Étiquette : Alexis Descharmes

  • Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut inspiré, avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) : la puissance et la gloire…

    Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut degré inspiré – composé de Yunpeng Zhao, violon 1, Léo Marillier, violon 2, Franck Chevalier, alto, et Alexis Descharmes, violoncelle – , avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre (!!!) sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928) de Leoš Janáček (Hukvaldy, 3 juin 1854 – Ostrava, 12 août 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) de Lucien Durosoir (Boulogne-sur-Seine, 5 décembre 1878 – Bélus, 4 décembre 1955)…

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    Avec toutefois, mais tout à fait indépendamment de la performance absolument magnifique des 4 musiciens du Quatuor Diotima, un énorme bémol – tout au moins pour ma part – : l’ineptie terriblement incroyable (mais hélas bien trop réelle) d’avoir laissé entrecouper les 4 mouvements des 2 Quatuors de Leoš Janáček et de Lucien Durosoir d’interventions musicalement totalement incongrues d’un récitant, en l’occurrence Mario Hacquard, déguisé d’abord en Janáček gominé, puis en Durosoir en habit bleu de poilu, et débitant pompeusement des extraits de lettres de délire érotique sénile de Leoš Janáček adressées à Kamila Stösslova dont il était tombé amoureux, puis de Lucien Durosoir adressées, du front de 14-18, à sa mère… Autant je peux apprécier la présentation d’un récitant discret, sur un ton purement informatif et neutre, de la musique à venir par un des musiciens-interprètes du concert, autant je suis absolument allergique à l’intervention théâtrale d’un comédien singeant affreusement le compositeur.

    Et dans le cas de Leoš Janáček, cela frôlait même dangereusement l’obscène.

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    D’abord, une lettre écrite – dans le silence de sa pensée – adressée à distance à un destinataire qui la lira – dans le silence aussi de sa propre pensée… – n’est absolument pas du registre de ce qui est dit dans la proximité de l’échange verbal de paroles ; et si Janáček s’est autorisé à écrire ces mots-là, c’est qu’il ne pouvait absolument pas les dire directement, face à face, à celle qu’il se disait alors à lui-même, à son écritoire, aimer et désirer… Ce que Janáček, en revanche, a fait de ces désirs éprouvés, c’est la sublime musique de cet extraordinaire Quatuor n° 2, d’abord intitulé « Lettres d’amour« , un titre bien vite rectifié, sur l’insistance de la destinataire, « Lettres intimes » : un amour de vieillesse jamais consommé…

    La musique transcende, et merveilleusement !, par un chef d’œuvre sublime, le sinistre et malheureux délire érotique sénile…

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    Dans le cas, de Lucien Durosoir et sa mère, la correspondance extrêmement affectueuse ne fait que poursuivre, en dépit de la distance de la séparation du fait de la guerre, le lien très puissant – et de toute leur vie – entre le fils et la mère, seulement distendu par la situation de la guerre qui les éloignait physiquement l’un de l’autre… Et qui ne donnera qu’après coup, de 1920 à 1934 – tant que sa mère vivra, infirme, et qu’il sera auprès d’elle – , les musiques si singulières que Lucien, jadis, avant 1914, violoniste virtuose, se mettra à composer dès 1920, et sans les publier : le public d’alors n’étant pas du tout prêt à les recevoir – Lucien Durosoir en avait une très claire conscience ! – pour les chefs d’œuvre que nous pouvons, désormais – le temps ayant passé, et la modernité ayant bien fait son chemin et son œuvre : Lucien Durosoir, né romantique, est pleinement moderne, et tourné vers l’avenir… – , pleinement y reconnaître…

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    Il n’empêche : dans un cas comme dans l’autre, ces deux musiques n’avaient pas à être aussi saugrement interrompues en leur fil si intense, si explosif et si continu aussi, dans chacun de ces deux sublimes chefs d’œuvre de la musique de chambre…

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    Mais il faut très chaleureusement féliciter Luc Durosoir, qui sert si admirablement l’œuvre sublime de son père Lucien, très volontairement laissée, par le compositeur, un durable temps endormie à reposer et mûrir – pour l’auditoire plus ouvert à venir – dans l’obscurité d’un tiroir dans la maison familiale de Bélus, de les avoir, une œuvre après l’autre, lui le fils, Luc, patiemment éditées, puis données à écouter en des concerts, et enfin enregistrées, toutes, en des CDs disponibles à l’écoute et à la reconnaissance de leur génie resplendissant dans le monde entier… 

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    Il y a deux ans, Luc Durosoir a fait le magnifique choix d’inviter, le 17 mai 2024 au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines – cf mon article rédigé ce soir-là : « Puissance et génie de deux chefs d’oeuvre incisifs de deux compositeurs éblouissants du XXe siècle : le Quatuor n°3 (de 1934) de Lucien Durosoir et le Quatuor n°1 (de 1954) de György Ligeti, par un stupéfiant d’intelligence et sensibilité Quatuor Tana pour un très marquant concert « Durosoir invite Ligeti » au Festival Lucien Durosoir (Mai musical 2024) en Chalosse… Une révélation pour beaucoup et un émerveillement pour chacun !« … – le beau Quatuor Tana – spécialisé surtout dans la musique la plus contemporaine – pour un admirable programme constitué du Quatuor n° 1 de György Ligeti (de 1954) et du Quatuor n°3 de Lucien Durosoir (de 1934)…

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    Et c’est à nouveau un formidablement merveilleux choix d’inviter, ce 1er mai 2026, à nouveau au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, le Quatuor Diotima – excellentissime lui aussi dans le répertoire de la musique la plus contemporaine !.. Que l’on consulte sa passionnante discographie… – pour ce sublime programme composé des extraordinairement puissants Quatuors n° 2 de Lucien Durosoir (de 1922) et Leoš Janáček (de 1928), ce Quatuor Diotima qui avec son merveilleux CD Alpha 125 « Lucien Durosoir – quatuors à cordes » – les interprètes, au mois de décembre 2007, à La Borie, en sont : Naaman Sluchin et Yun-Peng Zhao, violons ; Franck Chevalier, alto ; ter Pierre Morlet, violoncelle ; et le CD était paru le 1r juin 2008… – m’a fait immédiatement m’enthousiasmer, dès la première écoute (!), pour cette musique si formidablement intense et puissante de Lucien Durosoir : cf mon article « Musique d’après la guerre« , en date du 4 juillet 2008 ; et que je propose ici à la fois dans sa version initiale de ce 4 juillet 2008, et dans sa version complétée du 28 juin 2020…

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    Le temps passant, et les interprétations au concert, au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, le 17 mai 2024, par le Quatuor Tana – Antoine Maisonhaute, Ivan Lebrun, violons ; Takumi Nozawa, alto ; Jeanne Maisonhaute, violoncelle – , du Quatuor n°3 en si mineur (de 1934), et puis ce 1er mai 2026, par le Quatuor Diotima, du Quatuor n°2 en ré mineur (de 1922) de Lucien Durosoir, ne font que renforcer, et plus qu’au centuple, ma certitude du génie exceptionnel (!!!) et très singulier de Lucien Durosoir, dont rien dans la musique française, n’atteint à un tel degré d’intensité et puissance tragique de sublimité – dans mes 2 contributions « Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 ; la singularité Durosoir » et « La Poésie inspiratrice de l’œuvre musical de Lucien Durosoir : romantiques, parnassiens, symbolistes, modernes » données au colloque « Lucien Durosoir. Un compositeur moderne né romantique » au Palazzetto Bru-Zane à Venise le 21 février 2011, j’ai convoqué les noms de Beethoven et de Michel-Ange (ses longues et très puissantes colossales formes serpentines) pour proposer une sorte d’équivalence de puissance de création à celle, si singulière, donc, de Lucien Durosoir ; cf aussi les indications de mon article du 12 octobre 2022 : « La correspondance de guerre (1914 – 1919) de Lucien Durosoir et sa mère Louise, « Ma Chère Maman, mon Cher Enfant », à paraître le 11 novembre prochain chez Blackwater Press, à Charleston, West-Virginia, traduite en anglais par Elizabeth Auld…« …

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    Et je n’en admire que davantage la puissance –  aussi – de choix – quelle énergie ! quelle superbe inventivité ! – de Luc et Georgie Durosoir de composer leurs programmes, non dans un horizon musical passéiste, mais bien un horizon d’avenir pour notre XXIe siècle : cette dimension d’avenir qui était déjà si chère, vraiment, à Lucien Durosoir…

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    Et j’attends donc – et espère très vivement ! – que le programme des concerts de l’année prochaine au château Mombet associera à nouveau au génie si puissant et si singulier de l’œuvre de Lucien Durosoir (1878 – 1955) l’œuvre d’un compositeur aussi génial et d’avenir que le sont Leoš Janáček (1864 – 1928) et György Ligeti (1923 – 2006) : pourquoi pas l’extraordinaire György Kurtag (né à Lugo le 19 février 1926, et encore vivant…) ?.. Tant le génie propre de Lucien Durosoir a d’affinités avec le génie de ces magnifiques compositeurs d’Europe centrale…

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    Une dernière remarque sur la très belle prestation hier soir des Diotima au château Mombet de Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse – tout près de la maison familiale de Lucien Durosoir à Bélus, et de Peyrehorade – :

    en forme d’apaisant et mélodieux final de ce concert, après le déchainement de ces tempêtes tragiques sublimes des 2 chefs d’œuvre de Lucien Durosoir (de 1922) et Leoš Janáček (de 1928), les Diotima nous ont offert une très belle transcription pour quatuor à cordes de la délicieuse mélodie « Les Berceaux » (Op. 23 n°1) de Gabriel Fauré (1845 – 1924) –  dont voici une belle vidéo (de 3′ 04) de l’interprétation de Sandrine Piau avec Susan Manoff : ces ravissants « Berceaux » de Gabriel Fauré se trouvant aussi à la plage 6 de leur CD Naïve 5250 « Après un rêve » – enregistré à Grenoble en juin 2010…

    Sur le choix de ce bis très contrasté de la mélodie de Gabriel Fauré après les deux Quatuors si tourmentés et étourdissants de Janáček et Durosoir, j’ai échangé quelques mots après le concert avec Franck Chevalier, dont le jeu à l’alto, très profond et charnel, est spécialement magnifique… Le public était ravi…

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    Ce samedi 2 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un passionnant et intense « Labo du chanteur » (= travail de mise en place d’une interprétation musicale) de Thomas Dolié, baryton, avec Stéphane Trébuchet au piano, autour des deux premières « Chansons madécasses » (1925) de Maurice Ravel : une assez singulière beauté à attraper…

    Assister, voire participer si peu que ce soit

    _ pour ma part je me souviens tout spécialement des séances d’enregistrement à l’abbatiale de Saint-Michel-en-Thiérache, l’été 1995, pour le CD EMI-Virgin « Un Portrait musical de Jean-de-La-Fontaine« , sous la direction formidablement compétente (et magnifiquement exigeante !) de Nicolas Bartholomée à la table numérique, dans la sacristie ; un CD dont, « conseiller artistique » d’Hugo Reyne et La Simphonie du Marais, j’étais le co-auteur du programme (ainsi que de 90% du texte de présentation du livret), à partir d’un an de passionnantes recherches sur l’œuvre intégral (en deux volumes de La Pléiade) de Jean de La Fontaine, eainsi que sur l’œuvre musical de Marc-Antoine Charpentier ; cf mon article du 3 jullet 2020 : « « … _

    au travail de mise en place, en vue d’un concert et plus encore d’un enregistrement discographique,

    est absolument passionnant :

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    nous pénétrons alors au plus vif et sensible, frémissant (et fragile) de la chair la plus intime des œuvres qu’il s’agit d’interpréter, porter, et servir au mieux…

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    Or c’est exactement à cela que hier à 17 heures, à la Machine à Musique – Lignerolles, Thomas Dolié _ cf ici la merveilleuse vidéo (de 3′ 21) du final délicieusement somptueux autant que malicieux de « L’Heure espagnole«  sous la direction de François-Xavier Roth, dans lequel (« Un financier et un poète« …) est ô combien manifeste le génie éclaboussant de Ravel ! : Thomas Dolié y est Ramiro, le brave muletier qui « dans les déduits d’amour a (lui aussi, mais oui) son tour« … _ a généreusement et très simplement, et même très humblement, convié à assister le public pour son « Atelier du chanteur » _ cf cette vidéo de présentation (de 1′ 58), enregistrée le 24 février 2020 _, avec le pianiste Stéphane Trébuchet, en son exigeante  préparation, en cours, d’un enregistrement des 3 « Chansons madécasses » (avril 1925 – avril 1926) de Maurice Ravel, dans le cadre d’une très prochaine Intégrale discographique de la musique avec piano de Ravel par François-Xavier Poizat (Grenoble, 18 août 1989), à paraître cette année-ci, 2024, pour l’excellent label Aparté, que dirige l’excellent Nicolas Bartholomée…

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    « Les Chansons madécasses » ne sont certes ni le plus couru, ni le plus aisé non plus, des recueils de mélodies de Maurice Ravel :

    commandé par l’américaine Elisabeth Sprague Coolidge (Chicago, 30 octobre 1864 – Cambridge, 4 novembre 1953), cette œuvre singulière et audacieuse de Maurice Ravel _ réalisée d’avril 1925 à avril 1926 : la troisième pièce a même dû être rajoutée afin d’adoucir l’effroi de l’impression produite par les deux premières ; et selon les termes de la commande passée, pour Elisabeth Sprague Coolidge par le violoncelliste Hans Kindler, l’effectif assez singulier de la pièce (d’une durée d’environ 10′), devait comporter, en plus de la voix, un violoncelle, une flûte et un piano : ce fut donc là la base même de ce travail très original de composition de Ravel qui a aboutira aux 3 « Chansons madécasses« , ce chef d’œuvre tout à fait singulier, j’y insiste, de Maurice Ravel, selon ses propres dires… _, a été composée sur un choix bien précis par Ravel lui-même de 3 poèmes en prose _ mais oui ! parmi les tous premiers… _ d’Évariste de Parny (Saint-Paul, La Réunion, 6 février 1753 – Paris, 5 décembre 1814), de 1787 : pour répondre à l’effectif même, très original donc, de la commande …

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    Cf déjà, ici, la très précieuse note, à la page 1009 de l’indispensable « Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel » publiée par Manuel Cornejo, se référant ici au très précieux « Maurice Ravel » de Roland Manuel _ à la page 118 de l’édition de 1948 dont je dispose ; dans l’édition originale de 1938, c’était à la page 166.

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    Et c’est Roland-Manuel lui-même que je lis donc ici, en son récit de 1938 :

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    « Amateur décidé des bibelots façonnés sous la Révolution, le Directoire, l’Empire et la Restauration, Ravel avait acquis, lors de son installation à Montfort, entre une pendule gothique de 1820 et une théière étrusque, les œuvres complètes d’Évariste Parny en édition princeps. Comme il feuilletait le poème des Fleurs :

    L’Ognon préfère un sol épais et gras,

    Un sol léger suffit à la semence.

    Confiez-lui votre douce espérance

    Et de vos fleurs les germes délicats…

    il reçut d’Amérique un câblogramme du violoncelliste Kindler qui lui demandait de composer, à l’intention de Mme Elisabeth S. Coolidge, un cycle de mélodies avec accompagnement, « si possible » de flûte, de violoncelle et de piano« .

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    Et Roland-Manuel alors de poursuivre :

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    « Toujours heureux, en bon mozartien, de se plier à un jeu dont une volonté étrangère avait fixé les règles, le musicien poursuivit bravement sa lecture de Parny, bien décidé à imposer aux chants du « Tibulle français » la compagnie d’un piano, d’une flûte et d’un violoncelle. Séduit par un exotisme très particulier et de tout point conforme à ses goûts, puisque la couleur locale en est quasiment absente, son choix s’arrêta sur les cinquième, huitième et douzième chansons madécasses.

    De cette gageure est née la meilleure musique de chambre qui soit sortie de ses mains depuis la guerre : « Les trois Chansons madécasses me semblent apporter un élément nouveau, dramatique _ voire érotique _, qu’y a introduit le sujet même des chansons de Parny. C’est une sorte de quatuor où la voix joue le rôle d’instrument principal. La simplicité y domine. L’indépendance des parties [s’y affirme] que l’on trouvera plus marquée dans la sonate [pour violon et piano] » _ très précieux extrait de l’Esquisse biographique dictée par Ravel à ce même Roland-Manuel, à Monfort-l’Amaury, le 10 octobre 1928 (note de Manuel Cornejo à la page 1437 de son indispensable édition de l’Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel).

     Réduite ici à ses éléments essentiels, primitifs, mélodie, rythme et timbre, la musique échappe complètement à la tyrannie des accords. Et pendant que Ravel s’amuse à faire à rebours le chemin parcouru par les compositeurs de jazz ; pendant qu’il y découvre la musique nègre en partant du rythme syncopé et de la juxtaposition des médiantes majeure et mineure ; pendant que son violoncelle se divertit à contrefaire la calebasse en sons harmoniques pizzicato, son lyrisme, amoureux de la belle Nahandove, quitte un instant pour cette Vénus exotique les enchantements de la féérie, les tréteaux de la comédie et chante pour une fois l’ardeur des voluptés terrestres« …

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    Cf aussi le très détaillé chapitre intitulé « Désaveux » que, aux pages 576 à 590, en son admirable et inégalé « Maurice Ravel » _ paru aux Éditions Fayard en octobre 1986 _ consacre à ces « Chansons madécasses » Marcel Marnat (Lyon, 6 juillet 1933 _ Marcel Marnat a maintenant 90 ans)…

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    Sur les péripéties à rebondissements de la composition et création de ces 3 « Chansons madécasses » de Maurice Ravel, on peut aussi s’attacher au très intéressant détail résumé en cette notice :

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    Maurice Ravel 1925

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    Les Chansons madécasses sont un cycle de trois mélodies (Nahandove – Aoua – Il est doux) composées par Maurice Ravel entre 1925 et 1926 pour voix moyenne (mezzo ou baryton), flûte, violoncelle et piano, sur des poèmes en prose éponymes, les Chansons madécasses d’Évariste de Parny.

    Elles sont dédiées à Elizabeth Sprague Coolidge, mécène américaine du musicien. Le compositeur, à la fin de sa vie créatrice, répéta à plusieurs reprises que de toutes les œuvres qu’il avait composées, c’est de ces Chansons qu’il était le plus fier. L’œuvre porte la référence M.78, dans le catalogue des œuvres du compositeur établi par le musicologue Marcel Marnat. La durée d’exécution de l’œuvre oscille entre treize et quatorze minutes.

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    Histoire de l’œuvre

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    La création s’est faite en plusieurs étapes : tout d’abord, la seule seconde des Chansons madécasses, Aoua, a été donnée lors de deux auditions privées organisées par la commanditaire et dédicataire Elisabeth Sprague Coolidge, le 24 mai 1925 à l’Hôtel Majestic de Paris, puis le 28 mai 1925 à Londres, les deux fois avec pour interprètes Jane Bathori au chant, Maurice Ravel en personne au piano, Louis Fleury à la flûte et Hans Kindler au violoncelle _ Hans Kindler, l’intermédiaire d’Elisabeth Sprague Coolidge pour cette commande à Maurice Ravel. Lors de l’audition parisienne, le compositeur Léon Moreau a protesté à haute voix contre les paroles _ violemment anticolonialistes (nous ne sommes pourtant qu’en 1787 !) du poème en prose du réunionnais Parny : celui-ci donnant ici la parole à des indigènes vivant « libres« , mais prévenant leurs frères « habitants du rivage«  de la menace d’« esclavage«  que feront peser sur eux de prochains colonisateurs blancs : « Méfiez-vous des blancs, habitants du rivage« … _ de la mélodie, pourtant bissée par les interprètes.

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    L’année suivante, une fois achevées les 1ère et 3ème Chansons madécasses _ « Nahandove«  et « Il est doux« ...  _, le cycle entier a été donné lors d’auditions privées pour les invités de la mécène Elizabeth Sprague Coolidge, le 8 mai 1926 à l’Académie américaine de Rome, puis le 21 mai 1926 au Palais d’Egmont de Bruxelles, les deux fois avec pour interprètes Jane Bathori au chant, Alfredo Casella au piano, Louis Fleury à la flûte et Hans Kindler au violoncelle ; et aussi le 13 juin 1926 à la Salle Érard de Paris, avec les mêmes interprètes à une exception près, le flûtiste, Urbain Baudouin qui remplaça Louis Fleury, initialement prévu mais décédé entre-temps prématurément _ le 10 juin 1926.

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    La première audition publique des trois Chansons madécasses date du 15 octobre 1926 à la Salle Érard à Paris, lors d’un « Festival Maurice Ravel » organisé par la Société musicale indépendante (SMI), avec pour interprètes Joy Mac Arden au chant, Vlado Perlemuter au piano, Gaston Blanquart à la flûte et Tony Close au violoncelle.

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    La première édition chez Durand est accompagnée de gravures de Luc-Albert Moreau.

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    Le premier enregistrement connu est celui _ pour le label Polydor _ de Madeleine Grey, cantatrice très estimée du compositeur, en 1932 :

    « Depuis la création parfaite de Jane Bathori, il y a déjà bien des années _ 1925 et 1926 _, cette œuvre fort difficile _ sic _ a été reprise par beaucoup d’artistes, et non des moindres : aucune, sinon M. G. [Madeleine Grey], n’en a rendu aussi fidèlement le caractère _ voilà ! C’est elle que j’ai choisie récemment lorsque la Société Polydor m’a demandé d’enregistrer ces 3 pièces en me laissant le choix des interprètes« , a écrit Ravel le 5 janvier 1933 (in l’ »Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel » publiée par Manuel Cornejo, page 1301.

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    Musique

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    Ravel _ bibliophile éminent et passionné ! _ s’enthousiasma pour les poèmes _ publiés d’abord en 1787 _ de Parny dont le contenu était conforme à ses propres convictions _ anticolonialistes, sinon érotiques… Le style extrêmement dépouillé _ oui _ qu’il adopta pour cette musique s’inscrit dans la suite de sa Sonate pour violon et violoncelle _ créée le 6 avril 1922. Dans cet esprit, cette œuvre n’est pas sans rappeler la Sonate pour flûte, alto et harpe de Claude Debussy, composée quelque dix ans plus tôt.

    « Les Chansons madécasses me semblent apporter un élément nouveau – dramatique voire érotique – qu’y a introduit le sujet même de Parny. C’est une sorte de quatuor _ voilà ! _ où la voix joue le rôle d’instrument principal _ c’est très clairement affirmé là. La simplicité y domine. L’indépendance des parties _ et c’est bien là un point en effet capital ! Et qu’ont fort bien souligné Thomas Dolié et Stéphane Trébuchet dans leur travail de mise en place des deux premières mélodies… _ s’y affirme. » (Maurice Ravel, Esquisse biographique, 1928 _ disponible en entier aux pages 1437 à 1441 de l’indispensable « Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel » publiée par Manuel Cornejo _)

    La chaleur et l’érotisme _ insidieusement torride _ de Nahandove et de Il est doux et la virulente dénonciation _ on ne peut plus claire et directe _ du colonialisme de Aoua font des Chansons madécasses une œuvre engagée _ assurément ! _ de Maurice Ravel, en même temps que sa meilleure réussite dans le genre.

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    Fin de citation de cette commode notice de Wikipédia.

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    À mes modestes oreilles et goût personnel,

    l’interprétation la plus juste et séduisante _ jusqu’ici du moins ; et j’ai ré-écouté pas mal d’interprétations présentes en ma discothèque personnelle : de Gérard Souzay à Jessye Norman et Christa Ludwig ; et je mets à part ici la vraiment excellente, d’intelligence de ces mélodies, Janet Baker, avec le Melos Ensemble conduit par Bernard Keeffe, en 1966 : écoutez ce podcast… _ de cet assez malaisant, intriguant et déroutant recueil de 3 mélodies (« Nahandove« , « Aoua« , de 1925, et « Il est doux« , de 1926) des « Chansons madécasses« , est celle, superbe de netteté et expression directe _ très justement dénuée d’affèteries : ouf ! _, du baryton Stéphane Degout _ une fois encore parfait d’intelligence et de la musique et des paroles du texte qu’il chante ! Quel mélodiste ! _, dans le très beau CD « Histoires naturelles » B-Records LBM 009, avec le piano de Cédric Tiberghien, le violoncelle d’Alexis Descharmes et la flûte de Matteo Cesari _ enregistré live à Paris, au Théâtre de l’Athénée, le 23 janvier 2017.

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    On trouve aussi et surtout sur le Net une magnifique vidéo (de 15′ 23) de ces interprètes dans ces, toujours très surprenantes, « Chansons madécasses«  _ sauf que, lors de ce concert, superbe lui aussi !, donné au Théâtre de la Bastille, à Paris, le 27 mai 2015, le piano était cette fois tenu, non par Cédric Tiberghien, mais par Michaël Guido.  Qu’on en juge ici même…

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    Au terme du travail de cette soirée, hier, de mise en place de « Nahandove » et « Aoua« ,

    la performance de Thomas Dolié (et Stéphane Trébuchet assumant au piano les trois parties de flûte, violoncelle et piano) était impressionnante de finesse-subtilité, fluidité dans la tenue de souffle de la courbe mélodique, puissance de projection, parfaite intelligibilité, bien sûr, et, au final, majestueuse et intense intime expressivité et beauté : assez singulière en sa redoutable exigence pour parvenir à vraiment bien l’attraper et porter…

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    En somme,

    un très fructueux travail dont nous avons été les très humbles spectateurs-témoins admiratifs…

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    Ce dimanche 12 mai 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Savoir (très bien) chanter français : Stéphane Degout, « Histoires naturelles »

    Le CD B Records LBM006 des Histoires naturelles,

    du baryton Stéphane Degout,

    accompagné par Cédric Tiberghien, au piano, Alexis Descharmes, au violoncelle, et Matteo Cesari, à la flûte,

    enregistré en public le 23 janvier 2017 à l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, à Paris,

    est un modèle parfait _ et très sobre _ de l’art de chanter _ et dire _ en français.

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    Au programme ,

    25 poèmes d’Apollinaire (dont Le Bestiaire) mis en musique par Francis Poulenc ;

    et les Histoires naturelles de Jules Renard, mises en musique par Maurice Ravel. 

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    Un pur enchantement de perfection du chant.

    A déguster sans modération.

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    Ce mardi 27 mars 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa