Catégorie : Histoire

  • L’art en constant débat fécond et jouissif avec le réel, de même qu’avec lui-même, et selon une échelle de degrés divers d’ »artisticité » : au cœur et à la pointe du travail de penser l’art et les divers arts, de Bernard Sève en son magistral « Les Matériaux de l’art »…

    A la page 16 de son Introduction de son Les Matériaux de l’art« ,

    Bernard Sève présente le « primat _ voilà _ donné _ en son essai _ à la notion d’artisticité _ il en propose ainsi le concept _ sur la notion d’art » _ en ce travail sien de penser l’art (et les arts) qu’il se met alors à nous présenter _,

    et à la page suivante il avance l’affirmation puissante « d’une continuité d’artisticité, du « taux d’art » _ selon divers degrés… _ contenu dans les objets« , en précisant que « la question « cet objet est-il ou non de l’art ? » est remplacée par la question « quel est le degré d’artisticité de cet objet ? » ; l’art n’est  _ ainsi _ plus une essence, mais une variable » _ comportant toute une échelle de degrés qui seront forcément à évaluer, plus ou moins spontanément ou avec recul, par le goût (des amateurs d’art que nous sommes, plus ou moins, et à divers degrés, nous-mêmes…).

    …

    Des degrés d’artisticité dont Bernard Sève vient offrir _ aux pages 17-18 _ un exemple à l’appui :

    « Cet échelonnage de l’artisticité _ des diverses œuvres, et des divers artistes _ peut passer au travers même de l’œuvre entier d’un artiste. Delacroix _ en son « Journal« , à la date du 9 mai 1853 _ soutenait que Mozart et Racine étaient si parfaits _ en leur production _ qu’on n’en mesurait plus le génie _ quasi constant, donc, pour ce qui les concerne, selon Delacroix _, alors que Shakespeare et Beethoven, plus inégaux, laissaient voir, grâce à leurs moments faibles, la puissance de leur art » _ une puissance mise en œuvre afin de réussir à mieux atteindre et, à nouveau, se hisser à un taux supérieur d’artisticité, en leurs « moments forts« …

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    Et page 20, Bernard Sève détaille aussi ceci :

    « Selon moi, relève de l’art, toute pratique humaine effectuant diverses opérations _ qu’il va très précisément détailler, en six riches chapitres, au cours des 557 pages de ce travail passionnant _ sur des matériaux matériels ou immatériels, de telle sorte que ces pratiques ne se réduisent pas _hic saltus, hic Rhodus ! _ à une visée exclusivement utilitariste (qu’elles peuvent _toutefois parfois  _ accompagner dans une certaine mesure), qu’elles soient marquées _ à des degrés divers, donc _ par la richesse de la fantaisie, la liberté _ voire l’audace _ de l’imagination et le souci de cohérence _ réquisits de cette artisticité visée en leurs opérations spécifiques par les artistes _, et que les œuvres produites puissent susciter chez leurs récepteurs (lecteurs, auditeurs, spectateurs, etc.) des émotions spécifiques, elles-mêmes irréductibles aux dimensions vitales et utilitaires des émotions humaines. La notion d’artisticité s’en déduit« …

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    « L’art _ étant, et cela quasi constamment, d’abord en les artistes qui s’emploient à le produire _ en débat avec lui-même » _ comme avec le réel auquel l’art se confronte ainsi et répond…

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    Et pour cela, « partir du matériau _ voilà ! pour le penseur-philosophe qui s’emploie à penser et comprendre l’art en son effectivité _ me paraît _ méthodiquement _ conforme à la nature même de l’art _ c’est-à-dire la nature des opérations particulières très concrètement effectuées par les artistes eux-mêmes : Bernard Sève insistant aussi sur ce qu’il nomme, toujours page 16 : « l’ancrage de la réflexion (qu’il entreprend et va mener; lui, ici) dans le travail effectif des artistes, plutot que dans une doctrine philosophique préalable« .

    Ce concept _ de matériau, donc : à analyser en entrée de l’essai… _ commande toute la séquence artistique _ à laquelle vont se livrer très effectivement les successives opérations de l’artiste _ : au matériau répondent les outils et techniques utilisés pour le travailler, le corps et l’esprit qui manient les outils, les inévitables collaborations. C’est de la nature des matériaux utilisés que dépend en grande partie le destin ultérieur de l’œuvre  : sa fragilité, sa résistance aux divers types d’érosion, la nature des restaurations dont elle est susceptible, mais aussi sa capacité à faire l’objet d’usages seconds (remplois, citations, plagiats, et même les faux) » _ par des artistes ultérieurs…

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    Et même :

    « Ce que l’artiste aime d’abord, ce qui l’inspire, ce sont les matériaux » _ qu’il a là sous la main, et dont il apprend à disposer, peu à peu, à sa main… _, etc._, écrit Bernard Sève page 27, en ouverture de ce richissime essai.

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    « Les œuvres d’art présentent une valeur particulière (de quelque man!ère qu’on le comprenne), qui justifie en aval les pratiques de conservation-restauration et d’usage second, qui justifie en amont le temps, l’argent, la passion, je dirais même l’amour, que les artistes engagent dans leurs créations« , lit-on aussi page 13 ;

    ce qui confère aux œuvres d’art une singulière spécificité au sein à la fois des autres objets de la culture, et des réalités de la nature.

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    Demain mardi 14 janvier, à 18h00, à la Station Ausone de la librairie Mollat, rue de la Vieille-Tour, et pour la seconde conférence de la session 2024-2025 de notre chère Société de Philosophie de Bordeaux,

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    la joie de l’entretien sur le vif avec Bernard Sève sur son très beau travail de penser le plus réalistement et justement la création artistique à partir des usages non strictement ni exclusivement utilitaires de ses matériaux un peu durables _ matériels comme immatériels _ de départ…

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    Ce lundi 13 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En forme d’amuse-gueules à mon entretien d’après-demain mardi 14 janvier à la Station Ausone avec l’ami Bernard Sève à propos de son magistral « Les Matériaux de l’art », trois auteurs à lire ou relire : Cornelius Castoriadis (1922 – 1997), Thomas Munro (1897 – 1974) et Howard Becker (1928- 2023)…

    Afin de se mettre un peu en bouche les délices à venir, après-demain mardi 14 janvier 2025, à 18 h00, à la Station Ausone, et pour notre Société de Philosophie de Bordeaux, de ce que nous livrera l’ami Bernard Sève de son magistral « Les Matériaux de l’art«  (paru aux Editions du Seuil à l’automne 2023),

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    je propose ce jour de jeter un petit œil curieux en priorité au lucidissime « Histoire et création » de l’incontournable Cornelius Castoriadis (Constantinople, 11 mars 1922 – Paris 7e, 26 décembre 1997)

    _ dont est cité , aux pages 554-555 de la Conclusion générale de ce livre de Bernard Sève, ceci de décisif pour caractériser l’essentiel de l’activité créatrice artistique : « Une reprise perpétuelle du donné (tenant compte de ses lourdeurs, de sa résistance, de ses « lois propres », etc.) est constamment possible. Cet état n’a rien de mythique. C’est celui qui est constamment réalisé _ mais oui ! _ dans toute œuvre de création. Lorsque Bach écrit une Passion, il ne fait rien d’autre. La liberté de création ne consiste pas à se placer dans une situation de liberté abstraite par rapport aux moyens et aux formes (liberté imaginaire et fantasmatique) de la musique _ elle ne consiste donc pas à faire ce qui serait en fait sortir de la musique et à considérer toute musique et même toute expression comme radicalement contingente : elle consiste à dominer les moyens effectivement disponibles _ reçus, hérités _ (et à en créer éventuellement d’autres) _ voilà ! _ pour leur faire servir son intention, pour en faire l’expression adéquate d’un contenu _ contenu qui est vécu _ par l’artiste _ comme vérité absolue » ;

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    ce dont Bernard Séve tire immédiatement ceci, aux pages 555-556 de cette Conclusion générale : « Le déjà-là, dans ma lecture de ce texte, est constitué aussi bien par les matériaux disponibles que par les conditions sociales de la création artistique. Il conditionne, sans la dominer, la création. La distinction entre conditionner et dominer _ et aliéner _ est fondamentale : le déjà-là qui conditionne mon action est à la fois _ oui _ un appui et une résistance, mais il ne s’agit pas d’une instance de domination. Le matériau et les conditions sociales structurent a priori l’activité artistique, mais l’artiste sait maîtriser ces conditions, exploiter leurs possibilités et impossibilités, et élargir _ voilà _ son champ d’opération grâce à la puissance et, plus encore, l’audace de son imagination _ la faculté fondamentale d’imageance, selon le mot que je me suis permis de forger à partir des très riches travaux de mon amie Marie-José Mondzain. Pourtant, il faut bien qu’il y ait du non-conditionné dans la création artistique ; dans le cas contraire, les conditions sociales et idéologiques dviendraient dominatrices et, partant, aliénantes. Ce non-conditionné consiste en sa liberté, son imagination, son audace _ telles sont les clés de création de l’art par l’artiste véritablement créateur.

    Les réalités humaines dans lesquelles apparaît manifestement _ avec éclat et sentiment de beauté _ du non-conditionné sont _ en effet _ les œuvres d’art, et ce aux différents étages de notre analyse _ de ce livre de Bernard Sève, en ses chapitres I à VI _ : matériaux, outils et techniques, usages du corps humain, collaboration et coopérations, présentation et conservation-restauration des œuvres, usages seconds. A ces six niveaux doit s’en ajouter un septième _ et crucial ! _, qui les traverse tous : l’invention d’arts nouveaux, la réinvention des arts anciens. (…) C’est parce que l’humanité invente l’art qu’elle invente _ aussi _ une diversité d’arts _ consubstantiellement liés : l’art vrai étant toujours ouverture fondamentale au divers de l’altérité d’un réel. La diversité des pratiques, des arts et des œuvres, bien loin de compromettre l’intelligibilité de l’art, est en réalité condition de cette intelligibilité _ par les liens et échanges nourris qui y sont en permanence noués et reliés. C’est le foisonnement quelque peu chaotique des arts et des pratiques artistiques qui permet, si l’on comprend qu’il est une clé et non un problème, de s’approcher au plus près du noyau de l’artisticité _ qui comporte, ensuite, bien des degrés….

    Car cette diversité des arts et des pratiques n’est pas pure dispersion. (…)

    Avec ces « trois conséquences : que les mêmes questions peuvent être posées à tous les arts, que les relations entre les arts se nouent dans les œuvres _ mêmes _ des artistes (par les synthèses de l’hétérogène, les pratiques d’hybridité et les usages seconds _ qui y sont très effectivement opérés _), et qu’en art tout est possible en des temps et des lieux différents.

    Des proximités inattendues apparaissent alors, au fil des questions posées : les battles de rap voisinent avec le ballet classique » ; etc., etc.

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    Et finalement ceci, page 557 :

    « L’impossibilité de constituer un système des arts fixe et cohérent tient non pas à la diversité des arts, mais au fait que cette diversité ne peut pas être fixée par un nombre fini _ et clos _ de paramètres. Si système il pouvait y avoir, ce serait un système mobile, en perpétuelle évolution, et qui devrait se déployer dans un espace en expansion et à n dimensions. Et puis l’histoire n’est pas finie. L’artiste invente, et les inventions futures ne sont pas anticipables par aucune philosophie _ nécessairement humble.

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    La richessse d’invention artistique de l’humanité est impressionnante et presque effrayante, comme peut l’être une tempête. Mais la tempête n’exprime que la force démesurée de la nature, quand l’immense diversité des arts et la diversité plus immense encore des œuvres expriment la puissance démesurée de la liberté humaine _ ici à l’œuvre. Il y a là quelque chose de sublime, assurément » _ oui, cf ici les justes analyses de Baldine Saint-Girons.

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    Mais aussi aux très intéressants « Les Arts et leurs relations mutuelles » de Thomas Munro (Omaha, 15 février 1897 – Sarasota, 14 février 1974) _ dont la phrase de base « L’important est la différence entre l’état où l’artiste prend le matériau, et celui où il le laisse » sert d’exergue à l’Introduction, à la page 9 du livre de Bernard Sève _

    et « Les Mondes de l’art » d’Howard Becker (Chicago, 18 avril 1928 – San Francisco, 16 août 2023) _ dont est citée, à la page 17 de cette même Introduction, la phrase-clé : « Il est réaliste d’appréhender l’artistique selon une variable continue, et d’échelonner _ voilà, selon divers degrés _ les objets plutôt que de s’en tenir à la dichotomie _ inadaptée _ de l’art et du non-art« … _,

    qui comptent probablement parmi les plus pertinents des analystes de la complexité et richesse des pratiques artistiques, en la formidable diversité de leur aspects,

    et dont les méthodes de penser comptent parmi les plus réalistes pour pénétrer le sens de ces pratiques artistiques, en leur impérieuse factuelle _ de plus en plus ouverte et inventive au fil des temps _ effectivité…

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    Ce travail d’analyses ultra-fines extrêmement détaillées, et en une amplitude de connaissances quasi infinie, accompagné de formidables qualités de synthèse d’exposition _ pour un auteur d’aussi passionnants livres que ses « Montaigne – des règles pour l’esprit » (aux PUF, en 2007) et « De haut en bas – Philosophie des listes » (au Seuil, en 2010) _,

    dont les recherches sur et autour de la musique, « L’Altération musicale – ou ce que la musique apprend au philosophe » (au Seuil en 2002) et « L’Instrument de musique – une étude philosophique » (au Seuil en 2013), nous ont emballé,

    font de ce « Les Matériaux de l’art » un livre rien moins qu’indispensable…

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     Ce dimanche 12 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pour compléter le dossier « Bolero – le mystère Ravel » du biopic d’Anne Fontaine…

    Afin de compléter-agrémenter un peu mon article d’avant-hier 9 janvier « La cinéaste Anne Fontaine se confrontant, en son biopic « Bolero », au « mystère Ravel » : ce qui n’est guère abordé… « ,

    je me permets de renvoyer aussi, ce samedi 11 janvier 2025, à deux articles parus sur le site de Resmusica, en dates du 9 mars, sous la plume de Jean-Luc Clairet, « Bolero, le film : deux heures au musée« , et du 23 décembre 2024, sous la plume de Nathalie Filloux, « Ravel Bolero, le livre » :

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    « Bolero, le film : deux heures au musée« , le titre est déjà explicite ;

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    et « Ravel Bolero, le livre« .

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    Bolero, le film : deux heures au musée

    Le cinéma français se penche sur un grand compositeur français. Tous les atouts de la réussite sont réunis _ a priori. Mais la réalisation d’ ne s’affranchit pas suffisamment des carcans de l’hagiographie _ et demeure bien trop à la surface du « mystère » de l’homme Ravel…
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    Ken Russell (The Music lovers) avant-hier, Kirill Serebrennikov (La Femme de Tchaïkovski) hier : de l’Angleterre, de la Russie, et même de la France (Tous les matins du monde, d’Alain Corneau), la voie semblait enfin tracée. D’, entrée en fanfare dans le Septième Art avec le très audacieux _ et très réussi ! Sorti sur les écrans en septembre 1997, ce film est demeuré marquant… _ Nettoyage à sec, également à son meilleur avec le plus récent _ en 2016 _ Les Innocentes, on attendait autre chose que ce Bolero presque impersonnel, déjà destiné à allonger la funeste liste des films banals et compassés consacrés aux dieux de l’histoire de la musique.

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    Bolero est pourtant né sous les meilleurs auspices : la plume originelle de Pierre Trévidic, les mains d’ (embauché aussi pour régler son compte au _ méchant _ critique Pierre Lalo), le corpus envoûtant du compositeur (assez bref, il irrigue abondamment le film), le privilège opportun _ certes _ d’un tournage dans la maison _ si singulière, déjà _ du compositeur (le Belvédère, à Montfort-l’Amaury), une distribution aux petits oignons. Doria Tillier, mécène et amie subtile en Misia Sert, Emmanuelle Devos, merveilleuse Marguerite Long,   délectable Ida Rubinstein (surtout quand elle ne fait que parler, comme l’indiquent des scènes de ballet très découpés), Sophie Guillemin entérinant en Madame Revelot (la gouvernante de ) le splendide retour cinématographique acté en 2023 dans L’Île rouge de Robin Campillo, Anne Alvaro en monument _ splendide, oui, et en dépit de la brièveté de ses apparitions dans le film… _de bonté maternelle : toutes femmes _ oui, je l’ai aussi remarqué… _ (Vincent Perez en Cipa, se chargeant seul du versant de l’amitié masculine) aux petits soins du Maurice le plus célèbre de France, incarné avec une vraisemblance indiscutable _ maisoui ! _ (il joue même les 80 % de la copieuse bande-son) par Raphaël Personnaz.

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    Le Mystère Ravel, sous-titre l’affiche du film. Discret, secret _ c’est d’une incontornable évidence… _, n’a rien lâché _ jamais _ de sa vie intime. Si le musicien est connu sur les cinq continents (le très habile générique début fait se succéder les interprétations les plus inattendues du chef-d’œuvre), l’homme est un mystère dont l’on espérait bien _ en effet ! _ que la réalisatrice allait avoir à cœur de passer la carapace aux rayons X de sa caméra. Lorsqu’elle s’y emploie effectivement, l’objectif s’émeut dont l’on goûte le mouvement délicat au cours d’une scène très gracieuse consacrée aux questionnements de Misia à l’adresse de celui qui avoue de lui-même ne pas beaucoup mettre son cœur à contribution _ du moins son exposition publique… Le Ravel de Fontaine en probable messie _ mais c’est là beaucoup s’avancer : ne pas confondre réalité et exposition publique : Ravel était seulement un homme discret, délicat, et secret… _ du no sex en vogue, voilà qui est habilement effleuré.

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    Dans la foulée de ce presque aveu _ pas vraiment… _, le film, ainsi que son titre l’indique, préfère suivre à pas comptés la genèse de la pièce la plus sexuée _ érotique _ du compositeur : le Bolero, cette danse espagnole du XVIIIᵉ siècle que lui réclama, en 1927, la danseuse des Ballets russes, Ida Rubinstein _ Ravel avait aussi envisagé Fandango…. De ce tube planétaire (un carton final affirme que, tous les quarts d’heure, le Boléro de Ravel démarre quelque part dans le Monde _ mais oui ! _), de cette vache à lait sonnante et trébuchante que des ayants-droits veulent aujourd’hui encore arracher à l’escarcelle du domaine public, Ravel qui, à la fin de sa vie, doutait qu’il en eût été l’auteur, confiera à Honegger : « Je n’ai fait qu’un chef-d’œuvre, c’est le Bolero ; malheureusement il est vide de musique. »

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    Fait d’aller-retours temporels (la tournée américaine de 1928, l’échec à répétition des cinq Prix de Rome, l’armée dont, assez curieusement, Ravel tint à forcer l’entrée _ il en avait été régulièrement exempté pour des raisons de poids et de taille _, la maladie neurodégénérative qui l’emportera trop jeune…), le film radiographie l’élaboration de la scie musicale la plus fameuse de la planète (pensée pour le désopilant Batteur du Bolero de Patrice Leconte _ en 1992 _ avec Jacques Villeret). Comme dans une des éditions discographiques des Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, où l’on peut suit note à note comment Michel Legrand finit par trouver la mélodie « Nous sommes deux sœurs jumelles », , à l’instar d’un guide de musée, suit le travail d’entomologiste de au piano à la recherche du thème que les ouvriers chanteront bientôt sur les chantiers. Elle le montre également _ déjà à l’ouverture, quasi bruitiste, du film _ faire musique de tous les bruits de son quotidien (« Mon inspiration vient des machines », disait-il _ et son père, Pierre-Joseph Ravel, était un très ingénieux ingénieur… _). La leçon de la réalisatrice, dont le père _ Antoine Sibertin-Blanc (1930 – 2012) _ était compositeur et organiste, elle-même danseuse, est certes instructive, mais on la suit d’un œil davantage scolaire que cinéphilique.

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    Anne Fontaine réussit néanmoins presque sa conclusion. Les dernières scènes suscitent l’admiration : dans un très beau noir et blanc, les derniers instants de Ravel font défiler toutes les femmes de sa vie, sans oublier Maman (on sait combien le compositeur s’effondra au décès de cette dernière _ le 5 janvier 1917 _) avant de passer le relais à François Alu, danseur étoile de l’Opéra de Paris, dont le surgissement, l’animalité sensuelle sans entraves, propulse enfin le film à la hauteur qu’on lui souhaitait. Mais la séquence, formidablement filmée et chorégraphiée, est beaucoup trop brève _ probablement. Les deux heures pleines du film n’autorisaient-elles pas toute la place aux seules 15 minutes du Bolero ? On regrette _ pas moi ! _ Claude Lelouch, et son Les Uns et les autres, dont la caméra se laissait envoûter par le sublime en action : le corps de dans la géniale (et intégrale) chorégraphie d’un autre célèbre Maurice français, Béjart.

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    Le dernier plan du film, dédié à la gloire de Raphaël Personnaz en Ravel chef d’orchestre, nous ramène naïvement au musée. Peut-être Anne Fontaine, très documentée, voulait-elle rappeler aussi les mots vachards de la fidèle Marguerite Long : « C’était un très mauvais pianiste et un chef d’orchestre encore pire. »

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    Crédits photographiques : © SND Distribution

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    Boléro. Un film d’Anne Fontaine. Scénario : Anne Fontaine, Claire Barré, avec la collaboration de Pierre Trividic, Jacques Fieschi, Jean-Pierre Longeat. Avec : Raphaël Personnaz, Jeanne Balibar, Emmanuelle Devos, Sophie Guillemin, Dora Tillier, Anne Alvaro, François Alu, Vincent Perez, Serge Riaboukine, Alexandre Tharaud, Florence Ben Sadoun, Mélodie Adda, Marie Denarnaud.. Musique : Maurice Ravel (1875-1937). Frédéric Chopin (1810-1849). Musique additionnelle et Direction musicale: Bruno Coulais. Distribution : SND Distribution. Sortie le 6 mars 2024. Scope 2/35. Durée : 120:00

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    Et puis : 

     

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    Ravel Boléro, le livre

    Accompagnant l’exposition présentée au Musée de la musique – Philharmonie de Paris jusqu’en juin 2025, le catalogue « Ravel, Boléro », sous la direction de Lucie Kayas, se veut un beau-livre à part entière.
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    C’est la maison de qui ouvre l’ouvrage grâce à une iconographie spécifique, reproduite sur un papier de couleur foncée, bien différenciée. En premier, la plaque en céramique du « Belvédère », ensuite une vue extérieure en dézoomant en quelque sorte, puis les intérieurs, si raffinés _ en effet _ : le salon, la chambre, le bureau, et enfin le piano pour plonger au cœur de l’univers du compositeur. Le ton est donné. D’autres photographies des lieux viendront en pages de conclusion, dont le petit jardin et son bassin moussu, si intime.

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    Dix-huit chapitres structurent l’ensemble sur le modèle des dix-huit entrées de la partition du Boléro. Tour à tour musicologues, compositeurs, écrivains et artistes se succèdent pour évoquer telle ou telle facette ravélienne, illustrée par les images des objets, dessins, tableaux et partitions exposées dans le cadre de l’exposition. Entre chaque section, des extraits de correspondances de Ravel ou à son sujet ponctuent la lecture.

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    L’écrivaine Claire Houdart évoque les influences nouvelles, dont le japonisme, dans la décoration du Belvédère, qu’elle décrit, et que l’on retrouve dans la musique du compositeur. Le musicologue François Dru présente l’écriture et le parcours de la partition d’une œuvre dont « la magie reste entière », « une étonnante machine » pour Pierre Korzillius commissaire de l’exposition, qui va jusqu’à être comparée avec gourmandise à un dessert par le chef Klaus Mäkelä. Le spécialiste de Ravel, Manuel Cornejo nous parle du penchant de Ravel pour un « hispanisme flamboyant » selon le mot du poète René Chalupt, tandis que pour le musicologue Emmanuel Reibel, Ravel reste « un grand enfant émerveillé et farceur », « un magicien de l’orchestre » pour l’éditeur Jean-François Monnard. Le fort attrait du compositeur pour la danse est évidemment central quand on parle du Boléro. « L’âme de la danse peut être perçu dans l’esprit même de ses compositions, dans ses rythmiques et ses pulsations » souligne Claude Abromont. Bien évidemment une section est consacrée à la danseuse Ida Rubinstein commanditaire de l’œuvre, à qui le ballet est dédié et qu’elle danse en 1928. Le chorégraphe Dominique Brun dresse son portrait de femme forte et pionnière (« son goût pour la beauté », « l’intensité de sa présence » quand « sa musicalité la met en mouvement »). Le percussionniste de l’Orchestre de Paris, , parle lui de la difficulté de jouer le Boléro, de l’importance du placement de la caisse claire… La transe est même plus loin expliquée du point de vue d’une psychanalyste. Et pour revenir sur terre, la succession compliquée de  fait l’objet d’un chapitre entier : « une affaire de droits d’auteur ».

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    Ce livre-catalogue, ni biographie du compositeur, ni essai musicologique sur l’œuvre, s’appréhende plus par touches et impressions, notes et pensées, réhaussé significativement par la belle iconographie relative aux collections de la BnF, décrites dans une section par , conservateur général au département de la musique.

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    En somme, un beau-livre qui peut tout à fait mener sa vie par lui même.

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    Voilà ce complément à mon article d’avant-hier « La cinéaste Anne Fontaine se confrontant, en son biopic « Bolero », au « mystère Ravel » : ce qui n’est guère abordé… « …

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    Ce samedi 11 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En superbe ouverture de l’année Ravel 2025, un flamboyant CD « Ravel l’alchimiste » de Jean-François Heisser dirigeant de son piano un lumineux Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine : une réalisation discographique sidérante !..

    En tout premier CD Ravel de l’ »Année Ravel 2025« ,

    le label Mirare vient nous offrir un flamboyant orchestral CD MIR 582 « Ravel l’alchimiste » de Jean-François Heisser dirigeant de son beau piano un lumineux _ et avec quelle superlative prise de son ! C’est proprement saisissant ! Ecoutez donc ! _ Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine

    _ l’enregistrement a eu lieu au Théâtre Auditorium de Poitiers du 11 au 13 décembre 2020 et les 2 et 3 janvier 2021, il y a déjà 4 ans…

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    Voici ce qu’en déclare ce jour même Jean-Charles Hoffelé en un article qu’il intitule « Origine Piano » :

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    ORIGINE PIANO

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    Belle idée _ et très belle réalisation ! _, et signée par un pianiste _ Jean-François Heisser ! _ : tout ce que Ravel aura composé ici _ c’est-à-dire pour ce CD-ci Mirare « Ravel l’alchimiste« , soit le « Concerto pour piano et orchestre en sol » M.83 ; « Ma Mère l’oye » M.60 (en sa transcription pour orchestre de Ravel) ; « Le Tombeau de Couperin » M.68a (en sa transcription pour orchestre de Ravel) ; et « Pavane pour une infante défunte » M.19 (en sa transcription pour orchestre de Ravel)… _ le fut d’abord _ c’est-à-dire avant le travail d’orchestration _ pour le grand meuble, et c’est bien du piano que Jean-François Heisser imagine _ et conduit l’orchestre _ les quatre pièces _ orchestrées _ ensuite, un peu plus tard _ par Ravel _ du Tombeau de Couperin, les fantaisies de Ma mère l’Oye, la tristesse mesurée de la Pavane pour une infante défunte : manière par-delà les couleurs _ splendides _ de l’orchestre de faire paraître le dessin _ originaire et magnifique _ du piano.

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    Cela rend l’album précieux, et à vrai dire la lecture émue de Ma mère l’Oye y suffirait, si du piano, Jean-François Heisser ne délivrait un Concerto en sol si singulier _ oui ! singulièrement marquant même ! _, d’abord poétique, dont les raffinements rappellent quel magicien du son il peut être. L’Adagio assai est parfait _ et, pour ma part, c’est lui qui m’a le plus « tiré l’oreille » et émerveillé : écoutez-le ici … _, si mozartien par sa simplicité _ oui, oui _, le Final évite tout effet, mais ce sera d’abord l’Allegramente, surtout ses épisodes de féérie, qui tireront l’oreille.

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    Demain _ en un second enregistrement possiblement, voire probablement, mis en réserve lui aussi pour célébrer avec splendeur cet anniversaire « Ravel 2025 »  ! _ Jean-François Heisser osera-t-il _ cette fois _ les terreurs du Concerto pour la main gauche, en les mariant aux vertiges de La Valse, à ceux d’Une barque sur l’océan ? Espérons _ oui ! Pour un CD tragique cette fois, ce que la musique de Ravel sait, en effet, être aussi…

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    LE DISQUE DU JOUR

    Ravel l’alchimiste

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    Maurice Ravel (1875-1937)

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    Concerto pour piano et orchestre en sol majeur,
    M. 83

    Ma mère l’Oye, M. 60 (version orchestrale, 1911)
    Le Tombeau de Couperin,
    M. 68a (version orchestrale)

    Pavane pour une infante défunte, M. 19 (version orchestrale)

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    Jean-François Heisser, piano, direction
    Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine

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    Un album du label Mirare MIR582

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    Photo à la une : le pianiste Jean-François Heisser – Photo : © Thomas Chapuzot

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    La musicalité et la qualité extrême des sons que, de son piano, Jean-François Heisser obtient de chacun des instrumentistes de son orchestre, sont _ et j’y insiste _ saisissants de magie !

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    Un enregistrement discographique qui fait ainsi date, pour ouvrir en renversante beauté, déjà, cette année « Ravel 2025« …

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    Bravissimo maestro Heisser !

    De réaliser aussi superlativement, et de son piano, le génie d’orchestrateur fabuleux de Maurice Ravel…

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    Ce vendredi 10 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa