Étiquette : Alexandre Dratwicki

  • Faire mieux connaître les bijoux de la musique française demeurés trop méconnus : le CD « So Poétique ! », d’un goût parfait de délicatesse et raffinement, sans mièvrerie ni préciosité, de Cyrille Dubois (suite)…

    En quelque sorte en renfort à mon article « Une nouvelle brillantissime pépite du très épatant ténor Cyrille Dubois : un superbissime récital de mélodies françaises avec orchestre, le CD « So Poétique ! « avec le Brussels Philharmonic dirigé par un excellent Pierre Dumoussaud. Un trésor de plus que ravissantes découvertes de l’art français du chant entre 1870 et 1914… » en date du 12 avril 2026,

    avant-hier 27 mai, est paru sur ResMusica, et sous la plume de Matthieu Roc, l’article « Cyrille Dubois, chantre de la mélodie française avec orchestre« , faisant lui aussi un vif éloge du CD Alpha 1214 « So Poétique ! » en son fervent et très réussi service en faveur de la musique française méconnue,

    que j’ai bien sûr plaisir à partager ici ;

    …

    Cyrille Dubois, chantre de la mélodie française avec orchestre

    …

    Après son excellent récital « So romantique » (Clef ResMusica) composé de raretés du répertoire lyrique pour ténor léger, continue son service en faveur de la musique française méconnue avec « So poétique ! », un disque dédié aux mélodies avec orchestre.

     

    …

    , dans son excellente notice de présentation, explique que ce répertoire des mélodies françaises avec orchestre est à la fois spécifique et encore peu exploré. Voilà de quoi stimuler l’intérêt des enfants de la révolution baroque, c’est-à-dire nous tous, mélomanes et artistes curieux de vérité historique et gourmands de couleurs sonores différentes – voilà. Ces mélodies françaises présenteraient dans leur grande majorité un accompagnement instrumental réduit, léger, qui permet au chanteur de ne pas forcer la voix et de prioriser la mise en valeur du texte, et ceci les différencierait des Lieder avec orchestre d’outre-Rhin. Autre caractéristique : nombre d’entre elles seraient restées inconnues, car n’ayant pas dépassé le stade fragile de manuscrit. Bien sûr, on peut trouver des contre-exemples, mais quand Alexandre Dratwicki énonce les noms de Saint-Saëns, Massenet, Gounod, Godard, Dubois, Caplet, Vierne, de La Tombelle, Holmès, Fauré, Franck, David, Thomas…on est bien obligé de reconnaitre notre faible connaissance de ce qu’il appelle « un continent oublié du répertoire romantique français », malgré les progrès récents dus à l’activité du , partenaire de cette parution.

    …

    Voici donc, sans être exhaustif, Le Soir de Gounod, délicieux de couleurs crépusculaires, puis l’énergique Embarquez-vous ! – à découvrir en cette vidéo… – de . Des trente mélodies avec orchestre de Saint-Saëns, nous en avons trois ici, dont seule Extase a été gravée récemment par Tassis Chritoyannis et l’Orchestra della Svizzeria italiana. Le rayonnant Lever de soleil sur le Nil était, semble-t-il, inédit. Il y a beaucoup de merveilles à redécouvrir et surtout, simplement, à découvrir. Avouons une tendresse particulière pour le piquant Ne nous oubliez pas d’, et l’envoûtante Berceuse pyrénéenne de Fernand la Tombelle, mais tout le programme est d’une belle hauteur d’inspiration, y compris – hum, hum... – les exquises bondieuseries Pourquoi les oiseaux chantent de , Procession de Franck et En prière de Fauré. Pour alléger le programme et estomper un possible excès de sucre, on y a inséré quelques vers simplement parlés, et trois magnifiques pièces orchestrales de : Lamartine, Alfred de Musset, Victor Hugo. Ca ne vient pas mal.

    …

    Si on évite l’effet de saturation en confiserie, c’est surtout grâce au remarquable travail sur les couleurs – oui – opéré par les artistes. – une fois encore excellent ! – à la baguette gère avec une précision d’orfèvre les sonorités du , très souple et transparent – absolument. Dans cette dentelle musicale, n’a aucune peine à dérouler son souffle long, son phrasé exceptionnel, ses nuances subtiles et la prodigieuse intelligibilité de sa diction – oui, oui, oui, oui : quatre fois oui… Ce point est à louer avec vigueur – en effet ! – : entendre chaque mélodie et comprendre chaque mot sans avoir à lire le livret – voilà ! – , c’est rare même avec un piano – tout à fait ! Avec un orchestre, c’est exceptionnel – absolument. Son talent – rare – de diseur joue alors à fond, et valorise le texte au premier plan – absolument – , confirmant ainsi pleinement – oui – l’exposé d’ – ainsi que le choix du titre « So Poétique ! » donné à ce CD…

    …

    Un excellent album – voilà ! – , utile à la connaissance de la musique française et d’un goût parfait – oui !!! – , sur lequel se précipiteront tous ceux qui aiment la délicatesse et le raffinement – voilà, voilà ! -, sans les confondre avec mièvrerie (étrangère à ce programme) et préciosité (où n’est jamais) – tout cela d’une parfaite justesse…

    …
    Charles Gounod (1818-1893) : Le soir, Ma belle amie est morte ; Benjamin Godard (1849-1895) : Embarquez-vous, 3 fragments poétiques Op. 13 No. 1 Lamartine, No. 2 Alfred de Musset, No. 3 Victor Hugo ; Camille Saint-Saëns (1835-1921): Aimons-nous, Extase, Lever de Soleil sur le Nil ; Louis Vierne (1870-1937) : Chanson d’automne ; Théodore Dubois (1837-1924) : Printemps, Pourquoi les oiseaux chantent ; Gabriel Fauré (1845-1924) : Les roses d’Ispahan ; Fernand de La Tombelle (1854-1928) : Berceuse pyrénéenne, Sonnet d’Estienne de la Boétie ; Jules Massenet (1842-1912) : Le poète et le fantôme ; Augusta Holmès (1847-1903) : Ne nous oubliez pas ; Gabriel Fauré (1845-1924) : En prière ; César Franck (1822-1890) : La procession ; Félicien David (1810-1876) : La vengeance des fleurs ; Ambroise Thomas (1811-1896) : Le Soir. Cyrille Dubois, ténor ; Brussels Philarmonic ; Pierre Dumoussaud, direction. 1 CD Alpha-Classics. Enregistré du 31 mars au 4 avril 2025 à Flagey, Bruxelles. Notice de présentation en français, anglais, allemand. Textes des poésies fournis avec traduction en anglais. Durée : 68:43

    …

    …

    Un travail musical parfait, et délicieux à savourer !

    …

    Ce vendredi 29 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une nouvelle brillantissime pépite du très épatant ténor Cyrille Dubois : un superbissime récital de mélodies françaises avec orchestre, le CD « So Poétique ! « avec le Brussels Philharmonic dirigé par un excellent Pierre Dumoussaud. Un trésor de plus que ravissantes découvertes de l’art français du chant entre 1870 et 1914…

    Quelle épatante découverte (!) que ce superbissime récital de mélodies françaises avec orchestre du décidément toujours magnifique Cyrille Dubois , le CD Alpha 1214 « So Poétique ! « – enregistré à Bruxelles 31 mars au 4 avril 2025 – , avec le Brussels Philharmonic dirigé par un excellent Pierre Dumoussaud, et avec l’efficace collaboration du Palazzetto Bru-Zane, qui permet à Alexandre Dratwicki, son directeur artistique, d’offrir un remarquablement éclairant « La Mélodie avec orchestre au XIXe siècle« , aux pages 8 à 11 du livret de ce très important CD, apport très riche à l’histoire de l’art du chant français, en un pan encore bien trop méconnu de son histoire…

    …

    Ce CD « So Poétique ! « constitue comme une suite au CD Alpha 924 « So Romantique !«  – enregistré à Lille, avec l’Orchestre National de Lille placé également sous la direction de Pierre Dumoussaud, au mois de juillet 2021 – , consacré à un récital d’airs extraits d’Opéras français créés entre 1825 et 1913, et auquel j’avais consacré, le 19 mars 2023, mon article « Cyrille Dubois, ténor de grâce, dans le très riche et délicieux CD « So romantique ! » d’airs d’opéras romantiques français à re-découvrir et goûter : un régal…« …

    …

    Cette fois-ci, il s’agit d’un récital non pas d’airs de grands opéras, mais bien de mélodies, au caractère intimiste (« une musique intime, subtile, souvent introspective« ), mais dont « la version orchestrée se pare d’un nouveau raffinement, celui des couleurs instrumentales« , indique fort justement Alexandre Dratwicki, qui poursuit : « Le genre reflète alors un art de la suggestion : l’orchestre ne sert pas à amplifier la voix ou à souligner un drame théâtral, mais à évoquer une atmosphère, un paysage intérieur, à suggérer des images ou des impressions. D’où cette sensation de dentelle musicale tissée sur mesure autour du chanteur« .

    Un peu plus haut, Alexandre Dratwicki avait excellemment indiqué à propos de ce genre infiniment subtil de la mélodie française : « Ce genre est, dans son essence même, typiquement français. Il s’inscrit dans une longue tradition qui, depuis Lully – (1632 – 1687) et Philippe Quinault (1635 – 1688), son merveilleux librettiste, et, en amont, déjà, Michel Lambert (1610 – 1696), son beau-père, auteur d’admirables airs de cour… – , place le texte au cœur de l’œuvre vocale – et c’est évidemment fondamental ! Là où l’opéra italien privilégie la ligne mélodique et la virtuosité, et où la musique allemande, de Bach à Strauss, pousse la forme vers des architectures harmoniques grandioses et souvent monumentales, la tradition française reste fidèle à une sorte d’épure – ce point est en effet capital ! – : la clarté du sens, la lisibilité du vers, l’articulation du mot et son coloris émotionnel – voilà ! voilà ! – sont des priorités – consubstantielles à tout l’art français, rien moins, et son génie propre et éminemment singulier. C’est cette vision qui prévaut dans la mélodie française dès ses origines : une musique intime, subtile, souvent introspective« …

    …

    Et c’est en effet tout cela que sert si bien le toujours vraiment magnifique Cyrille Dubois – comme aussi ses confrères et ses consœurs « Sandrine Piau, Véronique Gens, Yann Beuron, Tassis Christoyannis, Hélène Guilmette, Thomas Dolié  » que cite, page 11 de ce livret Alexandre Dratwicki. « Des chanteurs – j’en apprécie en effet moi-même aussi la plupart – dont la sensibilité et la finesse d’interprétation s’accordent idéalement – oui ! – à la nature de ces œuvres. Ces interprètes venus de la mélodie avec piano et de l’exigence déclamatoire du baroque, trouvent dans l’orchestration un nouvel espace expressif  et une progression de carrière saine et sécurisante« .

    …

    Bref, un récital enthousiasmant de mélodies françaises avec orchestre du parfait Cyrille Dubois !

    …

    Et découvrez par exemple ici cette superbe vidéo (de 2′ 54) de la singulière et assez stupéfiante mélodie « Embarquez-vous ! » de Benjamin Godard (1849 – 1895) sur un poème d’Ulrich Guttinger (1787 – 1866), donnée à la plage 2 de ce si riche et passionnant CD, si brillamment interprété…

    …

    Ce dimanche 12 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Julien Behr : « solaire et élégant, puissant et délicat, charmant et profond », ou la confirmation de son éclatant talent de ténor de demi-caractère dans l’épatantissime CD « Confidence » (Alpha 401, en 2018)…

    En éclatante confirmation

    de ce que m’avait révélé le merveilleux tout récent CD « L’Heure espagnole – Bolero«  _ de Maurice Ravel _ par le flamboyant François-Xavier Roth et Les Siècles _ soit le CD Harmonia Mundi HMM 905 361 _ ;

    cf l’enthousiasme jubilatoire de mon article «  » du 20 juin dernier,

    …

    …

    voici ce jeudi 29 juin,

    que l’écoute plus que ravie de l’épatantissime CD « Confidence » (Alpha 401) de Julien Behr, avec Pierre Bleuse dirigeant l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, un CD paru le 28 septembre 2018 _ CD que je m’étais empressé de commander illico presto à mon disquaire préféré… _,

    …

    me fait complètement adhérer à ce qui en a été dit, lors de la parution de ce CD, à l’automne 2018, sur le site »OperaOnline.com« , sous le titre « Chronique d’album : Julien Behr, Confidence« , pour qualifier la prestation magnifique de ce formidable charismatique ténor de demi-caractère qu’est Julien Behr… :

    …

    « le timbre solaire et élégant de Julien Behr, à la fois puissant et délicat, charmant et profond. Ajoutons à cela une diction qui frôle l’exemplarité. (…) Il devient difficile de ne pas succomber à cet enregistrementt balayant près d’un siècle de musique » _ française romantique : le CD a aussi bénéficié des conseils très avisés du Palazzetto Bru-Zane, dont le directeur, l’excellent Alexandre Dratwicki, signe le très riche texte de présentation du livret de ce CD « Confidence« …

    …

    …

    Quelle présence ! Quel charme !

    …

    …

    Et je rappelle à nouveau ici, au passage, le témoignage absolument décisif de la prestation magnifique tout spécialement de Julien Behr, en bachelier-poète Gonzalve, que nous offre l’enthousiasmante vidéo de l’enregistrement de la scène finale de « L’Heure espagnole » de Maurice Ravel, avec ses quatre collègues chanteurs _ Isabelle Druet, Loïc Félix, Jean Teitgen, Thomas Dolié _, et Les Siècles, sous la direction justissime, clarissime _ en son ultra-fin irrésistible esprit français… _, et enivrante de vie, de François-Xavier Roth…

     

    …

    …

    Ce jeudi 29 juin 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découvrir Mathieu Pordoy merveilleux de poésie aussi au piano, en son CD avec Marina Rebeka, « Voyage » _ et tout particulièrement en son jeu éblouissant dans « La Flûte enchantée » de Maurice Ravel…

    Désirant découvrir aussi, au disque, la personnalité de Mathieu Pordoy cette fois au piano _ et pas seulement en son merveilleux travail décisif, mais discret, « dans l’ombre« , de chef de chant ; cf mon enthousiaste article d’hier : « « … _

    je me suis procuré son CD, avec la magnifique soprano Marina Rebeka _ le CD Prima Classic PRIMA014, paru le 16 septembre 2022 _, « Voyage« …

    …

    …

    Et le merveilleux _ oui ! _ de ce que Mathieu Pordoy a su obtenir des chanteurs qu’il a « coachés« dans la si délicate à « attraper » et vraiment vraiment réussir « Heure espagnole » de Maurice Ravel _ j’en reviens une fois encore au transcendant miracle des 3′ 26 de la vidéo (dansante !) de l’enregistrement, les 24 et 25 mars 2021, du quintette vocal final sous la direction proprement magique de François-Xavier Roth, avec ses merveilleux Siècles ; à comparer avec les 3′ 06 du podcast de l’enregistrement Maazel, en 1965, avec pourtant rien moins que les talents magnifiques de Jane Berbié, Michel Sénéchal, Jean Giraudeau, Gabriel Bacquié et José Van Dam ; c’est dire le degré de hauteur du défi qu’a permis de relever et si merveilleusement réussir le chef de chant Mathieu Pordoy, aux talents supérieurs de comédiens-chanteurs extraordinaires qu’ils sont, eux aussi, d’Isabelle Druet, Julien Behr, Thomas Dolié et Jean Teitgen : chapeau, les artistes !.. Quelle performance d’intelligence et sensibilité du chant ! Quelle compréhension supérieure du génie si fin et malicieux de Ravel… C’est un enchantement dont on n’arrive décidément pas à se lasser… _,

    …

    eh ! bien!, il n’est que d’écouter tout ce que réalise au piano dans cet hyper-sensuel « Voyage » avec Marina Rebeka Mathieu Pordoy pour le retrouver, cette fois dans l’art de servir au plus haut l’art de la mélodie ;

    …

    et tout spécialement dans « La Flûte enchantée » (extraite de la « Shéhérazade » de Maurice Ravel et Tristan Klingsor) dont Mathieu Pordoy tire des sonorités musicales absolument magiques, inouïes jusqu’ici…

    …

    …

    Je n’ai hélas pas découvert jusqu’ici de podcast ou de vidéo qui m’aurait permis de le faire écouter ici…

    …

    …

    Mais voici trois très pertinents articles de commentaires de ce CD, sous les plumes

    de Matthieu Roc, sur le site de ResMusica, le 11 octobre 2022 : « Beau voyage aux frontières de la mélodie française avec Marina Rebeka » ;

    de Charles Sigel, sur le site de forumopera.com, le 16 octobre 2022 : « Voyage en douce » ;

    et de Laurent Bury, sur le site de premiereloge-opera.com, le 21 octobre 2022 : « Voyage, le nouveau disque de Marina Rebeka _ Plus loin que la nuit et le jour« .

    …

    …

    …
    …

    C’est une bonne idée du Palazzetto Bru Zane _ l’ami Étienne Jardin signe la présentation du livret du CD… _ de parrainer ce disque co-produit par Marine Rebeka et , et d’explorer un florilège de mélodies dont le caractère français est soit ambigu, soit partagé avec d’autres identités nationales.

    …

    …

    Sur le thème du voyage, ce disque rassemble quelques items connus et évoquant un Orient fantasmé (Duparc, Ravel, Fauré, Saint-Saëns, Widor), mais surtout, il nous permet de découvrir des pièces de Gounod écrites en Angleterre sur des textes italiens, d’autres de Pauline Viardot écrites en Allemagne sur des textes russes, ou encore de l’alsacienne Marie Jaëll dont on ne saurait dire s’il s’agit de Lieder ou de mélodies françaises. Ce n’est pas seulement le rêve d’ailleurs qui est exploré, mais aussi la transnationalité _ en effet, c’est très bien vu… L’ensemble fait _ déjà _ un programme « border-line » tout à fait captivant _ absolument…

    …

    …

    Si on prend pour jauge l’Invitation au voyage de Duparc _ et Baudelaire _ et La flûte enchantée de Ravel _ et Klingsor _, et si on affirme qu’à côté de ces merveilles, aucun des morceaux choisis ne pâlit ou ne démérite, on prend la mesure _ voilà ! _ de la qualité des mélodies _ en effet. Ceux de Marie Jaëll sont particulièrement intéressants. On découvre dans Rêverie une mise en musique admirable des vers de Victor Hugo (Orientales), avec une étonnante mise en évidence du désir d’absolu ou du rêve d’un Eden sur terre, qui sous-tend toutes ces poésies évoquant un ailleurs inatteignable. Le cycle des « Quatre mélodies » a cette particularité d’avoir été d’abord cinq Lieder… Marie Jaëll (née Trautmann) a dû s’habituer en 1870 (à 24 ans), à être Allemande et à publier en allemand des pièces qui seront créées plus tard en français, quitte à en supprimer une au passage. Ont-elles été pensées en français ou en allemand ? Sont-ce des mélodies ou des Lieder ? Peu importe : Dein est bouleversant de tendresse, Der Sturm très efficace dans la description de l’orage en reflet des mouvements de l’âme, Die Vöglein d’une beauté très raffinée. Die Wang ist blass achève de distiller une tristesse à la fois élégante et profonde. Les mélodies de Pauline Viardot, soit en italien, soit en russe (de son ami Tourgueniev) montrent aussi une belle variété de caractères, de sentiments, de paysages, avec sans doute plus de sérénité que Marie Jaëll, mais sans aucune superficialité. A côté de ces deux compositrices qui font plus de la moitié du programme, on se délecte encore de deux savoureux Saint-Saëns _ Désir de l’Orient et La madonna col bambino _, une pittoresque Chanson slave de Cécile Chaminade (qui fait fortement penser à Lalo ou Bizet), d’une charmante Chanson indienne de Charles-Marie Widor, ainsi que d’autres mélodies plus fréquentées.

    …

    …

    Chanter des mélodies dans toutes ces langues (français, allemand, italien, toscan, russe…) relève de la gageure _ oui _, et Marina Rebeka semblait à même de la relever. La voix est superbe _ oui ! _, robuste, homogène dans toute son étendue et elle est manifestement polyglotte, tous les idiomes étant honorablement _ voilà… _ articulés. Le problème _ que relève ici Matthieu Roc _ est celui de beaucoup de ces voix athlétiques, gutturales et hypervibrantes, dont l’émission compromet l’intelligibilité des mots, ceux-ci manquant de projection dans le masque _ voilà. On reconnait les syllabes, mais pas les phrases _ et là est bien sûr le fâcheux… _ , que ce soit en français, allemand ou italien, cela ampute les pièces de la dimension poétique du texte _ un indispensable de l’art de la mélodie _, nous prive d’une bonne part de l’émotion, et fait plafonner le plaisir au niveau de l’esthétisme. Sans doute conscient du problème _ oui _, Matthieu Pordoy déploie sur un piano somptueux _ oui _ des merveilles _ absolument ! _ de sensibilité et d’inventivité _ et d’intelligence, des textes comme de la musique… Ses phrases _ au piano _ sont magnifiques, ses dynamiques _ en leur galbe et leur élan superbes _, ses petites intentions _ que Mathieu Pordoy sait rendre au millimètre près : tout cela, très finement entendu, est très juste _ prouvent une compréhension intime _ oui ! Mathieu Pordoy possède le génie de l’intimité… _ des poésies _ ce qui est absolument indispensable à l’art d’interpréter la mélodie… Le prélude de la mélodie de Widor est particulièrement réussi. Il arrive à sauver _ mieux que çà : il les sublime… _ le Duparc et le Ravel _ qu’il ne faut surtout pa manquer : ce qu’y fait, au piano, Mathieu Pordoy, est sublime… _ en les jouant comme un nocturne de Fauré, prenant entièrement à sa charge l’aura poétique _ oui, oui, oui _ des morceaux, la soprano faisant du beau son, et l’auditeur qui connait son texte par cœur faisant le reste. Pour les autres, surtout Jaëll et Viardot, la curiosité, le plaisir de découvrir du peu ou du pas connu rachète la prononciation _ l’élocution, et surtout essentiel l’élan des phrases…

    …

    …

    En somme, c’est effectivement un beau voyage auquel nous invitent Marina Rebeka et Mathieu Pordoy. L’itinéraire est passionnant, le wagon luxueux, la compagnie distinguée, les paysages magnifiques… mais au bout de quelques étapes, la frustration gagne _ un peu _, et on a envie de briser la glace pour sentir enfin la réalité _ en toutes ses infra-dimensions de poésie _ de toutes ces merveilles qui nous sont données à voir ou à entendre. Un disque de découverte, donc, mais d’attente.

    …
    …

    Henri Duparc (1848-1933) : L’Invitation au voyage. Cécile Chaminade (1857-1944) : Chanson slave. Maurice Ravel (1875-1937) : La Flûte enchantée. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Désir de l’Orient ; La Madonna col bambino ; Alla riva del Tebro. Charles-Marie Widor (1844-1937) : Chanson indienne. Gabriel Fauré (1845-1924) : Les Roses d’Ispahan. Charles Gounod (1818-1893) : Perché piangi ? ; Oh ! Dille tu !. Marie Jaëll (1846-1925) : Rêverie ; Dein ; Der Sturm ; Die Vöglein ; Ewige Liebe ; Die Wang’ ist blass. Pauline Viardot (1821-1910) : L’innamorata ; La Mésange ; Le Saule ; Sérénade ; La Fleur ; Soupir… ; Invocation.

    Marina Rebeka, soprano ; Mathieu Pordoy, piano.

    1 CD Prima Classic.

    Enregistré en mai 2021 au Latvian Radio Studio à Riga, Lettonie.

    Texte de présentation en français et anglais, poèmes donnés dans leur langue originelle et traduits en anglais.

    Durée : 74:13

    …

    …

    …

    …
    …
    16 octobre 2022
    …
    …
    …
    …

    Le titre « Voyage » est un peu bateau (pardon !), mais le programme l’est moins _ oui : il sait voyager en terres pas trop fréquentées jusqu’ici ; et hors des clichés (touristiques !) rebattus… On peut imaginer qu’il reflète la collaboration entre Marina Rebeka et Alexandre Dratwicki, directeur artistique du Palazzetto Bru Zane à qui rien du répertoire français du 19e siècle n’est _ en effet _ inconnu _ merci Alexandre ! Merci Etienne Jardin… Mais on y sent aussi _ et beaucoup ! _ la patte _ voilà ! _ d’un magnifique pianiste _ ô combien ! _, Mathieu Pordoy, qui fait respirer _ pleinement et si intelligemment _ la musique, et celle d’un producteur/ingénieur du son, Edgardo Vertanessian, souvent dans l’ombre de Marina Rebeka _ pour leur label Prima Classic _, et qui fait des merveilles : trouver l’équilibre juste entre une voix aussi puissante et un piano, d’ailleurs superbe _ oui _, dont on entend _ scintiller _ toute la palette de sons, et être le premier auditeur, celui qui conseille _ Mathieu est aussi chef de chant _, c’est essentiel dans la réussite d’un disque.

    …

    …

    Marie Jaëll : découverte

    …

    …

    La révélation (pas seulement pour nous j’imagine), ce sont les six mélodies de Marie Jaëll (1846-1925). Cette Alsacienne, née Marie Trautmann, fut une pianiste virtuose, à qui Liszt avait promis une grande carrière, qu’elle accomplit d’ailleurs conjointement avec son mari Alfred Jaëll, célèbre en son temps. Ses deux concertos pour piano ont été donnés et enregistrés et son œuvre entier pour piano existe au disque (par Cora Irsen). Amie de Saint-Saëns et de Fauré, autrice de beaucoup de musique de chambre, elle s’intéressa intensément à la pédagogie du piano, notamment au toucher, et ses écrits théoriques sur la psychophysiologie montrent un esprit pionnier.

    …

    …
    Personnage d’une énergie folle, désireuse avant tout de créer, contemporaine de Louise Farrenc ou de Mel Bonis, on la redécouvre (un peu) de nos jours après un long oubli. Schéma connu.

    …

    …


    …

    Marie Jaëll © Bibliothèque de Strasbourg

    …

    …

    D’abord on sera intrigué par le très insolite Rêverie sur un poème de Victor Hugo, qui semble errer dans une incertitude tonale, sur les arpèges très éthérés du piano, et non moins surpris par ses cinq mélodies en allemand, d’une puissance insensée _ c’est vrai _, sur des poèmes écrits par elle.

    …

    …
    Elles furent éditées en Allemagne en 1880. D’un romantisme tardif, dans la ligne de Brahms ou de Liszt, elles font appel à de grands moyens vocaux (Marina Rebeka les a) et à une tessiture d’une longueur redoutable. L’effusion amoureuse de Dein, l’intensité et la violence de Der Sturm, la légèreté puis la mélancolie de Die Vöglein, l’élan à la Schumann d’Ewige Liebe, le désespoir de Die Wang’ ist blass, toute cette aventure intérieure, qu’on peut penser autobiographique, Marie Jaëll la transpose puissamment, sans sensiblerie. Et Marina Rebeka la transmet avec noblesse, parfois avec virulence, parfois en suspendant le temps : souffle inépuisable, sûreté de la ligne vocale, limpidité du timbre, magnifiques pianissimi et jamais de sensiblerie… _ en effet.

    …

    La Russie de Viardot

    …

    …

    Les six mélodies russes de Pauline Viardot qui viennent ensuite ont des ambitions plus modestes, mais beaucoup de charme. Sans doute composées pendant le long exil à Baden-Baden du couple Viardot, et pour le public de leurs amis, elles mettent en musique des poèmes de Pouchkine, de Fet ou du cher Tourgueniev, ami tendre de Pauline, qui l’introduisit à la poésie russe. Ces romances, Maria Rebeka y met une délicatesse teintée de nostalgie. Et surtout cette voix d’une pureté lumineuse _ oui.  Elle sait plier ses grands moyens à l’intimité d’une confidence de salon. Mais c’est toute sa puissance qu’elle retrouve dans Invocation sur un poème de Pouchkine, et là Viardot atteint à une grandeur pathétique et à une ampleur dignes de tous ceux qu’elle a servis et du grand personnage qu’elle fut, elle qui créa la Rhapsodie pour alto de Brahms.

    …

    …


    …

    Pauline Viardot © D.R.

    …

    …

    Exotisme Troisième République

    …

    …

    On avouera que certaines des mélodies choisies semblent d’un intérêt plus anecdotique ou pittoresque. Mais quel chic dans la Chanson slave de Cécile Chaminade, et quel soin à tirer le meilleur d’autres partitions, d’un orientalisme d’époque, tel Désir de l’Orient (1871) de Saint-Saëns (le texte est de lui, qui mélange la terre chinoise, une sultane enivrée et de blancs minarets), Saint-Saëns qui à vingt ans rêvait d’Italie, assez banalement d’ailleurs (La Madonna col bambino, sur un texte de saint Alphonse de Liguori), et poursuivait son retour à une Italie fantasmée avec Alla riva del Tebro, nettement plus inspirée.

    …

    …

    Quant à Gounod, c’est dans une période de dèche à Londres, où il s’était exilé après la capitulation de Sedan, qu’il composa  pour se renflouer Perché piangi et Oh ! Dille tu. Il fallait plaire au public victorien en lui offrant un exotisme sans trop d’inattendu. Rebeka soutient ces partitions aimables avec panache.

    …

    …

    Cela dit, malgré tout le talent qu’elle y met, la mélodie de Widor reste un pensum…

    …

    …

    Passages obligés

    …

    …

    Mais ç’aurait été dommage de se passer de quelques mélodies fameuses, sous prétexte qu’elles le sont.
    L’Invitation au voyage (Baudelaire/Duparc) devient une pièce aérienne, se perchant sur les sommets de la voix. Marina Rebeka prend le parti d’en faire une grande chose, quasi un air d’opéra, vaste et radieux, et le toucher liquide _ oui _ de Mathieu Pordoy suggère à merveille les flots des canaux où flottent les vaisseaux…

    …

    …

    La Flûte enchantée, deuxième mélodie de Shéhérézade (Klingsor/Ravel), rayonne _ oui, comme jamais _ de sensualité et de transparence _ absolument… La voix dorée s’alanguit, portée par un souffle inépuisable. Les couleurs du piano, tout aussi voluptueuses _ oui ! _, sont à l’unisson.

    …

    …

    Les Roses d’Ispahan (Leconte de Lisle/Fauré) est d’un charme irrésistible _ oui _ et vaudrait le voyage à elle seule. La ligne serpentine de la mélodie, évoquant la silhouette de Leïla, la clarté du timbre, la diction distillée et impeccable (on ne perd pas un mot), le plaisir à séduire, les arabesques 1900, tout concourt à un plaisir teinté de mélancolie.

    …

    …

    Qu’en est-il aujourd’hui de cet Orient-là ?

    …

    …

    …

    voilà.

    …

    D’abord mozartienne, puis belcantiste, Marina Rebeka s’illustre depuis peu _ au contact de Mathieu Pordoy ?.. _ dans la musique française. Il y eut Thaïs à Monte-Carlo en janvier 2021, plus récemment La Vestale au Théâtre des Champs-Elysées, avec à paraître un enregistrement estampillé Palazzetto Bru Zane. Au disque, il y avait eu au printemps 2020 Elle, tout entier consacré à l’opéra français. Et voilà que le nouveau disque que la soprano lettone revient, toujours sous son label Prima Classic, dans un répertoire où l’on ne l’attendait pas forcément : la mélodie française _ voilà. Et pas avec orchestre, mais avec piano, et accompagnée par rien moins _ mazette ! _ que Mathieu Pordoy. Surtout, le programme ne se contente pas de parcourir tous les lieux communs et passages obligés, mais propose au contraire d’explorer des pages inconnues de la plupart des mélomanes _ oui ! Rien d’étonnant à cela si l’on sait que le choix des pièces a été guidé par les conseils avisés du susdit PBZ _ Palazzetto Bru-Zane… Il est heureux qu’une artiste du calibre de Marina Rebeka ait le courage de s’aventurer au beau pays des raretés, et jamais audace ne se sera avérée aussi fructueuse, puisque Voyage offre son lot de vraies révélations.

    …

    …

    La thématique de l’exotisme n’est certes pas d’une originalité folle, mais chacun conviendra qu’en dehors des « Roses d’Ispahan » et de l’incontournable « Invitation au voyage », à peu près tout de ce que l’on entend ici sort des sentiers battus _ en effet ; et c’est très très bien ! Même « La flûte enchantée », extraite de la Shéhérazade de Ravel, n’est pas si courante _ en effet _ dans sa version avec piano _ elle est absolument resplendissante. Et si le programme inclut un peu plus d’œuvres de compositrices que de compositeurs (14 plages sur 23), ce n’est pas simplement pour être dans l’air du temps. Le « Chant slave » de Cécile Chaminade est plein de caractère et de sauvagerie, et les mélodies de Pauline Viardot sur des poèmes russes dégagent un charme irrésistible. Quant à Marie Jaëll, à qui le Palazzetto avait consacré un alléchant livre-disque en 2016, le recueil de cinq Lieder qu’elle publia en 1880 sur ses propres textes en allemand est un authentique chef-d’œuvre _ oui _, une partition ambitieuse qui mériterait amplement de figurer aux côtés des plus belles réussites des maîtres du genre, et sa « Rêverie » n’est pas moins impressionnante, digne de voisiner avec Duparc. On l’aura compris, le programme inclut des mélodies en langue étrangère par des compositeurs français, Gounod et Saint-Saëns écrivant sur des paroles en italien (émouvant « Perchè piangi ? » du premier, superbe « Alla riva del Tebro » du second).

    …

    …

    L’auditeur sera d’abord surpris _ dés la première plage du CD, en effet… _ par les tempos très étirés adoptés sur ce disque : superposant son timbre au jeu scintillant _ oui !!! _ de Mathieu Pordoy, Marina Rebeka s’exprime dans un français de grande qualité, et la relative lenteur choisie pour certaines mélodies (le Duparc introductif, notamment _ oui : il surprend, en effet _, ou même « Désir d’Orient » de Saint-Saëns, dont on entend mieux que jamais la pulsation « arabe ») permet à sa voix de se déployer avec une grande sensualité _ oui. La soprano possède des ressources telles qu’elle parvient à conférer la fraîcheur nécessaire aux mélodies russes ou à « L’innamorata » de Pauline Viardot, aussi bien que leur caractère dramatique aux lieder de Marie Jaëll, d’une inventivité constante, et d’une ampleur quasi-wagnérienne en ce qui concerne le tumultueux « Der Strum ». Marina Rebeka s’y livre sans retenue et manifeste une expressivité et un dramatisme particulièrement remarquables _ oui. Heureux ceux et celles qu’une telle artiste a choisi de défendre : une nouvelle postérité leur appartient.

    …

    …

    Un très beau récital, donc.

    …

    Et la découverte du formidable talent au piano aussi _ quelle poésie ! _ de Mathieu Pordoy. 

    Ce qui vient excellemment éclairer aussi _ et réciproquement _ sa magistrale réussite en tant que chef de chant auprès des chanteurs.

    …

    Ainsi _ et j’y reviens encore ; tant j’ai de mal à m’en détacher présentement… _ que cela s’admire en ce final proprement miraculeux de sens _ intelligence et sensibilité admirablement réunies _ et de vie _ cf à nouveau la vidéo de l’enregistrement au mois de mars 2021_, où tous, y compris, et d’abord, le chef, dansent, et dans le plus juste tempo, si merveilleusement, de « L’Heure espagnole » de Maurice Ravel et Franc-Nohain, sous la formidable baguette de François-Xavier Roth dirigeant ses somptueux Siècles _ sur magnifiques instruments de l’époque de la création, en 1911…

    …

    …

    Bravissimo !

    …

    …

    Ce jeudi 22 juin 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa