Catégorie : Musiques

  • Musiques de joie : le complexe et subtil goût de l’intranquillité ravélienne, dans la poésie multivoque de son fascinant Quatuor à cordes en Fa majeur

    La musique de Ravel peut rarement être qualifiée d’intrinsèquement joyeuse.

    …

    Mais pourvoyeuse de très riche joie pour le mélomane, oui…

    …

    …

    Le Quatuor à cordes en Fa majeur de Maurice Ravel

    (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937)

    est un chef d’œuvre fascinant.

    …

    Ravel, au moment de sa composition, de décembre 1902 à avril 1903,

    était un jeune homme de vingt-huit ans.

    …

    Et il dédicaça son œuvre à son maître, Gabriel Fauré.

    …

    La personnalité de Ravel,

    tant celle de l’homme que celle du musicien,

    est complexe _ l’homme est très secret… _ ;

    et se laisse _ discrètement _ entr’apercevoir seulement en sa musique,

    qui n’est pas expressionniste.

    …
    …

    Le genre du Quatuor est exigeant ;

    …

    et, de même que Debussy,

    Ravel composa un unique Quatuor à cordes…

    …

    Mais,

    de même que le Quatuor de Debussy,

    le Quatuor de Ravel est un chef d’œuvre absolu,

    merveilleux.

    …

    …

    J’ai choisi ici l’interprétation

    raffinée, élégante

    et incisive tout à la fois

    …

    en décembre 2003, à Deventer, aux Pays-Bas,

    du Quatuor Párkányí,

    proposée dans le CD Praga Digitals PRD 250 312.

    …
    …

    Comme quoi l’intranquillité du compositeur

    est pourvoyeuse _ via les exigences assumées des interprètes _,

    de profonde et très intense joie

    pour les mélomanes attentifs…

    …

    …

    Faute de trouver sur le web un podcast de l’enregistrement de ce Quatuor si prenant de Ravel

    par les subtils et parfaits Párkányí

    (István Párkányí et Heinz Oberdorfer, violons, Ferdinand Erblich, alto, et Michael Müller, violoncelle)

    en cet enthousiasmant CD Praga Digitals _ ce que je connais de plus parfait ! _,

    …

    voici une vidéo (de 31′) des Ébène prise lors d’un concert le 3 janvier 2017 ;

    …

    ou, plutôt, un podcast (de 28′) des très bons Arcanto

    (Daniel Sepec et Aantje Weithaas, violons, Tabea Zimmermann, alto, et Jean Guihen Queyras, violoncelle),

    en leur CD Harmonia Mundi HMC 902067, en 2010…

    …

    …

    Bien saisir et rendre parfaitement

    la richesse multivoque

    de la complexe _ très réjouissante _ subtilité ravélienne

    est réellement difficile…

    …

    …
    Ce mercredi 3 juin 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Musiques de joie : la grâce lumineuse et tendre des Suites anglaises de Johann-Sebastian Bach, par l’évidence du jeu d’un parfait Christophe Rousset

    Depuis mon article du 25 mai dernier

    Musiques de joie : la sérénité heureuse des Suites françaises, de Johann-Sebastian Bach, pour sa jeune épouse Anna-Magdalena, à Coethen, en 1722

    j’avais hâte de poursuivre l’exploration-jouissance

    des délices des Recueils de Suites pour clavier de Johann-Sebastian Bach ;

    …

    et passer de ses Suites dites françaises (BWV 812 à 817) _ présentes pour cinq d’entre elles dans le Petit Livre de Clavier d’Anna-Magdalena Bach, en 1721 _

    aux antérieures Suites dites anglaises  _ car « pour les Anglois« , selon une inscription ajoutée de la main de Bach lui-même... _ (BWV 806 à 811),

    un peu plus développées et ornementées

    …

    et donc un peu plus complexes à jouer pour Anna-Magdalena…

    …

    …

    Après un peu d’hésitation pour le choix des CDs

    et de l’interprète :

    …

    entre Christophe Rousset et Pierre Hantaï,

    …

    et, bien sûr, après écoute exhaustive des CDs,

    …

    j’ai préféré

    à l’interprétation un peu cérébrale _ à mon goût tout du moins : pardon ! _ de l’ami Pierre Hantaï,

    en son CD Mirare MIR 251, en 2014, des Suites anglaises n° 2 et n° 6 (BWV 807 et 811),

    …

    l’interprétation plus chaleureuse et lumineuse _ à mon goût ! _,

    plus tendre et rayonnante _ sans excès : à la Couperin !

    et comme il convient à des œuvres de style fondamentalement français, comme celui de ces Suites… _,

    et dans l’évidence du plus parfait naturel  _ soit, bien sûr, le comble de l’Art ! _

    de Christophe Rousset,

    magistral en l’élégance somptueuse, vierge de la moindre mièvrerie et maniérisme, de ce style éminemment français d’inspiration…

    …

    …

    Pour en apprécier l’écoute et en juger soi-même,

    voici le podcast de la Suite n° 2 ;

    et le podcast de la Suite n° 6

    …

    en ce double CD Ambroisie AMB 9942, enregistré en février 2003 au Musée d’Art et d’Histoire de Neuchâtel, sur un clavecin signé Johannes Ruckers, daté de 1632 et 1745, et restauré en 1987 par Reinhard von Nagel…
    …

    …

    Ce sont là de purs bijoux !

    …
    …

    Nous pouvons compléter cette confrontation de jeux d’interprétation de ces Suites BWV 807 et 811 par Christophe Rousset et Pierre Hantaï

    …

    par cette vidéo

    de l’interprétation de la Suite anglaise n° 2 (BWV 807) par Pierre Hantaï, prise lors d’un concert donné à l’abbaye de Fonfroide, au mois de juillet 2015 ;

    …

    et par cette autre vidéo,

    de l’interprétation, toujours par Pierre Hantaï, de la Suite anglaise n°6 (BWV 811)

    _ précédée, comme en son CD Mirare de 2014, enregistré à Haarlem, aux Pays-Bas, du Choral Wer nur den lieben Gott lässt walten BWV 691 _

    prise lors d’un concert donné à la Cité de la Musique, à la Villette (date non spécifiée)…

    …

    …

    Quelle qualité de joie nous offrent ces Suites

    en pareilles interprétations !

    …

    …

    Ce mardi 2 juin 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Musiques de joie : les sublimes Lamentos de la famille Bach par le sublime Henri Ledroit, en 1984

    Pour poursuivre _ encore un instant Monsieur le bourreau ! _

    avec l’inépuisable joie que continuent de nous donner, à profusion,

    et pour l’éternité,

    l’art et la voix sublimes du regretté Henri Ledroit (Villacourt, 11 mars 1946 – Nancy, 10 mai 1988),

    …

    je mets sur ma platine, ce matin du lundi de Pentecôte,

    le CD,

    enregistré en l’église Saint-Jean, de Beaufays, en Belgique, les 1er, 2 et 3 décembre 1984,

    sobrement intitulé Solokantaten

    _ le CD Ricercar 020002 _

    …

    qui nous permet de continuer  _ encore un instant, Monsieur le bourreau ! _ à nous réjouir si intensément _ à dimension transcendante d’éternité _

    de cet art, et de cette voix,

    incroyablement sublimes

    _ les anges eux-mêmes ne nous enchanteraient pas mieux !!! _

    d’Henri Ledroit ;

    …

    dans un récital parfait de merveilleuses Cantates de la famille Bach :

    …

    non seulement

    de Johann-Sebastian Bach (Eisenach, 21 mars 1695 – Leipzig, 28 juillet 1750),

    …

    mais aussi de Johann Bach (Wechmar, 26 novembre 1604 – Erfurt, 13 mai 1673),

    de Johann-Michael Bach (Arnstadt, 9 août 1648 – Gehren, 17 mai 1694), le beau-père de Johann-Sebastian,

    et Johann-Christoph Bach (Arnstadt, 6 décembre 1642 – Eisenach, 31 mars 1703), un des cousins germains du père de Johann-Sebastian ;

    …

    tous compositeurs magnifiques.

    …

    …

    Et j’ai choisi ici l’intensité lumineuse et profonde, incomparable !, de l’interprétation d’Henri Ledroit et du Ricercar Consort,

    avec, notamment, le premier violon de François Fernandez, et Bernard Foccroulle à l’orgue positif,

    dans deux merveilleux Lamentos _ qu’on en juge ici par les podcasts ! _

    qui nous tirent des larmes de bonheur :

    …

    la cantate Ach, dass ich Wassers genug hätte, de Johann-Christoph Bach,

    et la cantate BWV 53 Wiederstehe doch der Sünde, de Johann-Sebastian Bach.

    …

    …

    Dans le livret de ce CD Ricercar 020002,

    et concernant ces deux Cantates,

    William Hekkers indique ceci :

    …

    « Rien d’étonnant à ce que le Lamento de Jean-Christophe Bach et la Cantate de Jean-Sébastien Bach soient proches parentes par leur écriture : dissonances omniprésentes dans les harmonies hypertendues, dans les intervalles diminués et le chromatisme des lignes mélodiques.

    Le thème qu’illustrent les deux œuvres est le même : le péché, source de souffrance, qui « décentre » l’être humain et le fait entrer dans le monde de la « pathopoiia », l’éloigne de l’« Harmonia » universelle en l’éloignant de ses semblables et de son Dieu.

    Dès le début de la Cantate BWV 54, nous sommes d’emblée décentrés sans aucune préparation, par une dissonance qui ne retrouvera, très provisoirement, sa résolution et son point d’appui sur un accord parfait de tonique, qu’après dix mesures.

    Ici, le figuralisme et la rhétorique baroques se font les serviteurs de la théologie avec une puissance dramatique et expressive rarement atteinte.

    Luther n’écrivait-il pas que « Dieu a aussi prêché l’Evangile par la musique ? » »…

    …
    …

    C’est cette extraordinaire « puissance dramatique et expressive »  que le génie si idiosyncrasique _ unique ! irremplacé… _ de l’interprétation d’Henri Ledroit,

    par la souplesse merveilleuse de son art et le timbre _ à la fois fragile et considérablement portant.. _, si émouvant de sa voix,

    unique,

    sait nous faire si jubilatoirement ressentir

    et partager.

    …

    A chaque écoute,

    et comme à la fraîcheur innocente de la toute première fois,

    l’élévation du chant d’Henri Ledroit nous fait frémir et transcender de joie.

    …

    …

    Un grand merci aussi à Jérôme Lejeune,

    le directeur artistique de ces CDs Ricercar,

    pour la qualité transcendante, elle aussi, de son travail…

    …

    …

    Ce lundi 1er juin 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Musiques de joie : le sublime Air de cour « Quand on vous dit que l’on vous ayme… » de Joseph Chabanceau de La Barre (1633 – 1678) par le sublime Henri Ledroit (1946 – 1988), en 1984 et en 1987

    Au sein du _ merveilleux _ répertoire de l’Air de cour français,

    la place royale, au disque, revient sans conteste au sublime

    Henri Ledroit (Villacourt, 11 mars 1946 – Nancy, 10 mai 1943),

    …

    et tout spécialement dans ses interprétations d‘Airs

    de Joseph Chabanceau de La Barre (Paris, 21 mai 1633 – Paris, 6 mai 1678) ;

    …

    dont le possède 2 CDs absolument magnifiques,

    stupéfiants de vie, charme et beauté  :

    …

    _ le CD Joseph Chabanceau de La Barre Airs de cour,

    soit le CD Fy FYCD 117,

    enregistré en studio à Paris du 7 au 9 août 1984,

    et comportant 14 Airs, 

    extraits du Livre d’Airs à 2 parties avec les seconds couplets en diminutions, du compositeur, publié en 1669 ;

    avec au luth et au théorbe Matthias Spaeter ;

    …

    dont le merveilleux Un feu naissant vient d’enflammer mon cœur…

    …

    …

    _ et le CD d’hommage Henri Ledroit (contreténor),

    publié par INA Mémoire vive IMV 021, en 1996,

    et comportant 4 Airs de cour de Joseph Chabanceau de La Barre ;

    avec Anne-Marie Lasla à la viole de gambe et Aline Zylberajch au clavecin,

    enregistrés live dans le cadre des Journées Lully du Centre de Musique Baroque de Versailles, en 1987 :

    …

    « Si c’est un bien que l’espérance« ,

    « Depuis quinze jusqu’à trente« ,

    « Ah ! je sens que mon cœur va mourir« 

    et « Quand on vous dit que l’on vous ayme » : mon préféré ; je le repasse en boucle…

    …

    Un clic, et vous les écoutez ici.

    …

    …

    De ce merveilleux Air Quand on vous dit que l’on vous ayme

    …

    on peut aussi comparer

    cette interprétation-là d’Henri Ledroit en 1987,

    avec la viole de gambe d’Anne-Marie Lasla et le clavecin d’Aline Zylberajch, dans le CD INA Mémoire vive

    …

    avec celle-ci d’Henri Ledroit en 1984,

    avec le luth de Matthias Spaeter, dans le CD Fy… 

    …

    …

    La voix

    et l’art de dire et chanter d’Henri Ledroit

    sont _ pour l’éternité _ frémissants de vie…

    …

    …

    Henri Ledroit,

    fauché par la camarde en mai 1988,

    n’a pas eu de vrai successeur

    dans ce chant français si délicat et fort…

    …
    …
    Ce dimanche 31 mai 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa