi _ tels Francis Bacon et William Shakespeare _, ou pas, un lecteur de Montaigne, me paraissant plus qu’intéressant !..
    …
    A défaut d’avoir pu écouter la conférence de Bernard Sève,

    voici _ à lire _ l’article que je lui ai consacré, à cette conférence, sur mon blog

    « Jubilatoire conférence hier soir de Bernard Sève sur le tissage de l’écriture et de la pensée de Montaigne »
    …

    et voici, même, le petit mot que m’a adressé, depuis, Bernard Sève lui-même :
    …
    Cher Titus,
    …
    merci de ton mail si amical.
    Je voulais aussi te remercier pour ton accueil chaleureux à Bordeaux.  C’était vraiment un moment très réussi, à la fois amical et intellectuellement riche.

    …

    Je regrette un peu de n’avoir pas développé comme je l’aurais voulu mon thème
    _ écriture ET pensée de Montaigne _
    lors de ma conférence, mais en fait je me suis vite rendu compte que ce serait trop technique.

    En gros, j’aurais voulu montrer que chaque « trait d’écriture » de Montaigne (ceux que j’ai rapidement relevés : l’exposition des conditions de production du texte, l’ajout, la copia verborum, la citation, la digression, etc.) est à la fois l’expression du désordre de l’esprit et en même temps une « poétisation » de ce désordre qui permet, en partie, de le juguler.

    Je l’ai dit en général, je ne l’ai pas montré en détail (cas par cas), mais je pense que ce n’était pas le lieu.

    J’ai un peu envie d’écrire une petite étude sur ce point, mais je ne veux pas non plus « systématiser » Montaigne, ce qui serait à l’opposé de son écriture et de sa sagesse.
    Ravi de t’avoir revu,
    …
    etc…

    …

    Bernard
    …

    En effet, le 20 mai 2003, le recevant en les salons Albert-Mollat du 15 rue Vital-Carles, pour présenter au public bordelais, ce très beau livre, déjà, « L’Altération musicale _ ce que la musique apprend au philosophe« , paru aux Éditions du Seuil en août 2002,

    la conférence s’était déroulée comme une conversation (jubilatoire, déjà) sur la musique…

    …

    Hier soir,
    je suis allé écouter « le grand » Pascal Quignard dans les salons Mollat ; la salle était comble
    ;
    et je n’avais pas encore eu le temps, au milieu d’un trop plein d’activités passionnantes
    de lire son « Boutès« …

    …

    Je n’ai _ personnellement _ pas trouvé l’auteur en (très) grande forme : grippé,
    il nous a lu, de sa belle voix grave, pendant vingt minutes, le premier chapitre de « Boutès« , qui ne m’a pas paru « éclatant », comme parfois, voire assez souvent, se révèle l’inspiration de Pascal Quignard…

    …

    Surtout sur une question cruciale, et qui le taraude (et « inspire »),
    depuis longtemps
    : lire là-dessus « Vie secrète« , en plus de « Haine de la musique » et de « La Leçon de musique » ; ainsi que, encore, « Le nom sur le bout de la langue« , et « Rhétorique spéculative« …

    …

    Sans « questionneur » (d’un peu de talent, si possible) en face de lui, au micro, à la tribune
    _ Dominique Rabaté (qui vient de publier en mars dernier un très riche « Pascal Quignard _ étude de l’œuvre » aux Éditions Bordas) était pourtant présent dans la salle _,
    Pascal Quignard n’eut en face de lui que des questions la plupart assez chichiteuses d’un public un peu trop acquis d’avance, et « extatique »,
    à l’exception, notamment, et entre (quelques) autres, d’une dame, s’étonnant, fort justement, de l’affirmation que « Boutès » soit (ou serait ?..) le « dernier texte » de Quignard _ dixit lui-même !!! _ sur la musique…

    …

    L’auteur a alors répondu avoir « voulu dire« , par là, qu’en ce « Boutès« , il s’était un peu « écarté », par cette réflexion à nouveau « autour de » la musique, de son axe majeur de ces « années dernières »-ci : la méditation de « Dernier royaume« .

    …

    Ainsi nous a-t-il annoncé, qu’après « les Ombres errantes » (I), « Sur le jadis » (II), « Abîmes » (III), « Les Paradisiaques » (IV) et « Sordidissimes« (V), parus en 2002 et 2004,
    un sixième volume de « Dernier royaume » était, maintenant même, « en chantier »,
    et devrait paraître, non pas en janvier prochain, comme le lui a demandé un lecteur (de Pau : universitaire ?) très attentif à _ et averti de _ l’œuvre quignardien,
    mais plus tard en cette année prochaine, 2009…
    …
    Enfin, j’ai pu échanger quelque mots avec Dominique Rabaté, qui lui non plus n’était pas disponible jeudi 13 novembre dernier _ pour venir écouter Bernard Sève sur l’écriture de Montaigne ;
    participant, quant à lui, à un colloque dans la Loire, à Saint-Etienne…
    …
    Pour en revenir au « Boutès » de Quignard,
    je le lirai jusqu’au bout, pour rechercher ce qu’il apporte, ou pas, de plus à sa confrontation _ toujours magnifiquement courageuse _ à la question de la musique (et à celle de la langue) ;

    …

    ainsi qu’à sa confrontation au « féminin » _ et pas au « maternel », comme il les a « distingués », à propos des « sirènes »

    (ou « anges carnassiers« , comme il l’a même proféré…) ;

    et très pertinemment, un auditeur l’a interrogé sur cette « distinction »…

    …

    Le mot (et concept) qui personnellement m’a « arrêté » et « retenu » en ce premier chapitre de « Boutès » lu non « ambrosiennement« , c’est-à-dire non silencieusement

    (Saint Augustin racontant avoir vu Saint Ambroise lire sans qu’on entende sa voix, ni que ses lèvres bougent ; d’où l’expression « lecture ambrosienne« )

    par Pascal Quignard
    est celui d’ »acritique« , page 17 :
    …
    « la musique de la cithare
    _ d’Orphée _ fabriquée de main d’homme
    fait obstacle à la puissante sidérante
    _ ainsi Pascal Quignard a-t-il lui-même commenté l’étymologie de « désir » : dé-sidérant ! _ du chant animal _ féminin, chez les Sirènes, mamelues : et le détail revient à plusieurs reprises…
    …
    Ce que je traduis par chant animal, Apollonios

    _ du texte duquel « part » Quignard pour méditer sur Boutès se jetant à la mer pour

    (« dans les vagues noirâtres _ en grec « porphyres » _ qui se soulèvent aux abords des premiers rochers de l’île« , est-il dit page 11)

    rejoindre l’île aux sirènes _,

    …

    Apollonios, donc, l’appelle voix acritique.
    Voix « acritique », c’est-à-dire non séparée, indistincte, continue
    « 

    _ non passée au « tamis » de quelque « crible »…

    …

    Et ici encore un auditeur _ cultivé… et écrivain lui-même _ est intervenu avec beaucoup de pertinence, en proposant d’appliquer à cette « perspective » le concept de « sentiment océanique » de Sandor Ferenczi (1873-1933)…

    …
    Je poursuis la lecture :
    « Aussitôt après, Apollonios ajoute l’adjectif « aigüe ».
    …
    Le chant acritique est nécessairement soprano
    puisqu’il vient du monde où la vie se développe
    « 

    _ c’est-à-dire intra-utérin ;
    avant l’expulsion qui fera de la femme (charnellement aimée par un homme, « sexué » :
    le mot revient à plusieurs reprises, et sous la plume, et dans la voix de Pascal Quignard ; auteur, aussi, de « La Nuit sexuelle« )
    une mère…

    …
    Et Pascal Quignard précise :

    « Le monde où la vie se développe
    est le monde uniquement féminin
    qui ne connaît pas la mue
    _ cf le récit de « Tous les matins du monde » _
    comme le monde des hommes la connaît.
    …
    Voilà ce vers quoi s’élance Boutès.« 

    …

    …

    Bien à vous,
    …
    Titus Curiosus, ce 19 novembre 2008