Catégorie : Villes et paysages

  • musiques d’intimité (suite) : du noté à la réalisation _ « retrouver les couleurs sonores » d’un « pays » quitté

    A propos du CD : « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« , par Les Witches (CD Alpha 526).

    …

    En complément à l’additif à mon article récent à propos des musiques « terminales »,

    concernant les musiques « de l’intimité »,

    …

    le CD « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« , par Les Witches (CD Alpha 526) vient apporter un fort intéressant éclairage historique, en plus _ et d’abord ! _ d’une interprétation magnifiquement pleine de vie…

    …

    Car si le manuscrit portant le nom de la jeune fille (d’origine anversoise : Susanne Van Soldt) qui avait noté « à l’encre et à la plume » ces « psaumes« , ces « chansons » et ces « danses » des pays de Flandres _ que sa famille (anversoise) et peut-être elle-même (si elle était alors née) avai(en)t dû quitter pour causes d’effoyables guerres et persécutions religieuses _,

    …

    car si ce manuscrit, donc,

    était bien connu du cercle _ assez restreint _ des musicologues

    ainsi que des musiciens

    familiers (à l’étude et/ou au concert) des musiques de cette période (de fin de la Renaissance) ou de ces territoires des confins (méridionaux) néerlandais ;

    …

    la plupart

    _ à commencer, déjà, par les interprètes musiciens eux-mêmes :

    quelque chose devant s’en entendre

    (ou plutôt devant « manquer » d’être effectivement entendu _ perçu et compris ;

    …

    et sans qu’on en ait, le plus souvent, conscience, la plupart du temps

    pour la plupart de ceux des auditeurs, en aval, qui n’ont pas une oreille assez avertie pour ressentir et repérer,

    en aval, donc,

    un tel « manque »… _

    …

    faute d’avoir été, « cela »,

    en amont,

    effectivement « repéré », « compris » et assimilé et « incorporé », dans l’interprétation physique de ce qui était écrit ; puis lu :

    par les interprètes, qui nous restituent, à nous, auditeurs, en aval donc, les couleurs des sonorités physiques de cette musique

    telle qu’elle dût jaillir du « génie » de ses auteurs _ compositeurs : divers, et populaires, à foison, ici _ ;

    et qui, quelque jour, un jour, fut « notée »…)_ ;

    …

    la plupart, donc, des « connaisseurs » de ce manuscrit

    et interprètes

    _ y compris au disque : ainsi le récent CD interprété sur virginal par Guy Penson (« The Susanne van Soldt Virginal Book (1599)«  CD Ricercar 264) _

    de la musique qui y était « notée », écrite (« à l’encre et à la plume« )

    n’y « entendaient »

    _ et donc n’en donnaient à « entendre » (au double sens d’écouter et de comprendre, aussi) _

    que des « transcriptions » pour clavier

    …

    à la portée d’un _ ou d’une _ interprète, par exemple « amateur »

    _ apprenant à jouer, par exemple… _,

    plus ou moins néophyte _ telle que pouvait être la jeune Susanne Van Soldt elle-même,

    âgée, semble-t-il, de treize ans (s’il s’avère bien qu’elle est née en 1586, comme des recherches en justifient l’hypothèse) ;

    …

    et des « transcriptions »

    d’intérêt guère plus qu’ »ethno-musicologique », en quelque sorte (voire « folklorique »),

    ou que « technique »

    _ tant pour « se faire les doigts »,

    que pour s’initier à _ ou « assimiler », « s’incorporer » _ un style

    (le style disons, ici, « de la Renaissance tardive »,

    juste avant l’éclosion

    _ italienne : à Mantoue, et puis bientôt Venise, avec Claudio Monteverdi

    _ dont la discographie d’excellence est très heureusement riche _ ;

    à Florence, avec Giulio Caccini

    _ cf le très bel enregistrement de son « Euridice« , par « Scherzi Musicali », sous la direction de Nicolas Achten, au théorbe (CD Ricercar 269) _

    et Jacopo Peri, autour de la Camerata Bardi ; ainsi qu’à Rome, avec Emilio De’ Cavalieri

    _ cf l’interprétation merveilleuse des « Lamentations » (« Lamentationes Hieremiae Prophetae« ) du « Poème Harmonique » dirigé par Vincent Dumestre : CD Alpha 011)  :

    qu’on se précipite sur les enregistrements disponibles de ces « génies » si poétiques !… _;

    …

    juste avant l’éclosion, donc, de

    ce qu’on va _ bien a posteriori, toujours !.. _, nommer

    le style « baroque » musical) ;

    …

    des « transcriptions » d’intérêt « ethno-musicologique » ou « technique », donc,

    bien davantage _  hélas, alors _ que d’un « intérêt » _ ou d’un « goût, sinon même  ! _ véritablement musical…

    Même si le pire n’est _ heureusement _ pas toujours le plus sûr…

    …

    Or, l’éditeur (discographique : créateur et directeur _ = « âme » _ d’Alpha Productions) Jean-Paul Combet, qui lui-même avait « pratiqué » ce « cahier de musique » en des temps d’exercices « personnels » de divers claviers _ dont celui de l’orgue _,

    l’avait « entendu », de sous ses doigts mêmes, « d’une tout autre oreille » ;

    …

    et, qui plus est, sans jamais l’oublier _ perdre de vue (en l’occurrence, d’ »oreille ») _,

    comme tout ce qui peut « marquer » précisément une « âme » ;

    et lui imprimer, pour jamais, un pli…

    _ sur le pli, lire Deleuze : « Le pli : Leibniz et le baroque« …

    …

    Ainsi ces musiques « notées » en son cahier personnel, ou familial, par la jeune Susanne Van Soldt,

    continuaient-elles de lui trotter « dans » quelques recoins un peu reculés, enfouis, perdus des (riches, à proportion d’une « culture » incorporée) labyrinthes de « la tête »,

    l’amenant à « penser » qu’il ne s’agissait pas là

    de musiquettes « réduites »

    pour des pièces (de clavier) un peu simples, voire « simplettes », pour jeune fille claviériste _ de treize ans ? _ « se faisant les doigts », à l’épinette (ou « virginal« ), à ses « heures perdues »,

    en quelque intérieur

    _ à la Vermeer : comme, en leur radieuse « présence », ces « intérieurs« -là, de Vermeer, se « voient » ! _

    « bien tenu » :

    …

    à Londres, désormais, pour la jeune Susanne

    (la Londres d’Elizabeth Ière, en 1599 :

    dont le fier règne s’est étendu du 17 novembre 1558,

    _ à la mort de sa sœur Marie Tudor, dite la sanglante _ « Bloody Mary » _,

    au 24 mars 1603, quand la « reine-vierge » meurt à son tour, au palais de Richmond ) ;

    …

    à défaut de l’Anvers que venait de « prendre » _ le 17 août 1585, après un terrible siège d’un an _ et « ré-occuper » les troupes espagnoles d’Alexandre Farnèse, au service de Philippe II _ puis, sous d’autres généraux (Farnèse, lui, meurt le 2 décembre 1592), du roi son successeur, Philippe III, sur le trône d’Espagne,

    puisque Philippe II vient de mourir à l’Escorial, le 13 septembre 1598 ;

    …

    en fait, Philippe II a choisi de laisser le trône des Pays-Bas à sa fille aînée (adorée) l’archiduchesse Isabelle (1566-1633) qui épouse

    _ la cérémonie se déroulera à la cathédrale de Valence le 18 avril 1599,

    conjointement avec la célébration « royale » du mariage de son frère cadet, le tout nouveau roi Philippe III, avec sa cousine l’archiduchesse Marguerite d’Autriche _ ;

    …

    Philippe II a choisi, en son testament, de laisser le « trône » des Pays-Bas (à Bruxelles) à sa fille aînée (adorée) l’archiduchesse Isabelle, donc, qui épouse

    ce 18 avril 1599 son cousin Albert de Habsbourg, fils de l’Empereur Maximilien II _ et gouverneur des Pays-Bas depuis le 11 février 1596 : leur règne sera _ du moins est-ce ainsi que les historiens le « reconnaissent »… _ paisible et de prospérité…

    …

    A la capitulation d’Anvers, l’automne 1585, la ville se vide de presque la moitié de la population, qui quitte  _ et s’expatrie, pour toujours, de _ la ville (et du pays) occupé(s), et cela pour des raisons de pratiques confessionnelles absolument proscrites.

    La famille de Susanne Van Soldt fit partie _ à quelle date ? dès 1585 ? l’année suivante ? un peu plus tard ?.. _ de ces « 40 % » d’émigrants-là, de Flandres,

    « fuyant » son « pays »

    « pour échapper aux folies d’une époque en proie aux pires persécutions religieuses« , écrit Jean-Paul Combet en sa courte présentation du CD, page 3…

    …

    Les « Pays-Bas » du Sud vont demeurer _ et pour longtemps : jusqu’aujourd’hui !_, « séparés » des « Provinces-Unies » du Nord _ nées de l’ »Union d’Utrecht« , le 5 janvier 1579 ;

    et dans le giron, eux, de l’église catholique et romaine

    qui fait triompher, par toute la « culture » et dans les Arts (de ce qui deviendra en 1830 « la Belgique »), le style dit « baroque »

    (de la Contre-Réforme, reconquérante, désormais :

    …

    ce n’est qu’en 1648 que le Traité de Westphalie viendra _ à peu près _ mettre un terme (grâce à un accord sur le principe simple : « cujus regio, cujus religio« ) aux pires exactions de ces si longues et si destructrices « guerres de religion« , qui,

    d’avoir mis l’Europe « à feu et à sang »,

    l’ont « saignée à blanc »…) :

    …

    ainsi la ville d’Anvers est-elle peut-être d’abord pour nous

    la cité de Pierre-Paul Rubens (1577 -1640), le « magnifique »…

    …

    _ soit un exact contemporain, anversois à Anvers (et de par toute l’Europe, diplomatiquement)

    de Susanne Van Soldt, anversoise de Londres, elle…

    …

    « Vers 1599« , la date approximative d’attribution par les musicologues

    de la rédaction « à l’encre et à la plume » par Susanne Van Soldt de son cahier manuscrit de musique,

    cela faisait quatorze ans que le pays natal (Anvers) avait été quitté,

    peut-il se calculer…

    …

    Et Susanne a treize ans.

    …

    Lui _ Jean-Paul Combet, donc _ « y » (= la musique « notée ») « entendait » un peu plus qu’une « réduction pour clavier »… ;

    ou plutôt, il assignait à cette « réduction pour clavier » une fonction tout autre _ et de plus d’ampleur _ qu’une interprétation « solitaire » : rêveuse et mélancolique ; sur un virginal, ou épinette ;

    …

    je le cite, toujours à la page 3 du livret du CD :

    …

    « Le matériau musical semble a priori _ c’est-à-dire « apparaît » ; et antérieurement à (la pratique de) l’expérience _ modeste ; des pièces dans l’ensemble faciles à jouer au clavier pour une très jeune exécutante« …

    …

    Rien moins, cependant, en fait, que tout un « matériel » (de base) pour (pratiquer _ à plusieurs ! _ des) « musiques d’ensemble d’intimité » festives ;

    …

    c’est-à-dire des musiques pratiquées festivement en famille

    _ et avec un cercle élargi d’amis (flamands) _,

    par un ensemble _ ou consort (en anglais) _ de « voix », tant instrumentales que vocales _ selon les pratiques dominantes du temps ;

    …

    loin de « pièces pour concert » de cour (et solistes virtuoses)

    que privilégient aujourd’hui _ et pratiquent _ les interprètes _ au concert comme au disque _ récitalistes ;

    …

    et que,

    en « aval »

    de cet « amont » (des concertistes),

    « connaissent » seulement ceux qui n’ont _ indirectement _ accès, par ricochets en quelque sorte, qu’au disque ou au concert,

    sans pratiquer eux-mêmes, et avec d’autres (des amis musiciens, pour le seul plaisir de « jouer » ensemble ; et pas de « se produire en concert » devant d’autres), cette musique (de « consort ») « à jouer »…

    …

    Un répertoire idéal pour « Les Witches » : auxquels (l’éditeur _ des CDs Alpha) Jean-Paul Combet les a « proposées » :

    …

    « Il fallait la touche de magie des Witches pour rendre _ restituer le dû ! _ à ces réductions

    _ car voilà bel et bien ce qu’ »étaient » ces pièces (et leur « fonction » éminemment pratique ! A re-déployer dans toute leur ampleur !!!) _

    leur dimension

    _ collective festive (dans le cadre familial, restreint ou élargi : à d’autres anversois et flamands immigrés, eux aussi, à Londres !!! et qui n’oubliaient pas d’où ils venaient…) _

    première,

    spirituelle pour les psaumes à jouer « ès maisons »,

    ou quasi obsessionnelle pour les branles & rondes à danser

    « sans rien dire », cela va de soi »

    _ Jean-Paul Combet a commencé cette préface en citant, en exergue, la chanson inoubliée de Jacques Brel

    (dont on célèbre le 9 octobre, dans quatre jours, le trentième anniversaire de la disparition :

    de nombreux Cds _ de commémoration… _  sont déjà disponibles sur ce marché _ « vendeur » et légitime, pour une fois… : pour ceux qui voudraient se faire une cure revigorante de « Brel » _ et sa formidable « présence » !…) :

    …

    « Les Flamandes dansent sans rien dire…« …

    …

    Musique sacrée, musique profane ; les deux volets de la musique d’alors _ en son intimité ;

    et pas une musique de concert, pas une musique de cour…

    …
    Et les Witches, ce sont

    l’orgue positif _ d’inspiration germanique _ Quentin Blumenroeder, le cistre _ d’après un modèle italien du XVIe siècle _, le virginal double (muselaar et muselardon _ ou « child virginal« ) d’après Rückers, de Freddy Eichelberger ;

    le violon _ italien (école de Brescia, XVIIe siècle) _, d’Odile Edouard ;

    les flûtes à bec soprano _ d’après un instrument du château de Rosenborg (Danemark) _, alto _ d’après Ganassi _, ténor _ le premier, d’après Rafi, le second, d’après un anonyme du musée de la musique à Paris _, les flûtets à trois trous, de Claire Michon ;

    la base de viole _ « le roi David« , d’après un modèle anglais _, de Sylvie Moquet ;

    ainsi que le luth Renaissance, la guiterne, de Pascale Boquet ;

    auxquels ont été joints , amis invités,

    pour cette fête de musique,

    la cornemuse du Poitou, de Mickaël Cozien ;

    le rommelpot (ou tambour à friction flamand), le tambour catalan, le tambour à cordes, les tambours sur cadre (Daf de Syrie, Daf de Turquie), les grelots (d’Inde), de Françoise Rivalland ;

    et l’orgue Brabantsche Rond et le muselaar (ou « mother virginal« ), de Sébastien Wonner :

    …

    soit une bien belle réunion d’instruments

    et d’instrumentistes-musiciens « sorciers » (tous « witches« …)

    pour cette « fête » flamande londonienne, de 1599…

    …

    Jean-Paul Combet remarque aussi combien, dans les « peintures flamandes du XVIIème siècle » _ en commençant, peut-être par celles des Breughel, père et fils _,  « la fête est presque toujours empreinte de sérieux sinon de gravité« …

    …

    Aussi « imagine« -t-il « ainsi _ au présent de l’indicatif, désormais _ Susanne, cette petite fille flamande _ expatriée (= immigrée) à Londres _

    dont nous ne saurions rien si elle n’avait copié dans son _ intime _ cahier de musique les danses & chansons qu’elle aimait,

    joyeuse et grave,

    …

    retrouvant en Angleterre sur le pupitre de son virginal _ ou épinette _

    les couleurs sonores de son pays natal« …

    …

    L’affaire

    (de la « réalisation » physique sonore _ pardon de ces pléonasmes ! _

    ainsi que musicale _ quant à l’interprétation _

    à l’enregistrement du CD ainsi qu’aux concerts !)

    prit son temps ;

    …

    mais fit, peu à peu, son chemin _ en les interprètes invités, soient les Witches, à s’ »y » pencher quelque peu dessus _ ;

    et vient d’aboutir à ce disque si riche de vie,

    si magnifiquement (et justement) coloré

    (ce CD Alpha 526 « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« ) ;

    …

    ainsi qu’à des concerts _ festifs, comme cela se doit tout particulièrement pour ce répertoire ! _,

    notamment à celui de l’Académie Bach d’Arques-la-Bataille, ce mois d’août 2008 :

    …

    interprétations-réalisations sonores et musicales assez éblouissantes en leurs pulsations

    afin de ressusciter des phrases _ tant musicales, que celles des psaumes eux-mêmes ; mais aussi des chansons _ qui n’attendaient _ depuis un peu longtemps, peut-être _ que cela, pour se dés-engourdir ;

    et danser ;

    chanter ;

    retentir de nouveau…

    …

    Ce quon peut attendre d’une interprétation musicale : faire résonner, retentir, mais aussi faire ressentir les moindres nuances d’accentuation, de ce qui une fois fut « noté » sur papier ; fut écrit…

    On sait bien que tout n’est pas écrit, en musique ;

    surtout en ces temps-là…

    …

    En tout cas, le Cd nous les donne (= les « rend« , les « restitue »),

    ces phrases qui parlent, qui chantent, qui dansent bien haut,

    en leur rythme syncopé _ ce qu’il faut, « sur le vif » !.. _

    et fraîcheur native ;

    …

    comme il se doit pour toute musique interprétée (= « jouée »), bien sûr !!!

    …

    Pour finir, je dois encore témoigner du formidable succès des Witches au concert,

    de la jubilation des publics,

    et de la joie personnelle de l’initiateur de ce CD Alpha 526…

    …

    Titus Curiosus, ce 5 octobre

  • L’agudezza du temps juste : art rare et ô combien précieux !

    Sur un très joli petit livre  : « Léonard et Machiavel« , de Patrick Boucheron, aux Éditions Verdier, en juillet 2008,
    au style particulièrement enlevé,
    précis dans la richesse (on ne peut mieux documentée) de ses détails
    érudits et parfaitement judicieux :
    sur l’art _ et le terme est grossier _ du temps juste, tempo giusto ;
    …
    et tout à fait élégant d’écriture
    _ un beau plaisir de lecture,
    associé à la parfaite justesse de la précision de la connaissance
    de ces deux grands esprits, on ne peut mieux originaux,

    et « géniaux » ,

    en leurs déjà divers et multiples genres,
    chacun d’eux, Nicolas (Machiavel) et Léonard (de Vinci) _ ,
    …
    sur la rencontre
    _ en plusieurs occurrences de temps
    (entre juin 1502 et mai 1506)
    et de lieux (Urbino et Florence surtout,
    mais aussi, et entre autres, Imola, Cesena, le siège de Pise)  _
    de deux génies d’une parfaite finesse _ agudezza _ (de vue)
    Nicolas Machiavel, l’auteur du premier grand traité politique moderne _ « Le Prince«  écrit par lui en 1516 _,
    et Léonard de Vinci, génie polyforme, mais sans doute d’abord du trait de dessin du pris au vif…
    …
    un livre sur l’art des détails justes _ en politique
    (ou art de la prise, dans la guerre de mouvement, de « surprise » foudroyante de l’adversaire, trop lent, lui, trop engoncé en ses habitudes)
    comme en « ingénierie »
    : efficaces quant à leur prise (et saisie, donc) sur le « réel »…

    …

    Une affaire, toujours, de « rythme »…

    …

    Je cite, page 64 :
    « Vont-ils se parler ? Léonard de Vinci a rejoint César Borgia à Imola depuis la fin de l’été _ 1502 _, et Machiavel ne quittera le Valentinois que le 23 janvier 1503.
    Les voici enfin
    _ pour l’enquêteur qu’est Patrick Boucheron _ réunis,
    et pour de longs mois.
    Mais pourquoi dire enfin ?
    Qui s’en impatientait, sinon peut-être
      _ dit finement l’auteur _ le lecteur de cette histoire ? Machiavel et Léonard de Vinci se sont certainement rencontrés, longtemps,
    ils se sont très certainement parlé, souvent
    _ nous allons, nous aussi, le découvrir, en cette enquête minutieuse, qu’est ce petit livre de 153 pages…
    …

    Les échos de ces conversations se retrouveront, plus tard, dans des projets communs

    _ une entreprise (titanesque ?) de dérivation de l’Arno en amont de Pise (qu’il faudrait prendre, ou « noyer »…) ;

    la décoration (célébrissime : représentant « la Bataille d’Anghiari« , commandée par le gonfalonnier de justice _ à vie _ Piero Soderini) de la salle du Grand Conseil du palais de la Seigneurie, à Florence _

    qui ne seraient guère compréhensibles sans cette connaissance préalable qu’ils firent l’un de l’autre«  _ c’est là la base du très joli travail de Patrick Boucheron ici.

    …

    « Il y sera aussi question de fleuve et de fortune,
    de guerre et de pouvoir,

    de la façon de voir le monde tel qu’il est

    _ et combien c’est là un exploit rare, car si difficile  !.. _
    et d’en saisir le rythme« 

    _ voilà bien le point décisif (vital, ou mortel, comme on voudra dire) !

    …
    Soit un livre sur « la nouvelle qualité des temps«  _ en ce tournant (juin 1502 – mai 1506) entre Quattrocento et Renaissance : cette belle expression de Patrick Boucheron
    se trouve _ et détaillée _ page 50.
    …
    « Nul fragment du monde n’est négligeable pourvu qu’on le regarde intensément« ,

    peut-on lire page 25 :

    une parfaite citation
    pour illustrer ce que j’appelle
    , quant à moi, en mon petit « atelier » (de ce blog),
    ma méthode « attentive intensive » ;

    méthode (d’attention) dont je trouve, aussi, le modèle (intensif) chez un Montaigne…

    …

    Un livre _ sur la curiosité et la recherche _ à lire avec beaucoup de plaisir,

    et même de joie (pure),

    …

    Titus Curiosus, ce 30 septembre 2008

  • Emérger enfin du choix d’Achille !..

    Sur « Zone » de Mathias Énard (aux Éditions Actes-Sud, ce 20 août 2008), immense livre d’un immense écrivain.

    …

    Un livre de très grand souffle _ à la Walt Whitman, si l’on veut (dont, au passage, vient de paraître une nouvelle traduction du chef d’oeuvre « Feuilles d’herbe« , par Éric Athenot, aux Editions José Corti) _ ;

    …

    très grand souffle

    qui n’est guère courant dans la tradition littéraire française,

    sauf Agrippa d’Aubigné _ « Les Tragiques » _ et (tout) Victor Hugo ;

    ainsi que _ des deux auteurs de prédilection du personnage de la belle et méthodique Stéphanie dans ce « Zone« , Proust et Céline _ la « Recherche«  et le « Voyage« …

    …

    Quel souffle, en effet, dans ce voyage

    _ ferroviaire, entre les gares Centrale et Termini de Milan et de Rome, un « 8 décembre »

    (2004 : il faut le « calculer » : « il y a tout juste un an le jeudi 11 décembre Mohammad el-Khatib se faisait exploser à cinq heures du matin à l’angle de la place Mazzini à quelques mètres de la synagogue, une des plus belles d’Italie » _ à Modène, page 200 ; « son suicide n’empêcha pas Luciano Pavarotti de se marier  le surlendemain au Teatro di Modena (le théâtre est l’église des artistes, dira-t-il) à quelques centaines de mètres de là » _ est-il aussi précisé, page 202)

    en 519 pages d’un unique formidable mouvement (de la pensée) _

    du narrateur Francis Servain Mirković, alias Yvan Deroy (et quelques autres identités de rechange : « Pierre Martin« , « Bertrand Dupuis » _ page 211…), pour tenter de sortir d’une « Roue de l’Histoire« 

    _ ou, encore, une « étrange roue du Destin

    où les dieux donnent et reprennent ce qu’ils ont donné » (page 109) _,

    au milieu « de chemins qui se recroisent dans la grande fractale marine où (le narrateur) patauge sans le savoir _ d’abord _ depuis des lustres, depuis (ses) ancêtres (ses) aïeux (ses) parents (lui : « moi« , dit-il forcément !) (ses) morts et (sa) culpabilité » (pages 76-77)…

    Car il s’agit ici ni plus ni moins que de tenter d’échapper à « une pyramide de pères haute comme l’échelle de saint Jean Climaque, imbriqués

    _ les pères, en tant, déjà, que fils _

    les uns dans les autres riant comme des démons de voir leurs fils ployer sous eux«  (page 479)…

    …

    Ainsi que (à la même page, vingt lignes plus haut) : « ne pas faire le choix d’Achille le stérile mais celui d’Hector » : « il y aura un Astyanax quelque part qui me ressemblera, qui

    _ tel Énée, son père Anchise dans l’ »Enéide » de Virgile _

    portera son père sur ses épaules

    comme moi je porte le mien, hors de la ville en flammes,

    je me suis vu avec mon père sur le dos, et lui le sien »

    _ d’où la figure de la « pyramide«  qui s’ensuit alors ;

    remontant rien moins que jusqu’à « la guerre du feu » (page 32) : « la nuit des temps« , « l’homme préhistorique » (page 81)…

    …

    Ce père « silencieux »,

    porté en terre « à onze heures du matin précises au cimetière d’Ivry, un jour de printemps ni gris ni bleu » (page 170), et pour lequel le narrateur ne parvient « qu’à ânonner un Notre Père poussif, la sueur au front en guise de larmes _ qui se trouve dans ce sarcophage, qui est-il

    _ s’interroge page 172 le fils _,

    est-ce l’appelé d’Algérie, l’ingénieur catholique, le mari de ma mère, l’amoureux des jeux de patience _ et des trains électriques _, le fils du serrurier forgeron de Gardanne près de Marseille, le père de ma soeur,

    est-ce le même » s’interroge (page 172) « aux abords de Reggio » le narrateur, en ce train qui file dans la nuit vers Roma-Termini…

    …

    Ce père qui avait été aussi

    « aide interrogateur dans une villa d’Alger, l’ingénieur chrétien spécialiste de la baignoire, de la barre d’acier et de l’électricité,

    il n’en a jamais parlé, bien sûr, jamais,

    mais il savait quand il me regardait, il avait vu, repéré en moi des symptômes qu’il connaissait, les stigmates, les brûlures qui apparaissent sur les mains des tortionnaires« ,

    se souvient de l’enterrement de son père, au cimetière d’Ivry _ à « la section 43« , « de l’autre côté de la rue, dans le petit cimetière » (précision de la page 170) _ ;

    …

    se souvient de l’enterrement de son père, donc,

    le narrateur, « aux abords de Reggio belle et bourgeoise » (page 173).

    …

    Car, « tous ces cercles dessinés sur un bouclier doré

    _ tel que celui d’Achille, ainsi que le narre Homère dans « l’Iliade » _,

    ce sont les mères qui fourbissent les armes,

    Thétis l’aimante console Achille son enfant en lui donnant les moyens de se venger,

    une cuirasse une épée un bouclier aveuglant où le monde entier se reflète,

    comme Marija Mirković

    _ c’est là le nom de jeune fille de la mère du narrateur, née en 1939 _

    m’a fourni la patrie l’histoire l’hérédité Maks Luburić et Millán Astray le faucon borgne

    _ que Marija Mirković ou son fils Francis Servain ont pu croiser sur leur chemin, à Madrid et en personne, lors d’un concert de piano Bach-Scarlatti, le 14 avril 1951 (page 342) pour la première, le général espagnol, quand elle avait douze ans ; à Carcaixent, près de Valence et d’Alzira, plus récemment, pour les traces, seulement indirectement, du  second, le croate (assassiné en avril 1969 _ page 263) _ ;

    …

    ne pleure pas Achille, sèche tes larmes et va te venger,

    réconcilie-toi avec l’Atride contrit _ Agamemnon _

    et massacre Hector de ta furie,

    vengeance, vengeance,

    je sens la vengeance gronder dans ce train dévalant les collines« 

    _ du Latium,

    nous approchons maintenant de Rome, au chapitre XXI du récit du narrateur, page 463…

    …

    Ce souffle magnifique du roman de Mathias Énard, se déroule

    _ à l’exception de trois chapitres de citation de récits d’un « petit bouquin libanais »

    (l’expression se trouve page 60

    _ qui font office de pause, pour s’absorber, narrateur comme lecteur, dans quelque lecture, et échapper, un peu et provisoirement, à ses pensées ; ou à ses fantômes, si fidèles…)

    d’un auteur s’appelant « Rafaël Kahla« ,

    « né au Liban en 1940, dit la quatrième de couverture » et qui « vit aujourd’hui entre Tanger et Beyrouth » ;

    « Tanger gardienne de la lèvre inférieure de la Zone« …  (page 369) :

    …

    « je me demande si Rafaël Kahla me ressemble, pourquoi écrit-il ses histoires terrifiantes, a-t-il essayé d’étrangler sa femme comme Lowry, ou l’a-t-il assassinée comme Burroughs, incita-t-il à la haine et au meurtre comme Brasillach ou Pound, peut-être est-ce une victime comme Choukri le misérable, ou un homme trois fois vaincu comme Cervantès » (pages 445-446) _ ;

    …

    ce souffle magnifique du roman de Mathias Énard, se déroule, donc,

    du tenant (et élan) d’une phrase unique, sans un seul point pour l’interrompre et le couper, ce long et ample « souffle » du narrateur..

    …

    Mais le rythme de ce qui s’y exprime est aux antipodes de la virtuosité artificielle, ou, a fortiori, « expérimentale » : c’est le rythme même de la pensée livrée à elle-même seule ;

    et peuplée d’impressions et de souvenirs qui ne cessent, richement, d’affluer, et d’orienter ce qui se pense vers l’ailleurs (encore et seulement du réel)

    _ notamment, mais pas seulement, la « zone » d’affectation de l’agent du service

    (d’enquête de sécurité extérieure : « délégué de défense » ainsi que le spécifiait frileusement l’intitulé du concours administratif« , est-il indiqué page 124 ;

    devenant « un expert, un spécialiste de la folie politico-religieuse qui est une pathologie de plus en plus répandue« , se dit le narrateur au passage de « Parme qui s’enfuit dans la nuit« , page 137) ;

    …

    notamment, mais pas seulement, la « zone » d’affectation de l’agent du service du Boulevard Mortier à Paris ;

    …

    vers l’ailleurs (du réel), donc,

    et vers un passé (bien réel, lui aussi !) assez obsédant ;

    pas réellement vraiment passé et _ proustiennement ! _ dépassé, en tout cas, pour le malheureux narrateur,

    qui a manqué à plusieurs reprises _ dont une fois à Venise _ de bel et bien (physiquement) s’y noyer :

    …

    « trop de choses il y a trop de choses tout est trop lourd même un train n’arrivera pas à amener ces souvenirs à Rome tant ils pèsent, ils pèsent plus que tous les bourreaux et les victimes dans la malette au-dessus de mon siège, cette collection de fantômes (…), il faudrait être saint Christophe pour porter tout cela » (page 355)…

    …

    Et saint Christophe _ « géant de Chaldée » _ vient, « à l’aéroport de Fiumicino » (page 516) :

    « Achille calmé« 

    peut enfin « traverser des fleuves au trois fois triple tour et d’autres Scamandres barrés de cadavres«  (page 517)…

    …

    L’adéquation entre la matière

    (affronter les violences des guerres _ au-delà de l’ex-Yougoslavie, toutes celles de la « zone » de la Méditerranée et du Moyen-Orient qui donne son titre, délibéré, au livre ! _ d’aujourd’hui :

    un brin plus loin que les ronds de nombril du tout-venant tristement auto-complaisant de bien de la production éditoriale française, par les temps qui courent…) ;

    et ce souffle de l’écriture de Mathias Énard

    est absolument magnifique.

    …

    Un univers, qui est le nôtre aussi _ et en constante expansion _, se découvre et s’éclaire au fil des pages, en renouvelant constamment, pour notre plaisir, la joie d’une découverte en profondeur.

    …

    Et quel incroyable sens de l’écriture

    (et richesse prodigieuse de l’expérience,

    poétiquement méditée, qui plus est, et c’est bien peu de le dire !)

    pour un auteur d’à peine trente-six ans !

    …
    Ainsi, à l’ouverture du (particulièrement magnifique) chapitre XIX autour de Trieste _ et de son contact là-bas « Rolf le Gentil » : « l’Austro-Italien (…) ni juif, ni slave, Rolf Cavriani von Eppan (…) cousin des Habsbourg-Lorraine et des princes de Thurn und Taxis inventeurs de la poste, né à Trieste pendant la guerre, un petit monsieur moustachu dernier descendant d’une famille ducale qui possédait autrefois la moitié de la Bohème et de la Galicie » (page 423)  « ignore que je connais son dilemme,  je sais que le Destin vengeur a voulu qu’il naisse duc d’Auschwitz, Rolf von Auschwitz und Zator, titre antique et princier remontant au XIe siècle, c’est son nom, le nom de ses ancêtres que les nazis ont terni, obligeant son blason à rester dans l’ombre à jamais, Rolf dont le fief est aujourd’hui lié à la plus grande usine de mort jamais construite porte plus qu’un autre le poids de l’histoire« …

    …

    Et Francis Servain Mirković poursuit : « je me demande s’il faut rire ou pleurer de ses scrupules héraldiques et de sa mère aux amitiés troubles, le soleil s’est couché, je remonte lentement le front de mer, deux millions de morts _ à Auschwitz-Birkenau _ ne pèsent pas si lourds, en fait, des mots des chiffres du papier, les hommes sont de grands techniciens de la prise de notes, du raccourci » (page 435)…

    …

    Et la remarque est d’expert : « Lebihan mon chef me félicitait sans cesse pour ma prose _ a-t-on, appris page 134 _, on s’y croirait disait-il, vous êtes le champion toutes catégories de la note,

    mais ne pourriez-vous pas

    être un peu plus sec,

    aller un peu plus vite à l’essentiel,

    imaginez, si tout le monde faisait comme vous

    on ne saurait plus où donner de la tête,

    mais bravo mon cher

    bravo« …

    …

    « pauvre Rolf le noble auquel les nazis ont pris son titre

    _ venait juste de marmonner le narrateur dans le train _,

    auquel l’histoire a pris son titre,

    …

    il se venge

    _ voilà le point crucial de l’épisode triestin du « délégué de défense » _

    en me donnant ces documents,

    les rapports de Globocnik à Himmler entre 1942 et 1945,

    toutes les activité de l’Aktion Reinhardt en Pologne et en Italie,

    il se défait d’un poids, Rolf, il a l’air soulagé de contribuer au remplissage de la valise,

    il me serre la main, je le remercie pour le déjeuner, il esquisse un sourire et monte dans sa voiture« …

    Tel était le passage précédant immédiatement ce que j’ai retranscrit juste avant, page 435…

    …

    J’en viens à cet incroyable début du (particulièrement magnifique, donc) chapitre XIX, sur Trieste, pour un auteur d’à peine trente-six ans :

    « tout est plus difficile à l’âge d’homme

    _ soit la reprise de l’incipit du chapitre I _

    la sensation d’être un pauvre type l’approche de la vieillesse l’accumulation des fautes le corps nous lâche

    _ le sait-on déjà si bien à trente-six ans ?.. _

    traces blanches sur les tempes veines plus marquées sexe qui rétrécit oreilles qui s’allongent la maladie guette, la pelade les champignons de Lebihan ou le cancer de mon père terrassé par Apollon sans que le couteau de Machaon y puisse rien, la flêche était trop bien plantée, trop profonde, malgré plusieurs opérations le mal revenait, s’étendait, mon père commençait à fondre, à fondre puis à sécher, il paraissait de plus en plus grand, étiré, son visage immense et pâli se creusait de cavités osseuses, ses bras se décharnaient, l’homme si sobre était presque complètement silencieux, ma mère parlait pour lui, elle disait ton père ceci, ton père cela, en sa présence, c’était sa pythie, elle interprétait ses signes, ton père est content de te voir, disait-elle lors de mes visites, tu lui manques, et le corps paternel dans son fauteuil se taisait« … (page 415).

    …

    Voilà ce que c’est qu’écrire !

    …

    Mais le plus terrible _ il y a longtemps qu’on n’a lu aussi terrifiant !.. _ concerne les souvenirs _ si réels ! _ des opérations de guerre

    en Slavonie _ contre les tchetniks serbes _

    et en Bosnie _ contre les musulmans,

    avec ses copains Vlaho Lozović, le « débonnaire«  (page 247) et « magnanime«  (page 464) vigneron dalmate de Split, et Andrija; « le furieux » (page 161), « féroce » (page 276) et « brave » (page 277 ou page 384), voire « divin » (page 388) ou « sauvage«  (page 404), paysan slavon d’Osijek :

    …

    « heureusement il y avait Andrija,

    Andrija le lion avait du courage à revendre

    c’était un paysan des environs d’Osijek il pêchait des brochets et des carpes dans la Drave et le Danube avec lesquelles sa mère cuisinait un méchant ragoût de poisson terriblement piquant à l’odeur de vase

    _ j’ai sans doute faim pour y repenser à présent » (un peu après Lodi, page 43)…

    …

    « son courage était lié à une parfaite innocence,

    pour lui les obus n’étaient que du bruit et des morceaux de métal, un peu plus qu’un pétard d’exercice, c’est tout,

    il n’envisageait pas l’effet que ces explosifs pouvaient avoir sur son corps, pas même inconsciemment,

    et pourtant il en avait vu, des types percés de shrapnels fumants, amputés et éventrés ou juste éraflés,

    mais il avait une telle foi en son destin que rien ne pouvait l’atteindre,

    et rien ne l’atteignait » (page 384)…

    …

    « Nous étions bien ensemble

    à Osijek

    en virée à Trieste

     à Mostar

    à Vitez

    nous étions bien

    drôlement bien

    la guerre est un sport comme un autre finalement

    on doit choisir un camp

    être une victime ou un bourreau

    il n’y a pas d’alternative

    il faut être d’un côté ou de l’autre du fusil

    on n’a pas le choix

    jamais 

    enfin presque« , avance le narrateur page 333.

    …

    Déjà l’ouverture des tout premiers mots du livre _ la voici, donc, maintenant _, et sans majuscule initiale :

    le lecteur prend en quelque sorte en cours,

    comme par quelque légère effraction

    _ le narrateur est encore légèrement ivre, sous les effets d’une « gueule de bois » qui est loin de se résumer aux petites frasques de son hier soir _,

    le défilé

    _ qu’accompagne aussi le bruit lancinant régulier du rythme des essieux des wagons

    ne cessant de peser, en les enfilant à toute vitesse, sur les travées des rails du « Pendolino diretto Milano-Roma qui vous portera à la fin du monde, prévue à la gare de Termini à vingt et une heures douze » (lui avait prédit page 59 entre Prague et Francfort « la Mort » : « un tchèque germanophone avec un horaire de chemin de fer » universel…) _ ;

    …

    le défilé _ donc _ d’une pensée qui afflue, à flots qui voudraient s’apaiser

    _ celle du narrateur, face à lui-même et à ses altérités, surtout (pays, ennemis, guerres, famille, femmes), bien réelles : même l’alcool (et les amphétamines) échoue(nt) à les estomper jamais si peu que ce soit _ ;

    …

    le défilement, même, d’une pensée obsédante qui ne débute certainement pas à cette seule première page… :

    …

    « tout est plus difficile à l’âge d’homme

    _ quand y accède-t-on donc (et sort-on jamais enfin de l’enfance) ? _,

    tout sonne plus faux un peu métallique comme le bruit de deux armes de bronze l’une contre l’autre elles nous renvoient à nous-mêmes sans nous laisser sortir de rien c’est une belle prison, on voyage avec bien des choses, un enfant qu’on n’a pas porté une petite étoile en cristal de Bohème un talisman auprès des neiges qu’on regarde fondre, après l’inversion du Gulf Stream prélude à la glaciation, stalactites à Rome et icebergs en Egypte, il n’arrête pas de pleuvoir sur Milan j’ai raté l’avion j’avais mille cinq cents kilomètres de train devant moi il m’en reste cinq cents, ce matin les Alpes ont brillé comme des couteaux, je tremblais d’épuisement sur mon siège sans pouvoir fermer l’œil comme un drogué tout courbaturé, je me suis parlé tout haut dans le train, ou tout bas, je me sens très vieux je voudrais que le convoi continue continue qu’il aille jusqu’à Istanbul ou Syracuse qu’il aille jusqu’au bout au moins lui qu’il sache aller jusqu’au terme du trajet j’ai pensé oh je suis bien à plaindre je me suis pris en pitié dans ce train dont le rythme vous ouvre l’âme plus surement qu’un scalpel, je laisse tout filer tout s’enfuit tout est plus difficile par les temps qui courent le long des voies du chemin de fer j’aimerais me laisser conduire tout simplement d’un endroit à l’autre comme il est logique pour un voyageur tel un non-voyant pris par le bras lorsqu’il traverse une route dangereuse mais je vais juste de Paris à Rome, et à la gare de Milan, dans ce temple d’Akhenaton pour locomotives où subsistent quelques traces de neige malgré la pluie je tourne en rond«  Etc…

    _ c’est moi qui interromps le texte ;

    lequel ne connaît que le « saut » des chapitres

    _ au nombre de XXIV, comme les chants de « l’Iliade » : car l’on renoue ici, avec ce « Zone« , avec l’épopée ! _  ;

    …

    mais sans davantage de point ; ni de majuscule initiale…

    …

    C’est le souffle du lecteur (passionné) qui vient repérer la découpe

    _ pleinement (et exclusivement) respiratoire !.. _

    des expressions et les sauts de pensée (et mémoire) du narrateur, inquiet et fatigué

    donc par l’alcool et les amphétamines de la nuit de cuite

    (et de « binage »

    d’une « Françoise » : « une femme d’une soixantaine d’années très maigre avec un long visage fin

    qu’est-ce qui m’a pris,

    elle était très surprise de mon intérêt, méfiante » ;

    « Françoise ne parlait pas d’épingler, elle disait je veux bien que tu me bines« , se souvient le narrateur page 131) ;

    …

    de la nuit de cuite précédente, à Montmartre (au bar de « la Pomponette rue Lepic« , page 130 ;

    « sa langue était très épaisse et amère elle buvait de la Suze« , page 131)

    …

    dans ce train qui l’emporte vers Rome :

    « même mort sur un siège ce train m’amènerait à destination,

    il y a dans les chemins de fer une obstination

    qui est proche de celle de la vie« ,

    n’est-ce pas ? constate le narrateur (page 252)…

    …

    Que va donc, agité de tous ces fantômes,

    rechercher le narrateur de « Zone » à Rome ?

    …

    Et va-t-il, in fine, s’en retourner (lui aussi à Paris),

    tel le « tu » de « La Modification » de Michel Butor ?

    Mais on se trouve, en ce « Zone« -ci, sur d’autres pistes encore d’altérité (du réel)…

    …

    L’enjeu étant probablement pour le personnage, page 217, de

    « disparaître et renaître« ,

    « si cela est possible« …

    …

    Envisager de (res-)sortir peut-être, pour son compte,

    s’évader, si cela se pouvait,

    du cauchemar épouvantable « sur rails »

    _ à la faveur du train général (partagé, collectif) qui vous emporte si aisément un peu plus loin _,

    de ce tunnel-étau broyant bien réel

    de l’Histoire (des pyramides enchassées de pères et de mères)

    au moins depuis qu’on en a trace _ Homère, Schliemann _, à Troie

    (que vont visiter,

    depuis leur « hôtel-club » de vacances, « en juillet 1991« , proche des Dardanelles, page 49,

    Francis Servain Mirković et sa plantureuse première compagne _ « le corps de Marianne m’obsède malgré les années et les corps qui lui ont succédé« , page 53 :

    « dans ce club ennuyeux on pouvait profiter d’excursions organisées, une aux Dardanelles une à Troie c’est tout ce que Marianne parvint à me faire accepter » ;

    « l’expédition à Troie fut un calvaire de poussière et de chaleur« , page 50) ;

    …

    depuis en fait probablement la nuit des temps…

    …

    Un grand auteur

    _ et un grand sujet (d’aveuglante actualité de « vérité » : la « guerre« …)

    intimement mêlés l’un à l’autre, faisant corps

    dans une très puissante écriture : le souffle ! _,

    est à découvrir là, en « Zone« ,

    toutes affaires cessantes…

    …

    Titus Curiosus, ce 21 septembre 2008

  • Vive tendresse de quelques festons baroques praguois

    Sur deux CDs de musique « baroque » praguoise :

    « Laudate Pueri Dominum _ Music of Piarists in Baroque Bohemia« , par la Capella Regia Praha et les Pueri Gaudentes, dirigés par Robert Hugo, à l’église des « Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie », à Slaný (CD  Supraphon SU 3946-2) ;

    et « Prague _ L’Âge d’or baroque« , par l’organiste Pavel Kohout à l’orgue Mundt de 1673 à Notre-Dame de Týn, à Prague (CD Hortus 3 487720 000539).

    …

    Avant un très prochain article sur une magnifique musique « d’intimité » _ article actuellement « en train »… _ ;

    et un autre sur un merveilleux roman _ qui n’est pas plus de « rentrée », qu’il ne serait d’ »été » !.. _, d’une vraie « écriture » accomplie et qui ne vous lâche pas _ j’en reparle très prochainement (j’en suis à la page 131 ; le livre en comptant 519), à propos de notre « monde » pris avec toute l’ampleur nécessaire « à bras le corps » par l’auteur (= un vrai ! enfin !) de ce « grand » roman ;

    …

    voici un article sur d’intensément doux et pulpeux « festons baroques praguois » musicaux, qui me seraient demeurés « inaperçus » et inconnus _ hélas ! _ si ne me demeurait, en permanence (cf le liminaire _ et programmatique _ « carnet d’un curieux » qui ouvrait ce blog), un goût puissant de Prague, de ses rues, de ses palais et églises longtemps assoupis _ ou baillonnés ? comme ils avaient pu être, auparavant, « baillonnants » _, de sa (riche, complexe et assez tragique) histoire ; et de ses habitants _ qui se souviennent et/ou sont imprégnés de ce vivant passé, affleurant, partout :

    …

    je pense à mon ami Václav Jamek, l’auteur _ en français _ du « Traité des courtes merveilles » (prix Médicis de l’essai en 1989), introducteur (de luxe !) par deux fois (l’hiver 1993 et l’hiver 1994) à la « Prague baroque » _ alors qu’il dirigeait encore la maison d’édition Odéon _, avant de passer par les activités d’ »attaché culturel » de la République tchèque, plusieurs années _ de 1995 à 1998 _, Avenue Charles Floquet (dans le 15ème, à l’ombre de la Tour Eiffel…)…;

    …

    un goût de Prague,

    assorti à un goût du « Baroque »…

    …

    Je veux parler de deux très beaux récitals de « baroque praguois », intitulés,

    le premier (de pièces religieuses _ dont une « Missa Sancti Adalberti » _ chantées avec choeur et solistes) « Laudate Pueri Dominum _ Music of Piarists in Baroque Bohemia« , par la Capella Regia Praha et les Pueri Gaudentes, dirigés par Robert Hugo, à l’église des « Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie », à Slaný (CD  Supraphon SU 3946-2) ;

    et le second (de pièces d’orgue _ à l’orgue Hans Heinrich Mundt de 1673 à Notre-Dame de Týn, à Prague _ sur la si belle Place de la Vieille-Ville) « Prague _ L’Âge d’or baroque« , par l’organiste Pavel Kohout (CD Hortus 3 487720 000539) :

    deux merveilles !..

    A « dénicher » pour s’en réjouir sans compter !

    …

    Il me faut convenir _ ou confesser ? _ que,

    on peut plus personnellement,

    mon goût

    _ mon idiosyncrasie, fruit sans doute de mon histoire (en partie mittel-européenne) _

    se porte à cette douceur baroque austro-hongroise, avec cet accent

    _ ni viennois, ni (buda-) pestois, mais praguois _

    de « Bohème »

    …

    qui séduisit, aussi, rien moins qu’un Mozart

    qui aima séjourner à plusieurs reprises à la Villa Bertramka de ses amis František et Jozefa Dušek, à Prague _ sur la colline boisée au-dessus de Smichov _,

    et qui composa pour Prague et les praguois quelques unes des œuvres qui portèrent son génie propre à l’incandescence

    _ tel le drama giocoso « Don Giovanni« , donné le 29 octobre 1787 au Théâtre Nostitz _ devenu en 1798 (et redevenu aujourd’hui, après s’être appelé « Týl ») « des États » : Stavovské Divadlo ;

    et  l‘opera seria « La Clemenza di Tito » ; « La Clémence de Titus » (donné le 6 septembre 1791, lui aussi à ce même Théâtre Nostitz à Prague, à l’occasion du couronnement de l’empereur Léopold II comme roi de Bohème) ;

    …

    et lui valurent non seulement le plus intense triomphe, mais aussi la plus chaleureuse affection du public !..

    …

    On peut s’en faire une assez intéressante image en retrouvant l’ »Amadeus » de Miloš Forman _ en 1984 _ qui nous donne à assister à une représentation à la lumière des chandelles de « Don Giovanni« , pour sa première, au (toujours) très beau Théâtre Nostitz, ce 29 octobre 1787, donc…

    …

    Mozart hérite de quelque chose de cette (somptueuse) tradition musicale praguoise _ celle des Johann-Caspar-Ferdinand Fischer, des Jan-Dismas Zelenka

    (qui durent accomplir leur carrière de musiciens loin de la Bohème et de Prague)…

    …

    Ainsi que de sa ferveur tendre, douce,

    et ô combien vive et vivante

    _ à mille lieues de la mièvrerie (sucrée) qui peut, parfois, se rencontrer à Vienne…

    …

    Prague n’étant pas corsetée par les manières de cour,

    les Grands y venait, en leurs palais et villas de Bohème, s’y détendre, lâcher et relâcher…

    Une gaîté particulière,

    faite, aussi, des hoquets plus ou moins « tendus » _ et c’est un euphémisme _ de toute une Histoire (avec maintes « défenestrations », aussi !), s’y ressentait donc alors

    _ et toujours aujourd’hui,

    notamment à travers les monuments du « Baroque » :

    d’où ce charme unique _ de douceur de violence surmontée _ de Prague

    dans l’air qui s’y respire ; et peut inspirer…

    …

    Aujourd’hui encore, la musique est ainsi toujours bien vivante à Prague

    _ pour peu qu’on quitte les dispositifs proposés aux touristes trop pressés…

    Par exemple, dans les Conservatoires formant les artistes,

    ou au si remarquable Rudolfinum, et ses concerts presque quotidiens d’une incroyable hauteur de qualité, toujours…

    …

    Bref, autour de Johann-Caspar-Ferdinand Fischer

    (Krasno u Lokte _ près de Cheb _, en Bohème occidentale, 1656 – Rastatt, en pays de Bade, 1746),

    musicien assez génial _ autour des « Goûts réunis » (cf François Couperin, ou Georg Philipp Telemann, entre autres) _ ;

    et pas assez enregistré : qu’on se le dise !!! _,

    …

    Fischer introducteur

    _ avec quelques autres

    tels que

    les méconnus

    parce que pas assez interprétés, eux non plus,

    Johann-Sigismund Kusser (Presbourg / Bratislava, 1660 – Dublin, 1727),

    Georg Muffat (Megève, en Savoie, 1653 – Passau, en Bavière, 1704),

    et Philipp-Heirich Erlebach (Esens, en Frise Orientale, 1657 – Rudolstadt, en Thuringe, 1714) _ ;

    …

    Johann-Caspar-Ferdinand Fischer, donc,

    introducteur du style « baroque » français

    _ appris probablement auprès de Jean-Baptiste Lully à Paris _,

    en pays germaniques

    _ voilà pour l’Histoire de la musique en Europe _ ;

    …

    voici,

    en ces deux superbes « bouquets » _ très différents !!! _ de musique baroque praguoise,

    un florilège d’œuvres d’une très grande « vive » tendresse :

    …

    avec les « Litaniæ Beatæ Mariæ Virginis » et un « Salve Regina » _ ainsi qu’un prélude _ de Johann-Caspar- Ferdinand Fischer,

    de Vojtěch Pelikán, 1643 – 1700 : la « Missa Sancti Adalberti » ;

    de Johann-Ferdinand Richter, 1687 – 1737, deux Psaumes : un « Dixit  Dominus » et un « Laudate Pueri Dominum » ;

    d’Antonín Maschat, 1692- 1747 : un « Jubilate Apparenti Domino » ;

    et de Jan Offner, 1720 – 1759 : un « Alma Redemporis Mater« ,

    pour les œuvres composées pour les piaristes

    _ de l’ »Ordre des Clercs Réguliers Pauvres de la Mère de Dieu des Ecoles Pies« , fondé à Rome en 1621 par saint Joseph de Calasanz _

    de Slaný

    (non loin de Prague : le collège des piaristes de Slaný fut fondé en 1658 par le comte Bernard Ignác Martinic ; et son église « des Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie« , « mise en chantier en 1674« , ne fut « complètement terminée qu’en 1729 » _ indique le livret du CD Supraphon, page 21) ;

    …

    et,

    avec un « Aria  avec variations » de Fischer,

    de Johann-Kaspar Kerll, 1627 – 1693 : une « Canzona » et une « Passacaille » ;

    de Gottlieb Muffat _ fils de Georg _, 1690 – 1770 : un « Aria sub Elevatione » ;

    de Josef Seger, 1716 – 1782 : deux « Préludes et Fugues« , deux « Toccatas et Fugues« , une « Fantaisie et Fugue » ainsi qu’une « Fugue » ;

    et de Karel Blažej Kopřiva, 1756 – 1785 : une « Fugue » « Supra cognomen Debefe« ,

    pour le récital de Pavel Kohout sur l’orgue Mundt de Notre-Dame du Týn, sur la très belle et mondialement célèbre Place de la Vieille-Ville, au cœur du centre historique de Prague…

    …

    Les interprétations ne recherchent jamais la virtuosité « pour la performance » des artistes,

    tant les instrumentistes

    que les chanteurs

    _ excellents

    (Hana Blažiková, Petra Noskaiová, Hasan El-Dunia, Ondřej Šmíd, Vojtěch Šafarik et Ivo Michl) ;

    …

    tant Robert Hugo et ses « troupes »

    de la « Capella Regia Praha »

    et des « Pueri Gaudentes » _ ils portent bien leur nom (de « réjouissants ») ! _

    …

    que Pavel Kohout

    sur l’orgue Mundt de 1673 de Notre-Dame de Tyn, à Prague

    _ avec « tout le raffinement de sa sonorité

    et son remarquable état de conservation (il est presque entièrement d’origine)« ,

    indique le livret du CD Hortus page 10 _,

    c’est-à-dire sans intervention (chirurgicale) massive à l’époque « romantique », ou après… _ ;

    …

    tant Robert Hugo et ses « troupes » que Pavel Kohout, donc,

    sont merveilleux de souplesse et de justesse dans le rendu

    de la tendresse, mouvante, des œuvres

    qu’ils servent là,

    avec simplicité et ferveur

    _ sans la moindre « hystérisation » des contrastes,

    comme cela peut s’entendre

    un peu trop souvent

    au disque ou au concert _ :

    …

    avec douceur et tendresse,

    loin de la moindre mièvrerie (statique)…

    …

    Et je me laisse aller à penser que

    Mozart a dû « percevoir » quelque chose de « cela », à Prague ;

    …

    et qu’il arrive encore, à ce « cela », de « parfumer » l’ »air du temps »

    de cette Bohème-là …

    …

    Bref,

    des CDs que des curiosités un peu timides ne chercheraient vraisemblablement pas à aller « dénicher »,

    parmi (ou en dehors) les bacs des disquaires

    _ mais disponibles au rayon « musique » de la librairie Mollat (merci Vincent !) _,

    et parmi les ré-éditions des sempiternelles mêmes œuvres « bien connues » (et « bien marquées »)

    par des interprètes pas assez audacieux pour sortir davantage des chemins

    un peu trop « battus » par les éditions de disques ;

    …

    des CDs

    que je me permets, donc, de vivement recommander ici

    pour partager la joie _ de « vive tendresse » praguoise _ de bien belles musiques…

    …
    Titus Curiosus, ce 13 septembre 2008