Catégorie : Villes et paysages

  • Le lumineux génie d’arpenteur des villes de Régine Robin : un très profond retour à Berlin, en « Un Roman d’Allemagne » (aux Editions Stock)

    De même que

    dans le sublime arpentage de villes de l’hyper-généreuse et infatigable _ de curiosité à la fois ludique, joyeuse et non dénuée de gravité, infiniment perspicace en la profonde lucidité hyper-sensible de son regard de vérité _ Régine Robin,

    …

    Le Mal de Paris (en 2014) fait couple, par contraste, avec Mégapolis _ les derniers pas du flâneur (en 2009)

    _ cf mes deux articles du 26 mars 2014 et du 16 février 2009 : Régine Robin, formidable exploratrice des méga-villes en mouvement : le cas-malaise de Paris et Aimer les villes-monstres (New-York, Los Angeles, Tokyo, Buenos Aires, Londres); ou vers la fin de la flânerie, selon Régine Robin _,

    …

    de même l’époustouflant, parce que très profond, Un Roman d’Allemagne qui vient de paraître ce mois de novembre, et toujours dans la très belle et importante collection Un ordre d’idées de Nicole Lapierre aux Éditions Stock,

    fait couple, par approfondissement _ pardon de la répétition, mais nous sommes aussi dans le forage… _, cette fois, et par un amour qui plus que jamais la travaille, avec le si étincelant, déjà, Berlin chantiers _ essai sur les passés fragiles (en 2001),

    qui m’avait si fort impressionné à la lecture

    _ et si manque pour ce Berlin chantiers un article de ma part, c’est seulement que ce blog-ci (ouvert le 3 juillet 2008 avec l’article programmatique le carnet d’un curieux ) n’existait pas encore.

    Et, en ce programmatique article, auquel je demeure plus que jamais fidèle, je citais, sinon Berlin, du moins ce que je nommais déjà des « villes-mondes«  : « Rome, Prague, Istanbul, Lisbonne, Naples, Buenos-Aires, etc… » :

    c’est là dire mes affinités avec le regard et l’écriture, qui vont de pair, de cette prodigieuse regardeuse empathique, avec tout le recul de son intelligence si vive et si aigüe, si véloce et plus encore si juste, car on ne la lui fait pas, jamais !, sur fond de son inépuisable culture, qu’est Régine Robin !

    …

    …

    C’est l’excellent Patrick Boucheron qui, le 17 novembre dernier, à Sciences-Po-Bordeaux,

    en réponse à la question que je suis posais sur ce qui dans Mégapolis de Régine Robin pouvait éclairer sa propre réflexion sur « le projet urbain » pour lequel il est invité cette saison 2016-2017 à la chaire Gilles-Deleuze,

    m’a appris la toute récente parution ce mois de novembre de ce magnifique Un Roman d’Allemagne, sur lequel rien n’a semble-t-il paru jusqu’ici dans la presse, du moins celle que que je lis.

    A l’exception d’une fort belle recension de Georges-Arthur Goldschmidt, intitulée Une Allemagne vue de si près,

    sur le site En attendant Nadeau.fr ;

    et que voici :

    …

    Une Allemagne vue de si près
    par Georges-Arthur Goldschmidt

    …
    Dans Un roman d’Allemagne, Régine Robin revient avec toute sa perspicacité et sa sensibilité sur une thématique qu’elle avait traitée avec son érudition et son énergie coutumières dans Berlin chantiers, à savoir la mémoire allemande prise entre national-socialisme et « Wiedergutmachung » (réparation), comme on disait en RFA, la partie occidentale de Allemagne. Le livre de Régine Robin porte essentiellement sur la RDA, cette partie de l’Allemagne anciennement occupée par l’Union soviétique et pour laquelle la question de la réparation ne se posait pas, préservée qu’elle prétendait être de toute « culpabilité » _ à l’égard du fascisme _ du fait de sa nature socialiste.

    Largement autobiographique, issu pour une grande part de son destin personnel de rescapée _ l’auteur est née en 1939 à Paris, de parents Juifs polonais réfugiés _, ce livre est édifié sur le « trébuchement « de la mémoire allemande. Dans la moindre ville où résidait une victime du nazisme (juif, communiste, sinti, homosexuel, etc.), de petits pavés gravés en rappellent _ désormais _ le souvenir. Régine Robin y situe sa propre mémoire, prise entre le yiddish, le français, sa langue maternelle, et l’allemand. Comme elle le dit elle-même, elle « a traversé plus de soixante-quinze ans des XXe-XXIe siècles, partagé les enthousiasmes de l’après-guerre et les désenchantements qui les ont suivis ; a vu les idéologies du siècle tourner, le communisme disparaître, se couvrir d’opprobre, alors qu’il avait représenté l’horizon et le principe espérance _ selon l’expression d’Ernst Bloch, en 1954, à laquelle fit face, en 1979, le principe responsabilité, de Hans Jonas… _ au lendemain de la guerre ».

    D’où les déambulations, les errances, les dénégations et les retournements berlinois qui habitent ces pages denses et précises _ oui. On voit surgir des personnages souvent inconnus et des itinéraires qui en disent long sur l’état de choses en RDA finissante et sur la façon d’aborder ce passé toujours présent. Il en surgit des inconnus qui auraient tout aussi bien pu prendre place dans l’Histoire, tels cette Eve et ce Peter que le mur _ dressé le 13 août 1961 (cf page 40 du livre) _ séparera à jamais, ou cette Eva Platz d’abord échouée à Cuba au lendemain de la Nuit de Cristal, et qui, après être passée par l’Allemagne de l’Ouest, finit sa vie en RDA. Ce sont de multiples apparitions qui, toutes, ramènent à cette présence souterraine _ oui, et à divers titres _ dans la mémoire de la terreur nazie ; ainsi la ligne S3 de la S-Bahn, ce chemin de fer intérieur qui dessert Berlin et passe par des lieux historiques comme le cimetière où est enterrée Rosa Luxemburg, et qu’empruntèrent aussi deux tueurs de femmes de l’époque hitlérienne. L’anecdotique fait la substance de l’historique.
    Régine Robin capte tous ces aspects de Berlin et les donne à voir avec toute la pesanteur de l’époque nazie, où le peuple était mêlé au crime, à celle de la RDA, paralysée par la stupidité de ses gouvernants. On se demande ce qu’avaient bien pu faire ces vieillards qu’elle croise dans les rues de Berlin ; peut-être l’un d’eux avait-il connu ce jeune musicien juif Konrad Latte qui avait, de planque en planque, pu survivre à Berlin, aidé entre autres par le pianiste Edwin Fischer, ou comme Marie Jalowicz Simon, une jeune juive, elle aussi cachée par des Berlinois. C’est, en effet, la Shoah qui est le fond de voix _ voilà ! _ de ce livre, cette survie toujours miraculeuse où régnaient la terreur absolue et le crime absolu érigé en morale nationale. En RDA, où tous étaient antifascistes, surtout les anciens nazis, « on exalta la libération grâce aux Soviétiques, et toutes les dates qui pouvaient s’y raccrocher, mais on occulta la spécificité du génocide des Juifs, qui fut classé dans la même catégorie générique que toutes les autres victimes du fascisme ». Tel est bien le fond sur lequel s’édifie la conscience allemande, sur ce qui ne fut jamais commis encore et reste en filigrane irréparable.

    Le parcours historique que ce livre reconstitue est décrit au travers des éléments les plus caractéristiques. L’ouvrage célèbre _ dirigé par Harald Welzer _ Grand-papa n’était pas un nazi, auquel le livre fait référence, le montre bien : personne, parmi les témoins interrogés, n’a participé en rien au génocide juif… À chaque instant Régine Robin s’est heurtée à cette dénégation de fond _ oui _ si nette, et qui est de même nature _ probablement oui _ que le consentement initial qui a rendu la Shoah possible [1]. Un roman d’Allemagne est une anthologie passionnante des tours et détours des exercices mémoriels au travers de divers personnages qui ont eu un rôle politique ou littéraire.

    « Nous sommes tous des Juifs allemands », conclut Régine Robin à l’issue de ce remarquable ensemble d’études qui touchent au cœur de la réalité de ce pays désormais réunifié et fort loin de ces passés [2].

    1. Cf. Patrice Loraux, Consentir, Le Genre Humain. Éditions du Seuil, nº 22, novembre 1990

    2. Voir Gérard Noiret, Poésie du monde. Berlin, dans EaN n°20.

    …

    Je reprends ici  le fil de mon discours, et le récit de ma découverte, grâce à Patrick Boucheron, de la parution toute récente de ce si beau et si important Un Roman d’Allemagne :

    et voici pour cela mon courriel du 25 novembre dernier à Régine Robin :

    …

    Chère amie,

    venant juste d’achever ma première lecture de votre magnifique (et troublant) Un Roman d’Allemagne,
    je me propose de suggérer à la librairie Mollat _ ainsi qu’au Goethe Institut de Bordeaux _ de vous inviter à nouveau
    pour venir présenter à Bordeaux ce très fascinant travail,
    qui fait couple au moins avec Berlin Chantiers,
    de même que Le Mal de Paris fait couple avec Mégapolis…

    C’est l’excellent Patrick Boucheron,
    venu à Sciences-Po Bordeaux jeudi il y a 8 jours, à propos du « projet urbain » auquel il a été sollicité d’apporter sa réflexion d’éminent historien,
    qui, à ma question post-conférence _ c’était la toute première question _ comparant ce qu’il venait de brillamment proposer, à votre si riche Mégapolis,
    a indiqué que venait de paraître _ et je l’ignorais ! _ de vous ce nouvel opus, Un Roman d’Allemagne ;
    que me suis empressé d’aller acheter et lire (dévorer) !

    Ensuite, et en aparté, au moment des petits-fours, Patrick Boucheron _ nous correspondons par courriels à l’occasion _ m’a confié n’avoir pas lu Mégapolis,
    à la différence de Berlin Chantiers, La Mémoire saturée _ sur lequel il a insisté dans sa réponse à ma question _ et Le Mal de Paris.

    Je l’ai vivement incité à se plonger, pour approfondir sa réflexion sur « les projets urbains », dans votre Mégapolis !

    …

    J’ai pas mal de questions à vous poser concernant votre très vive fascination pour Berlin (et la RDA),
    alors que vos parents venaient de Pologne (Kaluszyn, à l’est de Varsovie),
    et parlaient yiddish et polonais surtout
    _ mais allemand aussi, comme mon père (né en mars 1914, à Stanislawow, à l’extrême sud de la Galicie, lui).

    Ce tropisme (de quasi Ossie) envers Berlin et la RDA
    est-il surtout dû au fait prégnant des convictions communistes de votre père ?

    Mais je me suis posé aussi de semblables questions
    à propos de l’attachement à Berlin _ au point de choisir d’y vivre plutôt qu’à Budapest _ d’Imre Kertesz,
    qui n’était certes pas (et n’avait jamais été) communiste, lui _ cf son superbe Le Refus.
    Quel immense écrivain !
    Mais je me suis aussi interrogé sur sa durable absence de critiques envers la société occidentale, lors de ses divers témoignages _ Sauvegarde, journal 2001-2003, Dossier K., L’Holocauste comme culture, L’Ultime auberge ; mais nul regard critique de sa part… _ sur sa durable vie quotidienne à Berlin,
    alors que j’y étais très attentif…

    …

    De toutes façons, Un Roman d’Allemagne est un chef d’œuvre !!!
    C’est proprement éblouissant.

    Je vous embrasse,
    en vous supposant parisienne en ce moment…

    Francis

    …

    D’autre part, Régine Robin, ayant été l’épouse du metteur en scène, berlinois, Wolfgang Epstein _ mais j’ignore tout de lui _,

    a vécu aussi, et assez longtemps à Berlin… 

    …

    Voilà, pour commencer…

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    Titus Curiosus, ce mercredi 30 novembre 2016 

  • Pour sentir les métamorphoses de la ville, le très épatant « Bordeaux _ Au-delà des Chartrons », par Hubert Prolongeau (avec Anne-Marie Cocula, François Dubet & Hervé Le Corre…

    C’est presque par hasard _ si ce n’est que je suis spécialement passionné par le génie des lieux et des villes… _ que je suis tombé sur ce joli et délicieux petit livre qu’est Bordeaux _ Au-delà des Chartrons, paru au mois de mars dernier aux Éditions Nevicata, et dans la très judicieuse _ afin de remplacer les regrettées merveilleuses collections Microcosmes, au Seuil, et Villes en mouvement aux Éditions Autrement… _ collection L’âme des peuples, que dirige Richard Werly, par Hubert Prolongeau,

    accompagné, pour trois passionnants entretiens, par les excellentissimes Anne-Marie Cocula _ « Le commerce, âme de Bordeaux« , pages 45 à 55 _, François Dubet _ « Cette ville ressemble à ses stéréotypes« , pages 57 à 68 _ et Hervé Le Corre _ « La beauté retapée de Bordeaux me laisse indifférent« , pages 69 à 79.

    Et dont j’avais manqué, par ignorance et inattention, la présentation à la librairie Mollat par Hubert Prolongeau et Richard Werly _ écoutez-la, elle est superbe !

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    Il y a peu de temps _ janvier 2014 _, j’étais tombé, aussi presque par hasard, sur un très remarquable Sociologie de Bordeaux, attribué sur sa couverture à un certain Émile Victoire ; et qu’étaient venus présenter à la librairie Mollat François Dubet, Thierry Oblet et Sandrine Rui.

    …

    Si l’esprit (ou l’âme) d’une ville est, déjà, assez difficile, sinon à ressentir, du moins à précisément décrire et bien identifier _ cf sur mes déambulations piétonnières à Venise mes 5 articles, en août, septembre, octobre et décembre 2012 : Ré-arpenter Venise : le défi du labyrinthe (involutif) infini de la belle cité lagunaire, La chance de se livrer pour l’arpenter-parcourir au labyrinthe des calli de Venise, Le désir de jouir du tourisme : les voyageurs français de Venise, Arpenter (plus ou moins) Venise : les hédonismes (plus ou moins) chics _ le cas du « Grand Guide de Venise » d’Alain Vircondelet, homme de lettres, et Arpenter Venise : le mérite (de vraie curiosité à l’altérité !) du « Dictionnaire insolite de Venise » de Lucien d’Azay.

    qu’en est-il, a fortiori, des métamorphoses présentes et à venir de cette même ville ?..

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    Amoureux de ce Bordeaux où je me réjouis tant de vivre et habiter, je me suis donc aussitôt plongé dans les 90 pages de ce Bordeaux _ Au-delà des Chartrons.

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    Ce sont les métamorphoses et présentes, et à venir, qui intéressent au premier chef Hubert Prolongeau,

    qui s’attache d’abord au « grand réveil » de la « mal aimée« ,

    « devenue _ miraculeusement _ en quelques années la destination préférée des Français«  (page 9) ;

    mais c’était bien là, déjà, le tout premier objectif d’Alain Juppé, dès son arrivée à l’Hôtel de Ville : ses deux premières mesures n’ont-elles pas été, en effet, et un plan ravalement (de la grande façade des quais, pour commencer), et un plan lumière (pour mettre en évidence les principaux monuments, ainsi que cette longue façade des quais) ?..

    Cet Alain Juppé qui « a _ donc _ su comprendre que cette belle endormie attendait le baiser qui la réveillerait, et que cela passerait d’abord par la mise en avant de cette beauté qu’elle se plaisait trop à cacher«  (page 24).

    …

    D’autre part, l’attraction vers Bordeaux des circuits du tourisme international constitue aussi un axe majeur très évident de la politique bordelaise d’Alain Juppé, en priorité pour améliorer les finances de la ville _ assez mal en point au terme des longues années Chaban… _, et de ses commerçants ; mais aussi à des fins de communication, à l’échelle internationale.

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    D’où la satisfaction énorme du maire d’avoir réussi à obtenir l’inscription de Bordeaux au « Patrimoine mondial » de l’Unesco, le 28 juin 2007.

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    De même que de pouvoir faire accoster, de temps en temps, les plus énormes paquebots de croisière de luxe à fleur du miroir d’eau (ce « gadget génial« , page 31) et face à la majestueuse et gracieuse à la fois Place de la Bourse (de Gabriel) ; le temps que, en cette rapide escale, les passagers fassent quelques emplettes cours de l’Intendance, ou quelques rues plus loin…

    …

    A cet égards, l’ouverture ce mois de juin-ci de la superbe _ et très visible, dès l’arrivée à Bordeaux par la Gironde et la Garonne _ Cité du Vin, permettra de faire marcher un peu plus loin les croisiéristes, lors de leur escale… 

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    « Bordeaux est devenue « tendance » » (page 9) ; et « la barbante est devenue « cool » »(page 10), souligne encore Hubert Prolongeau : pour l’opinion et les mass media, d’abord.

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    Mais si « il faut _ au visiteur-touriste _ redécouvrir Bordeaux » un peu plus en profondeur, il lui faut aussi et surtout « avoir _ vraiment _ envie d’aller derrière cette façade«  (page 11) qui semble constituer un bouclier protecteur omniprésent de Bordeaux et des Bordelais, aux « pudeurs et réserves nombreuses« , toujours, à travers les siècles, et encore aujourd’hui ;

    mais un touriste de quelques heures, d’un (voire deux) jour(s) a-t-il ce type de désir un peu profond, de séjourner _ vraiment _ à Bordeaux (et sa région) ;

    désir qui demande d’arpenter les rues et de s’y perdre un minimum ?.. Le tourisme international est en général plutôt pressé _ son temps est compté, minuté même… _, en son consumérisme surtout de clichés…

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    Il est vrai que la société de Bordeaux, quant à elle, est _ ou était ? _ surtout « une société du qu’en dira-t-on, pas une société du plaisir. (…) Les Bordelais ne savent pas se lâcher. (…) Est-ce le fonds protestant de la ville, qui refuse le côté jouisseur ? » (page 20).

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    Cependant « cette grande bourgeoisie » des Chartrons, longtemps dominante, « n’a plus _ vraiment _ le pouvoir en la ville« , affirme aussi Hubert Prolongeau, page 21.

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    Et, d’autre part, et depuis toujours, Bordeaux _ cette cité de commerce à la courbe du fleuve : « Le commerce, âme de Bordeaux« , est titré l’entretien (superbe !) avec Anne-Marie Cocula _ est marquée par la modération, la retenue (qui furent celle d’un Montaigne, et d’un Montesquieu).
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    Bordeaux est en effet aussi « la ville du consensus«  (page 23). « La tolérance (y) règne habituellement dans une ville modelée depuis toujours par de très nombreuses influences.

    « Bordeaux est une ville éponge » dit Florence Mothes« ,

    qui cite « les arrivées successives des Grecs, des Romains, des Arabes, des Portugais, des Espagnols, des juifs marranes, des protestants, qui tous ont irrigué _ oui _ une ville _ pourtant _ considérée un temps comme la Genève de la contre-réforme. Nourri à tant de sources, il est difficile d’être exclusif. Encore moins d’être excluant«  (page 23).

    …

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    Titus Curiosus, ce 13 juin 2016

  • René de Ceccatty, ou d’éperdues enquêtes autour de « dignes objets d’amour » : Michel-Ange (via Stendhal et Sigalon), Leopardi, Pasolini, lui-même…

    René de Ceccatty est un auteur passionnant, et assez admirable.

    Par l’enquête éperdue qu’il mène, depuis toujours ou presque, pourrais-je dire, autour de l’énigme de l’objet d’amour, et de sa « dignité » _ ou pas… _,

    …

    pour reprendre l’expression de Stendhal, « digne objet d’amour« ,

    qui frappe et que retient _ à jamais _ René de Ceccatty (au point d’en faire une œuvre superbe et de près de 500 pages !) en une nouvelle italienne inachevée de Stendhal, égarée, puis récemment retrouvée _ on aimerait apprendre plus précisément où, et comment, René de Ceccatty ne nous ne le révélant pas vraiment ; il nous donne seulement le nom du découvreur, un certain Carlo Vivari, philologue italien (à demi tchèque, né à Duchcov)… _ et publiée, à Milan en 1995, en son original français et en traduction en italien, et intitulée _ par son découvreur et ses éditeurs aux éditions de La Vita Felice à Milan, et non par Stendhal lui-même, qui l’aurait laissée sans titre… _, d’après un vers de Michel-Ange _ lui-même ; ce Michel-Ange qui fournit à Stendhal le héros de cette nouvelle... _, Chi mi difenderà dal tuo bel volto… ;

    …

    ce titre est donc emprunté par les éditeurs à une phrase, en italien dans le texte, que Stendhal prête, et d’après un vers de Michel-Ange lui-même en ses Sonnets, à son personnage de Michel-Ange, et pensée _ en soi _ plutôt que proférée _ à l’autre _, face à la complexe sidération ressentie par Michel-Ange face au si  beau visage de Tommaso de’ Cavalieri, lors de leur première rencontre _ le 5 août 1532, semble-t-il _, au Palazzo Cavalieri, telle qu’elle est fantasmée, du moins, par Stendhal, cette première rencontre _ René de Ceccatty nous apprend en effet (en note, page 349 de son Objet d’amour) que cette rencontre a eu lieu ailleurs (qu’au Palazzo Cavalieri), et autrement ; mais Stendhal a choisi comme lieu de rencontre des deux personnages de sa nouvelle le Palazzo Cavalieri parce que lui-même se trouvait y loger au moment de sa rédaction (ou, en tout cas, un peu avant), trois-cent-un ans plus tard, en 1833 (de fait, en ce Palazzo Cavalieri, à Rome, situé tout près du Teatro Argentina, Stendhal a habité avec son ami le peintre Abraham Constantin à partir du 16 novembre 1831 ; et « probablement y est-il resté jusqu’en août 1833« , écrit René de Ceccatty page 468 de son livre ; mais Stendhal n’a pas su tout suite que ce palazzo où il logeait alors avait été celui des Cavalieri, et donc qu’y avait vécu Tommaso, le grand amour de Michel-Ange (mort dans les bras de son ami Tommaso le 18 février 1564, soit près de trente-deux ans après ce coup de foudre) ; et la rédaction de cette nouvelle par Stendhal date du mois de juin 1833, et non 1832, comme l’ont cru les éditeurs, en 1995, précise René de Ceccatty pages 469 et 472 ; « probablement tout a-t-il été antidaté (par Stendhal) pour rendre la coïncidence frappante« , souligne-t-il page 469)  _ ;

    …

    le personnage de Michel-Ange éprouvant immédiatement _ at first sight, et simultanément au coup de foudre amoureux qui le submerge !_, face au beau visage de Tommaso, le désir de se défendre aussi _ « Chi mi difenderà… » écrira Michel-Ange en un de ses sonnets (à Tommaso…)… _ de cet amour naissant foudroyant _ « Il ne peut détacher son regard de cet autre regard« , car « le jeune Tommaso (…) a des yeux admirables, de ces grands yeux qui louchent un peu à la moindre émotion« , venait d’écrire Stendhal deux phrases plus haut… _ pour ce si beau et très noble jeune homme _ en fait cette première rencontre entre Michel-Ange et le beau Tommaso eut lieu le 5 août 1532, si l’on se fie, comme René de Ceccatty l’indique page 447, à la « date d’une lettre de Giulani Bugiardini à Michel-Ange, où figurent (aussi, mais sans qu’ici René de Ceccatty nous explique pourquoi et comment…) trois sonnets à Tommaso : il rencontre Tommaso de’ Cavalieri, qui lui est présenté par un proche du jeune archevêque de Florence (le cardinal Nicolò Ridolfi, petit-fils de Laurent le Magnifique), un sculpteur florentin, Pier Antonio Cecchini« … _ ; lors de cette première rencontre, Michel-Ange a 57 ans, et Tommaso aurait « seize ou dix-sept ans«  _ s’il est « né en 1515 ou 1516« , comme le suppose et indique René de Ceccatty page 445… « Tous deux sont fort embarrassés« , écrit Stendhal…

    …

    Et c’est cet embarras de Michel-Ange face à l’ »objet d’amour » _ « objet d’amour«  qui n’est pas vraiment envisagé, lui, Tommaso, comme « sujet«  amoureux par Stendhal ; et embarras qui n’est pas symétrique, non plus, à l’embarras qu’éprouve, aussi, face à lui et de son côté, le jeune Tommaso _,

    qui intéresse justement, après Stendhal, René de Ceccatty lecteur de Stendhal _ comme il est lecteur (et traducteur) de Leopardi et de Pasolini : tous immenses auteurs… _ ;

    …

    c’est donc cet embarras _ de réserve-recul, recherche de défense, éprouvé simultanément à, et face à, l’élan amoureux si vivement ressenti en lui-même _ que je relève, et qui m’intrigue à mon tour comme lecteur de l’œuvre de René de Ceccatty… 

    …

    …

    De René de Ceccatty, outre son très riche Mes Argentins de Paris

    _ Argentins de Paris parmi lesquels je détache mon cousin Adolfo Bioy Casares (1914 – 1999), son épouse Silvina Ocampo (1903 – 1993), ainsi que sa belle-sœur Victoria Ocampo (1890 – 1979), parisiens occasionnels, en effet, et pas à demeure, en exil ;

    ainsi que leur amie Silvia Baron Supervielle (née en 1934, et que j’ai rencontrée à la librairie Mollat le 17 novembre 2011), sur l’œuvre très forte de laquelle je renvoie ici à mon article du 8 janvier 2012 : « Afin que le principal se dégage » : vie et oeuvre (et présence) de Silvia Baron Supervielle en la probité et pudeur de ses approches ) _,

    …

    et son entretien (ou Propos recueillis) avec son amie Adriana Asti (née en 1933, à Milan) Se souvenir et oublier _ dont m’a marqué à jamais l’interprétation du chef d’œuvre de Bernardo Bertollucci (tourné à Parme) Prima della Rivoluzione, en 1964 ; et que j’ai revue avec beaucoup de plaisir dans l’excellent Impardonnables du cher André Téchiné (tourné à Venise), en 2011 _,

    …

    de René de Ceccatty, donc,  je viens aussi de lire, en effet, et avec un immense plaisir,

    et son Noir souci,

    autour de l’énigme des liens _ riches, et dont il se donne à mieux comprendre et éclaircir un peu la complexité, en narrant la trame de leur tissage à partir de son propre (passionnant) travail d’enquête sur eux _ entre Giacomo Leopardi (1798 – 1837) et Antonio Ranieri (1806 – 1888) _ je me suis passionné aussi au superbe film Leopardi Il Giovane favoloso, de Mario Martone, via le DVD qui vient de paraître ; et qui est accompagné, en bonus, de plusieurs entretiens, dont un, tout à fait remarquable, avec René de Ceccatty _,

    …

    et, immédiatement en suivant, son Objet d’amour,

    autour de l’énigme des liens _ riches eux aussi, et dont René de Ceccatty se donne à mieux comprendre et éclaircir un peu la complexité, là aussi, en narrant la trame de leur tissage à partir de son propre (passionnant) travail d’enquête sur eux, ici à nouveau _ entre Michel-Ange (1475 – 1564) et son ami Tommaso dei Cavalieri (1509 – 1587),

    ainsi que de l’intérêt rétrospectif qu’y portent, en ces années 1830 où tous deux résident à Rome, et le peintre Xavier Sigalon (1787 – 1837) _ venu à Rome, commandité par Adolphe Thiers, réaliser (d’octobre 1833 à fin 1836) une copie grandeur nature du Jugement dernier de Michel-Ange, à la chapelle Sixtine _, et le consul de France Henri Beyle – Stendhal (1783 – 1842),

    à Rome donc _ cette Rome dont je connais bien (et aime tant !) les lieux, tout spécialement aux alentours du Palazzo Cavalieri (aujourd’hui détruit, pour faire place au Largo Arenula), dans le quartier de Torre Argentina, non loin de la Via del Sudario et de Sant’Andrea della Valle, dans le couvent (des Teatini, Piazza Vidoni) duquel j’ai dormi et déjeuné dix jours durant en 1992, passés à arpenter-explorer passionnément la Rome baroque : entre Panthéon, Piazza Navona, Campo dei Fiori et la délicieuse Piazza Mattei, notamment… _ ;

    livres et liens qui me donnent bien et beaucoup à penser… 

    …

    Et je dois ajouter à cette liste d’œuvres de René de Ceccatty,

    tous les travaux qu’il a consacrés à Pier Paolo Pasolini,

    tant concernant sa vie _  Pier Paolo Pasolini, Sur Pier Paolo Pasolini _

    que son œuvre _ en de multiples traductions : Poésies 1943-1970, en 1990, Descriptions de descriptions, en 1995, Histoires de la Cité de Dieu & Nouvelles et chroniques romaines 1950-1966, en 1998, L’Odeur de l’Inde, en 2001, Nouvelles romaines, en 2002, Actes impurs & Amado mio, en 2003, Pétrole, en 2006, Sonnets, en 2012, Adulte ? Jamais, une anthologie 1941-1953, en 2013, La Persécution, une anthologie 1954-1970, en 2014, Poésie en forme de rose, en 2015… ;

    cf aussi ce passionnant entretien tout récent de René de Ceccatty avec Sébastien Madau, le 16 mars dernier : « #Pasolini était un pessimiste constructeur et révolté«   _,

    qui posent, eux aussi, bien sûr, la cruciale question du « digne objet d’amour« .

    …

    …

    À ce propos, pourquoi avoir intitulé ce livre Objet d’amour, et non Digne Objet d’amour ?..

    Pourquoi avoir gommé du titre de son livre le mot « digne« , qu’utilise pourtant Stendhal ? juste au final de la partie rédigée _ lire celle-ci aux pages 346 à 352 d’ Objet d’amour _ de cette nouvelle inachevée Chi mi difenderà dal tuo bel volto ? (ce qu’indique la note 2 de la page 349 d’ Objet d’amour), donnée in extenso au sein d’un copieux et substantiel dossier de « Documents«  qui clôt de façon vraiment passionnante ce livre (Sources _ pages 319 à 342 _, Citations _ pages 343 à 434 _ et Amis, parents et entourage professionnel de Sigalon _ pages 435 à 487 _) ; dossier qu’ajoute généreusement _ pages 317 à 487 _ René de Ceccatty à sa fiction elle-même _ pages 7 à 316 _ : tels les éléments d’un chantier à revenir compulser, et une invite à y fouiller un peu nous-mêmes, aussi, à notre tour…

    …

    La dernière phrase de la partie de la nouvelle achevée par Stendhal (aux pages 343 à 349) est celle-ci : « Michel-Ange est attiré par Tommaso aussi parce qu’il voit en lui un digne objet d’amour« .

    Et ce qui la suit  _ comme base de ce qui sera à rédiger plus tard par Stendhal, à son départ de Rome le 25 août 1833 ; et demeura tel quel, inachevé… _ est donné, in extenso aussi, en 4 pages (349 à 352), sous l’indicatif « Plan » que s’est donné à lui-même Stendhal. 

    …

    …

    Pour tenter d’éclairer un peu cet inachèvement par Stendhal de sa nouvelle sur la rencontre initiale entre Michel-Ange et Tommaso de’ Cavalieri,

    on peut relever, en suivant la précieuse Chronologie que donne René de Ceccatty, pages 442 à487,

    que Stendhal quitte Rome, pour six mois, le 25 août 1833 (il est à Paris dès le 11 septembre) et ne retourne à Rome que le 8 janvier 1834. Dès avril 1833, apprenant que sa maîtresse (depuis le 22 mars 1830), Giulia Ranieri, allait se marier avec son cousin Giulio Martini (qu’elle épousera le 24 juin suivant, en 1833), Stendhal était retourné loger _ pour quelles raisons ? _ chez Mme Giacinta, Albergo Cesari, via di Petra, à Rome ; de même que, le 16 juin 1833, son ami Abraham Constantin, quittant alors Rome pour se rendre en Suisse, avait quitté, lui aussi, l’appartement du Palazzo Cavalieri (et, de retour à Rome l’hiver 1834, Constantin s’installera cette fois 120 via della Vignaccia, toujours à Rome).

    …

    C’est probablement ce départ et cet éloignement de Rome, ainsi que les bouleversements affectifs qui l’ont précédé et qui s’en sont suivis, qui ont conduit Stendhal à l’abandon _ qu’il pensait alors provisoire _ de cette nouvelle, retrouvée, ainsi inachevée, seulement à la fin du XXe siècle par Carlo Vivari, et parue à Milan en 1995.

    …

    Cette nouvelle perdue et retrouvée de Stendhal paraissant pour la première fois en français en France dans cet Objet d’amour de René de Cecatty, il faut le relever… 

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    Et c’est donc sous le titre de Chi mi difenderà dal tuo bel volto _ emprunté dans son texte, par Stendhal à un vers d’un poème de Michel-Ange, commençant par Chi è quel che per forza à te mi mena, que voici (René de Ceccatty nous en donne sa traduction page 369) :

    …

    Qui est celui qui de force à toi me conduit

    hélas hélas hélas

    pieds et poings liés quand je suis libre et sans liens ?

    Si tu enchaînes autrui sans nul besoin de chaînes,

    et si, sans mains ni bras, tu as pu m’attraper,

    qui me défendra de ton beau visage ?

    …

    Stendhal, en effet, comme bien d’autres (dont René de Ceccaty, mais aussi, déjà, le peintre Sigalon, à Rome), s’est passionné pour les Poèmes (Sonnets et Madrigaux) de Michel-Ange à Tommaso de’ Cavalieri, mais aussi pour leur belle, elle aussi, riche et un peu énigmatique, correspondance, du moins celle (rare !) qui a été retrouvée et conservée… _ qu’est paru pour la première fois en 1995  à Milan le texte de cette nouvelle inachevée de Stendhal, à la fois en traduction italienne et en son original français.

    …

    René de Ceccaty ajoutant la précision suivante quant à cette édition de 1995, aux pages 352-353 :

    « texte reproduit par Anne Bussière d’après le manuscrit original, découvert _ circonstances qui mériteraient d’être précisées !.. _ et présenté par Carlo Vivari _ philologue né à Duchcov, en république tchèque, et dont l’identité et le parcours mériteraient, eux aussi, bien des précisions : « Carlo Vivari, filologo, cultore di sicomanzia _ qu’est-ce donc à dire ?.. _, è nato a Duchcov (l’antica Dux _ là même où mourut Casanova, le 4 juin 1798, et où celui-ci était bibliothécaire du comte Waldstein depuis septembre 1785 ; c’est là que Casanova écrivit, en français, les Mémoires de sa vie… _), da padre italiano e madre boema. A Duchcov vive di un piccolo incarico come bibliotecario _ lui aussi ! _ in quello che fu il castello del conte di Waldstein _ en effet ! _, ormai assediato da orribili miniere di carbone« , indique le site des Editions milanaises La Vita Felice ; Carlo Vivari n’est que trop visiblement un nom de plume : Karlo Vivary étant le nom tchèque de Karlsbad… _, postfacé par Annalisa Bottacin et Jean Garrigue » chez l’éditeur milanais « La Vita Felice, en 1995, page 24 et suivantes« .

    …

    Voilà un aperçu de l’histoire de cette nouvelle inachevée de Stendhal, en août 1833 à Rome ; perdue, suite au départ probablement un peu précipité de Rome de Stendhal ; puis récemment retrouvée par ce Carlo Vivari.

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    …

    Reste la question de la dignité (ou pas !) de l’objet d’amour,

    quand la situation affective vécue entre dans l’ordre d’un tel rapport éprouvé entre un sujet (aimant) _ en l’occurrence soi-même… _ et un objet (aimé, ou à aimer : aimable…) _ rencontré, lui, cet objet d’amour _,

    rapport à l’autre comportant forcément, en ce premier instant d’abord-approche par le sujet qui se met à aimer, une certaine distance _ d’inconnu, vis-à-vis de ce qui se présente comme objet (d’amour) à aimer, mais aussi comme objet (d’amour) à connaître… _, au moins à ce moment rapide _ d’un minimum d’appréhension-questionnement-tergiversation de la part du sujet face à son objet d’éventuel amour… _ de la première rencontre, avec ce qui va (ou risque de) s’y livrer et donner (ou pas), à la suite… : hic Rhodus, hic saltus…

    …

    Ce qui est, en effet, ce que se demande, sur un mode de questionnement-hésitation, et recul même _ effaré, et sur la défensive _, en son for intérieur, à lui-même, Michel-Ange,

    face, pour la première fois, au si beau visage du très noble Tommaso et ses effets si vivement ressentis immédiatement sur lui-même _ Michel-Ange a alors 57 ans : il n’est pas né de la dernière pluie… _ ; et alors qu’il envisage à cet instant même, en effet, ce que peut (pourrait ; pourra…) être et devenir un tel amour, en cette inclination _ cf la bien intéressante distinction de Mademoiselle de Scudéry, en sa Carte du Tendre, entre les amours d’inclination, d’admiration et d’estime… _ commençant si puissamment à l’emporter…

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    Comme en témoignent bientôt, quasi aussitôt, ses vers, et sa correspondance ; et un peu plus à terme, sa peinture et sa sculpture : soient les œuvres si prenantes de lui demeurant à nos yeux…

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    Pour Michel-Ange, au moins _ le florentin était profondément marqué par le néo-platonisme de Marsile Ficin _, et en 1533,

    se pose et s’impose donc, à la première rencontre avec Tommaso _ et Tommaso de’ Cavalieri est très noble… _, le critère, crucial pour lui, de la dignité (ou pas) du possible objet d’amour. 

    …

    Est-ce encore le cas, et comment, en leurs possibles amours, pour un Stendhal, ou pour un Sigalon, en 1833 ?

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    Et aujourd’hui même pour René de Ceccatty,

    à l’heure _ depuis pas mal de temps, déjà _ du règne dévastateur du sado-masochiste trash ?.. 

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    En tout cas, la pensée de la dignité (et de l’indignité) nous sollicite encore

    quand vient _ même si c’est assez peu fréquent _ nous titiller (et commencer tout aussitôt à s’éprouver) quelque chose de l’ordre d’un possible amour, mais aussi d’une possible amitié, dans une rencontre :

    …

    du moins de celles, marquantes voire cruciales, qui instantanément et aussitôt nous importent, bousculent, emportent,

    et dont nous pressentons immédiatement combien elles vont (ou risquent de) grandement, hautement _ le divin malicieux kairos aidant… _, nous marquer :

    construire, détruire, façonner, nourrir en beauté, peut-être, le sujet que nous pouvons ou allons, ou pas, devenir par cet amour ou cette amitié bouleversant et nourrissant ou pourrissant notre vie…

    …

    D’où la force d’importance de cet Objet d’amour de René de Ceccatty.

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    Titus Curiosus, ce mardi 24 mai 2016…

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    P. s. : voici le seul document _ mais il est passionnant _ que j’ai pu découvrir jusqu’ici sur ce très beau livre de René de Ceccatty : un entretien de l’auteur avec son amie Silvia Baron Supervielle, publié dans Les Lettres françaises du 12 novembre 2015 _ que voici in extenso avec mes farcissures (en vert) et mes gras… _ :

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    Objet d’amour,

    de René de Ceccatty. Flammarion, 490 pages, 23 euros.

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    Silvia Baron Supervielle : Votre livre est une déclaration d’amour pour Rome et ses artistes. Quelle est son origine ? Vous avez aussi beaucoup écrit sur des écrivains italiens et traduit magnifiquement des poètes tels que Pier Paolo Pasolini.

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    René de Ceccatty : On peut dire que c’est mon livre sur Rome, que j’ai découverte dans les années 1970, et où je suis retourné très souvent depuis pour des raisons diverses, souvent artistiques. Oui, mon amour pour Rome est bien l’inspiration première. En écrivant mon livre, j’avais trois cartes sous les yeux : la ville en 1500, la ville en 1800 et celle de maintenant. Et l’un des plus grands plaisirs a été pour moi de promener mes personnages dans les rues que j’ai fréquentées, et que j’aime tant retrouver. Curieusement, la Rome de Pasolini, celle de Moravia, est aussi celle de mon livre. J’ai situé des scènes dans les lieux attendus (la chapelle Sixtine qui est au centre du livre, ou la Villa Médicis où vivait Ingres, et bien sûr le Largo di Torre Argentina, sur lequel donnait le palais Cavalieri, maintenant disparu _ pour créer le Largo Arenula _), mais aussi dans des lieux qui me sont chers. J’ai fait suivre des chemins qui me sont familiers, et où, en écrivant, je retrouvais des ombres d’écrivains ou d’amis, morts ou vivants. Il y a, sous mon livre, comme un autre livre, secret.

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    Silvia Baron Supervielle : Au XIXe siècle, dans les rues de Rome, des personnages se promènent et conversent autour du peintre français Xavier Sigalon, qui a été chargé _ par Adolphe Thiers _ de copier le Jugement dernier de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine. Pourquoi avez-vous choisi ce peintre ?

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    René de Ceccatty : Au départ, j’avais décidé d’écrire un livre sur Stendhal et Michel-Ange. Stendhal, alors consul à Civitavecchia, a vécu, à Rome, dans le palais Cavalieri, en 1833 ; et lui, qui avait déjà beaucoup écrit sur Michel-Ange et la peinture italienne, s’est renseigné plus précisément sur l’amour de Michel-Ange pour Cavalieri, commençant une nouvelle sans la finir, avant de l’oublier. Elle a été retrouvée dans des archives _ sans plus de précision… _ et publiée en Italie seulement il y a vingt ans. Avant même d’écrire, j’étais par ailleurs fasciné par l’autoportrait de Xavier Sigalon, qui se trouve au musée Fabre de Montpellier. C’est un beau visage douloureux, sensible, plongé dans une inquiétante pénombre, comme menacé. Et je me suis rendu compte que ce peintre, né à Uzès, avait séjourné à Rome au même moment _ voilà ! _ que Stendhal, et qu’il copiait, sur l’ordre d’Adolphe Thiers, le Jugement dernier. Sigalon avait eu mille occasions de rencontrer Stendhal (qui, je l’appris alors, avait écrit sur ses œuvres, puisque Stendhal rendait compte des salons). Stendhal, partageant son appartement avec un peintre copiste, Abraham Constantin, qui travaillait dans les chambres de Raphaël, avait également toutes les raisons d’aller, lui aussi, au Vatican. J’ai alors intégré Sigalon à mon livre ; et, finalement, il est devenu le personnage central, dont le regard sur Rome, sur la peinture, sur l’amour même, devenait ma clé. Lui, qui aurait pu être un génie de l’envergure de Géricault et de Delacroix, devenait une figure _ romantique _ de l’artiste idéaliste et malheureux, dont le destin tragique avait du reste assez frappé Balzac pour qu’il en fasse le modèle du peintre de la Comédie humaine, Joseph Bridau, équivalent pictural de Lucien de Rubempré.

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    Silvia Baron Supervielle : Dès la première partie du livre, quand Sigalon erre dans Rome avec ses amis, on ressent les personnages et la ville hors du temps. La présence de Michel-Ange apparaît, et il devient _ s’imprimant dans ces lieux, à demeure… _ presque le protagoniste. Tout est rattaché à lui… On ressent aussi la présence de Dante.

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    René de Ceccatty : J’ai voulu que l’art soit constamment au cœur de mon livre, aussi bien dans la démarche de Sigalon qui, copiste, essayait de traquer le mystère de la création _ artistique _, sur les traces de Michel-Ange, que dans le souvenir envahissant de Michel-Ange, de son amour malheureux pour un objet esthétique et charnel inaccessible, de son aspiration à l’idéal. Michel-Ange était un grand intellectuel polyvalent, si l’on peut dire. Théoricien (néoplatonicien) de la création, poète, sculpteur, peintre, urbaniste, architecte. Rome a son apparence actuelle en grande partie sous l’influence de Michel-Ange, qui y a également dessiné des palais _ tel le palais Farnèse _, des places _ telle la place du Capitole _, des coupoles _ telle celle de Saint-Pierre. Mais, plus particulièrement, le Jugement dernier, qui est une sorte de pamphlet eschatologique hérétique (y figurent des personnages qui sont absents des textes bibliques, mais qui appartiennent à une tradition païenne de l’enfer que Dante a en quelque sorte réhabilitée dans sa Divine Comédie), donne au roman, aux promenades de ses personnages, une sorte de réalité fantomatique, qui est pour moi celle de Rome _ oui ! _, et plus généralement de toute la culture italienne _ oui… _, où les frontières du temps sont flottantes.

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    Silvia Baron Supervielle : Puis Stendhal arrive à Rome, avec ses paroles magnifiques _ qui forment l’axe même de sa nouvelle. Son amitié pour Sigalon est émouvante. Au sujet de Michel-Ange et de son ami Tommaso, il écrit : « Michel-Ange est attiré par Tommaso aussi parce qu’il voit en lui un digne objet d’amour. » Mais tout est « objet d’amour » dans votre livre… Michel-Ange, dans un poème, écrit « entre le feu et le cœur »…

    …

    René de Ceccatty : Stendhal ressemble un peu à Beethoven, qui réclame une certaine maturité chez ses admirateurs pour que son génie soit pleinement apprécié. J’ai voulu, en préparant mon livre, approfondir ma connaissance de cet écrivain, qui n’est pas seulement le sublime auteur de la Chartreuse de Parme, mais une personnalité tourmentée, généreuse, à l’égotisme beaucoup moins nombriliste qu’on pourrait le supposer. L’intelligence avec laquelle il parle de la passion de Michel-Ange pour Tommaso montre la profondeur de sa réflexion sur le sentiment amoureux, mais aussi sur la création. Et c’était pourtant un homme à femmes, dont on aurait pu craindre peu d’empathie à l’égard de l’amour d’un homme pour un homme. Simplement, Stendhal _ de formation (et conformation) voltairienne _ était curieux et dépourvu de tout préjugé. Génie, il n’était pas considéré comme tel de son vivant (sauf par Balzac). On voyait en lui un diplomate aux intérêts intellectuels multiples et aux ambitions littéraires à moitié convaincantes, un observateur cynique des hommes, de la politique, de la société. Son génie a éclaté plus tard, comme du reste il le prévoyait. J’ai osé prêter des propos à Stendhal et faire de lui un personnage de roman _ voilà ! Certes, je me suis appuyé sur son Journal, sur ses fictions, sur ses critiques _ un très riche matériau. Mais j’ai reconstruit sa psychologie dans des situations vraisemblables mais imaginaires. Cette expression « digne objet d’amour » est merveilleuse sous sa plume. Comme vous le dites, il ne s’agit pas seulement de l’amour pour une personne, mais de l’amour de l’art _ avec ses fonctions de sublimation, probablement…

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    Silvia Baron Supervielle : L’enfant Cassagne, jeune garçon, qui fait partie du groupe, dont Sigalon a fait le portrait, transmet une grande tendresse avec son silence. À la fin du livre, on ne le retrouve _ presque _ plus…

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    René de Ceccatty : C’est le personnage réel sur lequel j’ai le plus brodé. Parmi les compagnons de Sigalon se trouvait bien un certain Cassagne, très jeune _ neuf ans à l’arrivée à Rome, en 1833 _, dont on a retrouvé un portrait (par Sigalon) au crayon (que j’ai reproduit dans mon livre). J’ai imaginé sa vie. Il est, avec Numa Boucoiran, autre compagnon, celui qui est affectivement le plus proche de Sigalon, et celui qui a le plus de vitalité. Il apparaît comme une force positive au moment où Sigalon est le plus découragé. Une compagnie chaleureuse, tournée aussi vers l’amour sensuel, immédiat. Dans le nô, il y a ce type de personnage, qu’on appelle waki, qui permet à l’action d’avancer et qui permet aussi, par contraste, de comprendre la psychologie du personnage principal, le shite. C’est ce rôle que j’ai donné à l’enfant Cassagne.

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    Silvia Baron Supervielle : Lavinia Dell’Oro est passionnante aussi. Peintre, elle reproduit en miniature les Sibylles, de Michel-Ange. Elle est amoureuse, puis prend le voile, puis s’en déprend. Il y a du mysticisme dans votre livre. Est-ce la peinture qui vous y conduit ?

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    René de Ceccatty : J’ai entièrement imaginé ce personnage de peintre femme. Il y avait aussi au Vatican des femmes qui peignaient, copiaient les chefs-d’œuvre. Et je voulais une présence féminine, belle, troublante et rassurante à la fois, qui était comme un miroir tragique du destin de Sigalon. Une femme qui cacherait longtemps un drame, qui ne serait révélé qu’à la fin. Je voulais rappeler que, pour entrer dans l’univers de Michel-Ange, qui est tout de même d’une extrême violence (par rapport au Pérugin, à Raphaël et même à Léonard de Vinci), il fallait avoir une sensibilité esthétique extrême et une sorte d’aptitude à la tragédie, tempérée par un mysticisme. Je voulais opposer l’univers institutionnel, rigide, artificiel du Vatican, lieu de représentation et de pouvoir, à un monde plus intérieur, plus discret, plus sincère, qui est le couvent de Sant’Agata où Lavinia va entraîner Sigalon et ses amis, et se réfugier. Une fois mon livre terminé, j’ai d’ailleurs découvert un dessin de Sigalon représentant un couvent dans les environs de Rome ! J’avais donc vu juste… Le lien entre le mysticisme et la peinture me semble évident. Je ne parle pas seulement de la peinture d’inspiration religieuse, comme c’était le cas au XVIe siècle, où les commandes de l’Église étaient nombreuses _ et au début du XIXe siècle encore : comme en donne l’exemple le parcours, à Rome aussi (de 1802 à 1824, et 1829-1830), du peintre aixois Granet. Mais de la démarche picturale en général, qui est une quête d’absolu, une transfiguration et une sublimation de l’apparence, une mutation du regard en aspiration à l’invisible. Cela a toujours été le cas de la peinture à l’encre, chinoise et japonaise, et cela s’exprime désormais de manière explicite chez certains peintres contemporains occidentaux. Qu’ils soient abstraits ou non. Comme Rothko, Staël, Morandi, Geneviève Asse.

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    Silvia Baron Supervielle : Le travail de copiste peut-il se comparer à celui de traducteur ? Il cause de la tristesse à Sigalon, une femme l’abandonne à cause de ça… _ à une époque où s’amplifie la course à l’originalité (voire singularité) du marché de l’art, qui démarre et se développe alors… 

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    René de Ceccatty : Le fait que je sois aussi traducteur a beaucoup compté dans l’élaboration de ce livre, en effet. La soumission à l’univers d’un autre peut être vécue comme frustrante ; mais entrer dans les pas d’un autre créateur est aussi une source merveilleuse d’enrichissement, d’épanouissement _ oui. Les deux s’équilibrent. Je n’ai, pour ma part, jamais vécu la traduction comme une cause de frustration. Cela a toujours été pour moi un réel bonheur de traduire Pasolini, Moravia, Leopardi, Saba, Penna, et tant d’auteurs japonais encore plus éloignés ; de comprendre leur monde, d’entrer dans leur atelier _ et pénétrer les arcanes de leur style et de leur création… Les peintres, au XIXe siècle surtout, avaient avec la copie un rapport assez complexe. Sigalon, du reste, n’avait (il le répète à travers tout le livre) jamais copié, avant de s’atteler à cette tâche monumentale. Mais sa Jeune Courtisane avait beaucoup frappé les observateurs, car, de facture très classique, elle rappelait de manière surprenante certaines œuvres du XVIe et du début du XVIIe siècle, post-maniéristes ou pré-caravagesques. Sa Locuste et son Athalie montraient aussi sa facilité à représenter des corps nus, martyrisés, surexpressifs. Et c’est ainsi que, peu à peu, se sont confondus création et copie. Mais pour cela, pour copier le Jugement dernier et le « traduire », il dut renoncer à sa propre œuvre, la sacrifier.

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    Silvia Baron Supervielle : Les œuvres de Sigalon qui figurent dans votre livre sont magnifiques. Vous nous faites découvrir un grand peintre français qui a travaillé à Rome. Il mérite une exposition complète de ses œuvres à Paris…

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    René de Ceccatty : Les œuvres de Sigalon sont dispersées dans plusieurs musées (le Louvre, Nantes, Nîmes, Uzès, Montpellier) et surtout dans des églises de Provence et du centre de la France. Les conservateurs de Nîmes et de Montpellier (Pascal Trarieux et Michel Hilaire) s’y intéressent, ainsi que d’autres historiens de l’art. Mais il est assez difficile de vider les églises de leurs tableaux et de faire redécouvrir un peintre jusque-là jugé comme mineur. J’ai cependant approché des conservateurs du Louvre, pour du moins les informer de mon travail de redécouverte.

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    Silvia Baron Supervielle : Lorsqu’elle fut achevée, la copie du Jugement dernier de Sigalon fut placée à l’École des Beaux-Arts de Paris, dans la chapelle des Petits-Augustins. Il est étonnant de voir ces corps d’hommes nus, musclés, qui flottent dans l’espace. Lorsqu’il découvrit son œuvre, Sigalon ne fut pas heureux. Sa mélancolie s’intensifia, il repartit à Rome… Et il y mourut du choléra.

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    René de Ceccatty : L’accrochage de la copie au fond de la chapelle des Petits-Augustins, qui avait été d’abord conçue comme un musée de la Copie (ce qu’elle est dans les faits), a été un événement ambigu. Les Parisiens ont découvert le Jugement dernier, que la plupart ne connaissaient _ faute de s’être rendus à Rome et au Vatican _ que par des gravures monochromes. L’obscénité de l’œuvre choqua, la couleur saumâtre aussi. L’original avait été détérioré par la suie de plusieurs siècles (car la Sixtine était encore souvent utilisée pour des offices avec des cierges). Et Sigalon avait respecté l’état _ sali _ de l’œuvre. Il eut l’impression d’avoir échoué. Ce n’est qu’après sa mort, donc quelques semaines plus tard, que l’opinion devint plus positive, et qu’on commença à admirer la prouesse extraordinaire de la copie (les copies en couleur étaient jusque-là de dimensions réduites ; il n’y en avait du reste que deux, contemporaines de Michel-Ange, celles de Venusti et de Le Royer ; mais elles ne se trouvaient pas à Paris) ; et qu’on révisa son opinion sur Michel-Ange lui-même. La mort de Sigalon, victime du choléra, épouvanta ses amis et lui assura un profond respect _ romantique _ tardif.

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    Silvia Baron Supervielle : Vous traduisez de manière splendide les poèmes d’amour de Michel-Ange. Les paroles, lettres, citations des uns et des autres, sont d’une grande beauté. Les artistes, les temps, les œuvres sont liés, comme si, à votre tour, vous aviez peint _ et tissé _ une immense fresque à leur gloire. Elle se déploie infiniment dans la ville de Rome _ et son aura. Elle expose toutes les formes et les couleurs de l’amour. Les mots se transforment en peinture et vice versa.

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    René de Ceccatty : En préparant mon livre, j’ai voulu traduire les poèmes les plus beaux de Michel-Ange et des extraits de ses lettres, de ses dialogues philosophiques. La traduction est une approche, profonde, intériorisée, essentielle pour moi _ oui. Très souvent, j’ai commencé par traduire avant d’écrire sur quelqu’un (je l’ai fait bien sûr pour Pasolini, pour Moravia, pour Leopardi, mais aussi pour Horace Walpole). Les rivalités entre l’original et sa traduction ou copie, la plume et le pinceau, le mot et le dessin, le dessin et la couleur, la toile et le marbre aussi, formaient les thèmes centraux de la réflexion des peintres de la Renaissance. Mais c’est aussi pour moi une préoccupation constante quand j’écris. Que peut la littérature à côté de la musique et de la peinture ? Mon père était un peintre et un musicien amateur d’une extraordinaire sensibilité, d’un grand talent spontané. Il avait une certaine défiance à l’égard de la littérature, qui lui semblait traduire le réel avec moins d’intensité, de sincérité, de naturel que la peinture. Et, souvent, je pense à ses tableaux, qui m’ont entouré quand j’ai écrit ; car même s’il n’a jamais épanoui professionnellement ses dons, ils étaient indiscutables. J’ai aussi découvert Rome en compagnie d’un autre ami peintre, André Castagné, auquel j’ai beaucoup pensé en écrivant ce livre d’hommage à la peinture.

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    Silvia Baron Supervielle : Entre le texte et ce que vous appelez les sources, à la fin du livre, le travail de recherche est remarquable et passionnant _ absolument ! Les informations sont plus précises, mais l’air de la poésie se prolonge, et reprend autrement _ oui. C’est un autre livre et le même.

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    René de Ceccatty : Quand j’ai donné mon manuscrit à mon éditeur, Patrice Hoffmann, il a été à la fois déconcerté et séduit par sa forme double. Les deux premiers tiers sont constitués d’une narration romanesque (le séjour de Sigalon à Rome) et le dernier tiers (qui fait tout de même cent cinquante pages !) est fait de documents que je commente en tentant de continuer à faire entendre ma voix. Je tenais à fournir ces informations précises, citations, chronologies, commentaires. Et Patrice Hoffmann aussi. Il s’est rendu compte que cette espèce de deuxième narration nourrissait _ oui _ la première. Il fallait, bien sûr, que figure in extenso la nouvelle, inédite, en France, de Stendhal ; mais aussi que je donne au lecteur des textes rares autour de Sigalon, mes traductions des Sonnets de Michel-Ange, et des repères historiques couvrant trois siècles (de l’époque de Michel-Ange à celle de Stendhal et Sigalon). Le résultat est évidemment un livre un peu étrange, mais d’une étrangeté conforme à celle du projet même, peut-être _ oui.

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    Entretien _ superbe ! _ réalisé par Silvia Baron Supervielle.

     

  • 6 ans d’entretiens d’un curieux, Francis Lippa, à la librairie Mollat _ et comment accéder à leur écoute…

    Voici _ pour commodité _, la liste, au nombre de 23 à ce jour, de 6 ans d’entretiens d’un curieux, Francis Lippa _ alias Titus Curiosus sur son blog En cherchant bien _, à la librairie Mollat, à Bordeaux,

    avec des auteurs _ et le plus souvent amis _ passionnants ;

    accompagnée des moyens d’accès à l’écoute des podcasts de ces 23 entretiens :

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    LISTE DES PODCASTS DE 6 ANS D’ENTRETIENS DE FRANCIS LIPPA A LA LIBRAIRIE MOLLAT

    DU 13 OCTOBRE 2009 AU 13 OCTOBRE 2015

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    _ 1) Yves Michaud : Qu’est-ce que le mérite ?  52’ (13-10-2009) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=17594

    …
    _ 2) Jean-Paul Michel : Je ne voudrais rien qui mente dans un livre 62’ (15-6-2010) :

    http://www.mollat.com/player.html?id=318053

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=318053

    …
    _ 3) Mathias Enard : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants 57’ (8-9-2010) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=2512739

    …
    _ 4) Emmanuelle Picard : La Fabrique scolaire de l’Histoire 61’ (25-3-2010) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=34608

    …
    _ 5) Fabienne Brugère : Philosophie de l’Art 45’ (23-11-2010) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=7055323

    …
    _ 6) Baldine Saint-Girons : La Pieta de Viterbe 64’ (25-1-2011) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=10986789

    …
    _ 7) Jean Clair : Dialogue avec les morts & L’Hiver de la culture 57’ (20-5-2011) :

    http://www.mollat.com/player.html?id=21320675

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=21320675

    …
    _ 8) Danièle Sallenave : La Vie éclaircie _ ou réponses à Madeleine Gobeil 55’ (23-5-2011) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=21323127

    …

    _ 9) Marie-José Mondzain : Images (à suivre) _ de la poursuite : au cinéma et ailleurs 60’ (16-5-2012) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=50277305

    …
    _ 10) François Azouvi : Le Mythe du grand silence 64’ (20-11-2012) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=64650171

    …
    _ 11) Denis Kambouchner : L’Ecole, question philosophique 58’ (18-9-2013) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65161369

    …
    _ 12) Isabelle Rozenbaum : Les Corps culinaires 54′ (3-12-2013) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65169118

    …
    _ 13) Julien Hervier : Ernst Jünger _ dans les tempêtes du siècle 58’ (30-1-2014) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65170632

    …
    _ 14) Bernard Plossu : L’Abstraction invisible 54’ (31-1-2014) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65170633

    …
    _ 15) Régine Robin : Le Mal de Paris 50’ (10-3-2014) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65173414

    …
    _ 16) François Jullien : Vivre de paysage _ ou l’impensé de la raison 68’ (18-3-2014) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65173409

    …
    _ 17) Jean-André Pommiès : Le Corps-franc Pommiès _ une armée dans la Résistance 45’ (14-1-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65186924

    …
    _ 18) François Broche : Dictionnaire de la Collaboration _ collaborations, compromissions, contradictions 58’ (15-1-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65186916

    …
    _ 19) Corine Pelluchon : Les Nourritures _ Philosophie du corps politique 71’ (18-3-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65189833

    …
    _ 20) Catherine Coquio : La Littérature en suspens : les écritures de la Shoah _ le témoignage et les œuvres & Le Mal de vérité, ou l’utopie de la mémoire 67’ (9-9-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65195005

    …
    _ 21) Frédéric Joly : Robert Musil _ tout réinventer 58’ (6-10-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65200102

    …
    _ 22) Ferrante Ferranti : Méditerranées & Itinerrances (expo à la Base Sous-marine) 65′ (12-10-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65200126

    …

    _ 23) Bénédicte Vergez-Chaignon : Les Secrets de Vichy 59 ‘ (13-10-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65200109

    …

    …

    Echanger de manière ouverte et parfaitement libre avec un auteur, un créateur, est plus que passionnant : enthousiasmant ! ;

    et ouvre l’appétit de la curiosité au partage, par l’écoute de l’entretien vivant…

    …

    Ecouter (et ré-écouter) la voix et ses tonalités, les silences, les rythmes, les intonations de pareille conversation exigeante, est, en effet, irremplaçable, et défie très heureusement le temps.

    …

    Car c’est aussi comme un _ très humble, forcément _ sillage d’écume encore vibrante de l’œuvre _ en toute modestie, cette écume, cet écho de paroles échangées… _ qui demeure, par le podcast, accessible ;

    et par là, constitue un possible relais _ avec toute sa fragilité parfaitement audible… _ de l’œuvre même ; telle une bouteille à la mer, confiée au hasard, un jour, des recherches à venir de quelque autre improbable curieux, à l’autre bout de la terre…

    …

    …

    Titus Curiosus, ce 22 octobre 2013

    …

    …

    P.s : à la date du lundi 26 octobre,

    les divers liens _ Ecouter Télécharger Podcast iTunes Exporter _ aux podcasts cités ci-dessous

    sont directement accessibles sur le site de la librairie Mollat :

    en cliquant sur les liens aux livres cités ici pour les auteurs et livres suivants :

    …

    Yves Michaud, Qu’est-ce que le mérite ? (52′)

    Jean-Paul Michel, Je ne voudrais rien qui mente dans un livre (62′)

    Mathias Enard, Parle-leur de rois, de batailles et d’éléphants (57′)

    Emmanuelle Picard, La Fabrique scolaire de l’histoire (61′)

    Fabienne Brugère, Philosophie de l’art (45′)

    Baldine Saint-Girons, La Pieta de Viterbe (64′)

    Jean Clair, Dialogue avec les morts & L’Hiver de la culture (57′)

    Danièle Sallenave, La Vie éclaircie _ Réponses à Madeleine Gobeil  (55′)

    Marie-José Mondzain, Images (à suivre) _ de la poursuite au cinéma et ailleurs  (60′)

    François Azouvi, Le Mythe du grand silence (64′)

    Denis Kambouchner, L’École, question philosophique (58′)

    Isabelle Rozenbaum, Les Corps culinaires (54′)

    Julien Hervier, Ernst Jünger _ dans les tempêtes du siècle (58′)

    Bernard Plossu, L’Abstraction invisible (54′)

    Régine Robin, Le Mal de Paris (50′)

    François Jullien, Vivre de paysage _ ou l’impensé de la raison (68′)

    Jean-André Pommiès, Le Corps-franc Pommiès _ une armée dans la Résistance (45′)

    François Broche, Dictionnaire de la collaboration _ collaborations, compromissions, contradictions (58′)

    Corine Pelluchon, Les Nourritures _ philosophie du corps politique (71′)

    Catherine Coquio, La Littérature en suspens _ les écritures de la Shoah : le témoignage et les œuvres & Le Mal de vérité, ou l’utopie de la mémoire (67′)

    Frédéric Joly, Robert Musil _ tout réinventer (58′)

    Ferrante Ferranti, Méditerranées & Itinerrances (65′)

    Bénédicte Vergez-Chaignon, Les Secrets de Vichy  (59′)

     

    …

    Voilà,

    pour l’accessibilité d’écoute à l’ensemble des podcasts de ces 23 entretiens _ à ce jour : du 13 octobre 2009 au 13 octobre 2015, jour pour jour ! _

    d’auteurs invités à la librairie Mollat,

    avec Francis Lippa,

    alias Titus Curiosus sur son blog En cherchant bien.

    …

    …

    On peut écouter aussi les podcasts de deux conférences _ et non pas deux entretiens _

    de deux philosophes que j’apprécie tout particulièrement

    et ai proposé, en tant que vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux, d’inviter dans le cadre des conférences de notre Société de Philosophie, données dans les salons Albert Mollat, en janvier 2011 et en février 2015,

    et à propos de sujets, aussi, qui me tenaient spécialement à cœur :

    …

    Michaël Foessel, à propos de son livre Etat de vigilance _ critique de la banalité sécuritaire  (65′)

    et Bernard Sève, à propos de L’Instrument de musique : une étude philosophique (49′) ;

    …

    mais il ne s’agit pas là d’entretiens ;

    et je n’en suis pas l’interlocuteur :

    …

    les conférenciers sont simplement présentés par les présidentes (successives) de notre Société de Philosophie de Bordeaux,

    Céline Spector, dans le cas de la conférence de Michaël Foessel, le mardi 18 janvier 2011

    et Kim Sang Ong Van Cung, dans le cas de la conférence de Bernard Sève, le 3 février 2015.

    …

    Plusieurs articles de mon blog En cherchant bien sont d’ailleurs consacrés à ces philosophes amis :

    …

    _ pour Michaël Foessel :

    Sur un lapsus (« Espérance »/ »Responsabilité ») : le chantier (versus le naufrage) de la démocratie, selon Michaël Foessel

    « Faire monde » face à l’angoisse du tout sécuritaire : la nécessaire anthropologie politique de Michaël Foessel

    « L’Indignation, une passion morale à double sens » : un appendice à l’anthropologie politique de Michaël Foessel

    Le courage de « faire monde » (face à la banalisation esseulante du tout sécuritaire) : un très beau travail d’anthropologie à incidences politiques de Michaël Foessel

    …

    et pour Bernard Sève :

    Sur Montaigne musicien à son écritoire : Bernard Sève à propos de l’indispensable « Montaigne manuscrit » d’Alain Legros

    Un moderne « Livre des merveilles » pour explorer le pays de la « modernité » : le philosophe Bernard Sève en anthroplogue de la pratique des « listes », entre pathologie (obsessionnelle) et administration (rationnelle et efficace) de l’utile, et dynamique géniale de l’esprit

    Jubilatoire conférence hier soir de Bernard Sève sur le « tissage » de l’écriture et de la pensée de Montaigne

     

    …

    Quant à mes entretiens antérieurs au 13 octobre 2009,

    notamment à propos de musique et de musiciens,

    ils n’étaient pas alors enregistrés, et n’ont donc pas donné lieu à des podcasts…