Catégorie : Rencontres

  • L’essentialité existentielle fondamentale de la lecture et du livre : Alberto Manguel parlant passionnément de son « Je remballe ma bibliothèque », le 18 janvier 2019, à la Maison de la Poésie, à Paris

    En creusant un peu, sur le web,

    et suite à la réception de retours ce matin, déjà, de divers amis

    à mon courriel d’hier

    comportant mon article ,

    …

    je viens de tomber sur la vidéo (de 66′ 06) d’un vraiment passionnant entretien, avec Sophie Joubert,

    à la Maison de la Poésie, à Paris, le 18 janvier 2019,

    d’Alberto Manguel, à propos de son livre, paru en octobre 2018, Je remballe ma bibliothèque...

    …

    …

    Et je suis bien obligé de réviser mon _ très injuste _ a priori d’une certaine cérébralité _ probablement à la Borges _ d’Alberto Manguel, en ses livres.

    …

    …

    Préjugé issu, aussi _ en plus de mon peu d’affection pour Borges _, probablement, de mon propre goût des livres, des vrais livres, matériels,

    ainsi que de ma propre bibliothèque (et discothèque) personnelle,

    dont je suis bien incapable de dénombrer les exemplaires.

    …

    …

    Et je dois bien dire que je partage bien des choix et préférences d’Alberto Manguel,

    tant à propos de ses rapports aux livres,

    qu’à propos de ses conceptions de la lecture ;

    …

    dans la suite du rapport amoureux de Montaigne à l’entretien infiniment vivant

    _ « tant qu’il y aura de l’encre et du papier«  (ainsi que de la vie, afin de pouvoir lire et pouvoir écrire)… _,

    issu de sa propre mise en rapport archi-vivante et foisonnante de la lecture et de l’écriture

    de ses Essais.

    …

    …

    Bref,

    Alberto Manguel me plaît beaucoup en sa passion des livres _ et de ce qu’il sait en analyser _ ;

    …

    des livres comme medium infiniment précieux et essentiel d’entretiens vivants et infinis avec leurs auteurs,

    bien au-delà, bien sûr, de la disparition physique de ceux-ci ;

    …

    et de l’obsolescence matérielle des livres mêmes…

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    …

    Le livre et la lecture, effectifs tous les deux,

    comportent ainsi, et par là,

    une consubstantielle et vitale dimension d’éternité

    _ à apprendre à saisir ; et ne surtout pas manquer !

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    Cf aussi ce magnifique article du merveilleux Philippe Lançon, publié dans Libération le 26 décembre 2018 :

    Manguel dans toutes ses étagères…

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    MANGUEL DANS TOUTES SES ÉTAGÈRES

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    Par Philippe Lançon — 26 décembre 2018 à 18:46
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    L’Argentin installé à New York déplore la perte de sa colossale bibliothèque dans une élégie à ses chers livres, en forme d’inventaire.

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    Alberto Manguel en mai 2013 dans sa demeure à Mondion, dans la Vienne.
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    Alberto Manguel en mai 2013 dans sa demeure à Mondion, dans la Vienne.Photo Léa Crespi. Pasco

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    En 2015, suite à des problèmes avec ce calmar géant qu’est l’administration fiscale française, l’écrivain argentin et canadien Alberto Manguel quitte son Nautilus, bâti dans une verte campagne de notre pays. Il y vivait depuis quinze ans _ 2000 _ et avait constitué dans un ancien presbytère, à Mondion près de Châtellerault (Vienne), une bibliothèque de 35 000 livres. Elle était rangée sur deux grands étages dans une grange du XVe siècle. C’était une nef de cuir et de papier. L’avenir et le souvenir, l’espoir et la mémoire, l’imagination et la réflexion, tout paraissait vivre et se conjuguer dans le silence et les légers craquements du bois. «Chaque matin, vers six heures, écrit-il, je descendais, encore tout ensommeillé, me préparais du thé dans la cuisine obscure sous les poutres apparentes de son plafond et m’asseyais sur le banc de pierre, en compagnie de notre chienne, pour regarder la lumière du matin envahir lentement le mur du fond. Alors je rentrais avec elle dans ma tour, qui était attachée à la grange, et je lisais.» C’était le souhait de Montaigne, de Candide également ; mais il est difficile, en ce monde, de cultiver longtemps son jardin.

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    Consolation. Au moment de son départ, l’écrivain avait 65 ans. Il a d’abord rejoint Buenos Aires, où il est devenu directeur de la Bibliothèque nationale, comme l’avait été Borges. Au moment où Manguel quitta l’Argentine, en 1969, Borges lui offrit son exemplaire de Stalky et Cie, de Kipling, lu en Suisse pendant son adolescence. Mais Borges, contrairement à Manguel, n’était pas attaché au livre en tant qu’objet. Il n’en avait que quelques centaines, et les donnait volontiers à ses amis ; sa bibliothèque était sa mémoire.

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    Manguel habite New York désormais. Sa bibliothèque dort depuis son départ dans des caisses, au Canada _ à Toronto. Il n’y a plus accès. Je remballe ma bibliothèque évoque celle-ci, son histoire, le lien aux livres propre à l’auteur depuis l’enfance, son usage des bibliothèques publiques, ce qu’il a éprouvé en empaquetant la sienne, ce que peut signifier, pour un homme tel que lui, pour les hommes en général, d’Alexandrie à Don Quichotte, la création et la disparition d’une bibliothèque. L’auteur d’Une histoire de la lecture et des Voyages imaginaires est devenu sa propre métaphore. C’est une métaphore triste. Et donc une élégie, précise le sous-titre. Selon Littré, le sens du mot, qui définissait une forme de poésie grecque, est aujourd’hui : «Petit poème dont le sujet est triste ou tendre.» Ou les deux : «J’ai lu et relu bien des fois Don Quichotte depuis le temps où j’étais lycéen, et j’ai toujours éprouvé, surtout dans le chapitre où Quichano découvre la perte de ses livres, une sympathie profonde pour le vieil homme berné. A présent, ayant perdu ma propre bibliothèque, je crois pouvoir mieux comprendre ce qu’il a ressenti et pourquoi il est reparti de par le monde. La perte vous aide à vous souvenir, et la perte d’une bibliothèque vous aide à vous souvenir de celui que vous êtes vraiment.» Je remballe ma bibliothèque est une autobiographie, un inventaire et une consolation.

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    D’Israël, où son père était ambassadeur, à la France, en passant par Buenos Aires et d’autres lieux, Alberto Manguel fait donc le récit des vies brèves de ses bibliothèques, de leurs métamorphoses et disparitions. Chaque étape lui inspire une digression, il y en a dix. L’histoire du livre, par exemple de la bibliothèque brûlée d’Alexandrie, se mêle à des réflexions sur la mémoire, sur la justice, sur le lecteur possessif qu’il est : «Quel caprice m’avait fait rassembler ces volumes en un tout comparable aux pays colorés de mon globe terrestre ? […] Et ce que je suis à présent reflète-t-il cette étrange obsession ? Parce que si toute bibliothèque est autobiographique, son remballage semble avoir quelque chose d’un éloge funèbre. Peut-être ces questions sont-elles le véritable sujet de cette élégie.» Il écrit pour retrouver ce qu’il a perdu, et qu’il ne retrouvera pas.

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    Inquiétude. Perdre ses affaires ne tracassait pas sa grand-mère, une vieille juive émigrée en Argentine qui disait, «dans un curieux mélange de russe, de yiddish et d’espagnol» : «Nous avons perdu notre maison en Russie, nous avons perdu nos amis, nous avons perdu nos parents. J’ai perdu mon mari. J’ai perdu mon langage. Toutes ces pertes ne sont pas si graves, car on apprend à se réjouir non de ce qu’on a mais de ce dont on se souvient.» La tristesse de l’auteur vient en partie du fait que ses livres portaient physiquement _ voilà _ ses souvenirs, qu’ils les faisaient flotter dans l’espace, qu’ils leur fabriquaient une arche et ses ancres. Il n’avait pas besoin de les relire ou même de les ouvrir pour savoir qu’ils étaient là, l’accompagnaient et le guidaient, les bons comme les mauvais, les jamais lus comme les dix fois lus : «J’étais certain, sans avoir à les parcourir de nouveau, que le Nommé Jeudi, de Chesterton, ou un recueil de poèmes de Cesare Pavese seraient exactement ce qu’il me fallait pour exprimer par des mots ce que je ressentais n’importe quel matin donné.» Exactement ? Pas sûr. Si, en effet, les mots ne sont que des reflets captés dans la caverne de Platon, «ce que nous formulons en mots n’est qu’ombres d’autres ombres, et tout livre avoue l’impossibilité de saisir pleinement ce que peut retenir notre expérience. Toutes nos bibliothèques sont le glorieux compte rendu de cet échec.» C’est une maigre compensation à une telle perte. Elle se double aujourd’hui, pour le lecteur ami de cet homme-livres, d’une certaine inquiétude. Si le monde qui vient est, comme il semble, de plus en plus dépourvu de bibliothèques à domicile, les hommes sans livres _ voilà _ vivront l’échec du langage sans même disposer de cet éclatant compte rendu, de ce souvenir. Ils seront simplement un peu plus bruyants et un peu plus bêtes _ comme le redoutait Orwell…

    De New York, Manguel m’écrit: «L’exemplaire de Stalky et Cie que Borges m’a donné est toujours avec moi, ainsi que certains autres : mon exemplaire d’Alice, mon le Nommé Jeudi, mon Borges complet. Mais tous les autres me manquent et je les entends m’appeler la nuit.»

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    Philippe Lançon

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    Alberto Manguel Je remballe ma bibliothèque. Une élégie et quelques digressions Traduit de l’anglais (Canada) par Christine Le Bœuf. Actes Sud, 160 pp.

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    Ce mercredi 9 septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Alberto Manguel fait cadeau des 40 000 livres de sa fastueuse bibliothèque personnelle à la ville de Lisbonne : gloire à Lisbonne !

    Le Portugal noue,

    et depuis pas mal d’années _ depuis la Révolution des œillets du 25 avril 1974 _,

    les meilleurs liens qui soient avec la vraiment meilleure littérature…

    _ et pas seulement celle des livres qui se vendent le plus sur le marché…

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    …

    Ici, en France, nous en avons eu pas mal d’échos,

    et depuis longtemps,

    grâce tout particulièrement à l’inlassable activité, à Bordeaux notamment, de la merveilleuse passeuse de culture

    qu’est Sylviane Sambor…

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    Cf aussi le très précieux Conversations avec un ami _ Entretiens, d’Alberto Manguel et Claude Rouquet,

    paru aux Editions Leméac le 7 février 2011 ;

    paru aussi, le 24 octobre 2009, sous le titre un peu plus improbable de « Ça et 25 centimes« , aux Éditions de la nouvelle Escampette,

    que m’a offert si aimablement Sylviane _ Claude Rouquet, son compagnon, est décédé le 13 janvier 2015… _

    qui me communiquait l’adresse-mail d’Alberto Manguel, que je cherchais à joindre _ à propos de mon cousin Adolfo Bioy…

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    Et voici que ce matin, sur une page du quotidien espagnol El Pais,

    j’apprends que « Alberto Manguel dona a Lisboa los 40.000 libros de su biblioteca » ;

    « La capital portuguesa rehabilitará un palacete para acoger la valiosa colección del escritor argentino, que permanecía almacenada en Montreal desde 2015« …

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    Ce que le journal portugais Publico vient vite me confirmer : « Alberto Manguel vai doar a sua biblioteca à Câmara de Lisboa » ;

    « Os 40 mil livros ficarão instalados no palacete dos Marqueses de Pombal _ rua das Janelas Verdes, 37-39 _, onde o autor de Uma História Natural da Curiosidade vai dirigir um Centro de Estudos da História da Leitura« …

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    Voici donc maintenant l’article intégral que le media portugais Observador consacre à cet événement : Alberto Manguel vai doar biblioteca à Câmara de Lisboa…

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    Alberto Manguel vai doar biblioteca à Câmara de Lisboa

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    São 40 mil livros que vão integrar dirigir um novo Centro de Estudos da História da Leitura, da câmara de Lisboa. Alberto Manguel vai dirigir o espaço. Protocolo assinado dia 12 na Feira do Livro.

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    • Observador
      Texto
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    …▲Alberto Manguel vai dirigir novo Centro de Estudos da História da Leitura

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    ANDRÉ DIAS NOBRE / OBSERVADOR

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    O escritor e bibliófilo de origem argentina, e nacionalidade canadiana, Alberto Manguel, vai doar os seus 40 mil livros _ voilà ! _ à Câmara Municipal de Lisboa, que ficarão no palacete dos Marqueses de Pombal onde vai ser instalado o novo Centro de Estudos da História da Leitura, que Alberto Manguel vai dirigir _ voilà. A biblioteca de Manguel está na base de livros como o “Dicionário de Lugares Imaginários”, “Uma História da Leitura”, ou “Uma História Natural da Curiosidade”.

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    A notícia é avançada este sábado pelo jornal Público, que cita a vereadora da Cultura, Catarina Vaz Pinto, que avança que o anúncio oficial da doação e a assinatura do respetivo protocolo vai decorrer no próximo dia 12, na Feira do Livro de Lisboa, na presença de Alberto Manguel. O escritor trocou definitivamente Nova Iorque, onde vivia _ ces dernières années, après son presbytère de Mondiou, dans le Poitou, près de Chatellerault (cf ceci), entre 2000 et 2015, puis New-York, et, un moment, aussi, Buenos Aires _, por Lisboa, e vai dedicar-se a dirigir o futuro Centro de Estudos da História do Livro _ c’est important.

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    Para a vereadora da Cultura, o novo equipamento que vai funcionar no palacete Marqueses de Pombal, junto ao Museu Nacional de Arte Antiga, vai constituir “um grande pólo de internacionalização” e vai “fazer jus a Lisboa como cidade literária” _ voilà ! Para além de diretores de várias das mais importantes bibliotecas internacionais, o Centro de Estudos de História da Leitura deverá contar também com autores como Salman Rushdie, Margaret Atwood, Chico Buarque ou o poeta e cardeal português Tolentino Mendonça.

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    De acordo com o jornal Público, o novo equipamento da câmara de Lisboa deverá servir não só a investigadores especializados, como será de acesso ao leitor comum, devendo transformar-se numa biblioteca de acesso livre. “Será um ponto de encontro entre autores e intelectuais e o público leitor”, afirma ainda a vereadora àquele jornal.

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    D’Alberto Manguel, on lira avec profit,

    et tout spécialement en cette circonstance,

    l’excellent Je remballe ma bibliothèque, paru aux Éditions Acte-Sud le 10 octobre 2018…

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    Alberto Manguel s’est aussi particulièrement distingué dans le transfert-don-réception de la Bibliothèque, somptueuse, elle aussi, de mon cousin Adolfo Bioy,

    ainsi que de celle de son épouse, Silvina Ocampo,

    à la Bibliothèque Nationale d’Argentine, à Buenos Aires, en 2018… ;

    …

    cf mon article du 6 juin 2018 : … ;

    ainsi que la vidéo montrant notamment la part prise par Alberto Manguel en personne en cet événement majeur pour la littérature argentine (et mondiale).

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    Merci de tout cela à Alberto Manguel…

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    Et gloire à Lisbonne !

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    Ce mardi 8 septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Rithy Panh et la mort de Douch : un témoignage…

    Il y a quelques années, au mois de novembre 2003, au Festival du Film d’Histoire de Pessac,

    j’avais assisté, très impressionné, à une présentation par Rithy Panh en personne

    de son film S21, la machine de mort khmère rouge.

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    Et voici que,

    à l’occasion de la mort du bourreau Douch,

    …

    le Figaro du 3 septembre publie un entretien avec le cinéaste Rithy Panh,

    intitulé Rithy Panh : L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch.

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    Rithy Panh : «L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch»

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    FIGAROVOX/ENTRETIEN – Le tortionnaire du régime khmer rouge, Kang Kek Ieu, aussi appelé «Douch», est mort le 2 septembre 2020. Si beaucoup de questions restent sans réponse, le cinéaste Rithy Panh continue d’œuvrer au devoir de mémoire et cherche encore à comprendre comment cet homme cultivé a pu devenir l’auteur d’une véritable purge.

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    Par Aziliz Le Corre
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    Publié hier à 15:05, mis à jour hier à 15:55
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    Douch apparaît dans la salle d’audience des chambres extraordinaires des tribunaux du Cambodge à Phnom Penh, le 5 décembre 2008.
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    Douch apparaît dans la salle d’audience des chambres extraordinaires des tribunaux du Cambodge à Phnom Penh, le 5 décembre 2008. MAK REMISSA/AFP

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    Rithy Panh est cinéaste. Il a réalisé, entre autres, Les gens des rizières, Bophana, S21 – La machine de mort khmère rouge et Duch, le maître des forges de l’enfer. Il a écrit avec le romancier et éditeur Christophe Bataille, L’élimination(Grasset, 2012) et La paix avec les morts(Grasset, 2020).

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    FIGAROVOX. – Pouvez-vous rappeler qui était «Douch», tortionnaire du régime khmer rouge, décédé le 2 septembre à 77 ans? Quel était son rôle au sein de la machine khmère rouge?

    Rithy PANH. – Kang Kek Ieu, aussi appelé «Douch», est né le 17 novembre 1942 dans un village au nord de Phnom Penh, d’où je suis également originaire. Douch était fils de commerçants, élève brillant, il est devenu professeur de mathématiques dans les années 1960. Il a rejoint les les Khmers rouges en 1967, comme beaucoup de progressistes qui croyaient dans les forces révolutionnaires.

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    Entre 1971 et 1973, il a tenu un camp de rééducation dans la jungle, dénommé M13. Il y affinait déjà sa méthode, en recrutant de jeunes enfants, issus de la classe moyenne ou pauvre. Il les formait déjà aux méthodes d’interrogatoire. Très vite, il est devenu un membre important du régime. L’univers carcéral ne lui était pas inconnu, car il avait été arrêté le 5 janvier 1968 et condamné à 20 ans de prison pour «atteinte à la sûreté de l’État en relation avec l’étranger», après avoir pris le maquis. Il est libéré après la déposition de Norodom Sihanouk, en mars 1970. Immédiatement, il reprend ses activités clandestines.

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    Les Khmers rouges entendaient libérer le pays de la dictature du maréchal Lon Nol, allié des Américains pendant la guerre du Vietnam. En 1975, quand les Khmers rouges gagnent le pays, Douch est directement nommé à la prison Tuol Sleng, aussi connue sous le nom S21, située dans le centre-ville de Phnom Penh. Le bâtiment, qui à l’origine abritait un lycée, a servi de centre de torture. Plus de quinze mille opposants au régime, que ce soient des hommes, des femmes ou même des enfants, y ont été torturés et exécutés dans des «champs de la mort» voisins. D’abord adjoint, il a rapidement remplacé le chef après sa purge.

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    Douch ne fait pas que diriger S21, il perfectionne son fonctionnement pour en faire en camp d’internement et d’extermination. Tous ceux qui y sont rentrés n’en sont jamais sortis, ils ont tous été interrogés, torturés, puis exécutés.

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    L’objectif des révolutionnaires était d’«accoucher d’un homme nouveau, pur, libre des influences occidentales, à l’abri de la corruption des villes». Mais Pol Pot voit des espions et des contre-révolutionnaires partout, CIA, KGB et autres. Ainsi, dans les zones qu’ils contrôlent, les Khmers rouges arrêtent, interrogent et exécutent quiconque pourrait s’opposer à eux.

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    Douch ne fait pas que diriger S21, il perfectionne son fonctionnement, pour en faire en camp d’internement et d’extermination. Tous ceux qui y sont rentrés n’en sont jamais sortis, ils ont tous été interrogés, torturés, puis exécutés _ voilà. Les rares survivants sont les artistes qui participaient à la propagande à la gloire de Pol Pot depuis le bâtiment de la prison.

    Il faut bien comprendre que S21 n’était pas une prison comme il y en a eu d’autres dans le pays. Elle était vraiment au cœur du système khmer rouge. Douch n’était pas un chef de prison ordinaire, il était en lien direct avec le comité permanent du régime et sous l’autorité de Ieng Thirith, numéro 2 du régime. Si l’on peut dire qu’il existe une hiérarchie dans le parti, Douch faisait partie de ceux qui pensaient, organisaient la propagande et traquaient l’ennemi. Entre les murs du S21, tout passait par lui.

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    Il est resté à la tête du centre de sécurité 21 jusqu’en 1979. Après la chute du régime, il a continué d’appartenir au mouvement, mais s’est enfui. Avant d’être retrouvé en 1999, par un photographe néerlandais, Nic Dunlop.

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    L’ethnologue français François Bizot, trois mois captif de Douch en 1971 dans la jungle, a, lui, évoqué la «sincérité fondamentale d’un homme […] prêt à donner sa vie pour la Révolution, et qui accomplissait la mission qui lui avait été attribuée». Partagez-vous son analyse?

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    Que signifie ici le terme «sincérité»? Évidemment, tous les Cambodgiens étaient en accord avec la révolution, parfois pour éviter d’être purgés. Certains prisonniers du S21 criaient encore depuis leur geôle: «Vive l’Angkar !» ; d’autres écrivaient des lettres à Pol Pot pour exprimer leur fidélité au régime dans l’espoir d’être graciés. C’était sans compter sur Douch, qui leur interdisait de s’adresser directement à Pol Pot et les faisait torturer en retour.

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    Douch était plus que sincère, il était zélé, il contrôlait les interrogatoires, ordonnait les tortures, y participait même. Il maîtrisait tout ce qui se passait au S21. Quand Bizot a connu Douch, il n’était pas encore dans le processus du génocide. Les Khmers rouges n’avaient pas encore gagné le pays et Douch dirigeait encore le M13. À cette époque, beaucoup de gens ont cru sincèrement à la révolution, comme mouvement international. Leur sincérité relevait de la nécessité de justice, de leur volonté d’indépendance face à l’impérialisme américain.

    Avant 1975, beaucoup de gens croyaient sincèrement à la révolution, comme mouvement international. Leur sincérité relevait de la nécessité de justice, de leur volonté d’indépendance face à l’impérialisme américain.

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    Si au cours de la captivité de François Bizot, Douch s’assurait qu’il ne manque de rien, sa volonté sanguinaire s’exprimait déjà dans les mots rapportés par l’ethnologue dans Le Portail (éd. La Table ronde, 2001): «Peu importe l’ampleur du sacrifice, ce qui compte, c’est la grandeur du but que l’on s’assigne.» En libérant Bizot, peut-être souhait-il laisser un témoin vivant.

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    Quand les révolutionnaires ont pris le pouvoir, la sincérité ne correspondait plus à la fidélité aux idéaux, mais à la fidélité au régime. Il ne s’agissait plus de croire en la justice, il fallait traquer l’ennemi de l’intérieur. C’était le début d’un totalitarisme.

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    Converti au christianisme dans les années 1990, il a demandé pardon aux rares survivants et familles des victimes, acceptant d’être condamné à «la peine la plus stricte». Pensez-vous qu’il éprouvait des regrets sincères?

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    Je pose là encore la question de la sincérité. En considérant ce qu’il a mis en place et les crimes dont il était coupable, il aurait dû se mettre une balle dans la tête. La vérité était trop difficile à affronter. Comment pouvait-il survivre? Il lui fallait trouver une croyance, un chemin spirituel dans lequel il pouvait noyer son passé.

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    Après avoir accepté la peine la plus stricte et avoir présenté ses excuses aux familles des victimes, il a abandonné cette stratégie d’aveux et de coopération avec la justice et réclamé sa libération en se qualifiant de simple secrétaire du régime.

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    Dans la culture cambodgienne, il y a une forte croyance dans le karma bouddhiste. Si vous faites le mal, vous recevrez le mal. On peut penser que le karma aurait été très lourd le concernant. S’il a choisi le christianisme, il n’a pas choisi le catholicisme, mais l’évangélisme, une religion dans laquelle on s’adresse, non pas à des intercesseurs comme les prêtres, mais directement à Dieu. On peut croire qu’il cherchait la rédemption. Si depuis des années je cherche à comprendre sa construction psychologique, on ne pourra jamais connaître la profondeur de sa spiritualité.

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    On peut aussi penser que ce n’était qu’une stratégie de défense. Après avoir accepté la peine la plus stricte et avoir présenté ses excuses aux familles des victimes, il a abandonné cette stratégie d’aveux et de coopération avec la justice et réclamé sa libération en se qualifiant de simple secrétaire du régime. L’accusation a décrit son «enthousiasme et sa méticulosité dans chacune de ses tâches», mais aussi sa «fierté» de diriger le centre de torture et «son indifférence à la souffrance» d’autrui.

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    Dans votre livre, écrit avec Christophe Bataille, «L’élimination», vous racontez avoir perdu toute votre famille à l’âge de 13 ans, décimée par le régime des Khmers rouges. Vous sentez-vous soulagé par la mort de Douch?

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    L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch. Les images sont ineffaçables. Depuis que les Khmers rouges ont quitté le pouvoir en 1979, je n’ai pas cessé de penser à ma famille. C’est un chagrin sans fin.

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    L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch. Les images sont ineffaçables. Depuis que les Khmers rouges ont quitté le pouvoir en 1979, je n’ai pas cessé de penser à ma famille. C’est un chagrin sans fin.

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    Mais ce qui m’intéresse depuis des années, c’est de comprendre l’origine de ce mal. Comment un homme aussi brillant, qui aimait les lettres, qui connaissait aussi bien Van Gogh, et de Vinci qu’il préférait à Picasso ; comment ce fils de commerçants qui parlait français couramment, qui citait Balzac et de Vigny, a pu devenir ce tortionnaire? Comment, malgré sa culture, ce révolutionnaire a-t-il pu devenir l’auteur d’un génocide? Beaucoup de questions resteront sans réponse.

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    Toute ma vie je continuerai à me battre contre l’obscurantisme, pour l’humanisme, la liberté, la vérité et la dignité des êtres. Même si on perd très vite du terrain, il faut continuer ce travail de mémoire, qui ne concerne pas seulement les Cambodgiens. Je veux croire qu’une autre idée de l’homme est possible.

    …

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    Ce vendredi 4 septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Philippe Hattat, pianiste, en séquoia, pour le dossier « Les plus belles pousses du piano nouveau », du numéro de septembre de Classica

    C’est dans le cadre de mes recherches des cousinages cibouro-luziens de Maurice Ravel

    que Philippe Hattat a pris contact avec moi, en juillet et septembre 2019,

    pour me faire part de très fécondes découvertes raveliennes siennes !

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    Grand merci à lui !

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    Philippe Hattat connaît bien mes amis Georgie et Luc Durosoir,

    ainsi que mon amie cibouro-luzienne Francine Aldin.

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    C’est donc avec plaisir que je découvre un très élogieux article, intitulé « Philippe Hattat, le séquoia« 

    dans le dossier « Les plus belles pousses du piano nouveau« , sous la direction d’Olivier Bellamy,

    du magazine Classica de ce mois de septembre 2020 (le numéro 225).

    …

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    Il y est dit _ je résume ! _ que

    Philippe Hattat, pianiste, « dégage une impression de solidité, de science et de transparence qui est la marque des vrais grands esprits universels« .

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    « Si le musicien est l’homme complet (Valéry), alors Philippe Hattat est complet au carré« .

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    Le compliment n’est pas mince !

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    À suivre…

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    Ce mardi 1er septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    P. s. :

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    Et, pour mémoire, ce récapitulatif commode, en date du 30 avril dernier,

    ,

    recherches interrompues par le déclenchement de l’épidémie de Covid,

    et l’inaccessibilité, depuis, des archives municipales de Ciboure.