Catégorie : Cinéma

  • Revoir, à la télé, « Diamants sur canapé », cinquante-neuf ans plus tard : un parfum de glamour léger, au charme séduisant…

    Le charme fort _ en sa légèreté vaporeuse _ des années cinquante

    illumine le film de Blake Edwards, sorti en 1961, Breakfast at Tiffany’s (« Diamants sur canapé« , en français),

    et revu hier soir, par hasard, à la télé

    _ et je viens de m’en repasser le DVD, présent dans ma collection.

    …

    …

    C’est tout un monde _ vécu (et fantasmé) en notre adolescence _, ainsi que ses couleurs _ un brin acides (mais sans agressivité), par exemple le jaune presque flashy des taxis new-yorkais _ de technicolor,

    qui reviennent flatter-caresser nos sensations, et pas seulement visuelles ;

    …

    par exemple le motif _ qui revient _ de la chanson Moon River (de Johnny Mercer et Henry Mancini)

    qui vient ourler, en les rafraîchissant doucement, les labyrinthes contournés de nos oreilles…

    …

    …

    Le film de Blake Edwards (Tulsa, 26 juillet 1922 – Santa Monica, 15 décembre 2010)

    est absolument épatant _ y compris en en percevant mieux les détails à la vision, en suivant, du DVD _,

    avec une distribution d’acteurs _ glamour _ assez éblouissante :

    …

    la délicieusement fofolle _ mais pas que cela _ Audrey Hepburn (Ixelles, 11 mai 1929 – Tolochenaz, 20 janvier 1993) en Holly Golightly,

    le bel homme (et gigolo), Paul Varjak, en écrivain qui a du mal à écrire _ et percer _, qu’incarne le photogénique George Peppard (Detroit, 1er octobre 1928 – Los Angeles, 8 mai 1994) ;

    ainsi que des seconds rôles parfaits,

    telle Patricia Neal (Packard, 20 janvier 1926 – Edgartown, 8 août 2010), en Mrs Failenson, la riche décoratrice sûre d’elle, qui entretient le gigolo,

    ou Martin Balsam (New-York, 4 novembre 1919 – Rome, 13 février 1996), en agent de Holly Golightly ;

    et, plus surprenant, José Luis de Villalonga (Madrid, 29 janvier 1920 – Palma de Mallorca, 30 août 2007), en riche brésilien séduisant…

    …

    …

    Un discret parfum de désir retenu s’y cache, loin de tout histrionisme exacerbé…

    …

    …

    Reste à relire aussi

    le court et délicieusement vif roman Petit déjeuner chez Tiffany de Truman Capote

    (La Nouvelle-Orleans, 30 septembre 1924 – Los Angeles, 25 août 1984),

    paru en 1958.

    …

    …

    Ce lundi 14 septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Disparition d’un autre frioulan hyper cultivé, et surtout poète : Nico Naldini, le cher cousin de Pier Paolo Pasolini

    D’abord, voici le courriel que je viens d’adresser à René de Ceccaty,

    qui fut ami, ainsi que traducteur, de Nico Naldini

    (Casarsa della Delizia, 1er mars 1929 – Trévise, 9 septembre 2020),

    cousin et biographe _ à deux reprises : en 1989 (Pasolini, una vita) ; puis en 2009 (Breve vita di Pasolini) ; cette seconde biographie, suite aux révisions des thèses, et polémiques, sur l’assassinat de Pier-Paolo Pasolini… _ de Pier Paolo Pasolini :

    …

    …

    En accomplissant ma prière laïque (de lecture matinale des journaux),

    j’apprends, dans le Corriere della Sera, le décès de ton ami Nico Naldini, chez lui, à Trévise, à l’âge de 91 ans.
     
    Cf aussi cet article de La Repubblica du 10 septembre, qui m’avait échappé :
     
    Bien sûr tu as traduit sa biographie _ Pier-Paolo Pasolini _ une vie, parue, dans une traduction de René de Ceccatty, chez Gallimard, en 1991 … _  de son cousin Pier Paolo _ Bologne, 5 mars 1922 – Ostie, 2 novembre 1975 _,
    mais aussi tu l’as rencontré à diverses reprises, notamment en Tunisie _ où Nico Naldini séjournait fréquemment, à Sidi Bou Saïd _,
    comme tu l’a raconté dans Enfance, dernier chapitre.
     
    Nico Naldini était peut-être d’abord poète _ René de Ceccatty a traduit aussi son recueil de poèmes frioulans Je reviens des champs d’azur, paru, aux Éditions du Scorff, en janvier 2000 _, avant d’avoir à son actif une œuvre polyforme _ poésies, narrations, essais, biographies (de Giovanni Comisso, Goffredo Parise, Filippo De Pisis, Giacomo Leopardi), et même un film-documentaire, Fascista, en 1974…
     
    Dès que j’ai appris cette nouvelle de son décès,
    c’est d’abord de ce que tu évoques de lui dans Enfance, que je me suis immédiatement souvenu.
    La mémoire nous parle, même si c’est un peu capricieusement.
     
    Nico Naldini : encore un frioulan hyper-cultivé… _ ici c’est au triestin Magris que je pense.
     
    Et c’est à lui que je vais consacrer mon article d’aujourd’hui…
     
    Bien à toi, cher René,
     
    Francis

    …

    …

    Pour le reste,

    on se reportera à l’œuvre polyforme que nous laisse Nico Naldini…

    …

    …

    Ce samedi 12 septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Rithy Panh et la mort de Douch : un témoignage…

    Il y a quelques années, au mois de novembre 2003, au Festival du Film d’Histoire de Pessac,

    j’avais assisté, très impressionné, à une présentation par Rithy Panh en personne

    de son film S21, la machine de mort khmère rouge.

    …

    …

    Et voici que,

    à l’occasion de la mort du bourreau Douch,

    …

    le Figaro du 3 septembre publie un entretien avec le cinéaste Rithy Panh,

    intitulé Rithy Panh : L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch.

    …

    …

    Rithy Panh : «L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch»

    …

    …

    FIGAROVOX/ENTRETIEN – Le tortionnaire du régime khmer rouge, Kang Kek Ieu, aussi appelé «Douch», est mort le 2 septembre 2020. Si beaucoup de questions restent sans réponse, le cinéaste Rithy Panh continue d’œuvrer au devoir de mémoire et cherche encore à comprendre comment cet homme cultivé a pu devenir l’auteur d’une véritable purge.

    …

    …

    Par Aziliz Le Corre
    …
    …
    Publié hier à 15:05, mis à jour hier à 15:55
    …
    …
    Douch apparaît dans la salle d’audience des chambres extraordinaires des tribunaux du Cambodge à Phnom Penh, le 5 décembre 2008.
    …
    …
    Douch apparaît dans la salle d’audience des chambres extraordinaires des tribunaux du Cambodge à Phnom Penh, le 5 décembre 2008. MAK REMISSA/AFP

    …

    …

    Rithy Panh est cinéaste. Il a réalisé, entre autres, Les gens des rizières, Bophana, S21 – La machine de mort khmère rouge et Duch, le maître des forges de l’enfer. Il a écrit avec le romancier et éditeur Christophe Bataille, L’élimination(Grasset, 2012) et La paix avec les morts(Grasset, 2020).

    …

    …


    FIGAROVOX. – Pouvez-vous rappeler qui était «Douch», tortionnaire du régime khmer rouge, décédé le 2 septembre à 77 ans? Quel était son rôle au sein de la machine khmère rouge?

    Rithy PANH. – Kang Kek Ieu, aussi appelé «Douch», est né le 17 novembre 1942 dans un village au nord de Phnom Penh, d’où je suis également originaire. Douch était fils de commerçants, élève brillant, il est devenu professeur de mathématiques dans les années 1960. Il a rejoint les les Khmers rouges en 1967, comme beaucoup de progressistes qui croyaient dans les forces révolutionnaires.

    …

    Entre 1971 et 1973, il a tenu un camp de rééducation dans la jungle, dénommé M13. Il y affinait déjà sa méthode, en recrutant de jeunes enfants, issus de la classe moyenne ou pauvre. Il les formait déjà aux méthodes d’interrogatoire. Très vite, il est devenu un membre important du régime. L’univers carcéral ne lui était pas inconnu, car il avait été arrêté le 5 janvier 1968 et condamné à 20 ans de prison pour «atteinte à la sûreté de l’État en relation avec l’étranger», après avoir pris le maquis. Il est libéré après la déposition de Norodom Sihanouk, en mars 1970. Immédiatement, il reprend ses activités clandestines.

    …

    Les Khmers rouges entendaient libérer le pays de la dictature du maréchal Lon Nol, allié des Américains pendant la guerre du Vietnam. En 1975, quand les Khmers rouges gagnent le pays, Douch est directement nommé à la prison Tuol Sleng, aussi connue sous le nom S21, située dans le centre-ville de Phnom Penh. Le bâtiment, qui à l’origine abritait un lycée, a servi de centre de torture. Plus de quinze mille opposants au régime, que ce soient des hommes, des femmes ou même des enfants, y ont été torturés et exécutés dans des «champs de la mort» voisins. D’abord adjoint, il a rapidement remplacé le chef après sa purge.

    …

    Douch ne fait pas que diriger S21, il perfectionne son fonctionnement pour en faire en camp d’internement et d’extermination. Tous ceux qui y sont rentrés n’en sont jamais sortis, ils ont tous été interrogés, torturés, puis exécutés.

    …

    L’objectif des révolutionnaires était d’«accoucher d’un homme nouveau, pur, libre des influences occidentales, à l’abri de la corruption des villes». Mais Pol Pot voit des espions et des contre-révolutionnaires partout, CIA, KGB et autres. Ainsi, dans les zones qu’ils contrôlent, les Khmers rouges arrêtent, interrogent et exécutent quiconque pourrait s’opposer à eux.

    …

    Douch ne fait pas que diriger S21, il perfectionne son fonctionnement, pour en faire en camp d’internement et d’extermination. Tous ceux qui y sont rentrés n’en sont jamais sortis, ils ont tous été interrogés, torturés, puis exécutés _ voilà. Les rares survivants sont les artistes qui participaient à la propagande à la gloire de Pol Pot depuis le bâtiment de la prison.

    Il faut bien comprendre que S21 n’était pas une prison comme il y en a eu d’autres dans le pays. Elle était vraiment au cœur du système khmer rouge. Douch n’était pas un chef de prison ordinaire, il était en lien direct avec le comité permanent du régime et sous l’autorité de Ieng Thirith, numéro 2 du régime. Si l’on peut dire qu’il existe une hiérarchie dans le parti, Douch faisait partie de ceux qui pensaient, organisaient la propagande et traquaient l’ennemi. Entre les murs du S21, tout passait par lui.

    …

    Il est resté à la tête du centre de sécurité 21 jusqu’en 1979. Après la chute du régime, il a continué d’appartenir au mouvement, mais s’est enfui. Avant d’être retrouvé en 1999, par un photographe néerlandais, Nic Dunlop.

    …

    …

    L’ethnologue français François Bizot, trois mois captif de Douch en 1971 dans la jungle, a, lui, évoqué la «sincérité fondamentale d’un homme […] prêt à donner sa vie pour la Révolution, et qui accomplissait la mission qui lui avait été attribuée». Partagez-vous son analyse?

    …

    …

    Que signifie ici le terme «sincérité»? Évidemment, tous les Cambodgiens étaient en accord avec la révolution, parfois pour éviter d’être purgés. Certains prisonniers du S21 criaient encore depuis leur geôle: «Vive l’Angkar !» ; d’autres écrivaient des lettres à Pol Pot pour exprimer leur fidélité au régime dans l’espoir d’être graciés. C’était sans compter sur Douch, qui leur interdisait de s’adresser directement à Pol Pot et les faisait torturer en retour.

    …

    Douch était plus que sincère, il était zélé, il contrôlait les interrogatoires, ordonnait les tortures, y participait même. Il maîtrisait tout ce qui se passait au S21. Quand Bizot a connu Douch, il n’était pas encore dans le processus du génocide. Les Khmers rouges n’avaient pas encore gagné le pays et Douch dirigeait encore le M13. À cette époque, beaucoup de gens ont cru sincèrement à la révolution, comme mouvement international. Leur sincérité relevait de la nécessité de justice, de leur volonté d’indépendance face à l’impérialisme américain.

    Avant 1975, beaucoup de gens croyaient sincèrement à la révolution, comme mouvement international. Leur sincérité relevait de la nécessité de justice, de leur volonté d’indépendance face à l’impérialisme américain.

    …

    Si au cours de la captivité de François Bizot, Douch s’assurait qu’il ne manque de rien, sa volonté sanguinaire s’exprimait déjà dans les mots rapportés par l’ethnologue dans Le Portail (éd. La Table ronde, 2001): «Peu importe l’ampleur du sacrifice, ce qui compte, c’est la grandeur du but que l’on s’assigne.» En libérant Bizot, peut-être souhait-il laisser un témoin vivant.

    …

    Quand les révolutionnaires ont pris le pouvoir, la sincérité ne correspondait plus à la fidélité aux idéaux, mais à la fidélité au régime. Il ne s’agissait plus de croire en la justice, il fallait traquer l’ennemi de l’intérieur. C’était le début d’un totalitarisme.

    …

    …

    Converti au christianisme dans les années 1990, il a demandé pardon aux rares survivants et familles des victimes, acceptant d’être condamné à «la peine la plus stricte». Pensez-vous qu’il éprouvait des regrets sincères?

    …

    …

    Je pose là encore la question de la sincérité. En considérant ce qu’il a mis en place et les crimes dont il était coupable, il aurait dû se mettre une balle dans la tête. La vérité était trop difficile à affronter. Comment pouvait-il survivre? Il lui fallait trouver une croyance, un chemin spirituel dans lequel il pouvait noyer son passé.

    …

    Après avoir accepté la peine la plus stricte et avoir présenté ses excuses aux familles des victimes, il a abandonné cette stratégie d’aveux et de coopération avec la justice et réclamé sa libération en se qualifiant de simple secrétaire du régime.

    …

    Dans la culture cambodgienne, il y a une forte croyance dans le karma bouddhiste. Si vous faites le mal, vous recevrez le mal. On peut penser que le karma aurait été très lourd le concernant. S’il a choisi le christianisme, il n’a pas choisi le catholicisme, mais l’évangélisme, une religion dans laquelle on s’adresse, non pas à des intercesseurs comme les prêtres, mais directement à Dieu. On peut croire qu’il cherchait la rédemption. Si depuis des années je cherche à comprendre sa construction psychologique, on ne pourra jamais connaître la profondeur de sa spiritualité.

    …

    On peut aussi penser que ce n’était qu’une stratégie de défense. Après avoir accepté la peine la plus stricte et avoir présenté ses excuses aux familles des victimes, il a abandonné cette stratégie d’aveux et de coopération avec la justice et réclamé sa libération en se qualifiant de simple secrétaire du régime. L’accusation a décrit son «enthousiasme et sa méticulosité dans chacune de ses tâches», mais aussi sa «fierté» de diriger le centre de torture et «son indifférence à la souffrance» d’autrui.

    …

    …

    Dans votre livre, écrit avec Christophe Bataille, «L’élimination», vous racontez avoir perdu toute votre famille à l’âge de 13 ans, décimée par le régime des Khmers rouges. Vous sentez-vous soulagé par la mort de Douch?

    …

    …

    L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch. Les images sont ineffaçables. Depuis que les Khmers rouges ont quitté le pouvoir en 1979, je n’ai pas cessé de penser à ma famille. C’est un chagrin sans fin.

    …

    L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch. Les images sont ineffaçables. Depuis que les Khmers rouges ont quitté le pouvoir en 1979, je n’ai pas cessé de penser à ma famille. C’est un chagrin sans fin.

    …

    Mais ce qui m’intéresse depuis des années, c’est de comprendre l’origine de ce mal. Comment un homme aussi brillant, qui aimait les lettres, qui connaissait aussi bien Van Gogh, et de Vinci qu’il préférait à Picasso ; comment ce fils de commerçants qui parlait français couramment, qui citait Balzac et de Vigny, a pu devenir ce tortionnaire? Comment, malgré sa culture, ce révolutionnaire a-t-il pu devenir l’auteur d’un génocide? Beaucoup de questions resteront sans réponse.

    …

    Toute ma vie je continuerai à me battre contre l’obscurantisme, pour l’humanisme, la liberté, la vérité et la dignité des êtres. Même si on perd très vite du terrain, il faut continuer ce travail de mémoire, qui ne concerne pas seulement les Cambodgiens. Je veux croire qu’une autre idée de l’homme est possible.

    …

    …

    Ce vendredi 4 septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Les approches du réel (et de soi) de « Piccola » : « une vie ambiguë », entre trois hommes (plus âgés qu’elle), afin de parvenir à « trouver sa voie », à Rome, en 1990…

    L’écriture cursive, éminemment fluide _ dépourvue de la moindre lourdeur _, de Piccola,

    de Rosita Steenbeek _ aux Éditions Vendémiaire, en ouverture de la collection « Compagnons de voyage« , que crée René de Ceccatty _,

    enchante,

    en plus de son si attachant et lumineux ancrage romain…

    …

    …

    C’est un récit de formation

    _ paru en version originale en 1994 _,

    celui d’une jeune femme indépendante _ et très cultivée : son père, Jan Wieger Steenbeek (1927 – 2002), qu’elle admirait énormément, enseignait les Lettres à l’université d’Utrecht, aux Pays-Bas _, née en Hollande, à Utrecht, en 1957,

    et venue en Italie et à Rome vers 1984, à la recherche de rôles au cinéma _ à Cineccita _, ou d’interviews d’écrivains et artistes,

    afin, d’abord, bien sûr, de gagner sa vie ;

    mais aussi, plus profondément, et surtout, se découvrir,

    et mieux devenir soi…
    …
    …
    Sa vie s’est trouvée peu à peu marquée par trois rencontres d’hommes _ Roberto Chiaramonte, Edoardo Pincrini, Marcello Leoni : un riche amant psychiatre, sicilien ; un très grand écrivain, romain ; un très grand cinéaste, romain lui aussi, d’origine romagnole _, tous les trois bien plus âgés qu’elle,

    avec lesquels elle va entretenir des rapports affectifs _ d’amour et d’amitié plus ou moins sexués ; et assez diversement, pour le moins… _ complexes…

    …
    …
    Au point qu’au mois de juin 1990, page 303 du récit, 

    elle en vient à se demander « combien de temps je pourrais mener cette vie ambiguë _ voilà !

    Je courrais _ très effectivement _ d’un vieux à l’autre ; et pour le reste je ne faisais plus rien« 

    _ soit une absence d’œuvre tant soit peu effective, qui finit par la déranger… Page 287, Edoardo (Alberto Moravia) s’était écrié, à propos de Rome et des Romains : « J’en ai marre de ce peuple, de cette ville et de cette vie. Ici personne ne travaille. Tout le monde en prend trop à son aise. Même les pigeons sont trop gros pour bouger« …

    …

    …

    Alors que parvenir à « tracer sa voie« 

    (l’expression se trouve page 305, dans la bouche de Roberto _ qui s’est ouvert peu à peu, lui aussi _),

    est probablement l’objectif de fond _ affleurant peu à peu à la conscience de la narratrice _ de cette quête,

    à distance de sa Hollande native et familiale…

    …

    …

    Et aussi, en découvrant et prenant possession d’une vraie « chambre à soi« , pour reprendre l’expression de Virginia Woolf.

    …

    …

    Ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard si ce lieu, ô combien tranquille, inspirateur, et donc apte à l’écriture personnelle,

    la narratrice le découvre, et s’y installe, dans le courant du mois de juin 1990,

    au retour d’un séjour, au mois de mai, de « cinq jours en Hollande » (l’expression se trouve à la page 290) en compagnie d’Edoardo Pincrini – Alberto Moravia

    _ leur séjour, ensemble, en Hollande est narré de la page 290 à la page 297 _,

    après avoir bien pris conscience de ce qu’elle nommait, page 307, « mon problème de logement : la pension _ où elle résidait alors, située dans le quartier du Ghetto, à Rome _ était de plus en plus bruyante et agitée, et il me fallait trouver une autre solution« .

    …

    « Un soir _ de début juin 1990, le passage se trouve page 310 _, où j’étais allée à l’Institut néerlandais pour assister à une conférence, j’échangeais deux mots avec un prêtre flamand qui m’annonça qu’un petit appartement s’était libéré dans un vieil immeuble médiéval qui appartenait au clergé belge, non loin de ma pension _ située, elle, dans le Ghetto ; en fait, il s’agit là d’une dépendance de l’église San Giuliano dei Fiamminghi, Via del Sudario, non loin de Sant’Andrea della Valle. Il pouvait me la faire visiter. »

    …

    « C’était un endroit idéal : église _ San Giuliano dei Fiamminghi _, théâtre _ Teatro Argentina _, bibliothèque _ la Casa Burckart _, m’entouraient, silencieux. Au cœur _ historique _ de Rome, mais protégé de ses rumeurs par des murs épais de plus d’un mètre« , page 312.

    …

    « J’allais m’y installer, sans la moindre hésitation. (…) C’était un lieu dôté d’une âme » _ voilà ! _, page 313.

    …

    « Le lendemain matin, je tournai la vieille clé dans la serrure, et un nouveau chapitre _ rien moins ! C’est un tournant majeur pour la narratrice ! _ commença dans ma vie« , page 316.

    …

    …

    Quelques pages plus loin, pages 320 à 324,

    la narratrice raconte une soirée passée avec Marcello Leoni – Federico Fellini et Guido Anselmi – Marcello Mastroianni _ Guido Anselmi est le nom même du personnage du réalisateur dans Huit-et-demi, de Fellini, en 1963, qu’incarnait Marcello Mastroianni… _, le soir du match de Coupe du Monde de football entre l’Italie et l’Uruguay ; c’était le 25 juin 1990.

    …

    …

    Ce qui nous permet de dater avec un peu de précision cette installation de Rosita Steenbeek dans sa splendide cellule monacale de la Via del Sudario, si importante pour sa vie enfin féconde d’écrivain, entre la fin mai de son voyage de cinq jours en Hollande, avec Pincrini – Moravia, et le 25  juin de son dîner avec Mori – Fellini et Anselmi – Mastroianni, le soir même de ce match Italie-Uruguay de foot-ball, en 1990.

    …

    …

    Les entretiens suivis et impromptus, informels pour la plupart, que l’auteur (Rosita Steenbeek) – narratrice (Suzanne), aura, entre février et septembre 1990,

    avec Alberto Moravia (Edoardo Pincrini) et Federico Fellini (Marcello Leoni), 

    vont lui faire accomplir des pas de géants dans cette connaissance de soi et des autres,

    en la richesse, en partie (et d’abord) inconsciente, que ces deux créateurs majeurs vont lui faire, au jour le jour de leurs échanges formidablement ouverts, approcher et ressentir,

    par le partage de leurs propres démarches éminemment singulières (et puissantes, via, tout spécialement, leurs propres parcours de création _ ce que je nomme, avec mon amie Marie-José Mondzain, « imageance« … : un concept qui s’applique particulièrement bien au mode de création débridé et formidablement ouvert d’images mouvantes de Federico Fellini…)

    d’approches _ le terme décidément revient… _ très pointues de la richesse de perception du réel (et de « soi« , en ses rapports extrêmement complexes et riches d’ambivalences aux autres)…

    …

    …

    Piccola,

    en sa légèreté fluide et lumineuse _ romaine ? _ d’écriture,

    nous fait approcher aussi, de biais _ et en rien doctoralement ! _,

    l’idiosyncrasie de ces créateurs majeurs ultra-lucides que sont Alberto Moravia et Federico Fellini,

    tout différents qu’ils soient l’un de l’autre…

    …

    …

    La collection « Compagnons de voyage« 

    que vient de créer René de Ceccatty aux Éditions Vendémiaire

    commence magnifiquement !!!

    …

    …

    Ce lundi 24 août 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa