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  • Pénétrer dans le passionnant œuvre récent de Marco Bellochio grâce à un riche entretien avec lui, à Paris, d’Olivier Père, directeur d’Arte France Cinéma : la formidable perspicacité d’un immense cinéaste…

    Pénétrer dans le passionnant œuvre récent (2009 – 2023) de Marco Bellochio, le plus sous-estimé des grands cinéastes italiens du XXe siècle – il est né à Piacenza le 9 novembre 1939 – ,

    c’est ce que nous offre l’opportunité de découvrir ici la vidéo (de 68′ 08) d’un très riche entretien avec lui d’Olivier Père, directeur d’Arte France Cinéma, tourné pour Arte à l’occasion de la venue à Paris de Marco Bellochio en 2024, venu présenter son magnifique « Rapito » (« L’Enlèvement« ) – cf l’enthousiasme de mon article d’avant hier 13 mai « Le combat pour le Droit : le passionnant et très beau film « L’Enlèvement » (« Rapito ») de Marco Bellochio, tourné en 2022, sur la troublante et toujours bien dérangeante affaire Mortara : l’histoire d’Edgardo Mortara (1851 – 1940), enlevé à sa famille juive à Bologne le 23 juin 1856 sur l’ordre de l’Inquisiteur pontifical Feletti…« .; et accéder ici à la vidéo de ce superbe film qu’est « L’Enlèvement« …

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    Marco Bellochio s’avère de fait un cinéaste très incisif tout particulièrement attentif – et singulièrement perspicace ! – à l’histoire récente de l’Italie, via la série, réalisée entre 2009 et 2024, de ses passionnants films « Vincere » (2009), « La Belle endormie » (2013), « Fais de beaux rêves » (2016), « Le Traître » (2019), « Marx peut attendre » (2021) – sur le suicide, en décembre 1968, de son frère jumeau Camillo, et les répercussions de cette tragédie, que nul n’avait vue venir, sur chacun des membres survivants (Pier Giorgio, Letizia, Alberto, Maria Luisa et Marco Bellochio lui-même) de la fratrie des Bellochio : un film bouleversant ! Sur lequel il faut absolument lire ici cette très précieuse, excellemment détaillée, recension-ci de Valentin Maniglia, parue le 18 septembre 2022, dans le Quotidien indépendant luxembourgeois … – et « L’Enlèvement » (2023) : une série de purs chefs d’œuvre – pas encore assez justement reconnus, à la hauteur des œuvres si marquantes des Vittorio De Sica (1901 -1974), Roberto Rosselini (1906 – 1977), Luchino Visconti (1906 – 1976), Michelangelo Antonioni (1912 – 2007), Federico Fellini (1920- 1993), Nelo Risi (1920 – 2015), Pier Paolo Pasolini (1922 – 1975), Francesco Rosi (1922 – 2015), Bernardo Bertolucci (1941 – 2018), Nanni Moretti (1953)… – ;

    et à laquelle il ne faut bien sûr surtout pas manquer d’ajouter les 6 épisodes (Aldo Moro (57’),  Il ministro degli interni (57’), Il Papa (54’),  I terroristi (59’), Eleonora (62’) et La fine (48’)) de la mini-série pour la télévision « Esterno notte » (de 2022), sur l’enlèvement et le meurtre d’Aldo Moro – cf « Esterno notte » accessible en ce moment sur Arte…

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    Marco Bellochio : un cinéaste admirable !!!

    À découvrir ou re-découvrir urgemment, grâce à l’entremise ultra-bienvenue d’Arte...

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    Ce vendredi 15 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Servir et respirer Bach au piano (suite) : l’excellent exemple de Fabrizio Chiovetta (suite) cette fois en son superbe CD « Fabrizio Chiovetta – Bach – Keyboard Suites – BWV 809 – 825 – 831 » de 2015, ou la perspicacité de son choix de la liberté de son très pur, délicat et délicieux, jeu de piano…

    À la croisée des réflexions de mon article d’hier 11 mai « « L’Art de la Fugue « , ou l’art de respirer Bach : exprimer une vie intense et vibrante à l’approche de la rencontre avec Dieu… Ce que nous dit le beau récit inspiré, à son piano, de David Lively en son CD « L’Art de la Fugue » du Palais des Dégustateurs… » et de celles de la série récemment entamée des articles consacrés à mes écoutes des CDs Aparté AP395 « Brahms » – enregistré à Dobbiaco en décembre 2024 – et Aparté AP238 « Beethoven » – enregistré à Dobbiaco en janvier 2020 – de l’excellent pianiste, au jeu pur, Fabrizio Chiovetta, « L’exceptionnel talent de toucher de piano, pur, naturel et élégant, de Fabrizio Chiovetta : son bouleversant « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119 ». Comment ai-je pu ignorer jusqu’ici cet art merveilleux du piano qui me va à ce point si fort droit au cœur en sa clarté et absolue pureté ? » et « Approfondir l’appréhension du merveilleusement délié jeu de piano de Fabrizio Chiovetta : son splendide très pur CD « Beethoven – Op. 109, 110, 111 – Fabrizio Chiovetta »…« , en date des 8 mai et 23 avril derniers,

    je désire, ce mardi 12 mai, faire l’éloge de son vraiment superbe CD Aparté AP126 « Fabrizio Chiovetta – Bach – Keyboard Suites – BWV 809 – 825 – 831 » – enregistré à Dobbiaco du 27 au 29 mars 2015   – , dont j’admire la très grande réussite de son choix de la liberté de son très pur jeu de piano (!) jusque dans le sacro-saint Jean-Sébastien Bach, et cela alors que, biberonné au Baroque, et très amateur de clavecin – ainsi à un Pierre Hantaï, à un Benjamin Alard, à un Francesco Corti, va ma prédilection… – , j’ai toujours quelque réticence à me tourner vers des interprétations de la musique pour claviers de Bach au piano…

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    Mais, et à l’abri des délires interprétatifs de certains – que j’exècre : je pense, par exemple, au tout fou Jean Rondeau au clavecin… – , j’aime tout particulièrement le jeu libre et pur, inspiré et parfaitement respiré, au piano ou au piano-forte, d’un Stephen Kovacevich, d’un Ronald Brautigam ou d’un Alexei Liubimov, ou encore d’un Ammiel Bushakevitz – une de mes assez récentes découvertes au CD… – , parmi ceux auxquels va ma prédilection de mélomane discophile – à l’inverse, je déteste l’usurpateur Glenn Gould – , nous proposant au CD des interprétations d’œuvres réussissant, en leur absolue spontanéité conquise (par leur inlassable patient, très exigeant et supérieurement probe – et c’est là un réquisitionné absolu ! – travail d’interprète), à nous faire comme accéder à l’improvisation même, sur le champ de sa création au départ en chantier, du compositeur lui-même, tel un Beethoven – spécialement en ses ultimes miraculeux chefs d’œuvre de la fin de sa vie… – , à son piano, et relevant peu à peu sur le papier ce qui vient de sourdre à l’instant tout neuf de son jeu ainsi improvisé et essayé, et qu’il choisit ainsi, en se donnant la peine de l’inscrire alors à l’encre sur une portée de papier, de retenir, et pour l’éternité, à destination de qui – et d’abord de lui-même qui le rejouera – s’attèlera, ensuite – et par la suite des temps à venir – ,  à le rejouer, partition sous les yeux, ou, mieux encore, apprise et désormais sue par lui aussi, l’interprète, par cœur – et par le cœur… – , se l’étant comme vitalement incorporé en ses doigts et en sa tête, et en son corps devenu hyper-sensible, exalté, possédé et transcendé par cette musique, dont il a accepté, lui l’interprète, de se faire l’hôte passager, à l’instant lumineux de son jeu, et ainsi l’hôte aussi de l’autre, le compositeur, qui vient ainsi à ce moment alors musicalement l’habiter…

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    Et à cette liste de pianistes auxquels va ma prédilection, j’ajoute désormais, et Aline Piboule – son piano, à elle aussi, admirablement respire ! – , et Fabrizio Chiovetta, que je viens donc de tout récemment découvrir, en leurs CDs, à leur pianos…

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    Et de fait, à l’écoute jouissive de cette délicate délicieuse interprétation par Fabrizio Chiovetta de la Suite anglaise n°4 en fa majeur BWV 809, la Partita n°1 en si bémol majeur BWV 825, et l’Ouverture à la française en si mineur BWV 831, je ressens le profond sentiment jubilatoire de liberté, tant du compositeur à son écritoire, que de l’interprète à son clavier : « Ce qui, dans ces œuvres, révèle les ressources de l’improvisateur – nous y voici… – , la fantaisie – voilà ! – de celui qui construit en jouant« , ainsi que le déclare lumineusement Fabrizio Chiovetta à la page 7 du livret du CD, en son entretien de février 2016, à Genève, avec l’excellent écouteur qu’est Sylvain Fort…

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    « J’y entends, comme interprète, la liberté stupéfiante – voilà ! – de cette musique. (…) Je suis fasciné par les chemins de traverse que Bach se ménage sans perdre la cohérence du discours. C’est de là que vient l’humanité – a-mécanique – de Bach. (…) L’adoption des formes reçues de la rhétorique musicale n’est que le prétexte à ces jeux infinis – jouissifs. (…) Il y a dans cette inspiration un esprit de pastiche, un humour sérieux que je trouve irrésistibles« …

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    Et pour cela, « la liberté de Bach appelle la liberté de l’interprète. La richesse inouïe de l’invention propre à Bach ouvre à l’interprète des dizaines de pistes de possibles, des alchimies illimitées. » Et « j’espère – poursuit Fabrizio Chiovetta – qu’on sent dans cette interprétation, dans ce disque, d’autres possibles – prêts à éclore, adjacents, latents. L’interprète idéal de Bach, selon moi, n’est pas celui qui sculpte une version définitive, mais celui qui fait percevoir à l’auditeur la présence secrète – sous-jacente – d’autres pistes : dans ce cas, on suit Bach à la trace, on voit se profiler des pistes, des hypothèses, qui sont abandonnées mais restent bien présentes à l’esprit« …

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    Bach improvisant jubilatoirement à l’envi dans le canevas suivi des formes reçues avec cette fantaisie-là assumées…

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    Ce mardi 12 mai 2026, Titus Curiosus  – Francis Lippa

  • L’infini talent, justissime, d’Aline Piboule (suite) : la perfection radieuse élégantissime de son « Sillages » Op. 27 de Louis Aubert (1877 – 1968), un pur chef d’œuvre à redécouvrir !

    Ayant reçu hier, chez mon disquaire préféré, la commande du CD Printemps des Arts de Monte-Carlo PRI033 « Samazeuilh – Decaux – Ferroud – Aubert » – on peut en lire ici le livret détaillé… –  d’Aline Piboule au piano – un CD enregistré à Monaco du 29 juin au 2 juillet 2020 – ,

    il me faut absolument témoigner, une nouvelle fois, de mon intense admiration pour l’infini talent, tellement juste – à la fois profond et infiniment fluide, subtil et élégant : justissime ! – , de celle-ci, tout particulièrement dans la musique française du XXe siècle, et ici dans l’interprétation des compositeurs Gustave Samazeuilh (Bordeaux, 2 juin 1877 – Paris, 4 août 1867), Abel Decaux (Auffray, 11 février 1869 – Paris, 19 mars 1943), Pierre-Octave Ferroud (Chasselay, 6 janvier 1900 – Debrecen 17 août 1936) et Louis Aubert (Paramé, 19 février 1877 – Paris, 9 janvier 1968), tous plus ou moins proches de Maurice Ravel (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937),

    et tout spécialement dans ce chef d’œuvre pas assez couru par les interprètes qu’est le merveilleux « Sillages » Op. 27 de Louis Aubert, composé de 1908 à 1912, et créé à Paris salle Érard par Lucien Wurmser, le 19 février 1913. Et c’est pour moi le sommet absolu de ce récital…

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    Admirez cette vidéo de « Sur le rivage » (6′ 57), ce podcast de « Socorry » (7’00), et cette vidéo de « Dans la nuit » (5’15),

    les 3 pièces qui composent le « Sillages » de Louis Aubert… 

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    En cherchant un peu des articles à propos de ce très remarquable CD « Samazeuilh – Decaux – Ferroud – Aubert » d’Aline Piboule,

    j’ai trouvé celui-ci, intitulé « Marines« , sous la plume de Jean-Charles Hoffelé, en date du 29 mars 2021,

    même si celui-ci ne met pas l’accent sur ce qui, moi, me touche, me séduit, et m’enthousiasme :

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    MARINES

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    Clairs de lune – d’Abel Decaux, publié en 1913 – reste l’un des recueils les plus surprenants – en effet ! – des premières années du XXe siècle, la tonalité s’y abolit, certes ce pourrait être un manifeste de la modernité, et singulièrement en avance dans le paysage musical français, mais comme jadis Marie Catherine-Girod et à revers de Marc-André Hamelin, Aline Piboule ne l’entend pas ainsi.

    Elle est d’abord sensible à l’étrangeté – oui – de ces musiques raréfiées, à leur goût de souffre, à leurs allures de gibet – oui, oui… Tout un monde sonore – davantage même que musical, probablement… – inquiet – et assourdi – , jusque dans son minimalisme, où la musique du silence – à la Mompou (1893 – 1987), oui ; même si sa magique Musica callada ne sera composée qu’entre 1959 et 1967… – s’invite. Elle entrevoit dans la profondeur d’un beau Bösendorfer les abîmes emplis de glas dont s’envolent d’autres noctuelles un peu succubes. Il faut une sacrée imagination – oui – pour incarner – voilà ! – ces fantasmagories, et un sens du toucher – merveilleux ! – , du jeu de pédale, des couleurs, qui puissent les sauver d’une abstraction univoque – et c’est idéalement réussi ! Toute grande version – et c’est encore un euphémisme…

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    L’album s’ouvre sur l’onde marine au clair de lune que Gustav Samazeuilh a saisi – en son « Chant de la mer«  dont c’est le deuxième volet : composée au pays basque (en 1918- 1919), l’œuvre a été créée par Marguerite Long le 20 mars 1920 –  dans son miroitement secret, grande pièce – oui ! – d’une sensualité diffuse – oui – , à revers – lumineux, tendre, ensoleillé – du sinistre clair de lune sur la mer qui clôt le recueil de Decaux.

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    Le disque se refermera par le triptyque admirable – encore un euphémisme – que Louis Aubert composera entre 1908 et 1912, ces Sillages – créés donc le 19 février 1913 – aussi impressionnistes que tout ce que Debussy écrivait alors, harmonies mordorées qui entêtent un clavier fuligineux, plein de parfums, exigeant une vraie science pianistique – oui ! mais jamais surexposée : toujours avec une parfaite élégance… – de son interprète – et inspirés par la verte campagne dominant l’Océan Atlantique à Urrugne, à la chapelle de Socorry, dont le site, isolé et magnifique, est très inspirant ! Et Louis Aubert a adoré le Pays basque de son ami Maurice Ravel…

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    Pour briser – un peu – ces marines, Aline Piboule intercale les – satiriques – Types de Ferroud, titres à la Satie, mais piano opulent jusque dans la charge, avec un peu d’Espagne – L’heure espagnole de Maurice Ravel a été créée à Paris le 19 mars 1911… – pour Vieux beau et un salut à la Phi-Phi de Christiné, une pincée de fausse ironie pour Bourgeoise de qualité, et un strepitoso de trader pour Businessman. Son œuvre de piano mériterait un bel album monographique.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Gustave Samazeuilh
    (1877-1967)

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    Le chant de la mer
    (extrait : II. Clair de lune au large)

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    Abel Decaux (1869-1943)

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    Clairs de lune

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    Pierre-Octave Ferroud(1900-1936)

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    Types

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    Louis Aubert (1877-1968)

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    Sillages, Op. 27

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    Aline Piboule, piano
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    Un album du label Printemps des Arts de Monte-Carlo PR1033

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    Photo à la une : la pianiste Aline Piboule – Photo : © Jean-Baptiste Millot

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    Et je joins aussi ici ce très bel « Hommage à Louis Aubert (19 février 1877 – 9 janvier 1968) » de Jean-Alain Joubert, rédigé du 2 au 5 janvier 2009) :

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    Hommage à Louis Aubert

    19 février 1877 ― 9 janvier 1968 Jean Alain Joubert

    2 au 5 janvier 2009

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    La qualité aristocratique et distante de l’art de Louis Aubert est sans doute la raison principale qui l’éloigne d’une éclatante renommée 1. Robert Bernard

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    Nous étions en 1956 ou en 1957, aux Petites Brandes 2 près de Périgueux.

    Le vieil homme ne jouissait plus de la même notoriété qui avait été la sienne. On sait l’amertume qu’en éprouvèrent Jean Roger-Ducasse et Florent Schmitt. Le grand Fauré fut le maître aimé d’une cohorte d’élèves inspirés ; notre pays connut en ces temps une période de faste musical inégalé, fait qui devint suspect. L’impressionnisme musical se vit malmené par les rafales successives de courants modernistes, et cette pléiade de talents, à l’exception de Maurice Ravel qu’une mort prématurée avait laissé en pleine gloire, fut destinée à connaître un long purgatoire dont ils ne sont toujours pas réapparus aujourd’hui.

    Aubert en éprouvait sûrement de la tristesse, mais il n’avait perdu ni sa dignité, ni sa gravité distinguée. Nous étions en présence du plus parfait des gentlemen.

    Je n’en avais point croisé d’autres jusqu’à ce jour des vacances d’été où je marchais aux côtés de mon grand- père dans le chemin des bois, revenant vers la ferme où il vivait avec ma grand-mère.

    Louis Aubert s’avança pour le saluer et prendre des nouvelles de sa vie, de sa famille. Il l’interrogea sur moi… j’en étais tout intimidé… heureusement mon grand-père était là !

    Mais je garde un doux souvenir de cet homme déjà âgé, mince, un peu vouté et habillé comme à la ville, avec grande distinction. Il était plein de réserve et d’amabilité. Que ces gens de si courtoise éducation font défaut à nos vies d’aujourd’hui. Les croiser était comme un rayon de soleil humain sur nos modestes trajectoires. Aussi, tout naturellement, j’acquiesce au portrait très évocateur qu’en firent Bernard Gavoty et Daniel Lesur, en 1957 : « Ce petit monsieur affairé porte sur un torse bref, un peu voûté, une tête extraordinairement caractéristique. Une chevelure blanche l’auréole. Un nez courbe, tel un sabre, forme la proue du visage. Deux yeux d’une vivacité d’oiseau lui servent de phares. Il va, toujours pressé, d’un pas d’étudiant. Trois quarts de siècles ne l’ont guère vieilli ; Louis Aubert l’éternelle jeunesse ». L’enfant, à la voix de soprano « qui fit sensation parmi les maîtrises des églises », devint un homme « un peu sec, mais au regard fin et bienveillant, un compositeur distingué, sensible, dont la vigueur s’enveloppe de poésie 3 ». Un portrait de l’époque de Habanera (1918) nous le montre fort séduisant. Louis Aubert, un charmeur. En ses premières pièces pianistiques, Guy Sacre 4 s’agace qu’entre « deux mélodies au sirop de framboise » ce dandy… se laisse « aller à une pente délicieuse, celle qu’on voit à la même époque chez Reynaldo Hahn ». Il nous dira qu’un beau jour il fut sauvé de cette suave dérive ! Parlant de cette période assez naturelle où l’individu se recherche et où l’on peut se laisser séduire par

    1 Robert Bernard, Louis Aubert, La Revue Musicale n° VIII, 1927), p. 129.
    2 Lieu-dit de la commune de Coulounieix-Chamiers, situé à la sortie de Périgueux, sur la route de Bergerac.
    3 Paul Bertrand, Le Monde de la musique (Souvenirs d’un éditeur ), (Genève : La Palatine, 1947), p. 240
    4 Guy Sacre, La Musique de piano, dictionnaire de compositeurs et des œuvres, 2 vol. (Paris : Bouquins, Robert Laffont, 1998), page 105 du premier volume.

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    une certaine facilité, Vladimir Jankélévitch se veut plus nuancé, en notant que dans les premières pièces pour piano et mélodies « on découvre, une sorte de poésie rêveuse, un charme secret enfin où se trahit le disciple de Gabriel Fauré 5… ». D’une histoire entendue de la bouche de Madeleine Milhaud (savoureuse et peut-être un peu épicée par sa verve provençale naturelle) et du témoignage de Francis-Paul Demillac qui lui voue un affectueux souvenir, transparait effectivement l’image d’un éternel jeune homme, d’un éternel amoureux.

    Saveur et fraîcheur de la jeunesse sans doute dans ces Lutins de 1903 qui par leur jubilation font écho à Isle joyeuse de Debussy ― son contraire puisque cette Isle leur est postérieure de deux années ! et dans La Forêt bleue, féerie juvénile (composée en 1904, représentée seulement en 1913) géniale préfiguration de Ma Mère l’Oye (1910-1912).

    Louis Aubert reprit le chemin de Chabrier. Mon grand-père, me voyant intrigué, m’expliqua que le personnage qui venait de nous quitter composait de la musique. Savais-je à sept où à dix ans si cela existait (bien sûr ma grand-mère Marie-Rosalie écoutait souvent la radio et chantait avec Piaf et les autres !) ? Mais encore qu’il était à l’Académie 6 et connu et joué dans le monde entier ? Occasionnel et charmant voisin de mes grand- parents, un peu considérable tout de même ! En cette belle maison bourgeoise, carrée, vivait une de ses filles, son gendre et leurs enfants. Et je ne savais pas encore que Pierre, cet homme jeune et vigoureux, gendre du monsieur qui composait de la musique était ce Pierre que je connais bien aujourd’hui et que Marie-Françoise cette petite-fille d’alors, à peine plus âgée que moi, serait aujourd’hui une amie… Non, je ne savais pas ce que signifiait tout cela, ni Chabrier où je n’avais pas l’autorisation de me rendre seul, ni bien sûr La Daminthe à Belvès où bien plus tard, je ferais halte à maintes reprises. Il y eut, autour de ce Belvédère du Périgord Noir, les promenades autour du Moulin de la Pique et sur le chemin qui conduit à Puy-Chanat, lieux ou pendant la guerre avait trouvé refuge le compositeur. J’ignorais tout de cet univers, et de ces personnes plus favorisées que nous par le destin. D’ailleurs à cette époque (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où l’on est obligé de passer aux Petites Brandes pour rejoindre la route nationale), la « maison bourgeoise » avait sa propre sortie sur la route de Bergerac, et nous n’avions que peu de rapports avec ces lointains voisins.

    Et ce Monsieur, sur le chemin des bois, tellement distingué ? Mon grand père, en comparaison, me semblait jeune. La différence était, en effet, celle d’une génération, puisque Jean-Léopold avait vu le jour vingt années après Louis Aubert, en 1897, mais disparaissait en juillet 1972, seulement quatre ans après le décès du compositeur.

    Savais-je si les frondes luxuriantes des chênes centenaires entourant la belle demeure de Chabrier ― nom prédestiné ― avaient eu à s’émouvoir des prémices, voire de l’éclosion d’Offrande, ou de Cinéma ? Nous sommes dans le plausible. Comment aurais-je su alors que ce camarade de jeunesse de Ravel, condisciples dans la classe de Fauré, deviendrait un des plus proches amis du génial compositeur de Daphnis et Chloé (partition dont il refusa, nous conte Manuel Rosenthal 7, d’orchestrer le final, pour la plus grande gloire de Ravel). Ni chez le peintre Paul Sordes, ni chez Maurice Delage, il n’est fait mention de la présence de Louis Aubert. Pourtant il semble bien qu’il eu quelques rapports avec les « Apaches d’Auteuil ». Il commit même de la musique sur le poème Au pays de Léon-Paul Fargue, lui qui selon Valentine Hugo « percevait l’invisible » et pouvait espérer avec Aubert, comme avec Ravel qu’il « ouïsse l’inaudible » et lui donne vie !

    Cromac. La Maison sous les branches, Dont la fenêtre aux yeux en fleurs Écartait ses longues mains blanches, Doucement, sans bruit, sur ton cœur 8

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    5 Vladimir Jankélévitch, Louis Aubert, Scherzo n° 6, octobre 1976, p. 17.
    6 En réalité de l’Institut de France, Académie des Beaux-Arts, en mai 1956.
    7 Manuel Rosenthal, Entretiens avec L. Florin, Bulletin n° 4, juillet 2003, des Amis de la musique française, p. 23.

    8 Léon-Paul Fargue, « Au pays », Pour la musique in Poésies (Paris : Gallimard, Collection Soleil, 1963), p. 150.

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    La France d’aujourd’hui qui ne sait plus rien, qui n’a plus le moindre goût pour la culture ― nos chefs de bataillon montrant ici le plus vil exemple ― sait-elle qui est cet homme discret et délicat, qui écrivait en 1907 ces Six Poèmes Arabes à qui Irma Kolassi donna une juste renommée (les enregistrant même à plusieurs reprises) en arrivant à Paris en 1949, de sa Grèce natale où elle quittait sa condisciple Maria Callas ? Si Paris à re-entendu ces dernières années des pages de sa Forêt bleue 9 ― qui avait connu un vif succès à sa création à Boston en 1913 et à sa reprise en 1924 à l’Opéra-Comique ―, qui garde souvenir de ce grand Monsieur, de cet aristocrate de la musique, qui s’exprimait dans un français d’exception à la radio ? Qui se souvient d’un de nos plus raffinés musiciens, de ses Sillages, subtile partition pianistique, émanant d’un pianiste particulièrement doué pour avoir créé les Valses nobles et sentimentales de son confrère et ami Maurice Ravel ? Le breton s’y souvient des paysages marins de son Paramé natal et de ses ballades en Pays Basque, une terre qu’il avait adoptée. Cette partition est conçue comme un vaste triptyque donné en création à Paris en janvier 1913. Nous faisions, une halte-pèlerinage, une fin d’été, à la chapelle Notre-Dame-de-Socorry ou Notre-Dame-du-bon- Secours à Urrugne, en souvenir de la seconde pièce de ces Sillages qui parle des heures qui passent et nous blessent, la dernière nous emportant vers la mort ; « Vulnerant omnes, ultima necat » est-il inscrit sur le cadran du clocher de l’église au cœur de ce village de la Côte Basque. Ce mouvement de habanera balance et s’accroit jusqu’à l’heure fatale et préfigure la Habanera pour orchestre de 1918 qui connaîtra une renommée internationale et sera dirigée par les plus grands chefs. On se demande d’ailleurs comment cette pièce, si justement populaire, ne s’est maintenue au programme d’aucun concert. La tradition hispanisante ouverte par Bizet eut de nobles et réguliers échos dans notre musique dite française. On sait que l’amitié entre Ravel et Aubert aura contribué à faire découvrir et aimer le Pays Basque Français et Espagnol au natif de Bretagne. D’où ces parfums ibériques, sensuels, chauds et lancinants chez un musicien qui n’y était pas prédestiné. Aubert se laisse encore fasciner par un Orient mauresque qui hante également les partitions de « son frère en art », Maurice Ravel.

    Qui peut écouter ses Saisons de 1937 sans ressentir le puissant lyrisme qui traverse cette splendide partition. Les voix en vocalises, utilisées en tant qu’instrument, sont associées dans l’impressionnisme musical, ainsi que l’analyse Michel Fleury, « à l’idée de vision et de lointain en rapport avec une certaine extase panthéiste 10 ».

    Autre notion chère à Aubert, le temps suspendu, qu’il exprime par l’usage des gammes et des harmonies modales dans Le Tombeau de Chateaubriand (1948). Cette fresque maritime est un hymne au grand écrivain et aux passions qu’ils partagent : les côtes de l’Armor, le vaste océan, le grand large, l’évasion et les édens lointains.

    9 Gustave Samazeuilh s’exprima, dans Musiciens de mon temps (Paris : la Renaissance du livre, 1947), sur ce conte lyrique de Louis Aubert (page 214 & 215). Souvenons-nous qu’au moment de la création de l’œuvre, le compositeur était âgé de quarante ans. Voici ce qu’il nous en dit : « Et je voudrais.. faire sa place à la Forêt bleue, de Louis Aubert qui mit naguère treize ans pour revenir de Boston à l’Opéra-Comique. Le poème, dû à Adolphe Chenevière, est tiré des Contes de Perrault. Si l’action y paraît un peu languissante, surtout au dernier acte, il convient à la nature du musicien de cette Habanera et de ces Poèmes arabes qu’ont justement répandus nos grands concerts. Je n’en veux pour preuve que la poésie élégiaque, l’habile disposition des fréquents chœurs, l’heureuse intervention des thèmes populaires, le tour aisé et allant, la déclamation soignée des dialogues entre le Chaperon Rouge et le Petit Poucet, vainqueurs de l’Ogre titubant et ventru, la sonorité d’un orchestre logiquement, mais toujours ingénieusement agencé. Ce sont là, j’imagine, assez de qualités pour qu’on oublie ce que la scène de la Belle au Bois dormant semble avoir de conventionnel, par suite d’une défaillance du poème à cet endroit, et pour que, sans insister outre mesure sur l’influence bien explicable de Gabriel Fauré et de Claude Debussy en divers épisodes, on apprécie dans cette Forêt bleue de jeunesse, cette recherche de l’expression sensible, d’une atmosphère évocatrice juste qui est vous le savez assez, à mes yeux, un rare mérite, et suffît à faire regretter que la rigueur d’un temps, si dur aux artistes, n’ait pas permis jusqu’ici à son auteur de donner au théâtre une nouvelle œuvre où puisse s’exprimer tout entière la maturité de son talent, comme au concert dans sa capiteuse Habanera, dans les Saisons, et dans cette récente Incantation, d’une si généreuse progression et d’une si brillante facture instrumentale… ».

    10 Michel Fleury, L’impressionnisme et la musique (Paris : Fayard, 1996), p. 122, note 58. Ce procédé fut utilisé par Delius (A song of the High Hills), Ravel (Daphis et Chloé), Aubert (Les Saisons), Vaughan Williams (Pastoral Symphony). L’auteur note que ce procédé révélateur fut utilisé la première fois dans un poème symphonique de Massenet intitulé Visions (1891).

    3

    N’y aura-t-il personne pour s’enchanter de la poétique Sonate pour violon et piano de 1927, dédiée à la mémoire de Gabriel Fauré, qu’illustra avec élégance et intention la violoniste Marie-Thérèse Ibos, nièce du compositeur accompagnée par Ina Marika au piano. On y trouve, en son Andante, une rémanence d’un thème qui apparait dans Crépuscules d’automne et Poèmes arabes, et « chaque fois ce thème nous parle de volupté, de passion contenue, de rivages lointains 11 ». Musique du soir, de la nuit, de la mer, de la femme…

    Qui enregistrera enfin la version moderne de cette ensorcelante Habanera, si élégamment défendue autrefois par Piero Coppola (en 1930) ou Charles Münch (en 1944) à la tête de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire ? Que penser de la frilosité ou de l’ignorance de nos chefs figés à l’idée même d’avoir à s’illustrer dans la conduite de chefs-d’œuvres certifiés bien que méconnus.

    Si Aubert emporte le record de parcimonie en matière d’abondance vis à vis de son camarade de la classe de Fauré, Maurice Ravel, il dépasse cependant Paul Dukas ou Jean-Louis Florentz plus près de nous. Dire que le manque d’abondance tire au manque de souffle ne trouve, dans aucun de ces cas, justification. Cette parcimonie montre davantage une exigence qui honore beaucoup ces artistes accomplis. Leurs univers poétiques et artistiques existent de manière si constante que la nécessité de le prouver par la création ne se fait pas sentir chez eux autant que chez les démonstrateurs, les besogneux où les marchands du temple auxquels fait explicitement allusion Robert Bernard dans son hommage au compositeur dans la Revue Musicale 12.

    Si Aubert emporte, sur son camarade de la classe de Fauré, Maurice Ravel, le record de parcimonie, il dépasse cependant Paul Dukas ou, plus proche de nous, Jean-Louis Florentz. Dire que le manque d’abondance tire au manque de souffle ne trouve, dans aucun de ces cas, justification. Cette parcimonie montre davantage une exigence qui honore beaucoup ces artistes accomplis. Leur univers poétiques et artistiques existent de manière si constante que la nécessité de le prouver par la création ne se fait pas sentir chez eux autant que chez les démonstrateurs, les besogneux où les marchand du temple auxquels fait explicitement allusion Robert Bernard dans son hommage au compositeur dans la Revue Musicale 13.

    Aubert est un orchestrateur de premier ordre. Il le fut pour lui-même, il le fut pour les autres. La finesse de son oreille et sa connaissance précise et exceptionnelle du métier lui donnait cette capacité d’utiliser toutes les nuances de l’orchestre et de s’en servir en magicien. C’est le respect du message, du sens profond véhiculé par l’œuvre, qui le préserva, avec constance, des tentations de démonstrations éclatantes, inutiles et gratuites. Jamais ne s’adonna-t-il au jeu d’apprenti sorcier, seule l’inspiration guidait, avec une parcimonie réfléchie et méditée, sa démarche toute aristocratique que tous s’accordent à lui reconnaître. Ainsi que l’exprime parfaitement Robert Bernard « Louis Aubert… semble présenter un cas très rare, sinon unique, dans l’histoire de la musique, par le dosage merveilleusement équilibré de ces éléments qui s’opposent en général : le raffinement de la pensée, son expression totalement sincère et farouchement probe, d’une part, et, d’autre part, la pleine possession de la technique, de ce métier qui confine à la virtuosité 14 ».

    De concert avec l’auteur de La Revue Musicale, nous dirons : « Certainement, Aubert préfère être lu mille fois par un seul ; et, en tous cas, il a des admirateurs qui vivent dans l’intimité de son œuvre et qui savent que la beauté de la plupart des œuvres d’une haute valeur, ne se révèle dans sa plénitude que lorsqu’on l’étudie de près, qu’on s’en assimile les moindres intentions 15 ».

    ΨΨΨ

    « Simple et subtilissime tout ensemble… N’eût-il écrit que Sillages, les Poèmes arabes et la Sonate pour piano et violon, Louis Aubert serait déjà l’un des plus grands musiciens français. C’est peu dire que l’élégance de son

    11 Vladimir Jankélévitch, ibid., P. 17 & 18. 12 Robert Bernard, Ibid., p. 130.
    13 Robert Bernard, Ibid., p. 130.
    14 Robert Bernard, Ibid., p. 130.

    15 Robert Bernard, Ibid., p. 132.

    4

    écriture est souveraine et son goût pour ainsi dire infaillible, qu’il n’a ignoré aucun des suprêmes raffinements de la délectation sonore… Il y a chez cet artiste exquis, si épris d’ordre et de mesure, une certaine violence contenue que le souci de la forme ne suffit pas toujours à réprimer… Aussi la fougue alterne-t-elle dans ces pages tourmentées avec la rêverie indolente et le douloureux appassionato avec la volupté nonchalante… C’est une fine oreille que Louis Aubert ! Mais s’il n’était que cette fine oreille, il ne nous toucherait pas comme il nous touche… car celui qui n’est pas ému n’est pas non plus émouvant. Le plus important chez Louis Aubert, ― plus important que l’oreille, plus important que tout, c’est le cœur 16… ».

    Lors d’un entretien radiophonique de 1953, avec Georges Charbonnier, c’est Aubert lui-même qui confessait :

    Au fond pour moi, la musique est avant tout humaine, je ne vous le cache pas…

    16 Vladimir Jankélévitch, ibid., p. 20.

    5

    …

    Louis Aubert : un compositeur qu’il nous faut donc impérativement redécouvrir !!

    …

    …

    Et quelle intelligence ultra-sensible de la musique caractérise décidément la parfaite droiture du subtil et profond, fluide et si élégant jeu de piano d’Aline Piboule !

    C’est superbe de douce autorité et plus parfaite évidence musicale…

    Merci !

    …

    Ce mercredi 6 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • De la double question de la composition d’un récital de concert et de la tenue d’un récitant à un concert de musique, en forme de suite au concert des Quatuors n° 2 de Lucien Durosoir et Leos Janacek du 1er mai dernier au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines en Chalosse, pour le 3e Festival Durosoir…

    Mon article de réception « Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut inspiré, avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) : la puissance et la gloire… » du passionnant très beau concert « Janáček – Durosoir » du vendredi 1er mai dernier, au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, pour le 3e Festival Durosoir – le 1er Festival Durosoir, en mai 2024,  offrait un concert « Ligeti – Durosoir« , et le second, en mai 2025, un concert « Poulenc – Durosoir« … – , avec ces transcendants et foudroyants chefs d’œuvre de musique de chambre que sont ces sublimes  Quatuors n°2 de Leos Janáček (de 1928) et Lucien Durosoir (de 1922), vient de donner lieu à plusieurs échanges de courriels, centrés sur la double question de la composition – ardue – d’un récital de concert, et de la tenue – difficile et complexe – d’un récitant à un concert de musique,

    en forme de suite, maintenant, à ce que j’ai qualifié d’ »immense concert » de la part des splendides musiciens du Quatuor Diotima…

    …

    Voici donc ces successives réflexions de ma part, en courriels, hier à 10h 43,

    et puis, toujours hier, à 15h 26…

    …

    Un interprète, que ce soit un musicien ou un comédien, a pour impératif absolu – du moins à mes yeux – de servir avec la plus profonde humilité l’auteur ou le compositeur, et jamais se servir, lui – et encore moins se servir histrioniquement ! ou avec cabotinage auto-centré… – , d’eux…
    Même si ce n’est hélas pas toujours le cas, à une époque de narcissisme débridé étalé…
     
    Pour ce qui concerne la distinction que l’on peut faire entre « plaire au public » et « chercher à l’éduquer » : 
    il me faut constater que je n’ai bien sûr pas, pour ma modeste part de simple auditeur du concert, les responsabilités – financières aussi – d’organisation culturelle et artistique qui incombent aux décideurs du concert… Mais, dans mes humbles activités (mon blog encherchantbien.fr , mes chers entretiens enregistrés chez Mollat), je refuse absolument l’abaissement des exigences, et la complaisance à l’avilissement du public en vue du succès ou de l »approbation à tout prix… Et je suis heureux de voir les témoignages d’approbation (de clarté) de quelques récepteurs de mes entretiens : je ne les recherche pas, ces témoignages, mais quand il arrive qu’ils surviennent, ils me touchent…
     
    Surtout, j’espère que les santés de Luc et Georgie Durosoir vont leur permettre de continuer un bon bout de temps le service très actif et si fécond de leurs passions… Je vois leurs fatigues, comme je vois leurs incroyables énergies…
    Qu’ils se portent bien, tous les deux, et qu’ils soient heureux le mieux possible, en dépit des maux qui agressent leurs vénérables âges…
     
    J’aurais beaucoup aimé assister au concert, samedi 2 mai dernier, de Lorène de Ratuld (avec ce « Tombeau de Couperin » que j’aime tant !) ,
    mais les concerts de Saint-Lon-les-Mines ne débutant cette année qu’à 18h 30, je ne pouvais pas me permettre de risquer de rentrer la nuit tombée et sous la pluie à Bordeaux samedi soir…
    Déjà vendredi soir 1er mai je suis arrivé chez moi à Saint-Jean-de-Luz à 21h 15 : la nuit commençait juste à tomber, heureusement sans la pluie redoutée…
     
    Samedi 2 mai, après avoir déjeuné à 13h chez mon ami Dominique Raoux-Cassin, diplomate émérite (et mélomane ! Il a fait partie du comité de direction du Festival Ravel auprès de Jean-François Heisser) à son domicile de Saint-Jean-de-Luz, et après une passionnante riche conversation remarquablement informée, je suis rentré à Bordeaux en conduisant sous une pluie battante continue…
     
    Voilà ce que c’est que de prendre de l’âge…
    Francis
     
    P.s. :
    j’espère vivement que le programme du 4e Festival Durosoir de l’an prochain (2027) comportera, à côté des œuvres puissantes de Lucien Durosoir, des œuvres du niveau de qualité des chefs d’œuvre de Janáček et de Ligeti donnés au château Mombet en mai 2024 par les Tana et mai 2026 par les Diotima… 
    C’est ainsi que le nom de György Kurtag m’est venu à l’esprit (il a eu 100 ans le 19 février dernier !).
    Et il faudra bien sûr des interprètes de la qualité des Diotima et des Tana, s’il s’agit de Quatuors…
    Lucien Durosoir, si singulier, si puissant, si intense, si foudroyant parfois, apparaît mieux que jamais, grâce à de tels concerts, en Chalosse, comme un « moderne ». Et plus encore, et en sa sidérante singularité au sein de la musique française, comme un compositeur de génie magistral !
    Ainsi, le 12 avril 2013, en mon article « L’œuvre Durosoir au concert : les programmes qu Quatuor Equinoxe et du Trio Rilke aux concerts d’Hendaye les 6 et 7 avril 2013« , les noms de créateurs de cette transcendante hauteur qui m’étaient venus à l’esprit pour qualifier le genre de génie créateur de Lucien Durosoir, étaient-ils rien moins que ceux de Michel-Ange, sculpteur, Agrippa d’Aubigné, Walt Whitman, poètes, au côté du nom de Beethoven, en ses stupéfiants Quatuors…
    …
    Et puis, à 15h 26 : 

    …

    En recherchant dans mes archives le concert où j’avais pour la première fois écouté Mario Hacquard en récitant – c’était, cela je m’en souviens bien, au théâtre d’Hendaye – , je viens d’en retrouver à la fois la date (c’était le 12 novembre 2015), et surtout le courriel dans lequel je rêvais – déjà ! déjà ! – d’associer un Quatuor de Durosoir au 2e de Janáček (« Lettres intimes »), ou à un Quatuor de Bartok, ou de Chostakovitch, plutôt qu’au Quatuor de Ravel, pas assez « rude », disais-je ; aux « univers aux antipodes », écrivais-je même…
     
    Et je prévenais aussi :
    « l’association de lectures de textes – fussent les lettres de guerre de Lucien, et lues par son fils (et c’est bien plus fort que lues par un acteur !) – à des œuvres telles que ces Quatuors, doit être bien pensée »…
     
    Et même :
    « Pour le concert de Lorène de Ratuld, quel que soit le talent de Mario Hacquard – et l’articulation musique/ texte était fort bien calculée – , certaines intonations (même rares) m’ont gêné ;
    et pour avoir été moi-même récitant lors de concerts, je sais combien c’est extrêmement difficile.
    En cela, je pense que Luc est bien mieux en place dans un tel exercice qu’un quelconque comédien, fut-il excellent.
    À cet égard, j’ai bien apprécié la sobriété de la comédienne à l’Hôtel de ville d’Hendaye – c’était le 13 novembre 2015 –  : elle a été parfaite, pour moi…» .

     

    Je constate ainsi que je ne varie pas beaucoup dans mes appréciations (jouissances et irritations) d’après-concert !
     
    Le récitant doit se faire petit, tout petit, et le plus neutre et sobre possible ! Car c’est la musique seule qu’il faut servir !!!
     
    Francis
    …
    Début du message réexpédié :
    De: Francis Lippa
    Objet: le Quatuor Arnaga
    Date: 16 novembre 2015 à 08:11:11 UTC+1

     

    Ce n’était donc pas la première fois que le Quatuor Arnaga jouait ce programme de Quatuors, constitué de celui de Ravel et du 3e de Durosoir.

     
     
    Associer ces 2 sublimes Quatuors ne va cependant pas de soi, du moins pour les oreilles du public.
    Le contraste est même assez difficile à accepter à l’écoute je dirais naïve au concert, tant leurs univers sont aux antipodes.
    Après le charme (même sombre) de Ravel, la force quasi brute (michelangelesque…) de ce 3e de Durosoir 
    – « musique d’après la guerre » avais-je écrit à mon écoute du CD, l’été 2008 ; et je maintiens plus que jamais cette expression ! –
    commence par agacer et agresser les oreilles non apprêtées…
     
    Peut-être faudrait-il tenter d’associer au 3e de Durosoir un Quatuor plus « rude » : le 2d de Janacek, un de Bartok, ou de Chostakovitch.
     
    De même, l’association de lectures de textes – fussent les lettres de guerre de Lucien, et lues par son fils (et c’est bien plus fort que lues par un acteur ! – à des œuvres telles que ces Quatuors
    doit être bien pensée…
     
    Pour le concert de Lorène de Ratuld,
    quel que soit le talent de Mario Hacquard – et l’articulation musique/ texte était fort bien calculée – , 
    certaines intonations (même rares) du comédien m’ont gêné ;
    et pour avoir été moi-même récitant lors de concerts, je sais combien c’est extrêmement difficile.
     
    En cela, je pense que Luc est bien mieux en place dans un tel exercice qu’un quelconque comédien, fut-il excellent.
    À cet égard, j’ai bien apprécié la sobriété de la comédienne à l’Hôtel de ville d’Hendaye : elle a été parfaite, pour moi…
     

    Voilà quelques réflexions d’après concert…

     
    Francis

    …

    Voilà donc pour ces quelques réflexions un peu prolongées d’après-concert…

    …

    Ce mardi 5 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa