Catégorie : Littératures

  • L’ « Incendire – Qu’est-ce qu’on emporte ? » d’Hélène Cixous : le sublime livre de l’été de l’incendie de la Forêt de l’Eden à La Teste de Buch livre sa saisissante moisson particulière…

    Avec « L’ Incendire – Qu’est-ce qu’on emporte ? » du terrible été de feu 2022, en Gironde,

    Hélène Cixous nous livre ce que vient de lui livrer son grand « Livre » de l’été précédent,

    …

    cette fois celui de l’Incendie de la toute proche _ de sa chère maison d’écriture estivale annuelle (les mois de juillet et août) aux Abatilles, à Arcachon… _ Forêt de l’Eden, à La Teste de Buch :

    …

     

    une sublime moisson bien particulière, en résonance formidablement tragique avec les fuites éperdues récurrentes, comme par vagues se renouvelant, des siens, tout spécialement les Jonas d’Osnabrück (et Dresde, etc.), ou autres Cixous…

    …

    …

    Alger, 1942, depuis l’abrogation du décret Crémieux, les Juifs, dont le père _ Georges Jonas Cixous _ de l’écrivaine, ont perdu la nationalité française et leur emploi. A l’été 2022, la ville d’Arcachon, où H. Cixous a ses habitudes _ chaque mois de juillet et août _, est frappée _ en fait, la toute proche forêt de l’Eden sur le territoire de la commune immédiatment voisine de La-Teste-de-Buch… _ par de terribles incendies. Entremêlant les époques et les lieux _ ainsi que la récurrence de devoir, dans l’affolement, très précipitamment fuir… _, elle questionne _ sublimement ! en son écriture à nulle autre pareille… _ ce qui importe lorsqu’il faut fuir, quelles que soient les circonstances _ affolantes _ de la fuite.

    …

    …

    Avec cet échantillon-ci de son style sans égal _ cf aussi, parmi cent autres exemples de mon absolue admiration, mon article immédiatement précédent consacré à l’œuvre Cixous sur ce blog « En cherchant bien« , à propos de son « MDEILMM _ Parole de taupe » de l’année dernière, un article en date du 18 novembre 2022 : «  » ; dont je retiens du titre ce significatif « de passage«  ; même si la précipitation affolante du de toute urgence fuir le feu, accélère considérablement le rythme et l’allure de ce nouveau brutal « passage«  pour échapper, cette fois-ci donc, au feu ;

    cf aussi la vidéo de mon entretien avec Hélène Cixous autour de son époustouflant « 1938 _ nuits » (et la fuite éperdue d’Allemagne de sa grand-mère Omi, à la suite de l’épouvante absolue de la Nuit de Cristal, osant enfin quitter Dresde et tâchant de rejoindre on ne sait trop comment sa fille Ève à Oran…), à la Station Ausone, le 23 mai 2019 : un sommet !.. _, absolument admirable de souffle,

    choisi en quatrième de couverture de ce livre-ci :

    …

    Incendire

    Qu’est-ce qu’on emporte ?

    …

    « Dans la nuit de cendres noires qui se substitue à la nuit étoilée, des messages alarmés circulent en chancelant dans la suie douloureuse. Les SMS se réveillent SOS : « Vous aussi, est-ce que vous avez cette odeur de cramé dehors ? Maintenant elle entre ! » Ici, dans le Sud-Ouest, où la mère forêt se tord en vomissant ses hurlements de fumées colossales, on utilise le mot « cramé ». Je n’avais encore jamais senti cette odeur crématoire. Tous les animaux ont pris la fuite. « Vous aussi vous entendez ces galops, ces froissements ces fouissements ces millions de halètements ? » Il n’y a plus de musique. Cette atrophie des mots, cette langue coupée, c’est ce qui rend ma peur folle. Je cherche les chats. Pas de chats, je fuis, je me fuis. Je compte sept jours et je sors. Les arbres ont fini. Le jardin est occupé par des troncs qui charbonnent : des crayons géants et qui pleurent. »

    …

    …

    Admirable, vous-dis-je !

    …

    « Nobélisable« ,

    avançais-je timidement déjà en ouverture de cet entretien magnifique du 23 mai 2019…

    …

    …

    Ce vendredi 24 novembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le brillant (virtuose) mais plus encore profond entretien sur ce qu’est fondamentalement « lire », entre Alberto Manguel et Javier Cercas pour la soirée de lancement des « 20 ans de Lettres du Monde », à la Station Ausone jeudi 16 novembre dernier…

    Voici la vidéo (d’une durée de 68′) du brillant (virtuose) mais profond entretien à propos de ce qu’est fondamentalement « lire« 

    entre Alberto Manguel et Javier Cercas

    _ la modératrice, Caroline Broué a eu bien du mal à tenir ses chevaux, se passant fort bien d’elle… _

    pour la soirée de lancement des « 20 ans de Lettres du Monde« ,

    à la Station Ausone jeudi 16 novembre dernier :

    …

    l’esprit le plus vif était pleinement là, présent ;

    et pour le fond ; et pour la forme…

    …

    …

    Quel régal !!!

    …

    …

    Et quel désir partagé de lire…

    …

    …

    Ce mercredi 22 novembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’hommage, discret mais vibrant, rendu le 12 octobre dernier, à la Maison de la Poésie à Paris, par Enrique Vila-Matas à son cher et fidèle traducteur André Gabastou, qui décèdera le 11 novembre ; à l’occasion de la présentation de son fascinant « Montevideo », traduit en français par André Gabastou…

    Le 12 octobre dernier, à la Maison de la Poésie à Paris, au cours d’un fascinant poétique entretien (de 74′) avec Tiphaine Samoyault,

    le romancier espagnol Enrique Vila-Matas n’a pas manqué, avec sobriété et douceur dans la voix, de rendre aussi un bel et vibrant discret hommage à son cher et fidèle _ indispensable passeur ! _ traducteur en français André Gabastou _ décédé le 11 novembre dernier ; cf mon article «  » d’avant-hier, 17 novembre _,

    ainsi que l’a enregistré cette passionnante vidéo _ sur laquelle n’apparaît pas André Gabastou, présent dans la salle… _, autour du très subtil « Montevideo » que venait présenter l’écrivain

    _ c’est notre amie Monique Moulia qui m’a signalé l’existence de cette belle vidéo parisienne : « Merci de votre hommage à André Gabastou dont nous avons aimé et admiré le travail et dont nous avions apprécié la présence , l’humour, l’enracinement et l’ouverture au monde,  simultanément . Je me permets de vous joindre cette référence  à une conférence donnée il y a un mois par Tiphaine Samoyault à la Maison de la Poésie : André Gabastou était dans la salle …et cette conférence  intitulée Montevideo pour introduire l’intervention d’Enrique Vila-Matas est magnifique.

    Espérant  pouvoir partager encore avec vous un peu de cette beauté qui sauve« …

    …

    …

    Les ombres de Julio Cortazar, Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares, Isidore Ducasse, Jules Laforgue, Jules Supervieille, Idea Vilariño, Julio Herrera y Reissig, Copi, étaient présentes, en effet, rodant, toutes, autour de _ et jusque dans _ la chambre 205 de l’Hôtel Cervantes _ mais est bien là, justement, la puissance shamanique de la magie poétique de la littérature _, comme cela est fantastiquement évoqué, avec une sorte d’humour grave, fin, discret et léger, sans jamais hausser le ton, feutré, ni surtout pas s’appesantir, par les deux ultra-fins interlocuteurs de cet entretien, comme on les aime,

    en _ et aussi à propos de _ cette Montevideo « capitale de la littérature » de l’hémisphère sud…

    …

    …

    Pour ma part, j’ai bien sûr pensé aussi à l’amie Silvia Baron Supervielle

    _ cf par exemple mon article du 24 septembre 2020 : « «  ;

    un article dans lequel est présent, aussi, je le découvre à sa relecture, l’ami Eduardo Berti, revu ce dimanche après-midi à Malagar, en compagnie de l’unique Alberto Manguel (avec aussi cette fée des convergences littéraires qu’est la merveilleuse Sylviane Sambor…) : je reviendrai prochainement à cette rencontre malagarienne d’Alberto Manguel et Eduardo Berti, pour le bel anniversaire des 20 ans de Lettres du Monde….

    …

    …

    Ce dimanche 19 novembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Décès de notre ami, et traducteur, André Gabastou, le 11 novembre…

    Hier 16 novembre, à 12 h 13, un courriel de ma cousine Françoise m’a appris le décès d’André Gabastou.

    …

    Le 11 novembre, à Paris, indiquait-elle.

    …

    Et ses obsèques s’étant déroulées ce vendredi matin, 17 novembre, à 10 h, en l’église Saint-Pierre de Lay-Lamidou, en Béarn…

    …

    …

    Voici le superbe hommage que lui rend, publié dans Libération le 14 novembre, Enrique Vila-Matas :

    …

    …

    …
    Le Béarnais, l’un des meilleurs et des plus fins de sa profession, mort le 11 novembre, a traduit de grands auteurs contemporains de langue espagnole, notamment Enrique Vila-Matas. Celui-ci lui rend hommage en faisant de lui un personnage de son monde.
    …
    …
    «André Gabastou avait une méthode aussi mystérieuse qu’infaillible pour obtenir, à chaque problème de traduction, une amélioration automatique de l’original», admire Enrique Vila-Matas. (Mathieu Bourgois)
    …

    par Enrique Vila-Matas

    …

    publié le 14 novembre 2023 à 18h11
    …
    …

    Je ne peux évoquer André, homme et traducteur exceptionnel, qu’en termes très élogieux. Tant d’années de collaboration étroite (il a traduit douze de mes livres) lui avaient donné une connaissance très fine de mon style, et il agissait en créateur qui m’était infiniment supérieur. Il résolvait aisément ce qui en perturbait tant d’autres : par exemple la prolifération, dans mes textes, de citations vraies ou fausses. Mieux encore, il avait une méthode aussi mystérieuse qu’infaillible pour obtenir, à chaque problème de traduction, une amélioration automatique de l’original _ rien moins ! Je le découvris un jour où, feuilletant distraitement un supplément culturel, je tombai sur une phrase isolée, mise en appel, qui attira mon attention. J’ai de nouveau évoqué cette anecdote à la Maison de la poésie, voici un mois, en présence de Tiphaine Samoyault, Manuela Corigliano et André Gabastou lui-même _ tiens donc ! Peut-être parce qu’elle abordait un thème qui m’était particulièrement cher, ai-je dit, cette phrase me parut écrite avec un rythme assez élégant pour éveiller l’envie, et je suis allé jusqu’à penser que j’aurais bien aimé être l’auteur d’une composition où les mots étaient si bien choisis, et l’ordre des propositions subordonnées, si incroyablement harmonieux.

    …

    …

    C’étaient des mots d’un autre monde, bien qu’ils paraissent venir du mien. A peine avais-je dit cela que je découvris que la phrase était signée par moi et tirée de l’un de mes romans, dans la traduction brillante de Gabastou _ voilà. Ce jour-là, j’ai compris pourquoi j’avais d’aussi bons lecteurs en France et pourquoi la France m’avait donné un accueil si chaleureux _ voilà.

    …

    …

    Le lendemain de la soirée à la Maison de la poésie, j’ai de nouveau rencontré André. C’était à Saint-Germain-des-Prés, et c’est la dernière fois que nous nous sommes vus. Une conversation lente et paisible, aux Deux Magots, à propos de notre admiration mutuelle pour les romans de Bernardo Atxaga, le grand écrivain basque qu’il a si souvent traduit, et aussi à propos du Béarn, terre natale de Gabastou et terre des ancêtres de l’Argentin Bioy Casares _ notre cousin Bioy _ dont le livre écrit en collaboration avec Silvina Ocampo, Ceux qui aiment, haïssent, fut sa première traduction de l’espagnol : «Le roman m’avait paru si agréable que j’ai proposé de le traduire au légendaire Christian Bourgois, qui accepta aussitôt.» Bioy Casares était, comme Jules Supervielle _ les Bioy sont apparentés aux Supervielle, et leurs tombes familiales se jouxtent au cimetère en haut de la rue d’Aspe, à Oloron… _, originaire d’Oloron-Sainte-Marie _ voilà _, ce qui, d’une certaine façon, maintenait Gabastou dans la grande confrérie des Béarnais (confrérie moins réelle que de fantaisie).

    …
    …

    Et je me souviens que par deux fois il détourna la question de savoir quelle maladie l’avait conduit à littéralement disparaître pendant aussi longtemps. Il la détourna, ou il ne l’entendit pas, mais je crois plutôt qu’il l’éluda. Mentalement, il était en forme. Sans que je le lui demande, il m’informa aussitôt – et je crois très délibérément – qu’il passait son temps libre à lire Balzac ou Proust. Ça n’avait pas l’air d’un adieu, mais aujourd’hui, c’en est un. «Sacré Gabastou !»

    …

    …

    Enrique Vila-Matas a écrit, chez Actes Sud, Montevideo, traduit par André Gabastou (Actes Sud). Lire Libération du 15 septembre 2023.

    Traduit de l’espagnol par Philippe Lançon.

    …`

    …

    André Gabastou m’avait très gentiment prêté l’édition intégrale du « Borges » de Bioy (aux Éditions Blacklist), dont je n’avais réussi à dénicher, à Donostia – Saint-Sébastien, que l’édition partielle (« Edición minor / Edición al cuidado de Daniel Martino), parue aux Éditions Blacklist, à Barcelone, au mois de janvier 2011 _ la première édition (intégrale) de ce « Borges » de Bioy, par Daniel Martino, avait eu lieu en 2006 : Daniel Martino y donnait toutes les entrées, sans exception aucune, du « Journal intime » manuscrit de Bioy comportant la moindre mention du nom de « Borges » ;  et l’Edicion minor (de 692 pages déjà), elle, a oté les entrées jugées par l’éditeur moins importantes… _ :

    je recherchais de plus amples récits des intimités gardées soigneusement secrètes de Bioy ; ainsi que des renseignements un peu précis sur ses voyages _ avec ou sans Silvina _ en Europe, en France et en Béarn, en particulier chez son cousin le Dr Edouard Bioy, à Pau…

    …

    …

    Et je n’ai bien sûr pas manqué de restituer à André Gabastou son exemplaire de l’Édition intégrale de ce « Borges » de Bioy, une fois parcourue l’intégralité des entrées comportant mention du nom de « Borges« , et n’y ayant découvert, et pour cause (!), rien de nouveau et plus précis ou détaillé des liaisons intimes gardées secrètes de Bioy, ou d’un détail plus précis des voyages de Bioy en Europe, que dans l’Edicion minor ; les récits des entrées concernant Borges étant _ j’allais dire « forcément« , mais à tort… _ le plus souvent exclusivement littéraires…

    _ sur cette recherche mienne d’alors, cf les conclusions (miennes aussi) de ce significatif article du 25 juillet 2021 : « « …

    …

    …

    Et je ne désespère pas que soit enfin un jour publiée _ ne serait-ce qu’en espagnol _ l’intégralité de ce chef d’œuvre marquant qu’est cet extraordinaire _ au moins pour les vrais amateurs de littérature ; cf cet article « «  du 30 novembre 2019 : « De las 20.000 páginas de cuadernos íntimos que Bioy (1914-1999) escribió a lo largo de su vida, su relación con Borges ocupa 1.700”, explicó en una información de 2006 Javier Rodríguez Marcos… _ « Journal intime » de Bioy…

    …

    …

    Adieu André, adieu l’ami béarnais,

    passeur de littérature…

    …

    …

    Ce vendredi 17 novembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa