Catégorie : Rencontres

  • Un patron parle de l’industrie discographique

    Le patron de l’entreprise Outhere s’exprime dans une interview accordée à Res Musica :

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    LE PRÉSIDENT D’OUTHERE CHARLES ADRIAENSSEN, PRUDEMMENT OPTIMISTE

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    Adriaenssen-1

    Cette année, l’étiquette Alpha est désigné « label de l’année » des International Classical Music Awards (ICMA). Alpha fait partie du groupe de musique belge Outhere (Alpha, Ricercar, Fuga Libera, Ramée, ZigZag, Arcana, Phi, Linn…). Juan Lucas (Scherzo, Espagne), membre du jury des ICMA, s’est entretenu avec Charles Adriaenssen, président d’Outhere.

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     « Je me suis rendu compte que j’étais à un carrefour. »

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    ICMA : Comment décririez-vous vos origines et à quel moment avez-vous décidé que vous vouliez vous impliquer sérieusement dans le domaine du disque classique ?

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    Charles Adriaenssen : On manifestait un grand intérêt pour la culture dans ma famille. Par conséquent, la musique a joué un rôle important dans mon parcours scolaire et mon éducation. J’ai étudié le droit et, ensuite, pendant une quinzaine d’années, j’ai travaillé comme diplomate jusqu’en 1995, à ce moment-là, je me suis impliqué dans les affaires familiales de brasserie, puis j’ai rejoint plusieurs conseils d’administration… Pourtant, la musique y était toujours présente. Pendant vingt ans d’une vie d’affaires très active, j’ai soutenu de nombreux concerts.

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    Une journée particulièrement belle m’a mis en contact avec Michel Stockhem, un producteur belge ayant de nombreux contacts dans l’industrie de la musique, qui m’a suggéré l’idée de créer un label indépendant. Je l’ai pris comme une fabuleuse opportunité de découvrir la musique. C’est ainsi qu’est née Fuga Libera, un petit label pour émettre un mélange de musique assez éclectique. Cependant, quelques mois après cet épisode, j’ai réalisé que l’aventure était un peu ridicule. Michel était un excellent producteur, mais il lui manquait l’infrastructure la plus élémentaire pour ses activités : il n’avait pas un bon système de distribution ni de bureau de presse, il avait besoin d’une stratégie marketing, et il n’avait pas non plus de réelle idée de l’endroit où l’étiquette allait. Je me suis alors rendu compte que j’étais à un carrefour : soit je continuais à profiter de quelque chose simplement comme un hobby, juste comme quelqu’un qui s’intéresse aux voitures ou aux chevaux, soit je faisais quelque chose de plus sérieux. Au final, j’ai opté pour cette dernière solution en essayant de mettre en place une structure de fabrication de produits culturels haut de gamme, et en m’efforçant de rentabiliser ce travail. À ce moment-là, le concept prenait de l’ampleur. Au tout début, j’ai eu une discussion avec Jerôme Lejeune, le créateur de Ricercar – un label fantastique, mais avec une approche très artisanale – qui a vu l’aube d’Outhere.

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    ICMA : Bien qu’on puisse dire que l’étape cruciale est venue un peu plus tard, lorsque vous avez racheté Alpha, qui était alors déjà l’un des principaux labels français indépendants…

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    CA : Ce qui s’est passé, c’est qu’en 2005, mon distributeur français m’a appelé pour me dire qu’Alpha avait des problèmes. J’avais toujours admiré le travail de ce label et de son fondateur Jean-Paul Combet. Je me suis donc précipité à Paris, déterminé à faire quelque chose. Un peu plus tard j’ai acheté cette étiquette, qui à l’époque n’était gérée que par une équipe de sept ou huit personnes. Du point de vue de la gestion purement commerciale, Alpha était complètement en désordre. Pourtant, Combet était un visionnaire en ce sens qu’il avait réalisé quelque chose de très important pour une maison de disques : développement de l’image de la marque, une chose fondamentale.

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    Au début, j’avais beaucoup de problèmes avec Alpha, mais au final, nous avons réussi à progresser, au point que maintenant c’est le « vaisseau amiral de notre flotte ». Avec Alpha, nous avons réussi à atteindre un chiffre d’affaires suffisant, et nous avons pu envisager de créer ensemble une grande entreprise, c’est-à-dire une infrastructure comprenant un directeur artistique, un directeur commercial, un service d’exportation solide, de bons prix pour la fabrication et un réseau de distribution fiable. Bref, après avoir créé les structures de management artistique, nous devions, à ce moment-là, nous occuper de questions de professionnalisme dans nos pratiques de travail. Et cela a été un succès. Mais comme c’est souvent le cas, le succès me rendait encore plus gourmand, je le désirais de plus en plus, et j’ajoutais ainsi plus de labels : d’abord Æon, une petite et charmante étiquette de musique contemporaine, puis Zig-Zag qui était similaire à Alpha, c’est peut-être pour ça que j’ai pris cette décision particulière, je ne voulais pas de compétiteurs perturbateurs ! Par la suite, nous avons acheté Arcana, le dernier label à avoir été lancé par l’extraordinaire Michel Bernstein, décédé peu avant… et quelques autres. Le dernier label à être incorporé est le Linn du Royaume-Uni, ce qui nous a permis d’y renforcer notre présence.

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    « Le succès me rendait encore plus gourmand, je le désirais de plus en plus, et j’ajoutais ainsi plus de labels. »

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    ICMA : Par conséquent, au cours de ces premières années, Outhere a formé un refuge ou un sanctuaire pour les petites étiquettes, mais plus récemment, il semble que la stratégie ait changé, et qu’il y ait une tendance à réduire, à se concentrer principalement sur le label capital, Alpha, est-ce le cas ?

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    CA : C’est une situation compliquée, que nous sommes en train d’examiner. Je pense que le monde classique a besoin d’étiquettes éclectiques, dans la mesure où la fameuse distinction entre le romantisme, le classicisme, le baroque et le contemporain touche à sa fin. Par exemple, la dernière génération d’interprètes de la musique baroque est beaucoup plus ouverte, et c’est la même chose avec les artistes contemporains. Aujourd’hui, on entend des pianistes classiques jouer sur un pianoforte, des violonistes modernes utilisant des cordes en boyaux…

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    En conséquence de tout cela, nous avons décidé que le label principal, Alpha, devrait devenir le reflet de cette situation, une étiquette ouverte, cohérente, et offrant un bouquet d’approches variées. La première chose que nous avons faite fut l’incorporation du label Zig-Zag. Cette expérience s’est révélée un succès. Cependant, les autres labels, tels que Ricercar, Ramée et Arcana, continuent à fonctionner indépendamment. La seule exception à cette règle est Æon qui a abandonné ses activités, mais c’était parce que ses créateurs étaient fatigués de lutter contre un marché qui ne réagissait pas à eux.

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    ICMA : Dans quelle mesure êtes-vous vous-même impliqué dans les choix du répertoire et dans les projets entrepris par les labels individuels ?

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    CA : La première chose que je dois dire à cet égard, c’est que j’ai une immense confiance envers les gens avec qui je travaille, envers les directeurs artistiques des labels qui font partie de notre groupe. Je ne les aurais pas choisis en premier lieu, ou je ne les aurais pas retenus si, en vérité, une relation de confiance aussi profonde n’existait pas.

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    Deux ou trois fois par an, j’organise un atelier avec eux afin de décider du répertoire et des enregistrements à venir. Nous avons une discussion approfondie pendant laquelle on envisage toutes les variantes possibles, qu’il s’agisse de questions artistiques ou budgétaires. Mon propre effort a pour but d’éliminer les conflits, et j’accepte normalement 80-90% de ce qui m’est suggéré. Ils savent qu’ils doivent respecter certains critères économiques bien que les préoccupations budgétaires n’aient jamais été un obstacle à la conclusion de projets réellement intéressants. En plus de jouer un rôle de gestion, je m’efforce de donner un sens à la cohérence. Parfois, ce rôle demande de la sagesse comparable à celle d’un Salomon, en particulier en ce qui concerne l’intégration de jeunes artistes…

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    ICMA : Comment voyez-vous l’avenir du CD, celui du produit physique ? Autrement dit, les plateformes numériques, finiront-elles par refouler le format physique ?

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    CA : Il est clair que le disque physique est en état d’agonie, tout le monde le sait. Pourtant, ce tourment est devenu très long. Pour nous, le produit physique représente encore environ 80% de notre chiffre d’affaires global. Et dans certains cas, comme en Allemagne ou au Royaume-Uni, les ventes de disques compacts et de vinyles ont augmenté ces deux dernières années. Il y a d’autres pays où il existe un grand problème (l’Espagne, par exemple) à la suite de la disparition des magasins de vente traditionnelle ; cependant, il y a d’autres marchés – comme l’Italie, il y a seulement quelques années, a été abandonnée comme étant morte – qui fonctionnent maintenant très bien. Il est clair que nous devons occuper deux lieux différents en même temps, mais à la fin, je crois que cet état de coexistence prendra fin. De nos jours, beaucoup de gens de mon âge s’habituent à des plateformes comme Spotify, et ceux qui considèrent que le son de Spotify n’est pas suffisamment bon pour eux, ils peuvent passer à Qobuz. Chez Outhere, nous avons créé notre propre plateforme, et faisons beaucoup d’efforts pour obtenir un streaming de qualité. Pour moi, la clé de la question est de savoir comment, dans le monde numérique, reproduire l’expérience de l’objet physique. Et pas seulement en ce qui concerne la qualité sonore, mais aussi dans la présentation réelle du produit. Je viens de mettre en place une équipe de sept ou huit personnes, toutes très jeunes, qui travaillent sur cette question, sur la qualité du visuel au travers du domaine numérique, et sur la cohérence du message. Je suis prudemment optimiste.

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    ICMA : Un jour viendra-t-il où le streaming s’avérera profitable pour les labels et les artistes ?

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    CA : Nous devrons attendre et voir. C’est quelque chose que j’ai récemment discuté avec Klaus Heymann de Naxos, qui pense que plus il y a de plateformes, mieux c’est. Je pense définitivement qu’il faut être présent sur les principales plateformes, car sinon vos artistes et leurs fans deviendront mécontents. Nous savons que tout se passe sans que l’on gagne de l’argent, à moins qu’on ne se retrouve tout à coup avec un titre qui arrive en tête d’une liste de lecture importante. Cela nous est arrivé avec une Barcarolle de Fauré jouée par Éric Le Sage, qui a fait beaucoup d’argent. C’était cependant un cas unique. Alors que l’avenir reste incertain, il est clair qu’il faut être présent, travailler sur les réseaux sociaux, exister dans le système… et en même temps, contribuer à la mise en place du système.

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    Aujourd’hui, Outhere dispose de deux plateformes : l’une d’entre elles est celle de Linn Records, qui est probablement la plateforme de téléchargement avec le plus haut niveau de qualité sonore au monde ; l’autre est Alpha Play qui, pour le moment, ne fait que rendre disponible son propre répertoire, bien qu’elle soit de très haute qualité, sans algorithmes. Je pense qu’il y a un avenir, mais en même temps, il faut travailler pour le faire exister.

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    « Il est clair qu’il faut être présent, travailler sur les réseaux sociaux, exister dans le système… et en même temps, contribuer à la mise en place du système. »

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    ICMA : Outhere est sur le point de célébrer quinze ans d’existence. Quelle évaluation faites-vous de cette décennie et demie ? Êtes-vous satisfait de tout, y a-t-il quelque chose que vous regrettez ?

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    CA : Quand j’ai commencé avec tout ça, j’étais un peu naïf… Je n’étais pas au courant de la situation dans laquelle se trouvait le monde du disque, j’étais très idéaliste. Quand je me suis rendu compte que la situation n’allait pas s’améliorer, tout cela m’a plutôt déprimé, ce à quoi s’ajoutaient des problèmes avec les labels, avec l’organisation de tout cela, avec les gens… Cependant, après quelques années difficiles, nous avons réussi à établir une présence substantielle sur le marché, et je suis très fier de mener une aventure comme celle d’Outhere.

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    Crédits photographiques : © Bartek Barczyk

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    Traduction : Maciej Chiżyński, représentant de ResMusica au jury des ICMA

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    A méditer !

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    Ce samedi 16 juin 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • L’édition 2018 du Festival Philosophia de Saint-Emilion : la vérité

    Le thème de l’édition 2018 du Festival Philosophia de Saint-Emilion était

    « la vérité » _ peut-être sous l’incitation de l’inflation proliférante et inquiétante ces derniers temps des fake-news…

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    Moins séduit que d’autres années _ un peu trop de people comme invités, à mon goût ; et pas assez de renouvellement de têtes-de-gondole… _,

    je tenais beaucoup cependant à venir écouter, ce dimanche après-midi, Pascal Chabot

    _ que j’avais rencontré à Saint-Emilion le 28 mai 2016 : le thème était cette année-là « la culture«  ; et le sujet de Pascal Chabot : « la pédagogie intéresse-t-elle les philosophes ?« …

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    Après un magnifique et très marquant Global burn-out,

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    Pascal Chabot nous a proposés l’année dernière un passionnant Exister, Résister _ ce qui dépend de nous ;

    à l’occasion de la parution duquel

    a été filmée une percutante vidéo Mollat (de 6′ 40) ;

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    et dont voici un résumé _ avec mes farcissures, en vert ;

    pour les lecteurs que ces farcissures indisposent, il est aisé de les shunter ! _ :

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    A partir des exemples du verre, des chaises et des écrans

    _ trois objets-clés cruciaux de la présente modernité technologique ;

    de Pascal Chabot, lire aussi La Philosophie de Simondon ; Gilbert Simondon (1924-1989) est l’auteur du visionnaire Du mode d’existence des objets techniques, paru en 1958 _,

    le philosophe propose une réflexion _ ouverte et, bien sûr, à poursuivre… _ sur le système et les ultraforces

    face auxquels _ car telle est la situation de fait que nous ne pouvons pas ne pas rencontrer et à laquelle, forcément, nous nous heurtons _

    l’être humain doit _ oui, et cela pour sa liberté et la justice… _ se construire _ voilà _ de façon authentique _ voilà ! _

    sans être déterminé _ et aliéné, étouffé, paralysé, ruiné _ par ce qui l’entoure.

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    ainsi que la quatrième de couverture :

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    Exister, résister : « Exister dans le système _ socio-économique _, c’est souvent _ pour quelqu’un, un individu, une personne _ être assis (1) derrière des vitres (2), face à un écran (3). »

    Des forces nouvelles, mixtes de technique, d’économique et de numérique _ oui _, ont fait _ victorieusement _ irruption _ et disruption _ au sein du technocapitalisme mondial _ dominant et régnant.

    Nous assistons aux premiers effets _ peu à peu effectivement ressentis et « conscientisés »… _ de ce qu’il faut bien appeler des « ultraforces » _ parce que non immédiatement ni directement visibles, non plus que clairement sensibles, elles, mais bien réelles, en tant que causes, et terriblement efficientes en leurs d’abord imparables effets subis _ qui, en créant un nouveau monde _ dans lequel vivre, ou tenter de vivre et survivre, sans vraiment « vivre«  vraiment… _, déstabilisent les systèmes _un peu installés, certes, mais qui bougent pas mal, et qui sont appelés, aussi, à assez vite passer-trépasser _ et fragilisent _ terriblement : cf Global burn-out ! _ les existences _ des personnes encore à peu près humaines que nous sommes.

    Dans ce contexte _ à forcément affronter ; car il est là, très prégnant, et commence nécessairement par s’imposer à nous, dès la prime enfance _,

    nous devenons _ davantage que jamais, même si, historiquement, les métamorphoses, même si ce fut à des rythmes et à des degrès fort divers, ont toujours eu lieu dans l’Histoire (du moins celle des sociétés que Lévi-Strauss a qualifiées de « chaudes« ) pour les sujets humains _ multiples _ et pas simplement uns, ni figés _,

    éclatés _ en divers morceaux, avec des blancs, des béances, des failles, des ravins et abîmes interstitiels… _,

    parfois écartelés _ et en souffrance : voilà ce qui nous tombe dessus et affecte durement ; par exemple dans le burn-out.

    En nous

    coexistent _ ainsi _ trois visages _ pouvant s’appréhender _ :

    un moi cherchant sa place dans un système _ installé et puissant _ constitué de vitres protectrices et d’écrans _ ainsi que de places (ou de sièges) attribué(e)s ou conquis(es) _ ;

    un sujet clivé par les ultraforces d’une mondialisation _ ambivalente en sa complexité : tout dépendant du sens des intentions de ceux qui s’en servent ou qui donnent les ordres (d’orientation de ces forces) _ qui crée autant qu’elle détruit ;

    et enfin un soi précieux _ intime _marqué par la saveur _ voilà : qualitative, elle ; non quantitative et non numérisable _ d’exister, la recherche _ permanente _ d’équilibre _ sur la corde tendue entre les précipices _ et le goût _ a contrario du dégoût, de la haine et de l’indifférence (et de l’anesthésie : défensive comme offensive) _ des autres.

    Comment inventer une convergence _ vivable et heureuse _ entre ces trois facettes _ oui _ de nous-même ?

    Comment sortir du dualisme appauvrissant _ mutilant par simplisme réducteur et destructeur _

    qui résulte de la surenchère _ agressive et violente _ entre systèmes fragilisés _ et irrités _ et ultraforces décomplexées _ cyniques _ ?

    Cela ressemble à la fin d’une ère _ c’est-à-dire à une transition vers une autre ère à laquelle tenter, pour sa plus ou moins modeste part, de participer à plus ou moins former ; mais y existe toujours une si petite soit-elle (mais vitale ! pour soi…) marge de manœuvre… Cf aussi, de Pascal Chabot : L’Âge des transitions…

    Peut-être le moment _ voilà : un moment de bascule… _ est-il venu de préparer _ pour une plus ou moins modeste part… _ la transition vers un monde _ commun, avec ses enjeux (et répartitions de pouvoirs) sociaux, politiques et économiques, bien sûr _

    où la culture de soi _ magnifique expression montanienne ; cf le sublime ultime essai (Livre III, chapitre 13 : De l’expérience) des Essais de Montaigne ! et cf mes deux articles des 24 février et 13 mars 2013 sur L’Ecole, question philosophique, de Denis Kambouchner :  et  ; ainsi que le podcast (de 58′) de mon entretien sur ce livre essentiel, avec Denis Kambouchner chez Mollat, le 18 septembre 2013 _

    et le sens _ et le goût _ des autres _ et c’est fondamental : nul n’est une île ; et encore moins un château-fort !!! C’est dans ce qui est donné dans l’amitié et dans l’amour que nous nous épanouissons avec, et ensemble… _

    deviendraient centraux _ soit un renversement des priorités sociétales dominantes, mutilantes pour le sujet et le soi…

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    Voilà donc un superbe programme d’action qu’il nous incombe, à tous et à chacun,

    où que nous soyons et quoi que nous fassions,

    de participer _ et personnellement, et avec d’autres _ à inventer-créer !

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    Une philosophie humaniste et réaliste,

    réaliste et humaniste,

    en acte !!!

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    Voici, aussi, ce qu’étaient le titre

    et la présentation

    de la conférence saint-émilionnaise de ce dimanche 27 mai, à 16 heures :

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    Le système, les ultraforces et le soi

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    Où chercher la vérité _ c’est-à-dire la justesse _ dans notre époque en mutation _ accélérée _ ?

    Dans le système qui enserre et détermine _ et pressure et aliène _ les existences ?

    Dans les ultraforces (numérisation, robotisation, financiarisation _ oui, voilà les principales _), qui créent de nouveaux régimes de vie et de pensée _ les deux, en effet ! et ces deux concepts, de « régime de vie » et de « régime de pensée« , méritent assurément qu’on s’y penche dessus et à fond très attentivement ! _ ?

    Ou en soi-même, dans un souci de fidélité _ voilà ; et cohérence profonde de la personne _ à ses paysages intérieurs _ « le paysage intérieur » se trouve être le titre que René de Ceccatty voulait donner à son merveilleux Enfance, dernier chapitre ; cf mon article du 12 décembre 2017 : … ; et cf aussi le podcast (de 82′) de notre entretien sur ce livre (ainsi que sur la traduction de la Divine Comédie de Dante, par René de Ceccatty) le 27 octobre 2017 au Studio Ausone _ ?

    Comment cette vie tendue _ oui, tiraillée à hue et à dia… _ entre trois pôles peu conciliables _ du moins a priori et au premier abord (subi, et souvent violemment…) _ peut-elle chercher _ et cet objectif est vraiment fondamental ! pour le sujet humain _ à être juste ?

    Et quelle serait sa vérité _ profonde : la vérité de notre vie unique (mortelle) et (potentiellement) singulière… _ ?

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    Merci, cher Pascal Chabot !

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    Ce dimanche 27 mai 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’altérité de la personne de l’autre : pourquoi un tel abîme entre pratique et discours ?..

    A l’occasion du colloque à Bordeaux L’Âge classique dans les fictions du XXIe siècle,

    ce matin au Studio Ausone,

    deux communications d’universitaires auxquelles j’ai assisté :

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    La Carte de Tendre dans L’Eveil de Line Papin (2016), par Frédéric Briot ;

    La Chine dans La Blessure et la soif  (2009), par Laurence Plazenet.

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    La communication de Frédéric Briot m’a au moins appris l’existence d’au moins trois Cartes de Tendre au sein de l’œuvre de Madeleine de Scudéry

    _ dont la plus célèbre, la seconde, se trouve dans son roman Clélie (10 volumes, publiés de 1654 à 1660) _ ;

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    alors que l’usage qui est fait de cette fameuse Carte, dite _ de façon bien erronée ! _ « du tendre« ,

    est d’un extraordinaire succès à travers les siècles ;

    et toujours aujourd’hui…

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    Il faudrait aussi s’interroger sur le succès, en 1668, des Lettres de la religieuse portugaise,

    et du thème des Bérénice de Racine et de Corneille…

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    La communication de Laurence Plazanet porte, elle, sur son propre roman, La Blessure et la soif, de 2009.

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    Et nous y apprenons que son goût, ici, pour la très grande estrangeté _ ou estrangèreté ? _ de la Chine (au XVIIe siècle,

    au moment très précis de la violente disparition de la dynastie des Ming ; en 1644, Pékin est conquise par les Mandchous)

    fonctionne, en la singularité de son imaginaire d’auteur de fictions _ à distinguer de ses fonctions (annexes) d’universitaire, prend-elle bien soin de préciser… _,

    comme un analogue de son goût pour l’estrangeté profonde _ et fascinante _ de l’augustinisme _ et du jansénisme de Port Royal _,

    exactement au même moment en France (sous la Fronde et ses suites) : de 1648 à 1662…

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    Et la conférencière de citer comme exemple d’écrivain admiré par elle

    en ses méthodes comme en ses goûts d’écriture,

    Pascal Quignard _ dont elle a rencontré l’œuvre au moment du film Tous les matins du monde ; avant de la lire goulûment in extenso très vite…

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    Il se trouve que j’ai moi aussi lu presque tout Quignard,

    du moins jusqu’à un certain moment _ celui (2009) du film Villa Amalia…

    Film et livre m’ont profondément agacé. Le charme était rompu.

    Cf mon article du 26 avril 2009 : 

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    De même que j’ai fini par m’agacer de la thématique (de l’altérité _ sacralisée en paroles _) de François Jullien,

    que j’avais fait inviter à de nombreuses reprises chez Mollat et à la Société de Philosophie de Bordeaux,

    avant de m’apercevoir de la très profonde cécité _ narcissique ; et en actes… _ à l’autre de cet auteur…

    Les yeux se décillent. 

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    A ma question sur les rapports entre son goût de la passion et le masochisme _ un mot électrique ! _, le sadisme _ qui évoque déjà le raffinement (extatique ! ) de cruauté de certains supplices chinois, au moins dans nos imaginaires… _, la pulsion de mort et les pulsions de vie _ et autres concepts freudiens ! _,

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    Laurence Plazanet a choisi de botter immédiatement en touche,

    en avançant que toute référence postérieure au XVIIème siècle

    tombait forcément hors de propos _ pour profond anachronisme ; et incapacité d’approcher la singularité historique et civilisationnelle visée par son approche documentaire extrêmement rigoureuse et poussée, mais aussi fictionnelle… _ pour elle…

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    Dont acte.

    Son dolorisme se trouve ainsi placé comme au-dessus de toute approche, et par conséquent hors d’atteinte.

    Dogmatiquement : il n’a pas à être _ confusément et hors de propos _ discuté.

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    J’ai trouvé cette position archi-romantique…

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    J’ai relevé aussi l’aveu de la conférencière de sa vive passion des ruptures…

    Ah ! bon…

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    Pour ma part, je préfère Montaigne à Pascal _ et Augustin et l’augustinisme _,

    et j’aime la subtilité sobre et infiniment fine de Marivaux.

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    Ce jeudi 24 mai 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • A propos du métier d’éditeur : une interview d’Elena Ramirez, des Editions Seix Barral

    A propos du métier d’éditeur _ un passeur crucial de l’essentielle culture ! _,

    je découvre ce matin sur le site d’El Pais,

    ce samedi 12 mai,

    une passionnante interview de l’éditrice (chez Seix Barral) Elena Ramirez ;

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    et qui donne bien à penser…

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    Elena Ramírez: «Es falso que las grandes editoriales se dediquen nada más que a ganar dinero y solo los independientes publiquen literatura»

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    Publicado por Fran G. Matute

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    Fotografía : Sonia Fraga

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    Como directora editorial de un sello tan prestigioso como Seix Barral, Elena Ramírez tiene sin duda mucho que decir _ certes _ sobre el presente del mundo del libro, hoy tan mitificado por fuera como vapuleado por dentro _ dont acte. No obstante, lo que más nos llama la atención no es ya su privilegiada visión del sector, el cual conoce de cabo a rabo toda vez que comenzó en este negocio trabajando en los escalafones más bajos, sino el hecho de que se atreva a hablarnos sobre él con firmeza, sinceridad y sin pelos en la lengua _ bien !

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    A lo largo de esta entrevista, en la que no solo repasamos su ya larga trayectoria profesional sino que tratamos de comprender el funcionamiento del sector editorial español, Elena Ramírez no dejará inconscientemente de recordarnos que, por mucho romanticismo que exista tras la publicación de un libro, no se debe olvidar nunca que estamos ante un negocio _ pourrait-on l’oublier ? Uno maravilloso, absorbente y tremendamente vocacional, al que solo podrá dedicarse con éxito quien posea el entusiasmo y la convicción que destila Elena Ramírez en cada una de sus palabras.

     

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    El editor, ¿nace o se hace?

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    El editor se hace, pero para ejercer esta profesión uno ha de tener cierta sensibilidad y percepción, así como un amor y una pasión por los libros que creo es algo que no se puede aprender _ bien sûr que si (cela n’a rien d’inné!), mais pas par réception d’un enseignement ; cf la distinction entre to learn et to teach ; par apprentissage personnel et passionné. A lo largo de mi carrera he visto las dos cosas : gente con una intuición increíble, sin experiencia profesional previa, que ha llegado a ser un gran editor solo con esa materia prima ; y gente muy bien posicionada, que oficialmente es considerada un editor, pero que, sin embargo, no ha sido nunca capaz de desplegar ese feeling del que te hablo _ celui qui sait reconnaître les voix singulières des vrais auteurs.

    …

    Date cuenta de que el editor trabaja fundamentalmente con personas _ oui. Trabaja con material sensible de los escritores, con su potencial _ voilà : à déceler dans sa dynamique à aider… Trabaja con algo que en un momento dado le ha emocionado _ et c’est crucial _ y necesita a su vez transmitir a otros _ voilà. En mi despacho tengo un cartel que dice: «Si editar fuera solo publicar libros…». Porque mucha gente cree que un editor solo se ocupa de corregir textos, de decidir la portada, de establecer una campaña de marketing, de acompañar a los autores… y no. No es «solo» eso. Es todo eso junto, no digo que no, pero también muchas cosas más _ voilà. La edición es por definición un trabajo muy vocacional al que le entregas un porcentaje altísimo de tu vida. No hay horarios, no hay límites. La edición se lo come todo.

    …

    ¿Qué hay que estudiar entonces para ser editor?

    …

    La mayoría de editores viene de Filología, Filosofía o Periodismo, pero en España no hay una carrera universitaria como tal, ni siquiera una especialización. Sí es cierto que existen muchos másteres en edición, muchos cursos de posgrado ; yo, por ejemplo, doy clases en el máster de la Pompeu, en Barcelona. Bajo mi punto de vista, cualquier carrera de humanidades _ dont acte _, si es que siguen existiendo el día de mañana, puede ofrecer una muy buena formación base para ser editor.

    …

    Tiene uno sin embargo la percepción de que el sector editorial se está profesionalizando mucho últimamente.

    …

    Es cierto que desde los cursos de posgrado que te comentaba antes se está dando bastante protagonismo a la figura del gestor empresarial. Pero, ojo, no nos engañemos : esa figura, de una forma u otra, ha existido siempre en el sector editorial. Leí un librito escrito por el fundador de Minimun Fax, una editorial italiana chiquitita, en el que se cuenta la historia de cómo nació, que es muy curiosa. Empezaron enviando una comunicación por fax a una serie de números de teléfono anónimos, a modo de newsletter de la época, y recibieron tantas peticiones solicitando información que no les quedó otra que empezar a enviar pequeñas publicaciones, que fueron cobrando cierta periodicidad, hasta que aquello terminó convertido en una editorial. Por muy «romántica» que parezca esta historia de éxito, este editor independiente lo dice bien claro en sus memorias: «No nos confundamos. Un editor es ante todo un empresario». Quiero decirte con esto que es falsa esa idea de que las grandes editoriales se dediquen nada más que a ganar dinero y solo los independientes publiquen literatura. Es, además, una idea que yo misma me encargo de desmentir en las clases que imparto. No caigamos en el cinismo de quitarle al gran editor la pasión y la maravilla que hay detrás de esta profesión, así como tampoco olvidemos que en este mundo la gente está siempre jugándose la pasta. Si eres independiente, la pasta será tuya. Si trabajas para un gran grupo, será de un tercero. Pero una editorial es un negocio, y como tal ha de ser sostenible _ oui, le principe de réalité accompagnant de ses exigences le principe de plaisir.

    …

    ¿Dejó Seix Barral de ser una editorial independiente tras la compra de Planeta en 1982?

    …

    No en cuanto a su línea editorial. Seix Barral sigue siendo totalmente independiente en la medida en que a mí, o a mi predecesor, jamás nos han dicho «Esto lo tienes que publicar» o «Esto no lo puedes publicar». Ni siquiera cuando no he cumplido con el presupuesto que me habían asignado. Y me consta que pasa igual en los demás sellos editoriales adquiridos por Planeta. Date cuenta de que cuando un gran sello adquiere uno independiente lo que hace es comprar básicamente un catálogo, una marca, un intangible que solo se busca potenciar con la fuerza de un gran grupo. Si no, no tendría ningún sentido la operación.

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    ¿Y qué grado de autonomía tiene Elena Ramírez como directora editorial de Seix Barral?

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    Todo, dentro del grado de responsabilidad implícito en el cumplimiento de mis obligaciones, que incluyen el de un presupuesto, of course. Yo soy la culpable de todo [risas]. A ver, este es un trabajo en equipo _ oui _, y yo cuento con un gran equipo _ c’est nécessaire. Digamos entonces que soy la responsable de este equipo, pero cada editor en Seix Barral es soberano sobre su porción de catálogo _ voilà. Teresa Bailach, por ejemplo, es nuestra editora de castellano ; Irene Lucas lo es de internacional ; y Jesús Rocamora hace ambas cosas.

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    En el mundo anglosajón se distingue entre el publisher, que sería mi actual función, toda vez que abarca cuestiones más a largo plazo, muchas relacionadas con la gestión, y el editor, que es la persona que está más apegada al libro en sí. Con todo, yo no he sido capaz de separarme completamente del texto. Tengo autores, mis autores, para los que sigo siendo su primer editor. Esa parte del trabajo, consistente en leer manuscritos y trabajar su contenido _ voilà _, sigue formando parte de mi ADN. Me gusta hacerlo.

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    ¿Cuál es entonces la labor de Pere Gimferrer en la editorial?

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    Gimferrer es el director literario de Seix Barral. Es una especie de asesor permanente, constante, al que a veces llamamos «Google» porque lo sabe todo [risas]. Él sigue yendo a la editorial a diario, está siempre al pie de cañón, pero no está, digamos, generando ideas en el día a día. Está, obviamente, para lo que necesites. Y si lo necesitas, cuenta con él a muerte.

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    Repasemos un poco tu carrera profesional. ¿En qué momento entras en contacto con el sector editorial?

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    Los libros han sido una constante toda mi vida _ et c’est indispensable. Yo he sido una persona no sé si decir solitaria o independiente _ voilà _, pero muy ratón de biblioteca. Los libros, en este sentido, han sido como un refugio _ ou une ouverture _ para mí. Estudié Filosofía y Letras _ oui _ y, antes de entrar en el sector editorial, estuve trabajando en mil cosas. Por ejemplo, como profesora para gente con dificultades de aprendizaje, también para mayores de veinticinco años que querían entrar en la universidad. Estuve trabajando en un geriátrico, en una agencia inmobiliaria mucho tiempo, en fin, en distintos lugares haciendo las cosas más diversas. Me ocurrió entonces que sufrí un gran batacazo vital, porque murió un hermano mío y aquello me dejó completamente noqueada. Me llevó a plantearme muchas cosas sobre lo que quería hacer con mi vida _ voilà. Y un día, simplemente, me di cuenta de que no podía seguir viviendo así, que tenía que hacer algo que me gustara realmente _ exactement _, y me dije eso de «Si quieres, puedes» [risas]. Sé que esto suena muy flower power, pero fue así, fue algo un poco epifánico : decidí entonces que quería trabajar con libros _ oui. Mi madre, Pilar Rico, que era periodista cultural, trabajaba para distintos medios, le hizo llegar mi currículum a Juan Cruz, que me hizo la entrevista de trabajo más rara que he tenido en toda mi vida. Quedé con él, pero mi currículum lógicamente ni lo miró, porque allí no había nada que fuera muy atractivo para trabajar en una editorial. Solo se fijó en que decía que dominaba el inglés, y me preguntó si eso era cierto o lo había puesto ahí de adorno. Tenía tantas ganas de entrar a trabajar en el mundo editorial que, no sé cómo me atreví, le respondí en inglés, y le dije : «¿Quieres que sigamos la conversación así?». Y me dijo: «Contratada» [risas]. Y al día siguiente empecé a trabajar en _ la maison d’édition _ Alfaguara.

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    ¿De editora?

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    De asistente. Llevando y trayendo cafés, vamos. Te hablo del año 1994, ¿eh? Cuando el mundo editorial era todavía muy masculino. ¿Te cuento una batallita al respecto? Como asistente, una de mis tareas era organizar los comités periódicos de lectura _ voilà _, en los que se analizaban los manuscritos que llegaban a la editorial _ voilà. Yo me dedicaba a ir recopilando informes de lectura para luego clasificarlos entre positivos y negativos, y en esas reuniones exponía los resultados a los miembros del comité, para que luego ellos debatieran. Como te puedes imaginar, yo no opinaba, me limitaba a exponer lo que había, pero para mí era como una reunión importante : era el momento en el que estaba ahí delante de mi jefe, y sus asesores (todo tíos, claro), así que aquello me lo tomaba muy en serio. Y en una de estas, estando yo en la pizarra de pie, explicando lo que fuera, uno de los ponentes, no diré quién, levantó la mano y me dijo: «¡Elena! Un café». Y solo se me ocurrió responder: «No, gracias» [risas]. En el fondo me quedé muy cortada, me puse toda colorada, pero me salió así, espontáneo, no pude evitarlo. El mundo editorial de antes no tiene nada que ver con el de ahora, en el que, te diría, al menos el setenta y cinco por ciento del sector está formado por mujeres. Hasta llegar al top, claro. Ahí arriba la proporción se invierte.

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    Muchas mujeres en el sector, pero no tantas en los catálogos.

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    Es cierto, pero te garantizo que no es una cuestión de misoginia. A la editorial llegan muchísimos menos manuscritos firmados por mujeres que por hombres _ dont acte. La diferencia es además abrumadora. Un día tengo que hacerlo, tengo que comprobar el porcentaje exacto. Habría, de hecho, que preguntarse por qué ocurre esto. La respuesta a lo mejor tiene que ver con la famosa «habitación propia» _ de Virginia Woolf. Me da la sensación de que, en verdad, la cosa no ha cambiado tanto. Creo que sigue habiendo muchas mujeres que solo escriben en el tiempo que la vida les deja para escribir, mientras que ellos escriben cuando les da la real gana. Me temo, por tanto, que todavía hay mujeres que están dejando sus sueños atrás por los motivos de siempre.

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    ¿Es hoy día la literatura escrita por mujeres un target editorial?

    …

    Sí. No ya tanto la literatura escrita por mujeres como la literatura que tiene que ver con el mundo de la mujer. No te lo niego. Se trata, sin duda, de una tendencia al alza y es por tanto una temática que tenemos muy interiorizada en el plan editorial de Seix Barral. Ahora bien, las modas están ahí para aprovecharse uno de ellas, pero también para criticarlas. La mayoría de las tendencias son burbujas, así que hay que tener mucho cuidado con lo que se publica al hilo de estas. En este sentido, las memorias de una sufragista son algo que publicaría siempre, por su propio valor intrínseco, no porque ahora estén de moda, por más que sea consciente de que ahora van a ser quizás más leídas que en otro momento. Hay que tener en cuenta también que muchos títulos que se compran ahora no verán la luz hasta dentro de unos cuantos años, cuando lo mismo la moda que motivó su compra ha expirado. Cuidado entonces con eso de moverse solo por tendencias _ oui. Y cuidado con ignorarlas _ aussi.

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    ¿Hasta qué punto crees que es importante para un editor empezar, como tú, desde abajo?

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    En mi caso no solo empecé desde abajo, sino que pasé luego por diversos departamentos. Asistencia, Logística, Diseño, Internacional… He estado toda la vida corriendo por los pasillos fundiendo zapatillas, así que creo que tengo un conocimiento muy profundo del sector _ c’est formateur. Mis inicios fueron en su día un no parar, pero aquello me gustaba tanto, tenía tanta hambre por aprender _ c’est important _, que hoy día agradezco muchísimo tener esta visión tan transversal _ oui _, y que sobre todo me ha servido para poder mostrar una mayor sensibilidad _ oui _ hacia ciertos puestos teóricamente menos glamurosos que el editorial, cuyo día a día he conocido de primera mano.

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    ¿Cómo llegas a Seix Barral?

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    A Seix Barral llego en el año 2000 de la mano de Adolfo García Ortega, que había entrado a trabajar allí hacía solo unos meses, sustituyendo a Basilio Baltasar. Adolfo se propuso desde el principio reestructurar todo el equipo editorial de Seix Barral, sabiendo que si no lo hacía nada más llegar no iba a ser capaz de hacerlo más adelante. Fichó también a Nahir Gutiérrez, la directora de comunicación, que venía de Tusquets, y a Elena Blanco, actual jefa de prensa del sello. Yo entré como editora ejecutiva. Luego, unos cuantos años más tarde, en 2007, me convertí en la directora editorial. Adolfo decidió cambiar su forma de trabajar en su labor editorial para centrarse más en su escritura, y digamos que el paso natural fue proponerme a mí para dirigir el sello.

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    Recuerdo que, cuando entramos, Seix Barral estaba bastante perjudicada _ ah. Había sufrido en los últimos años muchos cambios de manos, muchos cambios de línea editorial, incluso hubo periodos en los que no hubo nadie al frente. Mi primer día en la oficina fue como visitar unas catacumbas _ eh bien ! En el que se suponía que iba a ser mi despacho estaban todas las paredes llenas de manuscritos, desde el suelo al techo, que llevaban allí años, vete a saber si fueron en algún momento leídos. Encontramos en aquella montaña algún que otro autor maravilloso, ¿eh? Fue como empezar de cero. Tuvimos además que poner orden sin demasiados recursos _ voilà. La verdad es que las pasamos canutas [risas].

    …

    ¿Cómo conseguisteis reflotar el sello?

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    Proponiéndonos un objetivo claro _ oui _, como claros fueron los medios _ aussi _ para conseguirlo. Por una parte, quisimos rejuvenecer _ bien sûr _ el sello. La percepción que se tenía entonces de Seix Barral era que estaba un poco anticuado, y para romper con esa idea una de las primeras cosas que hicimos fue quitar el cuadradito que se seguía utilizando en el diseño de las portadas _ oui. Tratamos así de hacer que las portadas fueran más atractivas, toda vez que sin el cuadradito podíamos usar más formatos.

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    Empezamos también a apostar por valores un poco más jóvenes, pero, sobre todo, como al principio no teníamos dinero para nuevas contrataciones, recuperamos algunos libros del fondo editorial, que era, claro, magnífico _ oui. Para decidir qué libros rescatar, pensamos en qué títulos nos gustaría que leyesen nuestros hijos. Así, Adolfo propuso reeditar Opiniones de un payaso, de Heinrich Böll, y yo El corazón es un cazador solitario, de Carson McCullers. Nuestra idea era poner estos títulos a disposición de una nueva generación _ voilà. De Carson McCullers, como sabes, hemos ahora reeditado toda su obra, con nuevos prólogos e ilustraciones a cargo de Sara Morante, pero ya en aquellos primeros años 2000 hicimos una primera recuperación fuerte de su obra, y, la verdad, se vendió muy bien. Otra cosa que hicimos fue preguntar a los libreros _ oui. Les pedimos consejo acerca de qué títulos del catálogo tendríamos que reeditar _ voilà. Fueron de hecho unos libreros de Bilbao los que nos aconsejaron recuperar El hombre sin atributos, de Robert Musil, que sacamos en un estuche maravilloso, muy bien presentado, con los volúmenes mejor organizados. Lo pusimos caro, pero lo vendimos fenomenal. Ese libro nos ayudó mucho a arrancar. Nos permitió contratar autores nuevos _ oui.

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    Otro de nuestros objetivos, uno que además nos propusimos conseguir de manera muy consciente, y no digo con esto que fuera una ocurrencia nuestra, pues fue una estrategia que terminaron siguiendo muchas otras editoriales en paralelo, fue aplicar las técnicas del marketing más comercial a títulos muy literarios _ oui. Ahora el marketing está en todas partes, es como la madre del cordero, pero en aquella época se consideraba que lo literario debía de ser algo minoritario, de culto, invisible a poder ser, y que lo publicitario iba asociado únicamente a la literatura comercial, pues de algún modo su uso desprestigiaba todo lo que tocaba. Nosotros conseguimos demostrar que si esa publicidad venía presentada de una manera coherente, con identidad y elegancia _ oui _, siempre bajo la premisa de «menos es más», porque en las reuniones era fácil que, metafóricamente hablando, alguien de marketing se emocionara y saltara con un «¡Vamos a ponerle a este libro un gato en la portada!», o cosas así [risas], todo era posible.

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    Al principio de llegar nosotros, la imagen clásica de Seix Barral, la imagen blanca de sus portadas, había perdido mucha fuerza. Tuvimos entonces que romper con esa marca e inventarnos otros diseños _ oui _, con más colorines y tal. Así publicamos un best seller como Pasión india, de Javier Moro, que, si recuerdas, la portada no era blanca, era además a sangre. Y fue así, poco a poco, como comenzamos a recuperar la marca blanca, ¡incluso para los best sellers!, como ocurrió con La elegancia del erizo, de Muriel Barbery, o con Firmin, de Sam Savage, uno de esos libros literarios a los que supimos meterle mucha caña de marketing basándonos siempre en su contenido.

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    …

    Me llama la atención el peso que le disteis a la opinión de los libreros en todo este proceso de reflote de Seix Barral.

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    Los libreros son las personas _ les plus et les mieux en contact avec les acheteurs-lecteurs de livres _ de las que, históricamente, más he aprendido sobre este negocio. A los editores siempre les digo : «Salid a la calle. Salid del despacho». Date cuenta de que entre el despacho de un editor y una librería hay un montón _ déjà ! _ de intermediarios. En su despacho, un editor está en su «La La Land», pensando en que sus libros son fantásticos y van a funcionar fenomenal, pero una charla con un librero puede llegar a ser una bofetada brutal de realidad _ et revoilà le rugueux principe de réalité. No me refiero ya a la hora de saber si un libro funciona o no, sino sobre todo a la hora de detectar tendencias _ tendenceurs est même devenu un métier ! A los libreros les pregunto mucho : ¿qué se está vendiendo bien?, ¿qué no se está vendiendo bien?, ¿qué es lo mejor que se ha hecho últimamente? y ¿qué es lo peor? De esta forma te podrás dar cuenta de que aquella colección de bolsillo fabulosa que se te ocurrió en tu despacho, aquella de tapa dura que pretendías vender a X,95 euros, es en realidad una cagada, básicamente porque al librero no le caben esos libros en la estantería, o lo que sea. El librero es sabio _ un pragmatique. Ayuda.

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    Los editores, mea culpa, solemos ver la vida demasiado a través de los índices de venta que te dan empresas como Nielsen o GFK. Nos limitamos a decir : «Esto no vende», y nos quedamos ahí. Pero cuando esto pasa, me acuerdo siempre de una reunión, una de las últimas que tuvimos todos los editores del Grupo Planeta con José Manuel Lara, que fue una bestia de la edición, un tipo con un carisma espectacular, a la que fuimos todos muertos de miedo a exponerle nuestros proyectos del año. Llevábamos todo ahí superbien presentado, con sus gráficos y tal, y justo antes de la reunión, durante el almuerzo, nos dice: «Si alguno de vosotros va a plantear su presentación basándose en lo que dice Nielsen, que se marche ahora mismo y lo cambie. No me digáis lo que dice el mercado. Decidme qué es lo que el mercado aún no sabe _ voilà _ que quiere». En el marco de una empresa grande esta visión resultaba muy osada. El caso es que, a la hora del café, empezamos todos a levantarnos sutilmente, todos yendo, claro, a cambiar nuestras presentaciones [risas].

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    ¿Para qué sirve entonces Nielsen?

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    Para saber dónde te metes. Si te llega una oferta de un autor estadounidense que desconoces, y ves en Nielsen que ya ha sido publicado en siete editoriales diferentes y en ninguna ha funcionado, lo mismo ese autor es tierra quemada. Llegado el caso, siempre puedes decirte a ti mismo : «El mundo es de los osados», y contratarlo. Si el libro te gusta, te va a dar igual lo que diga Nielsen, porque, ¿quién sabe si tú puedes triunfar donde otros fracasaron? Ahora bien, la ley de probabilidades te dice que ese autor no está causando buena impresión, por lo que quizás sea menos arriesgado probar incluso con alguien nuevo, que no conoce nadie. Hay que tener también en cuenta que uno tiene pocos disparos en el revólver, así que para tomar este tipo de decisiones tiene todo el sentido del mundo consultar Nielsen o GFK, que son ahora mismo los dos grandes auditores de ventas.

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    En el pasado, estos índices no eran tan completos, se basaban sobre todo en muestreos sobre los que se hacían extrapolaciones, pero hoy día son bastante fiables. Por ejemplo, son muy útiles también a la hora de fijar una oferta económica. Cuando no tienes otra referencia, las ventas pueden ser de mucha utilidad. No es lo mismo contratar a un autor que presenta unas ventas que van cada año cayendo en picado que uno con ventas que cada año aumentan _ certes : cela dit, du sens d’une tendance (toujours conjoncturelle) est totalement indépendante la valeur d’éternité d’un livre ; Stendhal l’avait identifié ! Ici, ni l’intérêt à court terme du libraire, ni l’intérêt à court terme de l’éditeur, ne coîncident pas avec le désir passionné d’un vrai lecteur ! Esta es una información que se ve clara en los índices citados. Dicho lo cual, no debe ser la única información _ ah ! _ a tener en cuenta a la hora de tomar una decisión. Cuando tengo un editor delante, siempre _ simplement _ pregunto : «Pero ¿el libro cómo es?». Y si la respuesta es: «El libro está bien», ya puede decir Nielsen misa, porque si solo está «bien», no vamos a ningún lado. Si Nielsen me dice que contratar un libro es poco recomendable pero el editor me viene entusiasmado _ voilà ! _ con él, el libro sale. Te lo digo yo.

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    ¿Sigue siendo Frankfurt el lugar donde encontrar los grandes libros del año?

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    Todos los editores que vamos a la feria de Frankfurt decimos que no vamos a comprar nada allí porque todo se pone muy caro, pero siempre volvemos con algún manuscrito _ tiens, tiens ! _ debajo del brazo. Al igual que se han polarizado las ventas de libros a lo largo del año, condensándose ahora en periodos muy concretos fuera de los cuales no entra ni un alma en las librerías, las ventas de manuscritos parecen también concentrarse alrededor de ciertas ferias como la de Frankfurt. El motivo es muy sencillo : los agentes literarios se esperan a estas ferias para enseñar su mejor material, porque saben que allí todos nos vamos a pelear en las subastas. Es por esto que uno termina comprando siempre allí _ voilà _ y comprando caro aunque no quiera, porque se concentra la oferta _ telle est la situation. De todos modos, en Frankfurt ocurre como cuando vas a una pastelería y te empachas : tras leer treinta y dos manuscritos en cuatro días, termina uno perdiendo la perspectiva, hasta el punto de decir : «¡Ya no quiero ver más libros!» [risas].

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    Al margen de Frankfurt, ¿cuáles son los métodos más usuales por los que un manuscrito llega a Seix Barral?

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    La mayoría de manuscritos que leemos en Seix Barral llega a través de subasta _ dont acte. Estas subastas las puede organizar bien un agente literario o bien una editorial, si es que esta representa a sus autores.

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    Estas subastas a veces nos llegan a través de lo que llamamos un submission, es decir, un envío directo a una o dos editoriales, con una oferta mínima de tanto y quien la supere se lo lleva. Pero otras veces jugamos simplemente a ver quién es el mejor postor _ voilà _, que es un poco como ir al circo, porque ahí entran ya componentes irracionales _ certes _ que pueden hacer que pagues por un libro mucho más de lo que pagarías en circunstancias normales.

    …

    La otra forma más común de adquirir un manuscrito es a través de un preempt, que supone pagar un extra por él a cambio de sacarlo de la mesa de negociación, de forma que no pueda pujar nadie más _ voilà. Cuando tú recibes un libro, lo mismo estás dispuesto a pagar por él, por ejemplo, tres, pero a la agencia le ofreces diez a cambio de que lo retire del mercado. En ese caso es la agencia la que tiene que valorar si podría llegar a sacar más de diez de seguir negociando con otras editoriales, o si prefiere quedarse con tu oferta _ les uns et les autres doivent donc parier…

    …

    Luego están, por supuesto, los manuscritos que nos llegan directamente a la editorial enviados por los propios autores. A estos los llamamos «espontáneos» _ oui, absolvíment inédits.

    …

    ¿Se compran muchos libros solo leyendo el comienzo de la novela?

    …

    Sí. Incluso solo sabiendo el título _ dites donc ! A ver, te explico : uno intenta siempre leer los libros enteros, pero, para no mentirte, conozco casos en los que solo sabiendo el título de la novela o viendo el perfil del autor no ha hecho falta más que leer tres o cuatro páginas para lanzarte a comprarlo. Son excepciones, por supuesto. Si para conseguir el libro te tienes que meter en una subasta, ahí no te queda otra que leerlo, porque si no estarías pujando a ciegas. Esto ocurre sobre todo con la literatura comercial, donde el argumento es muy importante. Nos hemos encontrado muchas veces con que una novela estupenda se estropea al final de forma irreversible. En la editorial estamos siempre pendientes de ver cuándo aparece «el albino», que es una especie de broma interna que tenemos al hilo de esto, porque una vez estuvimos flipando con una historia que pintaba muy bien, pero al final se liaba con la aparición de un personaje albino que no venía a cuento. Así que siempre que una historia apunta maneras y se estropea al final con alguna cosa inverosímil decimos : «Ya apareció el albino» [risas].

    …

    Al hilo de esto, recuerdo oírte una vez una anécdota muy impactante del día que acudiste a tu primera reunión comercial como directora del Departamento de Ficción Internacional del Grupo Planeta.  

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    Sí, sí, la recuerdo. Fue, en efecto, en una reunión donde se estaba diseñando el plan de marketing de no recuerdo qué libro, pero era un best seller internacional, y hubo un momento en que pregunté : «Pero ¿alguien se lo ha leído?». Y nadie lo había hecho _ waf ! waf !! De todos modos, en esto hay que tener en cuenta, y es lógico además, que por regla general la única persona que suele haber leído un libro entero y en profundidad es el editor, pues ese es su trabajo _ voilà _, así como desbrozarlo. Otros profesionales que están luego trabajando alrededor de ese libro no han tenido por qué hacerlo, toda vez que existen otro tipo de herramientas como informes detallados, extractos, etc. _ tiens, tiens : tout va trop vite… Et lire vraiment un livre prend beaucoup, beaucoup de temps. Si bien que pas mal de potentiels lecteurs de livres, se contentent de les avoir achetés !..

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    novela literaria

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    ¿Qué es una «novela literaria»? Me sorprende que una editorial literaria pueda publicar novelas no literarias.

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    Bueno, una novela literaria es cualquier novela, del mismo modo que una novela comercial es cualquier novela. Me explico : para mí las dos tienen los mismos méritos, las mismas cualidades. Pero utilizamos erróneamente el término «novela literaria» para referirnos a aquellas novelas de mayor calidad, supuestamente con menor capacidad para llegar a un gran público _ ah. La historia de la literatura ha demostrado que lo literario y lo comercial son barreras de lo más permeables. Ha habido grandes obras literarias que han llegado sin ningún problema al gran público, y grandes obras comerciales que han sido un gran fiasco. Digamos entonces que la etiqueta _ ce n’est donc rien que cela _ de «novela literaria» se utiliza simplemente para distinguir una novela de una supuesta calidad sobre una novela más popular.

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    ¿Cuáles dirías que son las señas de identidad de Seix Barral ahora mismo?

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    [Gran silencio] Sé que decir «literatura de calidad» es como un chiste, porque todos los editores dirán eso mismo de su editorial. Con esto me pasa igual que cuando un editor me pone en una contracubierta que el libro está «estupendamente escrito». En estos casos le digo siempre que lo quite, porque, claro, si no está bien escrito, apaga y vámonos.

    …

    Creo que lo que buscamos en Seix Barral son libros que de alguna manera importen _ certes. Sea porque desde la no ficción generen un cierto debate público, sea porque desde la ficción nos causen a nosotros una determinada impresión que queremos transmitir fuera. Por otro lado, ponemos mucho empeño en apoyar nuestro catálogo sin perder de vista a los nuevos autores.

    …

    Pero Seix Barral tiene fama de ser un sello que publica pocas voces nuevas españolas.

    …

    No tengo yo esa percepción _ ouf ! En los últimos años hemos publicado a muchos autores nuevos, lo que ocurre es que, lógicamente, el espacio es limitado. Date cuenta de que la ficción internacional ocupa una gran parte de nuestro catálogo. Todo autor nuevo que incorporemos, sea o no joven, implica para nosotros darle una continuidad en el catálogo _ Très bien. Por eso la política de Seix Barral no es tanto publicar a gente nueva porque sí, política seguida por otros sellos con resultados no muy positivos, sino mantener una política de autor _ parfait ! _, de forma que cuando incorporemos a alguien no lo hagamos solo por un título concreto sino porque queremos darle a ese autor una carrera _ oui. Con esto no te estoy diciendo que piense que lo que nosotros publicamos es lo único que vale. Somos conscientes de que hay mucho talento ahí fuera, pero para nosotros es físicamente imposible dar cabida a todos.

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    ¿Cómo descubriste a Jesús Carrasco?

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    A Jesús Carrasco lo descubrí a través de Arantxa Martínez, una editora fabulosa que estuvo mucho tiempo trabajando en la editorial hasta que se fue a vivir a Chile. Un día Arantxa me mandó un e-mail diciéndome que tenía un manuscrito que quería que leyera, pero me mandó solo un capítulo, el capítulo cuatro de Intemperie, lo recordaré toda mi vida. Leí el capítulo, aluciné e inmediatamente le escribí pidiendo el resto. Esto fue un viernes y el lunes ya llamé a Jesús, y le dije: «Hola. Soy Elena Ramírez, de Seix Barral. Me gustaría publicar tu libro». Y la respuesta de Jesús me encantó: «¿Qué te parece si cojo un avión mañana y lo hablamos en persona?». Tuvimos entonces la misma conversación que hubiéramos tenido por teléfono, pero lógicamente se creó ahí un lazo, una vinculación, muy fuerte _ c’est bien.

    …

    Desde que contraté el libro hasta que se publicó pasó un poquito de tiempo, porque, claro, yo pensaba: «¿De qué forma puedo publicar esto tan bueno sin que sea como lanzar una piedra a un estanque?». Lo normal hubiera sido publicarlo en España, ver que acaparaba buenas reseñas, y con eso moverlo en el extranjero, pero lo hice al revés. Tirando de amigos y contactos míos, quiero decir, no a través de una submission oficial, fui poco a poco contagiando a la gente de que teníamos una joya entre las manos _ voilà. Detrás vino el departamento de venta de derechos de la editorial, a cargo de Daniel Cladera, y arrasó. Conseguimos que la primera subasta fuera en Inglaterra, que es lo más difícil de todo, porque, una vez que los derechos se vendieron al inglés, aquello fue como un dominó. A Jesús lo llamaba de vez en cuando para decirle: «Lo hemos vendido a Alemania», «Lo hemos vendido a Francia»… Pero en verdad él no sabía muy bien lo que estaba haciendo con su libro [risas].

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    De nuevo los libreros tuvieron un papel muy importante en el éxito de Intemperie. Antes incluso de tener las galeradas, envié a una serie de libreros de confianza _ voilà _ el manuscrito, en Word, a palo seco, porque necesitaba contrastar con gente de fuera que no me había vuelta loca. «¿Es tan bueno como yo creo?», les decía. Y todos me dijeron que sí. Cuando ya tuve las galeradas, invertimos en hacer un folder precioso para el resto de libreros, con una caja donde iba dentro el texto, todo envuelto con una cuerda, con citas maravillosas de editores de todo el mundo, para que se viera que lo mío con Jesús Carrasco no era «amor de madre». Cuando salió publicado, todo el sector _ voilà _ sabía ya que era un libro especial.

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    Recuerdo que, poco antes de ponerlo en circulación, Jesús me preguntó: «¿Y yo qué tengo que hacer ahora?». Y le dije: «Nada. Dos o tres entrevistas y para casa» [risas]. La verdad es que no lo quería acojonar. La primera entrevista que hizo, con la que se estrenó, fue para el programa Página Dos, con Óscar López. Fíjate. Y así estuvo un año. Sin parar. Nahir Gutiérrez, jefa de prensa entonces, y Elena Blanco hicieron un trabajo brutal. Y, durante todo ese primer año, como Jesús realmente todavía no había asimilado lo que le estaba pasando, me seguía preguntando cada vez que nos veíamos: «Oye, pero ¿esto no iban a ser dos entrevistas y ya está?» [risas]. De Intemperie se han llegado a vender cien mil ejemplares. Y la película empezará a rodarse este verano.

    …

    …

    ¿Es Jesús Carrasco tu gran descubrimiento literario?

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    Los grandes descubrimientos literarios no tienen por qué estar vinculados al éxito comercial _ bien ! El que Intemperie vendiera mucho no altera el hecho de que con Jesús Carrasco lo que descubrimos fue, por encima de todo, a un gran escritor _ voilà. Entonces, desde ese punto de vista, puedo decirte que en mi catálogo tengo más grandes descubrimientos literarios que, por lo que sea, no han llegado a triunfar comercialmente como debieran _ bien, bien. Jesús ha sido sin duda un muy grato descubrimiento, pero también Sam Savage, por ejemplo, más que nada porque no todo el mundo lo veía claro. Digamos que la alegría no me la da tanto vender mucho o poco como hacerlo saliéndome de la pista [risas]. Recuerdo que cuando propuse contratar Firmin, Carlos Revés, mi jefe, me dijo : «¿Quién es este Sam Savage? ¿Por qué quieres complicarte la vida así?». Y yo le respondí : «Porque tengo un feeling». Y me dijo : «Entonces, adelante» _ Très bien. Y es ese feeling lo que hace que uno siga dedicándose en cuerpo y alma a esto _ oui, avec passion. Cuando uno comprueba que su pálpito era correcto, la emoción que se siente, la alegría que te envuelve, es casi infantil _ oui.

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    Tal y como lo planteas, ¿dirías que la edición es tu vida o vives para la edición?

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    ¡Ay! Esta pregunta solo te la podría responder tumbada en un diván, porque no sé si confesar aquí, delante de todo el mundo, que soy una especie de workaholic, o negártelo rotundamente, mintiendo como una bellaca. Cualquier cosa que te responda queda mal, ¿no? [risas]. Sí que creo que la culpa de todo la tiene mi madre, que me hizo una persona hiperresponsable _ parce que capable de passion. Mi forma de ser, mi entrega al trabajo, no tiene tanto que ver con la ambición _ voilà _ como con una necesidad imperiosa _ c’est mille fois mieux, et plus fort ! _ de hacer bien lo que hago _ simplement ; avec probité. Rt la chose devient rare. En este sentido te reconozco que he tenido que educarme mucho para obligarme, por ejemplo, a no responder e-mails durante el fin de semana o a no coger llamadas, salvo urgencias verdaderas, terminada la jornada laboral. Antes el trabajo se comía toda mi vida, hasta el punto de que no sé si no tenía vida porque estaba todo el rato trabajando o trabajaba tanto porque en realidad no tenía vida. Así que he tenido que protegerme un poquito, he tenido que aprender a hacerlo como solo una workaholic haría [risas].

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    Recuerdo una vez, hace ya un montón de años, que me fui cinco días de vacaciones, nada del otro mundo, y decidí guardar el teléfono en la caja de seguridad del hotel. Al volver, tenía, claro, el buzón lleno de mensajes, pero algunos eran verdaderos lamentos de alguno de mis autores. ¡Me sentí tan mal, tan culpable! Pero ya por fin lo he conseguido. Ahora soy capaz de priorizar _ voilà.

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    Hablando de priorizar, ¿por qué crees que se publica tanto en España?

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    En Seix Barral, antes de la crisis, publicábamos alrededor de cincuenta títulos al año. Ahora no más de cuarenta. No sé si es mucho o poco, la verdad, pero por regla general las editoriales publicamos más títulos de los que podemos gestionar con normalidad, muchas veces solo para mantener cierta cuota de mercado, o por mera visibilidad, para no desaparecer de las librerías. En otras ocasiones, el volumen de publicación responde a una necesidad financiera. Luego está, no olvidemos, la propia ludopatía del editor : cuantos más boletos compre uno, cuantos más libros tenga en la calle, más posibilidades hay de que uno de ellos funcione [risas].

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    Me gustaría que, para terminar, nos hablaras un poco de tus gustos lectores, de tu canon personal.

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    Cuando era joven, igual que hoy, leía sin orden ni concierto, cuanto caía en mis manos, desde Los cuentos para contar por teléfono de Gianni Rodari, a Perrault, pasando por Grease. ¡Por Dios, aquella edición de Grease hecha con fotografías y bocadillos de texto! [risas]. A un nivel más serio, me marcó mucho Michael Ende, me deslumbró García Márquez, y me mataron Carson McCullers y Salinger, Borges y Camus. De La Regenta y Anna Karenina no quería salir, y me gustaba mucho descubrir libros raros, que por supuesto no lo eran, porque, como sucede en la juventud, que los conociera solo yo (o eso creía) me hacía sentir que estaban escritos por o para mí, como me sucedió con Viaje a través del cristal, de George Sand o El gran Meaulnes, de Alain-Fournier.

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    En mi casa había un cuarto llamado «el cuarto de jugar», sabiamente denominado así por mi madre. En realidad, era el cuarto de estudios, pero albergaba juguetes y cómics, cientos de cómics. Mis cuatro hermanos y yo hemos crecido leyendo cómics como energúmenos, y el paso de aquellos cómics a los libros fue tan natural para mí que no encuentro la transición en mi memoria. Tal vez por eso adoro la novela gráfica.

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    Todo lo que leía entonces procedía de la biblioteca de casa, ingente, enorme, sin excepción. Mi madre, como te conté, era periodista cultural y una gran lectora _ ah. Su amor por los libros fue para mí su gran legado. Años más tarde, teniendo yo entre veintidós y veinticinco años, hice de negra para/con ella, y leí por dinero mucho de lo que publicaron las editoriales en aquella época. Así que no sé si fue antes o después de entrar a trabajar en Alfaguara, pero pronto mis lecturas se fueron ciñendo a la actualidad de lo que se iba publicando y dejaron de ser tan erráticas:  Rosa Montero, los Manolitos de Elvira Lindo, Murakami, el Saramago de Ensayo sobre la ceguera, Julio Ramón Ribeyro, Virginia Woolf, Janet Frame, Henry Roth… you name it. Si miro atrás, no tengo recuerdos en los que la lectura no forme parte de mi vida _ certes.

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    Passionnant !

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    Ce samedi 12 mai 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa