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  • La désobéissance patiente de l’essayeur selon Georges Didi-Huberman : l’art du monteur dans « Remontages du temps subi »

    C’est avec une jubilation que je veux partager ici
    que je m’enrichis du second volet du remarquable travail de Georges Didi-Huberman L’Œil de l’Histoire

    …
    _ cf à propos de son premier volet (à propos du livre d’images de Brecht), Quand les images prennent position,

    mon article du 14 avril 2009 : L’apprendre à lire les images de Bertolt Brecht, selon Georges Didi-Huberman : un art du décalage (dé-montage-et-re-montage) avec les appoints forts et de la mémoire activée, et de la puissance d’imaginer… _,

    …

    intitulé, cette fois : Remontages du temps subi

    et portant sur deux travaux d’efforts de lisibilité (cinématographique, pour l’essentiel _ et cela, par un travail très précis, très sobre et très probe ! de « re-montage« , quasi exclusivement, précisément ! _) du « temps subi » _ tragiquement par les victimes des violences (« subies« , donc…) : dans le silence et une volonté technique efficace d’« effacement«  même des faits : « Circulez ! Il n’y a rien à voir«  !.. _ dans l’Histoire :

    …

    _ 1°) l’effort de Samuel Fuller,

    filmant d’abord (« en toute innocence« , en 1945 ; face à la découverte, non esquivée, d’un tel « inimaginable » ! _ c’est le mot qui vient à Robert Antelme en son récit de L’espèce humaine, page 302 : comme il est rapporté ici page 32…) _,

    Fuller étant un tout simple caporal de l’armée américaine,

    filmant _ sans le moindre commentaire qui vienne accompagner les images… _ la « libération » par les Alliés du camp de concentration de Falkenau ;

    puis revenant, quarante-trois ans plus tard _ devenu « cinéaste » mondialement reconnu… _, sur cette « expérience » filmique de 1945, en 1988, dans le film _ et à la demande expresse ! _ d’Emil Weiss, Falkenau, vision de l’impossible :

    en une « tentative » d’ »en faire un montage » qui soit _ sobrement (et très probement !) « re-monté« … _ un peu plus « doué de sens«  pour le public _ moins « innocent » lui-même, certes, désormais ; et même en voie de « saturation« … _ de maintenant : et cela, tant en 1986, au moment de la décision (d’Emil Weiss) d’entreprendre la réalisation d’un tel projet _ le film Shoah de Claude Lanzmann venait de sortir en 1985 _ ; que, a fortiori, aujourd’hui, en 2010 : l’Ère du témoin étant en voie de s’achever…),

    ainsi qu’ »une « brêve leçon d’humanité »…

    …

    Georges Didi-Huberman est, bien sûr !, extrêmement précis _ son travail est par là passionnant ! _ :

    …
    « Emil Weiss convainquit Samuel Fuller de réfléchir à une façon de rendre _ « vraiment«  ! et cinématographiquement _ visible le film _ muet, donc : vierge de commentaire… _  de 16 mm tourné _ »en toute innocence« , par le caporal (trentenaire) d’alors : face à un tel « inimaginable » pris « en pleine poire » !.. _ à Falkenau en 1945 ; auquel il fallait, évidemment, offrir des conditions _ cinématographiques _ telles qu’on pût _ par un nouveau montage (= « re-montage« , donc…) le plus probe possible ! _ le rendre _ « vraiment« … _ lisible _ aux spectateurs « de maintenant«  ; c’est-à-dire d’alors... C’était à Paris en 1986. Le film Shoah de Claude Lanzmann venait _ après les chefs d’œuvre  de Marcel Ophuls _  de rendre au cinéma une nouvelle valeur d’usage _ expression à, bien sûr, prendre en compte _ en tant que valeur de témoignage _ direct _ sur la question des camps. En même temps, le négationnisme avait pris des proportions assez inquiétantes pour qu’au-delà de l’indignation il faille reprendre la lutte _ pour la manifestation de la simple « reconnaissance » des faits ! (= de la vérité !) _ sur le plan historiographique lui-même« , page 48.

    …
    « Emil Weiss procéda à l’inverse de Lanzmann en orientant le témoignage du vieil homme _ Samuel Fuller (12 août 1912 – 30 octobre 1997) a, en 1988, 76 ans _ non pas sur des questions préalables _ grosso modo préparées _, mais sur un face-à-face _ voilà ! _ direct _ et filmé (= saisi, capté, et conservé ! à son tour ; dans le « tremblé«  de ce dont ce « face-à-face«  avec les premières images (brutes) témoigne, puissamment, à son tour : en une probité qui n’est plus celle de la naïveté (vierge) de l’« innocence«  première de 1945 ; et qu’une référence (pages 57-58) à de très fines analyses de Serge Daney (in Persévérance), sur la complexité de ces diverses modalités  d’« innocence(s) du regard« , éclaire excellemment…) _ avec les images du document _ brut, donc _ de 1945. Alors ce sont les images elles-mêmes _ voilà ! _ qui, toutes muettes qu’elles soient _ en effet ! _, interrogent _ frontalement : de nouveau « en pleine poire » ! _ le témoin : en prenant _ face à elles _ la parole, il leur donnera en retour _ par ce que ce « face-à-face » même, en sa force, est venu lui « tirer« … _ une possibilité d’être vraiment _ par nous, et aujourd’hui _ « regardées », « lues » voire « entendues »… » _ et non plus « esquivées«  : et demeurant, sans esthésie aucune effectivement « impactée« , totalement imperçues, ces images du réel ; et donc, au final, niées… _, page 49.
    …

    Georges Didi-Huberman de commenter « cela » alors ainsi :

    « On conçoit la difficulté intrinsèque _ pour celui qui tenait la caméra (où s’inscrivaient quasi d’elles-mêmes et sans lui, ces images, en 1945), en 1988 _ de cet exercice anachronique et réminiscent (puisque plus de quarante années séparent l’homme qui filme Falkenau et celui qui revoit ses propres images, en 1988, sous l’œil attentif d’une _ autre _ caméra) :

    « C’était douloureux de revivre _ voilà ! via le « face-à-face«  avec les images brutes « re-vues« … _ ces terribles moments vieux de tant d’années et pourtant si vifs dans mon esprit » (it was painful to relive those terrible times so manu decades old yet so fresh in my mind), écrira plus tard Samuel Fuller (in « A Third face« ).

    Le point critique de toute lisibilité _ pour tout « spectateur«  d’images _ ne va probablement pas _ voilà ! _ sans la douleur _ troublante : le « tremblé«  en est un fruit « vrai« … _ que fait lever _ voilà… _ ce genre de réminiscence« , page 49, toujours…
    …

    _ 2°) l’effort du cinéaste et artiste allemand Harun Farocki _ né le 9 janvier 1944, en territoire tchèque _, qui, en toute son œuvre (de cinéma comme d’installations de vidéos : riche d’œuvres, inlassablement, depuis 1966 : soit quarante-quatre ans…), ne cesse, infiniment patiemment, de « visiter _ et remonter«  (par de nouveaux « re-montages » : infiniment probes et scrupuleux !) des « documents de la violence politique«  de par le monde _ qui n’en est pas (et fort inventivement (!) technologiquement…) avare ! _ : afin de (nous _ nous, « spectateurs« … _) les faire et « vraiment » comprendre et « vraiment » ressentir : les deux !.. Atteindre « vraiment » (et donc sensiblement aussi !..) l’intelligence de notre compréhension effective de « cela« …

    …

    Pages 14-15, puis page 17,

    Georges Didi-Huberman donne à lire à ses lecteurs deux admirables analyses de Walter Benjamin,

    la première empruntée à son Paris, capitale du XIXe siècle _ le livre des passages :

    …

    « Ce qui distingue les images (Bilder) _ se mettant à « parler« … _ des « essences » de la phénoménologie, c’est leur marque historique (Heidegger cherche en vain à sauver l’Histoire pour la phénoménologie, abstraitement, avec la notion d’« historialité »). (…) La marque historique des images n’indique pas seulement qu’elles appartiennent à une époque déterminée, elle indique surtout qu’elles ne parviennent _ voilà ! il y faut des conditions plus ou moins longues à venir et complexes _ à la lisibilité (Lesbarkeit) _ pour nous et par nous ! _ qu’à une époque déterminée. Et le fait de parvenir « à la lisibilité » _ pour elles et par nous _ représente certes un point critique déterminé du mouvement (kritischer Punkt der Bewegung) qui les anime _ elles. Chaque présent est déterminé _ pour qui le vit (et s’y trouve « penser« )… _ par les images qui sont synchrones avec lui ; chaque Maintenant _ c’est une relation ! à un contexte… _ est le Maintenant d’une connaissabilité (Erkennbarkeit) _ objectivement _ déterminée _ comportant, par là, ses conditions tant objectives que subjectives de complexité. Avec lui _ ce « chaque Maintenant« … _, la vérité est chargée de temps jusqu’à exploser. (…) Il ne faut pas dire _ simplement _ que le passé éclaire le présent ou le présent éclaire le passé. Une image, au contraire, est ce en quoi l’Autrefois _ objectivement et subjectivement contextuel _ rencontre _ électriquement ! _ le Maintenant dans un éclair pour former une constellation _ riche, complexe. En d’autres termes : l’image est la dialectique _ vivante _ à l’arrêt. Car, tandis que la relation du présent au passé est purement temporelle, la relation de l’Autrefois au Maintenant est dialectique : elle n’est pas de nature _ mécaniquement _ temporelle, mais de nature _ dynamiquement et culturellement _ imaginale (bildlich) _ pour qui la vit : en un « tremblé«  : « imaginal« , donc ; mais elle peut être aussi totalement anesthésiée (et c’est là le cas général : celui de l’oubli)… Seules les images dialectiques sont des images authentiquement historiques, c’est-à-dire non archaïques _ figées en des clichés et stéréotypes. L’image qui est _ enfin _ lue (das gelesene Bild) _ je veux dire l’image dans le Maintenant _ en action ! _ de la connaissabilité _ porte au plus haut degré la marque du moment _ ressenti, éprouvé ; et vécu « à vif« … _ critique, périlleux (des kritischen, gefärlichen Moments) _ pour le spectateur qui la déchiffre, cette image, et, la lisant-décryptant, accède à son sens ! _, qui est le fond de toute lecture (Lesen) » _ tant d’image que de texte… _ ;

    …

    la seconde est empruntée à l’article « Sur le concept d’Histoire » (en 1940) (accessible in Œuvres III, de Walter Benjamin, toujours…) :
    …

    « L’image vraie du passé passe _ pour nous _ en un éclair _ sur le mode de la fulgurance de la rencontre (non esquivée, mais frontalement affrontée)… On  ne peut retenir le passé que dans une image qui surgit et s’évanouit pour toujours _ les deux ! D’où l’importance cruciale du clignotement de l’attention/inattention… _ à l’instant même où elle s’offre à la connaissance. (…) Car c’est une image irrécupérable du passé qui risque de s’évanouir _ à jamais non « retenu« … _ avec chaque présent qui ne s’est pas _ proprement et singulièrement _ reconnu _ voilà ! par une émotion singulière _ visé par elle. (…) Faire œuvre d’historien ne signifie pas savoir « comment les choses se sont réellement passées », cela signifie s’emparer _ soi ! _ d’un souvenir _ vivant _, tel qu’il surgit à l’instant du danger _ pour soi : à divers degrés de réalité ou potentialité (= de conscience, aussi)… (…) Ce danger menace aussi bien les contenus _ pensables et transmissibles _ de la tradition que ses destinataires _ en leur existence physique même ! Benjamin écrit cela en son exil-fuite de 1940… Il est le même pour les uns et pour les autres, et consiste pour eux à se faire l’instrument _ de manipulation, domination, exploitation ; voire destruction, si tel en est le désir _ de la classe dominante. À chaque époque, il faut chercher à arracher de nouveau la tradition au conformisme qui est sur le point de la subjuguer _ pour la figer en cliché et stéréotype incompris. (…) Le don d’attiser dans le passé l’étincelle de l’espérance _ de l’intelligence comme de la vie ! _ n’appartient qu’à l’historiographe intimement persuadé que, si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté _ jusqu’au souvenir qu’ils ont pu seulement exister !.. Et cet ennemi n’a pas fini de triompher » _ les vainqueurs ne manquant pas d’écrire l’Histoire…

    …

    Voici donc ce qu’énonce la quatrième de couverture de Remontages du temps subi :

    …

    Quel est le rôle des images dans la lisibilité de l’histoire ? C’est la question reposée _ après Quand les images prennent position… _ dans ce livre _ soit le deuxième volet de L’Œil de l’Histoire…

    Là où Images malgré tout tentait de donner à comprendre quelques images-témoignages produites depuis l’« œil du cyclone » lui-même _ le camp d’Auschwitz en pleine activité de destruction _,

    cet essai traite, en quelque sorte, des images après coup ; et, donc, de la mémoire visuelle _ voilà ! _ du désastre.

    Une première étude _ « Ouvrir les camps, fermer les yeux : image, Histoire, lisibilité » : pages 11 à 67… _ s’attache à reconstituer les conditions de visibilité et de lisibilité _ concurrentes ou concomitantes _ au moment de l’ouverture des camps nazis. Elle se focalise sur les images filmées par Samuel Fuller en 1945 au camp de Falkenau et sur la tentative, une quarantaine d’années plus tard, pour en faire _ dans le film d’Emil Weiss, Falkenau, vision de l’impossible… _ un montage doué de sens, une « brève leçon d’humanité » _ un enjeu plus que jamais brûlant (et décisif ! pour le devenir de la « civilisation«  quand triomphent les forces du nihilisme…), on le mesure !..

    Une seconde étude _ « Ouvrir les temps, armer les yeux : montage, Histoire, restitution » : pages 71 à 195… _ retrace les différentes procédures _ passionnantes de force en leur probité ! _ par lesquelles le cinéaste et artiste allemand Harun Farocki revisite _ et remonte _ certains documents _ et Harun Farocki en déniche, de par le monde, beaucoup (!) dont il dé-monte admirablement (pour nous le rendre, avec le maximum d’économie de moyens, « lisible«  !) le montage ! _ de la violence politique _ en diverses espèces : l’inventivité technologique s’y donnant, et très efficacement, libre cours !.. On découvre alors ce que c’est, aujourd’hui, qu’une possible restitution de l’histoire _ par un cinéaste-vidéaste tel que Harun Farocki, en cette occurrence-ci… _ dans le travail des images _ même.

    Deux essais plus brefs évoquent successivement _ « Quand l’humilié regarde l’humilié » : pages 197 à 215… _ l’activité photographique d’Agustí Centelles au camp de Bram en 1939 (ou comment un prisonnier regarde les autres prisonniers) ; et _ « Grand joujou mortel » : pages 217 à 236… _ le questionnement actuel de Christian Boltanski sur l’image en tant que reconnaissance, transmission et œuvre de dignité.

    …

    …
    C’est sur la réflexion du travail d’« essai« 

    de ces montages-remontages (cinématographiques : tant pour Samuel Fuller (et Emil Weiss !) que pour Harun Farocki)

    que je voudrais,

    pour finir cette présentation du livre de Georges Didi-Huberman,

    faire porter la focale de mon attention-lecture-commentaire,

    à la lumière de la référence que Georges Didi-Huberman apporte ici, aux pages 93 à 100,

    à partir du très remarquable essai (sur le genre même _ trans-genres, précisément ! _ de l’ »essai« …) de Theodor Adorno, « L’Essai comme forme«  (en 1954-1958) : accessible dans le magnifique recueil d’essais Notes sur la littérature…

    …

    « Un essai, selon Adorno, est une construction de pensée capable de n’être pas enfermé _ là est toute sa (formidable) puissance libératrice ! _ dans les strictes catégories logico-discursives. Cela n’est possible que par une certaine « affinité _ de l’essai, donc ! _ avec l’image », dit-il _ peut-on ainsi lire page 94 de Remontages du temps subi : l’image recélant un semblable pouvoir (et d’enfermement ! et de libération !), selon les finalités au service desquels on les « monte«  et « démonte » et « remonte« , simplement : c’est toujours un travail à réaliser (avec une responsabilité _ humaine ! _ quelque part au moins !) ; ne serait-ce que, à la « réception« , nécessairement un minimum active (et par là responsable !..) par le spectateur, de l’image (et le lecteur, de l’essai) : pour accéder à la « lisibilité«  effective !..

    …

    L’essai visant « une plus grande intensité _ subjective _ que dans la conduite de la pensée discursive »,

    il fonctionne par conséquent _ ce sera du moins ma propre hypothèse de lecture (ajoute ici à la citation d’Adorno, et au commentaire qu’il en donne, Georges Didi-Huberman) _ à la manière d’un montage d’images _ et réciproquement…

    …

    Adorno nous dit qu’il rompt décisivement avec les fameuses « règles de la méthode » cartésiennes. L’essaie déploie, contre ces règles, une forme ouverte de la pensée imaginative _ dans une analyse du très lumineux Homo spectator de Marie-José Mondzain, j’ai jadis proposé pour cela même le concept d’« imageance« … _ où n’advient jamais _ pour la déception de quelques uns, idéalistes… _ la « totalité » _ refermée… _ en tant que telle.

    …

    Comme dans l’image dialectique chez Benjamin, « la discontinuité est essentielle _ par la dynamique même qu’en permanence elle impulse : en musique, à l’époque baroque, on use d’hémioles… _ à l’essai

    (qui) fait toujours son affaire _ explosive ! _ d’un conflit immobilisé », page 94 : soit une affaire de « constellation«  de « rythmes«  bien menés…

    …

    Comme dans tout montage également _ au sens qui fut celui de Vertov et d’Eisenstein, au sens qui demeure celui de Godard et de Farocki (pour ce qui concerne le cinéma, déjà ; il y a aussi des montages photographiques : l’ami Bernard Plossu me l’a excellemment appris ! et en ses expositions, et en ses livres ! Salut l’artiste !) _,

    « l’essai doit faire jaillir la lumière de la totalité _ c’est son défi _

    dans le fait partiel, choisi délibérément ou touché au hasard,

    sans que la totalité soit affirmée _ elle-même _ comme présente _ elle est seulement potentielle ; et demande, par là, au lecteur-« déchiffreur« , de la « penser« , lui aussi, avec un minimum d’effort de sa propre imageance (et culture se forgeant, elle aussi : peu à peu ; et « en mosaïque«  : toujours indéfiniment ouverte ; et ludique…)…

    …

    Il _ l’essai, ou l’essayiste (de même que le film monté, ou le monteur)… _ corrige le caractère _ empiriquement _ contingent ou singulier de ses intuitions _ d’imageance proprement créatrice… _

    en les faisant se multiplier, se renforcer, se limiter _ et à des fins d’intelligence du sens même des « choses« , c’est-à-dire de l’accession (de soi) à la vérité de ces « choses« … _,

    que ce soit dans leur propre avancée _ voilà ! avec ses progrès… _

    ou dans la mosaïque _ voilà encore ! _ qu’elles forment  _ et cette richesse (à profusion !) est proprement jouissive ! _ avec d’autres essais ».

    …

    Comme dans tout montage,

    les césures et les transitions _ alors, à y être assez (= ce qu’il faut !) attentifs _

    diront _ par la dynamique qu’impulse, en permanence et toujours singulièrement, leur rythme ! à qui sait s’y laisser porter ! _ l’essentiel,

    étant « amalgamées dans l’essai au contenu (même) de la vérité » _ voilà ! Ou l’importance (irrémédiable !) du style !

    …

    C’est en cela que l’essai produit son travail fondamental,

    qui est un travail de lecture _ auquel accède tant l’auteur que le lecteur ! _

    un déploiement de la lisibilité _ objective ! _ des choses » _ mêmes, page 95 :

    …

    encore faut-il accéder (par déploiement de l’« imageance«  !) à ce niveau de lisibilité des choses mêmes…

    …

    Tel un apprentissage _ à la godille ! de la part de l’essayiste s’y essayant… Le modèle étant (probablement : avant Bacon…), et par son style si jouissif, Montaigne, en la collection (ouverte et « mosaïque« …) de ses toujours merveilleusement surprenants (et pour lui le premier : à ses relectures ! devenant, il ne pouvait pas s’en empêcher, ré-écritures !) Essais… _,

    « l’essai comme forme _ poursuit Adorno, cité par Georges Didi-Huberman, pages 95-96… _

    s’expose _ forcément ! : « Personne n’est exempt de dire des fadaises« , entame, malicieusement en fanfare, Montaigne le livre III de ses Essais… ; « le malheur est _ seulement… _ de les dire avec soin » : soit componction et fatuité !.. _ à l’erreur ;

    …

    le prix de son affinité avec l’expérience intellectuelle ouverte _ et/ou l’« imageance« …  _,

    c’est l’absence de certitude que la norme de la pensée établie _ régnante, dominante (et intimidante) : devenant l’idéologie… _ craint comme la mort.

    …

    Même si _ l’essai néglige moins la certitude qu’il ne renonce à son idéal _ pour déficit d’efficacité !.. simplement… _,

    c’est dans son avancée, qui le fait se dépasser _ oui _ lui-même _ car la pensée, s’y déployant par à-coups, y progresse _,

    qu’il devient _ voilà : l’essai est un parcours ! et une aventure ! _ vrai _ en toute effectivité, par ce déploiement même (imageant !..) de son penser _,

    et non pas dans la recherche obsessionnelle _ voilà, à la Descartes, si l’on veut… _ de fondements _ métaphysiques, y compris… (…)

    …

    Tous ses concepts _ convoqués au fur et à mesure _ doivent être présentés de telle manière qu’ils se portent _ tel Enée « portant«  Anchise : mais mutuellement, tous : sans répartitions de rangs entre « héros« , exposés bien à la vue des spectateurs sur le devant de la scène et sous les projecteurs de sunlights, et « figurants« , relégués, eux, derrière et dans le fond… _ les uns les autres,

    que chacun d’entre eux s’articule selon sa configuration _ propre, voire originale ou singulière : à chaque fois… _ par rapport _ voilà : toujours ! _ à d’autres.

    …

    Des éléments distincts s’y rassemblent discrètement _ voilà : avec des césures, des soupirs, des silences, des coupes ; et bien des transitions… _ pour former quelque chose de lisible » _ telles des phrases (articulées et syncopées) de discours ; ou de musique…

    …
    Et Georges Didi-Huberman d’appliquer ainsi ce mode de fonctionner du penser (par « essai » ! tel que l’analyse si finement Adorno…)

    au travail du « cinéaste Farocki », page 96 :

    …

    « Il _ le cinéaste et vidéaste Harun Farocki, donc _ entre dans un domaine d’images qui n’est « traduit » _ précédemment _ dans aucun dictionnaire préexistant.

    Il filme, il recueille, il démonte, il remonte _ et sans trucages ! en toute probité !..

    Tout cela, il le fait en fonction de contextes _ voilà ! _ à chaque fois différents _ oui ! _ et « au regard des nuances _ qualitatives extra-fines _ singulières _ voilà ! _ que le contexte fonde _ et il faut (au « spectateur«  actif que nous sommes invités à devenir ainsi alors…) l’explorer : à toute vitesse si on le peut _ dans chaque cas particulier » _ le plus effectivement possible !

    …

    Comme le penseur _ -essayiste _ décrit par Adorno,

    Farocki _ en monteur ultra-fin d’images _ s’adonne à un apprentissage presque tactile _ oui _ des choses _ mêmes _ ; il tâte, il ausculte, il retouche, il ajuste _ sans cesser de s’exposer _ forcément : pas de juger sans audace ! cf Kant : Qu’est-ce que les Lumières ?.. _ à l’erreur.

    …

    Le prix de son affinité avec les images,

    cette « expérience intellectuelle ouverte » _ en son « imageance«  chercheuse, donc : et inventive !.. _,

    est l’absence d’une certitude considérée _ jamais _ comme acquise.

    …

    C’est dans l’avancée _ progressive, aventureuse, patiente et décidée : c’est passionnant ! _ du tournage et du montage

    que les choses deviennent, peu à peu _ objectivement et pour nous : à la fois, d’un même mouvement de déploiement et en quelque sorte « objectif«  ! : d’elles-mêmes et en elles-mêmes ; grâce à l’éclairage perspicace de liens pertinents (activés par nous) à des contextes devenant sources progressives de notre compréhension !.. _, lisibles,

    quand toutes les images de pensée sont présentées

    de façon qu’elles se portent _ mutuellement et dynamiquement (ou même dialectiquement !)… _ les unes les autres.« 

    …

    Avec ce très beau résumé-mise au point :

    …

    « La lisibilité _ pour le « spectateur » du film au départ univoque ! _ advient _ voilà _ dans le montage :

    le montage considéré comme forme et comme essai.

    …

    A savoir une forme patiemment élaborée _ sur le chantier de la table de montage _,

    mais non reclose sur sa certitude (sa certitude intellectuelle, « ceci est le vrai » ; sa certitude esthétique, « ceci est le beau » ; ou sa certitude morale, « ceci est le bien »).

    …

    Alors même que, comme pensée élevée à la hauteur d’une colère

    _ qui la meut et la porte ! électriquement : de son énergie d’indignation (!) vis-à-vis des violences portées à la dignité (= humanité même…) des personnes… _,

    elle tranche,

    prend position

    et rend lisible la violence du monde « , page 96… _ ne jamais perdre « cela« de vue !

    Tout ceci est décidément très montanien !!! Montaigne se battant, lui, en son temps (cf les travaux là-dessus de Géralde Nakam…), contre les ravages atrocissimes du fanatisme (fondamentaliste religieux, mais pas seulement)… C’est en cela que ses Essais ouvrent la modernité à un lectorat qui s’élargit alors…

    …

    « L’essai oblige à penser dès le premier pas _ voilà ! _ la chose _ même : quelle tâche ! il faut seulement s’habituer un peu (soi, lecteur) à l’audace, folle d’abord, de tels efforts pour atteindre l’intelligence d’elle (= la chose même) en pensée ; ensuite, on y acquiert, palier par palier (et « en mosaïque« ), une forme (toujours incertaine, il est vrai ; et à inlassablement tenir en chantier !) d’expertise (de lecteur : un peu mieux cultivé)… _ dans sa vraie complexité _ se révélant ainsi : tout un programme ! Il y a toujours (c’est un chantier permanent et infini…) énormément à faire : cela demandant non seulement, on le voit, de surmonter (cf Kant : Qu’est-ce que les Lumières ?) la lâcheté, mais aussi la paresse ! Et c’est aussi ainsi que le génie scientifique (ou les sciences) procède(-nt) et progresse(-nt) : cf ici le génial début de Métapsychologie de Freud quant à l’inventivité nécessaire au chercheur et inventeur scientifique… _

    …

    L’essai oblige à penser dès le premier pas la chose dans sa vraie complexité, donc,

    …

    (et) se débarrasser de l’illusion _ mortelle pour sa propre liberté (et efficacité quant à l’obtention de la vérité !), toujours si fragile… _ d’un monde simple,

    foncièrement logique »,

    relève encore Georges Didi-Huberman dans l’essai (sur « l’essai comme forme ») d’Adorno (in ses passionnantes, on ne s’en fait ici qu’une petite idée, Notes sur la littérature…).

    …

    « C’est alors que, « se libérant de la contrainte _ lourde ! _ de l’identité, l’essai acquiert parfois ce qui échappe à la pensée officielle _ ou officialisée _,

    le moment _ et la grâce ! alors rencontrée avec une légèreté grave… _ de la chose inextinguible« 

    _ cette dernière expression d’Adorno étant (plus que très justement !) soulignée ici par Georges Didi-Huberman, page 97…

    …

    Et « c’est en détachant _ par un remontage _ la chose _ irradiante _

    de ses interprétations obvies _ encalminant tragiquement la moindre velléité d’atteindre son intelligence ! _,

    c’est en la démontant _ en la séparant _ de ses stéréotypes _ empoissants ! _

    et en la remontant _ voilà ! _ par un tout autre jeu d’affinités inattendues _ elles : d’abord de soi, l’essayiste, le tout premier à s’en étonner !.. et c’est là un passage obligé ; cf par exemple les analyses là-dessus de Gaston Bachelard, in La Philosophie du non _essai d’une philosophie du nouvel esprit scientifique… _

    que l’essayiste,

    ou le monteur _ au cinéma ! _,

    parviennent à ce « moment de la chose inextinguible »,

    ce « feu inextinguible » _ si nourrissant, si fécond pour l’intelligence du réel _ de la chose _ même _, pourrait-on dire _ car c’est à elle et à ses flux (et feux) qu’il s’agit bien d’« accéder«  !

    …

    Il n’y a plus alors _ comme miraculeusement ! _ de contradiction

    entre l’arbitraire de la forme choisie _ par l’essayiste / monteur _

    et la nécessité de la forme phénoménologique de ce « moment de la chose ».

    …

    L’essayiste respecte ses objets

    tout en les « surinterprétant »,

    c’est-à-dire tout en y juxtaposant différents paradigmes _ à l’envi ! selon l’intuition (ou inspiration) de l’« imageance«  du moment ! _ de lisibilité

    …

    _ c’est aussi ainsi qu’analyse, je viens de l’indiquer, le fonctionnement même de sa propre Métapsychologie, Freud, en 1914 : un texte lumineux, lui aussi !

    …

    Alors, il _ l’essayiste, donc _ voit _ entrevoit : tel Colomb à l’abord-approche de son Amérique _ quelque chance _ c’est déjà bien ! et beaucoup ! _

    de parvenir

    « à ce qu’il y a _ dit Adorno : ce sont aussi des oxymores… _ d’aveugle _ jusque là du moins pour nous (tous) et d’abord pour lui, qui s’y essaie… _ dans (ces) objets,

    (à) polariser l’opaque,

    libérer _ voilà ! _ les forces qui y sont _ rien moins, déjà, que _ latentes » ;

    …

    alors « il construit _ très positivement, par (et en) son « imageance«  même ! (et c’est aussi une culture se formant peu à peu, de manière dynamique et ouverte !) _ l’imbrication des concepts

    tels qu’ils sont présentés, c’est-à-dire imbriqués _ déjà _ dans l’objet lui-même » _ expression d’Adorno une nouvelle fois soulignée par Georges Didi-Huberman, page 98… Cette « imbrication« -là est une « constellation » sur-active…

    …

    « L’actualité de l’essai _ dit encore Adorno _ est celle d’un anachronisme » :

    soit une certaine façon de remonter le temps _ voilà ! en dépit de la difficulté de l’ignorance et de l’oubli… _ dans l’imbrication,

    dans la complexité _ voilà ! encore… _ des objets eux-mêmes » _ en s’y étant comme faufilé (et continuant, encore et toujours, de s’y faufiler !) lui-même, par sa recherche questionnante,

    en quelque sorte « dedans«  même… : page 98.

    …

    « Que fait donc l’essayiste,

    si ce n’est essayer, essayer encore ?

    …

    C’est à chaque fois beaucoup, mais ce n’est jamais le tout.

    …

    Aux yeux de celui qui essaye,

    tout ressemble toujours _ voilà : c’est toujours et à chaque fois étonnamment nouveau ! _ à une première fois,

    à une expérience marquée _ définitivement ! mais sans tristesse, ni renonciation aucune : au contraire ! y revenir étant toujours (même si ce n’est pas sans quelque douleur…) ludique et jubilatoire ! _ par l’incomplétude.

    …

    S’il sait et accepte une telle _ cf Karl Popper aussi… _ incomplétude

    _ poursuit magnifiquement Georges Didi-Huberman, page 98 _,

    il révèle la modestie fondamentale _ voilà ! _ de sa prise de position _ audacieuse, mais sans gloriole. Et c’est en cela que les découvreurs sont toujours « vraiment » « modestes«  !

    …

    Mais il _ « celui qui essaye« … _ est alors obligé, structurellement _ et éthiquement ! c’est une affaire de « dignité«  de l’appel à l’« humanité«  (contre les dérives _ violentes _ de l’« in-humain« ) en soi… _, de recommencer toujours _ telle Pénélope sur son ouvrage, à Ithaque _,

    du « coup d’essai » initial

    aux nombreux « essais » qui se répètent après lui.

    …

    Et rien ne ressemblera jamais _ non plus _ à une _ toute _ dernière fois.

    …

    C’est, au fond, comme une dialectique du désir _ en effet ! le désir étant lui aussi, en sa vérité de fond, « inextinguible«  : sans fond ; c’est même là une marque décisive de reconnaissance de sa « vérité« , donc, face à ses contrefaçons…

    …

    Que fait donc le monteur, par exemple _ à la Harun Farocki : après l’essayiste… _,

    si ce n’est commencer par assembler son _ le plus ample possible ; le plus riche de possibilités de « décryptage«  de la « constellation«  formée que cela va permettre d’éclairer… _ matériau d’images,

    puis démonter,

    puis remonter,

    puis recommencer

    sans relâche ?

    …

    C’est là l’exigence _ voilà : autant objective qu’éthique… _ de sa prise de position

    (on peut ici rappeler _ c’est admirablement bienvenu ! Merci ! _ que le mot « essai » a son étymologie dans le bas-latin exagium,

    qui, lui-même, dérive du verbe exigere, « faire sortir quelque chose d’une autre chose »).

    …

    Entre la modestie et l’exigence

    _ deux grandes caractéristiques du cinéma de Harun Farocki _,

    l’essayiste _ ainsi que le monteur cinématographique _ apparaîtra finalement comme l’homme de la contradiction faite pratique _ objective effective permanente ! mais assumée en son aventure infinie même ; et ses progrès ! _,

    l’homme de l‘objection _ en sa puissance dialectique…

    …

    Il n’y a pas, écrit Adorno, d’essayiste qui n’ait tiré « la pleine conséquence de la critique du système ».

    …

    C’est que « l’essai a été presque le seul (genre de méthode) à réaliser dans la démarche même de la pensée

    la mise en doute _ socratique _ de son _ propre _ droit absolu » _ j’en donnerai l’exemple, superbe, de David Hume : un fécond « réveilleur«  (d’« ensommeillé dogmatique« ), comme on sait…

    …

    Le mélange de modestie et d’exigence chez l’essayiste _ et le monteur… _

    lui font alors lancer « un défi en douceur _ la force étant en l’occurrence parfaitement contreproductive ! _

    à l’idéal de la clara et distincta perceptio et de la certitude exempte de doute » _ posées en idéal de certitude de vérité à conquérir par un Descartes, dans les Méditations de 1641, comme au final (les quatre derniers articles du livre IV) des Principes de la Philosophie de 1643… Descartes demeure marqué par l’idéal de scientificité de Platon, face aux transigeances (trop souples selon lui) d’un Aristote…

    …

    S’il y a un bonheur _ s’éprouvant très vite _ dans l’essai _ et dans le montage-démontage-remontage… _,

    nous le devons, sans doute, à ce « gai savoir » _ montanien ? oui ! _ de la modestie devant les objets

    et de l’objection _ socratique ! _ devant les discours.

    …

    Adorno,

    qui cite un fragment de Nietzsche sur la joie du négatif inhérente _ en effet ! _ à une telle attitude,

    conclut que l’essai a pour geste fondamental

    l’hérésie,

    le contournement systématique des « règles orthodoxes de la pensée » :

    bref, le geste même

    d’une désobéissance _ espiègle pour le moins, pages 98-99…

    …

    Par là, l’essayiste

    « abolit le concept traditionnel de méthode » ;

    et lui en substitue un autre _ oui ! _

    qui « rassemble

    par la pensée, en toute liberté _ mais oui : avec le jeu (gracieux) de la fantaisie de l’« imageance« … _,

    ce qui se trouve _ par « constellation«  librement (voire génialement ; avec tout une culture, aussi) convoquée _ réuni _ en quelque sorte déjà ! _ dans l’objet librement _ mais oui ! _ choisi » _ page 99.

    …

    « Essayer, c’est essayer encore.

    C’est expérimenter par d’autres voies, d’autres correspondances, d’autres montages _ par l’appel à de l’altérité : « cultivée« …

    …

    L’essai comme geste _ à accomplir : il faut le tenter… _

    de toujours tout reprendre. »

    …

    Recommençons !

    Avec courage et joie (de la curiosité s’affairant) !

    …

    On continue ! _ « tant qu’il y aura de l’encre et du papier !«  (dirait Montaigne)

    et de l’énergie vitale ! ; a contrario de l’acédie mélancolique étrécissante…

    …

    « Voilà bien ce que suppose tout essai qui se respecte : il n’y aura pas de dernier mot

    _ et « la bêtise, c’est de conclure« …

    …

    Il faudra encore _ en effet ! telle Pénélope… _tout démonter à nouveau,

    tout remonter.

    Faire de nouveaux essais.

    Inlassablement relire, en somme«  _ oui ! relire, c’est toujours re-monter, ré-interpréter et re-jouer à ré-essayer de toujours un peu mieux comprendre !

    …

    « Mais qu’est-ce à dire,

    sinon que la modestie et l’exigence mêlés _ voilà ! _ dans la forme _ même _ de l’essai

    _ et du montage-démontage-remontage… _

    font de toute « reprise »

    l’acte _ même _ de toujours tout ré-apprendre ?

    _ inlassablement : loin de la plus petite fatuité (et bassesse de gloriole _ ou d’intérêt !) que ce soit…

    …

    Comme pour élever sa colère _ face à motif d’indignation eu égard aux indignités (= violences) à l’encontre des personnes

    de par le monde tel qu’il fonctionne (= le monde comme il va…)… _

    à la hauteur d’une connaissance méthodique et patiente«  _ voilà !

    …

    Un grand et nécessaire livre,

    voilà !,

    que ce Remontages du temps subi

    de Georges Didi-Huberman !

    …

    Titus Curiosus, le 29 décembre 2010

  • Les rencontres heureuses et la vitalité généreuse d’une attentive vraie, Danièle Sallenave : l’état (= bilan provisoire) de sa « Vie éclaircie » _ somptueuse lumière d’un livre majeur !

    Je tiens à saluer,

    et comme il le mérite _ c’est-à-dire grandement ! _,

    le livre absolument magnifique que nous offre,

    en la jeunesse robuste et vive, et toujours si _ formidablement _ immensément joyeuse, de ses soixante-dix printemps

    _ mais le passage du temps sur son indéfectible jeunesse (de cœur et d’esprit, d’abord !) est totalement imperceptible ! si ce n’est par un toujours surcroît de plénitude !… _,

    …

    Danièle Sallenave,

    …

    une vraie attentive

    autant qu’une attentive (constamment et surabondamment…) vraie !

    l’exemple même, si l’on veut, de l’ »honnête homme » aujourd’hui,

    et de la « belle personne »,

    …

    _ et cela indépendamment de la question, trop souvent parasite désormais, du « genre« , du sexe, de la sexuation : elle-même sait fort bien écarter, ici (au chapitre V, « Femmes, hommes« , aux pages 177-205 de ces passionnants  « entretiens » : avec Madeleine Gobeil, et avec elle-même : sur la page d’écran de l’ordinateur, à corriger pour préciser et creuser, approfondir, déployer bien de l’implicite...),

    écarter, donc,

    un tel parasitage… ; cf cette réflexion-ci, page 195, en réponse à la question (de Madeleine Gobeil) : « Les hommes et les femmes aiment-ils différemment ?« … :

    …

    « A mon sens, hommes et femmes aiment ou aimeraient exactement de la même façon, s’ils se souciaient _ d’abord et essentiellement _ d’être des individus, et non de se conformer, même à leur insu, à l’idée qu’ils se font, ou que l’époque se fait _ voilà ! tel est le poids exténuant (la « pesanteur sociologique« , si l’on préfère…) de la pression des clichés ! _, « des hommes » et « des femmes » !« … ;

    …

    et il faudrait ainsi que l’on « transgresse l’opposition rigoureuse hétéro/homosexualité.

    …

    C’est _ précise-t-elle bien vite, page 203 _ l’idée qu’un être, avant d’être sexué, est d’abord un individu au sens plein du terme

    _ en son intégrité et unicité ; ainsi qu’en la conscience même (d’abord opaque, aussi…) de cette intégrité et de cette unicité, en soi : nécessairement singulières ! les deux (l’intégrité comme l’unicité) ! et cela, pour chacun (en son pour soi ! déjà ; ainsi qu’en un « chacun pour soi«  : bien trop souvent exacerbé…) par rapport à lui-même et son (propre : opaque ! non-transparent ! l’accomplissement et la découverte de soi constituant un long et complexe parcours…) soi ! _,

    …

    un individu au sens plein du terme, donc,

    qu’on aime _ lui _ comme individu _ en son intégrité et unicité singulières ! elles aussi _, par-delà son sexe » même, ajoute très justement Danièle Sallenave, page 203, donc ;

    …

    et de commenter encore cela ainsi, dans la foulée, pages 203-204 :

    …

    « Pour un ou une « hétéro », ce n’est pas _ cette bisexualité rencontrée alors, non sans une certaine surprise… _ de l’indifférence à la différence sexuelle, qui continue _ elle, et bel et bien _ d’exister et de concentrer sur l’« autre sexe » les fantasmes de désir, de séduction… c’est comme une trouée dans un paysage, par où d’autres paysages se dévoilent _ alors : en perspective s’élargissant… La « bisexualité » _ puisque c’est à cela que l’auteur fait alors allusion, via sa fiction de La Fraga qu’elle commente alors _, c’est alors comme un complément _ voilà _ d’être, une manière de vouloir se saisir et de saisir l’autre _ en l’expérience vécue d’un tel désir amoureux ouvert sans considération dominante (et intimante !) du genre de l’aimé _ dans une liberté que rien n’entrave _ plus, du moins à cet égard de la spécification (carrée !) du genre de l’autre… _, aucune considération de sexe ou du genre. C’est la manifestation d’une liberté conquise«  : contre (et par-dessus) ses propres préjugés, qui avaient fini par s’incruster… _,

    …

    celle-là même qui dit,

    page 40 de sa Vie éclaircie _ Réponses à Madeleine Gobeil (qui paraît cet automne 2010 aux Éditions Gallimard),

    avoir, de ses parents _ un couple d’instituteurs de Savennières, sur les rives (et juste au-dessus des « levées« ) de la Loire, non loin d’Angers _, « hérité aussi« 

    …

    _ outre leur passion (germinative !) de la curiosité

    (« Curiosité«  était « le maître-mot«  de ses parents, rapporte-t-elle, page 39, à propos des élèves qui leur étaient confiés : « Il n’a pas de curiosité ! » leur était, se souvient-elle, « un jugement sans appel« …),

    …

    leur passion de l’écoute

    (un enseignant doit savoir aussi et avant tout apprendre à écouter au plus près ceux qu’il entreprend d’instruire-enseigner-éduquer ! car est là un rapport décisif ultra-sensible ! ;

    et Danièle Sallenave de se remémorer ici cette « très belle chose«  « dans un texte de Jean Starobinski« , page 40, en suivant : « Il ne faut pas que l’immense bruit qui nous entoure _ et prolifère _ diminue nos facultés d’écoute _ attentives : activement réceptrices. C’est à les accroître ou du moins à les maintenir _ à rebours des anesthésies de toutes sortes ! se généralisant… _ que j’espère avoir travaillé« , écrivait Jean Starobinski, l’auteur de Largesse, dans L’Invention de la liberté…) ;

    …

    ainsi que celle, chevillée au corps et au cœur, elle aussi

    _ car Danièle Sallenave vibre (toujours !) de la passion (éminemment porteuse : enthousiasmante !) de la générosité _

    de l’inlassable « instruction« 

    dont ceux-ci, ses parents, avaient fait leur métier,

    au service du « métier de vivre« , de (« grandes« ) « personnes«  (que ces enfants « devaient«  être en train de devenir…), à aider à se former, des enfants qui leur étaient confiés,

    du temps de ce qui était encore une « Instruction publique« , et fut, ensuite, une « Éducation nationale«  : en quoi est-elle donc, celle-là, en train de se métamorphoser, quand ses présents ministres ont été mis à pareille « place«  pour avoir su se faire d’assez efficaces « Directeurs de Ressources humaines«  d’entreprises (ô combien privées !) telles que L’Oréal !..  : « parce que que vous le valez bien« , qu’ils avancent comme appels d’achat de leurs « produits«  (séducteurs…) de « maquillage«  !.. ;

    …

    et sur la cosmétique, relire les mots toujours aussi brûlants de vérité de Socrate (dans l’indispensable Gorgias de Platon _ ou « contre la rhétorique«  !..)… _

    …

    celle-là même, Danièle Sallenave, qui dit avoir « hérité aussi« , donc, de ses parents,

    …

    une profonde mélancolie«  :

    …

    celle, du moins

    …

    _ cf Aristote, la Poétique, et Rudolf Wittkower : Les Enfants de Saturne.., mais cela à dose homéopathique, il me semble, pour ce qui la concerne singulièrement, elle, Danièle Sallenave, étant donné les inlassables trésors, bien plus manifestes (que ces tendances à l’acédie mélancolique !), eux, de la vitalité ! dans lesquels elle puise toujours et encore… _,

    celle _ « mélancolie« , donc _ qui _ par la conscience d’un certain « tragique«  de la vie même, éphémère… _ « ouvre des horizons immenses« , page 40 :

    …

    ceux, et à perte de vue, de la profondeur (et de l’intensité maîtrisée : toute de classicisme !) de champ (de perceptions : diverses…) ;

    …

    c’est-à-dire le « relief« 

    vrai

    et parlant en pure vérité

    _ d’un timbre de voix, seulement, un peu grave et à peine rugueux, en dépit de sa suavité (et chaleur même) de ton  ; tel un accent, à peine un brin voilé, mais de fond

    à peine perceptible : tout simplement… ; mais qui « éclaire«  loin et profond ! voilà ! _

    …

    c’est-à-dire le « relief«  vrai et parlant en pure vérité, donc

    …

    _ et peut-être baroque ;

    de ce Baroque qui sait parler et chanter à Danièle Sallenave ; et qui l’a tellement touché, elle aussi, à Rome et à Prague, notamment (comme il m’a personnellement touché, en ces lieux, et via quelques voix de personnes : ainsi, Elisabetta Rasy, à Rome ; Vaclav Jamek, à Prague…) _

    …

    le « relief » _ baroque, si l’on veut ! _ du tragique

    consubstantiel de l’existence

    « fragile » _ voilà ! et combien précieuses par là ! irremplaçables ! ces profondeur et intensité-là,

    devant (et face à) cette fragilité vitale (en son éphémère)… _ de nos vies

    effectivement passagères : l’automne et le crépuscule ne manquant pas

    …

    _ en général du moins : quand,

    accomplissant l’espérance vitale (« et les fruits passeront la promesse des fleurs« ),

    il s’avère, magnifiquement, que

    « une rose d’automne est plus qu’une autre exquise« … _

    …

    l’automne et le crépuscule ne manquant pas

    _ pour certains, du moins, qui ont su vivre avec succès le « dur désir de durer » un peu (plus que d’autres) et, surtout, assez : pour bien l’« expérimenter« 

    (tel un Montaigne en la « vieillesse«  relative, toujours, de ses cinquante ans)… _

    d’advenir…

    …

    Ce n’est pas non plus sans émotion que j’ai découvert, in fine, page 247, les paroles de conclusion de ce magnifique livre d’ »entretiens » (avec Madeleine Gobeil) :

    …

    « La seule vie, c’est la vie au présent,

    cette vie-là !

    …

    Il faut en cultiver sur terre

    _ c’est là la leçon, à la lumière de la rigueur d’Épicure, du sublime dernier chapitre des Essais de Montaigne, « De l’expérience« , sous lequel ce bilan (provisoire !) joyeux de Danièle Sallenave me semble venir se placer _

    …

    toutes les caractéristiques divines,

    dont l’allégresse !

    …

    J’aime bien ce mot d’allégresse,

    il me paraît correspondre tout à fait au sentiment que donne la musique

    …

    _ celle de Felix Mendelssohn, par exemple, héritier, en cela, via son maître Zelter, de l’Empfindsamkeit renversante et nourricièrement énergétique, en ses tourbillons de légèreté grave, profonde, du très grand Carl-Philipp-Emanuel Bach !..

    De ce Mendelssohn-ci,

    écouter la folle énergie du double concerto pour violon et piano dans l’interprétation sublimée de Gidon Kremer et Martha Argerich (un CD Deutsche Grammophon) ; ou l’Octuor dans l’enregistrement live qu’emmène Christian Tetzlaff pour le « Spannungen Chamber Music Festival«  de Heimbach (un CD Avie)… _,

    …

    Ce mot d’allégresse me paraît correspondre tout à fait

    au sentiment que donne la musique

    plus que n’importe quel art. (…) La musique est l’art divin.

    …

    J’ai beaucoup aimé parler de musique _ continue et achève de dire : ce sera là tout simplement la conclusion de cette Vie éclaircie, page 247… _ dans l’émission de Claude Maupomé Comment l’entendez-vous ?.

    …

    On écoutait le morceau en entier ; celui-ci terminé, le silence revenu _ celui qui permet à la pensée d’aller un pas plus loin ! _, on se regardait ; « alors ? », disait-elle, de sa belle voix _ un peu grave, elle aussi ; et magnifiquement posée.

    Il y avait la pénombre du studio, les techniciens derrière la vitre ; et j’avais souvent la gorge nouée d’émotion avant de pouvoir parler et donner suite _ voilà ! _ au chant… _ inspirateur… :

    …

    sur l’« acte esthétique« ,

    je renvoie une fois de plus à la scène initiale, à la tombée du soir, et en compagnie de deux amis, à Syracuse, de l’ouverture si subtilement juste du (sublime !) essai de Baldine Saint-Girons, L’Acte esthétique (aux Éditions Klincksieck) ;

    cf mon article du 12 octobre 2010, à propos de l’opus suivant de Baldine Saint-Girons, Le Pouvoir esthétique (aux Éditions Manucius) : les enjeux fondamentaux (= de civilisation) de l’indispensable anthropologie esthétique de Baldine Saint-Girons : “le pouvoir esthétique”…

    …

    L’écoute de la musique

    procure un bonheur complet. Le temps n’est plus suspendu,

    mais son mouvement _ allant : se chargeant, en la grâce porteuse de son déploiement, de toute une plénitude : comblante ! _

    se charge de signification ;

    il vous fait _ comme _ participer à la grâce souveraine du calcul,

    à l’ordre mathématique

    _ tant de la mélodie (horizontale) que de l’harmonie (verticale) ; en une inspiration possiblement leibnizienne ; ou bachienne ;

    …

    pour ma (modeste et humble) part, je serais tenté de faire un brin plus confiance à l’aventure un peu plus hasardeuse de ce qu’on pourrait nommer « inspiration« , s’élançant dans l’air, et avançant toujours un peu à l’aveuglette, en se fiant à la chance de ce qui va être rencontré, et respiré : à la façon de Domenico Scarlatti en ses 555 sonates, quasi indéfiniment re-tentées, par exemple... _

    …

    Le mouvement du temps vous fait participer à l’ordre mathématique, donc,

    et joyeux du monde.« 

    …

    Car je me suis alors souvenu

    que c’est peut-être lors d’une émission

    de Claude Maupomé, « Comment l’entendez-vous ?« , sur France-Musique, quand la radio (de Radio-France) parlait un peu plus souvent vraiment vrai _ au lieu de ne se faire bientôt presque plus que propagande et publicité !_,

    que j’ai fait la connaissance, par la voix, la parole, et la conversation vivante _ émue et émouvante, en sa vérité ! _ et vraie

    de Danièle Sallenave _ et d’autres, tels, parmi d’autres passionnants, Pascal Quignard, ou le peintre de Montpellier Vincent Bioulès… _

    commentant la musique aimée…

    …

    Voici, pour finir cette présentation-évocation

    de La Vie éclaircie _ Réponses à Madeleine Gobeil,

    la parlante quatrième de couverture :

    …

    « Madeleine Gobeil m’a proposé il y a quelques années de réaliser avec elle une interview par courriel. J’ai longuement développé _ en les travaillant : à la Montaigne, dirais-je… _ mes réponses ; et ce livre en est sorti. L’enfance, la formation (I), les livres (II), le théâtre (III), les amitiés, les amours (IV _ « L’Histoire, les intellectuels, la vie sensible » _ & V _ « Femmes, hommes »), les voyages (VI _ Les voyages, l’Art, le temps), la politique (de ci, de là)… Progressivement, une définition se dégage : écrire, c’est essayer d’ouvrir des brèches, des trouées

    …

    _ dans lesquelles une pensée peu à peu, à l’œuvre, et en s’aventurant (c’est le travail exploratoire du génie même de l’imagination…) se déploie : se précise et s’accomplit ; page 75, Danièle Sallenave cite Hegel : « C’est dans le mot que nous pensons«  ; et elle ajoute fort justement, dans l’élan : « Et dans l’articulation des mots, qui constitue des phrases, des énoncés, et pour finir ce qu’on appelle le discours« , selon ce que Chomsky nomme magnifiquement la « générativité«  du discours par la parole… ; le reste, privé de cela, c’est « ce qu’Adorno appelle « la vie mutilée » : coupée en ses élans généreux… Cela chez les privilégiés (« socio-économiques« , ajouterais-je !) comme chez ceux qui ne ne le sont pas. Un « privilégié » qui ne lit rien d’autre que ses dossiers, des ouvrages d’économie, ou sur la résistance des matériaux, et qui ne compte que sur Internet pour sa formation générale, vit aussi pour moi (et pour moi-même aussi !) d’une « vie mutilée »… » ; et Danièle Sallenave de citer encore à la rescousse, page 24, l’excellent Marc Fumaroli, en la préface de ses Exercices de lecture : « Passer par _ voilà ! _ les livres, c’est accéder à une certaine « forme d’intelligence », « que donne de soi-même et des hommes en général la fréquentation assidue _ oui : en mosaïque… _ des œuvres littéraires les plus diverses et d’époques différentes » et qui prépare et éclaire _ c’est cela ! _ celle que donne  _ à l’aveuglette, sinon _ l’expérience » _ individuelle empirique seulement. Comme le commente alors excellemment Danièle Sallenave : « Tout est là : préparer et éclairer l’expérience, qui est forcément _ d’abord : animalement et inculturellement : l’enfance, c’est la « neuveté«  ignorante, d’abord ; surtout privée du désir de plus profondément connaître… _ limitée. Et il ajoute : la lecture « lui donne des ailes _ voilà ! _, elle la prévient contre le rétrécissement _ ou du moins l’étroitesse à jamais _ triste »…« , pages 74-75… _,

    …

    pour mieux voir, mieux comprendre, mieux sentir. C’est une manière de vivre. D’unifier, d’éclaircir la vie » _ en apprenant à démarquer ainsi le « relief«  même de l’essentiel… Alain dit ainsi : « Apprendre à bien penser, c’est apprendre à s’accorder avec les hommes les plus éminents, par les meilleurs signes » …

    …

    Ce qui est dit de l’écrire est, en sa parfaite modestie (et justesse !), passionnant !

    Magnifique !!!

    …

    Les rencontres que la vie,

    un peu de chance,

    et aussi parfois un brin de courage _ pour savoir saisir, et, plus encore, « cultiver« , en apprenant à soigner et entretenir, avec des trésors de délicatesse, les opportunités du hasard objectif ! _

    ont ménagé à Danièle Sallenave,

    sont plus passionnantes encore : je n’en dis rien ici ;

    je laisse le soin de les découvrir au fil de la lecture

    de ces pages infiniment précieuses et riches…

    …

    Cette Vie éclaircie _ Réponses à Madeleine Gobeil n’est qu’un « état des lieux » provisoire _ à la Montaigne, ou à la Proust : « tant qu’il y aura de l’encre et du papier » !.. _, mais sachant se concentrer de mieux en mieux, et avec générosité, sur l’essentiel, de la part de Danièle Sallenave,

    car celle-ci est très loin de penser, comme celle à laquelle elle a consacré un panorama biographique, Castor de guerre, qu’à soixante ans, « il n’y avait plus rien à vivre, sauf l’attente de la mort« …

    …

    Cette Vie éclaircie

    se trouve donc, par là, aux antipodes du Tout compte fait de Simone de Beauvoir,

    dans lequel cette dernière lâchait mélancoliquement : « J’ai le goût du néant dans les os« …

    …

    Œcuméniquement, en quelque sorte

    _ eu égard, peut-être, à une partie de dette (d’auteur) de Danièle Sallenave à cette formidable énergique qu’a d’abord su être presque tout le long de sa vie Simone de Beauvoir ; cf aussi le très beau portrait qu’a offert de celle-ci, récemment, ce livre très important (à de multiples égards) qu’est Le Lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann _,

    Danièle Sallenave ose alors, page 243, un :

    …

    « Chacun trouve ses propres chemins,

    ceux qui lui conviennent » ;

    …

    aussi « faudrait-il arriver à considérer l’« âge »

    _ mot que je préfère à celui de « vieillesse » (précise Danièle Sallenave) _

    autrement que sous l’angle de la mort annoncée« …

    _ lire ici (et relire souvent, sinon toujours !!!) le merveilleux Montaigne sur le temps et le vivre, au final de son dernier essai, « De l’expérience«  (Essais, III, 13) !

    …

    L’« âge »

    et même le « grand âge » tant que le corps tient le coup _ et le détail importe, certes ! _,

    c’est aussi _ en effet ! pleinement ! _ un âge de la vie ;

    …

    il devrait donc être vécu en tant que tel _ avec visée, toujours, de plénitude ! _,

    et non sous la menace du temps qui rétrécit _ et attriste, par la même : cf les analyses très détaillées du très beau (et si juste ! un très grand livre !) La Joie spacieuse _ essai sur la dilatation de Jean-Louis Chrétien…

    …

    Car la jeunesse ne se résume pas _ certes : à chacun, au plus vite, de l’apprendre et d’en faire son miel ! _ uniquement à la quantité de temps qu’on suppose _ à la louche ! pas à la pipette (qui n’existe pas pour cela, en dépit des efforts de tous les prévisionnistes très, très intéressés… _ avoir devant soi…

    …

    Encore moins à l’idée qu’il est _ biologiquement _ infini _ inépuisable : prolongeable à volonté et sur commande…

    …

    Ou le rêve de Faust ;

    et le piège de Méphisto…

    …

    Cf ici le mot (terrible) de Staline à De Gaulle, à Moscou, en 1945 : « A la fin, c’est la mort qui gagne » ;

    à comparer au « Si Dieu n’existe pas, tout est permis ! » de l’Ivan Karamazov de Dostoïevski…

    …

    Danièle Sallenave poursuit, elle,

    à propos des divers âges de la vie,

    ceci,

    aux pages 243-244 :

    …

    « J’ai toujours su que mon temps _ de vie (mortelle)… : et la rareté fait beaucoup, sinon tout (pas vraiment, non plus !), du prix ! _ était compté, même quand je n’avais que dix ans !

    …

    Et dans le même mouvement, je pensais que « j’avais tout mon temps » _ à condition de savoir apprendre à (et de pouvoir) aussi « le prendre« …

    …

    J’ai très tôt senti _ mais peut-on vraiment « penser«  si peu que ce soit et ressentir autrement que cela, et ainsi ?.. _ quelles infinités _ mais oui ! « Inextinguibles« , dit même Theodor Adorno, en son (merveilleux) essai sur L’essai comme forme, en ses Notes sur la littérature… _ chaque âge

    et chaque moment _ même _ de l’âge

    recelait.

    …
    Mais ce n’est pas la littérature qui me l’a fait découvrir : c’est l’ayant découvert que je me suis mise à écrire.
    « 

    …
    Et de préciser aussitôt : « Car je ne m’« abrite » pas derrière les mots ;

    je ne cherche pas dans l’écriture _ à la façon de l’admirable Philippe Forest dans ce chef d’œuvre des chefs d’œuvre dont la plupart de ses lecteurs potentiels ne réussissent pas à supporter d’affronter de bout en bout la lecture : le sublime terrible Toute la nuit !.. _, à calmer l’angoisse _ ici, pour elle _ de devoir disparaître«  _ mais c’est là un B-A BA de l’apprendre à « exister«  de tout un chacun !..

    …

    Et d’y répondre, page 244 :

    « Quand je suis en train d’écrire un livre,

    pendant que je rédige ma réponse à vos questions _ chère correspondante : chère Madeleine Gobeil, en l’occurrence _,

    je ne ressens plus le temps _ physique et physiologique _ comme un pur écoulement _ en vertu des lois mécaniques générales (et sans la moindre exception) de l’entropie de la thermodynamique, si l’on veut… _, au sens où on dit qu’un liquide s’écoule, qu’un corps se vide _ irréversiblement et irrémédiablement…
    …
    Quelque chose se dissipe _ en effet ; certes _, se consomme _ physiologiquement est transformé, assimilé, avec des déchets rejetés _, se consume _ et se dissout en nuées _ ;

    mais rien _ de substantiel _ ne m’a été _ par cette alchimie-là _ ôté ;

    au contraire, c’est de l’énergie _ voilà ! _ qui se régénère«  _ et même davantage que cela : « se sublime«  ! _ en se dépensant _ sur cette « sublimation économique« -là, lire Georges Bataille : La Part maudite…
    …

    Car : « C’est le mouvement de l’écriture qui fait naître _ du moins la capte  et la « sublime«  ! avec un minimum de micro « déchets«  physiologiques ; rien qu’une micro fatigue enthousiasmante ! _ l’énergie _ même _ dont il a besoin _ pour cette gestique : minimale en moyens ; optimale en résultats (= œuvres : au départ et à l’arrivée de simples phrases ; mais quel envol ! parfois, au moins, de « pensée«  ; et quel surcroît, par ces voies-là, d’épanouissement de soi…)…

    …

    Alors là , oui, en ce sens

    _ et il me semble qu’un Philippe Forest même, lui si hyper-épidermiquement réservé (= écorché vif ! hyper-« grand brûlé«  ! et quel immense écrivain !) quant à d’éventuelles fonctions cathartiques de l’écriture, consentirait lui aussi à pareille formulation… _,

    la littérature, l’écriture m’ont aidée.

    Elles m’ont donné de la force«  _ celle des écrivains (majeurs, du moins, surtout, mais même aussi les autres, quand ils « avancent«  ainsi…), des penseurs et philosophes, des artistes ; et de tous les « créateurs » en général…

    …

    C’est ce processus même de transfiguration qu’analyse si magnifiquement Spinoza dans tout le déploiement de son Éthique,

    ce processus qui permet à celui qui parvient à donner réalisation à ses potentialités en apprenant à se connaître (Spinoza le nomme, pour cela, « le sage«  !),

    de s’extraire, d’une certaine façon (seulement ! certes !), de la seule temporalité (de sa vie mortelle), à laquelle de toutes les façons il n’échappera pas biologiquement ! ;

    de s’en extraire cependant sub modo aeternitatis : en « sentant et expérimentant«  alors,

    en ce « passage«  de ses potentialités naturelles (de départ) à « une puissance supérieure« ,

    ressenti comme un surcroît d’intensité ;

    …

    en « sentant et expérimentant«  alors que,

    tout en demeurant un animal temporel (en tant que vivant mortel : la mortalité étant la rançon (biologique) de l’individualisation des membres d’une espèce sexuée ! et cela, naturellement !, sans la moindre exception !),

    quelque chose _ de soi ; en soi ; et par soi, aussi… _ accède cependant et aussi alors à une autre dimension de l’être que les seules dimensions du temps et de la temporalité,

    …

    c’est-à-dire aussi alors

    à de l’éternité

    …

    _ l‘éternité : en tant que l’autre même du temps ;

    en tant que ce qui excède, au sein même de

    (et en plein dedans : bien sûr _ et forcément !),

    …

    au sein même de

    la temporalité et de la vie (merci à elle !) ;

    …

    en tant que ce qui excède (et vient excéder, profusément, mais aussi intensivement !) la temporalité ;

    …

    ce qui, d’une certaine façon, lui échappe (en tant qu’autre, simplement, qu’elle ! ; en tant que son autre : le « face«  de son « pile«  ! si l’on veut…) ;

    …

    et que le reste de la vie, et, en particulier, ou surtout, l’événement (bref _ un instant ! _ unique et irréversible) de la mort _ pfuitt… : le souffle s’en est allé… _ ,

    n’a nul pouvoir d’effacer ;

    …

    d’empêcher le fait que « cela« , ce « passage » d’instant-là (avec son intensité a-temporelle !),

    a (bel et bien !) été

    (ainsi qu’été vécu, ressenti, et même « expérimenté«  !) ;

    …

    que cette dimension-là, de l’ »exister«  (de l’individu),

    a été atteinte et éprouvée, de facto, un moment (de plénitude) ! par lui (non, il n’a pas « rêvé«  !)…

    …

    La modalité (affective) de ce « sentir et expérimenter » (« que nous sommes éternels« )

    étant le ressentir de la (pure et vraie) joie

    …

    _ ne pas la confondre avec la sensation (passive, contingente, et trop souvent simplement factice !) du malheureux « plaisir«  (là-dessus lire les beaux et justes arguments de Socrate face à la naïveté trop courte de Calliclès dans le décisif Gorgias (ou « contre la rhétorique« ) de Platon… ;

    méditer aussi sur les (très) cruelles impasses (jusqu’au sadisme !) du dilettantisme (le plaisir, oui, mais sans nulle douleur !) à la Dom Juan (cf la très belle analyse qu’en donne l’excellent Étienne Borne (1907-1993) en son Problème du mal… _,

    …

    le ressentir de la (pure et vraie) joie

    comme sublime épanouissement,

    pour l’individu qui en est affecté, l’éprouve et le ressent (et l’« expérimente«  même !),

    de ses capacités personnelles naturelles de départ…

    …

    A l’inverse,

    qui n’éprouve jamais pareille vraie (et pure) joie (d’éternité de quelque chose de soi advenant ainsi en lui _ ainsi que par soi…) ; mais demeure scotché dans la seule (et unique) temporalité de sa vie (et en sa dimension exclusive (!) de mortalité, qui plus est…),

    celui-là (le « non-sage« ), Spinoza le nomme « l’ignorant » :

    ignorant faute de suffisamment prendre (et apprendre (!) à prendre) conscience

    et, assez vite, alors, vraiment connaissance ;

    …

    et surtout faute _ grâce à cette connaissance vraie, alors, de cette « vocation« -là ! _, de passer

    à l’acte de l’effectuation-réalisation _ un peu pleine !.. Spinoza a grandement foi dans l’apport et l’aide de la connaissance !.. Freud aussi, après lui, en un semblable mouvement thérapeutique… _ de ses potentialités naturelles de départ : en germes seulement, d’abord (à l’état en quelque sorte de « vocation« ), pour tout un chacun : telle est la donne (à assumer, au-delà du « dur désir de durer«  lui-même…) de tout vivant sexué, pour commencer ; cf là-dessus, de François Jacob, Le Jeu des possibles… ;

    …

    et qui resteront, ces « potentialités« , à ce stade (infertile !)

    de rien que « germes«  (!),

    chez celui _ l’« ignorant« , donc ! _ qui ne les aidera pas (mieux !) à passer en toute effectivité

    de la potentialité à l’acte,

    du stade (inférieur) de « seulement potentiel«  (ou virtuel)

    au stade (supérieur _ il s’agit d’un différentiel ! en soi… pas par rapport à d’autres ! Bourdieu, par exemple, étant ici superficiel !.. car seulement « social«  !) _ de « réellement actuel« ,

    …

    en une effectuation-actualisation qui serait, elle, réellement (et vraiment !) effective : Hegel parlera ici, lui, de wirklichkeit… _ ;

    …

    et, à la toute fin (lumineusement flamboyante : il s’agit, au livre V, de la description du bonheur comme « béatitude«  !) de l’Éthique,

    Spinoza met en comparaison la mort de cet « ignorant« -ci

    et la mort de ce « sage« -là :

    …

    du point de vue _ physico-biologique _ de la vie et de la temporalité,

    ces deux morts-là sont équivalentes,

    mourir étant pour l’individu (des espèces sexuées) le tout simple subir la dispersion à jamais des parcelles d’atomes (tant de l’âme que du corps) dont il était (circonstanciellement en quelque sorte) la réunion temporelle (vivante et mortelle) : éphémère (et provisoire, au fond : si l’on veut…), par là… L’espèce, elle, se perpétuant (avec une relative ténacité, au moins statistique…) par le renouvellement (sexué) de ses membres, en tant que maillons constitutifs (nécessaires reproducteurs en cela…) de la chaîne des générations se succédant et se remplaçant, en quelque sorte (même s’ils accèdent peut-être, ces « maillons« , à une relative singularité : à voir !)…

    …
    Mais il n’en est pas ainsi du point de vue de l’éternité :

    à laquelle l’un, l’« ignorant« , le « non-sage«  _ ne parvenant jamais à prendre véritablement consistance ; à réaliser pleinement ses potentialités d’épanouissement ; à accéder, à quelques moments, à la pure et vraie joie active (bien différente du plaisir subi, lui, passivement et par pure contingence !) _ n’aura pas (= jamais !) « accédé«  (n’en ayant, probablement, même pas le moindre petit début d’idée…) ;

    tandis que l’autre, le « sage«  _ y accédant à certains moments d’épanouissement effectif de ses potentialités _, a connu (= très effectivement « senti et expérimenté«  : pas seulement passivement subi !), lui, cette modalité du hors-temps (ou « éternité« ) :

    …

    au point que l’événement brutal et irréversible de sa mort physique

    ne peut tout bonnement plus (= est impuissante à) empêcher, au sein même de son effacement, alors (et irréversiblement), du règne des individus vivants,

    le fait _ à jamais, lui ! _, d’avoir goûté,

    connu,

    et d’avoir (à jamais) accédé _ en personne ! ainsi… _ à

    ce réel plus réel et plus plein _ conférant une infinie, inaliénable et irréversible « consistance« … _,

    éternel, donc,

    offert dans le jeu même de ce qui vit (dans l’éphèmère même du temps donné et imparti à vivre biologiquement)…

    …

    Soit une « vocation«  à un certain degré déjà remplie :

    cf le cantique de Siméon,

    par exemple, en sa version musicale bachienne, le BWV 82 (pour basse) : Ich habe genug (« Je suis comblé« ) ; pour la fête de la purification de Marie, le 2 février…

    …
    Sur la joie,

    outre cette grandissime leçon de l’Éthique de Baruch Spinoza,

    …

    consulter aussi l’admirable travail d’analyse magnifiquement détaillée de Jean-Louis Chrétien, en son lumineux La Joie spacieuse _ essai sur la dilatation… ;

    …

    ainsi que les sublimissimes remerciements à la vie

    de Montaigne :

    …

    « J’ai un dictionnaire tout à part à moi : je « passe » le temps, quand il est mauvais et incommode ; quand il est bon, je ne le veux pas « passer », je le retâte, je m’y tiens. Il faut courir le mauvais et se rassoir au bon. Cette phrase ordinaire de passe-temps et de passer le temps représente l’usage de ces prudentes _ telle est la douce ironie montanienne… _ gens, qui ne pensent _ = croient ! bien illusoirement ! _ point avoir meilleur compte de leur vie _ reçue : avec ingratitude ainsi… _ que de la couler et échapper, gauchir, et, autant qu’il est en eux, ignorer et fuir _ quel gâchis ! _, comme chose de qualité _ objectivement ! _ ennuyeuse et dédaignable. Mais je la connais _ singulièrement ! _ autre, et la trouve et prisable et commode, voire en son dernier décours _ ce que Danièle Sallenave vient de qualifier, elle, de « l’âge«  ! _ où je la tiens ; et nous l’a Nature _ très objectivement ! _ mise en main, garnie de telles circonstances et si favorables, que nous n’avons à nous plaindre qu’à nous _ voilà ! _ si elle nous presse et nous échappe inutilement. Je me compose pourtant à la perdre _ cette vie en voie de se terminer, de s’interrompre… _ sans regret, mais comme perdable de sa condition _ générale ! _, non comme moleste et importune. Aussi sied-il proprement bien _ = de droit _ de ne se déplaire à mourir qu’à ceux qui se plaisent à vivre _ comme c’est sensé ! Il y a du ménage _ = de l’art ! _ à la jouir, et je la jouis au double des autres, car la mesure en la jouissance dépend du plus ou moins d’application _ voilà ! _  que nous y prêtons _ très activement ! Principalement à cette heure _ la vieillesse (ou l’« âge«  !) de Montaigne a débuté pour lui avant ses cinquante ans ! _, que j’aperçois la mienne si brève en temps _ vraisemblablement !.. Ce sont des probabilités presque calculables ! et d’aucuns, aujourd’hui, ne s’en privent pas ! _, je la veux étendre en poids _ en « consistance«  vraie ! _ ; je veux arrêter la promptitude de sa fuite par la promptitude de ma saisie, et par la vigueur de l’usage _ Danièle Sallenave est elle aussi de ce tempérament (et de cette sagesse) -là ! _ compenser la hâtiveté de son écoulement. A mesure que la possession du vivre est _ probablement, en terme de prévision de probabilités _ plus courte, il me la faut rendre plus profonde et plus pleine«  _ voilà ! C’est d’une lucidité dirimante ! _ ;

    …

    et une page à peine plus loin,

    cet acmé de la « profession de foi«  finale de Michel de Montaigne :

    …

    « Pour moi donc, j’aime la vie

    et la cultive _ tel est le concept décisif ! _

    telle _ c’est la sagesse (= art de bien vivre !) que tout un chacun doit apprendre à savoir (enfin !) reconnaître ! Ce n’est même pas une affaire d’invention !.. _

    qu’il a plu à Dieu nous l’octroyer«  ;

    dans l’ultime essai de récapitulation de ce que Michel de Montaigne a appris de la vie : « De l’expérience« , Essais, Livre III, chapitre 13…

    …

    Fin de l’incise sur l’apport nourricier de la vraie joie.

    Et retour aux dernières pages des méditations de Danièle Sallenave,

    pages 244 à 247…

    …

    « la littérature,

    l’écriture m’ont aidée. Elles m’ont donné de la force. Le temps que je passe à écrire ne me retire pas de lavie,

    il m’en donne.

    …

    Pas en longueur

    _ nous retrouvons ici les intuitions de Montaigne : « à cette heure, que j’aperçois la mienne _ de vie _ si brève en temps, je la veux étendre en poids«  ; et « à mesure que la possession du vivre est plus courte, il me la faut rendre plus profonde et plus pleine« … _,

    …

    mais en intensité ».
    …
    Et d’ajouter
    ,

    mais peut-être un peu trop vite, cette fois :

    …

    « Et la vie intense,

    c’est de l’immortalité «  :

    …

    en écrivant « immortalité » au lieu d’ »éternité« , quand les distingue si justement un Spinoza !

    …
    Suit alors, page 245, une très judicieuse précision

    à propos de ce qui a pu opposer d’abord, un peu grossièrement, sans assez de précision, les convictions athées de Danièle Sallenave

    à certaines manières de pratiquer certaines fois religieuses ;

    …

    je cite :

    …

    « J’ai enfin compris, justement avec l’expérience de l’« âge »,

    ce qui me paraissait _ depuis longtemps _ le plus regrettable dans la foi, dans l’espérance religieuse _ du moins celles insuffisamment « pensées« …

    …

    Ce n’est pas qu’elles consolent,

    on a _ tous et chacun : très humainement… _ des heures de détresse, et bien peu de leçons _ en effet ! _ à donner là-dessus.

    …

    Ce n’est pas non plus que beaucoup confondent l’existence _ objective _ de Dieu

    avec le besoin _ tout subjectif _ qu’ils en ont.

    …

    Non, ce que je regrette,

    c’est qu’en proposant _ un peu trop fantasmatiquement _ la vie éternelle _ en fait : le fantasme de l’immortalité biologique, bien plutôt ! _,

    les religions _ en ces interprétations insuffisamment « pensées«  (ou méditées), du moins, me permettrais-je de préciser… _ nous empêchent de mener jusqu’à son terme, si on le peut,

    le grand travail sur soi _ voilà : c’est cela que nous devons apprendre à « cultiver« , pour reprendre un autre mot décisif de Montaigne ! _

    qu’imposent tous les âges,

    mais aussi le vieillissement _ le vieillir, déjà : permanent ! _,

    la vieillesse _ installée, finalement _

    et la perspective _ rétrécissante ! _ du néant.« 

    …

    Et c’est aussi le travail sur lequel s’est focalisé un Michel Foucault durant les dernières années de sa vie,

    tant dans ses Cours au Collège de France (L’Herméneutique du sujet, Le Gouvernement de soi et des autres, Le Courage de la vérité…)

    que dans ses derniers livres publiés (Histoire de la sexualité _ Le Souci de soi…)…

    …

    Ce « grand travail« 

    à « mener » tout personnellement « sur soi » :

    …

    « C’est une ascèse,

    une ascèse gaie,

    qui ne suppose aucune macération, aucune délectation morose ;

    …

    mais,

    comme disait Montaigne _ celui-ci est donc bien très présent dans la méditation de Danièle Sallenave : cette Vie éclaircie (et éclairée !) étant, en quelque sorte, comme son (tout provisoire encore) De l’Expérience à elle ! _,

    l’ »absolue perfection, et comme divine, de savoir _ l’ayant peu à peu appris et forgé : tout personnellement, et à son corps défendant (comme tout ce qui importe vraiment !)… _ jouir loyalement

    _ voilà le critère montanien majeur ! en toute vérité et dignité ! sans trucage ! _

    de son être »… »…

    …

    « Ce qu’elle espère atteindre, cette ascèse

    _ donc ; qui ne débouche « pas sur une « autre vie après la mort », certes,

    mais sur « une vie dans la vie » : une vie apaisée, transformée« , aussi page 246… _,

    …

    est sans prix : le prix est dans l’ascèse _ toute personnelle, donc _ elle-même,

    un exercice libre et joyeux de l’attention _ voilà ; lire là-dessus tous les derniers livres de l’ami Bernard Stiegler : Prendre soin 1 _ de la jeunesse et des générations ; et le tout récent Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue _ de la pharmacologie !.. (aux Éditions Flammarion, les deux)… _,

    une attention au présent,

    à chaque moment, à chaque instant » _ jusque selon, peut-être, les modalités montaniennes indiquées en son « dictionnaire à part soi« …

    …

    Et Danièle Sallenave de se remémorer alors Pindare :

    …

    « N’aspire pas à la vie éternelle _ ou immortelle ?.. _,

    mais épuise le champ du possible«  :

    …

    « C’est ce que chantait Pindare dans ses Pythiques, il y a deux millénaires et demi, un peu avant le siècle _ classique _ de Périclès. »

    …

    « On le cite souvent. Qui le pratique vraiment ?
    Tout est à relire et à méditer chez les sages de l’Antiquité, ses poètes, ses philosophes,

    car, ainsi que le dit _ le regretté _ Pierre Hadot :

    « La philosophie antique n’est pas un système ; elle est un exercice préparatoire à la sagesse _ très activement désirée _ ; elle est un exercice spirituel » _ voilà !

    Nous avons _ un peu trop _ perdu ce sens-là de la philosophie« , page 246…

    …

    Le paragraphe final de ces méditations de l’ »âge«  _ qui n’est pas du tout celui de la mélancolie ! _ que forme cette belle Vie éclaircie (et éclairée !) de Danièle Sallenave

    …

    évoque, je l’ai déjà mentionné un peu plus haut, « le bonheur complet« 

    que « procure » à l’auteur « l’écoute de la musique« 

    et « la participation

    à la grâce souveraine du calcul,

    à l’ordre mathématique et joyeux

    du monde« ,

    …

    et cela, au rythme du « mouvement » même « du temps« 

    « chargé » alors _ comme électriquement : qualitativement, et non quantitativement ou mécaniquement... _ « de signification » :

    c’est en effet là une « grâce » artiste…

    …

    …

    Titus Curiosus, le 22 décembre 2010

  • la flânerie stambouliote très attentive d’une chaleureuse : « Istanbul Carnets curieux » de Catherine Izzo

    Sur un livre merveilleux

    d’attention chaleureuse

    à une ville _ sublime ! _,

    et à sa vie, ses habitants _ c’est une ville-monde ! _ :

    Istanbul.

    …
    Le livre

    (aux Éditions le bec en l’air)

    s’intitule Istanbul _ Carnets curieux ;

    son auteur est la photographe (marseillaise depuis longtemps : elle est l’épouse du regretté Jean-Claude Izzo _ cf par exemple son Vivre fatigue… _)

    Catherine Izzo ;

    …

    elle est aussi une amie

    de mon ami Bernard Plossu.
    …

    Ici,

    et en guise d’introduction en image à l’article,

    on pourrait regarder la photo Bosphore IV, page 73 _ soit la numéro 1 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    …

    Hier, une fois achevée la lecture du texte (des Carnets Curieux) _ superbe ! _

    qui accompagne les 91 _ admirables ! _ photos

    _ les 24 chapitres (avec plans !) de ces Carnets vont de la page 114 à la page 209 ; et sont datés « Istanbul, Marseille, Lille, Carnac, 2006-2010 » ;

    ils se terminent, page 209, par ces mots :

    « Je reviendrai.
    Hosça kal ! (Adieu ! Restez joyeux !)« … _,

    …

    j’ai adressé ce message à Bernard :

    …

    De :  Titus Curiosus

    Objet : Mail de Catherine Izzo
    Date : 9 octobre 2010 08:36:41 HAEC
    À :   Bernard Plossu

    …

    J’aimerais témoigner à Catherine Izzo
    du très grand plaisir
    que m’a donné son Istanbul _ Carnets curieux

    dont je viens à l’instant d’achever la lecture…
    …
    C’est un livre
    qu’on aimerait (humblement !) avoir écrit,
    tant il est juste en sa finesse
    et en la profonde délicatesse (= légère !) de sa curiosité
    à tant de singularités
    _ en son approche humblement caressante (sublime !) de la beauté vraie de l’altérité (aimée)…
    …
    C’est ainsi qu’il faut apprendre à voyager, séjourner _ regarder, (essayer de, s’essayer à) contacter : hors tourisme, si tant est que cela soit possible ! et avec tout le temps nécessaire… _,

    dans l’amitié de qui

    _ ici Ergül

    …

    (« jeune stambouliote solide, le visage ensoleillé, elle porte toujours ses cheveux très courts : « c’est plus simple ! »..« , page 149 ;

    elle « a vécu dix-sept ans en France _ son père fabriquait des automobiles chez Peugeot«  ;

    et « maîtrise parfaitement le français et l’anglais« , page 167 ;

    s’intéressant, peut-être professionnellement à l’archéologie, « Ergül voudrait découvrir les grands sites grecs de la Sicile. Mais la Turquie n’appartient pas à l’Europe, et même si l’on sait qu’Istanbul est plus près de Rome, de Naples ou de Palerme que de Bagdad, les tracasseries administratives d’une Europe frileuse et tatillonne freinent toute spontanéité. Il faut des semaines pour obtenir une autorisation de transiter« , page 167 aussi…) ;

    …

    mais aussi les égards rencontrés du « gardien du petit hôtel de bois« ,

    des « serveurs des jardins de thé«  ;

    et encore les mouvements des « tortues des cimetières« ,

    ainsi que ceux des « barques des pêcheurs du Bosphore » ;

    et encore « la douce lumière sous les treilles«  :

    …

    à laquelle, Ergül, (et auxquels, aussi) est dédié, page 7 ce merveilleux livre… _

    …

    dans l’amitié de qui

    vous fait partager ses sentiers…

    …
    Aussi,
    j’aimerais que tu me fasses parvenir son adresse Internet.
    …
    Titus
    …

    …

    P.s. : je n’ai rien dit des photos,
    parce qu’elles sont merveilleuses de justesse et beauté,
    tout simplement…

    …
    J’ai l’intention de consacrer à ce livre _ rare à ce degré de beauté _ un article de mon blog
    _ le voici !
    …
    Tu sais combien j’aime Istanbul, moi aussi ;
    et combien je souhaite retourner y vagabonder…

    …

    Fin du courriel à Bernard Plossu ;

    et début du corps de l’article :

    …

    Parmi les photos disponibles sur le net

    _ en l’occurrence sur le site personnel (Passevue) de Catherine Izzo _,

    voici une sélection, mienne :

    …

    D’abord,

    l’arrivée idéale à Istanbul

    est par bateau : en contournant la pointe de Topkapi, étrave à la rencontre du Bosphore, depuis la mer de Marmara, pour débarquer

    …

    _ tel le Michel-Ange du Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, au printemps 1506, dans le récit de Mathias Enard ;

    cf mes articles des 2 et 11 septembre 2010 :

    Au menu du (bon) ogre Enard : le géant Michel-Ange, le pouvoir, le sexe et l’effroi, en un Istanbul revisité à l’ére du tourisme “culturel” mondialisé…

    et : Mathias Enard, ou le creuseur pudique : face à l’énigme de l’oeuvre et les secrets du coeur (à partir de l’exemple de Michel-Ange à Rome _ et Istanbul !!!) ;

    ainsi que mon entretien avec Mathias Enard, le 8 septembre : le podcast dure 62 minutes… _

    …

    pour débarquer

    à l’ »échelle«  _ le quai, depuis si longtemps que la ville, Constantinople, existe… _ d’Eminönü…

    …

    Et ce, par quelque temps que ce soit :

    la brume et la pluie n’étant certes pas les moins appropriés à l’émerveillement de la découverte ;

    de l’approche _ celle-ci ne finissant, d’ailleurs, jamais !

    La gloire de son mystère s’enrichit !..

    …

    Voici, parmi la moisson d’images captées par Catherine Izzo,

    une arrivée_ stambouliote _ possible :

    …

    la photo Bosphore VI, page 106… _ soit la numéro 16, en comptant de gauche à droite et de haut en bas, de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Même par gros temps ;

    on peut encore y pêcher…

    …

    Ici on pourrait regarder la photo Pêche à Üsküdar _ rive asiatique, page 105 _ soit la numéro 30 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    On trouve toujours un débarcadère :

    …

    ici on pourrait regarder la photo Débarcadère, page 104… _ soit la numéro 27 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Puis, on pénètre en la ville, aux sept collines, elle aussi ;

    et il nous faudra toujours grimper un peu : les rues et ruelles _ avec platanes _ affrontent vaillamment les pentes herbeuses, et se glissent, en se faufilant, dans ce qui fut peut-être autrefois un ruisseau, sinon une cascade ;

    il y a aussi bien des escaliers…

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    © courtesy Catherine Izzo : Pasaj II _ Istiklal, page 50.

    …

    Et viennent de merveilleuses maisons de bois,

    dans certains quartiers _ par exemple, et tout particulièrement, encore,

    à Fener, et Balat ;

    elles risquent cependant de bientôt disparaître, face à la spéculation immobilière galopante, ici comme ailleurs ;

    sur ce sujet,

    cf le très beau film du réalisateur italo-turc, Ferzan Oztepec : Hammam (en 1998 : avec Alessandro Gassmann)…

    …

    Ici on pourrait regarder la photo Galerie supérieure de Vezir hane _ Beyazit, page 40… _ soit la numéro 10 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Et les intérieurs, orants _ après s’être déchaussés (et nettoyés aux fontaines) _, des mosquées :

    …

    par exemple, la photo Prière II, page 88 _ soit la numéro 20 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Et encore, en suivant, la photo Arabesque I, page 90 _ soit la numéro 8 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Et le lacis labyrinthique des ruelles et rues

    des multiples quartiers :

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    © courtesy Catherine Izzo : Cankurtaran I, page 26.

    …

    et

    …

    aussi la photo Samatya, page 47 _ soit la numéro 14 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Et, bien sûr, Aya Sofya,

    toujours magique :

    …

    ici, par exemple, la photo Aya Sofya II, page 43 _ soit la numéro 6 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Et ses alentours :

    …

    ici on pourrait regarder la photo Tombe II _ Divan Yolu _ Vers Beyazit, page 94 _ soit la numéro 9 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo… ;

    …

    ou

    …

    la photo Eminönü III, page 60 _ soit la numéro 11 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Aya Sofya, toujours, toujours, si puissante :

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    © courtesy Catherine Izzo : Aya Sofya I, page 29

    …

    Puis, les escapades vers les périphéries tentaculaires,

    en constante continuelle expansion :

    …

    ici on pourrait regarder la photo « Bonne année » _ Kandili _ Rive asiatique, page 45 _ soit la numéro 4 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Et encore :

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    © courtesy Catherine Izzo : Vers Tekirdağ II _ Hommage à Fellini _ Grande banlieue d’Istanbul, page 54…

    …

    Ou les quartiers d’affaires et de commerces, hyper-animés ;

    …

    Istanbul est une de ces mégapoles

    dont parle si bien Régine Robin, en son Mégapolis

    _ cf mon article du 16 février 2009 : Aimer les villes-monstres (New-York, Los Angeles, Tokyo, Buenos Aires, Londres); ou vers la fin de la flânerie, selon Régine Robin… _ ;

    dont le sous-titre est les derniers pas du flâneur… :

    …

    ici on pourrait regarder la photo « Kanyon » _ Saryer, page 20 _ soit la numéro 21 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Puis l’on revient toujours, ici,

    vers les rivages,

    tellement enchanteurs :

    le flot y clapote…

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    © courtesy Catherine Izzo : Vers Tekirdağ IV _ Grande banlieue d’Istanbul, page 81 ;

    …

    Ou

    …

    la photo Kumpkapi I, page 15 _ soit la numéro 2 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Et sans cesse on prend

    et reprend

    le ferry

    d’une rive

    (l’une, européenne et, l’autre, asiatique, ainsi que cela se dit…)

    à l’autre,

    le temps,

    à peine,

    de déguster à bord un délicieux thé

    tout brûlant :

    …

    ici on pourrait regarder la photo Bosphore V, page  75 _ soit la numéro 3 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …
    et

    …

    la photo Bosphore II, page 23 _ soit la numéro 19 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…
    ;

    …
    et puis,

    d’où partent les trains pour Bagdad :

    …

    ici on pourrait regarder la photo Hayderpaşa I _ Rive asiatique, page 14 _ soit la numéro 29 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Et de saluer,

    en guise d’au revoir au lecteur,

    la vista _ avec la mouette _ de l’ami Bernard Plossu :

    …

    ici on pourrait regarder la photo Hommage à Bernard Plossu III, page 111 _ soit la numéro 28 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Avant de repartir (d’Istanbul),

    encore par bateau ;

    …

    mais avec l’idée (chère au cœur) de revenir

    sur ce rivage du Bosphore

    et des Eaux douces d’Europe _ l’autre nom de la Corne d’Or…

    …

    Ici on pourrait regarder la photo Bosphore IX, page 109 _ soit la numéro 15 de la page « Istanbul«  du site Passevue de Catherine Izzo…

    …

    Un livre merveilleux, chaleureux,

    en la délicatesse de sa justesse,

    que cet Istanbul _ Carnets curieux

    de Catherine Izzo…

    …

    …

    Titus Curiosus, le 10 octobre 2010

    …

    Post-scriptum :

    …

    Catherine Izzo cite aussi,

    et à plusieurs reprises,

    les beaux films de Nuri Bilge Ceylan :

    Koza, Kasaba, Uzak, Les Climats, Nuages de mai, Les Trois singes…

    …

    J’aime aussi beaucoup, beaucoup

    les deux photos

    _ à végétation plantureuse : ce pourraient presque être des vignes… _

    qui se font face aux pages 18 et 19 :

    …

    Tombe I _ Jardin de Küçük _ Aya Sofya Camii ;

    et 

    Yeni Valide Camii, cour intérieure _ Üsküdar, rive asiatique…

    …
    De l’ami Plossu,

    j’ai appris à (re-)connaître aussi l’art de la mise en page…

    …

    En conclusion,

    et pour donner aussi quelque échantillon de sa belle écriture fine, précise, juste et subtile,

    ces deux extraits-ci, aux pages 132 et 133 :

    …

    « Istanbul sous la pluie… La ville se rapproche _ de la focale du regard _, se resserre, intime, sensible, feutrée. Une dimension nouvelle se dessine, inconnue et voilée, secrète et délicate. Les paysages se diluent, le ciel et les mers s’embrassent. Istanbul se métamorphose en une palette de gris subtils et raffinés, nuancier infini, d’une grâce exceptionnelle pour qui prend le temps de les contempler _ et de les ressentir et saisir alors.

    …

    Gris argenté des dômes des mosquées, gris cendré des coupoles des medrese, gris anthracite et mat de l’asphalte, gris porcelaine des marbres des türbe, gris bleu des fumerolles échappées des frêles cheminées tortueuses, gris brun des fumées des bateaux, gris éteint et lourd des silhouettes des cargos qui remontent lentement le Bosphore, gris vert de la colline d’Eyüp, gris tourterelle des fontaines, gris perle de la tour de Galata, gris rosé de la façade du Patriarcat orthodoxe grec à Fener, gris sombre de Teodos Suru.

    …

    La pluie lave les toits de plomb, souligne l’envol des minarets, adoucit le jaune des taxis, assombrit les façades des maisons de bois. Les bateaux ne sont plus que de simples contours fantomatiques, les mosquées de gros animaux fantastiques.

    …

    On pourrait imaginer ce tableau triste, voire sinistre.
    C’est juste doucement mélancolique
    _ voilà.

    …

    Les terrasses des çay bahçesi disparaissent, parfois simplement enfouies à la hâte sous des bâches de plastique translucides.
    À l’abri des petits auvents ou des larges toits des marchés restent quelques tabourets sur lesquels les plus téméraires sirotent le thé éternel.

    …

    Un ruisseau, au milieu de la rue, dégringole vers les Eaux. J’ai toujours eu l’envie _ sans jamais le faire _ d’y déposer un petit bateau de papier et de suivre son chemin brinquebalant vers Marmara.
    À l’intérieur des lokanta les vitres s’embrument. Derrière la buée les rues deviennent des no man’s land mystérieux et lointains, paysages propices à toutes les rêveries »…

    …

    Et juste neuf lignes, plus loin, page 133 :

    …

    « Plus j’y reviens, moins je suis convaincue qu’Istanbul est méditerranéenne.

    …

    L’œuvre de Nuri Bilge Ceylan s’impose tout à coup. Derrière des fenêtres brouillées de gouttes d’eau qui tracent des chemins improbables et fantaisistes, la caméra suit le regard des personnages. Leurs yeux se noient dans la ville devenue imperceptiblement _ presque à leur insu _ intime et charnelle » _ voilà encore…

    …

    Voilà ce qu’est un regard fin et juste :

    d’artiste

    pudique

    vrai…

    …

    …

    J’aurais aimé donner plus (ou mieux) encore le goût de contempler les quatre-vingt onze images d’Istanbul

    que le livre _ de Catherine Izzo : Istanbul _ Carnets curieux, aux Éditions le bec en l’air _ propose

    _ afin de goûter le plaisir de feuilleter le papier des 244 pages de ce livre _,

    …

    mais il m’a fallu restreindre l’enthousiasme de mon choix

    _ au départ de vingt-quatre images… _

    à cinq d’entre elles… :

    …

    j’ai donc choisi celles

    que je préférais…

    …

    Les dix-neuf autres _ dont je cite le titre et la page dans le livre _ sont cependant accessibles

    _ en veuillant bien compter… _

    sur le site personnel de Catherine Izzo : Passevue…

    …

    Qu’on aille y jeter un coup d’œil…

  • A propos de la poïétique, deux exercices d’application : Jean-Paul Michel et Gaston Bachelard

    Plus que jamais, j’estime fondamentale la poiesis,

    au cœur de l’aptitude à créer

    humaine.

    …

    Et c’est un des fils conducteurs de la trois-centaine d’articles de ce blog-ci,

    ouvert le 3 juillet 2008 ;

    on l’aura peut-être déjà repéré…

    Cf la place de la poiesis en mon article d’ouverture (et programmatique), ce 3 juillet-là, il y a deux ans (c’est un anniversaire !) : le Carnet d’un curieux…

    …

    Sur ce sujet décisif, donc, de la poiesis humaine _ mais c’est un pléonasme : il n’en est pas d’autre qu’« humaine«  !.. _,

    deux rapides remarques-conseils :

    …

    d’une part,

    écouter le podcast (d’une heure) de la présentation par Jean-Paul Michel, le 15 juin, à la librairie Mollat, de son recueil de poèmes Je ne voudrais rien qui mente dans un livre,

    en dialogue _ animé ! vif ! à propos de l’« actualité«  radicalement « intempestive« , toujours : à dimension d’éternité ! et rien moins ! ; c’est là une haute (et solennelle) ambition… _ avec Francis Lippa, dont les questions tournaient autour de la poétique

    et de la poïétique

    …

    _ cf ici mon article sur la passionnante et si riche conférence de Martin Rueff et Michel Deguy, le 18 mai 2010, à la librairie Mollat : De Troie en flammes à la nouvelle Rome : l’admirable “How to read” les poèmes de Michel Deguy de Martin Rueff _ ou surmonter l’abominable détresse du désamour de la langue…

    Michel Deguy est le rédacteur en chef de la revue Po&sie ;

    et Martin Rueff l’un des deux rédacteurs en chef adjoints (l’autre étant le tout aussi magnifique Claude Mouchard) de cette merveilleuse revue, qui fait tant pour la diffusion et la réception de la poésie (et pas seulement de langue française !) pour le lectorat francophone… ;

    …

    le fin-mot quant à son audace étant peut-être la distinction socratique (à moins qu’elle ne soit le fait de Platon lui-même), dans l’Ion,

    entre les deux voies d’accès, tentées et possibles, à la vérité :

    la voie longue (dialectique) de l’argumentation-démonstration du logos, qu’emprunte la philosophie ou la science (cf l’escalier difficultueusement escarpé pour réussir à s’extirper hors de la caverne et parvenir à accéder à la pleine lumière, enfin, des Idées, dans la république…) ;

    et la voie brève de l’inspiration (= un raccourci hasardeux inspiré !), qu’empruntent, en la vitesse passionnelle supersonique de leur urgence, chacun, et le mystique, et l’amoureux, et le poète, via le court-circuit radical (= une fulguration, lui : un coup-de-foudre !) de la poiesis…

    …

    Socrate n’allant pas, lui, sans redouter ici que

    « les poètes (ne) mentent trop« 

    et qu’« ils (ne) troublent toutes leurs eaux pour qu’elles en paraissent profondes«  : la formule est, cette fois, de Nietzsche, au très finement parlant chapitre « Des poètes« , au livre II d’Ainsi parlait Zarathoustra ;

    …

    Nietzsche faisant préciser encore, tout au final de ce même chapitre « Des poètes« , à son Zarathoustra (lequel dit de lui-même, en ce poème en prose d’Ainsi parlait Zarathoustra, et prévient : « Mais Zarathoustra aussi est un poète« …) :

    « L’esprit du poète veut des spectateurs _ voilà ! _ : peu lui importe que ce soient même des buffles !«  _ ouh ! là !

    …

    Et il poursuit pour achever, ce sont les derniers mots de ce chapitre : « Mais je me suis fatigué de cet esprit-là : et ce que je vois venir _ Zarathoustra est voyant ! _ c’est qu’il se fatiguera de lui-même.

    Déjà j’ai vu les poètes transformés _ en une métamorphose advenant par cet inouï mouvement de sursaut, sublime, que Nietzsche baptise du nom de « surhumain« … _ et le regard dirigé _ cette fois, magnifiquement : telle est la grandeur ; et le sas indispensable ! _ contre eux-mêmes.

    J’ai vu venir des pénitents de l’esprit _ voilà : « rien qui mente« , enfin ! _ : ils sont nés d’eux » _ ce serait là l’étape ultime ; le surplomb dernier de la lucidité poïétique…

    …

    Un seul (petit) regret quant à cette performance du 15 juin – 18 heures, au 91 rue Porte-Dijeaux :

    que la durée et l’élan (assez emporté… ; fougueux…) de l’entretien _ flamboyant ! _

    n’aient pas laissé l’occasion d’écouter, aussi, le poète lire, de sa voix,

    et à son rythme,

    au moins un des poèmes de son recueil…

    Car pouvoir écouter le poète se lire, de sa voix,

    est sans prix !

    …

    …

    et,

    d’autre part _ ce sera ma seconde « remarque-conseil«  ici… _,

    lire l’exploration de la poïesis selon Bachelard par la musicologue Marie-Pierre Lassus, en son récent ouvrage, paru aux Presses universitaires du Septentrion (dans la collection esthétique et sciences des arts que dirige Anne Boissière),

    Gaston Bachelard musicien _ Une Philosophie des silences et des timbres…

    …

    J’en retiendrai ici, déjà, ces deux citations de Gaston Bachelard lui-même,

    données en exergue du livre, page 13 :

    …

    _ « Écrire, c’est entendre« , extraite du Droit de Rêver (à la page 184 de l’édition aux PUF, en 1970, est-il indiqué en note)

    _ « Le poète doit créer son lecteur« , extraite de Lautréamont (à la page 79)…

    …

    Bachelard

    _ qui, « ni poète, ni linguiste ni philosophe ni même « scientifique »… », « ne se reconnaissait qu’une seule compétence : la lecture«  !.. je prends soin de vite le noter !!! _

    a dit aussi de lui-même, en son La Terre et les rêveries de la volonté _ essai sur l’imagination des forces (à la page 6), indique Marie-Pierre Lassus à la page 17 de son essai :

    « Nous ne sommes qu’un lecteur, qu’un liseur« …

    …

    Car lire « ne consistait pas seulement à déchiffrer un code utile à la compréhension du sens des mots. Lire était pour lui une activité nécessitant un effort et un apprentissage.

    Ainsi chaque mot constituait à lui seul un petit univers _ leibnizien ; et en expansion continue : pour qui sait assez le percevoir, du moins, c’est-à-dire le ressentir, par l’attention active qu’il lui prête ! me permettrai-je d’ajouter à mon tour… _, un monde en soi, de nature sonore et gestuelle » _ voilà : ce qui ouvre et à la musique et à la danse, ces arts du rythme !

    …

    Marie-Pierre Lassus cite alors  _ et le reprend encore à la page 159 _ ce mot décisif (!) de Bachelard (à la page 75 de L’Air et les songes _ essai sur l’imagination du mouvement) :

    « Tous les mots cachent un verbe.

    La phrase est une action,

    mieux, une allure…

    …

    L’imagination est très précisément le musée _ mis à disposition, offert, exposant ses œuvres choisies (et « aimables« , sinon assez aimées) à la visite tant soit peu attentive de notre « curiosité«  de « visiteurs«  à tous ; et pas seulement de manière privée, comme le firent les galeries princières, d’abord… _ des allures _ cf, ici l’admirable Le Sens de la visite de l’admirable Michel Deguy…

    …

    Revivons donc les allures que nous suggèrent les poètes« …

    …

    Tout cela est criant de

    justesse !

    …

    De même que Marie-Pierre Lassus accompagne (en une note de bas de page) le terme bachelardien d’ »apprentissage » (du lire)

    de cette remarquable citation de Goethe, extraite de ses Entretiens avec Eckermann, à la date du 25 janvier 1830 :

    …

    « Les gens ne savent pas ce que cela coûte de temps et d’effort d’apprendre à lire.

    Il m’a fallu quatre-vingts ans pour cela ;

    et je ne suis même pas capable de dire si j’ai réussi« …

    …

    Oui ! oui ! oui ! oui ! Il faut toujours le proclamer…
    Contre la bêtise : qui est la suffisance
    _ de la fatuité satisfaite (= pleine à rabord) d’elle-même :

    cf là-dessus l’admirable Bréviaire de la bêtise d’Alain Roger,

    qu’a cité, le 15 juin lors de leur entretien rue Porte-Dijeaux, Francis Lippa après que Jean-Paul Michel a fait part de la lecture enthousiaste de Je ne voudrais rien qui mente dans un livre dont lui a témoigné par courrier ce philosophe, Alain Roger, riche de tant de sagacité !

    …

    Un livre fort utile à chacun

    (cf Montaigne : « Personne n’est exempt de dire essais des fadaises« , en ouverture du livre III de ses indispensables Essais ! poursuivant : « le malheur est de les dire curieusement« , c’est-à-dire avec lourdeur (de soin) et fatuité (de componction) en l’expression (du mouvement de recherche, ou « essai« …) ! d’où l’importance cruciale du ton : celui, vif et alerte, de l’humour !)

    que ce « bréviaire« -ci ! (d’Alain Roger), je me permets de le marquer au passage… Cf aussi Flaubert : « la bêtise, c’est de conclure« …

    …

    Et Marie-Pierre Lassus de citer alors _ je reprends ici mon fil, après cette incise sur la bêtise… _ cette « confidence personnelle » (improvisée, au micro) de Gaston Bachelard,

    lors d’une émission radiophonique, « La Poésie et les éléments« , fin 1952 :

    …

    « Jadis, j’ai beaucoup lu,

    mais j’ai fort mal lu. J’ai lu pour connaître,  j’ai lu pour accumuler _ quantitativement : la vraie lecture étant qualitative, elle ; et ne se « résume«  pas (à la va-vite !) à rien que du contenu ! « capitalisé«  ! _ des idées et des faits _ ce que font la plupart ! journalistiquement, en quelque sorte : en faisant l’impasse sur le style !..

    …

    Et puis un jour, j’ai reconnu _ voilà la prise de conscience ! _ que les images littéraires

    _ soit la métaphoricité, via l’usage de la langue : de la part, et de l’initiative, du locuteur ; cf ici les analyses décisives de Chomsky (par exemple in Le Langage et la pensée) ; et selon un style (celui de « l’homme même« , cela se perçoit pour peu qu’on _ lecteur, auditeur, spectateur actifs… _ y prête si peu que ce soit, avec un brin de « délicatesse« , « attention«  ; cela se forme peu à peu… ; à moins qu’il ne s’agisse là (encore !), en ces « images littéraires« , rien que de « clichés«  empruntés, courant les rues : passe-partout, eux…) ; fin de l’incise sur la métaphoricité !

    …

    Et puis un jour, j’ai reconnu que les images littéraires 

    avaient leur vie propre _ voilà ! et c’est à elle, à cette « vie propre«  des « images«  (littéraires, donc), qu’il nous revient d’apprendre à nous (ondulatoirement et vibratoirement !) « brancher« … _ ;

    …

    que les images s’assemblaient _ c’est trop peu dire de leur jeu si vivant ! qui n’est pas un simple mécano ; ni un simple kaléïdoscope… _ dans une vie autonome _ voilà ! « vie » ;

    et « autonome«  vis-à-vis, en grande partie, du moins, du locuteur lui-même, et d’une bonne part de sa conscience, le plus souvent ; s’il ne s’en avise pas assez ; mais jamais, non plus, « complètement«  : tout cela « se découvrant« , toujours « partiellement« , et toujours peu à peu, par à-coups, par saccades, par « intuitions de l’instant« , selon l’expression bachelardienne (cf L’Intuition de l’instant _ Étude sur la Siloë de Gaston Roupnel : cet ouvrage de Gaston Bachelard est paru aux Éditions Stock en 1932…), plutôt que par méthode hyper-organisée : à l’occasion (ou kairos), toujours, donc ; improgrammable algorytmiquement, par conséquent !..

    …

    Et dès cette époque, j’ai compris que les grands livres méritaient une double lecture.

    Qu’il fallait les lire tour à tour _ ou plutôt d’un double regard ! en relief !!! _

    avec un esprit clair

    et une imagination sensible _ non strictement utilitaire, mais enfin décentrée de soi…

    …

    Seule une double lecture _ voilà ! _ nous donne la complétude _ infiniment en chantier… : cf l’intuition justissime de Goethe en ses quatre-vingts ans… _ des valeurs esthétiques« …

    …

    Soit procéder à ce que Marie-Pierre Lassus _ elle est musicologue ! _ nomme très justement, page 19, une « lecture harmonique » ;

    qui « est indissociable d’une écriture musicale _ en amont : de la part de l’auteur, ici compositeur de son chant : il l’essaie ; il l’invente… _ ayant, pour cette raison, un effet créateur _ en aval _ sur le lecteur, qui se sent _ contagieusement : le poète étant moins un « inspiré » qu’un « inspirant« , a pu dire, ou quelque chose d’approchant, un Paul Eluard ! un mobilisant « é-mouvant«  ; « affectif« , dit ailleurs Marie-Pierre Lassus… _ harmonisé _ sic ! mais oui !!! _ par les sons et les rythmes perçus.

    …

    Les mots _ et le rythme des phrases, en leur phrasé ! modulant, vibratoire : avec ce que Marie-Pierre Lassus, après Gaston Bachelard, nomme « des silences et des timbres«  : composantes essentielles, ô combien !, de la musicalité ! _ suscitent en lui des mouvements corporels _ c’est décisif !!! _

    le conduisant toujours à tendre l’oreille,

    de plus en plus finement _ telle l’Ariane du Dionysos de Nietzsche _,

    pour écouter _ aussi _ les échos de ses propres voix intérieures«  _ se mettant alors à résonner ensemble en harmoniques ;

    encore faut-il les laisser se mettre peu à peu à parler, se déployer, prendre, avec de l’élan, leur allant (chanté) : leur « allure«  (dansée), dit Bachelard…

    …
    Avec pour résultat, page 23,

    que l’« on se sent plus vif, plus actif ;

    et on a la même impression _ combien juste ! _ d’entrer _ voilà ! _ dans un monde _ tout vibrant de résonances multiples (ondulatoires) : un « monde«  polyphonique ; par (et dans) lequel il nous faut, à notre tour, nous laisser porter et emporter… _ de mouvements et de forces« … _ dansants : et c’est bien là le principal…

    …

    A la chinoise :

    et Marie-Pierre Lassus développera cette intuition, pages 25-26 :

    Gaston Bachelard avait pu lire Marcel Granet…

    _ et nous nous pouvons lire l’ami François Jullien…

    …

    Le livre de Marie-Pierre Lassus renvoie abondamment, et à très juste titre, à Nietzsche, à Bergson, à Wittgenstein, aussi.
    …

    Et cette fois encore, je renverrai mon lecteur

    à ces livres-maîtres _ splendides ! _

    de deux amis :

    …

    en l’occurrence, de Baldine Saint-Girons, L’Acte esthétique ;

    et, de Bernard Sève, L’Altération musicale _ ou ce que la musique apprend au philosophe ;

    …

    m’étonnant un peu au passage que l’essayiste (musicologue) Marie-Pierre Lassus semble, un peu étrangement, les ignorer :

    elle ne cite ni l’un ni l’autre en sa bibliographie, aux pages 259 à 268.

    …

    Il est vrai que, page 24, elle attribue malencontreusement le qualificatif de « nihiliste« 

    à « la pensée de ce philosophe » : Nietzsche ! Non ! C’est tout le contraire ! C’est de cela qu’il faut s’extirper !!!

    Dommage…

    …
    Et la conclusion du livre (« Retentissement« , aux pages 253 à 257) ne me semble pas tenir tout à fait, au bilan de l’enquête, les promesses des belles et justes intuitions de départ (« Coup d’archet« , aux pages 13 à 28

    …

    _ l’expression (devenue bachelardienne aussi : in Droit de Rêver, page 155) « Coup d’archet«  est empruntée à Rimbaud ;

    et citée un peu plus longuement, toujours en exergue à un nouveau chapitre, page 107 de ce Gaston Bachelard musicien _ Une Philosophie des silences et des timbres de Marie-Pierre Lassus, qui s’y attarde à son tour… : « J’assiste à l’éclosion de ma pensée ; je la regarde, je l’écoute, je lance un coup d’archet«  ;

    …

    l’expression est prélevée à ce qui succède immédiatement à la presque trop fameuse expression, in la lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871 (dite « lettre du voyant« ) « Je est un autre«  ; et vient pour qualifier l’intuition de l’évidence poétique même du poète, assistant presque malgré lui, même si pas tout à fait !, à son éclosion (sonore, musicale, « symphonique«  ici !) :

    « Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute _ de la faute du Je… Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet _ vertical _ : la symphonie fait son remuement _ voilà ! _ dans les profondeurs _ harmoniques _, ou vient d’un bond _ fulgurant, lui : mélodique… _ sur la scène«  _ de ce qui vient là se prononcer on ne peut plus physiquement, en éclatante matière verbale (« le cuivre s’éveillant clairon«  !), et ainsi s’exposer (« scéniquement« …), en son surgissement… De fait, l’intuition de Rimbaud est magnifique de vérité !

    …

    Je note aussi, en exergue au chapitre II « Qu’est-ce que la musique ?« , page 47, cette expression magnifique encore de Bachelard, à la page 152 de L’Air et les songes _ essai sur l’imagination du mouvement :

    …

    « … ce qui commande tout,

    c’est la dialectique de ce qui coule et de ce qui jaillit » _ voilà !..

    …

    La conclusion de l’essai aurait gagné à être « creusée » davantage… 

    …

    Titus Curiosus, ce 2 juillet 2010

    …

    …

    Post-scriptum, ce 5 juillet :

    …

    Alors que je reprends _ à des fins de creusement... _ ma première lecture _ j’en suis très exactement à la page 147 quand voici que survient le courriel… _ du Gaston Bachelard musicien _ Une Philosophie des silences et des timbres de Marie-Pierre Lassus,

    avec beaucoup de plaisir

    dans la précision de ses « analyse-lectures » du musical dans l’ »écriture-pensée » _ qualifiée par elle de rien moins que « sa poésie » !.. _ de Gaston Bachelard

    à propos des « énergie-pouvoirs » du poétique (dans les divers arts),

    …

    voici que

    Jean-Paul Michel a bien voulu agréer à ma sollicitation

    de choisir un de ses « poèmes méditerranéens » (« grecs, italiens, ou corses« , lui avais-je proposé…),

    afin de pallier (en partie !) le défaut de l’entretien du 15 juin : ne pas avoir donné à entendre sa voix incarner un des poèmes de Je ne voudrais rien qui mente dans un livre…

    …

    Son choix, maintenant, s’est porté sur :

    …

    POÈME DÉDIÉ À LA VILLE DE SIENNE (1982)

    …

     

    […]

    ….

     

    «  Je vois les Garçons d’Italie dans leur élégance naïve… »

     

    …

     

    Je vois les Garçons d’Italie dans leur élégance naïve

    sur le Campo de Sienne glaner

    du regard des regards — féminins  — étrangers —

    & je ferme les yeux sous la roue

    du soleil sans progrès

    …

     

    Oiseaux girant noirs-corneilles

    cent mètres au-dessus de Louves d’art haut-hissées

    — loin derrière eux le pigeon domestique

    ou la colombe traditionnelle

    …

     

    La Tortue l’Oie le Dauphin l’Aigle

    — vers de Dante gravés deux par deux — rêvant

    de ta discipline O sensuelle A

    mante de Christ bénie de Sodoma Sainte

    Catherine de Sienne Patronne d’Italie &

    Docteur de l’Église

    …

     

    Jouissant pas rasé dans la douceur étrusque

    de la qualité de l’air du matin

    — pendant qu’à l’Hôtel Le Tre Donzelle

    Laure tète la Louve

    qui est mon amour

    noir et blanc —

    ce dix-sept avril mil neuf cent quatre-vingt

    deux

    une voix dans ma voix prononce

    & ma main trace :

    …

    « La terre ombrageuse des Princes

    maintenant nous est dévolue. »

    …

     

    […]


    …

    Merci !

    …
    Et il se trouve,

    en plus,

    que j’aime tout particulièrement la ville du bisannuel Palio,

    la conque _ sublimement pentue, vers la fontaine Gaia… _ de son Campo (sa Piazza Communale : « le plus beau salon du monde« , s’en extasie Damien Wigny, en son merveilleux Sienne et le sud de la Toscane, aux Éditions Duculot, en 1992 : une bible !),

    et jusqu’aux Crete lunaires _ « un des plus beaux paysages du monde« , dit encore Damien Wigny, à la page 197 de cette bible qu’est son « guide » : si spécial, en ses 1007 pages… _

    qui sertissent la ville ceinte encore de ses remparts,

    encore à-peu-près préservée, elle, des banlieues en expansion tentaculaire qui étouffent sa rivale triomphante, Florence ;

    tout comme la grâce incomparable _ cf l’élégance rêveuse d’un Simone Martini… _ de la délicatesse si hautement civilisée des artistes siennois…