Catégorie : Cinéma

  • La très puissante intervention de François Devaux lors de la remise par Jean-Marc Sauvé, président de la CIASE, du rapport de la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels de l’Eglise catholique, ce 5 octobre 2021

    L’événement marquant que constitue la remise du rapport Sauvé _ Jean-Marc Sauvé étant le Présidentdent de la CIASE, la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels de l’Eglise catholique _, ce 5 octobre 2021,

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    a offert la possibilité à François Devaux,

    l’un des trois co-fondateurs, avec Alexandre Hazez et Bertrand Virieux, de l’Association « La Parole libérée« , créée le 17 septembre 2015, et auto-dissoute le 26 mars 2021,

    d’exprimer une très ferme et puissante prise de position, à l’égard de l’Église, eu égard aux faiblesses _ persistantes _ de cette institution face aux crimes et délits pédosexuels dont les procès du père Preynat _ ou, secondairement, de Monseigneur Barbarin _ ont manifesté la stupéfiante gravité…

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    Cf le très fort passage de 15 minutes environ de l’intervention de François Devaux, entre 12’50 et 26’42 de la vidéo…

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    J’avais personnellement principalement pris connaissance, avec retard, de ces faits, et des témoignages bouleversants _ cf ceux rassemblés par l’Association La Parole libérée ; ainsi que le livre-blanc des violences sexuelles sur mineurs : « Marianne, n’entends-tu pas tes enfants pleurer ?« … _ que ceux-ci, bien plus tard, avaient fini par susciter, lors de mes visions, en janvier 2020, du DVD du puissant excellent film de François Ozon, « Grâce à Dieu« , sorti sur les écrans en 2018 :

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    cf mes deux articles (rapides) des 13 et 14 janvier 2020 :  et  …

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    Sur l’importance de l’Association « La Parole libérée« ,

    cf aussi ce bel article de La Vie, en date du 8 janvier 2020, et sous la plume de Sophie Lebrun :

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    Protection des mineurs : Ce qu’a changé la Parole libérée

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    L’association de victimes agressées sexuellement par des clercs, créée en 2015, a permis aux victimes de l’ancien prêtre Bernard Preynat de se faire connaître et entendre. Elle a aussi toujours cherché à élargir son action.
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    Sophie Lebrun
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    Publié le 08/01/2020 à 00h00 I Mis à jour le 09/01/2020 à 11h48

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    Bruno Ansellem / Divergence

    Bruno Ansellem / Divergence • BRUNO ANSELLEM / DIVERGENCE

    _ ici, une photo de Pierre-Emmanuel Germain-Thil, Alexandre Hezez et François Devaux… 

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    En décembre 2015, trois hommes _ Alexandre Hezez, François Devaux et Bertrand Virieux _ créent la Parole libérée. L’objectif de cette association était alors de rassembler les victimes de leur ancien chef scout, le prêtre lyonnais Bernard Preynat. Alexandre Hezez, François Devaux, Bertrand Virieux, vite rejoints par Pierre-Emmanuel Germain-Tilh et bien d’autres _ dont, par exemple, Laurent Duverger, dont le très fort témoignage vidéocasté (de 8′), au Centre Pompidou, est, en sa sobriété parfaitement maîtrisée, terrible, et proprement bouleversant… Ces quadragénaires se sont alors avancés devant les caméras, déterminés et calmes _ oui.

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    À visage découvert, ils ont planté leur regard droit dans les yeux des téléspectateurs et ont raconté sans crainte le traumatisme de leur agression sexuelle subie quand ils étaient enfants. Cette médiatisation, couplée à une utilisation d’Internet pour être accessible à tous et à tout moment, a créé une véritable déflagration _ oui _ dans les milieux catholiques et au-delà. La Parole libérée, en quatre ans d’existence _ un peu plus, in fine : du 17 septembre 2015 au 26 mars 2021, à son auto-dissolution _, a entraîné des centaines de personnes à porter leur témoignage devant les médias, mais aussi devant les tribunaux et sur le bureau des évêques. Dépassant les parvis, elle a réussi à interpeler l’opinion publique _ oui _, déjà sensibilisée par une large libération de la parole.

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    Force est de constater que c’est grâce à cette pression _ en effet _ que l’Église catholique a, finalement, agi _ mais encore très insuffisamment ; bien des esquives ayant continué de se produire et réitérer… Plusieurs évêques _ mais pas tous : l’institution a ses courants divers… _ reconnaissent les effets positifs de cette mobilisation : « Le travail que vous avez fait a permis, et permet encore, que des victimes prennent la parole », déclarait sans détour Luc Crepy, évêque en charge de la Cellule de lutte contre la pédophilie au sein de la CEF, à La Vie lors d’un entretien croisé avec Alexandre Hezez en 2018. « Avec la Parole libérée, une belle étape de vérité a été faite », ajoutait-il. Même l’évêque auxiliaire de Lyon, Emmanuel Gobilliard, a remercié l’association : « Merci à Alexandre d’avoir été le premier à porter plainte. Merci à Alexandre et François d’avoir permis à certains de revivre. Libérer la parole nous a fait revivre, a-t-il lancé le dernier jour du procès mettant en cause le cardinal Barbarin, le 10 janvier 2019. Merci d’avoir permis que le procès de Preynat ait lieu […]. Merci d’avoir secoué l’Église. »

     

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    Pourtant, le ton adopté par la Parole libérée n’a pas manqué de virulence, avec une « méthode punchy » voire « borderline » assumée _ effectivement : aujourd’hui encore… _ par son président François Devaux. « Il a fallu qu’ils montrent leur rage, leur colère pour que les lignes bougent, souligne un des organisateurs du Congrès Mission, engagé dans l’Église depuis de nombreuses années. Dans leurs prises de parole, j’ai vu des hommes écorchés vifs, blessés par une Église qui s’est révélée pour eux être un monstre administratif froid avec une novlangue compassionnelle pour protéger son image » _ voilà… S’il regrette que le cardinal Philippe Barbarin ait été une « cible prenant pour tous les autres responsables ecclésiaux, dont certains, aujourd’hui, peuvent encore agir de manière légère sur ce sujet tellement crucial », il reconnaît que pour être « lanceur d’alerte », « il a fallu une prise de risque majeure ».

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    Philippe Lefebvre, prêtre dominicain, a été un de ces « lanceurs d’alerte » sur les abus dans l’Église pendant de longues années, sans être entendu : « Le caractère indépendant de cette association a permis de sortir d’un entre-soi ecclésial, entraînant de nombreuses évolutions. » À ses yeux, si la Commission d’enquête sur les abus dans l’Église a été lancée et est financée par les évêques de France, elle est une « suite » _ oui _ au travail de l’association de victimes. « J’ai été auditionné par cette commission. C’est la première fois que quelqu’un mandaté par l’Église m’a écouté », confie-t-il, ému.

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    Pour Stéphane Joulain, prêtre psychiatre engagé dans l’accompagnement des victimes et des auteurs d’agression dans l’Église depuis plus de 20 ans, « l’association a donné un visage _ oui _ à la dimension systémique _ institutionnelle _ de ce drame ». Cela a suscité la création d’autres associations tout en nourrissant les initiatives déjà existantes, comme le groupe « Comme une mère aimante », né à Versailles, qui rassemble des mères de familles voulant soutenir des victimes d’abus. « Depuis, un réseau entre nous se tisse peu à peu, on se sent moins seuls », confie sa présidente Camille de Metz-Noblat. Quant à la Parole libérée, elle vient de réaliser _ l’article est en date du 8 janvier 2020 _ une levée de fonds de 35.000 euros pour faire évoluer son action alors qu’arrive la fin des procédures judiciaires qu’elle a portées jusque-là. Projet en construction : la création d’un observatoire national afin d’établir des chiffres sur le fléau des violences sexuelles sur mineurs, _ encore _ très peu documentés aujourd’hui.

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    Le travail engagé par la Parole libérée n’est donc pas encore achevé _ en effet.

    Et on comprend fort bien la virulence _ contenue, mais vibrante _ à la tribune du très remarquable infatigable François Devaux, ce jour, pour la remise du rapport de la CIASE, par le Président de celle-ci, François Sauvé.

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    François Devaux précisant que ces 15 minutes d’intervention à la tribune lui ont été très aimablement cédées par Antoine Garapon _ que nous avons reçu à la Société de Philosophie de Bordeaux…

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    Un dossier volcanique…

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    Ce mardi 5 octobre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Mikis Theodorakis, 1925 – 2021 : une vie et une oeuvre…

    La nouvelle du décès, ce jour, de Mikis Theodorakis (Chios, 29 juillet 1925 – Athènes, 2 septembre 2021),

    soulève pas mal de souvenirs,

    en commençant par les musiques des films Zorba le Grec (de Michael Cacoyannis, en 1964) et Z (de Costa-Gavras, en 1969).

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    Une vie _ de 96 années _ bien remplie,

    et des œuvres qui nous ont touché.

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    Ce jeudi 2 septembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A propos de la pandémie du trash : à Cannes aussi, la contagion bien-pensante des perversions du nihilisme chic sadomasochiste…

    L’attribution, hier soir, de la Palme d’or du Festival de Cannes 2021 au sinistre film trash Titane,

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    me rappelle une triste remarque, en note, de mon article du 26 novembre 2010 Dialogue sur le penser des Arts : lire le « Philosophie de l’art » de Fabienne Brugère et Julia Peker, ou comment apprendre des avènements progressifs des Arts, aujourd’hui :

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    « pour ma part, je résiste tout de même quelque peu, comme cela peut se soupçonner discrètement à l’audition de notre conversation, à la coloration quasi trash de ce penchant (surtout quand on l’applique aux Arts), dans lequel, et toujours pour mon humble part, je verrais comme les vestiges d’une sorte d’imprégnation, même up to date (ainsi appliquée aux Arts _ ou à la Culture, sinon à la Civilisation ! _, tout spécialement : vers un trash chic !!!) du masochisme nihiliste (mortifère !) contemporain, contre lequel Nietzsche, en son Zarathoustra (un livre pour tous et pour personne, le sous-titrait-il, plus que jamais intempestivement actuel !!!), par exemple,

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    contre lequel Nietzsche

    appelait à un vigoureux sursaut

    (de vie !) :

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    « Encore un siècle de lecteurs, et l’esprit va se mettre à puer« , diagnostiquait-il en sa lucidité magnifique !

    en un chapitre capitalissime de ce Zarathoustra : « Lire et écrire« …

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    On aperçoit alors où peut mener la dérive hors de l’enthousiasme du « spectateur« dé-passionné !..« …

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    Il est vrai que le cinéma est de plus en plus exclusivement une industrie et un commerce,

    qui formate des produits à destination de publics payants préalablement ciblés et calculés…

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    Ce dimanche 18 juillet 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Penser la théorie du ruissellement avec Martin Morend regardant Parasite, le film de Bong Joon-ho…

    Hier soir, sur Arte,

    j’ai découvert le film Parasite, de Bong Joon-ho,

    palme d’Or au Festival de Cannes en 2019…

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    Impression de revivre _ un peu _ certaines situations de films particulièrement marquants,

    tels Théorème, de Pier-Paolo Pasolini (en 1968),

    The Servant, de Joseph Losey (en 1963),

    ou certains films de Claude Chabrol, comme La Cérémonie (en 1995)…

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    En cherchant un peu parmi les critiques accessibles de ce film coréen de 2019,

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    je suis tombé _ enfin ! _ sur un très bon article _ publié par Le Temps le 28 octobre 2019, en un blog intitulé Penser le cinéma… _ intitulé Parasite (Bong Joon-ho, 2019): du ruissellement au déluge, du philosophe Martin Morend

    _ un article dont l’excellent sous-titre est l’altérité refoulée…

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    Parasite (Bong Joon-ho, 2019): du ruissellement au déluge

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    Parasite a peut-être trop fait parler _ sans assez réfléchir _ de lui. A Locarno cette année, avant la projection de son film, la première recommandation de Bong Joon-ho _ au public _ fut de _ bien vouloir _ « tout oublier » de ce que l’on avait écrit à son sujet. Après l’exigence de « ne rien dire » pour éviter le spoiler, il s’est sans doute rendu compte que les diatribes pouvaient tout aussi gâcher et déformer l’expérience esthétique : on finit par aller voir un film armé d’attentes irréalisables puisque disproportionnées. On espère l’impossible et l’on est déçu _ ce qui n’est pas mon cas, ignorant que je suis de tout l’oeuvre cinématographique de Bong Joon-ho…

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    Parasite est un excellent film, je ne veux pas revenir là-dessus en réécrivant un nouvel éloge. Ce que j’aimerais faire ici, c’est vous proposer une analyse _ merci ! _ de ce film qui cache beaucoup sous sa nonchalante simplicité. Je n’éviterai donc pas de dévoiler la fin du film, que celui qui ne l’a pas vu en soit averti.

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    Le pauvre comme parasite

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    Une société verticale et hermétique

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    Dans un interview au Hollywood reporter, Bong Joon-ho confesse avoir toujours eu le désir de faire un film ayant pour thème les inégalités sociales. Selon lui, en Corée du Sud riches et pauvres vivent complétement séparés les uns des autres : la société cloisonne et tient hermétiquement fermé ces deux mondes parallèles. Il en va de même en Suisse et dans n’importe quel pays riche.
    Au sein de sociétés aussi polarisées qu’aberrantes, il est donc effectivement prometteur – narrativement parlant – de faire confluer ces deux catégories abstraites, ces pôles quasi-électriques, pour voir ce que cela donne, un peu comme une fascinante et dangereuse expérience de chimie, mais faite par un cancre aussi critique qu’ironique.

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    Dans Parasite, l’opposition des classes est symbolisée par M. Park (le très riche) qui vit tranquillement sur les hauteurs dans une villa d’architecte, et Geun-sae (le très pauvre) _ d’abord et un long moment invisible, caché qu’il est, terré, dans le sous-sol de la villa _ qui, lourdement endetté, n’a pas d’autre choix que de vivre caché, terré dans le sous-sol de cette même villa. Cette opposition est marquée spatialement et visuellement selon un axe vertical : plus le pauvre est pauvre, plus, immanquablement, il s’enfonce dans le sol : l’entresol pour la famille Kim, et le sous-sol pour Geun-sae _ oui. A l’inverse, l’enrichissement s’exprime par une prise de hauteur toujours plus grande : M. Park vit sur sa colline comme sur le mont Olympe.

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    Cette configuration topologique n’est pas nouvelle, elle a un vénérable précédent dans le cinéma asiatique : Entre le ciel et l’enfer (1963). Dans ce film, Akira Kurosawa recourrait au même procédé : M. Gondo (Toshiro Mifune), un riche industriel vit sur une colline assez semblable à celle de Parasite, dans une villa qui nargue la dense ville de Yokohama. Tandis que le kidnappeur, qui cherche à extorquer ce dernier, vit dans un taudis surchauffé l’été, glacé l’hiver, invivable et inhumain dans les bas-fonds d’un quartier défavorisé. Cet état de fait est somme toute réaliste : tous les « …hills » du monde sont bien souvent truffées de villas paradisiaques à partir desquelles il est possible de contempler le reste de la ville, dense, étouffante, là, en contre-bas. Aussi n’est-il pas étonnant de voir le cinéma s’approprier ce fait pour en faire le signifiant même des disparités économiques.

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    Le riche comme divinité

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    Dans Parasite, l’opposition riche-pauvre n’est plus vraiment réaliste (comme dans Entre le ciel et l’enfer), mais plutôt mythologique. M. Park n’est plus un riche parmi d’autres à l’instar de Gondo : il vit dans les cieux, il est un Soleil qui engendre et maintient la vie sans s’en apercevoir ; il est l’Un des métaphysiciens antiques, un Dieu qui déborde, « surabonde », jusqu’à donner la vie sans y prêter attention. Il est calme, serein, tranquille et posé comme un Bodhisattva ou une icône russe. Geun-sae, lui, est un être souterrain, un fantôme qui vit dans les tréfonds obscurs d’un sous-sol oublié. Sa conscience et son estime de soi ont complétement disparu : toute son activité s’est muée en une célébration perpétuelle et délirante de la bienfaisance imaginaire de Park perçu comme un Dieu (il va jusqu’à bâtir un autel avec des icônes de Park, autel qui en rappelle un autre, celui du living room). Cette idée d’un couple Dieu ignorant/créature célébrante est explicitement mise en scène lors de la scène finale (fig.1-2). Le « parasite » du titre semble donc faire référence au pauvre qui vit grâce au riche.

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    Renversement : théorie du ruissellement et théorie du déluge

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    Un ressort comique…

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    Bong Joon-ho en rendant la relation riche-pauvre mythologique peut faire plusieurs choses intéressantes. D’abord et surtout, provoquer un effet comique[1] : Park n’est qu’un riche suffisant et non un principe divin ; Geun-sae est simplement un pauvre endetté et non un parasite. La « lumière » du riche est assimilée par Bong Joon-ho à sa transparence, à son manque de rugosité, à sa platitude provoquée par l’excès d’argent ; le riche étant un « homme repassé » (comme le prétend la mère Kim). Le riche, par sa richesse, peut s’isoler du monde et vivre une vie toujours plus semblable à elle-même, une vie qui va s’appauvrissant au risque de devenir comme le film le suggère « simplette[2] » (épithète utilisé par le camarade du fils Kim pour qualifier la femme de M. Park). Cette simplicité se cultive par le refoulement de tout ce qui lui est étranger :  la pauvreté, la sexualité, la maladie, la drogue (causes pour lesquelles, sans leur avouer, ils licencient leurs domestiques sans s’inquiéter outre mesure de ce qu’il leur adviendra). Le licenciement et le réseautage sont leurs moyens privilégiés afin de maintenir leur monde homogène. La famille Kim, elle, en revanche, se qualifie par une lucidité parfaite, une maitrise de l’illusion sans défaut qui leur permet de manipuler les Park comme ils l’entendent jusqu’à en éprouver des remords…

    Donc, non pas un Dieu et une « créature », mais un simplet et un fou, au milieu desquels se tiennent les Kim.

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    … et une critique politique

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    Mais ce n’est pas tout. A l’aspect purement comique s’ajoute un aspect redoutablement politique. La surabondance divine trouve un corrélat économique dans la fameuse « théorie du ruissellement » selon laquelle, grossièrement, en laissant les riches être de plus en plus riches, leurs richesses finiront bien par « nourrir » les pauvres (notamment par la création d’emplois, pensons à la famille Kim qui parait en bénéficier). Bref, le riche est, et le pauvre peut être grâce à lui. Cette théorie, elle, n’a rien de mythologique, c’est elle qui organise bon nombre de nos sociétés. Mais quel est le rapport avec Parasite ? Le ruissellement divin (et économique) dont croit bénéficier Geun-sae est, comme nous l’avons montré, une pure illusion, un délire. Le seul « ruissellement » que nous montre le film finit par provoquer une inondation dévastatrice qui se termine par une explosion de violence. Dans Parasite, la théorie économique du ruissellement semble laisser place à une théorie inversée, ironique que nous pourrions nommer théorie du déluge. Expliquons.

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    La théorie du ruissellement fantasme une cohabitation harmonieuse entre riches et pauvres, si tant est que les premiers pourvoient les seconds en emplois, et qu’ils vivent séparés les uns des autres, hermétiquement. Cette théorie du déluge que nous supposons, elle, prend acte de l’impossibilité d’une telle coexistence, et pressent même le conflit à venir, la rupture colapsologique. Le film exprime clairement cette idée : lorsque l’orage se met à gronder, lorsque le déluge commence, la comédie verse dans l’horreur (des images fluviales et aquatiques fortes se succèdent : le débordement de la rivière, l’inondation de la basse-ville, l’eau qui bout). La comédie qui définissait la première partie du film était enracinée dans l’idée d’une cohabitation possible, le spectateur s’amusait de cette possibilité saugrenue et bon enfant que les deux familles, les Park et les Kim, finissaient par vivre ensemble harmonieusement au sein d’un parasitisme socialement « réussi ».

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    Bong Joon-ho a très savamment et délibérément pris le parti, non pas d’unir, mais de dédoubler la famille pauvre des Kim (significativement, le premier titre envisagé était Decalcomania). Il aurait pu poursuivre dans la comédie en multipliant les scènes où les Kim lutteraient pour masquer leur imposture, et le tout finirait néanmoins par le mariage heureux du jeune Kim et de la jeune Park. Ce faisant, Bong Joon-ho aurait fait passer le message « ruisselant » selon lequel les pauvres peuvent être riches, et, qu’après tout, ils peuvent même vivre ensemble. Mais tel ne fut pas son choix. Plutôt que l’assimilation, il propose le conflit par le redoublement de la pauvreté qui finit par lutter contre elle-même, par s’entredéchirer _ voilà. Cette lutte, nécessairement, s’étendra jusqu’à M. Park qui sera brutalement assassiné.

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    Ainsi, au « comique » angélisme économique, à la pensée philosophique du « tout ira bien », Bong Joon-ho propose une version cinématographique horrifique de ce qui nous attend peut-être dans les décennies à venir _ voilà… Il prend acte que les emplois sont précaires, asphyxiants, dégradants, la rivalité meurtrière et le sentiment de d’injustice toujours croissants. A croire _ s’illusionner _ que tout ira bien, l’humanité finira dans l’horreur.

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    Dans le film d’Akira Kurosawa, le riche « gagne », et le coupable miséreux est condamné à mort. Le film, politiquement, s’est contenté de nous sensibiliser au pourquoi du crime, à sa généalogie, à ses origines dans la chaleur et la misère. Le criminel, bien qu’en partie excusé, reste un individu que la police – dans le film, infaillible – peut isoler et combattre avec succès. Bong Joon-ho propose un « message » différent : c’est le riche en tant que classe sociale qui est mis à mort, exécuté par un pauvre qui ne semble plus être maître de lui-même. Dans Entre le ciel et l’enfer, la balance penchait vers un riche finalement édifié, dans Parasite elle penche vers un pauvre déboussolé qui comprend à peine son acte.

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    Le riche comme parasite

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    L’idée de la surabondance quasi divine de Park nous a orienté vers l’idée de la théorie économique du ruissellement. Dans cette optique, le pauvre était le parasite. Bong Joon-ho, en mettant en scène une théorie du déluge, finit par proposer une mythologie elle-même inversée : le riche comme enfant inconscient qui vit aux dépens du pauvre.

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    Sur l’image (fig.3), le « gâteau » des richesses est dévoré impudemment par le fils Park en pleine nuit. Nous sommes passés de la personnalité solaire de Park père, pourvoyeuse de vie (et d’emplois !) à la gloutonnerie nocturne de son enfant soudainement confronté à un fantôme (fig.4-5). L’image est claire et peut être interprétée ainsi : le riche est incapable de penser l’existence du pauvre, car cela lui est simplement intolérable. Il n’est pas possible de trouver une justification convaincante, la seule attitude possible n’est pas une défense argumentée, mais la négation pure et simple du « qui » d’où provient toutes les richesses. Le pauvre est un fantôme moderne, un fantôme non plus romantique qui vient hanter passivement des lieux pittoresques, qui élit domicile dans d’obscures ruines pour y ruminer un grief personnel, mais un être humain bien vivant auquel on refuse l’existence. Le pauvre est celui auquel on a volé la substance vitale, sur lequel on repose, mais qu’on veut paradoxalement oublier. Il est celui qui vit dans l’ombre mais qui, pourtant, éclaire les lieux. Souvenez-vous : c’est Geun-sae qui illumine la montée quotidienne des marches de M. Park. Celui-ci ne se doute de rien ; il ne sait pas d’où provient cet effet scénique. Lorsque Geun-sae tente d’appeler au secours en usant du morse, Mme Park accuse le capteur : elle ne parvient pas à remonter à l’intention initiale, à la condition première du pauvre, en gros elle ne saisit même plus son langage. L’hermétisme entre les hommes ne pourrait être plus grand.

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    Ce dont la conscience du riche s’occupe ce n’est pas de la « machinerie » cachée et salissante ; mais uniquement de l’effet produit. La conscience du riche semble également simplette parce qu’elle s’arrête volontairement à la surface des choses, ou plutôt à la surface de son propre monde. Ce n’est pas pour rien non plus que le sous-sol ressemble à un égout : la pauvreté est une déjection sociale que l’on doit refouler pour préserver l’équilibre mental. La révélation du sous-sol est la révélation d’une mauvaise conscience refoulée ; c’est à la nauséabonde psychè des Park à laquelle on a soudainement accès. L’épouvante de ce couloir qui n’en finit (fig.6) par de s’enfoncer ressemble fortement à celui que l’on trouve dans le film Creepy réalisé par un autre Kurosawa, – Kiyoshi. Dans ces deux films, une rupture s’opère lorsqu’enfin on descend dans les entrailles du « crime » (qu’il soit le fait d’un individu (Creepy) ou d’une classe sociale (Parasite)).

     

     

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    Les deux imageries concurrentes proposées par le film convergent néanmoins : en apparence, au vue de notre société, le riche est assimilé à M. Park, tandis qu’en réalité, le riche est un enfant aveugle qui ne parvient pas à retenir son désir de tout manger. On retrouve la figure du pauvre-fantôme dans le tout premier film de Bong Joon-ho Barkings Dogs, mais également, de manière moins métaphorique, dans le dernier wagon de Snowpiercer. D’ailleurs ce film se termine également par une explosion finale aigre-douce : l’Homme est perdu, mais la vie semble à nouveau possible (un ours au loin semble à la fois indiquer la vie possible, mais également le danger et les difficultés d’une humanité qui doit repartir à zéro).

    Pour résumer, à la surabondance idéologique fantasmatique, Bong Joon-ho substitue une « nauséabondance » réelle, pleine d’aveuglement et d’auto-illusion. Le parasite n’est plus le pauvre, mais au final, le riche. Le titre est volontairement ambigu puisque deux lectures se chevauchent, deux mythologies qui se font face.

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    Remarques conclusives

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    Il est évident que Parasite n’est pas pour autant un film politique au sens usuel. De son propre aveu, Bong Joon-ho déteste les films dont la raison d’être est exclusivement politique. Toujours à Locarno, lors d’une conférence au Spazio Cinéma, il a précisé qu’une de ses motivations principales était avant tout le « pur » jeu sur les différents genres cinématographiques qu’il se plait à mêler. C’est d’ailleurs de cet aspect ludique dont on prend le plus directement conscience lors de la vision du film. Pourtant, malgré son apparent formalisme, le message est bien présent ; les images et métaphores qu’il manipule sont très intelligentes et finement mises en place. Il propose de partir d’une imagerie classique du riche : « la magnificence ruisselante du riche philanthrope » pour le traiter, en substance d’enfant gourmand et de simplet aveugle. Parasite, bien que plus ludique qu’Une affaire de famille de Kore-eda, et en apparence plus innocent, n’en demeure pas moins un film plus directement et violemment politique.

    Tati voulait que l’on vît le monde comme le prolongement de l’un de ses films, que l’on sorte de Playtime avec un regard un enchanté et poétique. Après Parasite, je le demande, comment ne pas voir sa Palme d’or comme son prolongement ironique ? C’est si métaphorique…

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    [1] Le comique de la figure du riche n’est pas simplement caricatural : en respectant trop une personne ou une classe on l’expose fatalement au ridicule ; il suffit pour cela de tomber dans la vénération. L’humanité que l’on attend surhumaine est un ressort éternel du comique. Dans nos sociétés, semble suggérer Bong Joon-ho, la dignité que l’on octroie aux riches les rend ridicules malgré eux.

    [2] Ce choix permet d’être plus directement comique que le choix de la perversité consciente du riche comme on le trouve par exemple dans les films de son compatriote Im Sang Soo (par exemple The Taste of Money).

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    MARTIN MOREND

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    Martin Morend est un philosophe dont le but est d’explorer le cinéma afin d’en montrer les enjeux philosophiques, sociaux et imaginaires. Ce blog lui permettra de proposer des cycles d’articles thématiques ou dédiés à certains réalisateurs classiques et contemporains.

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    Une lecture, donc, assez éclairante..

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    Ce mardi 6 juillet 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa