Catégorie : Littératures

  • Hélène Cixous : « Lire et vivre sont des synonymes » _ un entretien avec Caroline Broué sur France-Culture sur ce qu’est écrire !

    Ce soir, à 19 heures,

    ré-édition d’un important et très riche entretien d’Hélène Cixous avec Caroline Broué,

    dans l’émission Les Masterclasses, sur France-Culture,

    intitulé Lire et vivre sont des synonymes ;

    et d’une durée de 59′ :

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    sur ce qu’est écrire !

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    Le voici, en podcast,

    à déguster très attentivement _ comme bien sûr il se doit.

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    59 MIN

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    Hélène Cixous : « Lire et vivre sont des synonymes« 

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    07/08/2018

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    Avec rappel de mon article détaillé du 12 juin dernier

    sur ce Défions l’augure

    qui était encore à paraître

    au moment de cet entretien avec Caroline Broué.

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    Ce mardi 7 août 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • Relire un article de janvier 2012 :  » « Afin que le principal se dégage » : vie et oeuvre (et présence) de Silvia Baron Supervielle en la probité et pudeur de ses approches »

    Il n’est pas déplaisant de relire, un peu par hasard, à quelque occasion que ce soit,

    un ancien article de son blog ;

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    et de constater que rien n’a vieilli !

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    Ici cet article-ci, du 8 janvier 2012 :

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    « Afin que le principal se dégage » : vie et oeuvre (et présence) de Silvia Baron Supervielle en la probité et pudeur de ses approches

    à propos de ma rencontre du 17 novembre 2011 avec Silvia Baron Supervielle,

    présentant rue Porte-Dijeaux son récent _ alors _ Le Pont international ;

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    puis de mes lectures, en suivant, de quelques un de ses ouvrages précédents :

    Le Journal d’une saison sans mémoire (de 2009), L’alphabet du feu (de 2007), Le Pays de l’écriture (de 2002) et La Ligne et l’ombre (de 1999)…

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    Le 17 novembre 2011, je suis venu écouter (et rencontrer) Silvia Baron Supervielle venue présenter son plus récent ouvrage, Le Pont international, à la librairie Mollat. Bien que je sache parfaitement qu’elle était très proche de mes cousins (argentins) Adolfo Bioy et Silvina Ocampo (dont elle a traduit en français plusieurs ouvrages _ et pas seulement par le voisinage de la rue Posadas, à Buenos Aires : où résidaient les Bioy et l’oncle (traducteur) de Silvia _), je n’avais pas encore fait sa découverte jusqu’ici ; même si je devinais que ce ne serait pas rien…

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    Eh bien, ce fut quelque chose _ dont on pourra se faire un début de commencement d’idée avec ce podcast de 38′ qui permet de percevoir sa voix, son rythme, son souffle… _, tant la qualité de présence

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    _ voilà ! sur la « présence », cf deux admirables pages, aux pages 270-271 du Pays de la lecture : « La présence est un autre « don de vie ». Le fait que quelqu’un partage avec soi une chambre ne signifie pas que l’on perçoive sa présence. Certaines personnes en sont dépourvues. D’autres en ont trop, qu’elles soient loin ou près de nous. D’autres l’acquièrent lorsqu’elles s’absentent.

    Présence veut dire lien, battement _ cf mon article Dans et par le battement des images, les aventures du sujet (tenir bon ou céder) vers sa liberté : le livre (montanien !) « Images (à suivre) _ de la poursuite au cinéma et ailleurs » de Marie-José Mondzain sur  l’admirable Images (à suivre), de Marie-José Mondzain _, existence ; elle émerge du visible et de l’invisible.

    Je la reconnais dans un livre, de même que dans un tableau, une maison, un objet. Et à l’intérieur d’une ombre, de la lumière, du silence.

    La mer est présence, autant que l’horizon et l’arbre. Un jardin en est possédé ou dépossédé. Dans le second cas, serait-il somptueux, le tableau est désolant.

    Au théâtre… (…)

    La présence dans les personnes, les choses, les lieux est la conséquence d’une offrande. Pour se donner et habiter un espace, il faut être intensément habité soi-même. Je songe aux comédiens, mais aussi à tous les interprètes, chanteurs et danseurs habités par cette intensité qu’ils donnent en partage.

    Aucune technique ni savoir ne sauraient s’y substituer. J’ignore si la présence est une faveur du ciel ou de l’enfer, mais je suis certaine qu’elle a le pouvoir de donner la vie et qu’elle effleure la mort.

    Dans un livre, la présence retient le lecteur parce qu’elle lui procure un visage. Dès qu’il lit les premières pages, il la ressent même s’il ne connaît pas la langue dans laquelle l’ouvrage est rédigé. La présence appartient à l’auteur, certes, et se dégage de son style, mais elle est également une présence anonyme, générale, qui sort de son souffle et descend par les fines veines de son poignet pour se mêler à l’écriture.

    Passant de la main aux couleurs et des couleurs aux formes, elle donne à la peinture sa splendeur éternelle. Quelquefois la présence dans un tableau est à peine perceptible. Pourtant elle oblige le spectateur à revenir sur ses pas. (…) Lorsqu’elle palpite immobile dans la lumière, elle atteint sa sensibilité la plus profonde et se rend inoubliable« … _

    …

    tant la qualité de présence

    de celle qui parle ici

    est intensément sensible, nonobstant la discrétion de son ton, et du français _ merveilleux _ qu’elle parle : mais « la langue française est pour moi le miracle de la non-langue _ en sa capacité (rare) de discrétion libératrice ! avec, par exemple, le jeu de ses e muets… _, dont la musique s’élève dans un espace incommensurable« ,

    celui-là même dont sa liberté et sa quête de vérité

    …

    _ si fondamentales ! « afin que le principal se dégage«  ! dit-elle, cf page 138 de L’Alphabet du feu _ Petites études sur la langue : « L’art est art lorsqu’il surgit de lui-même, par lui-même. S’abstraire veut dire se passer des accessoires pour que le principal se dégage«  ; car « les écrivains sont abstraits, autant celui qui a changé de langue et n’a plus de mots que celui qui écrit avec ses mots dans la langue de sa musique subjective«  : voilà !.. ;

    cf aussi, page 53 de La Ligne et l’ombre, ceci : « Lors de cette tentative d’écrire dans une langue extérieure _ qui le restera toujours _, je découvris entre elle et moi une sorte d’enclave dénudée où je me suis reconnue et que je choisis à l’instant comme lieu de travail. Ce no man’s land discordant entre soi et la langue, comparable à la discordance entre soi et la vie, soi et les autres, soi et soi-même, fut pour moi la révélation d’un langage. A mesure que les gouttes s’égrenaient sur les feuilles, je me dépouillais des timbres de l’espagnol qui venaient à ma bouche et qui n’avaient plus de rapport avec la voix de l’enclave«  ;

    car, page 54 : « Les mots expriment ce qu’ils disent et autre chose : ils ont un visage, un regard, le son d’une voix.

    J’ai une prédilection pour les œuvres en anglais, en italien, en portugais, langues que je comprends suffisamment et qui restent pour moi singulières. Lorsque je les parcours, l’endroit où je suis se peuple de mystère, et à la fois les choses se font claires, diaphanes. Le mystère est une promesse : la ligne se dirige vers les régions intimes«  ;

    et encore, page 55 : « écrire équivaut à changer de langue et traduire amalgamés«  ;

    et aussi, page 57 : « J’ai une préférence pour les écrivains qui se libèrent d’une culture pour faire la conquête d’un langage. (…)

    Les langues sont des matières sensibles appelées à se démembrer et à s’exiler. A l’image de l’homme, elles sont toujours en voyage et en rêve. Il convient qu’elles ne se séparent point du rêve de l’homme ; qu’elles ne résultent pas de l’idée qu’il se fait d’elles : qu’elles jaillissent de leur instinct à nu« … _,

    …

    celui-là même _ « espace incommensurable » : de création mieux lucide _ dont sa liberté et sa quête de vérité

    ont très précisément besoin

    …

    (j’emprunte cette phrase citée à la page 136 de L’Alphabet du feu _ Petites études sur la langue ;

    où elle précise : « Je n’aurais jamais pu voir _ de sa voyance : il faudra y revenir ! _ et écrire ce que j’écris dans une autre langue que le français, et précisément de ce côté-ci de la mer, dans l’écartement où elle se trouve«  ; et précise encore : « Symbolise-t-elle le sentiment de l’exil ? Il faudrait se demander à quel moment il vous touche. Il se peut que je l’aie depuis ma naissance _ même si l’aggrava la perte (précoce) de sa mère (morte à l’âge de 28 ans), « ma mère s’endormit quand j’avais deux ans«  (ibidem, page 36). Peut-être ai-je traversé l’océan pour lui _ à ce « sentiment de l’exil »-là… _ donner parole _ via l’écriture, aussi ; cf Le Pays de l’écriture… Pour qu’il s’ébauche _ s’élance et se trace : se déploie… _ dans l’espace. Pour que la nostalgie générale, avec laquelle je suis née, se tisse autrement. Le paysage est quelque chose qui se dessine dans l’âme, comme un portrait, et en même temps se projette au loin à l’image d’un horizon fabuleux « , toujours page 136)…

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    L’aventure d’écriture (mais aussi traduction, lecture, contemplation) de Silvia Baron Supervielle

    est une aventure de déploiement de la vérité et de la liberté,

    par approches, très patientes et infiniment humbles :

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    « approcher le mystère, non le dévoiler » absolument, jamais,

    dit-elle page 147 du stupéfiant Journal d’une saison sans mémoire,

    au sein de ce passage obliquement lumineux, pages 146-147 :

    …

    « Réticence _ respectée : au lecteur de beaucoup deviner _ à nommer les êtres et les lieux qui sont près de moi. Par leur nom ou un pseudonyme, la tâche me paraît dégradante. Cela veut dire entrer dans une intrigue individuelle qui banalise _ au-lieu d’approcher la singularité du « mystère«  du réel individué : voilà le premier tort du genre même du roman _ le mouvement de la main et de la pensée.

    De plus, je ne suis pas sûre _ mystiquement, presque, en cette réalité parfaitement prosaïque pourtant du « mystère« , mais assez peu le voient… _ que cette intrigue soit la mienne. Je la vis parce qu’elle m’a été impartie, mais j’aurais pu en avoir une autre, ou aucune. Que mon entourage soit reconnaissable et situé avec précision me dérange. Buenos Aires est une illusion, Montevideo un rêve, le fleuve qui les sépare n’existe pas. Aucune ville, ni pays, ni langue, ni amour _ non plus _ ne sont miens. Ils ont l’air _ d’un peu loin, vite fait _ d’être miens, mais ils ne le sont pas _ de plus finement près, en cette vie qui toujours bouge _, ils ne le seront jamais _ par quelque coïncidence (bêtement) parfaite.

    Or, pour satisfaire le lecteur _ lambda : celui qui sera comptabilisé dans les chiffres de vente des livres _, il faudrait se ranger à la platitude _ qui se voudrait rassurante, en l’abstraction de tout relief _ biographique ou autobiographique et mettre fin à l’hymne _ voilà : c’est un chant ! poïétique… _ de l’intimité du rien  _ ou (modestement) peu, du moins _ avec rien.

    Le récit de ma vie est perceptible _ oui ! à qui apprend à lire vraiment, et seulement _ lorsque je parle d’autre chose _ dans le bougé : cf ici l’art de la photo de l’ami Plossu. Dans les biographies des écrivains aucun événement ni détail _ ou presque _ n’est omis, mais ont-ils eu une influence _ et laquelle ? tout cela est grossier _ sur leur œuvre ? La réalité de l’écrivain, racontée par un biographe, n’a pas de rapport avec la réalité imaginaire _ et poïétique _ qui l’habite et dont il se sert pour écrire. Un écrivain n’a pas de vie _ autre, ou ailleurs _ : il la verse entièrement dans les papiers. Il écrit pour approcher le mystère, non pas  pour le dévoiler » !..

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    J’ai rarement entendu une voix aussi précise et juste, tant dans le choix de ses expressions, que dans les nuances chatoyantes de ses inflexions pourtant discrètes, au service d’une extrême finesse de l’analyse du réel, du senti et vécu.

    Une voix passée au tamis de la parole poétique…

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    Peut-être celle de Aharon Appelfeld,

    et alors qu’il ne s’exprimait même pas en français, mais en hébreu ; et qu’une seconde chance de compréhension nous était donnée par le travail sur le vif de la traductrice…

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    Et pour l’heure, je n’ai lu ni la poésie _ celle en français, et celle en espagnol _, ni la prose poétique

    de Silvia Baron Supervielle ;

    seulement _ mais deux fois attentivement _ son écriture de réflexion sur la création _ et pas seulement littéraire _ :

    La Ligne et l’ombre, récit (paru en 1999) ;

    Le Pays de l’écriture, essai (paru en 2002) ;

    L’Alphabet du feu _ Petites études sur la langue, essai (paru en 2007) ;

    et Journal d’une saison sans mémoire, essai (paru en 2009).

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    Titus Curiosus, ce 8 janvier 2012

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    Très peu de tout cela a vieilli, donc…

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    Ce mardi 31 juillet 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • « The Invention of Morel », un opera de Stewart Copeland, d’après le roman d’Adolfo Bioy Casares

    L’Invention de Morel, d’Adolfo Bioy Casares (1940),

    est une œuvre incroyablement inspiratrice de la modernité.

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    Après au moins trois films directement inspirés de ce roman :

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    L’Invention de Morel, de Claude-Jean Bonnardot (en 1967) ;

    L’Invenzione di Morel, d’Emidio Greco (en 1974) ;

    & A Necessary Music, de Beatrice Gibsson (2008) ;

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    et aussi L’Année dernière à Marienbad, le fim culte d’Alain Resnais et Alain Robbe-Grillet

    _ cf ci-dessous cet excellent article de René de Ceccatty : Les Images de la mi-mort ;

    cf aussi l’excellente exposition L’Invention de Morel & la machine à images, à la Maison de l’Amérique latine (du 14 mars au 21 juillet 2018)… _ ;

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    voici l’opéra The Invention of Morel de l’américain Stewart Copeland ,

    sur un livret de Jonathan Moore (en 2017).

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    Sur cet opéra,

    cf cette vidéo de 4′ 37.

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    Et cet article détaillé sur des représentations données aux États-Unis…

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    Ce mercredi 25 juillet 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    Les Images de la mi-mort

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    Les images de la mi-mort
    Delphine Seyrig dans L’Année dernière à Marienbad

    Photographies de Georges Pierre

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    Par René de Ceccatty

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    La rétrospective Delphine Seyrig à la Cinémathèque (22 septembre-11 octobre 2010) est l’occasion de découvrir les superbes photographies signées Georges Pierre sur le tournage de L’Année dernière à Marienbad (Alain Resnais, 1961) et, plus particulièrement, de magnifiques portraits de l’actrice.

     

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    Ce n’est pas seulement la beauté, à la fois hautaine et vibrante, des traits de Delphine Seyrig — beauté dont on sait, désormais, rétrospectivement, que ni l’âge ni la maladie ne devaient les altérer, au long de sa carrière, trop brève, mais riche de rôles pour lesquels ces débuts fracassants exigeaient un niveau égal —, ni la présence introspective de son regard intense et intérieur, ni la qualité exceptionnelle de la lumière (Sacha Vierny), ni l’élégance des robes (Chanel et Bernard Evein), ni la somptuosité du décor (Jacques Saulnier), ni le mystère des poses (avec les subtils déhanchements de la comédienne et sa façon inimitable d’incliner la tête et de lever une épaule), qui rendent les photos de plateau réalisées par Georges Pierre très singulières.

    On ne connaît d’exemple similaire de photos de plateau que celles de Marlene Dietrich pour La Femme et le pantin et Shanghai Express. Mais ces dernières étaient promotionnelles, mises en scène par Sternberg lui-même.

    Il est impossible que les plumes noires ou blanches qui ornent plusieurs robes de Delphine Seyrig dans L’Année dernière à Marienbad n’aient pas été des références explicites à celles de Marlene dans ces films admirables, dont l’auteur, du reste, allait être fort impressionné par le film de Resnais à sa sortie.

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    De quoi s’agit-il dans l’intrigue de L’Année dernière à Marienbad ? Un homme erre dans un palace ou château dont les occupants parlent en boucle sur un ton mondain et vide, à la manière de personnages de Nathalie Sarraute. Aucune référence n’est faite à une époque donnée, à un monde extérieur, à une vie personnelle. Cet homme, à l’accent étranger (c’est un Italien), mais en français, décrit, en voix off, le lieu que l’on voit et qui est situé explicitement en Bavière. Il se concentre rapidement sur une jeune femme, Delphine Seyrig, qui l’aborde, l’interroge sur plusieurs scènes qu’ils ont vécues ensemble, peut-être dans le même lieu, en tout cas dans un endroit similaire, l’année précédente. Elle dit n’en avoir aucun souvenir en dépit d’une photo d’elle qu’il lui présente et qu’il dit avoir prise. Il veut la convaincre qu’ils se sont aimés, malgré la présence angoissante du compagnon de la femme (Sacha Pitoëff, présent cette année encore). Et les images qui défilent sont indifféremment les évocations mentales (fausses ou vraies) de l’homme, appartenant soit au passé soit au présent, soit à la réalité soit à ce qu’il voudrait que la réalité fût.

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    La narration est donc tour à tour onirique ou réaliste (une seule scène entre Seyrig et Pitoëff est tournée sur un mode conventionnel, elle décrit ce qui précède le départ hypothétique de la femme avec l’étranger et devrait donc être située l’année précédente, telle que le voudrait l’homme). Au cours du film, la femme est de plus en plus troublée par l’insistance de l’homme et le spectateur ne doit pas savoir si elle ment et se défend pour finir par admettre la vérité de l’homme, qui serait la vérité objective (en effet, elle lui aurait promis de le revoir un an plus tard et de partir avec lui, comme il le prétend), ou une vérité onirique, ou si elle cède par lassitude aux désirs et aux délires de l’homme.

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    Au cours des réminiscences de l’homme, sont évoquées et montrées à l’image une scène de soudaine épouvante et une scène de meurtre. La femme est terrifiée par quelque chose qu’on ne voit pas. Et le mari jaloux l’assassine. Si bien que le spectateur peut alors comprendre que cette immobilité, ce mutisme des figurants, cette obstination amnésique de la femme seraient l’expression de la mort, ce que confirmerait une statue d’Orphée et d’Eurydice, sur laquelle l’homme s’attarde, sans désigner le mythe. L’homme est revenu chercher celle qu’il aime dans le royaume des morts. Il lui dit à plusieurs reprises : « C’est vous vivante qu’il me faut», « Je vous ai dit que vous aviez l’air vivante » et « Vous êtes vivante encore, vous êtes là», ce qui sous-entendrait qu’en effet, elle est morte.

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    On sait ce que le scénario de Robbe-Grillet doit à L’Invention de Morel, la fable fantastique (1940) d’Adolfo Bioy Casares, où un narrateur aborde sur une île et y découvre des personnages qui semblent y devoir vivre pour l’éternité, mais ne sont que des simulacres morts de ceux qu’ils ont été autrefois, et reproduits en trois dimensions animées par un savant fou. On voit également ce qu’il doit à La Belle et la Bête de Cocteau et au conte de Madame Leprince de Beaumont, qui avait imaginé un château dont tous les occupants seraient figés comme des statues vivantes.

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    Les photos de plateau de Georges Pierre tiennent donc leur mystère du mystère même du film. C’est parce que l’immobilité vivante est au cœur de l’intrigue que ce redoublement d’immobilité est troublant. Mais elles ajoutent une vie différente, en captant chez Delphine Seyrig une autre qualité de regard, en lui dérobant des sourires absents du film même, en saisissant une complicité entre la comédienne et le cinéaste.

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    La carrière de Seyrig lui permettra de revenir à plusieurs reprises sur ce type de narration onirique, qui crée un doute chez le spectateur. Son personnage est-il vivant, « ici et maintenant », ou représente-t-il une image rémanente du passé ? Ce sera le cas d’Anna Maria Stretter dans India Song de Duras, bien sûr, hommage évident au film de Resnais, même si Duras devait probablement penser que c’était justement son scénario de Hiroshima mon amour qui avait déjà donné le ton. De Muriel, sur le scénario de Jean Cayrol. Du Troisième concerto de François-Régis Bastide, qui joue également sur les incertitudes et les hallucinations de la mémoire. Et de La Bête dans la jungle, que Delphine Seyrig interpréta au théâtre, dans la mise en scène d’Alfredo Arias, captée ensuite à l’écran par Benoît Jacquot. La nouvelle de Henry James semble, du reste, annoncer, selon un schéma symétriquement contraire, le couple de L’Année dernière à Marienbad, puisque, dans ce texte de 1903, c’est la femme qui se souvient d’un épisode du passé, que l’homme semble occulter ou refouler, et qui expliquerait la nature et l’impossibilité de leur relation. Et May, la femme, ne fait cet aveu qu’au moment où demi-morte elle s’apprête à disparaître.

  • Bioygrafia : une biographie d’Adolfo Bioy Casares, par Silvia Renée Arias

    Bajo el título Bioygrafía,

    Silvia Renée Arias acaba de publicar su biografía de Adolfo Bioy Casares.

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    Personaje singular de nuestra cultura _ argentina _,

    la figura de Bioy atraviesa toda la literatura argentina del Siglo XX.

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    En diálogo con Cristina Mucci,

    Silvia Renée Arias explica sus motivaciones para la escritura del libro

    y nos acerca a la vida de uno de los grandes exponentes de las letras hispanas de todos los tiempos :

    Adolfo Bioy Casares (1914 – 1999).

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    Publiée sur le site de la Television Publica Argentina,

    le 23 mai 2016,

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    voici,

    intitulée Silvia Renée Arias en Los 7 Locos,

    une très intéressante vidéo de 8′ 07

    permettant à la biographe de présenter son très riche travail

    sur un auteur majeur du XXe siècle…

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    Ce mardi 24 juillet 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa