Catégorie : Histoire

  • Un remarquable article de Maïa Mazaurette : « Pourquoi les corps masculins sont-ils invisibles ? »

    Un très remarquable _ et passionnant _ article de Maïa Mazaurette

    dans le Magazine du Monde de ce dimanche 5 août :

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    Pourquoi les corps masculins sont-ils invisibles ?

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    Pourquoi les corps masculins sont-ils invisibles ?

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    L’été, les corps nus des hommes sont partout, mais personne ne les voit _ du moins en apparence ; on y fait silence !

    A contrario, celui des femmes est toujours objet de commentaires _ en effet ! _ même sous douze couches de vêtements, remarque Maïa Mazaurette,

    qui invite les hommes à réfléchir à leur propre érotisation _ voilà !

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    LE MONDE | 05.08.2018 à 06h28 |Par Maïa Mazaurette

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    Le corps des femmes avait bien mérité sa trêve estivale, mais manifestement, le sexisme ne prend pas de vacances, et profite du hashtag #jesuiscute pour se poser en terrasse.

    Rappel des faits : la modèle érotique Manny Koshka ironisait la semaine dernière sur la « police des mœurs Twitter » – désignant ces usagers s’improvisant père la morale devant le moindre selfie féminin vaguement dénudé, et dont les recommandations vont du paternalisme (« tu regretteras plus tard ») à la pruderie (« tu en montres trop ») en passant par la protection des mineurs (« des enfants pourraient voir tes seins »).

    Les propos de Manny Koshka ont été relayés par d’autres femmes, qui ont rappelé preuve à l’appui que leur corps leur appartenait et qu’elles ont le droit de le montrer.

    La police des mœurs en question n’a pas tardé à réagir : « rhabille-toi », « t’es une pute », et autres noms d’oiseaux…

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    Mais pendant que Twitter s’écharpe, les hommes exhibent _ oui _ leur torse sur la plage, au sport, dans la rue, au supermarché, lors des festivals, et même sur les réseaux sociaux. Ils montrent leurs fesses en public, pour provoquer ou rigoler. Ils dessinent des pénis sur les murs des bars. Grâce aux hormones/au surpoids/à la gonflette, certains de ces hommes ont des seins. Tous possèdent des tétons. Ces rhabilleurs de femmes ne sont pas les derniers à envoyer des photos de leur sexe à des inconnues (un quart des hommes millenials ont déjà envoyé une dick pic, et plus de la moitié des femmes de cette génération en ont reçu, selon l’institut Yougov en 2017).

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    Corps masculins exhibés mais invisibles

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    A quoi est dû cet aveuglement _ de silence / discours _ sélectif ? La première raison tient de l’homophobie intériorisée _ = inhibée. Nos codes contemporains _ = clichés encouragés et obligés : prescriptifs _ considèrent la séduction comme appartenant aux femmes, par droit naturel _ qui n’existe pas ailleurs que dans l’idéologie. L’art de plaire constitue leur production esthétique exclusive – leur peinture, leur cinéma, leur niche culturelle. Du coup, tout homme s’arrogeant ces compétences « féminines » prend le risque d’être assimilé à une femme, ce qui ferait de lui mathématiquement un homosexuel (si ce raccourci vous semble étrange, bienvenue au club).

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    Ce jugement s’applique avec la même sévérité aux hommes qui cherchent à séduire des femmes avec leur corps. On se moque des « beaux gosses » adeptes de codes ultravirils (gros muscles, gros tatouages), car comme chacun sait, le vrai mâle se contente de séduire par son glorieux intellect. On appelle « frivolité » les savoirs traditionnellement féminins, pour bien délimiter le champ des connaissances légitimes. La parade amoureuse est un truc de gonzesse _ à masquer.

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    Ne pas se soumettre au désir féminin

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    Ce constant rappel à l’ordre porte ses fruits : les hommes font implicitement le choix de se soumettre aux codes du masculin plutôt qu’au désir féminin, quitte à perdre des opportunités sentimentales et sexuelles. Faute de moyens physiques de se mettre en valeur, certains finissent par justifier le harcèlement (il n’y aurait pas d’autre moyen d’attirer l’attention des femmes). Et faute de combattants et de transmission, les compétences esthétiques masculines restent limitées : les rues sont grises, les tenues ternes. On n’essaie même pas.

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    Car dans cet imaginaire masculin curieusement passif, les beaux ont de la chance, les moches manquent de chance. C’est la nature. Y’a rien à faire. Les moins favorisés se moquent avec amertume des mieux lotis, comme ces « incels » (célibataires involontaires) qui appellent les beaux garçons des « Chads ». La tradition féminine, au contraire, considère la génétique comme le début de la conversation. Les femmes peuvent (doivent) toujours faire quelque chose pour s’améliorer (quitte à dépenser des fortunes pour passer sur le billard).

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    Cette attitude repose sur une autre construction intellectuelle : l’idée que la partie serait perdue d’avance parce que les femmes sont le beau sexe, tandis que les hommes seraient laids et/ou hilarants (quoi de plus rigolo que de montrer son pénis ?). En conséquence de quoi toute séduction physique est inutile. Le French lover est mort, s’il a jamais existé en dehors de la littérature. Le corps masculin serait d’ailleurs si peu érotique que les femmes, pas folles, se ficheraient des apparences masculines. Comme le démontre leur consommation de porno gay, de boy’s bands, ou de films avec Brad Pitt ?

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    Cette désincarnation des hommes ne relève pas du simple problème théorique : il s’agit d’une négation quotidienne, rabâchée, harassante, du désir féminin, considéré comme « mystérieux ». Le mystère a bon dos ! Cette indifférence à soi-même se retourne en outre contre ses instigateurs. Elle est au moins partiellement responsable des crashs de libido : en l’absence d’autoérotisation des maris, amants, petits amis, rien ne vient remplacer la passion sexuelle des débuts lorsqu’elle s’essouffle. Or on ne peut pas demander les résultats du désir sans susciter le désir, de même qu’on ne peut pas réclamer plus d’interactions charnelles sans considérer sa propre chair. Ces corps uniformes produisent des lassitudes logiques, des cercles vicieux destructeurs (pourquoi s’embêter quand son conjoint ne fait aucun effort ?).

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    Comble du paradoxe, on a entendu pendant les hautes heures du mouvement #metoo les hommes se plaindre… de ne pas être assez érotisés : « moi, j’adorerais qu’on me harcèle » (à ceux qui ont prononcé ou pensé cette phrase : je vous garantis que non). Du coup, les paresses masculines seraient en fait la faute des femmes (aaaah). Franchement ? Non. Même si les femmes pourraient effectivement investir plus sérieusement le champ de l’érotisation des hommes (par l’art, notamment), c’est aux hommes de faire exister leur corps dans l’espace public. C’est aux hommes de résister contre une forme de sexisme qui sabote leur confiance, leurs opportunités et leur libre individualité. Le moment est parfaitement choisi pour entamer cette révolution : il y a de la place aux côtés des défenseuses de #jesuiscute, et en plus, il fait beau.
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    Ce dimanche 5 août 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • Un très réussi « San Marco di Venezia », par l’ensemble Les Traversées baroques

    Un très réussi CD San Marco di Venezia, (CD Accent ACC 24345)

    par Les Traversées baroques,

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    avec au programme des œuvres de

    Giovanni Bassano (1551 – 1617),

    Giovanni Gabrieli (1557 – 1612),

    Andrea Gabrieli (1532/33 – 1585)

    & Claudio Merulo (1533 – 1604).

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    Voici le compte-rendu qu’en donnait il y a deux jours, le site Res Musica,

    sous le titre Les Joyaux de l’Âge d’Or de la Musique de la Renaissance à Venise,

    sous la plume de Maciej Chiżyński :

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    « San Marco di Venezia – The Golden Age ».

    Œuvres de : Giovanni Bassano (1551-1617) ; Giovanni Bassano (1551-1617) / Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594) ; Giovanni Gabrieli (1557-1612) ; Andrea Gabrieli (1532/33-1585) ; Claudio Merulo (1533-1604).

    Les Traversées Baroques : Anne Magouët et Capucine Keller, sopranos ; Paulin Bündgen et Pascal Bertin, altos ; Hugues Primard et Vincent Bouchot, ténors ; Renaud Delaigue, basse ; Judith Paquier et Sarah Dubus, cornets à bouquin ; Claire McIntyre, Abel Rohrbach et James Wigfull, sacqueboutes ; Monika Fischaleck, basson ; Laurent Stewart, orgue ; direction : Étienne Meyer.

    1 CD Accent.

    Enregistré en juillet 2017 en l’église Saint-Martin de Hoff à Sarrebourg (pièces pour voix et instruments à vents) et en octobre 2017 en l’église « del Santissimo Corpo di Cristo » de Valvasone en Italie (pièces pour orgue seul).

    Textes de présentation en anglais, allemand et français, de Denis Morrier.

    Durée : 71:30

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    San Marco di VeneziaPour leur nouveau disque, les Traversées Baroques proposent un fascinant panorama de la musique de la Renaissance italienne, en nous emmenant dans un voyage imaginaire à la basilique Saint-Marc de Venise, où furent vraisemblablement créées, ou du moins exécutées, les œuvres à partir desquelles ce programme est construit.

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    Si la conception du projet n’est pas innovante dans la mesure où d’autres réalisations semblables à celle-ci ont déjà vu le jour – que ce soit sous la direction de Paul McCreesh ou, plus récemment, de Robert Hollingworth – cet album est unique, et ce, non seulement par le choix du répertoire, mais aussi par l’impact dramatique qui résulte de l’ordonnancement du programme qu’il offre. Les Traversées Baroques abordent ici des partitions plus ou moins connues, élaborées par des artistes ayant eu affaire à ladite basilique. Pour la plupart d’entre eux, comme les Gabrieli et Giovanni Bassano, ce rapport est évident. Pour d’autres, moins, notamment pour Claudio Merulo qui en 1584 quitta Venise, en abandonnant son poste du premier organiste de Saint-Marc (fonction de musique comptant alors parmi les plus prestigieuses d’Italie), et dont les Canzoni ne furent éditées que dans les années 1590, ce qui ne signifie pas, bien évidemment, qu’elles n’avaient pas été écrites à l’époque où cet instrumentiste vivait dans la « Cité des Eaux ». Il est de nos jours difficile de préciser quand elles ont réellement été composées. Et il est plus difficile encore de déterminer quand le bouquet d’œuvres réunies ici a pu être joué dans cet assemblage. Deux hypothèses sont envisageables à ce sujet : soit à la fin du XVIe siècle, soit au début du siècle suivant, mais sans doute quelque part à la charnière de la Renaissance et du Baroque (le motet Confitebor tibi Domine de Giovanni Gabrieli, également gravé sur ce disque, n’a été publié pour la première fois qu’en 1615). Cette deuxième supposition nous paraît, cependant, un peu moins probable car le stile moderno, dont Claudio Monteverdi – maître de chapelle à la basilique à partir de 1613 – était un vulgarisateur de premier plan, aura bientôt commencé à occuper une position dominante par rapport à la prima prattica dont les pages interprétées témoignent.

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    Pour ce qui est des exécutions données par les Traversées Baroques, nous sommes saisis par l’élégance du style et l’opulence sonore permettant de redécouvrir les splendeurs de l’âge d’or de la musique de la Renaissance tardive. À l’écoute du disque, notre attention ne faiblit pas, car ce programme est varié du point de vue de l’effectif des interprètes, ainsi que du caractère et de la dramaturgie des œuvres qu’ils abordent. C’est de cette façon que nous nous délectons aussi bien des morceaux dont l’exécution est arrangée pour voix et instruments (comme par exemple Vox Domini à 10 voix de ) que des compositions façonnées pour un petit ensemble instrumental (Canzon terza du même Gabrieli) ou pour orgue seul (trois Canzoni alla francese de ). Dès le début, on constate que les chanteurs sont sélectionnés avec soin, dans le sens où leur expression et leur sensibilité s’harmonisent entre elles en se complétant en termes de couleurs. Même pour l’émission vocale des contre-ténors, jamais forcée ou tubée, qui apparaissent ici en guise d’altos féminins afin de nous charmer par la finesse des timbres, ce qui n’est pas toujours le cas pour ce type de voix dans la musique sacrée, bien que leur participation soit pleinement justifiée car les falsettistes ne se produisaient jadis que dans les églises. Étienne Meyer, à la tête de la phalange, propose des tempi amples, stables et nobles (sans excès de lenteur), aptes à soutenir sinon à inspirer les solistes en vue d’élargir leur palette de nuances expressives et de rendre leur richesse émotive encore plus touchante, quoique relativement simple et modeste. Pour certaines pièces, ceux-ci se voient doublés par les vents qui, au reste, sont parfois les seuls à réaliser d’autres voix. Pour les instrumentistes, nous apprécions l’apport des cornets et des sacqueboutes dans ce répertoire, principalement pour la beauté et la plasticité des sons qu’ils produisent, aux teintes doucement ombragées, mais aussi vibrantes et perlées, voire cristallines.

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    En ce qui concerne les trois pièces d’orgue, dont la lecture est assurée par Laurent Stewart, elles ont été enregistrées à Valvasone en Italie sur l’instrument historique construit par Vincenzo Colombi en 1533. Étant donné que celui-ci a bâti, dans les mêmes années, un orgue un peu similaire, mais qui n’existe plus, dans la basilique Saint-Marc, ce choix s’avère plus que judicieux, d’autant plus qu’il s’agit d’ensembles de tuyaux dans un état parfait, et avec des sonorités lumineuses et chatoyantes pastel, qui conviennent particulièrement bien à cette musique.

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    Voici un très bon disque que devraient se procurer les amateurs de la musique de la Renaissance. La prise de son est pure et convenablement équilibrée. Pour les pièces d’orgue, l’espace étant plus limité, on entend une grande variété de détails, également le bruit de soufflets.

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    Ce jeudi 26 juillet 2018, Titus Curiosus – Francis -Lippa

     

  • La musique puissante de Viktor Ullmann (Teschen, 1-1-1898 – Auschwitz, 18-10-1944)

    Entendre à l’improviste quelques notes de la musique de Viktor Ullmann (Teschen, 1-1-1898 – Auschwitz, 18-10-1944) nous saisit : par sa puissance..

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    Il en va ainsi dès les premières notes du CD IBS 32018

    de l’opéra Der Kaiser von Atlantis oder Die Tod-Verweigerung, opus 49,

    de Viktor Ullmann (1898 – 1944), sur un livret de Peter Kien (1919 – 1944).

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    dans l’interprétation de l’Orchestre Musique des Lumières,

    sous la direction de Facundo Agudin,

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    avec les chanteurs

    Pierre-Yves Pruvot,

    Wassyl Slipak,

    Anna Wall,

    Natalie Perez

    & Sebastien Obrecht.

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    Ce lundi 23 juillet 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Prix du livre 2018 de l’organisation internationale de la vigne et du vin : « Les Vins de Bordeaux à l’épreuve de la Seconde Guerre Mondiale », de Sébastien Durand

    Sébastien Durand,

    que j’avais reçu à la Station Ausone le 6 juin 2017,

    m’informe très gentiment

    que son livre magnifique Les Vins de Bordeaux à l’épreuve de la Seconde Guerre Mondiale (aux Éditions Memoring)

    vient de recevoir le Prix du livre 2018 de l’Organisation internationale de la Vigne et du Vin.

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    Une belle reconnaissance !

    Pour un travail de fond qui fait date !!!

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    Ce dimanche 15 juillet 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa