Catégorie : Rencontres

  • Un fécond samedi à Lectoure, pour honorer la mémoire de Louis Ducos du Hauron (Langon, 1837 – Agen, 1920), le très génial inventeur en 1868, Cours du Midi à Lectoure, de la « photographie des couleurs » ; et saluer l’ami Joël Petitjean, LE biographe de Louis Ducos du Hauron…

    C’est avec un très vif plaisir que, à l’invitation de l’ami Joël Petitjean

    en un courriel intitulé « Louis Ducos du Hauron (1837-1920), inventeur de la photographie des couleurs, reconnu et honoré cet été à Lectoure« ; en date du 1er juin dernier,

    je me suis rendu ce samedi 15 juillet, en la très belle cité de Lectoure, à la très belle commémoration, à 14 h 30, honorant la toute première « photographie des couleurs » (sic) réalisée, là, à Lectoure, 2 Boulevard du Midi, en 1868, par le génial inventeur qu’a été, toute sa longue vie durant (Langon, 1837 – Agen, 1920), Louis Ducos du Hauron…

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    Et je me permets de renvoyer ici, au passage, à mon article du 1er décembre 2021, intitulé « « ,

    que j’avais adressé par courriel, le 4 décembre 2021 _ sous l’intitulé « Mes recherches sur l’environnement familial (neveux + descendances) de Louis Ducos du Hauron« … _, à Alain Aspect et à Patrick Flandrin, dont j’avais beaucoup apprécié les enthousiastes présentations du colloque « Louis Ducos du Hauron« , à Agen, le 27 novembre 2021… ;

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    ce qui pourrait aussi remettre un peu à l’heure quelques pendules apparemment détraquées de quelque(s) chercheur(s) s’étant bien inspiré(s) de mes recherches _ et en en rectifiant, comme très scientifiquement cela évidemment se doit, certaines erreurs d’identification de personnes (portant le même prénom), sans toutefois se donner la toute petite peine de gentiment m’en avertir… ; comme cela est pourtant la très saine règle entre honnêtes chercheurs… _, en oubliant _ aussi ! _ assez malencontreusement _ minuscule  négligence… _ de signaler leur (ou sa) dette à ce que j’avais publié, au fil des jours, dès novembre 2020, sur mon blog « En cherchant bien » ; et qui avait fourni, sinon l’impulsion originalre, du moins pas mal d’éléments de départ à son propre travail de recherche documentaire généalogique _ j’avais bien débroussaillé le terrain…

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    Même si n’est pas du tout là _ et même de très loin ! _ le principal de cette belle journée lectouroise de fécondes rencontres amicales…

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    En effet, grâce à Christian Moulié,

    j’ai pu grâcieusement entrer en possession _ un très grand merci à lui ! _ de l’édition rénovée et augmentée, datée de 2022, des Actes du colloque « Louis Ducos du Hauron (1837 – 1920« , qui s’était tenu à Agen le 27 novembre 2021 _ cf le détail de mon article «  » du 3 décembre 2021 : on peut même m’y apercevoir siégeant au dernier rang des fauteuils d’orchestre… _ dans laquelle il est enfin commencé _ cf l’Index qui cite mon nom, page 157 ; mais qui hélas demeure muet sur les pages (125, 140, 141, 142 ; puis 152 et 153) où mon nom apparaît : à nouveau un bien étrange oubli… _ à faire officiellement un peu droit à mon patient et très suivi travail de recherche, dont, en en rectifiant au passage quelques erreurs M. Serventi s’était jusque là attribué l’exclusivité du mérite _ à la page 152 de cette nouvelle édition, très généreusement ce dernier consent à très brièvement mentionner ceci : « Francis Lippa en contact avec des membres de la famille (il s’agit principalement de mon très précieux échange détaillé avec Claude Lamarque, le 19 décembre 2020) a essayé (sic) dans son blog de constituer la descendance actuelle des différentes branches« … En réalité, la dette de M. Serventi à l’égard de mes recherches concerne aussi la généalogie familiale des Ducos du Hauron en amont de la génération de Louis Ducos du Hauron (1837 – 1920) : naissances, mariages, décès et résidences de la famille Ducos du Hauron, en Gironde, Lot-et-Garonne et Gers surtout (et même Puy-de-Dôme)… Le mérite de M. Serventi est principalement d’être allé se renseigner aux sources documentaires même, et de les rapporter ; ainsi que d’avoir fourni de très utiles photos des divers lieux de résidence des membres de la famille Ducos du Hauron (certains domestiques compris…), surtout en Lot-et-Garonne (dont Agen) et Gers…

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    Enfin, je dois dire que j’ai été absolument émerveillé par la reproduction de la photo en couleurs _ somptueuses ! _ retrouvée au Musée de Lille, qui avait d’abord été intitulée _ probablement eu égard à ses couleurs, qui avoisinent tellement celles, si merveilleuses, de Matisse et Derain lors de leurs séjours à Collioure _, « Vue de Collioure« ,

    et dont Joël Petitjean a pu montrer qu’il s’agissait bien en fait _ cf les photos comparées aux pages 40 et 41 de ce nouvel album _ d’une « Vue de Lectoure« , prise de la terrasse en hauteur de la maison sise 2 Boulevard du Midi : là même, au rez-de-chaussée de laquelle, a été apposée ce samedi 15 juillet à 14 h 30, et en présence d’une très nombreuse assistance, très émue, la plaque commémorative, à l’inauguration de laquelle nous avions été aimablement conviés d’assister et prendre part…

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    À suivre…

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    Ce samedi 15 juillet 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un émouvantissime hommage à l’humanité si vraie de l’admirable « plus que vivant » Lars Vogt par les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Paris…

    Et en magnifique hommage _ par l’Orchestre de Chambre de Paris _  au « plus que vivant« , et à jamais, Lars Vogt (1970 – 2022),

    lire ceci _ qui me tire des larmes des yeux ! _ :

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    Lars Vogt

    1970 – 2022

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    Une étoile brille au firmament

    La disparition de Lars Vogt, notre directeur musical, le 5 septembre dernier _ 2022 _ nous a tous plongés, membres du Conseil d’administration, artistes musiciens, personnels administratifs et techniques de l’orchestre, dans une profonde tristesse, tant la relation que Lars avait su construire avec chacun et chacune était empreinte d’une profonde humanité _ et c’est bien là le fond, si rare, des choses !.. Si les mots continuent à nous manquer, nous voudrions lui rendre hommage par ces quelques lignes.

    Lars était, chacun le sait _ et le mélomane passionné que je suis, aussi, dès ma première écoute ; je renvoie ici à mon article du 14 novembre 2009 : « « … _, un artiste d’exception _ oui ! _ : soliste international, chambriste recherché, chef d’orchestre…
    Il y a bien sûr le pianiste qu’on ne présente plus depuis 1990 et sa révélation lors du concours de piano de Leeds. Déjà à cette époque, Sir Simon Rattle lui prédisait un futur vers la direction d’orchestre. Ce n’est pourtant que bien des années plus tard, en 2014, qu’il devient directeur musical
    du Royal Northern Symphonia Newcastle. Et c’est en 2018 qu’il fait sa première rencontre avec les musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris, au cours de laquelle il joue le Concerto pour piano de Schumann et dirige la Quatrième symphonie de ce même compositeur lors d’un concert mémorable.

    Nommé à la direction musicale de l’Orchestre de chambre de Paris en juillet 2020, il a pu y développer encore ses talents artistiques indéniables, son appétence pour le joué-dirigé et pour la direction d’orchestre. Bien au-delà de ses qualités de directeur musical, nous avons découvert un véritable leader. Fidèle à l’homme qu’il était dans la vie, sa direction était remplie de bienveillance et d’humanité _ oui, oui, oui. Il savait établir avec chaque musicienne et musicien une relation particulière et individuelle pour faire en sorte que leur communauté d’artistes s’épanouisse dans une excellence partagée _ voilà. En à peine quelques mois, il était parvenu à gagner non seulement la confiance mais l’adhésion totale de ses musiciens.

    Son mandat à la direction musicale de l’orchestre, malgré la pandémie, aura été un condensé de temps forts artistiques. Dès l’été 2020, il marque son arrivée avec un formidable concert capté du Concerto dit « Jeunehomme » de Mozart tourné dans les jardins de l’hôtel de Sully, Centre des monuments nationaux à Paris, et diffusé sur France télévisions. Plus tard encore, il illuminera de son talent une retransmission du Concerto pour piano en la mineur de Schumann dirigé depuis le piano à la Philharmonie de Paris. En janvier 2021, il retrouve les ténors Christoph et Julian Prégardien dans un concert « Père et Fils » chorégraphié par Thierry Thieû Niang. Lars Vogt avait conquis en très peu de temps les publics du théâtre des Champs-Élysées et de la Philharmonie de Paris, les deux principaux lieux de résidence de l’orchestre.

    Son activité d’enregistrement fut elle aussi intense. Un premier enregistrement Mendelssohn est paru chez Ondine en mars 2022 avec un accueil unanime. Un enregistrement autour des concertos nos 9 et 24 de Mozart reste à paraitre. Cette même énergie _ si manifiquement contagieuse _ se retrouve dans le plaisir _ formidable _ qu’il prenait à jouer en formation chambriste avec les musiciens de son orchestre comme avec ses amis tels que Christian Tetzlaff ou Antje Weithaas.

    Comme il aimait à le dire « En musique, beaucoup de choses sont une question d’alchimie ». Lui qui « voulait aller encore plus loin dans l’intensité de l’orchestre et décrocher la lune » nous manque cruellement. Il est aujourd’hui pour nous tous une étoile qui brille au firmament de l’orchestre, dont la lumière continuera à nous éclairer pour toujours.

    À son épouse Anna _ Anna Reszniak _ qui l’a tant soutenu, à ses filles et à sa famille, nous adressons toutes nos pensées, toute notre affection et nos sincères condoléances.

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    Brigitte Lefèvre, présidente du Conseil d’administration

    Nicolas Droin, directeur général

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    « Il voulait aller encore plus loin dans l’intensité de l’orchestre et décrocher la lune. »

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    Lars Vogt par Christian Merlin

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    Lars Vogt est né à Düren, dans la Ruhr, à côté de Cologne, le 8 septembre 1970. C’est sa première professeure de piano, à Aix-la-Chapelle, qui instille en lui l’idée que non seulement il est fait pour la musique, mais que celle-ci pourrait devenir son métier. Une pédagogue très artiste, qui développe énormément son imagination, mais pas assez sa solidité technique. Solidité technique qui lui sera donnée par son second maître, puisqu’il n’en aura jamais eu que deux : Karl-Heinz Kämmerling, légende de l’enseignement du piano en Allemagne. Professeur d’Igor Levit et d’Alice Sara Ott, pour n’en citer que deux parmi l’incroyable cohorte d’élèves à qui il a permis de se réaliser _ voilà _, il enseigne alors à Hanovre. Ayant école un samedi sur deux, le petit Lars prend, chaque samedi libre, le train pour Hanovre : quatre heures de trajet. Il reçoit ses deux heures de leçon et rentre en Rhénanie : à nouveau quatre heures de train. Kämmerling lui apprend qu’un pianiste doit creuser par deux côtés en même temps : le côté technique et le côté artistique, la technique n’étant qu’un moyen pour exprimer l’artistique. Plus tard, Kämmerling apprendra à l’une des filles de Lars, encore toute petite, que chaque note a sa vie propre. Patient, il ne le tance même pas lorsqu’il se met à imiter Horowitz : « C’est une phase, ça te passera. » Vogt lui succédera naturellement comme professeur à la Hochschule de Hanovre en 2012, année de la mort de Kämmerling.

    Le jeune Vogt est un jeune soliste nerveux et traqueur. Cela se sent encore à son début de carrière au sommet. On a pu, à l’époque (on s’en veut rétrospectivement !), trouver son jeu abrupt par son aspect minéral, tout d’une pièce. Déjà un souci de sérieux et de rigueur, comme pour échapper à toute superficialité. Allemand ? Cela n’a pas empêché le jury du Concours de Leeds de lui attribuer en 1990 un deuxième prix, ni Simon Rattle de le prendre sous son aile dans l’écurie EMI en lui faisant enregistrer Beethoven, Schumann et Grieg avec lui et le City of Birmingham Symphony Orchestra.
    Il avait perçu, derrière ce jeu encore brut, tout le potentiel d’un artiste qui se remet constamment en question et interroge les textes avec un sens de la profondeur et du tragique _ voilà _ qui explique son affinité élective avec Brahms _ et Schumann _ et son clair-obscur mélancolique. En se détendant (sans se relâcher !), son jeu gagne alors de plus en plus en souplesse et en arrière-plans, ajoutant à sa sonorité puissante et sans concession une science particulière des contrastes, quand un pianissimo d’une grande douceur succède soudain à la tempête.

    Il ne va pas plus vite que la musique. À rebours de la mode des intégrales, il préfère laisser mûrir les œuvres et ne les jouer que quand il se sent prêt.
    Il aura attendu la cinquantaine pour aborder la sonate Hammerklavier de Beethoven, dans laquelle beaucoup se lancent avec l’intrépidité de leurs vingt ans. Assez vite se dessine une constante dans son approche de la musique : le partage _ voilà. Chambriste naturel _ oui, oui, oui ! _, il semble n’aimer rien tant que jouer avec d’autres. C’est dans cet esprit qu’il fonde dès 1998 son propre _ admirable !!! _ festival _ Spannungen _ dans l’ancienne centrale hydroélectrique de Heimbach, dans l’Eifel, à quelques kilomètres de sa ville natale. Là, il invite ses meilleurs amis à faire de la musique de chambre : les violonistes Christian Tetzlaff et Isabelle Faust, le violoncelliste Boris Pergamenchtchikov en font partie. Un critique allemand a écrit qu’il n’était « jamais aussi bon que quand il vacillait » : autrement dit quand il oubliait l’assurance robuste de son jeu pour le faire vivre et réagir dans l’instant. L’interaction de la musique de chambre est pour cela le lieu idéal _ oui _, mais pas seulement : la direction d’orchestre aussi, où tant de choses se décident dans l’instant _ voilà.

    « Lorsque je joue du piano, j’ai l’impression de diriger un orchestre, en quelque sorte », disait-il au micro de France Musique. « Je joue avec mes doigts, mais dans ma tête il y a un chef d’orchestre. J’aspire à obtenir le son d’un violon, d’une flûte, d’un hautbois, d’un basson, des couleurs qui ne sont pas uniquement les couleurs d’un piano », répondait-il à Jean-Baptiste Urbain sur la même antenne. Ce jeu orchestral allait le conduire à diriger les concertos du piano, tout en continuant à être l’un des solistes préférés de l’Orchestre Philharmonique de Berlin (dont il est artiste en résidence en 2003-2004), mais aussi de Mariss Jansons, Herbert Blomstedt, Christian Thielemann ou Paavo Järvi. Fort de cette nouvelle expérience, il est nommé en 2014 directeur musical du Royal Northern Sinfonia, un orchestre de formation Mozart basé au bord du fleuve Tyne, dans le nord de l’Angleterre. Et voici qu’il s’attaque à forte partie, enregistrant les deux concertos de Brahms qui, avec leur réputation de symphonies avec piano obligé, semblent exiger la double présence d’un soliste et d’un maestro. Non seulement ça marche, mais on y découvre des allégements et des couleurs insoupçonnées, sans perdre en substance. Il emmène l’orchestre en Asie et aux « Proms » de Londres.

    Pendant ce temps, l’Orchestre de chambre de Paris est à la recherche d’un successeur à Douglas Boyd comme directeur musical. Pour une formation de cet effectif se pose la question du profil : un maestro symphonique risquerait d’y être disproportionné, un soliste sans expérience suffisante de la direction d’y être contre-productif. Vogt apparaît alors comme une solution possible. Le courant passe si bien avec les musiciens que l’option envisageable devient une évidence. Dans les concertos de Mozart, Beethoven ou Schumann, bien sûr, qu’il dirige du piano comme si cela allait de soi. Mais aussi, et ce n’était pas gagné d’avance, seul face à l’orchestre dans des symphonies. On se souvient en particulier de la Deuxième symphonie de Brahms qui couronnait son concert inaugural en septembre 2020 : si sa gestuelle n’avait pas le délié de maestros aguerris, le flux musical coulait de source _ oui _, avec une parfaite logique des enchaînements et maîtrise des équilibres, jouant le jeu chambriste sans édulcorer l’éloquence de l’orchestre brahmsien. Testamentaire _ oui _, leur enregistrement des concertos de Mendelssohn (Ondine) reste pour témoigner de cette trop brève _ hélas _ alchimie _ merveilleuse : la grâce même… On se souvient aussi de son engagement bienveillant dans ses fonctions, par exemple pour superviser le concours Play-Direct pour jeunes pianistes dirigeant du clavier, organisé par l’Orchestre de chambre de Paris.

    En mars 2021 est diagnostiqué un cancer de l’œsophage ayant déjà métastasé au foie. Lorsque les médecins lui expliquent que le traitement auquel il sera soumis risque de lui faire perdre la sensibilité dans les doigts, il répond : « Je préfère être en vie plutôt que jouer du piano. » Quand certains préfèrent se terrer dans leur tanière, lui n’hésite pas à parler de la maladie, en interview et sur les réseaux sociaux. Le partage _ toujours formidablement généreux _  de la musique et de l’amitié _ les deux allant très évidemment de pair… _ semble décupler son énergie vitale _ puissante _, sans parler de l’apport de sa seconde femme, la violoniste d’origine polonaise Anna Reszniak, premier violon de l’Orchestre symphonique de Nuremberg où ils vivent, et de ses filles, dont la petite dernière a quatre ans et demi et à qui il voudrait encore laisser des souvenirs de père. Chacun de ses concerts semble gagné contre la maladie, il y fait passer des émotions décuplées _ oui, et sans jamais rien forcer… _, tantôt rageuses (Beethoven), tantôt tendres (Brahms), tantôt les deux à la fois (Mozart) : humaines, tout simplement _ voilà ! Lars Vogt, ou l’humanité la plus vraie… Il joue à son festival le 24 juin 2022, donnant en bis cet Intermezzo op. 117  n°1 de Brahms _ en regarder ici la vidéo (d’une durée de 5′ 42), titrée « Letzter Soloauftritt von Lars Vogt bei SPANNUNGEN« … _ qui est une invitation _ selon ses mots… _ à s’endormir paisiblement, et dirige encore du piano l’Orchestre de chambre de Paris à l’hôtel de Sully les 9 et 10 juillet. Son visage s’est creusé, mais reste ce menton volontaire qui pourrait être intimidant s’il n’était adouci par un regard lumineux et intense _ oui _ et un sourire désarmant _ voilà. Dans les premiers jours de septembre il envoie un message d’au revoir à ses amis, pour leur dire combien ils ont compté pour lui, et s’éteint le 5 septembre 2022 à la clinique d’Erlangen, trois jours avant son 52e anniversaire, laissant le monde musical désemparé mais nourri du souvenir de son rayonnement.

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    « Lorsque je joue du piano, j’ai l’impression de diriger un orchestre, en quelque sorte. »

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    Lars Vogt et l’Orchestre de chambre de Paris en 2021 à la Philharmonie de Paris

    À Lars

    Ta lumière, ta bienveillance, ton talent, ta capacité à mettre tous les sentiments humains _ oui _ dans ta musique, ton authenticité, ta générosité _ sans compter _, ton humour, ta liberté, ta souplesse, ton ouverture _ tout cela allant très simplement de pair _, ta tolérance, ton courage, ton désir d’amener tout le monde sur un terrain d’entente, ton talent pour réunir _ oui _, ton sourire chaleureux et communicatif, tes expressions tendres et uniques font de toi une des personnes, si rares _ oui ! _, capables en si peu de temps – en trop peu de temps ! – de nous guider et de changer nos vies.

    La musique, entre tes mains, était comme la matière du sculpteur, chez toi, une matière infinie. À propos d’une phrase sublime d’un concerto, tu nous disais un jour que Mozart ouvrait une fenêtre sur le monde du divin : en fait, c’est toi qui ouvrais cette fenêtre, avec simplicité _ oui _, sur un monde immense. Toujours dans la joie _ voilà ! la plus rayonnante et pure joie… _, tu as partagé avec nous ton amour absolu pour la musique.

    Tu laisses, en chacun de nos cœurs, une empreinte magnifique, et nous sommes tous conscients de la chance inouïe _ en effet _ d’avoir pu cheminer avec toi, d’apprendre de toi en musique comme dans la vie. Nous allons continuer de t’honorer et de grandir comme groupe, unis par la force tellurique _ oui _ que tu nous as transmise _ voilà _, sachant que tu aurais sans doute voulu que l’on te chante plutôt que l’on te pleure.

    Que ton extraordinaire lumière nous inonde éternellement, cher Lars !

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    Les musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris

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    Lars Vogt et l’Orchestre de chambre de Paris en quelques dates…

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    20 DÉCEMBRE 2018

    Théâtre des Champs-Élysées

    Premier concert de Lars Vogt avec l’orchestre autour d’une œuvre de Schumann qu’il affectionne particulièrement, le Concerto pour piano. Le chef et pianiste est rapidement séduit par le travail en profondeur de l’orchestre et ce premier contact avec les musiciens.

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    26 SEPTEMBRE 2019

    Théâtre des Champs-Élysées

    De nouveau invité par l’orchestre, Lars Vogt donne le Concerto pour piano no 1 de Mendelssohn, œuvre qui le suit dans les moments importants de sa vie musicale. Il indique à plusieurs reprises s’être toujours senti très proche de l’esprit du compositeur _ et c’est absolument évident.

     

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    24 JUIN 2020

    Extrait du Concerto « Jeunehomme », Mozart

    Confinés et isolés lors de la crise sanitaire, Lars Vogt et les musiciens et musiciennes de l’orchestre interprètent à distance un extrait du Concerto pour piano no 9 en mi bémol majeur de Mozart. Cette prouesse musicale et technique aboutit à une vidéo mise en ligne et contribue à rassembler virtuellement les artistes et le public.

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    11 ET 12 JUILLET 2020

    Hôtel de Sully

    Dans le cadre exceptionnel des jardins de l’hôtel de Sully – Centre des monuments nationaux à Paris, Lars Vogt donne en joué-dirigé le Concerto pour piano n° 9 en mi bémol majeur, dit « Jeunehomme », de Mozart. Ce concert est capté et diffusé par ARTE Concert.

     

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    30 SEPTEMBRE 2020

    Théâtre des Champs-Élysées

    Lars Vogt donne son premier concert en tant que directeur musical de l’Orchestre de chambre de Paris, avec son ami violoniste Christian Tetzlaff.

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    « Ma relation avec Lars est intense, c’est ma plus profonde amitié musicale. Il est mon « artiste-héros » et aussi mon meilleur ami dans la vie. »
    Christian Tetzlaff

     

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    5 OCTOBRE 2020

    Philharmonie de Paris

    Premier concert de Lars Vogt dans la Grande salle de la Philharmonie en tant que chef d’orchestre. Aux côtés d’un chef-d’œuvre de la musique classique, le Requiem de Mozart, il était heureux de présenter la création d’une jeune compositrice française, Clara Olivares.

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    6 JANVIER 2021

    Philharmonie de Paris

    A travers la production « Père et fils » mêlant danse, théâtre et musique avec les ténors Christoph et Julian Prégardien et le chorégraphe Thierry Thieu Niang sur de la musique de Beethoven et Schubert, Lars Vogt témoigne de son approche intimiste et personnelle de la musique. En raison de la situation sanitaire, ce concert fait l’objet d’une captation et d’une diffusion sur les sites ARTE Concert et Philharmonie Live.

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    1ER FÉVRIER 2021

    Philharmonie de Paris

    Lars Vogt se sentait proche de Schumann et exprimait son bonheur de transmettre cette musique au public, ce jour-là sous forme
    de captation diffusée sur Philharmonie Live. Une musique pleine de joie, d’amour et de poésie mais aussi de tristesse, qu’il aimait particulièrement.

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    AVRIL 2021

    Philharmonie de Paris

    Lars Vogt et l’orchestre enregistrent le Concerto pour clarinette de Mozart avec le clarinettiste Raphaël Sévère, pour le label Mirare.

    « J’ai beaucoup d’admiration pour Lars Vogt car il déborde d’une énergie foisonnante qui toujours se conjugue avec naturel vers les bonnes choses. Dans tout ce qu’il fait il est profondément sincère et il a cette flamme qui fait vivre la musique. Jouer avec lui est un bonheur. »

    Raphaël Sévère

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    5 – 9 SEPTEMBRE 2021

    Philharmonie de Paris / Paris Play-Direct Academy

    Profondément investi dans les actions de transmission, Lars Vogt parraine cette 10ème édition de l’académie de joué-dirigé de l’orchestre consacrée au piano. Au cours de masterclasses, il accompagne et conseille les jeunes instrumentistes dans cette pratique.

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    16 OCTOBRE 2021

    Théâtre des Champs-Élysées

    Lors de ce concert, Lars Vogt réunit une nouvelle fois l’entente personnelle et artistique en invitant un ami de longue date, le violoncelliste Alban Gerhardt. Ce lien que Lars Vogt entretient avec les musiciens sur scène, toujours sincère et fort, offre au public des instants musicaux de grâce.

    « Mon vieil ami, colocataire et partenaire de musique de chambre Lars Vogt est l’un des musiciens avec lesquels je préfère travailler. »
    Alban Gerhardt

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    2-5 NOVEMBRE 2021

    Philharmonie de Paris

    Lars Vogt enregistre avec l’Orchestre de chambre de Paris un premier disque qui aurait dû marquer le début du cycle Mendelssohn, paru au printemps 2022 chez Ondine.

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    17 DÉCEMBRE 2021

    Philharmonie de Paris

    Kurtàg était pour Lars Vogt le plus grand compositeur vivant de notre époque. Lors de cette soirée consacrée à Bach, le directeur musical met en relation ses courtes pièces avec celles du « dieu de la musique » comme il appelait alors Bach.

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    13 JANVIER 2022

    Théâtre des Champs-Élysées

    Invité par l’orchestre pour ce concert consacré à Mahler, Strauss, Fauré et Britten, le ténor Ian Bostridge est frappé par la merveilleuse atmosphère de collaboration et d’amitié que Lars Vogt a réussi à créer avec les musiciens.

     

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    10 MARS 2022

    Théâtre des Champs-Élysées

    Lars Vogt retrouve son complice Alban Gerhardt, violoncelliste, dans le Premier concerto pour violoncelle de Chostakovitch. Avec l’orchestre, il interprète la Symphonie classique de Prokofiev et la Sérénade pour cordes de Tchaïkovski.

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    12 MARS 2022

    Salle Cortot

    Lors de ce concert de retrouvailles avec les solistes de l’orchestre, Lars Vogt et les musiciens interprètent un mémorable quintette de Schumann et le premier quatuor avec piano de Mozart.

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    21 MARS 2022

    Philharmonie de Paris

    Intégralement dédié à Mendelssohn, ce concert accompagne la sortie du disque Mendelssohn consacré aux œuvres concertantes et annonce de futurs projets d’enregistrement du répertoire symphonique.

    « Les mouvements lents des œuvres de Mendelssohn m’émeuvent aux larmes. »
    Lars Vogt

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    21 AVRIL 2022

    Théâtre des Champs-Élysées

    Antje Weithaas, artiste associée de la saison 2021/2022, joue sous la direction de Lars Vogt, le Concerto pour violon de Beethoven.

    Antje Weithaas dit de Lars Vogt qu’il est probablement le meilleur musicien qu’elle connaisse pour interpréter la musique de Schumann.

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    « Les musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris et moi sommes déjà parvenus à développer une authentique et forte relation musicale et humaine. » Lars Vogt

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    22 AVRIL 2022

    Philharmonie de Paris / Académie de jeunes compositrices

    Lors de la première lecture publique de l’Académie de jeunes compositrices de l’Orchestre de chambre de Paris, Lars Vogt dirige quatre œuvres nouvelles pour ensemble instrumental. Désireux de « trouver l’expression et la voix de la jeunesse de notre temps », il incite les jeunes compositrices à présenter leurs œuvres – voire à les diriger.
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    9-10 JUILLET 2022

    Hôtel de Sully

    Empreints d’une émotion palpable, ces concerts sont les derniers de Lars Vogt avec l’Orchestre de chambre de Paris. Il y dirige du piano l’ultime concerto pour piano de Mozart et a choisi pour bis l’Andante du deuxième concerto pour piano de Chostakovitch.

    Sensible à la démarche citoyenne de l’orchestre à l’adresse des plus fragilisés, engagé dans le programme de transmission et fervent chambriste, Lars Vogt a entamé avec l’orchestre une riche aventure à la fois humaine et musicale.

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    Retrouvez les concerts de Lars Vogt en vidéo

    ARTE rend hommage au pianiste et chef d’orchestre Lars Vogt et rediffuse trois concerts sur ARTE Concert.

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    Lars Vogt dans le Concerto « Jeunehomme » de Mozart.
    Lors de ce concert enregistré en juillet 2020 dans les jardins de l’Hôtel de Sully, Lars Vogt, à la direction de l’Orchestre de chambre de Paris et au piano,
    a également donné le Concerto pour piano n° 21 de Mozart.

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    Lars Vogt dirige Beethoven et Schubert

    Les ténors Christoph et Julian Prégardien ont interprété avec l’Orchestre
    de chambre de Paris des lieder de Beethoven et de Schubert en janvier 2021 à la Philharmonie de Paris.
    Diffusé également sur Philharmonie Live.

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    Concerto pour piano n° 3 de Beethoven
    Invité du HR-Sinfonieorchester en avril dernier à Francfort, Lars Vogt a interprété le Concerto pour piano n° 3 de Beethoven sous la direction de Karina Canellakis.

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    Retrouvez ces concerts pendant plusieurs mois sur ARTE Concert : arte.tv/larsvogt

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    Également disponible :

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    Lars Vogt dans Schumann

    Une histoire particulière liait Lars Vogt au Concerto pour piano de Schumann, « l’une des œuvres les plus splendides du répertoire pour piano ». Lors de ce concert Lars Vogt a également dirigé l’Orchestre de chambre de Paris dans la Deuxième Symphonie.

    Enregistré en avril 2021 à la Philharmonie de Paris par France Musique et diffusé sur Philharmonie Live : philharmoniedeparis.fr/fr/live

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    LARS VOGT VU PAR LA PRESSE

    « Gestuelle élégante et souple, corps mobile et visage ouvert, capacité à être à la fois un soliste habité et un chef très présent. »
    Sophie Bourdais, Télérama

    « Un artiste authentique, simple et chaleureux. »
    Emmanuelle Giuliani, La Croix

    « Son jeu vigoureux et naturel ignore la tentation virtuose, déployant au contraire un sens raffiné des couleurs et des nuances. Que ce soit dans Bach, Mozart, Brahms ou Mendelssohn, le musicien déploie un toucher ductile, capable de passer de l’ombre à la lumière, de la poésie à l’humour, du tragique à la joie. » Marie-Aude Roux, Le Monde

    « Si sa gestuelle de chef n’était pas la plus académique, le résultat sonore était passionnant, obtenant dans Mendelssohn, Schumann ou Brahms une richesse sonore, un sens de l’architecture et une pulsation naturelle qui promettaient énormément. Sans parler de son énergie communicative et de son attention aux autres. »
    Christian Merlin, Le Figaro

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    orchestredechambredeparis.com

    RETROUVEZ-NOUS SUR CRÉATION : HOULTONSMETS

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    Crédits : Couverture © Giorgia Bertazzi P. 3 © Jean-Baptiste Pellerin
    P. 6-7 © Jean-Philippe Raibaud P.8-9©D.R.

    P.10-11 © Jean-Baptiste Pellerin

    P.12 © Jean-Baptiste Pellerin
    P. 13 © Jean-Philippe Raibaud,
    © Giorgia Bertazzi
    PG14©D.R. ©Jean-BaptisteMillot, © Hans Morren

    P. 15 © MattDine, © Bernard Talgo P. 16 © Gil Lefauconnier
    P. 17 © D. R., © MarcoBorggreve P.18©D.R.

    P. 19 © Jean-Baptiste Pellerin

    L’Orchestre de chambre de Paris utilise pour ses supports de communication des papiers recyclés (Papier FSC : gestion responsable des forêts) et de l’encre végétale.

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    De bien merveilleux témoignages  sur un musicien à jamais plus que vivant

    en sa naturelle humanité généreuse vraie !

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    Ce vendredi 7 juillet 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La compositrice Graciane Finzi à l’honneur à l’Atelier du Théâtre National de Bordeaux-Aquitaine, pour un passionnant concert de sa musique par de brillants élèves du Conservatoire de Bordeaux Jacques Thibaud…

    C’est pour aller écouter ma petite-fille Alma-Flore (âgée 11 ans) jouer « On frappe à la porte«  _ une œuvre pour harpe solo composée en 2000 par Graciane Finzi (née à Casablanca, 10 juillet 1945) pour sa petite-fille (née le 7 septembre 1995, et devenue, depuis, une excellente harpiste…), et interprétée sur cette vidéo, à Lorient, le 9 mai 2022, pour de précédentes master-classes... _, que je me suis rendu, hier soir, vendredi 29 juin, à un concert donné par des élèves du Conservatoire qui avaient très soigneusement travaillé _ avec leurs différents professeurs d’instruments (ou de voix), et, à l’occasion, sur la supervision de la compositrice elle-même, venue pour de telles master-classes à Bordeaux… _ les œuvres de Graciane Finzi, à l’Atelier du TnBA de Bordeaux,

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    et y ai découvert le superbe univers musical de cette compositrice contemporaine, Graciane Finzi, dont j’ignorais tout jusqu’ici…

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    Outre ce « On frappe à la porte » pour harpe solo, de 2000, d’une durée d’environ 3′ _ splendidement interprété hier soir par Alma-Flore Lepetit, donc ; et très loin d’un simple déchiffrage a-musical ici… _,

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    le programme de ce passionnant et très émouvant concert, très vivant, en conclusion très réussie des Master-classes avec la compositrice Graciane Finzi en personne,

    était constitué des œuvres suivantes, très variées, de Graciane Finzi :

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    _ « On frappe à la porte« , de 2000, pour harpe seule, (d’une durée d’environ 3′)

    par Alma-Flore Lepetit, harpe 

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    _ « La Confusion des sentiments et des idées« , de 2022, pour flûte et harpe (d’une durée d’environ 5′),

    par Cécile Bernard, flûte, et Sirine Amarouche, harpe

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    _ « Nikkai« , de 2021, pour soprano et harpe (d’une durée d’environ 7′)

    par Marie-France Koua, voix, et Elisa Balsamo, harpe

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    _ « Going up and down« , de 2020, pour violon et saxophone soprano (d’une durée d’environ 6′)

    par Julie Boissel-Trunde, violon, et Margaux Lefebvre, saxophone soprano

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    _ « Winternacht« , de 2018, pour violon et piano, d’après la 3e Sonate de Johannes Brahms (d’une durée d’environ 19′) _ probablement l’acmé musical de ce très beau concert ; et une œuvre disponible, interprétée par Laurent Wagschal, piano, et Agnès Pyka, violon, sur le CD « Brahms aujourd’hui« , avec aussi des œuvres de Nicolas Bacri et Philippe Hersant, un CD Klarthe paru en février 2021 : Allegro ; Adagio ; Cantabile ; Presto (cliquer pour écouter les 4 podcasts, respectivement de 5′ 27 ; 4′ 15 ; 5′ 36 ; et 5′ 35) ; cf aussi le commentaire qu’en a donné Jean Jordy, sur le site utmisol. fr :

    « L’œuvre de Graciane Finzi Winternacht s’inspire de la Troisième Sonate (1888) _ de Brahms _ par sa structure même en quatre mouvements et sa longueur. Elle s’ouvre Allegro par quelques mesures exacerbées précédant une ample plage mélodique que se partagent les deux instruments : tout ici se meut, avec intensité, voire gravité. L’Adagio et l’admirable Cantabile déploient une texture fluide, fine, quasi immatérielle où vibrent des sons étranges, des reflets irisés, des frissons en allés. Le Presto final confirme que la compositrice a relevé le défi, non en déjouant Brahms, mais en se confrontant à lui »… _

    par Gwenaëlle Burel et Kilian Mondot, piano, Julie Boissel-Trunde, Anggraini Tumino et Marie Morelle, violon 

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    _ »Les Jardins du possible« , de 2022, des mélodies pour voix moyennes et piano, sur des poèmes de Dominique Sampiero

    par Annie Suck Gao, Lauriane Mathet, Margaux Vannicatte et Samuel Rouveure, voix, et Nicolas Contamine, Daiki Abe et Maximilien Wang, piano

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    _ et « Siguiriya« , de 2022, pour un ensemble de cordes _ au nombre ici de 24 : je les ai comptés, et en très grande majorité des violons… _ (d’une durée d’environ 11′), en guise de feu d’artifices final, très réussi, de ce magnifique concert,

    par le Labo Violons du Conservatoire…

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    Un grand bravo aux interprètes, très engagés en leur interprétation, et à leurs professeurs, qui les ont fait travailler _ et très bien préparés _, avec tant de justesse et efficacité musicales : ce qui est bien l’essentiel d’une vraie formation musicienne…

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    Graciane Finzi,

    une compositrice qui assurément retiendra désormais ma curiosité et mon oreille…

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    Ce vendredi 30 juin 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Les deux créations, en 2011 et 2023, de « La Bête dans la jungle », l’opéra d’Arnaud Petit et Jean Pavans : le 10 mai 2011 au Forum du Blanc-Mesnil, puis, augmentée d’une ample sublime scène finale (d’après « L’Autel des morts », toujours de Henry James ), le 14 avril 2023 à l’opéra de Cologne, sous la direction musicale, les deux fois, de François-Xavier Roth…

    Reçu hier samedi à 11h 26, toujours de Jean Pavans,

    en complément de ce qu’il m’avait déjà fait parvenir _ cf mon article d’hier « « … _ de son livret de « La Bête dans la jungle » d’Arnaud Petit et lui-même,

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    ce très remarquable _ et tout à fait éclairant ! _ texte de présentation de cette « Bête dans la jungle » de musique, à destination des spectateurs des six représentations données à l’Opéra de Cologne au mois d’avril dernier :

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    La morte saisit le vif

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    Jean Pavans

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    « Ses personnages, avec leur extrême finesse de perception, sont déjà à mi-chemin de se dégager de leur corps. Il n’y a rien de violent dans leur trépas. Ils semblent plutôt avoir enfin accompli ce qu’ils ont longtemps tenté : la communication sans obstacle« .

    Virginia Woolf Les histoires de fantôme de Henry James TLS, 22 décembre 1921.

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    Un jeune Anglais (ou peut-être est-il d’origine américaine), John Marcher, et une jeune Anglaise, May Bartram, sympathisent par un jour d’orage dans les ruines de Pompéi, au cours d’une excursion effectuée avec quelques amis communs. John a vingt-cinq ans, May a vingt ans.

    Une dizaine d’années plus tard, sans s’être revus entre-temps, ils se retrouvent par hasard lors d’un déjeuner mondain dans un manoir de la campagne anglaise. John a un vague souvenir de May, May se souvient très précisément de John, et des circonstances. Elle lui affirme qu’il lui avait alors fait un aveu dont elle a été vivement frappée, acte que lui-même déclare avoir complètement oublié. Ce dont John est certain, c’est que, cet aveu, il ne l’a jamais fait à personne d’autre que May.

    Dès lors, tous deux, lui comme célibataire timide et solitaire, elle comme vieille fille d’humeur exclusive, vont nouer à Londres une tendre et constante amitié, dans des moments récurrents d’intimité secrète et complice.

    Telle est la mise en perspective du projet que Henry James note en 1901 dans ses carnets, et dont il fera deux ans plus tard La Bête dans la jungle 1.

    ………………

    1 The Beast in the Jungle a paru pour la première fois dans The Better Sort, édité en février 1903 simultanément chez Methuen à Londres et Scribner’s à New York. Ce recueil comporte dix autres nouvelles _ voilà _ d’inégales longueurs et valeurs, pour la plupart déjà publiées en revues.

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    « Lamb House, 27 août 1901.

    En attendant, il y a quelque chose d’autre — une très mince fantaisie* probablement — dans une petite idée qui me vient d’un homme de plus en plus hanté par la peur, durant toute sa vie _ voilà ! _, que quelque chose lui arrive bientôt : il ne sait pas vraiment quoi. Sa vie paraît sûre et ordonnée, ses actes et ses possibilités (comme résultat de sa peur) sont largement réduits et entravés, si bien que les années passent et que le coup ne tombe pas. Pourtant “Ça va se produire, ça peut encore se produire”, se trouve-t-il croire — et il le dit en fait à quelqu’un, quelque deuxième conscience dans l’anecdote. “Ça se produira avant ma mort ; je ne mourrai pas sans ça.” Finalement je pense qu’il faut que ce soit lui qui comprenne — et non la deuxième conscience.

    Cette “deuxième conscience” ne doit-elle pas être une femme, et est-ce que ce ne doit pas être elle qui l’aide à comprendre ? Elle l’a toujours aimé — cela, pour la “joliesse” de l’histoire _ note donc alors Henry James _, et, comme il économise, protège, exempte sa vie (vraiment toujours à cause et en faveur de sa peur), il ne l’a jamais su. Elle lui plaît, il lui parle, il se confie à elle, il la voit souvent — la côtoie* mais ne devine pas sa passion cachée _ pour lui. Elle, durant tout ce temps, voit la vie de son ami telle qu’elle est _ avec lucidité. C’est à elle qu’il confie sa peur — oui, elle est la “deuxième conscience”. D’abord, elle le plaint pour son sentiment de peur, elle est tendre, rassurante, protectrice. Puis elle discerne, je l’ai dit, la vérité en lui, elle est lucide, mais sans rien en dire.

    Les années passent, et elle voit que rien ne se produit. Enfin, un jour, ils regardent en quelque sorte la chose en face, et alors elle parle. “Elle s’est produite, cette grande chose dont vous aviez le pressentiment et dans la peur de laquelle vous avez toujours vécu — elle vous est arrivée.” Il s’étonne — quand, comment, qu’est-ce que c’est ? “Ce que c’est ? Eh bien, c’est que rien n’est arrivé !”

    Puis, plus tard, je pense, pour continuer la joliesse _ du récit _, il faut que lui-même voie, qu’il comprenne. Elle l’a toujours aimé — et cela, c’est quelque chose qui aurait pu se produire. Mais _ Kairos tranchant…  _ c’est trop tard — elle est morte. C’est du moins ce qu’il conclut par la suite, après un intervalle, je pense, après la mort de son amie. Elle est mourante, ou malade, quand elle lui dit cela. Mais sur le moment il ne

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    comprend pas, il ne voit pas — pas plus loin que de reconnaître tristement avec elle que ça peut très bien être ça : que rien n’est arrivé.

    Il revient ; elle n’est plus là : elle est morte. Ce qu’elle lui a dit, par sa justesse, a en quelque sorte créé en lui un plus grand besoin d’elle, et proprement un plus grand désir d’elle. Mais elle n’est plus là, il l’a perdue, et alors il voit tout ce qu’elle a voulu dire. Elle l’a aimé. (Le LECTEUR doit le comprendre à ce moment-là.) Avec ses craintes et ses viles précautions, il ne s’en était pas aperçu. C’était cela qui aurait pu arriver, et, ce qui est arrivé, c’est que ça n’est pas arrivé. » _ un texte déjà lumineux ;

    et sur cette tragique stupide situation-là, jeter un œil à la terrible dernière phrase du « Le soleil se lève aussi« , d’Ernest Hemingway, en 1926 : «  »Oh, Jake« , Brett said, « we could have such a damn good time together ».
    « Yes », I said. « Isn’t it pretty to think so ? » »
    …

    ………………………

    Un grand écrivain, un grand artiste, à son sommet, ou dans ses plus profonds abîmes, ce qu’est indubitablement Henry James avec The Beast in the Jungle, donne toujours à comprendre bien davantage que ce dont il avait l’intention à l’origine.

    Or voici en effet ce que peut comprendre « le lecteur ». Ce qui est arrivé parce que ce n’est pas arrivé, c’est que May Bartram, dans une tentative qui sera vaine (elle en a pourtant bien conscience) a fait un pas pour s’offrir à John Marcher, et que John n’a pas voulu comprendre son mouvement, tout en le comprenant très bien, raison pour laquelle, justement, il se fige devant elle. C’est le moment du Bond de la Bête. La scène est décrite à la fin du chapitre IV :

    « Il se rendit soudain compte, nettement et splendidement, qu’elle avait quelque chose de plus à lui donner : quelque chose qu’il voyait délicatement briller dans son visage émacié et scintiller dans son expression avec une sorte de pâle éclat argenté. Elle avait incontestablement raison, car ce qu’il discernait dans son visage était la vérité, et, curieusement, illogiquement, tandis que l’air résonnait encore de leurs propos sur la chose épouvantable à venir, elle parut la lui offrir comme une infinie douceur. »

    May toutefois triomphe _ voilà _ dans la mort. À l’origine obsédé de lui-même, John finit obsédé par elle _ voilà ce qui s’est finalement produit : la morte a saisi le vif. May est un Sphinx, une Sphinge, merveilleusement décrite comme telle.

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    « Pâle comme cire, avec sur le visage des marques et des signes aussi nombreux et fins que s’ils avaient été gravés par une aiguille, la blancheur de ses douces draperies rehaussée par un écharpe d’un vert fané, au ton délicat consacré par le temps, elle était l’image même d’un sphinx serein et raffiné, mais impénétrable, dont la tête, et en fait toute la personne, eussent été poudrées d’argent. C’était un sphinx, mais avec ses pétales blancs et ses feuilles vertes, elle était aussi comme un lis — un lis artificiel, cependant, merveilleusement imité et constamment tenu, sous une cloche de verre, à l’abri de la poussière et des souillures, sans être exempt d’un léger fléchissement ni d’un réseau de petites froissures. »

    John est un Œdipe vaincu par la défaite du Sphinx. John est également Thésée en son Labyrinthe. May est à la fois Ariane, le Labyrinthe et le Minotaure. C’est aussi une autre Ariane mythique : l’Ariane initiée aux mystères de Barbe- Bleue, et qui en meurt. Ils sont fatalement liés l’un à l’autre par la présence absolue de l’impossible _ voilà _, à quoi tient toute la possibilité de leur amour. Leur échange est un long et délicat duo d’amour continu au bord d’un précipice inexprimable, incitant au renversement des forces, et à la traversée du miroir.

    *
    Paru huit ans plus tôt 2, L’Autel des morts semble surgi d’une seul bloc

    animé d’un unique sentiment baigné d’une lumière ardente et homogène. Ses singulières splendeurs sont celles d’une métaphysique de l’amour.

    Il y a bien des tonalités semblables dans l’amour désincarné de John Marcher et de May Bartram à la faveur de l’obsession de John, et dans l’attachement inévitable de George Stransom pour une femme (non nommée) qu’il rencontre par hasard et qui partage son culte des morts, l’obsession de George étant son souvenir de Mary Antrim, sa fiancée d’autrefois, morte avant même qu’il n’ait pu l’épouser.

    2 The Altar of the Dead figure avec trois autre nouvelles, The Death of the Lion, The Coxon Fund, The Middle Years, dans le volume Terminations, paru chez William Heinemann en 1895.

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    La coïncidence même qui explique finalement leur attrait irrésistible l’un pour l’autre (tous deux, George et cette femme sans nom, ont aimé le même homme, Acton Hague, qui les a différemment, mais en fait pareillement, trompés) semble une sécrétion naturelle du flamboiement des cierges que Stransom fait brûler pour tous « ses » disparus, à l’exception de Hague, qu’il s’imagine irrémédiablement haïr.

    Extraordinaire et magique est l’apparition finale, parmi les flammes, de l’image de Mary Antrim, dont la voix s’unit immatériellement à la voix de l’amie trahie par Acton Hague, pour conjurer Stransom, au moment où il meurt, d’accorder une place, dans sa célébration mystique, à l’amour qu’il portait à cet homme.

    La métaphysique de Henry James consiste en une sorte d’animisme qui serait inverse de la croyance chrétienne. Ce ne sont pas les Vivants qui appartiennent à l’au-delà et finiront par y retourner. Ce sont les Morts qui appartiennent à ici-bas, qu’ils n’ont jamais quitté : leur Royaume est de ce Monde.

    « Ils étaient là dans leur essence simplifiée et intensifiée, dans leur absence consciente et leur patience expressive, aussi attentifs que s’ils étaient brusquement devenus muets. Quand on n’avait plus de pensée pour eux, ils ne faisaient plus aucun bruit, et c’était comme si leur purgatoire était vraiment encore sur terre : ils demandaient si peu, et par là ils obtenaient, les pauvres êtres, encore moins ; ils mouraient de nouveau, mouraient tous les jours, de la dure usure de la vie. »

    *
    Le lundi 30 mai 2011 était créé en concert au Forum du Blanc-Mesnil, par l’orchestre les Siècles sous la direction de François-Xavier Roth, La Bête dans la jungle, opéra (en l’occurrence oratorio) d’Arnaud Petit, dont j’avais écrit le livret. Léonore Lemaire était May Bartram, Arnaud Marzorati était John Marcher, Coralie Seyrig était la narratrice, en voix enregistrée. Il y en eut une deuxième exécution le lendemain.

    Mon livret suivait docilement la construction de la nouvelle originale, ainsi, en somme, que l’avait fait Marguerite Duras dans son adaptation idéalement

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    réalisée en 1981 par Alfredo Arias au théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, avec Delphine Seyrig et Sami Frey, et une musique d’accompagnement de Carlos D’Alessio, qui la jouait lui-même sur scène au piano. Seulement voilà : Duras a rendu plus abrupte encore la conclusion, ou pour ainsi dire la morale, développée par James en une lente et sinueuse prise de conscience. L’égoïsme de John Marcher, son incapacité d’aimer (de désirer) une femme qui l’aime (qui le désire) s’inscrivait ainsi dans les révélations brutales qui troublaient Duras dans ces années-là, à plus de soixante ans : à savoir l’existence, dont longtemps elle n’avait pas tenu compte, d’hommes qui se détournent (sexuellement) des femmes. Et elle a appelé cela La Maladie de la mort, variation à sa manière sur The Beast in the jungle, qu’elle a publiée l’année suivante. En somme, il s’agissait bien de la même question plus généralement soulevée par la remarque si pénétrante et lucide de Virginia Woolf, mais ici dans un cas particulier : la chair (d’une femme) comme obstacle à la communication (avec un homme).

    Dix ans après la création du Blanc-Mesnil, s’est présentée à Arnaud, grâce à la volonté de François-Xavier Roth, la possibilité de reprendre _ voilà ! _ sa Bête dans la jungle _ de 2011 _ sur une des trois scènes de l’opéra de Cologne, la plus petite, mais se prêtant d’autant plus aisément à une liberté de mise en espace. La première version ne durait guère plus d’une heure. Il fallait l’étoffer de moitié pour emplir une soirée _ de 105′, in fine. C’est alors que j’ai proposé d’adjoindre à mon livret _ voilà… _ la scène finale de L’Autel des morts. Ainsi, après s’être effondré sur la tombe de celle qu’il n’a pas su aimer dans la vie, John Marcher, dans une hallucination, voit apparaître le fantôme de May Bartram, son spectre, son ombre, qui l’appelle à elle pour l’entraîner dans le Royaume des Morts, comme le fait l’image de Mary Antrim avec George Stransom.

    « Elle lui souriait depuis la gloire des cieux ; elle lui tendait cette gloire pour qu’il la rejoignît. Il baissa la tête en signe de soumission, et au même instant une vague nouvelle le submergea. Était-ce le basculement de la joie dans la douleur ? »

    Arnaud ayant admis que cet ajout s’accordait bien avec la logique dramatique de La Bête dans la jungle, et avec la marche musicale de son opéra, sa

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    partition augmentée _ de 45′ _ est créée le vendredi 14 avril 2023 dans la petite salle, donc, du Koeln Oper, pour une série de six représentations, François-Xavier Roth dirigeant l’orchestre du Gürzenich _ cette fois _, Frederic Wake-Walker assurant la mise en espace (et lui-même incarnant sur scène le Narrateur), Miljenko Turk étant John Marcher, et Emily Hindrichs étant May Bartram, ainsi que son Ombre triomphante et finale.

    …

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    accompagné de ces très intéressantes explications-ci, à propos des genèses des deux versions  successives de cet opéra « La Bête dans la jungle« ,

    celle de 2011 d’après la nouvelle de Henry James (en 1903),

    et celle, amplement augmentée de sa sublime scène finale, de 2023, avec cet ample ajout, donc, d’après « L’Autel des morts » du même Henry James (en 1895) :

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    « L’opéra de La Bête dans la jungle a été à l’origine une commande (d’État) pour l’Orchestre les Siècles _ voilà ! _, créée en version de concert au Forum du Blanc-Mesnil en juin 2011.

    Puis François-Xavier Roth, étant un ami de longue date d’Arnaud Petit, et ayant une grande estime pour sa musique, a fait en sorte que l’œuvre soit montée sur scène à l’Oper Köln, dont il était devenu directeur musical. Pour cela, nous l’avons augmentée de toute la dernière section, à partir de La Fuite à Venise _ à partir de la page 18 de ce livret. C’est là que la musique d’Arnaud devient de plus en plus belle et envoûtante, avec le grand air de May devenue fantôme, et le long finale orchestral avec trompette bouchée, etc.
    La part créative du jeune metteur en scène (et narrateur) anglais Frederic Wake-Walker a été décisive pour la réussite artistique, et le succès public (et critique) du spectacle.
    Je vous joins ici le trailer :
    et le texte que j’avais écrit pour le programme »…

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    Une très envoûtante et bien belle musique, en effet…

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    Ce dimanche 25 juin 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    Post-Scriptum :

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    le livret de Jean Pavans pour la musique d’Arnaud Petit…

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    Jean Pavans

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    L’Opéra de La Bête dans la Jungle

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    pour une musique d’Arnaud Petit d’après Henry James The Beast in the Jungle (1903)

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    Le manoir de Weatherend, dans la campagne anglaise La maison de May Bartram à Londres
    La pointe de la Dogana à Venise
    Un cimetière à Londres

    L’histoire se déroule sur plusieurs années.

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    Narrateur.

    1. Prologue.

    Une salle du manoir de Weatherend.
    John Marcher, homme seul, a été entraîné par un groupe d’amis pour une journée au manoir de Weatherend. Pendant le déjeuner, il a eu le sentiment de reconnaître une femme, sans précisément se souvenir d’elle. Il se retire ensuite dans une salle déserte.

    Narrateur :

    « What determined the speech that startled him in the course of their encounter scarcely matters, being probably but some words spoken by himself quite without intention. He had been conveyed by friends, to the house at which she was stayed. The party of visitors at the other house, of whom he was one, and thanks to whom it was his theory, as always, that he was lost in the crowd, had been invited over to luncheon. »

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    Orchestre, chœur.

    2. Ouverture

    Chœur: «…Perdu dans la foule… Errer à sa guise… Se livrer à des appréciations mystérieuses… Une direction qui n’était pas prévue. »

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    John, May. Narrateur.

    3. La remémoration

    Narrateur : « There had been after luncheon much dispersal, all in the interest of the original motive, a view of Weatherend itself and the fine things, intrinsic features, pictures, treasures of all the arts, that made the place almost famous ; and the great rooms were so numerous that the guests could wander at their will, hang back from the principal group, and, in cases where they took such matters with the last seriousness, give themselves up to mysterious appreciations and measurements. »

    John : « Je sens que c’est une suite, mais j’ignore de quoi c’est la suite. Son visage, à l’autre bout de la table, m’a rappelé quelque chose. Je ne parviens pas à mettre un nom sur cette chose… Et c’est d’autant plus étrange qu’elle, de son côté, m’a paru s’en souvenir… Elle n’est sûrement pas là pour une brève visite… Elle semble plus ou moins faire partie de la maison… Montre-t-elle Weatherend ?… Précise-t-elle aux visiteurs les dates et les styles des meubles et des tableaux ? »

    Narrateur « The great rooms caused so much poetry to press upon him that he needed to wander apart to feel in a proper relation with them. It had an issue promptly enough in a direction that was not to have been calculated. It led, in short, in the course of the October afternoon, to his closer meeting with May Bartram, whose face, a reminder, yet not quite a remembrance, as they sat, much separated, at a verry long table, had begun by troubling him rather pleasantly. »

    May sort de l’ombre et s’approche de John.

    John : « Je vous ai rencontrée à Rome… Il y a des années et des années. » May : « J’étais certaine que vous ne vous en souveniez pas. »

    John : « Je m’en souviens parfaitement. C’était avec les Pemble. Un violent orage avait éclaté. Nous avions dû nous réfugier dans les ruines du Forum. »

    May : « Ce n’était pas avec les Pemble. C’était avec les Boyer. Et ce n’était pas à Rome. C’était à Naples. L’incident de l’orage s’est produit quelques jours plus

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    tard. Nous nous sommes abrités dans les ruines, non pas du Forum, mais de Pompéi. »
    « Et nous nous sommes vus quelque temps. Alors vous m’avez dit quelque chose que je n’ai jamais oublié et qui, depuis, m’a très souvent fait penser à vous. C’était durant cette journée affreusement chaude où nous avons traversé en barque la baie de Sorrente pour prendre l’air. »

    Narrateur : « He accepted her amendments, he enjoyed her corrections, though the moral of them was he really didn’t remember the least thing about her. »

    May : « Vous m’avez dit que vous aviez éprouvé très jeune, comme ce qu’il y avait de plus profond en vous, le sentiment d’être voué à quelque chose de rare et d’étrange, de prodigieux, sans doute, et de terrible, qui devait tôt ou tard vous arriver, dont vous aviez l’intuition et la conviction gravées dans votre chair, et qui peut-être vous laisserait foudroyé. »

    John : « Je me souviens maintenant de cette journée sur l’eau. Mais je ne me souviens pas de vous avoir fait une confidence aussi intime. »

    May : « Parce que vous l’avez faite à beaucoup de gens ? »

    John : « Je ne l’ai faite à personne d’autre. »
    May : « Je suis la seule à savoir ? »
    John : « Le seul être au monde. »

    May : « Moi-même je n’en ai jamais parlé. Je n’ai jamais répété ce que vous m’avez dit. Et je ne le répéterai jamais. Est-ce que cette chose dont vous m’avez parlé s’est maintenant produite ? »

    John : « Non, ça ne s’est pas produit. Je suis toujours en attente. »
    May : « Mais cette chose que vous avez décrite, n’est-ce pas simplement l’attente de tomber amoureux ? »
    John : « Est-ce que vous m’avez déjà posé cette question ? »

    May : « Non… nous ne parlions pas aussi librement. »

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    John : « S’il s’agissait de cela, je le saurais, maintenant. »

    May : « Vous avez été amoureux, et cela n’a pas été un cataclysme ? »

    John : « Je suis là, vous le voyez. Je n’ai pas été foudroyé. »

    May : « Alors, ce n’était pas de l’amour… Donc, vous êtes toujours en attente d’un coup de tonnerre ? »

    John : « Je suis toujours en attente, oui, mais pas nécessairement d’un coup de tonnerre… J’y pense plutôt comme à une évidence, la chose la plus naturelle du monde. »

    May : « Dans ce cas, comment pourra-t-elle être rare et étrange ? »

    John : « Elle ne le sera pas, à mes yeux. »

    May : « Elle le sera aux yeux de qui, alors ? »

    John : « Eh bien, aux vôtres, par exemple. »

    May : « Je serai donc présente ? »

    John : « Vous êtes déjà présente, puisque vous savez. »

    May : « Avez-vous peur ? »

    John : « Ne m’abandonnez pas, maintenant….Vous sentez donc que mon obsession correspond à une certaine réalité ? »

    May : « Oui, à une certaine réalité. »

    John : « La guetterez-vous avec moi ? »

    May : « Oui. Je la guetterai avec vous. »

    Narrateur : « Something or other lay in wait for him, amid the twists and the turns of the months and the years, like a crouching beast in the jungle. It signified little whether the crouching beast were destined to slay him or to be slain. The definite point was the inevitable spring of the creature. »

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    John, May. Narrateur.

    4. Le lien.

    À Londres, dans la maison de May Bartram.
    Rentré à Londres, John revoit May, qui s’y est installée. Leur intimité est devenue routinière. Le temps établit ses rituels.

    Narrateur « To tell her what he has told her, what had it been but to ask something of her ? something that she has given, in her charity, without his having so much as thanked her. So he had endlless gratitude to make up. Only for that he must see just how he had figured to her.

    « The fact that she knew, knew and yet neither chaffed him nor betrayed him, had in a short time begun to constitute between them a sensible bond, which became more marked when, whithin the year that followed their afternoon at Weatherend, Miss Bartram, thanks to the legacy of an ancient lady, her great-aunt, found herself able to set up a small home in London. »

    John : « La chose prodigieuse que me réservent depuis si longtemps les dieux n’est-elle pas simplement votre héritage et votre installation ? »

    May : « Pourquoi pas ? C’est peut-être en cela que consiste la réelle vérité sur vous. »

    John : « Vous êtes vraiment impliquée avec moi, vous savez. Je veux dire, du fait que je suis tellement impliqué avec vous. Je me demande parfois si cela est juste… si cela est juste de vous avoir tant impliquée, de vous avoir inspiré tant d’intérêt… J’ai le sentiment que vous n’avez pas le temps de faire autre chose. »

    May : « Autre chose que de vous porter de l’intérêt ? Que puis-je désirer de mieux ? Faire le guet avec vous est en soi captivant. »

    John : « Ne vous semble-t-il pas que votre attente n’est pas satisfaite ? »
    May : « Voulez-vous dire que la vôtre ne l’est pas ?… N’avez-vous pas trop attendu ? »

    John : « Que la bête bondisse ? Non, sur ce point, je suis exactement là où j’en étais… Nous sommes chacun dans les mains d’une loi personnelle. Quant à la forme que prendra cette loi, c’est à la loi même de décider. »

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    May : « Dans votre cas, la forme aurait dû être… eh bien, quelque chose de très singulièrement personnel. »

    John : « Vous dites cela comme si vous vous étiez mise à douter,… comme si vous pensiez que rien ne se produira. »

    May : « C’est loin d’être ce que je pense. »

    John : « Alors que pensez-vous ? »

    May : « Je pense que mon attente ne sera que trop bien satisfaite. »

    John : « Auriez-vous peur ? »

    May : « Peur ? »

    John : « C’est une question que vous m’aviez posée naguère… à Weatherend. »

    May : « Oui, et vous m’aviez répondu que c’était à moi de le découvrir. »

    John : « Le risque pour nous est peut-être en effet de découvrir que j’ai peur. Mais je n’ai pas peur en cet instant. »

    May : « Par moments, j’ai pu penser que vous aviez peur. Mais maintenant je sais que non. Vous avez réussi à vous habituer au danger. »

    John : « Je suis donc un homme courageux ? »

    May : « C’est ce que vous aviez à me montrer. »

    Narrateur : « What it has come to was that he wore a mask painted with the social simper, out of the eyeholes of which there looked eyes of an expression not in the least matching the other features. This, the stupide world, even after years, had never more than half discovered. It was only May Bartram who had, and she achieved, by an art indescribable, the feat of at once, or perhaps it was only alternately, meeting the eyes from in front and mingling her own vision, as from over his shoulder, with their peep through the apertures. »

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    John, May. Narrateur.

    5. Au retour de l’opéra

    Maison de May à Londres.
    May et John reviennent d’un spectacle d’opéra.

    Narrateur : « John Marcher could regard himself, in a greedy world, as decently, as, in fact, perhaps even a little sublimely, unselfish. He was quite ready, none the less, to be selfish just a little, since, surely, no more charming occasion for it had come to him. Just a little, in a word, was just as much as Miss Bartram, taking one day with another, would let him.

    « He often repaired his fault, the season permitting, by inviting his friend to acccompany him to the opera. It even happened that, seeing her home at such times, he occasionnaly went in with her to finish, as he called it, the evening, and, the better to make his point, sat dow to the frugal but always careful little supper that awaited his pleasure. »

    May et John s’attablent pour souper.

    May : « Ce qui nous protège, voyez-vous, c’est que nous répondons parfaitement à une apparence très ordinaire ,… un homme et une femme dont l’amitié est devenue une habitude quotidienne,… au point d’être finalement indispensable. Qu’est-ce qui caractérise le plus fortement les hommes, en général ? C’est la capacité de passer un temps infini avec des femmes ennuyeuses. Je suis votre femme ennuyeuse. Cela brouille mieux que tout votre piste. »

    John : « Oui, vous m’aidez à passer pour un homme comme les autres. »
    May : « C’est cela, c’est tout ce qui m’intéresse. Vous aider à passer pour un autre. Je ne dis pas que notre situation ne fait pas jaser » John : « Ah, mais alors, vous n’êtes pas protégée ! »

    May : « Là n’est pas la question pour moi. Si vous avez eu votre femme, j’ai eu mon homme. »

    John : « Et moi, comment puis-je vous aider ? » May : « En restant tel que vous êtes ».

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    Narrateur: «They were no longer hovering about the headwaters of their stream, but had felt their boat pushed sharply off and down the current. They were literally afloat together, for a further sounding of their depths. It was as if these depths invited on occasion, in the interest of their nerves, a dropping of the plummet and a measurement of the abyss. »

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    6. Intermède
    May joue au piano des passages de l’opéra qu’ils sont tous deux allés entendre.

    Le Narrateur se rapproche de John, comme pour lui dicter ses pensées.

    Narrateur, John.

    Narrateur: «My attested predilection for poor sensitive gentlemen almost embarrasses me as I march ! I certainly grant that any felt merit in the thing must all depend on the clearness and charm with which the subject just noted expresses itself. I hold it a successful thing only as its motive may seem to stand out sharply. »

    John : « Notre motif est-il un élément de forme ou un élément de sentiment ? » Narrateur : « Well, you’ve got a heart in your body. Is that an element of form, or an element of feeling ? It’s the organ of life. »
    John : « C’est l’organe de vie. »
    Narrateur : « It’s a sort of buried treasure. The loveliest thing in the world ! »

    John : « La chose la plus adorable du monde. »

    Narrateur : « We work in the dark, we do what we can, we give what we have. Our doubt is our passion and our passion is our task. The rest is the madness of art ».

    John : « Nous travaillons dans les ténèbres, nous faisons ce que nous pouvons, nous donnons ce que nous avons. Notre doute est notre passion, et notre passion est notre devoir. Le reste est la folie de l’art. »

    Narrateur : « It’s frustration that does’nt count. Frustration’s only life. »

    John : « Ce qui ne compte pas, c’est la frustration. Qu’est-ce que la frustration, sinon la vie même ? »

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    Narrateur. John, May.

    Maison de May Bartram.

    7. Le renversement

    Narrateur : « So, while they grew older together, she did watch with him, and so she let this association give shape and colour to her own existence. Beneath her forms as well, detachment had learned to sit, and behaviour had become for her, in the social sense, a false account of herself. There was but one account of her that would have been true all the while, and that she could give, directly, to nobody, least of all to John Marcher.

    « When the day came, as come it had to, that she confessed to him her fear of a deep disorder in her blood, he felt somehow the shadow of a change and the chill of a shock. He immediately began to imagine aggravations and disasters, and above all to think of her peril as the direct menace for himself of personal privation.

    « Then it was that one afternoon, while the spring of the year was young and new, she met, all in her own way, his frankest betrayal of these alarms. »

    John : « Un homme courageux sait ce dont il a peur, et ce dont il n’a pas peur. Moi je ne le sais pas. Je ne peux pas le nommer. Je sais seulement que j’y suis exposé. »

    May : « Mais vous y êtes exposé très directement,… très intimement. Cela suffit. »

    John : « Vous sentez que cela suffit pour la fin de notre attente ? »

    May : « L’attente n’est pas finie. »

    John : « Alors, vous vivez pour quelque chose ? Je veux dire, pas seulement pour moi,… et pour mon secret. »

    May : « Je parle de votre attente. Vous avez encore tout à voir. »

    John : « Et vous non ? Vous savez quelque chose que j’ignore. Vous savez ce qui doit se produire. Vous le savez, et vous avez peur de me le dire. C’est si terrible, que vous avez peur que je le découvre. »

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    May : « Vous ne le découvrirez jamais. »
    John : « Que peut-il m’arriver de pire, selon vous, que votre disparition ? »

    May : « Oh, je songe à tant d’autres choses épouvantables ! Il m’est difficile de choisir. Mais il y en a une que je ne peux pas vous nommer. »

    John : « Et pourtant, nous avons parlé de beaucoup d’horreurs. Nous sommes parfois allés très loin. »

    May : « Oh, très loin… »

    John : « Vous seriez donc prête à aller plus loin ? »

    May : « Plus loin que quoi ? »

    John : « Je crois que nous avons regardé bien des réalités en face. »

    May : « Y compris notre propre réalité ? »

    John : « Vous savez quelque chose que j’ignore. Vous m’avez déjà montré cela. »

    May : « Je ne vous ai rien montré, mon cher ! »

    John : « Vous avez entrevu la bête, et vous ne voulez rien montrer, car c’est la plus monstrueuse de toutes. »

    May : « En effet, elle serait sans doute monstrueuse, cette chose que je n’ai jamais dite. »

    John : « Ce que je vois dans votre visage, ce que je sens ici, c’est que vous êtes

    ailleurs. Vous avez terminé. Vous avez eu m’abandonnez à mon sort. »

    May : « Non, non ! Je suis encore avec vous ! »

    John : « Alors, dites-moi si je vais souffrir. »

    May : « Vous ne devriez jamais souffrir ! »

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    John : « Je comprends. »

    May : « Que comprenez-vous ? »

    John : « Ce que vous pensez,… ce que vous avez toujours pensé. »

    May : « Ce que je pense n’est pas ce que j’ai toujours pensé. C’est autre chose.»

    John : « J’ai donc vécu dans la plus totale erreur ? »

    May : « Ce n’est pas cela. Vous n’êtes pas dans l’erreur. »

    John : « Quelque chose alors va se produire ? »

    May : « Il n’est jamais trop tard. »

    John : « La porte n’est donc pas fermée ? »

    May : « La porte n’est pas fermée. La porte est grande ouverte. »

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    May s’approche insensiblement de John, qui ne bouge pas. Ils restent un moment comme figés l’un en face de l’autre. C’est l’instant même où surgit la Bête.

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    John : « Vous ne voulez rien dire ? »
    May : « Je crains d’être trop malade. »
    John : « Trop malade pour me le dire ? »
    May : « Vous ne savez donc pas… maintenant ? »
    John : « Maintenant ?… Je ne sais rien… Est-ce que vous souffrez ? »

    May : « Non. »

    John : « Alors qu’est-il arrivé ? »

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    May : « Ce qui devait arriver. »

    Narrateur : « Almost as white as wax, she was the picture of a serene, exquisite, but impenetrable sphinx. She only kept him waiting, however : that is, he only waited. It had become suddenly beautiful and vivid to him that she had something more to give him. What he saw in her face was the truth, and she appeared to present it as inordinately soft. »

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    Narrateur. May, John.

    8. L’extinction de May

    Maison de May Bartram.
    Plusieurs semaines ont passé. May, très affaiblie, est allongée pour recevoir John. Il pense, avec dépit, que son attente est terminée.

    Narrateur : « Her dying, her death, his consequent solitude, that was what he had figured as the beast in the jungle, that was what had been in the lap of the gods. It wasn’t a thing of a monstrous order ; not a fate rare and distinguished ; not a stroke of fortune that overwhelmed and immortalised ; it had only the stamp of the common doom. »

    May : « Vous n’avez plus rien à attendre. C’est arrivé, cette chose que nous nous étions mis à guetter dans notre jeunesse. »

    John : « Sous quel nom ? À quelle date ? »

    May : « J’ignore le nom mais, oh, je sais la date ! »

    John : « C’est arrivé, et je ne l’ai pas vue ? »

    May : « Elle vous a frôlé. Elle s’est emparée de vous. Elle s’est acquittée de sa tâche. »

    John : « Sans que je le sache ? »
    May : « Sans que vous le sachiez. Là est la bizarrerie. Là est la merveille. Il a suffi que, moi, je le sache. Je suis heureuse d’avoir vu ce que ce n’est pas. »

    John : « C’est donc une chose que nous n’avons jamais abordée ? »

    May : « Pas de notre côté. Notre côté, voyez-vous, est l’autre rive. C’est passé. C’est derrière. Autrefois… »

    John : « Autrefois ?… »

    May : « Autrefois, c’était une chose qui pouvait se produire. C’était ce qui la rendait présente. »

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    John : « Donc, ce qui s’est produit, c’est son absence ? »
    May : « Oh, son absence !… »
    John : « Est-ce de cela que vous êtes en train de mourir ? Je souffre ! »

    May : « Non, je vous en prie ! Je vivrais encore pour vous, si je le pouvais. Mais je ne peux pas. »

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    9. Récit : La fuite à Venise. Quelque temps après la mort de May Bartram.

    Narrateur. Chœur.

    Narrateur : « He remembered Venice. It was an infinite time ago. So very young then, following a grief that he couldn’t confess to anyone, suddenly he had chosen to no more endure the fierce indifference that London reserved for poor sensitive, selfish and lonely gentlemen like himself. He had read somewhere that the destitute, the defeated, the disillusioned, or even just the blasés, seemed to find in Venice something that no other place in the world could offer. So, why not resort to this gift, which he had never experienced before ? »

    Chœur : « Les destitués, les vaincus, les désenchantés, les blasés. »

    Narrateur : « Getting out the night train at dawn, he had first of all looked for the small locanda that had been recommanded to him for its modest rates. Then he had lost himself in the enchanted maze as in the convolutions of a brain haunted by an unique dream. »

    Chœur : « Un cerveau hanté d’un seul rêve ».

    Narrateur : « So, little by little, he was taken by a strange and overwhelming impression. He felt, around him and into himself as well, a kind of restoration of his prime childhood, with all the magic of his too few years lived in his mother’s closeness. A widow very early on, she passed away when he was grown-up, leaving him orphaned by the lost of her absolute love. To be in the transcendent Venice, bathed in a sea of placenta, having transgressed Death itself, was for him like going back to the womb of his presence on earth. »

    Chœur : « Baignée des eaux du placenta, la matrice de sa présence sur terre. »

    Narrateur : « Now, at the twilight of his life, in Venice revisited, he walked about in an existence that had grown strangely shapeless and more spacious, asking himself yearningly, wondering secretly, and sorely, if the Beast would have lurked there. »

    Chœur : « Une existence devenue informe et spacieuse. »

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    Narrateur: «This questioning became poignant when one night, while he lingered around the point of the Dogana, more unreal and deserted than ever, a gust arose, a storm broke. Churches and palaces blazed under the crackling of lightning, the waters of the San Marco basin took on steel reflections. »

    L’ombre de May Bartram se dessine au milieu de la tourmente.

    Chœur : « Une bourrasque se leva, un orage éclata. »

    Ombre de May : « Je suis ici. Je suis foudroyée. »

    Narrateur :

    « It was in John Marcher like an eruption of the old storm that had bound him to May Bartram. He saw again everything she had once reminded him of, the bay of Sorrento, the ruins of Pompeii. But now, no more than his own mother, May was there, to share a confidence, to ensure a shelter. The comforting and saving power of Venice was fading before his eyes, and he was himself dissolving in the turmoil. »

    Chœur : « Il se dissolvait dans la tourmente. »

    Ombre de May : « Revenir… Revenir aux premiers instants. »

    Narrateur : « The terrible truth was that he has lost, with everything else, a distinction as well. He was in the dust, without a peg for the sense of difference. Then his spirit turned, for nobleness of association, to a barely discriminated slab in a London suburb. That had become for him, and more intensely with time and distance, his one witness of a past significance. It was all that was left to him for proof or pride. »

    Chœur : « La seule preuve de fierté qui lui restait ».
    Ombre de May : « La seule preuve de fierté qui lui restait. » ………………………………………………………………………………………

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    10. La capitulation de John John. Narrateur. Ombre de May. Silhouette d’homme.

    Un cimetière, dans un faubourg de Londres.
    L’Ombre de May est indistincte dans la pénombre.
    John entend sa Voix, comme un lointain mais puissant écho.

    Narrateur : « Small wonder then that he came back to it on the morrow of his return, fixing with his eyes her inscribed name and date, beating his forehead against the fact of the secret they kept, drawing his breath, while he waited as if, in pity of him, some sense would rise from the stones. »

    John : « Éloigné durant une année… »
    Ombre de May : « Je vivrais encore pour vous, si je le pouvais… »

    John : « Le tissu perdu de ma conscience… »
    Ombre de May : « Mais je ne peux pas… »
    John : « Mon unique motif… May… May Bartram… May… »

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    John remarque un homme qui comme lui se recueille sur une tombe. Il croise le regard de ce veuf, qui le foudroie comme une révélation.

    Narrateur : « The incident of an autumn day put the match to the train laid from old by his misery. A short distance away, among the clustered monuments and mortuary yews, a fellow-mortal was absorbed by a grave appparently fresh, who looked straight into his face with an expression like the cut of a blade. »

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    John : « Mon long train de misère. »
    Ombre de May : « Je vivrais encore pour vous… Je vivrais encore pour vous… »

    John : « Quoi… il s’agit de quoi ? Qu’a donc cet homme, pour être anéanti de douleur, mais continuer de vivre ? »

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    (Ici petite coupure par rapport à la première version)

    Narrateur : « What had this man had, to make him, by the loss of it, so bleed, and yet live ? Something that he, John Marcher, hadn’t. The way of a woman was mourned when she had been loved for herself.
    « The escape for him would have been to love her ; then he would have lived. She had live since she has loved him ; who could say now with what passion ? Whereas he has never thought of her but in the chill of his egotism and the light of her use. »

    L’homme anéanti se retire. L’Ombre de May sort de la pénombre.

    Ombre de May : « Il vit la Jungle de sa vie, et il vit la Bête embusquée. Et, en la regardant, il la vit, comme par un mouvement de l’air, se dresser, énorme et hideuse, pour bondir et le terrasser.Ses yeux se voilèrent. Et, dans son hallucination, se tournant instinctivement pour l’éviter, il se jeta face contre la tombe. »

    John s’écroule sur la tombe de May.

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    11. L’engloutissement. Narrateur, Chœur. John, Ombre de May.

    Même lieu.
    John est écroulé sur la tombe de May.
    En arrière-fond, l’Ombre de May reste visible.

    Narrateur : « But he wanted to have something done, to make a last appeal. This idea gave him strength for an effort. He rose to his feet with a movement that made him turn his eyes beyond the grave. »

    John se relève.
    L’Ombre de May s’approche de lui.

    John : « Vous revenez ! Vous êtes ici à jamais ! »
    Chœur : « Elle lui souriait depuis la gloire des cieux. Elle lui tendait cette gloire pour qu’il vînt à elle. »
    Ombre de May : « Je suis ici. Je suis foudroyée. »
    Les voix de John et de l’Ombre de May se mêlent en duo.

    John : « Revenir… »
    Ombre de May : « Revenir… »
    Chœur : « Revenir ».
    John : « Revenir aux premiers instants… »
    Ombre de May : « Aux premiers instants… »
    Chœur : « Aux premiers instants…»
    John : « Comme si tout devenait possible. »
    Ombre de May : « Comme si tout devenait possible. »

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    Chœur : « Tout devenait possible. »

    Ombre de May (passant soudain au tutoiement) : « Par le plus puissant des mystères, notre division s’est estompée. Ce n’est pas pour moi. Cela, c’était jadis. Ce n’est pas pour toi non plus. Cela aussi, c’était jadis. C’est pour maintenant. C’est pour la Bête. Ta Bête nous divisait. Je l’ai fait mienne. Ma Bête nous a unis. Ma mort a triomphé. Notre Bête nous a vaincus. La Bête nous engloutit tous deux, ensemble, pour toujours, hors du Temps. »

    John rejoint lentement l’Ombre de May pour s’éloigner et se fondre avec elle.

    Narrateur : « They were divided by the Beast. The Beast wed them. The Beast has vanquished, swallowing them up together and forever. »

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