Catégorie : Rencontres

  • Une nouvelle pièce de ma recherche sur les cousinages cibouro-luziens de Maurice Ravel : la branche Larroulet et la branche Hiriart-Gaudin de la descendance des Harispe

    Poursuivant mes recherches sur les cousinages cibouro-luziens de Maurice Ravel,
    je me suis rendu le week-end dernier à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz afin d’y procéder à quelques rencontres.
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    Ayant rencontré à l’Association Jakintza à Ciboure, Jean-Pierre Larroulet _ dont le nom me disait quelque chose : je l’avais rencontré dans mes recherches de généalogies des cousinages cibouro-luziens Delouart-Ravel… _,
    à défaut d’établir une parenté directe entre les Larroulet et les Delouart-Ravel de Ciboure _ je cherchais du côté des Etchepare cibouriens ; de fait, Marie-Jeanne Etchepare (1880 – 1958) est la grand-mère paternelle de Jean-Pierre Larroulet ; mais elle ne semble pas apparentée à Guilhem et Dominique Etchepare, qui ont épousé à Ciboure, en 1853 et 1861 Marie et Jean Delouart… _,
    j’ai découvert un cousinage (au 4e degré) entre sa famille et certains membres de la famille Gaudin (cousins avec Maurice Ravel, via des Hiriart _ Dominique Hiriart et sa mère, Marie Etcheverry-Hiriart _), via des ancêtres communs _ luziens _, Harispe.
    Et la famille Larroulet _ en plus du nom de Pierre Garmendia, gendre de Magdeleine Harispe _ figure d’ailleurs nommément sur le faire-part de décès de Charles Gaudin, à l’automne 1910 : une confirmation de ma thèse…
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    Voici comment :
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    Pierre Harispe 1755 – 1821 (qui épouse le 22 novembre 1786 Jeanne Quiliscabia 1761 – 1833) _ né et domicilié à Saint-Jean-de-Luz, laboureur _
    est l’ancêtre commun de deux lignées,
    issues, la première, de son fils Augier Harispe 1787 – 1870 (qui épouse le 27 avril 1824 Gracieuse Douat 1795 – 1862) _  né et domicilié à Saint-Jean-de-Luz, cultivateur ; cette branche-ci des Harispe n’a pas de parenté avec les Delouart-Ravel _ ;
    et la seconde, de sa fille Magdeleine Harispe 1802 – 1883 (qui épouse le 6 février 1839 Raphaël Imatz 1797 – 1869) _ né à Urrugne et domicilié à Saint-Jean-de-Luz ; charpentier de marine ; c’est cette branche-là des Harispe qui a noué une parenté avec les Delouart-Ravel : par le mariage, le 3 juin 1874, entre Marianne Imatz (fille de Magdeleine Harispe), et Dominique Hiriart (fils de Marie Etcheverry n°1, elle-même fille de Marie-Baptiste Delouart n°2).
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    D’Augier Harispe :
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    Marie Harispe 1834 – 1916 (qui épouse le 30 avril 1873 Jean Larroulet 1839 – 1907) _ né et domicilié à Urrugne, laboureur _
    Jean-Pierre Larroulet 1875 – 1926 (qui épouse le 27 octobre 1908 Marie-Jeanne Etchepare 1880 – 1958) _ né et domicilié à Saint-Jean-de-Luz, menuisier _ 
    Henri-Pierre Larroulet 1909 – 1976 (qui épouse le 4 juin 1948 Adèle-Victoire Teilletche 1919 – 2007) _ né et domicilié à Saint-Jean-de-Luz _
    Jean-Pierre Larroulet 1949 : que j’ai rencontré samedi matin au siège de Jakintza, à la Maison Ravel, à Ciboure. 
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    De Magdeleine Harispe, épouse Imatz :
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    Marianne Imatz 1845 – 1932 (qui épouse le 3 juin 1874 Dominique Hiriart, cousin de Maurice Ravel par leurs mères _ Dominique Hiriart, né et domicilié à Saint-Jean-de-Luz, d’abord menuisier ébéniste ; la mère de Dominique Hiriart, Marie Etcheverry-Hiriart, est, via sa mère Marie-Baptiste Delouart-Etcheverry, la cousine germaine de Sabine Delouart, qui est fille de Marie-Baptiste Delouart-Billac, ainsi que mère de Marie Delouart, la mère de Maurice Ravel…).
    Magdeleine Hiriart 1875 – 1968 (qui épouse le 28 septembre 1901 Charles Gaudin 1875 – 1910) _ né et domicilié à Saint-Jean-de-Luz ; capitaine de navire au long cours _
    Edmond Gaudin 1903 – 1988 (qui épouse en 1935 Angela Rossi 1905 – 1999) _ né et domicilié à Saint-Jean-de-Luz _
    Maylen Gaudin 1942 : que j’ai rencontrée dimanche matin à Saint-Jean-de-Luz.
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    Il me faut ajouter encore que Marianne Imatz 1845 – 1932
    a eu une sœur aînée Josèphe Imatz 1841 – 1905 (qui épouse le 2 juin 1875 Pierre Garmendia 1829 – 1911) _ né à Urrugne et domicilié à Saint-Jean-de-Luz, commerçant _ ;
    et que Pierre Garmendia, l’époux et veuf _ dès novembre 1905 _ de Josèphe Imatz, figure sur le faire-part de décès de Charles Gaudin à l’automne 1910,
    à titre d’oncle du défunt Charles Gaudin,
    puisqu’époux de la nièce, Magdeleine Hiriart-Gaudin _ fille de Marianne Imatz-Hiriart et Dominique Hiriart _, de sa défunte épouse Josèphe Imatz-Garmendia.
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    Je n’ai pas eu de contacts depuis samedi dernier avec des membres de Jakintza ;
    et je suppose que les documents _ articles + arbre généalogique des Delouart-Ravel _ que je leur ai communiqués
    demandent pas mal de temps pour être consultés et assimilés.
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    Ce samedi 20 juillet 2019, Francis Lippa
  • Mort de Jean-Louis Chrétien

    Ce dimanche main,

    apprenant la disparition de Joao Gilberto,

    et recherchant des précisions sur lui,

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    voici que je tombe sur la nouvelle _ qui m’avait échappée _ du décès le 28 juin dernier de Jean-Louis-Chrétien, philosophe,

    dont j’avais beaucoup apprécié bien des livres.
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    Cf par exemple mon article du 15 mai 2009 : 

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    Et je ne mentionnerai pas ici mes références si nombreuses en mes articles à ce maître-livre qu’est La Joie spacieuse _ essai sur la dilatation…

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    Je ne le connaissais pas personnellement,

    mais j’étais très attentif à ses travaux, si précis et si éclairants.
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    Mort du philosophe et poète Jean-Louis Chrétien

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    Par Camille Riquier, vice-recteur à la recherche de l’Institut catholique de Paris et professeur — 1 juillet 2019 à 16:22
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    Jean-Louis Chrétien en 1987.
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    Jean-Louis Chrétien en 1987.
    Archive personnelle

    Adepte de Vladimir Jankélévitch, ce fut un Socrate des temps modernes pour ses étudiants et les anciennes humanités ont été son champ de prédilection.

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    Jean-Louis Chrétien est mort vendredi, à 9h28 du matin, à l’âge de 66 ans. Encore peu connu du grand public, il a préféré l’ombre à la lumière. Fuyant sa propre image, quoiqu’il n’eut rien à cacher, il se refusait _ bravo ! _ par principe à revêtir une de ces renommées factices qui se bâtissent à coups de bonnes fortunes médiatiques. Philosophe et poète, il voulut l’être sans se soucier de le paraître _ excellent ! Et trop rare. Maintenant que son corps a péri et que peut éclater dans son ordre la grandeur de l’esprit qui l’habitait, il faudra bien se rendre à l’évidence : il fut l’un des plus grands de sa génération _ sans en parler avec quiconque, et rien qu’en le lisant, je m’en étais aperçu.

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    Jean-Louis Chrétien est né à Paris le 24 juillet 1952. Après des études au lycée Charlemagne, il fit ses classes préparatoires à Henri IV. Reçu premier à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm (1972) ainsi qu’à l’agrégation de philosophie (1974), il partit quelques années en province enseigner dans le secondaire, à Mâcon puis à Vire. De retour à Paris, il fut pensionnaire de la fondation Thiers de 1977 à 1980, quand elle possédait encore son bâtiment Porte Dauphine, sur la place du Chancelier-Adenauer. Il obtint ensuite un poste à l’université de Créteil, enfin à la Sorbonne où, nommé professeur de la chaire d’histoire de la philosophie de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge, il devait enseigner jusqu’à sa retraite, l’an dernier.

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    L’humaine parole

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    Si Heidegger lui a ouvert les yeux pour le jeter au plus près de la source grecque, c’est néanmoins sa rencontre avec le philosophe Henri Maldiney _ un auteur majeur à mes yeux ! _ qui décida de sa vocation. Elle eut lieu très tôt ; dans les hauts alpages le chalet des Chrétien côtoyait celui des Maldiney. Et jeune adolescent, il se plaisait à le suivre dans les montagnes, du bon pas des randonneurs. Il s’est noué entre eux un lien d’autant plus fort qu’il fut intellectuel et profondément humain. Il y eut plus tard, alors qu’il était étudiant, la rencontre avec Vladimir Jankélévitch, qui espérait le voir écrire le livre sur Plotin que lui-même n’avait eu le temps d’écrire. Il ne réalisa pas son souhait. Mais le néoplatonisme garda chez lui son attrait et devait le conduire jusqu’à l’antiquité tardive et les débuts du christianisme. La conversion est un mystère qui s’opère dans le secret des cœurs. Mais c’est un fait que Jean-Louis Chrétien n’a pas toujours été chrétien et que son père, médecin de profession et communiste engagé, fut hostile à l’idée qu’il le devînt. Baptisé à l’âge où beaucoup perdent la foi, entre ses 25 et ses 28 ans, il entra dans l’Eglise et lui demeura fidèle jusqu’à sa mort. Tout son chemin de pensée et d’existence en conserve l’empreinte et lui doit probablement son unité. S’il a pu investir une diversité de champs d’écriture (philosophie, littérature et poésie, théologie), la Parole divine a été l’orient qui ne cessa de guider sa compréhension de l’humaine parole _ la parole, la voix, l’échange.

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    Jean-Louis Chrétien laisse ainsi derrière lui plus d’une trentaine d’ouvrages dont voici quelques titres: l’Effroi du beau, l’Appel et la Réponse, la Voix nue, Corps à corps, De la fatigue, la Joie spacieuse… Nombreux sont ceux qui trouvèrent une place dans les colonnes de Libération. Et la plus digne et la plus noble vocation d’un média nous semble de mettre dans la lumière, au moment venu, qu’il faut souhaiter le plus tard possible, la grandeur d’une pensée qui s’est construite sans son appui, qui ne lui doit rien et à qui secrètement il doit beaucoup. A l’œuvre qu’il portait en lui et pour l’écriture de laquelle la solitude _ du méditer avec des voix : oui _ était requise, le silence de l’écoute était en effet l’essentiel _ oui, du fait de la nécessaire très haute qualité de l’attention requise _, après quoi seulement une parole selon lui pouvait _ vraiment _ dire quelque chose _ qui ne soit plus de l’ordre du psittacisme du bavardage…
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    Quelques auteurs furent certes décisifs dans l’itinéraire de sa pensée : Heidegger, Platon, saint Augustin. Mais lecteur infatigable, ce sont toutes les anciennes humanités qu’il a fait remonter _ comme tout authentique penseur : en perpétuel dialogue… _ du fond de notre mémoire oublieuse. Sa voix, elle, était l’hospitalité même. Elle a vécu d’accueillir _ pour dialoguer avec _ d’innombrables voix _ voilà ! _ que les nôtres avaient recouvertes, que sans lui nous aurions peut-être cessé d’entendre _ oui _ et qui pourtant, seules, continuent de donner du sens et de la gravité à notre propre parole _ oui. C’est dire que l’œuvre de Jean-Louis Chrétien fut aussi bien un dévouement à l’œuvre commune et qu’il est difficile de dissocier le métier d’écrivain et celui d’enseignant qu’il exerça toujours en parallèle _ c’est très juste.

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    Le chagrin est une ivresse, et il faut pardonner à ceux qui, brassant leurs souvenirs dans les larmes, m’ont aidé à retracer son parcours non sans un certain désordre, puisqu’ils ont perdu pour certains celui qui fut le garant de leur existence. Car il était, le mot est faible, extraordinaire, littéralement hors du commun. Lui qu’un éloge trop soutenu aurait contrarié de son vivant, il nous faut le faire à présent qu’il n’est plus. Ce n’est pas assez de dire qu’il évitait les mondanités _ bravo _ ; elles lui étaient parfaitement étrangères. Les fois qu’il s’est attablé à une terrasse de café ou rendu dans un cinéma peuvent se compter sur les doigts des deux mains. Il n’appréciait que les conversations en tête-à-tête _ voilà : un entretien réciproque _, et n’était pas loin de penser qu’à trois dans une pièce, une personne était déjà de trop. Jusqu’à une date récente, il n’eut ni poste de télévision ni téléphone portable et, quand il ne recevait pas un ami chez lui, il lisait le soir des romans qui le reposaient des essais plus âpres qu’il avait lus le jour. Hormis un séjour en Angleterre, un autre en Pologne et un dernier en Tunisie, il ne voyagea pas. C’est qu’il ne voyageait que trop à travers ses lectures _ certes : là est la force puissante de la très grande attention. Il s’aperçut d’ailleurs que beaucoup partaient voir ailleurs ce qu’avec de bons yeux il était possible de voir sans quitter son lieu _ oui. Invité partout, à chaque fois il déclina poliment. Sa vie devait se tenir entre Paris et Dieppe, où il avait sa résidence secondaire. Enfin, il n’eut jamais d’ordinateur et se servait de cahiers d’écolier à la couverture rigide dont, de son écriture fine et serrée, il remplissait entièrement la page de droite, en laissant blanche celle de gauche en vue d’éventuels compléments. Une fois le manuscrit achevé, il sortait une vieille machine à écrire et en faisait un tapuscrit qu’il envoyait sous cette forme à l’éditeur.

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    Il était toujours habillé de semblable façon _ sans perdre de temps _, avec pour unique coquetterie de porter un chapeau quand il sortait. Et assurément il était d’un premier abord étrange. C’est que je n’ai jamais vu un homme qui était aussi indifférent à ce qui ne relevait pas du spirituel, ne voyant le corps lui-même que tout plein d’esprit. Il pouvait paraître négligé et j’en ai hélas surpris certains qui souriaient ; il suffisait pourtant qu’ils s’approchassent un peu de lui pour s’arrêter devant son élégance. Timide, il pouvait intimider ; sévère parfois, il l’était surtout avec lui-même ; drôle et espiègle le plus souvent, il l’était sans qu’il le fût aux dépens d’un autre. Philosophe, il l’était sans discussion ; et devant lui, même les méchants se taisaient _ bigre.

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    Invulnérable aux sirènes du dehors

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    Jean-Louis Chrétien ressemblait lui aussi au satyre Marsyas dont parlait Platon et dont l’intérieur était rempli de divines figures. Sa voix, qu’il trouvait balbutiante, heurtait peut-être l’auditeur la première fois ; mais en l’écoutant, il découvrait vite, enveloppée dans l’écrin des mots, une parole qu’il n’avait jamais entendue auparavant _ pour ma part, je n’ai eu accès à sa voix que via la lecture de l’écriture de ses livres ; mais elle s’y ressentait fort clairement. Ses étudiants ne s’y sont pas trompés. Il avait beau avoir des lunettes et un chapeau, ils savaient qu’il était vieux de 2 500 ans, qu’il y avait face à eux, vivant, en chair et en os, un Socrate des temps modernes. Sa vie et son œuvre semblent n’avoir fait qu’un. Et il n’est rien de plus saisissant que d’entendre les résonances _ voilà ce qu’est une vraie culture vivante et authentique _ entre elles. Le dernier livre qu’il publia s’intitule Fragilité (Minuit, 2017). Invulnérable _ oui _ aux sirènes du dehors – argent ou réputation –, robuste et bon marcheur, sa fragilité était en lui. Quand il l’écrivait, il ignorait que la maladie le rongeait déjà. Il l’ignorait encore quand il s’attelait à son dernier livre, qu’il était sur le point de finir et auquel ne manquera que la conclusion : l’Absence. Absent, il ne savait pas qu’il le serait quand le livre paraîtra aux éditions de Minuit. Dans la mémoire de ses proches et par son œuvre qui s’achève ainsi, qu’il puisse être assuré comme nous le sommes de sa présence _ voilà : la voix demeure _, la seule qui compte et sur laquelle le temps ne peut mordre, celle de l’esprit.

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    Camille Riquier vice-recteur à la recherche de l’Institut catholique de Paris et professeur

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    Je lirai Fragilité,
    même si cet accent mis sur la finitude n’est pas ce qui me plaît le plus…
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    Je préfère la dynamique de la joie. 

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    Ce dimanche 7 juillet 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • A jouer avec les anagrammes : Karol Beffa et Jacques Perry-Salkow

    En jouant avec les anagrammes

    de Karol Beffa et Jacques Perry-Salkow

    en leur très amusant Anagrammes à quatre mains : une histoire vagabonde des musiciens et de leurs œuvres,

    paru au mois de novembre dernier aux Éditions Actes-Sud,

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    nous découvrons que « Boléro de Ravel« 

    devient « Le rodéo verbal« …

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    L’ami Karol Beffa était ce matin l’invité de Clément Rochefort à la Matinale de France-Musique.

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    Ce mercredi 3 juillet 2019, Titus Curiosus-Francis Lippa

  • Le miroir à illuminations de Venise et l’enfant de Corps-Nuds : un souvenir-écran _ une lecture du casanovien « Venise à double tour » de Jean-Paul Kauffmann

    Venise, la Venise insulaire, inchangée presque complètement depuis 1800, offre _ et avec une merveilleuse profusion _ une constante (permanente) et totale immersion dans le passé _ demeuré quasiment tel quel ! _ à tout visiteur forcément ébloui, en son passage _ une fois traversé-passé-percé le rideau de légère brume de la lagune _, et son séjour, par la lumière et les échos de bruits très spéciaux et si riches ; et vierges de voitures : confinées aux vastes parkings d’entrée, l’île du Tronchetto et le grand garage de la Piazzale Roma.

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    Il en va bien sûr immanquablement ainsi, aussi, et à chacun de ses (nombreux et fréquents) passages, pour l’enfant de Corps-Nuds (Île-et-Vilaine) que demeure, à certains égards, Jean-Paul Kauffmann ; et qu’il se plaît à narrer, à divers endroits de ce superbe Venise à double tour : et c’en est presque un leitmotiv.
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    Mais il se trouve que l’extraordinaire trésor d’œuvres d’art religieux, tout spécialement, que recèlent _ et que sont architecturalement aussi, et cela jusqu’à la fin du XVIIIe siècle _ les multiples belles églises de la cité dogale, les ouvertes et, plus encore peut-être, les fermées, forme en fait ici, pour « le chasseur » qu’est le narrateur-auteur, un puissant souvenir-écran _ voilà ! _ de la mémoire (toujours partielle et à trous) qui se met en quête, comme ici, et passionnée, de retrouver-revoir ce qui a jadis très fortement touché, voire ébloui, sa sensibilité ; au point de le contraindre à retourner régulièrement à Venise, ne serait-ce que pour se replonger quelques heures ou jours en elle, à la recherche de ce qui continue de le poursuivre de son obsession primale…
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    C’est que le souvenir-écran sert de cache pratique et durablement efficace à d’autres souvenirs, moins évidents, moins affrontés peut-être tels quels, probablement, quoique… _ et aux sources en tout cas jusqu’ici non localisées _, comme c’est en l’occurrence le cas (mais cela, nous ne l’apprendrons que comme très accessoirement et sans le moindre commentaire de l’auteur, à l’ultime page du récit, en une sorte de post-scriptum quasi superfétatoire…), de fresques de Giambattista Tiepolo (Venise, 1696 – Madrid, 1770) à connotations non religieuses, mais disons à parfum érotique : la rencontre d’Antoine et Cléopâtre, de la salle de bal du Palazzo Labia.
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    Résultat de recherche d'images pour "Tiepolo Palais Labia La Rencontre d'Antoine et Cléopâtre"
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    Des fresques réalisées au moment (1746-47) où ce palais était proche, à deux pas à peine, de ce qui était le siège de l’ambassade d’Espagne auprès de la Sérénissime République, le Palazzo Manin-Sceriman (dit aujourd’hui Palazzo Zeno) _ les Labia étaient de richissimes catalans _ ; le siège de l’ambassade de France (en 1743-44, Jean-Jacques Rousseau _ plutôt pisse-vinaigre, lui _ y fit fonction de secrétaire de l’ambassadeur, le Comte de Montaigu) ; et de 1752 à 1755, le Cardinal de Bernis _ bien plus savoureux ! _ y fut l’ambassadeur de Louis XV auprès du doge, et accessoirement grand ami de Casanova), le Palazzo Surian – Belotto, se trouvant, lui, à l’autre bout de ce Canal de Cannaregio, qui les borde tous deux ; en ce sestier de Cannaregio qui constitue le « quartier préféré » (page 56) de Jean-Paul Kauffmann _ et j’y apprécie, pour ma part, la taverne Da’ Marisa : juste passé le Pont-aux-trois-arches…
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    En conséquence de quoi, il me semble que le souvenir-écran de forte connotation catholique post-tridentine de cette « peinture miroitante » aperçue en 1968 ou 69, source de la quête passionnée des églises fermées de Venise où cherche à pénétrer et regarder « le chasseur », vient ici prendre le devant d’une anthropologie _ voilà _  plutôt a-religieuse, et ouvertement hédoniste, dont les références, parfaitement assumées, d’ailleurs, sont Casanova et Lacan. Sans qu’il y ait forcément une absolue contradiction entre les deux. Mais la conscience nette immédiate de cela nous aurait privés de cette découverte progressive passionnante du secret de ce qui nous rend si vivants et si prodigieusement « animés » les espaces intimes des églises, tout spécialement à Venise, tels que narrés par Jean-Paul Kauffmann en ce passionnant très réussi _ et même jubilatoire ! _  Venise à double tour. L’alacrité règne.
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    Une anthropologie plutôt a-religieuse, et ouvertement hédoniste : que veux-je dire par là ? Que le goût de la sensualité _ si présent dans l’art qui s’exprime, et avec un tendre éclat en permanence ré-affirmé, au long des siècles (de Giorgione et Bellini à Tiepolo, en passant par Titien et Véronèse surtout, peut-être moins Tintoret) dans la Venise marchande si friande de toute la palette des couleurs douces et non violentes, ici jamais hystérisées, de la chair… _ de Jean-Paul Kauffmann lui-même, tel qu’exprimé par ailleurs en son œuvre en faveur des vins, des cigares ou des gastronomies, comme des paysages à découvrir et explorer, s’il a peut-être eu besoin, et c’est possiblement à tort que je le dis ici au passé, pour s’assurer et se légitimer un peu à ses propres yeux, de l’abri et cadre chaleureux des bras accueillants et protecteurs de l’église _ cf page 105 : « À ce compromis permanent du péché et de la grâce, j’ai adhéré d’emblée. N’autorise-t-il pas entre autres la transgression ? » ; et page 131 : « Avec le catholicisme, on trouve toujours des arrangements. Quiconque commet une faute sait qu’il sera accueilli à bras ouverts et reconnu en tant que pécheur. La vraie indignité n’est pas d’enfreindre, mais de prétendre n’avoir pas enfreint« … _, du templum sacré de cet espace clos sur lui-même en son bâti et ses dispositifs mobiliers, mais intensément ouvert et dynamisé vers, en son sein même, quelque transcendance _ haute _ d’une puissante présence offerte en son absence même, mais très puissamment ressentie en l’irrésistible attraction de son magnétisme, et cela davantage encore en quelque sanctuaire verrouillé « à double tour »… ;
    que ce goût-là _ de la sensualité _ est proprement casanovien : Casanova étant « certainement un homme selon mon cœur » _ pour reprendre les mots de l’auteur à la page 318 _, « le « grand vivant » (Cendrars), l’homme supérieurement libre, toujours gai, dépourvu de tout sentiment de culpabilité« …
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    Ce casanovien que fondamentalement, et peut-être à la suite de ce goût-là, est aussi Jean-Paul Kauffmann lui-même, en personne _ en et par sa personne : épanouie _, ainsi que l’attestent, et son voyage _ nécessaire alors _ à Duchcov en 1988 _ pour lui « redonner un peu de tonus« … _, et ses retours réguliers et fidèles, depuis, à Venise : « la ville de la jouvence et de l’alacrité« .
    « Venise n’est pas « là- bas », mais « là-haut », selon le mot splendide de Casanova« , lit-on aussi page 15.
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    Alors qu’affronter directement le sans-cadre _ et sans fil auquel se tenir (et, au cas où, retenir) _ du clinanem d’Épicure et Lucrèce, serait probablement un poil plus vertigineux…
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    Ce lundi 1er juillet 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa