C’est lors de la rédaction de mon article d’avant-hier « Apprécier « La Prisonnière de Bordeaux », tourné à l’automne 2023, dans ma rue, à 50 mètres de mon balcon… » que j’ai découvert, avec grande surprise, l’existence du film d’André Téchiné « Les Gens d’à côté » (sorti sur les écrans en 2024), comportant, qui plus est, le même duo d’actrices Isabelle Huppert/Hafsia Herzi que dans « La Prisonnière de Bordeaux » de Patricia Mazuy (sorti lui aussi en 2024), ainsi que de son précédent film « Les Âmes sœurs » (sorti, lui, en 2023), et qui avaient tous deux échappé à ma vigilance de passionné pourtant de l’œuvre entier d’André Téchiné ;
et dont je me suis empressé de commander illico presto les deux DVDs….
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C’est donc avec une très vive émotion que je désire témoigner, ici même, de mon intense admiration, et de l’art de cinéaste si profondément humain d’André Téchiné, et du jeu si subtilement expressif, en toute la complexité du ressenti de son personnage, de l’immense Isabelle Huppert, en ce film d’une très grande sobriété, « Les Gens d’à côté« …
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Scène d’ouverture
Les Gens d’à côté s’ouvre par une manifestation policière. Pour cette scène, André Téchiné s’est inspiré de la réalité, du dispositif et des slogans, même si le réalisateur les a revisités et remis en scène. Il confie : « J’avais envie de filmer en ouverture cette part sensible, vulnérable de la police. Cette face cachée est liée à un dysfonctionnement de la profession dont on parle finalement assez peu. »
« La scène de manifestation est d’ailleurs développée plus tard par une scène de réunion syndicale qui permet de rebondir vers la fiction et d’interroger les raisons du suicide de Slimane, le compagnon de Lucie (Isabelle Huppert). Les médias donnent l’image d’une police justicière et rageuse ; dans le film, la déléguée syndicale pointe la souffrance au travail de ses collègues » – voilà.
Zone pavillonnaire
André Téchiné a tourné dans une zone pavillonnaire indéfinissable, entre ville et campagne – dans le Midi. Il précise : « Lucie dit à Julia qu’il n’y a rien pour les jeunes dans cet endroit. Ce sont des endroits périphériques, on ne sait plus trop où on est. C’est tout un tissu avec des centres commerciaux, des pavillons, des zones industrielles, tout ça s’interpénètre. C’est une vie pavillonnaire avec l’inévitable clôture qui définit l’espace de résidence. »
« Le geste de la fiction était de faire se rencontrer Lucie et Julia puis Yann – le compagnon de Julia et père de la petite Rose – dans ce genre de zone où on ne se rencontre pas. Il m’a semblé que ces endroits ne sont pas tellement montrés au cinéma. Ils méritent qu’on s’y attarde, qu’on les fasse exister, et j’ai l’impression que ces espaces urbains ni campagnards contribuent à cloisonner les gens. »
Retrouvailles
Après Les Ames soeurs, Les Gens d’à côté est le second film d’André Téchiné avec Georges Lechaptois à l’image. Le metteur en scène confie précise : « Quelles étaient nos options principales ? Tout simplement filmer ces espaces comme ils sont. Et puis filmer au plus près – voilà ! – les émotions des acteurs, leurs gestes, leurs regards, leurs tremblements dans ces lieux à la fois étranges et familiers. »
Qui pour les voisins ?
André Téchiné a très tôt pensé à Hafsia Herzi et Nahuel Perez Biscayart pour les voisins, et a même écrit le scénario des Gens d’à côté comme une partition en ayant en tête ces deux comédiens : « Pour le mode opératoire du Black Bloc, frêle et agile, avec le don d’ubiquité de se glisser partout, Nahuel me semblait physiquement correspondre. Et puis pour endosser ce personnage trash dans la tourmente – voilà aussi– , il a pris tous les risques. »
« Parfois sale, parfois bouffon, parfois défoncé, il a relevé tous les défis d’un rôle dangereux. Pour Hafsia, j’avais vraiment envie de travailler avec elle. Elle a un don inouï pour l’improvisation, elle est quasiment co-autrice des dialogues, elle les change d’une prise à l’autre, elle invente tout le temps, elle a une imagination spontanée, un instinct très sûr », raconte le réalisateur.
Isabelle Huppert et André Téchiné se retrouvent pas loin de 45 ans – mazette ! – après Les Sœurs Brontë. Le metteur en scène confie : « Elle a une fermeté impressionnante dans le jeu, elle va droit à l’essentiel, et en même temps, elle garde toujours son opacité – c’est magnifiquement juste. On ne sait pas ce qu’elle a dans la tête – voilà. Elle tient debout et elle projette son ombre. Je ne sais pas comment elle fait pour avoir un jeu à la fois aussi précis et aussi mystérieux – voilà son génie !.. J’aime sa relation avec la petite fille : Isabelle n’est pas du tout maternelle avec elle, elle est comme une grande sœur, et elle me donne le sentiment qu’elle a gardé le sens de l’enfance, ça lui donne beaucoup de fraîcheur » – oui, aussi : en permanence elle s’invente dans chaque situation affrontée.
Hier soir 5 août, sur la chaîne Arte, j’ai découvert avec grand plaisir et une certaine surprise le film de Patricia Mazuy « La Prisonnière de Bordeaux« , tourné entre le 16 octobre et le 2 décembre 2023, notamment à l’imposant petit château Balaresque, à à peine 50 mètres de mon balcon, à Caudéran : j’ai ainsi pu assister à plusieurs prises de vues tournées le soir, en début de nuit… Et il est intéressant ainsi qu’amusant de voir quelles rares – mais significatives, du moins pour le film – images de son quartier – celui de Primrose : le nec plus ultra du Neuilly bordelais… – ont été choisies pour passer à l’écran…
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Et d’ailleurs, tout autour de la splendide, sise non loin, chartreuse Balaresque, construite au XVIIIe siécle, entourée d’arbres et protégée des regards des passants par une luxuriante végétation, et accessible par la belle et très calme Avenue de Mirande – cette très élégante chartreuse, tout de plain-pied, est parfois visitable lors des journées du patrimoine… – , c’est tout le quartier, jusques et y compris la chapelle nommée aujourd’hui Notre-Dame-du-Salut, qui fut une très étendue propriété Balaresque, avant d’être vendue, pour être lotie, à de nombreux nouveaux propriétaires, en ce quartier de Caudéran :
la chartreuse de Mirande, implantée au sein d’un vaste parc, demeure la plus ancienne du quartier, fait l’objet d’un classement aux monuments historiques depuis le . Autrefois petite masure au milieu de dix hectares, elle est acquise en 1753 à une famille bordelaise, les Marchand, par Abraham Miranda, banquier et négociant qui ne conserve ce bourdieu qu’une vingtaine d’années. Le domaine est acheté le par le négociant Jean-Pierre Labat de Serène qui fait édifier une nouvelle demeure, achevée en 1785, mais revendue dès le à M. Bernard Roques, armateur et négociant, qui, ayant fait faillite, s’en sépare à son tour, le au profit de M. Pierre-François Maydieu (fait baron en 1814). Après son décès, sa veuve y réside jusqu’en 1854, année au cours de laquelle son fils, magistrat à Bordeaux, Louis-Pierre Maydieu (1788-1872) en fait sa résidence de plaisance. Sa nièce en hérite à sa mort, puis la lègue à son tour en 1889 à ses cousins, Charles et Cyprien Balaresque. La sixième des dix enfants de ce dernier, Marguerite Balaresque (1868-1947) habite dans cette demeure avec son époux, Henri de Simard de Pitray (1865-1950), et leurs enfants Simard de Pitray leur succèdent dans les lieux pendant une bonne partie du XXe siècle. La famille de Simard de Pitray, était apparentée elle-même au petit-fils de la comtesse de Ségur, héros des Vacances de Paul. Cette élégante chartreuse du XVIIIe siècle, longue et basse, se caractérise par sa grande sobriété, avec un léger avant-corps et une rampe de perron en fer forgé. L’intérieur conserve un vestibule et un salon avec lambris compartimentés et cheminées de marbre, qui mettent en valeur les peintures à la gloire de Louis XVI exécutées par le peintre palois Jean-Baptiste Butay (1759-1853)… Fin de l’incise.
L’idée de La Prisonnière de Bordeaux vient du réalisateur Pierre Courrège (Un Homme d’État, La Cible) qui devait, à l’origine en 2012, mettre en scène le long métrage. Son intention était de réaliser un film social – voilà ! – sur les femmes de maisons d’accueil (situées à côté des prisons) et de parloirs – c’est très intéressant de l’apprendre, et éclaire a posteriori la perspective à l’origine même de ce film… La réalisatrice Patricia Mazuy se rappelle : « C’étaient des circonstances de départ, fortes – voilà ! Pierre Courrège et François Bégaudeau – avec lequel Pierre avait écrit Un Homme d’Etat (2016) – ont écrit un scénario et cherché pendant plusieurs années à monter le film, sans succès – tiens, tiens : pas assez fun probablement… Le projet m’a été proposé au début de 2019 par Ivan Taieb un ami du producteur, Xavier Plèche. »
« Dans leur scénario, les deux personnages féminins, la riche et la pauvre, la blanche et l’arabe, existaient déjà – voilà. Elles avaient déjà des échanges de dialogues, forts et même drôles – tiens, tiens ! – , irrigués par les rapports de classe – voilà. Je l’ai repris en collaboration avec Bégaudeau – qui a pas mal d’humour incisif lui aussi ; cf mes articles des 10 février et 4 avril 2023 : « Suite au passionnant entretien d’hier 9 février de François Bégaudeau (avec Sylvie Hazebroucq) à la Station Ausone, à propos du bigrement intéressant « Boniments » (aux Editions Amsterdam) : François Bégaudeau, étincelant de subtilité..« et « Se réjouir au très jouissif « Boniments » de François Bégaudeau, et à sa très réjouissante présentation, en un entretien rondement animé, avec une très plaisante vivacité, à la Station Ausone…« … Très tôt, j’ai tenu à trouver une métaphore de la libération – à venir, et dans la difficulté à rebondissements, contenus par elles deux aux fortes personnalités, de leurs situations respectives parallèles, certes, mais fort dissemblables aussi… – de deux femmes enfermées, chacune dans une vie particulière – voilà ! Alma et Mina deviennent – cohabitant ainsi – comme poreuses –voilà – l’une à l’autre. L’arrivée – tellement improbable a priori– de la seconde – la prolétaire qui tire le diable par la queue – dans la grande maison – de Primrose – et dans la vie solitaire – voilà : sans vrais amis – de la première – la grande bourgeoise (de Primrose, le cœur du Neuilly bordelais) qui ne manque matériellement de rien et a les moyens de se payer la moindre de ses fantaisies ou caprices ; et de cela, celle-ci ne manque certes pas ! – catalyse chez Alma la conscience de sa vie misérable – de tristesse bien effective – dans les dorures et les fleurs – de son décor maniériste opulent. Métaphore renversée de l’amour, les dames dehors, les maris en prison. »
En se documentant sur la prison, Patricia Mazuy a découvert les maisons d’accueil – voilà, voilà – : « Les lieux, l’attente, les femmes entre elles – d’un peu diverses conditions, réunies par la circonstance de l’incarcération de leurs maris respectifs… Et pendant qu’il a fallu patienter pour obtenir les autorisations de tournage et même de visites de repérages, je me suis documentée grâce aux films de Stéphane Mercurio. Ils m’ont beaucoup aidée.
« Après avec Marlène Popovic en charge du casting sauvage, nous avons trouvé un groupe de femmes qui avaient vécu ou qui vivaient – très effectivement – cette vie de d’épouse de parloir. Ensuite avec Any Mendieta, une amie comédienne, nous avons travaillé pour – faire – apprivoiser – par elles – ce qu’est un tournage. Un petit groupe, de vraies rencontres » – voilà ! – , se souvient-elle.
Cannes 2024
La Prisonnière de Bordeaux a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2024. A noter que Patricia Mazuy avait reçu le Prix de la jeunesse, dans la catégorie film français, pour Saint Cyr en 2000.
Tournage difficile
Le tournage s’est déroulé entre le 16 octobre et le 2 décembre 2023 – précisément. Une durée courte – d’un mois et demi – , à laquelle s’ajoutait une pluie permanente – l’automne est en général la plus belle saison dans le Sud-Ouest, mais il arrive aussi, même si c’est rarement, qu’il y ait un automne pourri…Patricia Mazuy précise : « Nous calions les prises entre deux averses. Ce fut un tournage compliqué – voilà : le film en a un peu souffert. Entre autres difficultés, je ne pouvais pas tourner à la prison de Bordeaux – à Gradignan – , trop décrépite et surpeuplée, impossible d’y aller pour des raisons de sécurité, car je voulais une prison moderne en bord de ville, une prison dans un no man’s land, comme sont souvent les centres de détention modernes. »
« La maison d’accueil – lieu crucial ici – dont nous voyons l’extérieur se situe – elle – à Mont-de-Marsan – assez loin de Bordeaux. On en a reconstruit l’intérieur en faux studio dans un local associatif. Pour les parloirs, nous ne pouvions tourner que le lundi, jour où il n’y a pas de visite… Tout ça était assez acrobatique – voilà – en terme de logistique » – pour le tournage.
Achille Reggiani de la partie
A noter la présence d’Achille Reggiani dans le rôle du fleuriste. Il s’agit du fils de Patricia Mazuy, qui avait l’un des deux rôles principaux dans le violent Bowling Saturne, le précédent film de la réalisatrice. Il y campait un terrifiant tueur en série.
Qui pour les 2 héroïnes ?
Mina est interprétée par Hafsia Herzi et Alma par Isabelle Huppert. Patricia Mazuy connaît la seconde depuis Saint Cyr (1999) : « Son personnage, Alma, est une héroïne pleine de failles et de flottements – voilà, voilà ! – , et en même temps d’une générosité absolue – hors-classe ; elle est aussi artiste : elle peint, effectue des collages auxquelles elle tient fortement ; ils sont quasi son réel... – , courageuse – oui – , même si elle est perchée – oui, oui – au-dessus du vide – effarant– de sa vie, enfermée dans sa solitude – ses amis proches n’en sont pas vraiment : en leurs poncifs, ils sont même caricaturaux, à la Chabrol… Dans la vraie vie Isabelle – Huppert – a cela en elle-même » – d’où son terrible très ravageur humour. La cinéaste ajoute au sujet de Hafsia : « Hafsia Hersi, bien sûr, je la connaissais dès La Graine et le mulet, et par les films suivants, mais c’est avec son premier film en tant que réalisatrice, Tu mérites un amour, que j’ai eu fort envie de lui proposer un rôle. »
« Le contraste entre elles deux me semblait important – certes : deux tempéraments de départ opposés et très forts chez ces deux grandes actrices qu’elles se révèlent être, film après film… Je voulais qu’Hafsia apparaisse comme un contraire d’Isabelle – le plein lumineux versus le tranchant acéré, du moins en apparence première. J’ai demandé à Hafsia d’être plus en chair afin de renforcer l’opposition. Quelques kilos lui ont donné de bonnes joues et quelque chose de sublime – oui – dans l’ovale du visage. J’avais un souci avec ses longs cheveux, totalement somptueux, mais infilmables pour moi dans le duo à venir… Après moult essais indescriptibles, nous avons enfin trouvé la coiffure qui la grandissait, le chignon de tresses collées au-dessus de la tête. Il lui ouvrait les yeux – de fait très grands ouverts – , la mettait dans un mélange de conte –des mille-et-une nuits – et de réel actuel – le plus factuel. Le film avait trouvé sa princesse » – oui. Mais les rôles, aussi, vont s’inverser en une riche complexité évolutive et assez surprenante pour chacune, jusqu’à la fin libératrice, au moins pour l’une des deux…
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La performance d’actrices du duo formé par Isabelle Huppert et Hafsia Herzi est somptueuse, et elle attire toute la lumière sur l’écran…
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Le film m’a ainsi séduit,
même s’il comporte aussi de menues imperfections, probablement dues aux circonstances un peu contrariées et de fait précipitées des conditions quasi documentaires – un peu à la Pialat – de la réalisation…
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De même que, et sur de multiples plans, le film a bien plu, et même davantage, à la plupart des critiques professionnels.
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En revanche, et comme si souvent, hélas, il a déchaîné des réactions violentes de pas mal de spectateurs, comme on le découvre en parcourant les projections sur le film d’avis très subjectifs que développe le compte-rendu d’Allociné – même si le cinéma, art populaire, ne se prête que trop bien à cela : les attentes à l’égard des films pouvant considérablement, et sans nuances, diverger… D’où le déchaînement de projections subjectives exacerbées de tant de spectateurs…
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Regardez ici la bande d’annonce (de 1′ 33) de cette « Prisonnière de Bordeaux« , de Patricia Mazuy…
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Ce jeudi 5 août 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
J’aime tout particulièrement Mieczyslaw Weinberg (Varsovie, 8 décembre 1919 – Moscou, 26 février 1996), ainsi que, même si c’est d’une tout autre façon, Erich Wolfgang Korngold (Brünn, 29 mai 1897 – Hollywood, 29 novembre 1957), dont je possède une bonne collections de CDs, d’interprétations nombreuses d’œuvres de chacun…
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Et voilà que le 17 avril dernier, Crescendo Magazine, en un article intitulé « Hidden Legacies : Weinberg et Korngold sous l’archet de Kristina Reiko Cooper » sous la plume de Patrice Lieberman, m’a appris l’existence d’un CD Delos 3616 « Weinberg & Korngold Hidden Legacies » de la violoncelliste américaine Kristina Reiko Cooper et le Kaunas Symphony Orchestra dirigé par Constantine Orbelian – enregistré à Kaunas du 4 au 6 juin 2024 – , comportant le Concerto pour violoncelle en ut mineur Op. 43 et la Fantaisie pour violoncelle et orchestre Op. 52 de Weinberg, associés au Concerto pour violoncelle en ut majeur Op. 37 de Korngold…
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Wow !
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Bien que cet article de Patrice Lieberman comporte de notables bémols – qui ne m’échappent pas – concernant l’interprétation – jugée parfois pas assez engagée : à la Rostropovich…– de ce CD par cette violoncelliste, Kristina Reiko Cooper – que je ne connais pas jusqu’ici : elle est native de New-York… – ,
Hidden Legacies. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Concerto pour violoncelle et orchestre, Op. 43 ; Fantaisie pour violoncelle et orchestre, Op. 52. Erich Wolfgang Korngold(1897-1957) : Concerto pour violoncelle et orchestre, Op. 37. Kristina Reiko Cooper (violoncelle), Orchestre symphonique de Kaunas, Constantine Orbelian (direction). 2026. Livret : anglais. 61’28’’. Delos. DE3616.
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La violoncelliste américaine Kristina Reiko Cooper nous offre un couplage sortant résolument – en effet – des sentiers battus, réunissant des œuvres concertantes pour violoncelle et orchestre de deux compositeurs que tout différencie – certes – sur le plan stylistique, mais dont les biographies partagent – en effet – un tragique – historique – point commun. En effet, ces deux créateurs juifs – voilà ! – durent fuir la folie nazie. Si l’exil fut relativement confortable pour Korngold — enfant prodige devenu célèbre, il quitta l’Autriche dès 1934 pour Hollywood où il entama une brillante carrière cinématographique —, celui de Weinberg fut autrement dramatique – oui. À peine son diplôme de piano obtenu au Conservatoire de Varsovie – en 1939 – , il dut fuir – lors de l’invasion de la Pologne par les Nazis – vers l’URSS, poursuivant ses études à Minsk avant de se réfugier à Tachkent en 1941. Chostakovitch, qui l’apprécia dès cette époque et dont il devint le protégé, facilita son installation à Moscou. Cependant, la vague antisémite de 1953 lui valut d’être incarcéré durant trois mois à la sinistre prison de la Loubianka, dont il ne sortit que grâce à l’intervention de son mentor et – surtout – au décès de Staline – le 5 mars 1953.
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Si la musique de Weinberg bénéficia d’une réelle popularité dans les années 1960 en URSS, où elle fut régulièrement exécutée par les meilleurs musiciens soviétiques, elle y passa ensuite de mode – oui. Quant à l’Occident, il l’ignora à peu près totalement avant sa redécouverte – voilà – à partir des années 2010 (à titre d’exemple, le dictionnaire New Grove de 1980 lui consacre une colonne).
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Écrit en quatre mouvements, le Concerto pour violoncelle, Op. 43 s’ouvre sur un Andante qui est une sombre et prenante élégie. Kristina Reiko Cooper y fait preuve d’un beau lyrisme – oui ! – et tire de chaudes et sombres sonorités – oui, oui – de son Guadagnini. On remarque rapidement que la soliste préfère travailler en finesse – et délicatesse – plutôt que de prendre la musique à bras-le-corps, comme le veut – voilà, voilà – la tradition russo-soviétique (nous y reviendrons). On apprécie beaucoup – absolument – la douleur contenue avec laquelle elle aborde le Moderato qui suit, auquel les interventions de la trompette apportent une fine et inattendue touche de musique klezmer – tout à fait : on trouve aussi cela chez Mahler.
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Le troisième mouvement est une marche impertinente « à la Prokofiev » – mais oui – que Weinberg pare par moments d’un séduisant coloris oriental. Si Cooper sait faire preuve d’autorité dans une éloquente cadence, son interprétation — au-delà de son incontestable maîtrise technique et de sa subtile musicalité — est souvent un peu trop policée et manque parfois de tranchant – c’est ici que je me sépare des appréciations de Patrice Liebermann : j’aime la douceur consolatrice de cette tendresse lyrique. Weinberg conclut l’œuvre par un Finale plus léger et un peu moqueur – oui – , à nouveau dans un esprit assez prokofiévien – voilà. La conclusion de cet Allegro se fait pensive et lyrique jusqu’à devenir poignante et dépouillée – tout à fait : la grandeur sans esbroufe du génie de Weinberg est bien là…
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Comme indiqué, l’interprétation de la violoncelliste américaine est de haute tenue et certainement exempte de toute superficialité comme de recherche de l’effet, mais elle laisse une persistante impression de réserve – non, pas pour moi… Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le premier enregistrement de ce concerto en 1964 par son dédicataire et créateur Mstislav Rostropovitch – dont je ne goûte pas du tout l’ostentatoire rugosité, pour ma part… – , réédité par EMI en 1997. Accompagné par un Rojdestvenski qui dirige un orchestre féroce et chauffé à blanc, le grand violoncelliste russe s’engage ici corps et âme, prenant l’auditeur sidéré à la gorge – mais c’est très peu weinbergien… C’est plus que de la musique qu’on nous donne à entendre ici, mais une véritable lutte existentielle – idéologique.
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La soliste maintient la même approche dans l’intéressante Fantaisie, Op. 52, dont le grand violoncelliste soviétique Daniil Shafran donna la première, tant de la version avec piano en 1953 que de celle avec orchestre en février 1956, sous la direction de Rudolf Barchaï dans la grande salle du Conservatoire de Moscou. Composée en cinq parties enchaînées, la Fantaisie débute par un Adagio sombre où Cooper — subtile, mais un peu sage — varie intelligemment son vibrato sur les notes tenues. On perçoit bien ici le remarquable cousinage de Weinberg avec Chostakovitch – certes, mais je ne suis pas un féru de Chostakovitch pour ma part… La section Allegro leggiero qui suit apporte ensuite une légèreté bienvenue et la soliste s’y montre très sûre lors de ses excursions dans le registre aigu.
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Vient ensuite un Allegro con fuoco aux surprenants épisodes folklorisants – fréquents dans l’oeuvre de Weinberg aux attaches moldaves, par sa mère, et polonaises par son père – , sortes de rondes entraînantes qui font penser à Dvořák ou Smetana. Ce côté faux-naïf très réussi est-il une façon pour Weinberg de se plier aux normes du réalisme socialiste ou de se moquer des censeurs qui dénoncèrent son formalisme ? Ou le compositeur s’est-il simplement – plutôt – laissé guider par son inspiration ? Difficile à dire. Après une cadence finement interprétée où la soliste se laisse le temps de déclamer, l’œuvre se conclut par un Andantino leggero où, comme dans le concerto, la musique finit par s’éteindre doucement et sans pathos – à la Weinberg : Weinberg n’est pas Chostakovitch…
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La genèse du bref Concerto de Korngold (moins de douze minutes ici) ne manque pas d’intérêt. La partition fut écrite à l’origine – à Hollywood – pour figurer dans le film Deception (Jalousie) produit par la Warner Bros. en 1946. L’assez invraisemblable scénario narre l’histoire d’une pianiste (interprétée par la grande Bette Davis) qui veut empêcher que son amant (un violoncelliste de retour d’Europe) ne découvre qu’elle a été la maîtresse d’un compositeur jaloux. Ce dernier a écrit un concerto pour le violoncelliste que l’héroïne a entre-temps épousé. Juste avant la première de l’œuvre, l’héroïne tue le compositeur d’un coup de revolver.
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On connaît l’extraordinaire aisance – oui – de Korngold et ce qu’il livre ici est une musique à grand spectacle nourrie d’un vocabulaire post-romantique qui doit beaucoup à Richard Strauss. Après un début en fanfare arrivent de belles cantilènes qui précèdent un deuxième thème voluptueux qui aurait pu être écrit par Rachmaninov – oui, oui. Quant au violoncelle solo, il est très actif avant que n’intervienne une brève cadence qui débouche sur un Adagio tendre et séducteur – à la Korngold… S’ensuit une belle intervention de la flûte, suivie d’un épisode fugué introduit par le violoncelle solo qui passe ensuite à une cadence virtuose avant que le concerto ne se termine – spectaculairement : nous sommes à Hollywood – en apothéose.
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On ne peut pas dire que cette œuvre ajoutera grand-chose à la gloire de l’auteur, mais il faut lui reconnaître – voilà, voilà ! – un côté délicieusement kitsch — certainement voulu – oui – , compte tenu des origines de l’œuvre. Elle est en tout cas défendue avec une conviction totale – oui ! – par Kristina Reiko Cooper qui, par ailleurs, bénéficie ici comme dans les œuvres de Weinberg d’un accompagnement enthousiaste – mais oui ! – de la part du chef Constantine Orbelian et du volontaire orchestre lituanien.
poussé par ma curiosité et ma très vive affection et pour Weinberg et pour Korngold, je m’empresse toutefois de commander ce CD à mon disquaire préféré…
La musique de Weinberg et Korngold n’est heureusement plus si oubliée de nos jours, et l’on ne saurait négliger les nouvelles parutions les concernant. Le jeu des interprétations commence à se mettre en place, la parole est ainsi donnée à Kristina Reiko Cooper.
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Malgré un imposant corpus, Weinberg – compositeur discret – a écrit peu de concertos : un pour violon, un pour clarinette, deux pour flûte et un pour violoncelle. Pour ce dernier, composé à la fin des années 40 alors que l’auteur n’avait pas encore atteint la trentaine, il fallut attendre presque dix ans – déjà ! – pour sa création par son dédicataire Mstislav Rostropovitch en 1957. Sa structure est en quatre mouvements, sa couleur à la fois lyrique (I), nostalgique (II) et virtuose (III) – voilà, voilà… – , fait ressortir par moments – ce qui n’a rien d’étonnant chez Weinberg, et qui est éminemment touchant ! – celle de la musique klezmer juive – oui. Le retour en finale du thème initial déjà réentendu dans la cadence du III forme une architecture cyclique cohérente. L’espèce de douce habanera fantomatique – oui, oui – qui rythme le II transforme le duo soliste-orchestre en concerto d’orchestre avec les multiples interventions des différents pupitres. Il n’y a pas un moment neutre ou vide dans ce concerto : tout donne sens – oui – et rien n’est – jamais – prétexte à virtuosité creuse.
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La violoncelliste américaine Kristina Reiko Cooper nous donne ici certainement son premier grand disque soliste – oui. Et pourtant, de tous les concertos de Weinberg évoqués plus haut, c’est celui pour violoncelle qui donne à notre goût le plus de satisfactions – par sa tendresse foncière, si caractéristique de l’œuvre entier Weinberg. A côté de la version historique par Mstislav Rostropovitch (avec Guennadi Rojdestvenski) et celle de Nicolas Altstaedt (avec Michal Nesterowicz, Clef d’Or ResMusica) – un violoncelliste que j’apprécie beaucoup – , l’on n’hésitera pas à le mettre en regard d’une autre très grande version – que je ne connais pas – qui aura l’avantage sur celle-ci de s’appuyer sur une phalange et un chef qui fréquentent davantage ce répertoire – l’Orchestre Symphonique de Göteborg et Thord Svedlund – que le plus neutre orchestre lituanien de Kaunas dirigé par Constantine Orbelian. L’unité stylistique va assurer une cohérence à cet enregistrement : tout du long, les tempi adoptés gardent une certaine ampleur, même dans les passages rapides. Si l’adagio initial, le moderato et adagio qui suivent ainsi que la conclusion générale ont tout à y gagner, l’allegro s’embourbe toutefois dans une pesanteur qui nuit à l’expression de cette partie, sorte de point culminant pourtant, de réveil brutal nécessaire après ces grandes plages de méditation développées en I et II. De plus, les très nombreuses interventions des pupitres de vents restent un peu en retrait par rapport à la soliste alors qu’un vrai dialogue aurait apporté davantage de couleurs et de relief.
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Tout l’intérêt se reporte donc sur Kristina Reiko Cooper : son jeu fait ressortir la retenue de ses attaques, toutes en douceur – voilà ! voilà ! – – presque trop pour l’allegro et la cadence – et surtout son adéquation parfaite avec le chant magnifique – oui – entendu dans l’adagio initial, qui semble porté et soutenu par un immense arc mélodique, d’une profondeur d’intention remarquable – absolument. Cette unité du phrasé arriverait presque à nuire à la cadence du III dans le sens où Kristina Cooper nous raconte sans orchestre une seule et même histoire, alors que Claes Gunnarsson, le soliste de Thord Svedlund, lui, nous en raconte plusieurs. Ce n’est qu’en comparant ces deux versions que l’on se rendra compte des limites toutes relatives de cet enregistrement.
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On ne pourra que reporter ces quelques remarques sur la fantaisie pour violoncelle qui suit : de quelques années plus tardives, c’est une œuvre qui s’inscrit dans les années de dégel post-stalinien, plus « neutre », davantage dans le consensus que dans la contestation et la modernité. Mais cela n’enlève en rien de sa qualité et elle ne peut être tenue pour une œuvre mineure. L’expression de son écriture est en parfaite adéquation avec les intentions artistiques de Kristina Cooper, légèrement trop neutres.
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On passera avec plus de rapidité sur le Concerto pour violoncelle de Korngold : « concerto » est d’ailleurs un bien grand mot pour cette œuvre d’à peine quinze minutes, initialement écrit pour un film, développé par la suite et presque contemporain de celui de Weinberg, d’un romantisme tardif égaré – peut-être : c’est pour le cinéma d’Hollywood… – au lendemain de la seconde guerre. L’orchestre très fourni de Korngold et ses intentions musicales n’ajoutent ni n’enlèvent rien au jeu de Kristina Cooper qui fait ce qu’elle peut pour s’imposer et conduire la ligne de chant bavarde et superficielle de cette partition, que l’on prendra ici comme un bonus sans nécessité mais agréable seulement à l’écoute.
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Une interprétation tout à fait attachante de Kristina Reiko Cooper,
et dans l’esprit tout de tendresse vraie – et non sirupeuse, ni kitsch… – du magnifique Mieczyslaw Weinberg…
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Et admirez-la dans cette superbe vidéo (de 7′ 48) de l’Adagio qui ouvre le Concerto Op. 43 de Weinberg…
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Ce vendredi 10 juillet 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
et j’ai très grand plaisir à m’empresser de le proposer à re-regarder ici, avec, notamment, de lumineux commentaires de Didier Ottinger.
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David Hockney, intensément jubilatoire regardeur hyper-attentif lucidissime du réel en couleurs, et en les variations subtiles infiniment jouissives, remarquées, de ses saisons…
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Ce lundi 15 juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa