Étiquette : art du risque

  • Deux approches antinomiques de l’interprétation (et en l’occurrence du piano de Schubert) : le probe et incisif Can Çakmur et l’auto-centré et narcissique Arcadi Volodos très justement saisis par la lucidité de Jean-Charles Hoffelé en son article « Doublé »…

     C’est avec grand plaisir que je viens de constater la concordance du point de vue de Jean-Charles Hoffelé – à la lucidité coutumière… – en son article « Doublé » d’hier 2 juin consacré à  la confrontation de 2 récents CDs « Schubert » sous les doigts, l’un, du probe et incisif – toujours intéressant – Can Çakmur, et l’autre, de l’auto-centré et narcissique – toujours insupportable et sirupeux – Arcadi Volodos,

    avec le mien, par exemple en mon article « Can Çakmur poursuit sa passionnante série d’exploration-confrontations-interprétation du répertoire schubertien « Schubert + », en associant cette fois-ci les « Waldszenen » Op. 82 et les « Drei Phantasiestücke » Op. 111 de Robert Schumann à la Sonate pour piano D 850 de Franz Schubert…. » en date du 17 mars dernier, et, par exemple aussi, en mon article « Pour alourdir le dossier d’Arkadi Volodos, ou « l’insupportable lourdeur du paraître »… » en date du 4 février 2025…

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    Et déjà les images en couvertures des 2 CDs annoncent très clairement la couleur…

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    Voici donc cet article « Doublé » de Jean-Charles Hoffelé, qui m’a bien réjoui – cf mes farcissures en rouge – :

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    DOUBLÉ

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    Hasard du calendrier des parutions ou effet de l’air du temps ? La grande Sonate en ré majeur – D. 850 – de Schubert confronte deux visions – voilà… Can Çakmur risque bien d’atomiser – que oui ! – son glorieux aîné – né en 1972– : la tempête homérique de son Allegro vivace cloue au sol face à l’entrée pondérée du pianiste russe, et le développement fabuleux, gorgé de couleurs que le pianiste turc tient dans ce tempo fou atomise le chant prudent d’Arcadi Volodos.

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    Il y a du Richter chez Can Çakmur, cette manière de proclamer, d’aller au feu sans ciller, d’oser ce qui manque tant aujourd’hui, l’art du risque, l’ivresse de l’exaltation – et j’abonde bien sûr en ces divers qualificatifs de Jean-Charles Hoffelé. Je l’avoue, les qualités musicales de la proposition d’Arcadi Volodos, même la beauté – narcissique : l’ai-je bien descendu, ce grand escalier sous les sunlights ?.. – de son toucher, ont cédé à l’instant face aux emportements de son cadet – de 25 années : Can Çakmur, lui, est né en 1997.

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    Mais il n’y a pas que l’impact immédiat – des touchers – : Can Çakmur construit – vraiment – sa Sonate – le Con moto ne traîne pas, le Scherzo est tout panache, et le Rondo ignore la joliesse – ouf, ouf, ouf ! « joliesse«  d’Arcadi Volodos : comme c’est parfaitement vu ! – , lui préfère le brio –tout vif ! – jusque dans des audaces d’ornements qui sont la signature du – passionnant – cycle Schubert + du jeune homme – mais oui ! – , les quatre volets sont cohérents – alors qu’Arcadi Volodos savoure – dans son pauvre miroir de Narcisse… – sa Sonate, se la joue comme pour lui – non : vraiment pour lui ! – , y musarde – superficiellement – , ignorant le ton visionnaire, et quasi les enjeux de l’œuvre – à un degré carrément insupportable. Admirable piano qui s’écoute d’abord lui-même – voilà – avant de donner à entendre – l’œuvre même du compositeur. Et il y a bien longtemps que j’exècre ce pianiste narcissique…

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    Le contraste – entre les deux interprètes – se poursuit chez Schumann, choisi par l’un comme par l’autre. Pour Can Çakmur c’est resté fidèle à son projet de Schubert+ qui propose à chaque nouveau volume des jeux de mise en regard – voilà : d’opportune et inventive décentration dans la confrontation aux œuvres ainsi ajoutées -, pour Arcadi Volodos probablement le simple plaisir de musarder – lui , et pas nous – dans des Scènes d’enfants délicieuses et illico oubliées – évidemment : rien que de la superficielle joliesse, comme pour de fugaces concerts… –  : la magie de Clara Haskil et son imaginaire chatoyant lui manquent.

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    Vives, légères et pourtant un peu inquiètes, aux contrastes subtils, les Waldszenen du pianiste turc – lui va aux œuvres en leur, chaque fois, singularité… – sont neuf contes joués avec une imagination – voilà – colorée, qui vont de l’illustration à la pure étrangeté de cet Oiseau vraiment prophète. Magnifique et surtout mystérieux, j’y reviens sans cesse, comme à la tempête déjà quasi-brahmsienne qui ouvre les Drei Phantasiestücke. Ecoutez le chanteur de la Deuxième, voyez le paysage rhénan de la Troisième, coda d’un fabuleux album – voilà, c’est dit ; et le contraste avec le narcissisme superficiel de l’autre est accablant pour le pauvre vieux beau qui s’écoute jouer…

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Schubert+
    Vol. 6

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    Franz Schubert (1797-1828)

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    Sonate pour piano [No. 17]
    en ré majeur, D. 850
    “Gasteiner”

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    Robert Schumann
    (1810-1856)

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    Waldszenen, Op. 82
    3 Phantasiestücke, Op. 111

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    Can Çakmur, piano

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    Un album du label BIS Records 2760
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    Franz Schubert (1797-1828)

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    Sonate pour piano [No. 17]
    en ré majeur, D. 850
    “Gasteiner”

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    Robert Schumann
    (1810-1856)

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    Kinderszenen, Op. 15

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    Arcadi Volodos, piano
    Un album du label Sony Classical 196658879292

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    Photo à la une : le pianiste turc Can Çakmur – Photo : © DR

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    Servir l’œuvre – rien qu’elle, et elle seule ! – du compositeur, avec probité et incisivité, comme au moment de l’improvisation-découverte émerveillée de son écriture par le compositeur lui-même,

    tel est le devoir sacré, l’alpha et l’omega, de tout interprète, tant au concert qu’au disque…

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    Et c’est ce à quoi s’emploie fort bien, avec courage, foi, et probité, le jeu, de fougue aussi, quand il le faut, de Can Çakmur en ce sixième CD de sa série Schubert + (ici + Schumann),

    ce CD Bis 2760 SACD – enregistré du 18 au 22 septembre 2023 (Schumann) et du 18 au 12 avril 2024 (Schubert) à Hanovre…

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    Bravo à lui !

    Et à suivre…

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    Ce mercredi 3 juin 2026 , Titus Curiosus – Francis Lippa