Catégorie : Histoire

  • Regard sur le regard de cinéaste, enquêteur incisif, Marco Bellochio en son admirable « Esterno notte », en 6 épisodes d’une heure, sur l’enlèvement le 13 mars 1978, la séquestration, puis l’assassinat, 55 jours plus tard, le 9 mai 1978 d’Aldo Moro…

    Ce samedi 16 mai 2026,

    je désire jeter maintenant un coup d’œil sur le formidable regard exploratoire, de cinéaste enquêteur formidablement incisif, de Marco Bellochio en son admirable série pour la télévision, réalisée en 2022, « Esterno notte« , en 6 épisodes d’environ une heure chacun – cf  les détails qu’en donne la très riche vidéo du passionnant « Entretien avec Marco Bellochio«  à Paris en 2023, avec Olivier Père, pour Arte ; ainsi que tout ce qu’en rapporte le site allocine … – , sur l’enlèvement, le 13 mars 1978, la captivité d’Aldo Moro, entre les mains de membres des Brigades Rouges, et l’assassinat de celui-ci, le 9 mai 1878, à Rome, 55 – très longs – jours plus tard – cf les détails de ceci ! – ,

    en prolongement de mes articles « Le combat pour le Droit : le passionnant et très beau film « L’Enlèvement » (« Rapito ») de Marco Bellochio, tourné en 2022, sur la troublante et toujours bien dérangeante affaire Mortara : l’histoire d’Edgardo Mortara (1851 – 1940), enlevé à sa famille juive à Bologne le 23 juin 1856 sur l’ordre de l’Inquisiteur pontifical Feletti… » et « Pénétrer dans le passionnant œuvre récent de Marco Bellochio grâce à un riche entretien avec lui, à Paris, d’Olivier Père, directeur d’Arte France Cinéma : la formidable perspicacité d’un immense cinéaste…«  , parus sur mon blog encherchantbien.fr en date des 13 et 15 mai derniers, qui marquaient ma découverte re-découverte – je l’avais trop longtemps négligé… – très enthousiaste (!) du passionnant cinéma de Marco Bellochio– né à Piacenza le 9 novembre 1939…

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    Entourés des 2 épisodes « Aldo Moro » et « La fine » assez factuels, et centrés surtout qu’ils sont, presque néo-réalistement, sur ce qui arrive – à l’extérieur – à la personne d’Aldo Moro – son enlèvement sanglant, rue Mario Fani, dans un quartier verdoyant situé au nord-ouest de Rome, le 16 mars 1978 (la résidence des Moro était située, elle, Via del Forte Trionfale, sur le Monte Mario…), sa captivité 55 jours durant, puis son assassinat et la découverte de son cadavre, via Caetani, au centre même de Rome, le 9 mai 1978 – ,

    les 4 autres volets de cette stupéfiante et magnifique série qu’est « Esterno notte« , intitulés respectivement « Il ministro degli interni« , « Il Papa« , « I terroristi » et « Eleonora« , nous font pénétrer, avec subtilité ainsi que la plus scrupuleuse justesse, dans les points de vue successifs de 4 personnages-clé de cette affaire – dont tout n’est toujours pas parfaitement éclairci encore aujourd’hui !.. – :

    _ celui du ministre de l’Intérieur Francesco Cossiga (Sassari, 26 juillet 1938 – Rome, 17 août 2010), et de l’entourage du Parti de la Démocratie chrétienne ;

    _ celui du Pape Paul VI (Concesio, 36 septembre 1877 – Castel Gandolfo, 6 août 1978), et de son entourage au Vatican ;

    _ celui de la membre des Brigades Rouges Adriana Faranda (Tortorici, 7 août 1950), et de ses acolytes ravisseurs et geôliers ;

    _ et celui de l’épouse – à Montemarciano le 5 avril 1945 – d’Aldo Moro, Eleonora Chiavarelli (Montemarciano, 25 septembre 1915 – Rome, 17 juillet 2010), et de leurs 4 enfants, Maria Fida Moro (Rome, 17 décembre 1946 – Rome, 7 juillet 2024), Anna Maria Moro (Rome, 19 mars 1949) Agnese Moro (Rome, 1952), et Giovanni Moro (Rome, 1er juillet 1958), et leurs proches…

    …

    Certaines séquences réalisées introduisent un stupéfiant imaginaire bouleversant, telle, pour prendre ici un exemple, l’explosive conjonction-succession à l’écran des hypothèses esquissées et opposées du plan « Mike » et du plan « Viktor« , concernant l’une la survie, et l’autre l’assassinat d’Aldo Moro, quand celui-ci est retrouvé le 8 mai 1978, dans le coffre d’une Renault 4 L rouge, stationnée via Michelangelo Caetani, dans le centre de Rome, près du siège du parti communiste, via delle Botteghe Oscure 4, et du siège de la démocratie chrétienne, situé non loin de là, au Palais Cenci-Bolognetti…

    Un imaginaire stupéfiant que l’on retrouvera l’année suivante, dans, par exemple, la sidérante séquence du film « L’Enlèvement » dans laquelle le petit Edgardo Mortara, ôtant les clous qui fixaient le Christ mort sur sa croix, permet à Jésus de descendre de cette croix et de sortir pieds nus ensanglantés de l’église…

    …

    Maintenant, il faut ajouter aussi cette précaution-ci,

    lisible systématiquement au final des chacun des 6 épisodes de ce passionnant et haletant « Esterno notte » de Marco Bellochio :

    …

    « L’affaire Aldo Moro a fait l’objet d’une réécriture artistique.

    Toute ressemblance avec des personnages, des organisations,

    des émissions de TV et des événements privés et publics

    est donc purement fortuite« …

    …

    Avec cette présentation générale-ci,

    cette fois de la part d’Arte :

    …

    « Déroulant comme une tragédie ce moment de 1978 où bascule l’histoire italienne, Marco Bellochio réalise sa première série – pour la télévision – pour explorer dans toute son ampleur – immense ! – l’affaire Aldo Moro, qui lui avait inspiré il y a vingt ans le film « Buongiorno, notte« .

    Rome, mars 1978. Aldo Moro est président de la Démocratie chrétienne (DC), premier parti politique italien depuis trente ans. Dans le contexte tendu des années de plomb, qui voit le pays secoué par des attentats terroristes de tous bords et la montée des extrêmes, il travaille à la constitution d’un gouvernement d’union nationale soutenu par le Parti communiste. Ce compromis mûrement réfléchi suscite des réticences au sein du gouvernement, et de la colère chez les militants radicaux. Le 16 mars, alors qu’il se rend au Parlement où sa proposition doit recevoir un vote de confiance, Aldo Moro tombe dans un guet-apens organisé par un commando des Brigades rouges. Son escorte est abattue sans sommation, lui est kidnappé. Le pays est sous ke choc…

    Toute la lumière n’a pas encore été faite – voilà ! – sur l’enlèvement d’Aldo Moro, qui s’est révélé – en effet – comme un tournant majeur de l’histoire de l’Italie du XXe siècle. Après son film « Buongiorno, notte » (2003), qui adoptait le regard d’une activiste des Brigades rouges – le scénario est inspiré du livre Il prigioniero (le prisonnier) écrit par une ex-terroriste, Anna Laura Braghetti – , Marco Bellochio porte l’affaire à l’écran pour la seconde fois, approfondissant son approche – oui – à travers cette série qui se pose comme une « interprétation artistique des faits » – une expression à bien sûr retenir... Le récit multiplie les points de vue – en effet – pour analyser – avec le plus possible de nuances toute la complexité de – l’enchaînement – quasi inextricable – des causes et des effets qui a conduit à une mort absurde, signant autant l’échec du gouvernement que celui de l’action terroriste. Au fil – haletant – des épisodes, le clan politique d’Aldo Moro, sa famille, le pape, un couple de révolutionnaires et Moro lui-même se retrouvent ainsi pris au piège d’un engrenage qui les dépasse. Bellochio filme cette histoire comme une tragédie – à la Sophocle, à la Shakespeare… –doublée d’un récit d’espionnage où chaque personnage apparaît dans sa profondeur – quasi psychanalytique – , comme le ministre de l’Intérieur, Francesco Cossiga, qui manque de basculer dans la folie. Une œuvre sombre et captivante, servie par un casting de – très grand – choix – quels acteurs !!! – , en tête duquel on retrouve Fabrizio Gifumi, Toni Servillo et Margherita Buy.« 

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    Marco Bellochio est un immense cinéaste…

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    Ce samedi 16 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pénétrer dans le passionnant œuvre récent de Marco Bellochio grâce à un riche entretien avec lui, à Paris, d’Olivier Père, directeur d’Arte France Cinéma : la formidable perspicacité d’un immense cinéaste…

    Pénétrer dans le passionnant œuvre récent (2009 – 2023) de Marco Bellochio, le plus sous-estimé des grands cinéastes italiens du XXe siècle – il est né à Piacenza le 9 novembre 1939 – ,

    c’est ce que nous offre l’opportunité de découvrir ici la vidéo (de 68′ 08) d’un très riche entretien avec lui d’Olivier Père, directeur d’Arte France Cinéma, tourné pour Arte à l’occasion de la venue à Paris de Marco Bellochio en 2024, venu présenter son magnifique « Rapito » (« L’Enlèvement« ) – cf l’enthousiasme de mon article d’avant hier 13 mai « Le combat pour le Droit : le passionnant et très beau film « L’Enlèvement » (« Rapito ») de Marco Bellochio, tourné en 2022, sur la troublante et toujours bien dérangeante affaire Mortara : l’histoire d’Edgardo Mortara (1851 – 1940), enlevé à sa famille juive à Bologne le 23 juin 1856 sur l’ordre de l’Inquisiteur pontifical Feletti…« .; et accéder ici à la vidéo de ce superbe film qu’est « L’Enlèvement« …

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    Marco Bellochio s’avère de fait un cinéaste très incisif tout particulièrement attentif – et singulièrement perspicace ! – à l’histoire récente de l’Italie, via la série, réalisée entre 2009 et 2024, de ses passionnants films « Vincere » (2009), « La Belle endormie » (2013), « Fais de beaux rêves » (2016), « Le Traître » (2019), « Marx peut attendre » (2021) – sur le suicide, en décembre 1968, de son frère jumeau Camillo, et les répercussions de cette tragédie, que nul n’avait vue venir, sur chacun des membres survivants (Pier Giorgio, Letizia, Alberto, Maria Luisa et Marco Bellochio lui-même) de la fratrie des Bellochio : un film bouleversant ! Sur lequel il faut absolument lire ici cette très précieuse, excellemment détaillée, recension-ci de Valentin Maniglia, parue le 18 septembre 2022, dans le Quotidien indépendant luxembourgeois … – et « L’Enlèvement » (2023) : une série de purs chefs d’œuvre – pas encore assez justement reconnus, à la hauteur des œuvres si marquantes des Vittorio De Sica (1901 -1974), Roberto Rosselini (1906 – 1977), Luchino Visconti (1906 – 1976), Michelangelo Antonioni (1912 – 2007), Federico Fellini (1920- 1993), Nelo Risi (1920 – 2015), Pier Paolo Pasolini (1922 – 1975), Francesco Rosi (1922 – 2015), Bernardo Bertolucci (1941 – 2018), Nanni Moretti (1953)… – ;

    et à laquelle il ne faut bien sûr surtout pas manquer d’ajouter les 6 épisodes (Aldo Moro (57’),  Il ministro degli interni (57’), Il Papa (54’),  I terroristi (59’), Eleonora (62’) et La fine (48’)) de la mini-série pour la télévision « Esterno notte » (de 2022), sur l’enlèvement et le meurtre d’Aldo Moro – cf « Esterno notte » accessible en ce moment sur Arte…

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    Marco Bellochio : un cinéaste admirable !!!

    À découvrir ou re-découvrir urgemment, grâce à l’entremise ultra-bienvenue d’Arte...

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    Ce vendredi 15 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le combat pour le Droit : le passionnant et très beau film « L’Enlèvement » (« Rapito ») de Marco Bellochio, tourné en 2022, sur la troublante et toujours bien dérangeante affaire Mortara : l’histoire d’Edgardo Mortara (1851 – 1940), enlevé à sa famille juive à Bologne le 23 juin 1856 sur l’ordre de l’Inquisiteur pontifical Feletti…

    Le passionnant et très beau film « L’Enlèvement » (« Rapito« ) – regarder ici la déjà très parlante bande-annonce du film... – de Marco Bellochio (Bobbio, 9 novembre 1939), présenté au Festival de Cannes le 23 mai 2023, sur la troublante affaire Mortara : l’histoire infiniment douloureuse, et cela à de très multiples égards, d’Edgardo Mortara (Bologne, 28 août 1851 – Bressoux, 11 mars 1940), enlevé à l’âge de 4 ans et demi à sa famille juive à Bologne le 23 juin 1856 sur l’ordre de l’inquisiteur Feletti (Comacchio, 1er octobre 1797 – Rome 4 juin 1881), que j’ai découvert dimanche soir dernier lors de sa diffusion à la télévision sur Arte,

    m’a beaucoup beaucoup impressionné, et amené à m’enquérir un peu sur cette décidément toujours bien dérangeante aujourd’hui encore  affaire Mortara, dont j’ignorais tout jusqu’ici – je connaissais seulement l’affaire Finaly (1945 – 1953), en un autre contexte historique... – ;

    ainsi que sur le pape Pie IX : né le à Senigallia (États pontificaux), élu pape le 16 juin 1946, mort le au Vatican, et solennellement béatifié, en même temps que le pape Jean XXIII (!) , par le pape Jean-Paul II le 3 septembre 2000…

    …

    Il y a assurément bien là de quoi réfléchir,

    en particulier sur les contextes variables et vacillants fragilisant en permanence – en l’articulation irrémédiablement polémique de la légalité et la légitimité… – le combat pour le Droit…

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    Bonne nouvelle pour la cinéphilie au moins : le cinéma italien, avec un tel si incisif et vif Marco Bellochio, est toujours bien vivant…

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    Et je joins ici ceci, de particulièrement intéressant, encore – l’affaire Mortara est donc bien loin d’être achevée !.. – , à propos des Mémoires falsifiés d’Edgardo Mortara :

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    Mémoires falsifiés

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    En 1888 – voilà – , Edgardo-Pio Mortara avait rédigé ses mémoires en castillan alors qu’il vivait en Espagne, qui donnent un récit de première main des événements autour et après son entrée dans l’Église du Christ. Pour diverses raisons, le manuscrit reste dans les archives après sa mort en 1940. Le journaliste Vittorio Messori les récupère mais sans rien en dire, modifie notablement le texte dans sa traduction en italien publiée aux éditions Mondadori en 2005 – voilà – sous le titre Io, il bambino ebreo rapito da Pio IX. Il memoriale inedito del protagonista del «caso Mortara» où il met également en valeur la figure d’Israel Eugenio Zolli, grand rabbin de Rome converti au christianisme grâce à l’estime de Pie XII. Les éditions Ignatius Press rendent ensuite ce document disponible en anglais en 2017 – voilà – avec les mêmes manipulations, sous le titre Kidnapped By The Vatican.

    L’historien et anthropologue américain David Kertzer, qui consacra – en 1997 – un ouvrage à l’affaire Mortara, conteste farouchement l’exactitude des dernières versions de Messori et Ignatius Press, en pointant du doigt des paragraphes entiers ajoutés ou supprimés par rapport à l’original de Mortara (qui lui-même comporte des erreurs historiques vérifiables), où sont notamment effacés les traits violents et antisémites – preuves notamment de la haine et de l’antijudaïsme de l’éducation catholique dont bénéficia Egdardo -, donnant finalement une vision idyllique, du moins heureuse de cette affaire. L’agence Associated Press confirme les conclusions de Kertzer, après avoir retrouvé – voilà – le texte original en espagnol en – voilà, voilà – et avoir enquêté sur l’affaire.

    Il en va de même pour Elèna Mortara, l’arrière-petite-nièce d’Edgardo, professeur de littérature américaine à l’université de Rome Tor Vergata, spécialiste de la littérature du xixe siècle (lauréate du prix 2016 de l’Association européenne des études américaines), qui conteste même la valeur de la version espagnole du mémoire en tant que document – voilà ! – , qui aurait été tapé par quelqu’un d’autre et qui « diffère grandement par le ton des journaux manuscrits de Mortara ». En 2015 – voilà – , elle publie une étude en littérature historique comparée sur l’affaire, en reprenant une pièce de théâtre du créole Victor Séjour, La Tireuse de cartes (The Fortune-Teller), parue en 1859 et basée sur la célèbre affaire Mortara du moment, utilisant des notions d’émancipation en termes religieux et raciaux, reliant le sort des Noirs en Amérique à celle des Juifs en Europe et aux plus grandes batailles pour la liberté et la nation, qui progressaient alors à travers le continent.

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    Ainsi l’affaire Mortara se poursuit…

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    Ce mercredi 13 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’infini talent, justissime, d’Aline Piboule (suite) : la perfection radieuse élégantissime de son « Sillages » Op. 27 de Louis Aubert (1877 – 1968), un pur chef d’œuvre à redécouvrir !

    Ayant reçu hier, chez mon disquaire préféré, la commande du CD Printemps des Arts de Monte-Carlo PRI033 « Samazeuilh – Decaux – Ferroud – Aubert » – on peut en lire ici le livret détaillé… –  d’Aline Piboule au piano – un CD enregistré à Monaco du 29 juin au 2 juillet 2020 – ,

    il me faut absolument témoigner, une nouvelle fois, de mon intense admiration pour l’infini talent, tellement juste – à la fois profond et infiniment fluide, subtil et élégant : justissime ! – , de celle-ci, tout particulièrement dans la musique française du XXe siècle, et ici dans l’interprétation des compositeurs Gustave Samazeuilh (Bordeaux, 2 juin 1877 – Paris, 4 août 1867), Abel Decaux (Auffray, 11 février 1869 – Paris, 19 mars 1943), Pierre-Octave Ferroud (Chasselay, 6 janvier 1900 – Debrecen 17 août 1936) et Louis Aubert (Paramé, 19 février 1877 – Paris, 9 janvier 1968), tous plus ou moins proches de Maurice Ravel (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937),

    et tout spécialement dans ce chef d’œuvre pas assez couru par les interprètes qu’est le merveilleux « Sillages » Op. 27 de Louis Aubert, composé de 1908 à 1912, et créé à Paris salle Érard par Lucien Wurmser, le 19 février 1913. Et c’est pour moi le sommet absolu de ce récital…

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    Admirez cette vidéo de « Sur le rivage » (6′ 57), ce podcast de « Socorry » (7’00), et cette vidéo de « Dans la nuit » (5’15),

    les 3 pièces qui composent le « Sillages » de Louis Aubert… 

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    En cherchant un peu des articles à propos de ce très remarquable CD « Samazeuilh – Decaux – Ferroud – Aubert » d’Aline Piboule,

    j’ai trouvé celui-ci, intitulé « Marines« , sous la plume de Jean-Charles Hoffelé, en date du 29 mars 2021,

    même si celui-ci ne met pas l’accent sur ce qui, moi, me touche, me séduit, et m’enthousiasme :

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    MARINES

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    Clairs de lune – d’Abel Decaux, publié en 1913 – reste l’un des recueils les plus surprenants – en effet ! – des premières années du XXe siècle, la tonalité s’y abolit, certes ce pourrait être un manifeste de la modernité, et singulièrement en avance dans le paysage musical français, mais comme jadis Marie Catherine-Girod et à revers de Marc-André Hamelin, Aline Piboule ne l’entend pas ainsi.

    Elle est d’abord sensible à l’étrangeté – oui – de ces musiques raréfiées, à leur goût de souffre, à leurs allures de gibet – oui, oui… Tout un monde sonore – davantage même que musical, probablement… – inquiet – et assourdi – , jusque dans son minimalisme, où la musique du silence – à la Mompou (1893 – 1987), oui ; même si sa magique Musica callada ne sera composée qu’entre 1959 et 1967… – s’invite. Elle entrevoit dans la profondeur d’un beau Bösendorfer les abîmes emplis de glas dont s’envolent d’autres noctuelles un peu succubes. Il faut une sacrée imagination – oui – pour incarner – voilà ! – ces fantasmagories, et un sens du toucher – merveilleux ! – , du jeu de pédale, des couleurs, qui puissent les sauver d’une abstraction univoque – et c’est idéalement réussi ! Toute grande version – et c’est encore un euphémisme…

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    L’album s’ouvre sur l’onde marine au clair de lune que Gustav Samazeuilh a saisi – en son « Chant de la mer«  dont c’est le deuxième volet : composée au pays basque (en 1918- 1919), l’œuvre a été créée par Marguerite Long le 20 mars 1920 –  dans son miroitement secret, grande pièce – oui ! – d’une sensualité diffuse – oui – , à revers – lumineux, tendre, ensoleillé – du sinistre clair de lune sur la mer qui clôt le recueil de Decaux.

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    Le disque se refermera par le triptyque admirable – encore un euphémisme – que Louis Aubert composera entre 1908 et 1912, ces Sillages – créés donc le 19 février 1913 – aussi impressionnistes que tout ce que Debussy écrivait alors, harmonies mordorées qui entêtent un clavier fuligineux, plein de parfums, exigeant une vraie science pianistique – oui ! mais jamais surexposée : toujours avec une parfaite élégance… – de son interprète – et inspirés par la verte campagne dominant l’Océan Atlantique à Urrugne, à la chapelle de Socorry, dont le site, isolé et magnifique, est très inspirant ! Et Louis Aubert a adoré le Pays basque de son ami Maurice Ravel…

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    Pour briser – un peu – ces marines, Aline Piboule intercale les – satiriques – Types de Ferroud, titres à la Satie, mais piano opulent jusque dans la charge, avec un peu d’Espagne – L’heure espagnole de Maurice Ravel a été créée à Paris le 19 mars 1911… – pour Vieux beau et un salut à la Phi-Phi de Christiné, une pincée de fausse ironie pour Bourgeoise de qualité, et un strepitoso de trader pour Businessman. Son œuvre de piano mériterait un bel album monographique.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Gustave Samazeuilh
    (1877-1967)

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    Le chant de la mer
    (extrait : II. Clair de lune au large)

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    Abel Decaux (1869-1943)

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    Clairs de lune

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    Pierre-Octave Ferroud(1900-1936)

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    Types

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    Louis Aubert (1877-1968)

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    Sillages, Op. 27

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    Aline Piboule, piano
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    Un album du label Printemps des Arts de Monte-Carlo PR1033

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    Photo à la une : la pianiste Aline Piboule – Photo : © Jean-Baptiste Millot

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    Et je joins aussi ici ce très bel « Hommage à Louis Aubert (19 février 1877 – 9 janvier 1968) » de Jean-Alain Joubert, rédigé du 2 au 5 janvier 2009) :

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    Hommage à Louis Aubert

    19 février 1877 ― 9 janvier 1968 Jean Alain Joubert

    2 au 5 janvier 2009

    …

    La qualité aristocratique et distante de l’art de Louis Aubert est sans doute la raison principale qui l’éloigne d’une éclatante renommée 1. Robert Bernard

    …

    Nous étions en 1956 ou en 1957, aux Petites Brandes 2 près de Périgueux.

    Le vieil homme ne jouissait plus de la même notoriété qui avait été la sienne. On sait l’amertume qu’en éprouvèrent Jean Roger-Ducasse et Florent Schmitt. Le grand Fauré fut le maître aimé d’une cohorte d’élèves inspirés ; notre pays connut en ces temps une période de faste musical inégalé, fait qui devint suspect. L’impressionnisme musical se vit malmené par les rafales successives de courants modernistes, et cette pléiade de talents, à l’exception de Maurice Ravel qu’une mort prématurée avait laissé en pleine gloire, fut destinée à connaître un long purgatoire dont ils ne sont toujours pas réapparus aujourd’hui.

    Aubert en éprouvait sûrement de la tristesse, mais il n’avait perdu ni sa dignité, ni sa gravité distinguée. Nous étions en présence du plus parfait des gentlemen.

    Je n’en avais point croisé d’autres jusqu’à ce jour des vacances d’été où je marchais aux côtés de mon grand- père dans le chemin des bois, revenant vers la ferme où il vivait avec ma grand-mère.

    Louis Aubert s’avança pour le saluer et prendre des nouvelles de sa vie, de sa famille. Il l’interrogea sur moi… j’en étais tout intimidé… heureusement mon grand-père était là !

    Mais je garde un doux souvenir de cet homme déjà âgé, mince, un peu vouté et habillé comme à la ville, avec grande distinction. Il était plein de réserve et d’amabilité. Que ces gens de si courtoise éducation font défaut à nos vies d’aujourd’hui. Les croiser était comme un rayon de soleil humain sur nos modestes trajectoires. Aussi, tout naturellement, j’acquiesce au portrait très évocateur qu’en firent Bernard Gavoty et Daniel Lesur, en 1957 : « Ce petit monsieur affairé porte sur un torse bref, un peu voûté, une tête extraordinairement caractéristique. Une chevelure blanche l’auréole. Un nez courbe, tel un sabre, forme la proue du visage. Deux yeux d’une vivacité d’oiseau lui servent de phares. Il va, toujours pressé, d’un pas d’étudiant. Trois quarts de siècles ne l’ont guère vieilli ; Louis Aubert l’éternelle jeunesse ». L’enfant, à la voix de soprano « qui fit sensation parmi les maîtrises des églises », devint un homme « un peu sec, mais au regard fin et bienveillant, un compositeur distingué, sensible, dont la vigueur s’enveloppe de poésie 3 ». Un portrait de l’époque de Habanera (1918) nous le montre fort séduisant. Louis Aubert, un charmeur. En ses premières pièces pianistiques, Guy Sacre 4 s’agace qu’entre « deux mélodies au sirop de framboise » ce dandy… se laisse « aller à une pente délicieuse, celle qu’on voit à la même époque chez Reynaldo Hahn ». Il nous dira qu’un beau jour il fut sauvé de cette suave dérive ! Parlant de cette période assez naturelle où l’individu se recherche et où l’on peut se laisser séduire par

    1 Robert Bernard, Louis Aubert, La Revue Musicale n° VIII, 1927), p. 129.
    2 Lieu-dit de la commune de Coulounieix-Chamiers, situé à la sortie de Périgueux, sur la route de Bergerac.
    3 Paul Bertrand, Le Monde de la musique (Souvenirs d’un éditeur ), (Genève : La Palatine, 1947), p. 240
    4 Guy Sacre, La Musique de piano, dictionnaire de compositeurs et des œuvres, 2 vol. (Paris : Bouquins, Robert Laffont, 1998), page 105 du premier volume.

    1

    une certaine facilité, Vladimir Jankélévitch se veut plus nuancé, en notant que dans les premières pièces pour piano et mélodies « on découvre, une sorte de poésie rêveuse, un charme secret enfin où se trahit le disciple de Gabriel Fauré 5… ». D’une histoire entendue de la bouche de Madeleine Milhaud (savoureuse et peut-être un peu épicée par sa verve provençale naturelle) et du témoignage de Francis-Paul Demillac qui lui voue un affectueux souvenir, transparait effectivement l’image d’un éternel jeune homme, d’un éternel amoureux.

    Saveur et fraîcheur de la jeunesse sans doute dans ces Lutins de 1903 qui par leur jubilation font écho à Isle joyeuse de Debussy ― son contraire puisque cette Isle leur est postérieure de deux années ! et dans La Forêt bleue, féerie juvénile (composée en 1904, représentée seulement en 1913) géniale préfiguration de Ma Mère l’Oye (1910-1912).

    Louis Aubert reprit le chemin de Chabrier. Mon grand-père, me voyant intrigué, m’expliqua que le personnage qui venait de nous quitter composait de la musique. Savais-je à sept où à dix ans si cela existait (bien sûr ma grand-mère Marie-Rosalie écoutait souvent la radio et chantait avec Piaf et les autres !) ? Mais encore qu’il était à l’Académie 6 et connu et joué dans le monde entier ? Occasionnel et charmant voisin de mes grand- parents, un peu considérable tout de même ! En cette belle maison bourgeoise, carrée, vivait une de ses filles, son gendre et leurs enfants. Et je ne savais pas encore que Pierre, cet homme jeune et vigoureux, gendre du monsieur qui composait de la musique était ce Pierre que je connais bien aujourd’hui et que Marie-Françoise cette petite-fille d’alors, à peine plus âgée que moi, serait aujourd’hui une amie… Non, je ne savais pas ce que signifiait tout cela, ni Chabrier où je n’avais pas l’autorisation de me rendre seul, ni bien sûr La Daminthe à Belvès où bien plus tard, je ferais halte à maintes reprises. Il y eut, autour de ce Belvédère du Périgord Noir, les promenades autour du Moulin de la Pique et sur le chemin qui conduit à Puy-Chanat, lieux ou pendant la guerre avait trouvé refuge le compositeur. J’ignorais tout de cet univers, et de ces personnes plus favorisées que nous par le destin. D’ailleurs à cette époque (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où l’on est obligé de passer aux Petites Brandes pour rejoindre la route nationale), la « maison bourgeoise » avait sa propre sortie sur la route de Bergerac, et nous n’avions que peu de rapports avec ces lointains voisins.

    Et ce Monsieur, sur le chemin des bois, tellement distingué ? Mon grand père, en comparaison, me semblait jeune. La différence était, en effet, celle d’une génération, puisque Jean-Léopold avait vu le jour vingt années après Louis Aubert, en 1897, mais disparaissait en juillet 1972, seulement quatre ans après le décès du compositeur.

    Savais-je si les frondes luxuriantes des chênes centenaires entourant la belle demeure de Chabrier ― nom prédestiné ― avaient eu à s’émouvoir des prémices, voire de l’éclosion d’Offrande, ou de Cinéma ? Nous sommes dans le plausible. Comment aurais-je su alors que ce camarade de jeunesse de Ravel, condisciples dans la classe de Fauré, deviendrait un des plus proches amis du génial compositeur de Daphnis et Chloé (partition dont il refusa, nous conte Manuel Rosenthal 7, d’orchestrer le final, pour la plus grande gloire de Ravel). Ni chez le peintre Paul Sordes, ni chez Maurice Delage, il n’est fait mention de la présence de Louis Aubert. Pourtant il semble bien qu’il eu quelques rapports avec les « Apaches d’Auteuil ». Il commit même de la musique sur le poème Au pays de Léon-Paul Fargue, lui qui selon Valentine Hugo « percevait l’invisible » et pouvait espérer avec Aubert, comme avec Ravel qu’il « ouïsse l’inaudible » et lui donne vie !

    Cromac. La Maison sous les branches, Dont la fenêtre aux yeux en fleurs Écartait ses longues mains blanches, Doucement, sans bruit, sur ton cœur 8

    ΨΨΨ

    5 Vladimir Jankélévitch, Louis Aubert, Scherzo n° 6, octobre 1976, p. 17.
    6 En réalité de l’Institut de France, Académie des Beaux-Arts, en mai 1956.
    7 Manuel Rosenthal, Entretiens avec L. Florin, Bulletin n° 4, juillet 2003, des Amis de la musique française, p. 23.

    8 Léon-Paul Fargue, « Au pays », Pour la musique in Poésies (Paris : Gallimard, Collection Soleil, 1963), p. 150.

    2

    La France d’aujourd’hui qui ne sait plus rien, qui n’a plus le moindre goût pour la culture ― nos chefs de bataillon montrant ici le plus vil exemple ― sait-elle qui est cet homme discret et délicat, qui écrivait en 1907 ces Six Poèmes Arabes à qui Irma Kolassi donna une juste renommée (les enregistrant même à plusieurs reprises) en arrivant à Paris en 1949, de sa Grèce natale où elle quittait sa condisciple Maria Callas ? Si Paris à re-entendu ces dernières années des pages de sa Forêt bleue 9 ― qui avait connu un vif succès à sa création à Boston en 1913 et à sa reprise en 1924 à l’Opéra-Comique ―, qui garde souvenir de ce grand Monsieur, de cet aristocrate de la musique, qui s’exprimait dans un français d’exception à la radio ? Qui se souvient d’un de nos plus raffinés musiciens, de ses Sillages, subtile partition pianistique, émanant d’un pianiste particulièrement doué pour avoir créé les Valses nobles et sentimentales de son confrère et ami Maurice Ravel ? Le breton s’y souvient des paysages marins de son Paramé natal et de ses ballades en Pays Basque, une terre qu’il avait adoptée. Cette partition est conçue comme un vaste triptyque donné en création à Paris en janvier 1913. Nous faisions, une halte-pèlerinage, une fin d’été, à la chapelle Notre-Dame-de-Socorry ou Notre-Dame-du-bon- Secours à Urrugne, en souvenir de la seconde pièce de ces Sillages qui parle des heures qui passent et nous blessent, la dernière nous emportant vers la mort ; « Vulnerant omnes, ultima necat » est-il inscrit sur le cadran du clocher de l’église au cœur de ce village de la Côte Basque. Ce mouvement de habanera balance et s’accroit jusqu’à l’heure fatale et préfigure la Habanera pour orchestre de 1918 qui connaîtra une renommée internationale et sera dirigée par les plus grands chefs. On se demande d’ailleurs comment cette pièce, si justement populaire, ne s’est maintenue au programme d’aucun concert. La tradition hispanisante ouverte par Bizet eut de nobles et réguliers échos dans notre musique dite française. On sait que l’amitié entre Ravel et Aubert aura contribué à faire découvrir et aimer le Pays Basque Français et Espagnol au natif de Bretagne. D’où ces parfums ibériques, sensuels, chauds et lancinants chez un musicien qui n’y était pas prédestiné. Aubert se laisse encore fasciner par un Orient mauresque qui hante également les partitions de « son frère en art », Maurice Ravel.

    Qui peut écouter ses Saisons de 1937 sans ressentir le puissant lyrisme qui traverse cette splendide partition. Les voix en vocalises, utilisées en tant qu’instrument, sont associées dans l’impressionnisme musical, ainsi que l’analyse Michel Fleury, « à l’idée de vision et de lointain en rapport avec une certaine extase panthéiste 10 ».

    Autre notion chère à Aubert, le temps suspendu, qu’il exprime par l’usage des gammes et des harmonies modales dans Le Tombeau de Chateaubriand (1948). Cette fresque maritime est un hymne au grand écrivain et aux passions qu’ils partagent : les côtes de l’Armor, le vaste océan, le grand large, l’évasion et les édens lointains.

    9 Gustave Samazeuilh s’exprima, dans Musiciens de mon temps (Paris : la Renaissance du livre, 1947), sur ce conte lyrique de Louis Aubert (page 214 & 215). Souvenons-nous qu’au moment de la création de l’œuvre, le compositeur était âgé de quarante ans. Voici ce qu’il nous en dit : « Et je voudrais.. faire sa place à la Forêt bleue, de Louis Aubert qui mit naguère treize ans pour revenir de Boston à l’Opéra-Comique. Le poème, dû à Adolphe Chenevière, est tiré des Contes de Perrault. Si l’action y paraît un peu languissante, surtout au dernier acte, il convient à la nature du musicien de cette Habanera et de ces Poèmes arabes qu’ont justement répandus nos grands concerts. Je n’en veux pour preuve que la poésie élégiaque, l’habile disposition des fréquents chœurs, l’heureuse intervention des thèmes populaires, le tour aisé et allant, la déclamation soignée des dialogues entre le Chaperon Rouge et le Petit Poucet, vainqueurs de l’Ogre titubant et ventru, la sonorité d’un orchestre logiquement, mais toujours ingénieusement agencé. Ce sont là, j’imagine, assez de qualités pour qu’on oublie ce que la scène de la Belle au Bois dormant semble avoir de conventionnel, par suite d’une défaillance du poème à cet endroit, et pour que, sans insister outre mesure sur l’influence bien explicable de Gabriel Fauré et de Claude Debussy en divers épisodes, on apprécie dans cette Forêt bleue de jeunesse, cette recherche de l’expression sensible, d’une atmosphère évocatrice juste qui est vous le savez assez, à mes yeux, un rare mérite, et suffît à faire regretter que la rigueur d’un temps, si dur aux artistes, n’ait pas permis jusqu’ici à son auteur de donner au théâtre une nouvelle œuvre où puisse s’exprimer tout entière la maturité de son talent, comme au concert dans sa capiteuse Habanera, dans les Saisons, et dans cette récente Incantation, d’une si généreuse progression et d’une si brillante facture instrumentale… ».

    10 Michel Fleury, L’impressionnisme et la musique (Paris : Fayard, 1996), p. 122, note 58. Ce procédé fut utilisé par Delius (A song of the High Hills), Ravel (Daphis et Chloé), Aubert (Les Saisons), Vaughan Williams (Pastoral Symphony). L’auteur note que ce procédé révélateur fut utilisé la première fois dans un poème symphonique de Massenet intitulé Visions (1891).

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    N’y aura-t-il personne pour s’enchanter de la poétique Sonate pour violon et piano de 1927, dédiée à la mémoire de Gabriel Fauré, qu’illustra avec élégance et intention la violoniste Marie-Thérèse Ibos, nièce du compositeur accompagnée par Ina Marika au piano. On y trouve, en son Andante, une rémanence d’un thème qui apparait dans Crépuscules d’automne et Poèmes arabes, et « chaque fois ce thème nous parle de volupté, de passion contenue, de rivages lointains 11 ». Musique du soir, de la nuit, de la mer, de la femme…

    Qui enregistrera enfin la version moderne de cette ensorcelante Habanera, si élégamment défendue autrefois par Piero Coppola (en 1930) ou Charles Münch (en 1944) à la tête de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire ? Que penser de la frilosité ou de l’ignorance de nos chefs figés à l’idée même d’avoir à s’illustrer dans la conduite de chefs-d’œuvres certifiés bien que méconnus.

    Si Aubert emporte le record de parcimonie en matière d’abondance vis à vis de son camarade de la classe de Fauré, Maurice Ravel, il dépasse cependant Paul Dukas ou Jean-Louis Florentz plus près de nous. Dire que le manque d’abondance tire au manque de souffle ne trouve, dans aucun de ces cas, justification. Cette parcimonie montre davantage une exigence qui honore beaucoup ces artistes accomplis. Leurs univers poétiques et artistiques existent de manière si constante que la nécessité de le prouver par la création ne se fait pas sentir chez eux autant que chez les démonstrateurs, les besogneux où les marchands du temple auxquels fait explicitement allusion Robert Bernard dans son hommage au compositeur dans la Revue Musicale 12.

    Si Aubert emporte, sur son camarade de la classe de Fauré, Maurice Ravel, le record de parcimonie, il dépasse cependant Paul Dukas ou, plus proche de nous, Jean-Louis Florentz. Dire que le manque d’abondance tire au manque de souffle ne trouve, dans aucun de ces cas, justification. Cette parcimonie montre davantage une exigence qui honore beaucoup ces artistes accomplis. Leur univers poétiques et artistiques existent de manière si constante que la nécessité de le prouver par la création ne se fait pas sentir chez eux autant que chez les démonstrateurs, les besogneux où les marchand du temple auxquels fait explicitement allusion Robert Bernard dans son hommage au compositeur dans la Revue Musicale 13.

    Aubert est un orchestrateur de premier ordre. Il le fut pour lui-même, il le fut pour les autres. La finesse de son oreille et sa connaissance précise et exceptionnelle du métier lui donnait cette capacité d’utiliser toutes les nuances de l’orchestre et de s’en servir en magicien. C’est le respect du message, du sens profond véhiculé par l’œuvre, qui le préserva, avec constance, des tentations de démonstrations éclatantes, inutiles et gratuites. Jamais ne s’adonna-t-il au jeu d’apprenti sorcier, seule l’inspiration guidait, avec une parcimonie réfléchie et méditée, sa démarche toute aristocratique que tous s’accordent à lui reconnaître. Ainsi que l’exprime parfaitement Robert Bernard « Louis Aubert… semble présenter un cas très rare, sinon unique, dans l’histoire de la musique, par le dosage merveilleusement équilibré de ces éléments qui s’opposent en général : le raffinement de la pensée, son expression totalement sincère et farouchement probe, d’une part, et, d’autre part, la pleine possession de la technique, de ce métier qui confine à la virtuosité 14 ».

    De concert avec l’auteur de La Revue Musicale, nous dirons : « Certainement, Aubert préfère être lu mille fois par un seul ; et, en tous cas, il a des admirateurs qui vivent dans l’intimité de son œuvre et qui savent que la beauté de la plupart des œuvres d’une haute valeur, ne se révèle dans sa plénitude que lorsqu’on l’étudie de près, qu’on s’en assimile les moindres intentions 15 ».

    ΨΨΨ

    « Simple et subtilissime tout ensemble… N’eût-il écrit que Sillages, les Poèmes arabes et la Sonate pour piano et violon, Louis Aubert serait déjà l’un des plus grands musiciens français. C’est peu dire que l’élégance de son

    11 Vladimir Jankélévitch, ibid., P. 17 & 18. 12 Robert Bernard, Ibid., p. 130.
    13 Robert Bernard, Ibid., p. 130.
    14 Robert Bernard, Ibid., p. 130.

    15 Robert Bernard, Ibid., p. 132.

    4

    écriture est souveraine et son goût pour ainsi dire infaillible, qu’il n’a ignoré aucun des suprêmes raffinements de la délectation sonore… Il y a chez cet artiste exquis, si épris d’ordre et de mesure, une certaine violence contenue que le souci de la forme ne suffit pas toujours à réprimer… Aussi la fougue alterne-t-elle dans ces pages tourmentées avec la rêverie indolente et le douloureux appassionato avec la volupté nonchalante… C’est une fine oreille que Louis Aubert ! Mais s’il n’était que cette fine oreille, il ne nous toucherait pas comme il nous touche… car celui qui n’est pas ému n’est pas non plus émouvant. Le plus important chez Louis Aubert, ― plus important que l’oreille, plus important que tout, c’est le cœur 16… ».

    Lors d’un entretien radiophonique de 1953, avec Georges Charbonnier, c’est Aubert lui-même qui confessait :

    Au fond pour moi, la musique est avant tout humaine, je ne vous le cache pas…

    16 Vladimir Jankélévitch, ibid., p. 20.

    5

    …

    Louis Aubert : un compositeur qu’il nous faut donc impérativement redécouvrir !!

    …

    …

    Et quelle intelligence ultra-sensible de la musique caractérise décidément la parfaite droiture du subtil et profond, fluide et si élégant jeu de piano d’Aline Piboule !

    C’est superbe de douce autorité et plus parfaite évidence musicale…

    Merci !

    …

    Ce mercredi 6 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa