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  • Le très beau travail d’Alexis Kossenko pour Rameau…

    La très bonne revue belge Crescendo vient de consacrer, avant-hier 30 novembre, un tout à fait intéressant article intitulé « Alexis Kossenko, Rameau, Walckiers et la passion du patrimoine musical« ,

    à un très riche entretien de son journaliste Pierre-Jean Tribot, avec le chef (et flûtiste) Alexis Kossenko :

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    Alexis Kossenko, Rameau, Walckiers et la passion du patrimoine musical

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    LE 30 NOVEMBRE 2022 par Pierre Jean Tribot
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    Alexis Kossenko est au pupitre d’une distribution d’exception, du Choeur de Chambre de Namur et de ses musiciens de l’orchestre Les Ambassadeurs – La Grande Écurie pour une intégrale de Zoroastre, tragédie de Jean-Philippe Rameau dans sa version originale de 1749. Cette parution est l’occasion d’échanger avec ce musicien passionné et passionnant _ absolument !

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    Votre nouvel enregistrement est consacré au Zoroastre de Rameau. Qu’est-ce qui vous a orienté vers cette partition après Achante et Céphise que vous aviez précédemment enregistrés ?

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    Tout  d’abord, mon amour inconditionnel _ on le comprend ! _ pour Rameau, dont le langage m’est désormais familier… même si je suis toujours émerveillé et abasourdi par son audace, son inépuisable invention _ oui. D’une manière plus large, dans le cadre de notre partenariat avec le Centre  de Musique de Baroque de Versailles, nous avons réfléchi aux ouvrages à aborder tout au long de notre résidence ; œuvres qui me tiennent à cœur bien sûr, mais aussi pour une bonne part celles qui attendent dans l’ombre leur résurrection _ tant au disque qu’au concert… C’était le cas d’Achante et Céphise,  ce sera le cas du Carnaval du Parnasse de Mondonville en mars prochain. En ce qui concerne Zoroastre, la situation est assez différente : le titre est bien connu, l’ouvrage a été enregistré plusieurs fois… mais toujours dans sa seconde version,  celle de 1756. La partition de la création en 1749 restait donc à découvrir _ voilà ! De plus, après Achante et Céphise qui est une Pastorale Héroïque (dont dénuée d’action, certes), je souhaitais aborder une vraie tragédie lyrique -genre dans lequel Rameau aiguise à l’extrême son efficacité dramatique.

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    Quelles  sont les spécificités de Zoroastre dans l’œuvre de Rameau ?  

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    Zoroastre a une particularité importante dans l’œuvre de Rameau : c’est le premier ouvrage à supprimer le prologue, cet acte avant l’acte dont la fonction était, à l’origine, de rendre hommage au roi. Dans l’histoire des prologues, on peut trouver toutes les nuances, bien sûr : on peut se rappeler le « Louis, Louis, Louis… est le plus grand des rois » très flagorneur (et un rien ironique ?) de Charpentier dans Le Malade Imaginaire (Molière essayait sans doute de rentrer en grâce auprès de Roi après sa brouille avec Lully). Certains compositeurs y explicitent un parallèle flatteur entre le monarque et le héros de la tragédie ; d’autres ont habilement réussi une mise en abîme justifiant le spectacle ; certains, enfin, s’émancipent quelque peu de leur devoir envers le roi et en  font un acte introductif déjà lié à la trame dramatique. Dans Zoroastre, on entre de plain-pied dans l’action ; Cahuzac nous avertit que l’ouverture, qui dépeint le combat du Bien contre le Mal, « tient lieu de prologue ». Cette rupture avec l’usage établira  bientôt un nouveau modèle _ voilà. Il est amusant de constater que deux ans plus tard, avec Achante et Céphise dont le prétexte était une naissance royale, il fera un petit pas en arrière en plaçant l’éloge au roi « Vive la race de nos rois »… dans le chœur final !

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    De plus, on note l’abandon des sujets médiévaux ou antiques au profit d’un intérêt pour les intrigues évoquant l’orient – souvent reflétées _ en effet _par des noms en Z : Zoroastre, Zaïs, Zélide, Zélidie, Zaïde, Zémire, Zélisca, Zélindor, Zulima, etc…

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    Enfin, une caractéristique de l’œuvre est d’être éminemment influencée par les idées maçonniques – elle est même assez manichéenne. La destinée du prophète Zoroastre (Zarathoustra) est de sauver le monde et « d’éclairer l’univers » en dépit d’ailleurs des réticences d’un peuple résigné à vivre en esclavage*. Rameau travaille avec art l’idée de lumière, allant jusqu’à l’éblouissement surnaturel provoqué par la modulation, sans préparation, de sol majeur à mi majeur. Mais je soupçonne que c’est dans l’évocation des scènes maléfiques, d’une durée et d’une intensité exceptionnelles, qu’il prend le plus de plaisir _ oui : il se délecte. Les enchaînements serrés de récits, airs, danses et chœur de l’Acte IV, du sacrifice jusqu’à la danse de victoire des troupes d’Abramane, qui mène instruments et voix au bord de la rupture dans un rythme infernal, est un enivrant tourbillon aussi sadique que jubilatoire _ mais oui.

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    Ce  nouvel enregistrement est, comme le souligne la notice de présentation, une recréation de la version originale de 1749. Quelles sont les caractéristiques de cette version originale par rapport à la version plus connue de 1756 ? 

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    Dans la version originale, l’intrigue amoureuse est assez secondaire ; c’est le combat de la Lumière contre les Ténèbres, l’aspect philosophique, l’aspect moral, qui absorbe toute l’énergie du librettiste et du compositeur _ voilà. L’essentiel des reproches que l’on fit  aux auteurs portait là-dessus, et c’est ce point qu’ils s’attacheront à corriger dans les remaniements de 1756, en donnant plus de substances aux personnages, notamment féminins : Amélite, et surtout Erinice. Il faut cependant considérer ce défaut sous deux angles, et le relativiser : tout d’abord celui de l’audace, car je trouve justement intéressant, et fort peu consensuel, de faire passer la philosophie avant la romance – et on a tout de même de sublimes duos d’amour entre Amélite et Zoroastre ! Et puis, ce que le  disque ou la version de concert nous font oublier, c’est que tout l’Acte IV tourne autour d’Erinice, même si elle se tait – les nombreuses didascalies laissent imaginer que ces scènes peuvent être d’une incroyable efficacité théâtrale, justement parce qu’elle  est là, forte d’une présence d’autant plus brûlante pendant le sacrifice qu’elle est muette _ oui _, tandis que la Vengeance et les forces obscures lui offrent un sabbat digne d’un film d’horreur.

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    Le public, qui avait aussi besoin de temps pour digérer cette somme de nouveautés, fera honneur à la version de 1756 ; c’est une des raisons qui ont conduit les interprètes modernes à préférer cette version. Ça peut se discuter, comme on voit ! Et de toutes  façons, avec trois actes sur cinq entièrement refaits, il y avait une telle quantité de musique géniale inédite qu’on n’avait pas le droit de la laisser dans l’ombre _ oui !

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    Avez-vous  d’autres partitions de Rameau en vue pour des concerts ou des enregistrements ?

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    Bien  sûr ! Chaque ouvrage de ce personnage génial me fascine. Dans son entièreté dramatique comme dans le moindre détail de prosodie, d’harmonie, d’ornement, d’orchestration, il est visionnaire _ voilà. On attendra parfois deux siècles pour réentendre les climats qu’il  imagine au milieu du XVIIIe siècle, et que l’on a peine, parfois, à rattacher à cette époque. Je me jetterais avec gourmandise _ bravo ! _ sur chaque ouvrage que l’on me proposerais de diriger ! Mais ce qui est sûr, c’est que nous allons faire Dardanus (version 1760) en concert, et reprendre les Paladins dans la mise en scène enchantée, loufoque et poétique de François de Carpentries et Karine Van Hercke, que j’avais créé à Oldenburg ; j’ai un amour tout particulier pour Les Paladins, j’avoue, car ce compositeur de 76 ans semble être mû par l’inspiration et l’humour d’un jeune homme de vingt ans ! Et lorsqu’il confesse, dans ces années-là, qu’il a le métier, mais plus guère l’inspiration, c’est de la pure coquetterie ! D’ailleurs, comme il l’avait fait en 1733 avec Hippolyte,  il parvient encore à dérouter le public en 1760 – qui, bien entendu, taxera d’archaïque ce qui est moderne…

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    Vous  dirigez votre orchestre Les Ambassadeurs – La Grande écurie qui est l’héritier de l’orchestre fondé par Jean Claude Malgoire en 1966 et qui a beaucoup œuvré pour la redécouverte des partitions de Rameau (on se souvient de l’enregistrement de Platée).   Comment  voyez-vous l’interprétation de Rameau évoluer ? 

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    Revenir  à Rameau après Jean-Claude Malgoire, et ses Platée, Indes Galantes, Temple de la Gloire ou Paladins si visionnaires… quel honneur ! Bien sûr, lire et interpréter Rameau est plus naturel pour ma génération qui en est pétrie que ça a dû l’être pour les pionniers qui ont dû réapprendre _ voilà _ une langue oubliée, retrouver le sens de la prosodie, le pourquoi de cette mesure perpétuellement changeante du récit, la nature des différentes danses, le code des agréments, etc… Ils ont été courageux, visionnaires, ils ont tracé la voie dans une jungle quasi vierge si je fais abstraction des éditions Saint-Saëns et d’Indy)… Je ne sais pas si je peux et dois dire comment son interprétation évolue, mais comment je désire l’interpréter. Je souhaite coller au plus près de la prosodie _ oui _, en mettant l’accent sur la mise en musique et en rythme du mot qui, chez Rameau, est proche de la perfection  ; on ne peut trahir le récit ramiste sans affaiblir le mot, la phrase et son affect. J’exige aussi du chanteur, en même temps qu’un engagement dramatique maximal, une grande rigueur dans cette prosodie soigneusement notée par l’auteur, mais aussi des ornements ; en quelque sorte une approche d’un précision et d’une exigence qu’on pourrait qualifier d’instrumentale. Et à l’inverse, je creuse avec l’orchestre une approche plus vocale, où les instruments sculptent le texte autant que les chanteurs. Le but est bien sûr que chanteurs et instrumentistes, qui parfois ont des habitudes et licences très opposées, évoluent au contraire dans le même monde sonore – et que la dramaturgie en sorte renforcée.

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    Par ailleurs je travaille beaucoup la pâte de son de l’orchestre de Rameau _ bien ! _, que j’aime charnue, épaisse, puissante, théâtrale, royale ; l’effectif y est pour quelque chose… mais ce n’est pas tout ; c’est aussi un investissement physique de chacun pour la mise en vibration des instruments, sans économie… il faut s’investir dans le drame tout autant que les acteurs ! Je ne permets aucune sécheresse, et il n’y a pour moi pas pire injustice que d’avoir véhiculé que la musique de Rameau est sèche et décharnée, à son  image. J’espère faire ravaler ces mots aux mauvaises langues qui ont minimisé pendant trois siècles le génie, l’opulence et la tendresse de Rameau _ excellent ! Il y a, enfin, ce que la musicologie nous enseigne, et dont j’essaye de tirer les leçons. Je ne répète pas sans questionner les habitudes mises en place par mes aînés, même si leurs enregistrements m’ont marqué par leur beauté ; je préfère chercher et m’apercevoir que leur approche était la bonne, mais en ayant fait la démarche de l’interroger – j’ose espérer qu’ils ne m’en voudront pas, et que cela est aussi et surtout un respect de l’attitude musicale qu’ils nous ont engagés à adopter ! Parfois, les conclusions sont  différentes : je suis désormais convaincu par l’instrumentation grasse du « petit chœur » (un continuo de trois violoncelles, une contrebasse, et le clavecin), car elle propose un cadre rythmique et harmonique au chanteur, plutôt que de le suivre dans ses fantaisies. Songeons que cela pouvait relever de l’utilité à une époque où on ne disposait pas de « retours » sur la scène pour bien entendre les instruments en fosse… Quant au clavecin, on sait qu’il se tait pendant les pièces d’orchestre – il est intrinsèquement lié à la voix et ne fait pas partie du son des ouvertures et des danses.

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    Pour finir, je dirais que je vois l’opéra français de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècles comme un genre incroyablement puissant est théâtral, impressionnant _ voilà _ ; et pas, mais alors en rien, décoratif et esthétisant. Chez Rameau, la moindre danse est pantomime et participe à l’action ; elle ne se contente pas de la souligner, souvent elle la relaie et l’amplifie. Si les étrangers ne comprenaient pas la musique des Français, ce n’était pas parce qu’elle manquait de théâtralité, c’est parce qu’elle en avait trop au contraire _ excellent ! _ ; on y attendait en vain de grands airs à l’italienne qui, objectivement, sont autant de freins à l’action. Cette incompréhension a longtemps persisté, mais je crois que ça évolue, car je suis enchanté de voir à quel point les auditeurs sont aujourd’hui  frappés par la modernité, l’urgence et l’efficacité _ oui _ de la musique de Rameau.

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    Pour  cet enregistrement, vous collaborez avec le Chœur de Chambre de Namur. Comment avez-vous amorcé cette collaboration transfrontalière. Est-elle une première étape d’un partenariat artistique envisagé sur la durée ? 

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    Cela  a été un plaisir, et un honneur -j’étais admiratif du son et du travail de ce chœur depuis si longtemps ! Et j’ai été ravi de voir qu’il souhaitaient prolonger ce travail ensemble de manière régulière. Nous nous retrouverons donc sur le Carnaval du Parnasse  de Mondonville, le Te Deum de Zelenka, le Requiem de Mozart… et ils seront logiquement nos partenaires pour notre travail au long cours sur Mendelssohn !

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    Cette œuvre a été enregistrée au Grand manège de Namur. Quel a été votre ressenti sur cette nouvelle salle ? 

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    Un  régal, tout simplement : la taille en est idéale (spacieuse mais un peu chambriste en même temps, assez pour que tout spectateur se sente proche de la musique ; une grande clarté des plans, une précision relayée juste comme il faut par une jolie longueur de son, flatteuse sans nuire au détail… et cette transparence, on la retrouve tout à fait au micro, comme notre enregistrement en témoigne. Nous retrouverons cette salle avec plaisir en concert, et j’espère ardemment que nous pourrons y planifier plusieurs de nos prochains enregistrements.

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    Que  ce soit au pupitre des Ambassadeurs – La Grande écurie pour Rameau ou à la flûte pour Eugène Walckiers, on vous sent très investi dans la mise en avant du Patrimoine musical. Qu’est-ce qui vous motive à défendre cet axe musical ? 

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    On retrouve périodiquement dans la musique française, qu’il s’agisse de Rameau, de Berlioz, de Debussy et Ravel, une audace, une intrépidité dans l’expérimentation _ oui !!! _ ; mais, pour autant, elle ne sort pas de rien : outre qu’elle puise son inspiration dans la connaissance  des anciens (Rameau n’aurait pas été Rameau sans Lully, Berlioz sans Gluck, Ravel sans Couperin), elle est tout entière motivée par la recherche d’une expression à la fois plus fine et plus exacerbée _ c’est parfait.

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    Ensuite, la palette des couleurs, les textures… c’est un poncif que de dire cela, mais c’est si vrai ! Et lorsque je parle de palette, je pense vraiment à celle du peintre : les compositeurs français sont des peintres de la musique _ oui _ ; il leur arrive parfois de forcer  les traits et les contrastes, mais le plus souvent ils aiment exploiter ces impressions diffuses, ces sentiments furtifs et subtils _ oui _, parfois complexes et mélangés, que l’on peine à saisir et auxquels on aimerait parfois s’attacher plus longtemps… je le dis, je le répète : l’impressionnisme _ oui _ était déjà en germe chez Rameau.

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    Il y a aussi, une musique qui est fondamentalement basée sur notre langue _ en effet _ ; et là s’explique sans doute le fait qu’elle est plus récitatif que chant pur _ mais oui _ (c’est vrai pour Rameau, et c’est vrai pour Debussy), et qu’elle ait eu plus de mal à passer la frontière !  Mais elle trouve ses racines dans la langue, dans la danse, ou alors dans les ressorts chorégraphiques de la langue française (à moins que ce ne fût dans le pouvoir narratif de la danse)… Les deux sont intrinsèquement liés en tout cas _ c’est parfaitement vu ! 

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    Enfin, il y a aussi l’humour en musique, humour qui sait être franc et effronté, quelquefois grivois, parfois polémique ou politique, mais qui prend très souvent la forme de l’auto-dérision… Les compositeurs aiment s’amuser, se moquer d’eux-mêmes, faire mine d’offrir  le plus délicat des ouvrages… puis le froisser, le salir, avec une jubilation très enfantine. Un exemple ? Chabrier _ mais oui ! _, avec l’air de Laoula qui déplore la mort de son amant Lazuli « Tous deux assis dans le bateau » : c’est un bijou, d’une tristesse et d’une tendresse  à vous faire verser des larmes… si la deuxième partie, en forme de quadrille, ne versait soudain dans la bouffonnerie la plus déplacée « et puis crac ! Et puis crac ! Mon amoureux fit la culbute et disparut au fond du lac !« . C’est contrariant, c’est transgressif, c’est délicieusement sadique, et l’auditeur, qui s’étrangle de rire en avalant ses larmes, est au comble de la jubilation _ voilà. Ironie, deuxième degré, voilà la tonalité si française de l’humour _ c’est très juste… A titre personnel, j’ai pris un immense plaisir à diriger l’Étoile _ cette merveille si jouissive ! _ de Chabrier, et je me sentais dans mon élément – je ne peux qu’espérer le reprendre bientôt !

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    Et Eugène Walckiers dont vous faire paraître une intégrale de la musique de chambre (Aparté) ? 

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    Et bien, cet illustre inconnu, compositeur et flûtiste originaire d’Avesnes-sur-Helpe dans les Ardennes​, possède toutes les caractéristiques que je vous ai énumérées là : la verve, la sensibilité, la sensualité même, la capacité d’imaginer des couleurs, une flûte et un quatuor à cordes capables (finale du quintette opus 49), une présence  récurrente de la danse, des racines dans la musique populaire, une théâtralité exacerbée (rarement vue à ce point dans de la musique de chambre) ; et surtout cet humour irrésistible et presque cartoonesque (largement hérité de Rossini et de Reicha d’ailleurs) qui parsème son œuvre : on dirait que Walckiers, dans un excès de modestie, avait plus l’intention de faire plaisir avec sa musique que l’ambition de laisser des chefs-d’œuvres impérissables. Croyez-moi, c’est justement ce qui en fait le prix, et qui m’a conduit dans un excès d’enthousiasme, à proposer ni un, ni deux, mais bien quatre disques de sa musique pour lui rendre justice comme il le mérite ! Un projet qui n’aurait pu aboutir sans l’engagement des formidables solistes qui m’entourent, du soutien de  l’Atelier Lyrique de Tourcoing (soucieux de réhabiliter les compositeurs des Hauts-de-France). Puisse notre joie contaminer l’auditeur de ces bijoux !

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    Le site d’Alexis Kossenko : www.alexiskossenko.com

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    Propos recueillis par Pierre-Jean Tribot

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    Crédits photographiques : Alexis Kossenko / Aurélie Remy.

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    Un très juste entretien, pour de dynamisantes (et justissimes) interprétations !

     

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    Ce vendredi 2 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A propos de diverses traductions en français de l’ »Andenken » de Hölderlin (de 1803) : le souvenir vivant et parlant…

    Je voudrais prolonger ce matin, tôt, mes petites réflexions d’hier « « ,

    en me penchant sur quelques comparaisons de traductions en français de ce poème « Andanken » de Hölderlin se souvenant de Bordeaux et de la Garonne contemplés par lui du surplomb de la colline de Lormont, à l’équinoxe de mars,
    …
    en partant de ceci :…d’abord, bien sûr, le poème même de Hölderlin (composé à son retour de Bordeaux en Allemagne, en 1803) :…

    Andenken

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    Der Nordost wehet, 
    Der liebste unter den Winden 
    Mir, weil er feurigen Geist 
    Und gute Fahrt verheißet den Schiffern. 
    Geh aber nun und grüße 
    Die schöne Garonne, 
    Und die Gärten von Bourdeaux 
    Dort, wo am scharfen Ufer 
    Hingehet der Steg und in den Strom 
    Tief fällt der Bach, darüber aber 
    Hinschauet ein edel Paar 
    Von Eichen und Silberpappeln ;

    Noch denket das mir wohl und wie. 
    Die breiten Gipfel neiget 
    Der Ulmwald, über die Mühl, 
    Im Hofe aber wächset ein Feigenbaum. 
    An Feiertagen gehn 
    Die braunen Frauen daselbst 
    Auf seidnen Boden, 
    Zur Märzenzeit, 
    Wenn gleich ist Nacht und Tag, 
    Und über langsamen Stegen, 
    Von goldenen Träumen schwer, 
    Einwiegende Lüfte ziehen.

    Es reiche aber, 
    Des dunkeln Lichtes voll, 
    Mir einer den duftenden Becher, 
    Damit ich ruhen möge; denn süß 
    Wär unter Schatten der Schlummer. 
    Nicht ist es gut, 
    Seellos von sterblichen 
    Gedanken zu sein. Doch gut 
    Ist ein Gespräch und zu sagen 
    Des Herzens Meinung, zu hören viel 
    Von Tagen der Lieb, 
    Und Taten, welche geschehen.

    Wo aber sind die Freunde? Bellarmin 
    Mit dem Gefährten? Mancher 
    Trägt Scheue, an die Quelle zu gehn; 
    Es beginnet nämlich der Reichtum 
    Im Meere. Sie, 
    Wie Maler, bringen zusammen 
    Das Schöne der Erd und verschmähn 
    Den geflügelten Krieg nicht, und 
    Zu wohnen einsam, jahrlang, unter 
    Dem entlaubten Mast, wo nicht die Nacht durchglänzen 
    Die Feiertage der Stadt, 
    Und Saitenspiel und eingeborener Tanz nicht.

    Nun aber sind zu Indiern 
    Die Männer gegangen, 
    Dort an der luftigen Spitz 
    An Traubenbergen, wo herab 
    Die Dordogne kommt, 
    Und zusammen mit der prächtgen 
    Garonne meerbreit 
    Ausgehet der Strom. Es nehmet aber 
    Und gibt Gedächtnis die See, 
    Und die Lieb auch heftet fleißig die Augen, 
    Was bleibet aber, stiften die Dichter.

    …
     
    Puis la traduction de celui-ci, « Souvenir« , par Gustave Roud, en 1967 (cité tel quel par Philippe Jaccottet) :
    …

     » Le vent du Nord-Est se lève,
    De tous les vents mon préféré
    Parce qu’il promet aux marins
    Haleine ardente et traversée heureuse.
    Pars donc et porte mon salut
    A la belle Garonne
    Et aux jardins de Bordeaux, là-bas
    Où le sentier sur la rive abrupte
    S’allonge, où le ruisseau profondément
    Choit dans le fleuve, mais au-dessus
    Regarde au loin un noble couple
    De chênes et de trembles d’argent.

    Je m’en souviens encore, et je revois
    Ces larges cimes que penche
    Sur le moulin la forêt d’ormes,
    Mais dans la cour, c’est un figuier qui croît.
    Là vont aux jours de fête
    Les femmes brunes
    Sur le sol doux comme une soie,
    Au temps de Mars,
    Quand la nuit et le jour sont de même longueur,
    Quand sur les lents sentiers
    Avec son faix léger de rêves,
    Brillants, glisse le bercement des brises.

    Ah ! qu’on me tende,
    Gorgée de sa sombre lumière,
    La coupe odorante
    Qui me donnera le repos ! Oh, la douceur
    D’un assoupissement parmi les ombres !
    Il n’est pas bon 
    De n’avoir dans l’âme nulle périssable
    Pensée, et cependant
    Un entretien, c’est chose bonne, et de dire
    Ce que pense le cœur, d’entendre longuement parler
    Des journées de l’amour
    Et des grands faits qui s’accomplissent.

    Mais où sont-ils ceux que j’aimai ? Bellarmin
    Avec son compagnon ? Maint homme
    A peur de remonter jusqu’à la source ;
    Oui, c’est la mer
    Le lieu premier de la richesse. Eux,
    Pareils à des peintres, assemblent
    Les beautés de la terre, et ne dédaignent
    Point la Guerre ailée, ni
    Pour des ans, de vivre solitaires
    Sous le mât sans feuillage, aux lieux où ne trouent point
    La nuit
    De leurs éclats les fêtes de la ville,
    Les musiques et les danses du pays.

    Mais vers les Indes à cette heure
    Ils sont partis, ayant quitté
    Là-bas, livrée aux vents, la pointe extrême
    Des montagnes de raisin d’où la Dordogne
    Descend, où débouchent le fleuve et la royale
    Garonne, larges comme la mer, leurs eaux unies.
    La mer enlève et rend la mémoire, l’amour
    De ses yeux jamais las fixe et contemple,
    Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure. « 

    …

    Et maintenant et peut-être surtout sa traduction par Philippe Lacoue-Labarthe telle que de sa voix il la dit dans le film « Andenken, je me souviens » (en 2000) :

    …
     
    Le Nordet souffle,
    le plus cher qui d’entre les vents
    Me soit, car il promet la flamme de l’Esprit
    Et bon voyage aux mariniers.
    Mais va, maintenant, et salue
    La belle Garonne
    Et les jardins de Bourdeaux
    Là-bas, à l’à-pic de la rive
    Où s’avance l’embarcadère et tombe le ruisseau
    Tout au fond du fleuve, mais au-dessus
    Regarde au loin un noble couple
    De chênes et de trembles d’argent.
     
    Il m’en souvient très bien encore et comme
    Ses larges cimes, le bois d’ormes les incline
    Au-dessus du moulin,
    Mais dans la cour c’est un figuier qui pousse.
    Là-même aux jours de fête vont
    Les femmes brunes sur
    Un sol soyeux,
    Au temps de mars,
    Lorsque la nuit s’égale au jour,
    Et que dessus les lents embarcadères,
    Lourdes de rêves d’or,
    S’étirent de berçantes brises.
     
    Mais qu’on me tende, pleine
    De l’obscure lumière,
    La coupe parfumée
    Qui me donnerait le repos ; car serait doux
    Parmi les ombres le sommeil.
    Il n’est pas bon
    Que privent d’âme de mortelles
    Pensées. Bon en revanche
    Est de s’entretenir et de se dire
    Ce qu’on pense en son cœur, d’entendre longuement
    Parler des jours d’amour
    Et des hauts faits qui s’accomplissent.
     
    Mais où sont-ils, les amis ? Bellarmin
    Avec son compagnon ? Beaucoup
    N’ont pas le cœur d’aller jusqu’à la source ;
    La richesse en effet commence
    Dans la mer. Eux,
    Comme les peintres, font moisson
    Des beautés de la terre et ne dédaignent pas
    La guerre ailée, ni d’habiter
    Solitaire, à longueur d’années,
    Sous le mât sans feuillage, où ne trouent pas la nuit
    De leurs éclats les jours de fête dans la ville,
    Ni le chant des cordes ou les danses du pays.
     
    Mais c’est chez les Indiens
    Que sont partis les hommes, maintenant,
    Là-bas par la pointe venteuse,
    Au pied des vignes, là
    Où descend la Dordogne,
    Et ensemble avec la splendide
    Garonne, ample comme la mer.
    Il part, le fleuve. Mais la mer
    Retire et donne la mémoire,
    Et l’amour aussi attache avec soin les yeux,
    Mais ce qui reste, les poètes l’instituent.
     
    Texte traduit par Philippe Lacoue-Labarthe pour le film Andenken (Je pense à vous) – Hölderlin 1804, Hors-Œil Éditions, 2000.
    Repris dans Proëme de Lacoue-Labarthe, suivi de Andenken (DVD), avec Jean-Christophe Bailly, réalisation C. Baudillon et F. Lagarde, Hors-Œil Éditions, 2006)
    …
     
    Et encore, aussi, cette note, finale, rajoutée in extremis par l’auteur de l’article,
    en un article de 2002 « Château du Tertre, Margaux.
    consacré à une réception de Philippe Sollers au Château Le Tertre, à Margaux, dans le Médoc :
    …

    La traduction de Souvenir dans le livre de Heidegger est de Jean Launay. C’est lui qui traduit Andenken par pensée fidèle. Sa traduction du poème de Hölderlin diffère de celle que cite Sollers ci-dessus et qui est due à Gustave Roud (1967).

    La traduction est toujours délicate _ certes ! _ et ouvre des voies proches, mais différentes _ voilà ! _, à l’interprétation.

    Ainsi le dernier vers de Souvenir — en allemand Was bleibet aber, stiften die Dichter — est traduit par :
    Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure (Gustave Roud, 1967),

    proche de : Mais ce qui demeure les poètes le fondent (Henri Corbin, Hölderlin et l’essence de la poésie dans Approche de Hölderlin, 1937) _ et il me semble que c’est bien cette traduction-là que nous rapportait Jean-Marie Pontévia _ ;

    ou de :
    Mais les poètes fondent ce qui demeure (Jean Launay, 1962).


    Mais François Garrigue (Œuvres poétiques complètes, Éditions de la Différence, bilingue, 2005) s’en éloigne un peu qui traduit par :

    Mais la demeure est œuvre des poètes.


    Quant à Bernard Pautrat (Hymnes et autres poèmes, Collection Rivages poche, 2004), il préfère traduire par :

    Mais ce sont les poètes qui fondent ce qui reste. 

    Ce qui demeure, la demeure, renvoie au fait d’habiter : « C’est poétiquement pourtant que l’homme habite sur cette terre« , dit Hölderlin dans un autre poème.
    Ce qui reste est aussi ce qui résiste.

    …

    …

    Mais est ici ignorée, probablement parce qu’alors non connue, la traduction de Philippe Lacoue-Labarthe prononcée par lui-même, sa voix, dans le film de Christine Baudillon et lui-même, réalisé à Lormont en 2000…

    ...

    …

    Il me faut ajouter aussi que c’est probablement le souvenir ému de ses travaux avec François Lagarde et Christine Baudillon qui a fait associer à l’ami Pascal Chabot, le souvenir de ce poème (de 1803) de Hölderlin, mais aussi et d’abord le souvenir de ce film-documentaire (de 2000), à cette belle ville de Bordeaux, dont nous foulions mardi dernier les pavés, avec ce vif désir émis par Pascal d’aller de ses yeux voir les puissants flots boueux du beau fleuve Garonne s’écoulant vers la mer.

    …

    Et il me semble que l’ami François Lagarde, décédé le 13 janvier 2017 à Montpellier, était bien là présent, sous cette pluie nourrie de mardi dernier 22 novembre, avec nous qui marchions, dans ces rues de Bordeaux et au bord du large fleuve, à la hauteur du miroir d’eau ;

    en un temps bien vivant et ultra-sensible, en notre échange nourri et confiant de paroles un peu essentielles…  

    …

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    Ce mardi 29 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Du cliché de l’inapproprié idéologique « devoir de mémoire » au plus juste historiographique « roman national », un courriel à propos de la « table ronde » d’hier soir à l’Amphi Montesquieu de l’IEP de Bordeaux sur la complexité de bien faire comprendre les méthodes et les enjeux de la « Fabrique de l’Histoire » par les Historiens d’Histoire presque contemporaine…

    Suite à mon assistance hier soir (de 17 à 19 h), à l’Amphithéâtre Montesquieu de Bordeaux, à une Table-ronde _ à partir de questions préparées pour cette rencontre par des étudiants de Sciences-Po _ autour de l’exposition « Gurs 1940 » consacrée à ce qu’est « Le devoir de mémoire« , de la 39e saison des « Rencontres Sciences Po Bordeaux – Sud-Ouest« ,

    et dont les invités étaient les historiens Annette Wieviorka (née en 1948),  Sébastien Ledoux (né en 1971), et Alain Chouraqui (né en 1949),

    …

    …

    voici le courriel que je viens d’adresser ce matin dès 8 h, à son modérateur, Christophe Lucet…

    …
    …
    Comme je vous ai glissé à la va-vite au terme de votre table-ronde d’hier soir,
    c’était plutôt « Gurs 1940 » qui m’avait incité à venir écouter cette table-ronde réunie à l’Amphi Montesquieu…
    …
    En tant que philosophe,
    vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux,et autour de mon blog Mollat « En cherchant bien« , ouvert le 3 juillet 2008,
    et aussi fils d’un père assistant du Pr Georges Portmann (de 1939 à 1942), et passé (en tant que « T. E.« ) par Gurs en 1942-43,
    je me suis beaucoup intéressé à la démarche historienne…
    …
    Cf le podcast  écoutable de mon entretien du 25 mars 2010 avec Emmanuelle Picard à propos de son remarquable « La Fabrique scolaire de l’histoire » ;
    …
    C’est surtout Alain Chouraqui qui hier soir m’a impressionné : je lirai son « Vertige identitaire » et son « Pour résister ».
    …
    Et j’ai compris que c’était surtout les travaux de Sébastien Ledoux
    (surtout « Le Devoir de mémoire : une formule et son histoire », mais aussi, plus secondairement, et c’est un peu dommage, « La Nation en récit »)
    qui avaient servi de base à l’organisation de cette table-ronde…
    …
    J’aurai préféré un regard bien plus critique des étudiants sur _ et le mot est très juste _ cette « formule », bien trop exploitée par les médias et les pouvoirs, de « devoir de mémoire »…
    …
    Et là-dessus les vigoureuses très bienvenues mises au point d’Alain Chouraqui ont été tout à fait éclairantes ;
    mais ont-elles suffi à bien faire comprendre au public biberonné aux formules ressassées des medias la nécessité de mettre bien plus clairement en critique cette malheureuse expression (idéologisée) de « devoir de mémoire » ? ;
    c’est aux « témoins » que s’impose le devoir de témoigner,
    et pas aux autres, qui ne sont pas des témoins !
    …
    Et pour ce qu’il en est de la compréhension véridique de l’Histoire passée,
    c’est là ce qui appartient essentiellement, au fil des jours de leurs travaux s’enrichissant de leurs mutuelles critiques, aux démarches très exigeantes de ce travail très méthodique des historiens sérieux ;
    qui ont à intégrer aussi, en effet, à leur matériaux (les documents, les archives),
    et en les passant soigneusement au crible de leur critique (pardon du pléonasme !), ces indispensables « témoignages » des « témoins »
    _ dont l’« ère » s’achève, chaque fois, au décès du dernier témoin direct, pour reprendre l’expression d’Annette Wieviorka, dans son important « L’ Ére du témoin », paru en 1998…
    …
    Là-dessus, et pour la Shoah, mettre l’accent sur l’admirable et extraordinaire recueil de témoignages _ souvent d’outre-tombe (tombes qui, dans ces cas, n’ont pas existé !) _ de Saul Friedlander, dans les 2 tomes de son « L’Allemagne nazie et les Juifs » : un indispensable absolu !
    …
    Cf aussi le formidable recueil de témoignages cette fois de témoins indirects et encore vivants de la Shoah par balles du Père Patrick Desbois : «  Porteur de mémoires » 
    …
    Et sur l’histoire de l’Ukraine,
    lire l’excellent et indispensable Timothy Snyder, en commençant par son indispensable lui aussi « Terres de sang _ l’Europe entre Hitler et Staline »…
    …
    Et sur l’historien et le témoignage,
    font justement autorité les travaux subtils et lucidissimes de Carlo Ginzburg, dont « Le fil et les traces » et « Un seul témoin », traduits par notre ami le philosophe Martin Rueff…
    …
    Bien à vous, Monsieur Lucet,
    …
    Francis Lippa
    vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux
    …
    …
    P. s. :
    et ici un lien à la vidéo de mon entretien de mardi dernier 22 novembre avec Pascal Chabot sur son « Avoir le temps » (ainsi que sur l’ensemble de son parcours de penser le réel en philosophe),
    pour l’ouverture, à la Station Ausone, de la session 2022-2023 de notre Société de Philosophie de Bordeaux, dont le président est Pierre Crétois (de l’université Bordeaux-Montaigne).
    …
    Un philosophe, spécialisé en épistémologie des sciences humaines, aurait pu être utile aux étudiants de Sciences-Po pour préparer avec un degré supplémentaires d’acuité cette table ronde…
    Et à la formule trop convenue et surtout inappropriée de « devoir de mémoire », l’expression (et pas le mot) de « roman national » aurait pu être judicieusement substituée…
    …
    …
    Ce vendredi 25 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Demain mardi 22 novembre 2022, à la Station Ausone à Bordeaux à 18 h, entretien avec Pascal Chabot : une invitation…

    Demain mardi 22 novembre à 18 h, à la Station Ausone de le Librairie Mollat, rue de la Vieille Tour à Bordeaux,

    en ouverture du cycle de conférences de la saison 2022-2023 de notre Société de Philosophie de Bordeaux, dont Pierre Crétois est le président,

    …

    j’aurai le très vif plaisir de m’entretenir sur le fond de son travail avec le philosophe bruxellois Pascal Chabot,

    sur le regard que lui-même porte sur l’ensemble de son parcours de penser philosophique, en ses successifs ouvrages parus aux Presses Universitaires de France, depuis son « Après le Progrès« , paru en 2008, jusqu’à son « Avoir le temps _ essai de chronosophie« , paru en 2021,

    et sur lequel nous insisterons ;

    …

    soit, et successivement :

    _ « Après le Progrès« , en 2008,

    _ « Les sept stades de la philosophie« , en 2011,

    _ « Global burn-out« , en 2013,

    _ « L’Âge des transitions« , en 2015,

    _ « Exister,résister _ ce qui dépend de nous« , en 2017,

    _ « Traité des libres qualités« , en 2019,

    _ »Avoir le temps _ essai de chronosophie« , en 2021.

    …

    …

    Auparavant, Pascal Chabot, auteur d’un « Simondon » (in Annales de l’Institut de Philosophie de l’Université de Bruxelles), en 2002,

    a publié chez Vrin en 2003 « La Philosophie de Simondon » _ Gilbert Simondon, Saint-Étienne, 2 octobre 1924 – Palaiseau, 7 février 1989.

    …

    …

    Pascal Chabot a été l’élève du très intéressant Gilbert Hottois (Bruxelles, 29 mars 1946 – 16 mars 2019), auteur en 1993 d’un « Simondon et la philosophie de la « culture technique »« ,

    avec lequel Gilbert Hottois Pascal Chabot a publié en 2003 chez Vrin un très riche « Les Philosophes et la technique« … 

    …

    …

    Et le 25 août dernier, sur mon blog Mollat « En cherchant bien« ,

    j’ai proposé un commode article de présentation de l’entretien de demain 22 novembre, avec d’utiles précisions de détails :

    « « ,

    auquel  je me permets de renvoyer ici pour toutes ses riches précisions…

    …

    …

    En vous espérant nombreux demain à la Station Ausone,

    …

    …

    Ce lundi 21 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa