Pour répondre à la question cruciale que vient de me poser mon ami Bernard Brevet :
« Quel pianiste choisir au disque pour les « Lieder ohne Worte » de Felix Mendelssohn ?« ,
je réponds que, du piano de Mendelssohn, mon interprète préféré est, et de loin, Roberto Prosseda – né à Latina le 7 mai 1975 – (et, en cette occurrence particulière des « Romances sans paroles« , son magnifique double CD Decca 476 6796 des « Lieder ohne Worte » , qui est paru en mai 2009)
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dont je possède presque tous les CDs Mendelssohn – il a tout enregistré du piano de Mendelssohn : avec ou sans orchestre ! et certains à deux pianos avec son épouse Alessandra Ammara – :
j’ai dû en commander spécialement la plupart, car ils étaient – incompréhensiblement !!! – très mal distribués en France…
Écoutez-le ici présenter, en 2017, son intégrale Mendelssohn de 10 CDs en cette brève remarquable vidéo de 2’42 ;
et surtout, toujours en 2017, dans l’endiablé Presto du Lied ohne Worte Op. 67 n°4 («Spinnerlied» / «La fileuse»), en cette jubilatoire vidéo de 2′ 03 : Wow !..
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J’ai consacré au moins 4 articles de mon blog à cette question du choix de l’interprète de ces magiques « Lieder ohne Worte » de Felix Mendelssohn :
_ 3 mars 2018 : https://encherchantbien.fr/ecouter-une-interpretation-parfaite-par-roberto-prosseda-des-lieder-ohne-worte-de-felix-mendelssohn/
_ 6 février 2024 : https://encherchantbien.fr/le-charme-absolu-tres-prenant-et-tres-tendre-des-lieder-ohne-worte-de-felix-mendelssohn-en-un-choix-de-14-pieces-par-igor-levit-en-un-cd-tout-fraichement-enregistre-a-berlin-en-decembre-derni/
Il s’agit du CDSony Classical 19658878982 paru en janvier 2024, qui ne comporte que 14 des 49 pièces de l’œuvre égrenée au fil des Op. 19, 30, 38, 53, 62, 67 publiés en 1830, 1835, 1837, 1841, 1844 et 1845 par Felix Mendelssohn, puis, parus posthumes en 1851 et 1868, les Op. 85 et 102, et enfin, publié à New-York en 1935, l’Op. Wo 010…
_ 22 février 2024 : https://encherchantbien.fr/deux-avis-bien-distincts-sur-le-recent-cd-mendelssohn-lieder-ohne-worte-digor-levit-pour-une-approche-de-lidiosyncrasie-du-genie-mendelssohnien/
_ 23 février 2025 : https://encherchantbien.fr/la-delicate-et-delicieuse-difficulte-dattribuer-soit-a-fanny-soit-a-felix-mendelssohn-leurs-merveilleux-de-poesie-lieder-fur-das-pianoforte-et-lieder-ohne-worte-le-jubilatoire-cd-alpha-111/
Un CD passionnant et très réussi par OIga Pashchenko…
Longtemps je n’ai disposé que du double album de Daniel Barenboim paru en 1974 chez Deutsche Grammophon : pas ce qu’il y a de mieux..
Mais existent aussi :
Werner Haas en 1972 (1×2 LP Philips)
Lívia Rév en 1986 (1×2 CD Hyperion), Grand Prix du Disque
Marie-Catherine Girod en 2005 (2 CD Saphir Productions)
C’est donc le double album Decca 476 6796, paru en mai 2009, du superbe Roberto Prosseda – si incompréhensiblement méconnu en France ! – que très chaleureusement je recommande pour ces admirables « Lieder ohne Worte » de Felix Mendelssohn !
Et en tout cas, les Op. 19, 30, 38, 53, 62, 67, 85, 102 et Wo010, au total 49 pièces, qui constituent la collection complète – du moins à ce jour, en attendant de nouvelles découvertes… – des «Lieder ohne Worte» de Felix Mendelssohn, sont une pure merveille jubilatoire pour le mélomane désireux de chefs d’œuvre absolus de la musique…
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Ce lundi 13 juillet 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
Un absolument délicieux « Music for These Troubled Times – Tallis – Byrd – Bull, Gibbons – Shalygin » – soit le CD Fuga Libera FG 867 : enregistré à Valenciennes du 12 au 15 mai 2025, et paru le 15 mai 2026 – par le jeune claveciniste ukrainien Dmytro Kokoshynskyy – né à Kiev en 1997 –, nous offre au CD un superbe récital de musiques conçues principalement pour le virginal, afin de nous aider à surmonter, à son écoute, l’endémique mélancolie présente aujourd’hui dans le monde qui est le nôtre, comme au temps de Robert Burton (Lindley, 8 février 1577 – Oxford, 25 janvier 1640), l’auteur de la célèbre « Anatomie de la mélancolie« , publiée en 1621 :
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Regardez ici la vidéo de ce trailer (de 3′ 01) présenté en anglais par Dmytro Kokoshinskyy lui-même,
et admirez surtout la vidéo de cet extrait (de 1′ 22) du magnifique « Felix namque » de Thomas Tallis– (Kent, ca 1505 – Greenwich, 23 novembre 1585) – , une sublime pièce à l’origine pour l’orgue, et interprétée ici sur un clavecin d’Émile Jobin d’après un Ioannes Ruckers de 1612, une pièce (de 9′ 17) située à la plage 4 du CD…
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Un CD tout à fait impressionnant,
et un interprète assurément à suivre.
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Ce dimanche 12 juillet 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
C’est tout simplement ma grande admiration pour l’œuvre d’Ottorino Respighi (Bologne, 9 juillet 1879 – Rome, 18 avril 1936) qui m’a fait désirer me procurer le CD BR Klassik 900533 « Respighi –Lauda per la natività del Signore« , avec cette œuvre religieuse créée à Sienne à l’Accademia Chigiana le 22 novembre 1930, sur un texte de Jacopone da Todi, l’unique œuvre chorale sacrée du compositeur : de quoi attiser la curiosité du mélomane…
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C’est un article en date du 17 juin dernier, sur le site du Magazine Crescendo, intitulé « Ferveur italienne« , sous la plume de Bénédicte Palaux Simonnet, qui m’a fait connaître l’existence du CD BR klassik 900533 « Respighi – Lauda per la nativita del Signore – Frontini/Arman – Sizilianische Weihnachttslieder« , par le Chor des Bayerischen Rundfunks placé sous la direction de Howard Arman, et avec les chanteurs Chen Reiss, soprano, Eunkyung Shin, soprano, Andrew Lepri Meyer, ténor, et Ruth Volpert, alto, qui m’a incité à le commander, pour voir si j’ose dire – c’est à dire écouter et connaître, découvrir – pareille rareté musicale, à mon disquaire préféré…
Ottorino Respighi (1879-1936) : Lauda per la Natività del Signore. Francesco Paolo Frontini (1860-1939) : Canti religiosi del popolo siciliano (chants de Noël siciliens), arrangement d’Howard Arman. Giacomo Puccini (1858-1924) : Sogno d’oro, arrangement d’Howard Arman
Chen Reiss, soprano ; Eunkyung Shin, soprano ; Ruth Volpert, alto ; Andrew Lepri Meyer, ténor. Chor des Bayerischen Rundfunks. Münchner Rundfunkorchester. Howard Arman, direction. 2024. Notice en anglais et en allemand. 1 CD. 50’52. BR Klassik 900533.
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Seule œuvre chorale sacrée – voilà ! – d’Ottorino Respighi, Lauda per la Natività del Signore met en musique le mystère médiéval de la Nativité dû au poète franciscain Jacopone da Todi(1230 – 1306). Le dialogue des anges, des bergers et de la Vierge Marie révèle une facette du compositeur déjà entrevue dans La Belle au bois dormant et ses pièces de piano destinées aux bambini : une inspiration fraîche, délicieuse, sensible au merveilleux – voilà – , qui rejoint son intérêt pour les musiques anciennes et, en particulier, pour le chant grégorien – et c’est à remarquer.
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Cette inspiration se conjugue à une science de l’orchestration – respighienne – où les timbres, les contrastes d’effectifs et de tonalités dessinent un paysage aussi opulent et pittoresque que fervent – voilà, voilà. La ligne mélodique se déploie comme des phylactères auxquels répondent les entrelacs du trio de bassons, flûtes et hautbois (Gloria). Des sonorités pastorales se mêlent à des effets de foule bigarrés évoquant Turandot, voire Moussorgski – mazette ! Les chœurs déferlent doucement en nappes de paix sous les pas de l’Ange (Eunkyung Shin), dont l’apparition se révèle aussi limpide que stratosphérique. Le Berger d’Andrew Lepri Meyer (ténor) et l’alto de Ruth Volpert (Marie) participent à cette harmonie à la fois charnelle et hors du temps – c’est bien vu…
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L’hymne – traditionnel – italien O Sanctissima, orchestré par le chef d’orchestre Howard Arman, met à nouveau les chœurs du Bayerischer Rundfunk à contribution. Ils se développent au rythme d’une respiration paisible, en volumes mouvants semblables à des nuages.
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Les huit chants religieux populaires siciliens de Francesco Paolo Frontini – (Catane, 6 août 1860 – Catane, 26 juillet 1939 : compositeur contemporain, donc, d’Ottorino Respighi, 1879 – 1936) – témoignent de l’éclectisme de ce compositeur d’opéra vériste, passionné par le répertoire populaire et auteur d’une anthologie de vingt-deux mélodies pour voix et piano, Canti religiosi del popolo siciliano, publiée en 1938. Les nuances des différents dialectes raviront les connaisseurs tandis que, là encore, l’orchestration — deux bassons, hautbois, cor anglais, flûtes et piano — se montre légère et ingénieuse. La nascita del Bambino Gesù prend ainsi les accents d’une berceuse gorgée de tendresse. Les rythmes de danse délicatement balancés et la cornemuse instaurent – ici aussi – un climat féerique.
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La mélodie Sogno d’oro, qui inspirera Puccini(Lucques, 22 décembre 1858 – Bruxelles, 29 novembre 1924) pour le quatuor du deuxième acte de La Rondine (1917), apporte une conclusion tour à tour sensible et hollywoodienne, illuminée par le galbe vocal et les aigus en lévitation de la soprano Chen Reiss.
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Un enregistrement qui concilie cultures et époques dans le creuset italien : aussi beau et passionnant sur le plan musical – voilà ! – qu’irréprochable sur le plan technique.
Oui, oui, une curiosité musicale charmante et, au final de l’écoute, représentative elle aussi de l’art subtil et riche, et singulier, et attachant, d’Ottorino Respighi : écoutez ici…
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Ce samedi 11 juillet 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
J’aime tout particulièrement Mieczyslaw Weinberg (Varsovie, 8 décembre 1919 – Moscou, 26 février 1996), ainsi que, même si c’est d’une tout autre façon, Erich Wolfgang Korngold (Brünn, 29 mai 1897 – Hollywood, 29 novembre 1957), dont je possède une bonne collections de CDs, d’interprétations nombreuses d’œuvres de chacun…
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Et voilà que le 17 avril dernier, Crescendo Magazine, en un article intitulé « Hidden Legacies : Weinberg et Korngold sous l’archet de Kristina Reiko Cooper » sous la plume de Patrice Lieberman, m’a appris l’existence d’un CD Delos 3616 « Weinberg & Korngold Hidden Legacies » de la violoncelliste américaine Kristina Reiko Cooper et le Kaunas Symphony Orchestra dirigé par Constantine Orbelian – enregistré à Kaunas du 4 au 6 juin 2024 – , comportant le Concerto pour violoncelle en ut mineur Op. 43 et la Fantaisie pour violoncelle et orchestre Op. 52 de Weinberg, associés au Concerto pour violoncelle en ut majeur Op. 37 de Korngold…
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Wow !
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Bien que cet article de Patrice Lieberman comporte de notables bémols – qui ne m’échappent pas – concernant l’interprétation – jugée parfois pas assez engagée : à la Rostropovich…– de ce CD par cette violoncelliste, Kristina Reiko Cooper – que je ne connais pas jusqu’ici : elle est native de New-York… – ,
Hidden Legacies. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Concerto pour violoncelle et orchestre, Op. 43 ; Fantaisie pour violoncelle et orchestre, Op. 52. Erich Wolfgang Korngold(1897-1957) : Concerto pour violoncelle et orchestre, Op. 37. Kristina Reiko Cooper (violoncelle), Orchestre symphonique de Kaunas, Constantine Orbelian (direction). 2026. Livret : anglais. 61’28’’. Delos. DE3616.
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La violoncelliste américaine Kristina Reiko Cooper nous offre un couplage sortant résolument – en effet – des sentiers battus, réunissant des œuvres concertantes pour violoncelle et orchestre de deux compositeurs que tout différencie – certes – sur le plan stylistique, mais dont les biographies partagent – en effet – un tragique – historique – point commun. En effet, ces deux créateurs juifs – voilà ! – durent fuir la folie nazie. Si l’exil fut relativement confortable pour Korngold — enfant prodige devenu célèbre, il quitta l’Autriche dès 1934 pour Hollywood où il entama une brillante carrière cinématographique —, celui de Weinberg fut autrement dramatique – oui. À peine son diplôme de piano obtenu au Conservatoire de Varsovie – en 1939 – , il dut fuir – lors de l’invasion de la Pologne par les Nazis – vers l’URSS, poursuivant ses études à Minsk avant de se réfugier à Tachkent en 1941. Chostakovitch, qui l’apprécia dès cette époque et dont il devint le protégé, facilita son installation à Moscou. Cependant, la vague antisémite de 1953 lui valut d’être incarcéré durant trois mois à la sinistre prison de la Loubianka, dont il ne sortit que grâce à l’intervention de son mentor et – surtout – au décès de Staline – le 5 mars 1953.
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Si la musique de Weinberg bénéficia d’une réelle popularité dans les années 1960 en URSS, où elle fut régulièrement exécutée par les meilleurs musiciens soviétiques, elle y passa ensuite de mode – oui. Quant à l’Occident, il l’ignora à peu près totalement avant sa redécouverte – voilà – à partir des années 2010 (à titre d’exemple, le dictionnaire New Grove de 1980 lui consacre une colonne).
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Écrit en quatre mouvements, le Concerto pour violoncelle, Op. 43 s’ouvre sur un Andante qui est une sombre et prenante élégie. Kristina Reiko Cooper y fait preuve d’un beau lyrisme – oui ! – et tire de chaudes et sombres sonorités – oui, oui – de son Guadagnini. On remarque rapidement que la soliste préfère travailler en finesse – et délicatesse – plutôt que de prendre la musique à bras-le-corps, comme le veut – voilà, voilà – la tradition russo-soviétique (nous y reviendrons). On apprécie beaucoup – absolument – la douleur contenue avec laquelle elle aborde le Moderato qui suit, auquel les interventions de la trompette apportent une fine et inattendue touche de musique klezmer – tout à fait : on trouve aussi cela chez Mahler.
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Le troisième mouvement est une marche impertinente « à la Prokofiev » – mais oui – que Weinberg pare par moments d’un séduisant coloris oriental. Si Cooper sait faire preuve d’autorité dans une éloquente cadence, son interprétation — au-delà de son incontestable maîtrise technique et de sa subtile musicalité — est souvent un peu trop policée et manque parfois de tranchant – c’est ici que je me sépare des appréciations de Patrice Liebermann : j’aime la douceur consolatrice de cette tendresse lyrique. Weinberg conclut l’œuvre par un Finale plus léger et un peu moqueur – oui – , à nouveau dans un esprit assez prokofiévien – voilà. La conclusion de cet Allegro se fait pensive et lyrique jusqu’à devenir poignante et dépouillée – tout à fait : la grandeur sans esbroufe du génie de Weinberg est bien là…
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Comme indiqué, l’interprétation de la violoncelliste américaine est de haute tenue et certainement exempte de toute superficialité comme de recherche de l’effet, mais elle laisse une persistante impression de réserve – non, pas pour moi… Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le premier enregistrement de ce concerto en 1964 par son dédicataire et créateur Mstislav Rostropovitch – dont je ne goûte pas du tout l’ostentatoire rugosité, pour ma part… – , réédité par EMI en 1997. Accompagné par un Rojdestvenski qui dirige un orchestre féroce et chauffé à blanc, le grand violoncelliste russe s’engage ici corps et âme, prenant l’auditeur sidéré à la gorge – mais c’est très peu weinbergien… C’est plus que de la musique qu’on nous donne à entendre ici, mais une véritable lutte existentielle – idéologique.
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La soliste maintient la même approche dans l’intéressante Fantaisie, Op. 52, dont le grand violoncelliste soviétique Daniil Shafran donna la première, tant de la version avec piano en 1953 que de celle avec orchestre en février 1956, sous la direction de Rudolf Barchaï dans la grande salle du Conservatoire de Moscou. Composée en cinq parties enchaînées, la Fantaisie débute par un Adagio sombre où Cooper — subtile, mais un peu sage — varie intelligemment son vibrato sur les notes tenues. On perçoit bien ici le remarquable cousinage de Weinberg avec Chostakovitch – certes, mais je ne suis pas un féru de Chostakovitch pour ma part… La section Allegro leggiero qui suit apporte ensuite une légèreté bienvenue et la soliste s’y montre très sûre lors de ses excursions dans le registre aigu.
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Vient ensuite un Allegro con fuoco aux surprenants épisodes folklorisants – fréquents dans l’oeuvre de Weinberg aux attaches moldaves, par sa mère, et polonaises par son père – , sortes de rondes entraînantes qui font penser à Dvořák ou Smetana. Ce côté faux-naïf très réussi est-il une façon pour Weinberg de se plier aux normes du réalisme socialiste ou de se moquer des censeurs qui dénoncèrent son formalisme ? Ou le compositeur s’est-il simplement – plutôt – laissé guider par son inspiration ? Difficile à dire. Après une cadence finement interprétée où la soliste se laisse le temps de déclamer, l’œuvre se conclut par un Andantino leggero où, comme dans le concerto, la musique finit par s’éteindre doucement et sans pathos – à la Weinberg : Weinberg n’est pas Chostakovitch…
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La genèse du bref Concerto de Korngold (moins de douze minutes ici) ne manque pas d’intérêt. La partition fut écrite à l’origine – à Hollywood – pour figurer dans le film Deception (Jalousie) produit par la Warner Bros. en 1946. L’assez invraisemblable scénario narre l’histoire d’une pianiste (interprétée par la grande Bette Davis) qui veut empêcher que son amant (un violoncelliste de retour d’Europe) ne découvre qu’elle a été la maîtresse d’un compositeur jaloux. Ce dernier a écrit un concerto pour le violoncelliste que l’héroïne a entre-temps épousé. Juste avant la première de l’œuvre, l’héroïne tue le compositeur d’un coup de revolver.
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On connaît l’extraordinaire aisance – oui – de Korngold et ce qu’il livre ici est une musique à grand spectacle nourrie d’un vocabulaire post-romantique qui doit beaucoup à Richard Strauss. Après un début en fanfare arrivent de belles cantilènes qui précèdent un deuxième thème voluptueux qui aurait pu être écrit par Rachmaninov – oui, oui. Quant au violoncelle solo, il est très actif avant que n’intervienne une brève cadence qui débouche sur un Adagio tendre et séducteur – à la Korngold… S’ensuit une belle intervention de la flûte, suivie d’un épisode fugué introduit par le violoncelle solo qui passe ensuite à une cadence virtuose avant que le concerto ne se termine – spectaculairement : nous sommes à Hollywood – en apothéose.
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On ne peut pas dire que cette œuvre ajoutera grand-chose à la gloire de l’auteur, mais il faut lui reconnaître – voilà, voilà ! – un côté délicieusement kitsch — certainement voulu – oui – , compte tenu des origines de l’œuvre. Elle est en tout cas défendue avec une conviction totale – oui ! – par Kristina Reiko Cooper qui, par ailleurs, bénéficie ici comme dans les œuvres de Weinberg d’un accompagnement enthousiaste – mais oui ! – de la part du chef Constantine Orbelian et du volontaire orchestre lituanien.
poussé par ma curiosité et ma très vive affection et pour Weinberg et pour Korngold, je m’empresse toutefois de commander ce CD à mon disquaire préféré…
La musique de Weinberg et Korngold n’est heureusement plus si oubliée de nos jours, et l’on ne saurait négliger les nouvelles parutions les concernant. Le jeu des interprétations commence à se mettre en place, la parole est ainsi donnée à Kristina Reiko Cooper.
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Malgré un imposant corpus, Weinberg – compositeur discret – a écrit peu de concertos : un pour violon, un pour clarinette, deux pour flûte et un pour violoncelle. Pour ce dernier, composé à la fin des années 40 alors que l’auteur n’avait pas encore atteint la trentaine, il fallut attendre presque dix ans – déjà ! – pour sa création par son dédicataire Mstislav Rostropovitch en 1957. Sa structure est en quatre mouvements, sa couleur à la fois lyrique (I), nostalgique (II) et virtuose (III) – voilà, voilà… – , fait ressortir par moments – ce qui n’a rien d’étonnant chez Weinberg, et qui est éminemment touchant ! – celle de la musique klezmer juive – oui. Le retour en finale du thème initial déjà réentendu dans la cadence du III forme une architecture cyclique cohérente. L’espèce de douce habanera fantomatique – oui, oui – qui rythme le II transforme le duo soliste-orchestre en concerto d’orchestre avec les multiples interventions des différents pupitres. Il n’y a pas un moment neutre ou vide dans ce concerto : tout donne sens – oui – et rien n’est – jamais – prétexte à virtuosité creuse.
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La violoncelliste américaine Kristina Reiko Cooper nous donne ici certainement son premier grand disque soliste – oui. Et pourtant, de tous les concertos de Weinberg évoqués plus haut, c’est celui pour violoncelle qui donne à notre goût le plus de satisfactions – par sa tendresse foncière, si caractéristique de l’œuvre entier Weinberg. A côté de la version historique par Mstislav Rostropovitch (avec Guennadi Rojdestvenski) et celle de Nicolas Altstaedt (avec Michal Nesterowicz, Clef d’Or ResMusica) – un violoncelliste que j’apprécie beaucoup – , l’on n’hésitera pas à le mettre en regard d’une autre très grande version – que je ne connais pas – qui aura l’avantage sur celle-ci de s’appuyer sur une phalange et un chef qui fréquentent davantage ce répertoire – l’Orchestre Symphonique de Göteborg et Thord Svedlund – que le plus neutre orchestre lituanien de Kaunas dirigé par Constantine Orbelian. L’unité stylistique va assurer une cohérence à cet enregistrement : tout du long, les tempi adoptés gardent une certaine ampleur, même dans les passages rapides. Si l’adagio initial, le moderato et adagio qui suivent ainsi que la conclusion générale ont tout à y gagner, l’allegro s’embourbe toutefois dans une pesanteur qui nuit à l’expression de cette partie, sorte de point culminant pourtant, de réveil brutal nécessaire après ces grandes plages de méditation développées en I et II. De plus, les très nombreuses interventions des pupitres de vents restent un peu en retrait par rapport à la soliste alors qu’un vrai dialogue aurait apporté davantage de couleurs et de relief.
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Tout l’intérêt se reporte donc sur Kristina Reiko Cooper : son jeu fait ressortir la retenue de ses attaques, toutes en douceur – voilà ! voilà ! – – presque trop pour l’allegro et la cadence – et surtout son adéquation parfaite avec le chant magnifique – oui – entendu dans l’adagio initial, qui semble porté et soutenu par un immense arc mélodique, d’une profondeur d’intention remarquable – absolument. Cette unité du phrasé arriverait presque à nuire à la cadence du III dans le sens où Kristina Cooper nous raconte sans orchestre une seule et même histoire, alors que Claes Gunnarsson, le soliste de Thord Svedlund, lui, nous en raconte plusieurs. Ce n’est qu’en comparant ces deux versions que l’on se rendra compte des limites toutes relatives de cet enregistrement.
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On ne pourra que reporter ces quelques remarques sur la fantaisie pour violoncelle qui suit : de quelques années plus tardives, c’est une œuvre qui s’inscrit dans les années de dégel post-stalinien, plus « neutre », davantage dans le consensus que dans la contestation et la modernité. Mais cela n’enlève en rien de sa qualité et elle ne peut être tenue pour une œuvre mineure. L’expression de son écriture est en parfaite adéquation avec les intentions artistiques de Kristina Cooper, légèrement trop neutres.
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On passera avec plus de rapidité sur le Concerto pour violoncelle de Korngold : « concerto » est d’ailleurs un bien grand mot pour cette œuvre d’à peine quinze minutes, initialement écrit pour un film, développé par la suite et presque contemporain de celui de Weinberg, d’un romantisme tardif égaré – peut-être : c’est pour le cinéma d’Hollywood… – au lendemain de la seconde guerre. L’orchestre très fourni de Korngold et ses intentions musicales n’ajoutent ni n’enlèvent rien au jeu de Kristina Cooper qui fait ce qu’elle peut pour s’imposer et conduire la ligne de chant bavarde et superficielle de cette partition, que l’on prendra ici comme un bonus sans nécessité mais agréable seulement à l’écoute.
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Une interprétation tout à fait attachante de Kristina Reiko Cooper,
et dans l’esprit tout de tendresse vraie – et non sirupeuse, ni kitsch… – du magnifique Mieczyslaw Weinberg…
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Et admirez-la dans cette superbe vidéo (de 7′ 48) de l’Adagio qui ouvre le Concerto Op. 43 de Weinberg…
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Ce vendredi 10 juillet 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa