Catégorie : Histoire

  • Ravissement du « Venez, chère ombre » d’Eva Zaïcik et du Consort (dirigé par Justin Taylor) : ou l’heureuse reviviscence de la cantate française, à l’orée du XVIIIème siècle

    Quel enchantement d’écouter

    le chant parfait d’Eva Zaïcik _ avec quel timbre idéal ! et quelle qualité de diction ! _,

    sertie dans le jeu idoine du Consort

    _ que dirige du clavecin ou de l’orgue le claviériste Justin Taylor _,

    dans le répertoire trop longtemps délaissé

    _ depuis quelques vingt-cinq ans à peu près… _

    de la cantate _ et de la cantatille _ française(s),

    apparu à l’orée du XVIIIème siècle ;

    …

    en un mieux qu’épatant : splendide !

    CD Alpha 439.

    …

    …

    Les compositeurs interprétés ici sont :

    …

    Louis-Antoine Lefebvre (c. 1700 – 1763),

    Michel Pignolet de Montéclair (1667 – 1737),

    Philippe Courbois (fl. 1705 – c. 1730),

    et Louis-Nicolas Clérambault (1676 – 1749)…

    …

    …

    Nous sommes ici au cœur de l’art français de la musique…

    …

    Et interprété idéalement

    par ces jeunes artistes :

    …

    avec l’incomparable Eva Zaïcik,

    et l’excellent Justin Taylor,

    …

    les violons baroques de Théotime Langlois de Swarte et Sophie de Bardonnèche,

    la viole de gambe de Sophie Pierrard _ formant l’ensemble Le Consort _,

    …

    et avec l’appoint du traverso d’Anna Besson,

    de la viole de gambe de Lucile Boulanger

    et du théorbe de Thibaut Roussel…

    …

    …

    Une relève bien assurée !

    …

    Et un récital superbement vivant et réussi,

    d’une justesse absolue d’interprétation !

    _ avec ce qu’il y faut de tendresse…

    …

    …

    Ce mardi 29 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’exposition « Espagnols rouges » (travailleurs forcés durant la Seconde Guerre Mondiale) à l’Espace Darwin à Bordeaux-Bastide à partir du vendredi 8 février prochain

    Mon ami l’historien allemand Peter Gaida,

    spécialiste des travailleurs forcés durant la Seconde Guerre Mondiale,

    …

    me prie de bien vouloir diffuser l’information selon laquelle

    l’exposition Espagnols rouges

    …

    dont il est l’un des maîtres d’œuvre

    _ avec Antonio Munoz-Sanchez (Lisbonne) et Jean-François Berdah (Toulouse) _

    et dont le vernissage aura lieu le vendredi 8 février prochain, à 17 heures 30, à l’Espace Darwin, à Bordeaux-Bastide,

    …

    sera visible en ce lieu du vendredi 8 février au lundi 8 avril 2019.

    …

    Il s’agit là d’une exposition itinérante.

    …
    …

    Ce lundi 28 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une nouvelle pépite d’or de La Compagnia del Madrigale : le CD Cipriano de Rore « Vieni, dolce Imeneo » _ ou la perfection de l’interprétation

    Pas un seul des CDs

    de La Compagnia del Madrigale

    qui ne soit décidément un pur chef d’œuvre !

    …

    …
    Et celui qui paraît ce mois de janvier

    ne déchoit pas davantage que les précédents

    _ je veux dire leurs merveilleux et sublimes CDs Gesualdo, Marenzio, Monteverdi, L’arte del Madrigale, tous parus chez Glossa ;

    et leur Orlando furioso, paru chez Arcana _

    à cette règle de constat _ admiratif ! _ de fait !

    …

    …

    Celui de ce jour

    est un CD consacré à l’œuvre de Cipriano de Rore,

    et est intitulé Vieni, dolce Imeneo _ Madrigali ;

    …

    soit le CD Glossa GCD 922808.

    …

    …

    Ici, je me permets un simple rappel de dates

    concernant ces compositeurs

    auxquels La Compagnia a consacré ces si somptueux enregistrements,

    …

    dans l’horizon de leurs rapports de filiations _ artistiques _,

    auprès des cours des _ si raffinées _ principautés italiennes

    de la Renaissance _ et de la naissance du Baroque _,

    …

    au premier chef, celle des Este à Ferrare,

    mais aussi, celle des Gonzague à Mantoue, et celle des Farnese à Parme :

    …

    …

    Cipriano De Rore (Renaix/Ronse, 1515/16 – Parme, 1565) ;

    Luca Marenzio (Coccaglio, près Brescia, 1553 – Rome, 1599) ;

    Carlo Gesualdo (Venosa, 1566 – Gesualdo, 1613) ;

    Claudio Monteverdi (Crémone, 1567 – Venise, 1643).

    …

    …

    A cette liste,

    …

    j’ajouterais pour ma part,

    à titre de jalons intermédiaires

    entre Cipriano de Rore (décédé en 1565) et Luca Marenzio (né en 1553),

    …

    les noms de compositeurs décisifs, eux aussi,

    dans le raffinement _ inouï _ des cours de ces principautés italiennes,

    _ d’abord celle des Este à Ferrare,`

    mais aussi celle des Gonzague à Mantoue

    et celle des Farnese à Parme, j’insiste là-dessus _ ;

    …

    ainsi que dans la composition de madrigaux,

    …

    tels que

    Giaches de Wert (Bornem, 1535 – Mantoue, 1596)

    et Luzzasco Luzzaschi (Ferrare, c. 1545 – Ferrare, 1607),

    …

    tous deux très effectivement élèves de Cipriano de Rore à Ferrare,

    où celui séjourna, de 1547 à 1559, auprès du duc

    _ modèle d’esthète-mécène d’un extrême raffinement (et en tous les arts) pour toute l’Europe ! _

    Hercule II d’Este (1508 – 1559)

    _ dont l’épouse était Renée de France (1510 – 1574),

    fille du roi de France Louis XII (1462 – 1515),

    et sœur de la reine Claude (1499 – 1524), la première épouse de François Ier (1494 – 1547) _ :

    …

    peut-être pour de futurs _ voire prochains _ enregistrements

    de La Compagnia del Madrigale…

    …

    …

    Cf aussi mes récents articles du 24 juin

    et du 14 juillet derniers (2018)

    à propos de CDs consacrés à l’œuvre de Cipriano de Rore.

    …

    …

    Quelle chance de pouvoir physiquement _ sonorement, je veux dire _ jouir de telles musiques

    en de telles sublimes interprétations !!!

    …

    …

    Ce dimanche 20 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ecouter Jean Fournet (et François-Xavier Roth) dans le Prélude à l’après-midi d’un faune, de Claude Debussy, à partir de Stéphane Mallarmé

    Pour évaluer avec assez grande justesse

    la présente interprétation _ si heureuse ! Quelle splendeur !

    et enregistrée par Harmonia Mundi à laPhilharmonie de Paris en janvier 2018_

    par Les Siècles et François-Xavier Roth

    du Prélude à l’après-midi d’un faune

    de Claude Debussy (1862 – 1918)

    …

    _ la première de l’œuvre eut lieu le 22 décembre 1894 à la Société nationale de musique _

    …

    dans le merveilleux CD/DVD Harmonia Mundi HMM 905291

    qui vient tout juste de paraître

    …

    _ cf mon article du vendredi 11 janvier dernier :

    … _,

    …

    vient nous fournir un excellent criterium de comparaison

    une bien reconnue version de référence :

    …

    celle de Jean Fournet

    _ élégant, précis et sans esbroufe _,

    avec le magnifique Concertgebouworkest d’Amsterdam,

    …

    enregistrée par Decca au mois de juin 1959,

    …

    et telle que nous la propose le CD Decca Eloquence 482 4959.

    …

    …

    Il faut bien reconnaître que l’œuvre de Debussy

    est idéalement servie

    dans ces deux interprétations,

    toutes deux d’exception !

    …

    Jean Fournet

    est paisible et tendrement lumineux ;

    …

    et François-Xavier Roth

    d’une précision de poésie renversante et envoûtante.

    …

    …

    Et voici le poème de Stéphane Mallarmé :

    …

    …

    LE FAVNE

    Ces nymphes, je les veux perpétuer.

    Si clair,
    Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air
    Assoupi de sommeils touffus.

    Aimai-je un rêve ?

    Mon doute, amas de nuit ancienne, s’achève
    En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais
    Bois mêmes, prouve, hélas ! que bien seul je m’offrais
    Pour triomphe la faute idéale de roses.

    Réfléchissons..

    ou si les femmes dont tu gloses
    Figurent un souhait de tes sens fabuleux !
    Faune, l’illusion s’échappe des yeux bleus
    Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste :
    Mais, l’autre tout soupirs, dis-tu qu’elle contraste
    Comme brise du jour chaude dans ta toison !
    Que non ! par l’immobile et lasse pâmoison
    Suffoquant de chaleurs le matin frais s’il lutte,
    Ne murmure point d’eau que ne verse ma flûte
    Au bosquet arrosé d’accords ; et le seul vent
    Hors des deux tuyaux prompt à s’exhaler avant
    Qu’il disperse le son dans une pluie aride,
    C’est, à l’horizon pas remué d’une ride,
    Le visible et serein souffle artificiel
    De l’inspiration, qui regagne le ciel.

    Ô bords siciliens d’un calme marécage
    Qu’à l’envi des soleils ma vanité saccage,

    Tacite sous les fleurs d’étincelles, contez
    » Que je coupais ici les creux roseaux domptés
    » Par le talent ; quand, sur l’or glauque de lointaines
    » Verdures dédiant leur vigne à des fontaines,
    » Ondoie une blancheur animale au repos :
    » Et qu’au prélude lent où naissent les pipeaux,
    » Ce vol de cygnes, non ! de naïades se sauve
    » Ou plonge.. »

    Inerte, tout brûle dans l’heure fauve
    Sans marquer par quel art ensemble détala
    Trop d’hymen souhaité de qui cherche le la :
    Alors m’éveillerai-je à la ferveur première,
    Droit et seul, sous un flot antique de lumière,
    Lys ! et l’un de vous tous pour l’ingénuité.

    Autre que ce doux rien par leur lèvre ébruité,
    Le baiser, qui tout bas des perfides assure,
    Mon sein, vierge de preuve, atteste une morsure
    Mystérieuse, due à quelque auguste dent ;

    Mais, bast ! arcane tel élut pour confident
    Le jonc vaste et jumeau dont sous l’azur on joue :
    Qui, détournant à soi le trouble de la joue
    Rêve, dans un solo long, que nous amusions
    La beauté d’alentour par des confusions
    Fausses entre elle-même et notre chant crédule ;
    Et de faire aussi haut que l’amour se module
    Évanouir du songe ordinaire de dos
    Ou de flanc pur suivis avec mes regards clos,
    Une sonore, vaine et monotone ligne.

    Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne
    Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m’attends !
    Moi, de ma rumeur fier, je vais parler longtemps
    Des déesses ; et, par d’idolâtres peintures,
    À leur ombre enlever encore des ceintures :
    Ainsi, quand des raisins j’ai sucé la clarté,
    Pour bannir un regret par ma feinte écarté,

    Rieur, j’élève au ciel d’été la grappe vide
    Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide
    D’ivresse, jusqu’au soir je regarde au travers.

    Ô nymphes, regonflons des souvenirs divers.
    » Mon œil, trouant les joncs, dardait chaque encolure
    » Immortelle, qui noie en l’onde sa brûlure
    » Avec un cri de rage au ciel de la forêt ;
    » Et le splendide bain de cheveux disparaît
    » Dans les clartés et les frissons, ô pierreries !
    » J’accours ; quand, à mes pieds, s’entrejoignent (meurtries
    » De la langueur goûtée à ce mal d’être deux)
    » Des dormeuses parmi leurs seuls bras hasardeux ;
    » Je les ravis, sans les désenlacer, et vole
    » À ce massif, haï par l’ombrage frivole,
    » De roses tarissant tout parfum au soleil,
    » Où notre ébat au jour consumé soit pareil.
    Je t’adore, courroux des vierges, ô délice
    Farouche du sacré fardeau nu qui se glisse

    Pour fuir ma lèvre en feu buvant, comme un éclair
    Tressaille ! la frayeur secrète de la chair :
    Des pieds de l’inhumaine au cœur de la timide
    Que délaisse à la fois une innocence, humide
    De larmes folles ou de moins tristes vapeurs.
    » Mon crime, c’est d’avoir, gai de vaincre ces peurs
    » Traîtresses, divisé la touffe échevelée
    » De baisers que les dieux gardaient si bien mêlée ;
    » Car, à peine j’allais cacher un rire ardent
    » Sous les replis heureux d’une seule (gardant
    » Par un doigt simple, afin que sa candeur de plume
    » Se teignît à l’émoi de sa sœur qui s’allume,
    » La petite, naïve et ne rougissant pas :)
    » Que de mes bras, défaits par de vagues trépas,
    » Cette proie, à jamais ingrate, se délivre
    » Sans pitié du sanglot dont j’étais encore ivre.

    Tant pis ! vers le bonheur d’autres m’entraîneront

    Par leur tresse nouée aux cornes de mon front :
    Tu sais, ma passion, que, pourpre et déjà mûre,
    Chaque grenade éclate et d’abeilles murmure ;
    Et notre sang, épris de qui le va saisir,
    Coule pour tout l’essaim éternel du désir.
    À l’heure où ce bois d’or et de cendres se teinte
    Une fête s’exalte en la feuillée éteinte :
    Etna ! c’est parmi toi visité de Vénus
    Sur ta lave posant ses talons ingénus,
    Quand tonne un somme triste ou s’épuise la flamme.
    Je tiens la reine !

    Ô sûr châtiment..

    Non, mais l’âme

    De paroles vacante et ce corps alourdi
    Tard succombent au fier silence de midi :
    Sans plus il faut dormir en l’oubli du blasphème,

    Sur le sable altéré gisant et comme j’aime
    Ouvrir ma bouche à l’astre efficace des vins !

    Couple, adieu ; je vais voir l’ombre que tu devins.

    …

    …

    Ce lundi 14 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa