Un point de vue qui passionne bien sûr, en plus du mélomane et de l’interprète que tu es, à la viole, au hautbois, l’observateur professionnel, rhumatologue, des postures de musiciens que tu es aussi.
Mais, ce n’est pas sur les gestes et expressions des interprètes que se centre la priorité de mon attention personnelle de simple mélomane passionné,
mais aux tentatives de saisie au plus juste de l’œuvre musicale même, « en son esprit » dirais-je,
c’est-à-dire telle qu’elle est sortie de l’écriture improvisée, au plus vif de son inspiration, du génie créateur du compositeur…
Car tel est bien l’objet de mon désir de mélomane…
Un idéal souvent visé par certains interprètes, jamais atteint bien sûr par aucun – lire là-dessus Harnoncourt…
D »où l’intérêt pour le mélomane et discophile de découvrir toujours de nouvelles interprétations qui s’en approcheraient davantage,
ou qui seraient autrement révélatrices de l’essence même de l’œuvre, d’abord pour le compositeur lui-même :
ce de quoi se rapprochent certains chefs d’œuvre d’interprétations, que je privilégie, au disque, pour cette profonde et honnête humilité-là de leur part…
D’où ma préférence toute personnelle peut-être pour le medium seulement audio du disque, en cette visée-là de ma part,
même si je conviens que des vidéos peuvent être elles aussi intéressantes – mais pour ce qu’elles pourraient révéler de la musique même, et pas des interprètes – pour cet essai de saisie « idéale » de l’œuvre ;
et il m’arrive en effet d’utiliser aussi des vidéos de youtube, par exemple, bien sûr, pour des opéras – mais l’opéra, lui, n’est pas seulement musical, c’est un spectacle fondamentalement spectaculaire, pour les yeux aussi… ; et pour ma part, j’appréciais davantage, voilà, des interprétations d’opéras en mode oratorio…
Mais beaucoup moins pour la musique instrumentale…
Car je crains en effet, pour ma part, que centrer l’attention de mon regard sur les images des postures des interprètes au travail ne me détourne un peu trop de l’écoute de la musique elle-même, et de l’appréhension que je recherche personnellement de l’œuvre telle qu’elle est sortie de l’écriture du compositeur…
Ce ne sont donc certainement pas les interprètes qui m’intéressent en priorité, ni même leur travail, et encore moins leur virtuosité – parasite, auto-centrée qu’elle est bien trop souvent !.. – , mais l’œuvre elle-même…
Ce que permet l’écoute très attentive seulement audio du disque…
Pour moi, la mission unique (!) d’un interprète-musicien, est de servir, avec humilité et tout le sérieux nécessaire, au plus juste et du mieux qu’il le peut, l’œuvre même,
et pas du tout se servir d’elle…
Francis
…
Se centrer donc, soi-même auditeur – à son tour, et en bout de chaîne de telles successives médiations… – , de la musique, sur la priorité de l’appréhension de l’oreille, et de l’écoute en priorité, quitte à même se fermer les yeux pour mieux écouter… :
l’interprétation par les musiciens-interprètes d’une œuvre musicale ne devant être que la plus probe et humble possible médiation, par eux, nous rapprochant, interprètes eux-mêmes comme nous auditeurs-mélomanes, de la respiration essentielle de l’œuvre elle-même issue, un jour passé, du génie singulier et admirable, confondant, du compositeur…