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  • L’alchimie Michelle-Barack Obama en 1996 ; un « défi »politique qui vient de loin

    A propos d’un très remarquable article  _ inédit depuis 1996, semble-t-il _ et que Le Monde nous offre, en avant-propos à la présidence Obama _ et à l’ »inauguration » du 20 novembre : « En 1996, les confidences de Michelle et Barack Obama« , de la photographe Mariana Cook (pour un projet sur « les couples en Amérique« , en 1996 ; il va y avoir treize ans)…

    …

    L’alchimie Michelle-Barack en 1996 ;

    …

    ou quelque chose comme l’idée d’ »une grande famille » américaine ; et la « priorité » de « l’empathie » et « des responsabilités partagées« 

    …

    _ avec « la capacité à vous mettre à la place de l’autre » ; et « le défi de faire passer cela d’une cellule familiale au domaine public » ;

    …

    selon les mots mêmes d’un Barack Obama, l’année de ses 35 ans _ il est né le 4 août 1961 à Honolulu ;

    …

    ou ce que c’est qu’un projet démocratique non démagogique ni populiste…

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    Réalisant un livre sur « les couples en Amérique« , la photographe Mariana Cook s’est entretenue avec le jeune couple Michelle Obama-Barack Obama, il y a douze ans.

    …

    Mais l’éditeur s’étant montré peu intéressé,

    pas plus que la photo de Michelle et Barack Obama chez eux à Chicago, en 1996 _ accessible sur le site personnel de Mariana Cook _,

    cet entretien-ci _ non plus que d’autres _ n’est jamais paru. « Actualisé » par l’élection du 4 novembre dernier du candidat Barack Obama _ à la suite d’une brillante et difficile longue campagne électorale _ Le Monde le publie ce 10 janvier en exclusivité…
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    Ce projet de Mariana Cook s’appellait « Des couples en Amérique« .

    …

    Ici, en interrogeant d’abord Michelle Obama, Mariana Cook essaie de resituer les relations personnelles d’un couple dans un contexte sociologique plus large.

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    « Si vous pouviez m’en dire un peu plus sur vos origines sociales et familiales, votre rencontre avec Barack, vos relations avec lui et vos objectifs dans la vie.
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    (…)

    Michelle Obama : Quant à ma rencontre avec Barack, eh bien, cela s’est passé au cabinet d’avocats où il travaillait pendant l’été…

    …

    C’était chez Sidney and Austin ?

    …

    M. O. : C’était au cabinet Sidney and Austin (en 1989). Il avait obtenu un poste de stagiaire pour l’été. Je venais d’être promue associée. On m’avait demandé de lui servir de mentor : je devais prendre en charge un étudiant et j’avais hérité de Barack. Je m’acquittais de ma tâche avec beaucoup de sérieux, je lui donnais des conseils, je le promenais un peu partout ; je m’assurais que tout allait bien pour lui ; je lui trouvais des missions qui l’intéressaient ; et après un mois à ce régime, il m’a invitée à sortir avec lui ; et je me suis montrée très réticente.

    …

    Je pensais : « Non, je suis votre conseillère, ce serait mal d’accepter un rendez-vous avec vous » ; mais mes hésitations n’ont pas duré longtemps ; et cet été-là, on a commencé à se fréquenter.

    …

    Une fois diplômé de la faculté de droit, il est revenu plusieurs étés. Nous nous sommes fiancés l’été suivant l’obtention de son diplôme.

    …

    Il sortait tout juste de la faculté de droit.

    …

    M. O. : Oui, c’est ça. Voilà la version abrégée de notre rencontre et de notre engagement mutuel _ l’expression, avec son sens de « promesse » (mutuelle) est intéressante ; surtout en 1996…

    …

    Que pensiez-vous de lui quand vous le pilotiez dans ce cabinet d’avocats ?

    …

    M. O. : C’était bizarre, cette agitation autour de cet étudiant de première année, si brillant, si beau, si intelligent, tout le monde n’en avait que pour Barack… Moi, je suis plutôt du genre sceptique, je pensais « ouais, c’est sûrement un crétin » ; enfin, j’étais très sceptique parce que j’ai toujours pensé que quand les juristes s’extasient sur quelqu’un, ils négligent les qualités sociales ; donc je me disais « il est génial, mais il est sûrement très ordinaire« .

    …

    Et voilà que le premier jour, il arrive en retard. Il est arrivé en retard parce qu’il pleuvait ! Et puis il s’est avancé dans le bureau ; et nous nous sommes tout de suite bien entendus parce qu’il est très charmant et très beau ; enfin, je le trouvais beau. Je crois que nous étions attirés l’un vers l’autre parce que nous ne prenions pas nos rôles très au sérieux, contrairement à certains _ l’humour importe beaucoup…

    …

    Il aimait mon humour pince-sans-rire et mes réflexions sarcastiques. J’ai trouvé que c’était un type bien, intéressant ; et j’étais fascinée par son histoire personnelle, si différente de la mienne.

    …

    Dans quel sens ?

    …

    M. O. : Eh bien Barack a grandi dans un milieu multiracial. Sa mère était blanche, son père kényan, il a vécu à Hawaï où il est né, et il a passé une bonne partie de son adolescence en Indonésie parce que sa mère était anthropologue. Ce n’est pas souvent qu’une fille des quartiers du South Side de Chicago rencontre quelqu’un qui parle indonésien, a voyagé et vu plein de choses fascinantes _ ces éléments sont très importants dans le cursus et l’ethos de Barack Obama : pas grand chose à voir avec un George W. Bush ; ou une Sarah Palin…
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    Cela lui ajoutait une dimension plutôt rare dans mon environnement professionnel de classes moyennes supérieures. Généralement, ces gens-là sont tous coulés dans le même moule ; mais lui, il venait d’ailleurs. Il avait un niveau de conversation assez élevé tout en demeurant un type normal. Il avait eu un parcours étonnant, mais était très terre à terre ; et aimait bien jouer au basket. Voilà ce qui m’a attirée chez lui. Notre relation a d’abord été basée sur l’amitié _ mais qu’est-ce qu’un amour qui n’est pas basé sur une amitié ?… Nous sommes partis de là _ une base solide ; et apparemment jamais quittée…
    Avez-vous une vision _ vous êtes tous les deux jeunes _ en 1996 _, avez-vous une vision de l’avenir ? de votre vie commune ?

    …

    M. O. : Eh bien, il y a de fortes chances que Barack poursuive une carrière politique, encore que ce ne soit pas tout à fait clair. C’est un test intéressant, le Sénat de l’Illinois, bien que nous ayons des accrochages à ce sujet. Quand vous vous impliquez dans la politique, votre vie devient publique ; et les gens qui s’y intéressent ne sont pas forcément bien intentionnés. Je suis assez secrète _ peu bling-bling ! _ ; et j’aime m’entourer de gens que j’apprécie et dont je suis sûre de la loyauté _ une réalité très importante !..

    …

    Quand vous entrez en politique, vous devez vous confier _ certes ; un peu (ou beaucoup) à l’aveugle… _ à toutes sortes de personnes. Il est possible que nous nous engagions dans cette direction _ de projets politiques, en 1996, donc… _ ; même si je veux aussi avoir des enfants, voyager, consacrer du temps à ma famille et à mes amis. Il n’est pas sûr que nous y parvenions. Mais nous allons être occupés par des tâches très variées ; et ce sera intéressant de voir ce que la vie a à nous offrir. Nous sommes prêts à nous lancer dans l’aventure pour plusieurs raisons, par exemple, les opportunités que cela peut nous apporter. Plus vous avez d’expérience, plus c’est facile d’agir à différents niveaux.

    …

    Si j’étais restée dans un cabinet d’avocats comme co-associée, ma vie serait totalement différente. Je ne connaîtrais pas les gens que je connais ; je serais moins exposée ; et je ne prendrais pas autant de risques. Barack m’a aidée à vaincre ma timidité, à affronter des risques ; puis à essayer un itinéraire plus classique, juste pour voir _ en « essayant » ; à la Montaigne, dirai-je, pour ma part… _, parce que c’est comme ça qu’il a été élevé _ avec « confiance » ; à la Donald Winnicott (cf deux récentes biographies sur ce psychanalyste particulièrement « créatif » : « Winnicott ou le choix de la solitude« , d’Adam Phillips ; et « Winnicott, sa vie, son œuvre«  de F. Robert Rodman) … Donc, il est celui qui… ; je suis plus traditionnelle ; dans le couple il est le plus audacieux.

    …

    Le plus aventureux ?

    …

    M. O. : Oui. Je suis plus prudente. Il me semble que cela transparaît sur les photos. Il est plus extraverti, plus expansif ; moi je suis plutôt du genre « attendons de voir comment ça se présente et ce que ça apporte« …

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    Je crois que c’est une bonne façon d’envisager les choses. Très bien, c’est parfait.

    …

    M. O. : Bon.

    …

    Merci.

    …

    M. O. : Je vous en prie.

    …

    La bande se casse.

    …

    Le projet s’appelle « Des couples en Amérique« . Donc, j’essaye d’établir des relations personnelles avec des couples américains ; et je ne sais pas trop comment m’y prendre, il n’y a pas de méthode ; mais j’essaye de faire un portrait de ce pays.

    …

    Cela ne vous ennuie pas de parler un peu de vos origines ? De qui vous êtes ?

    …

    Barack Obama : Puis vous me poserez des questions.

    …

    Oui, c’est ça.

    …

    B. O. : Vous me relancerez.

    …

    Oui.

    …

    B. O. : J’ai une histoire un peu particulière parce que comme je l’ai déjà dit, mon père était un Africain noir et ma mère une Américaine blanche. Leurs relations n’ont duré que deux ans, à Hawaï, quand ils étaient étudiants ; et ils se sont séparés. Je n’ai donc pas connu de vie de famille traditionnelle. Ensuite ma mère s’est remariée ; et j’ai vécu pendant un temps en Indonésie ; puis je suis retourné à Hawaï.

    …

    Vos parents ont-ils été mariés ?

    …

    B. O. : Oui, pendant deux ans ; puis ils ont divorcé. Je crois que d’une certaine façon j’ai toute ma vie essayé de me fabriquer une famille _ un point important ! et pas qu’au niveau de leurs deux personnes… _ à travers des histoires, des souvenirs, des amis ou des idées. Le contexte familial de Michelle était différent, très stable avec deux parents, une mère au foyer, un frère, un chien, ce genre de décor. Ils ont vécu dans la même maison toute leur vie.

    …

    Et je crois que d’une certaine façon nous sommes complémentaires _ ici encore, un vecteur décisif de l’idiosyncrasie de Barack Obama (bien aidé en cela par Michelle) _, nous représentons deux modèles courants de vie de famille dans ce pays. Un très stable et solide, et un autre qui s’affranchit des contraintes de la famille traditionnelle, voyage, se sépare, est très mobile.

    …

    Etiez-vous attiré par l’idée de former une famille stable ?

    B. O. : Une « partie de moi » _ la personne n’a rien de « compact » _ se demandait _ Barack a toujours pas mal de distance, à commencer avec lui-même ; tout en étant d’une entière sincérité _ à quoi ressemblerait une vie de famille solide, sécurisante. Alors que Michelle, « d’une certaine façon », avait envie de rompre avec ce modèle. « D’une certaine façon » seulement, parce qu’elle tient beaucoup aux valeurs familiales ; mais je crois que parfois elle voit en moi un mode de vie plus aventureux, plus exotique ; et dans ce sens, nous sommes _ en effet, au final ; et un final toujours « ouvert »… _ complémentaires.

    …

    Quel genre de métier exerçait votre père ?

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    B.O. : Il était économiste ; et il a pas mal travaillé pour le gouvernement.

    …

    Le gouvernement des Etats-Unis ?

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    B. O. : Non, le gouvernement kényan. Il est retourné au Kenya et a fini par se retrouver dans une situation difficile. Il appartenait à cette génération d’Africains noirs qui étaient venus ici pour faire des études avant de retourner chez eux.

    …

    Il a étudié l’économie ?

    …

    B. O. : Il a étudié l’économie aux Etats-Unis, à l’université d’Hawaï et à Harvard. Il se voyait contribuant au développement du Kenya ; et, pour finir, il a été très déçu, il s’est retrouvé impliqué dans les difficultés politiques ; et le gouvernement l’a inscrit sur une liste noire parce qu’il s’insurgeait contre le népotisme et le tribalisme. Il a eu une vie amère ; et il est mort jeune _ c’est un repère important, aussi. Le père de Michelle a lui aussi relevé quelques défis ; et il a été frappé par la sclérose en plaques. Lui aussi est mort jeune ; mais je pense qu’il avait une vie plus régulière et mieux établie.

    …

    Votre mère était anthropologue ?

    …

    B. O. : Pas quand mes parents se sont mariés. Elle l’est devenue par la suite ; et a déménagé en Indonésie. Elle est morte récemment, il y a environ un an.

    …

    J’en suis désolée. Elle devait être assez jeune.

    …

    B. O. : Oui, elle n’avait que 53 ans. Et quand vous appartenez à une petite famille dont tous les membres vous sont très proches… cela a été une période difficile pour moi.

    …

    Vous avez des frères et sœurs ?

    …

    B. O. : J’ai une sœur du côté de ma mère, elle est à moitié indonésienne comme le second mari de ma mère, et j’ai aussi des frères et sœurs du côté kényan. Ils sont très dispersés ; certains vivent en Allemagne, d’autres au Kenya, d’autres ici, aux Etats-Unis.

    …

    Qu’avez-vous ressenti quand vous avez rencontré Michelle pour la première fois ? Qu’avez-vous pensé ?

    …

    B. O. : Eh bien, j’ai trouvé qu’elle avait beaucoup d’allure, ça me plaisait. Et puis Michelle est une personne forte, elle sait qui elle est et d’où elle vient.

    …

    Mais si vous la regardez au fond des yeux, vous y lirez une certaine vulnérabilité. En tout cas, moi, je la vois ; même si la plupart des gens ne s’en doutent pas : elle arpente le monde, grande, belle, sûre d’elle, très compétente… Il y a une part d’elle-même qui est fragile, jeune, effrayée parfois, et je crois que ce sont ces contradictions _ une richesse, quand on s’en enrichit en une « composition « puissante » _ qui m’ont attiré chez elle. Et puis elle me rend très heureux. Elle m’est très familière _ le terme, ici, est mal traduit _ ; et donc je peux être moi-même avec elle _ et c’est fondamental : une absolue confiance règne ! _ ; elle me connaît bien ; je lui fais entièrement confiance _ voilà ! _ ; mais en même temps, par certains côtés, elle demeure un mystère pour moi _ elle n’est pas un objet (possédé).

    …

    Parfois, lorsque nous sommes couchés, je la regarde ; et je suis saisi d’un vertige en réalisant qu’ici est étendue une personne distincte de moi ; qui possède des souvenirs, des origines, des pensées, des sentiments différents des miens _ c’est une pensée magnifique. Cette tension entre la familiarité et le mystère tisse quelque chose de solide _ absolument, on le comprend excellemment ; et on sait que c’est totalement vrai !!! c’est assez rare… _ entre nous. Même si vous construisez une vie basée sur la confiance, l’attention et l’entraide, je crois que c’est important que l’autre continue de vous étonner et de vous surprendre _ mais oui !

    …

    Qu’attendez-vous de l’avenir et de votre vie commune ?

    …

    B. O. : Les enfants sont une priorité importante. Nous les attendons avec impatience. Je pense que le problème sera de trouver un équilibre entre la vie publique et la vie privée ; qui contrebalancera mon tempérament davantage porté sur la prise de risque et l’ambition que celui de Michelle ; qui a un instinct pour la stabilité, la famille et les valeurs sûres. La façon dont nous aborderons ces questions sera cruciale.

    …

    Qu’espérez-vous accomplir quand vous entrerez en politique ? Je ne voudrais pas… mais vous devez avoir des projets ou une qualité de vie à…

    …

    B. O. : Vous voulez parlez des autres _ auxquels se consacre en majeure partie l’homme politique authentiquement démocrate. Vous savez, je crois que j’aimerais… ce qui me préoccupe le plus, ce sont les enfants et la façon dont ils sont traités. En tant qu’Africain-Américain, je suis très inquiet pour les enfants dans les quartiers défavorisés, les difficultés qu’ils traversent, le manque total de cadre stable qui leur permette de grandir et de se développer. Cela tient beaucoup à l’économie, aux chances et aux possibilités qui leur sont offertes, à eux et à leurs parents. Cela tient aussi aux valeurs, par exemple aux valeurs familiales dont on parle _ parfois insincèrement _ sans arrêt, les politiciens ne cessent de s’y référer.
    …
    Mais les valeurs ne sont pas qu’individuelles, elles sont collectives.
    Les valeurs, les enfants les trouvent autour d’eux _ en des exemples on ne peut plus concrets ! _ ; et s’ils constatent que la vie de leurs parents et de leur communauté n’est pas valorisée, si leurs écoles et leurs foyers s’effondrent, de même que la vie des gens parce qu’ils n’ont pas de travail ou d’opportunités intéressantes, comment voulez-vous que des enfants créent des valeurs à partir de rien ?

    …
    Ma priorité est de ramener les valeurs
    _ oui… _ publiques ou collectives au centre du débat _ politique démocratique _, car nous formons tous une grande famille, au-delà des clivages de races ou de classes sociales _ probablement l’axe (et vecteur) principal du projet obamien ; et la clé de sa victoire ; de l’élan de confiance qui lui a été « donné » par 53% du peuple américain _ ; et nous avons des obligations et des responsabilités _ oui ! _ les uns envers les autres. C’est peut-être là que le public et le privé se rencontrent quand on en vient aux couples, aux relations, à la famille ou aux tribus _ le mot est ici encore mal traduit. La priorité, c’est l’empathie ; la conscience des responsabilités partagées, la capacité de vous mettre à la place de l’autre _ voici les points décisifs et de cet entretien (avec Mariana Cook, en 1996, à Chicago) ; et du programme impératif que s’est donné le président élu, et 44ième Président des Etats-Unis d’Amérique. C’est ainsi que mon mariage avec Michelle reste vivant _ on le croit ; on le sait ; ce n’est pas de la poudre aux yeux électoraliste ! _, parce que nous sommes capables d’imaginer _ avec une vraie empathie _ les espoirs, les douleurs ou les combats des autres ; et le défi pour tous est de faire passer cela d’une cellule familiale au domaine public _ quel programme magnifique ! Et quel espoir pour le monde entier !
    …

    Voilà donc ce que,

    à partir des propos recueillis par Mariana Cook (avec une traduction de l’anglais par Hélène Prouteau) dans l’article « En 1996, les confidences de Michelle et Barack Obama« , paru dans l’édition du 11.01.09 du Monde,

    j’ose _ tout personnellement, de mon petit coin de France _ espérer de la présidence Obama…
    …
    Titus Curiosus, le 10 janvier 2009

  • Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts (3)

    Ou de l’urgence de davantage philosopher _ en pratique _, en France, en particulier (mais ailleurs aussi),

    d’après un excellent article

    _ en suivant : c’est le numéro 4 d’une série, avec indication : « (à suivre)« … _

    d’un Yves Michaud en pleine forme, sur son blog « Traverses« , réactivé, sur le site de Libération :

    toujours à propos du « suicide d’une philosophe« , qui enseignait à l’Université de Brest :

    « un suicide dans les règles (4) : sur la chance morale » ; soit

    http://traverses.blogs.liberation.fr/yves_michaud/2008/11/un-suicide-da-1.html

    …

    L’analyse-réflexion d’Yves Michaud ici porte « sur la chance morale » ; et ses liens avec la différence entre la responsabilité et la culpabilité (morales) ;

    en s’éclairant de la différence conceptuelle

    élaborée par « notamment la regrettée Susan Hurley _ 1954 – 2007 _ dans son livre « Justice, Luck and Knowledge« )« ,

    entre autres philosophes qui « ont introduit une distinction entre chance fine (thin luck) et chance épaisse (thick luck). Je sais, ma traduction n’est pas bonne, mais je ne trouve pas mieux« , indique Yves Michaud.

    …

    Qui précise aussi :

    « Cette notion de chance morale est bien gênante.

    Même si elle a toujours été présente à la réflexion, elle n’a été analysée et examinée en profondeur que depuis une vingtaine d’années. Les deux premiers auteurs à avoir abordé le sujet sont Bernard Williams dans son livre « Moral Luck« , traduit en français sous le titre un peu aplati de « La fortune morale »

    _ en 1994, aux PUF _,

    et Thomas Nagel dans son livre « Mortal Questions«  dont la traduction française

    _ « Questions mortelles« , paru en traduction française, aux PUF, aussi, en 1983 _

    n’est plus disponible.

    …

    Il ressort de ces analyses au moins deux choses pour ce qui nous intéresse ici.

    …

    D’une part, la place de la chance dans nos actions est bien plus importante que nous le croyons (voir la manière dont Nagel énumère les types de chance) ; et donc la notion de chance morale n’est pas si scandaleuse qu’elle en a l’air.

    …

    D’autre part surtout, il est probablement plus coûteux de se débarrasser de la notion que de l’accepter _ avec les conséquences que cela implique pour le jugement moral puisque cela donne ces  «non responsables qui sont quand même coupables». »

    …

    Sur le premier point, Yves Michaud constate :

    « Pour ce qui est de l’omniprésence de la chance dans nos actions, il faut probablement en revenir d’une conception trop «contrôleuse», trop confiante, ou insouciante des actions. Nous faisons ce que nous voulons, oui, mais… quand nous y arrivons, quand ça marche, quand ça ne rate pas, et surtout quand ça ne tourne pas à la catastrophe.

    …

    Ce qui ne nous autorise nullement à bien faire et laisser courir, tout au contraire, mais implique que nous agissions avec précaution ; et surtout que nous soyons prêts à assumer moralement les conséquences involontaires. Agir, c’est

    _ presque toujours, le plus souvent, parmi (ou « dans ») le jeu (des éléments fluctuants, plus ou moins incertains) du réel _

    prendre des risques.

    …

    Du point de vue de la responsabilité sociale, les systèmes assuranciels sont là pour nous «couvrir» : nous partageons ainsi

    _ le point mérite (toute) notre attention : il est tout à la fois juridique ; mais aussi social, et politique ; en plus d’être « pécuniaire » ; ou « financier »… _

    la chance et la malchance.

    …

    Du point de vue moral, il nous faut _ impérativement ? pragmatiquement ? _  faire preuve de soin et de prudence dans l’action.

    …

    Quant à leurs conséquences, il n’y a pas d’«assureurs moraux» _ juste des ouvertures de parapluie _, des petites ou grosses lâchetés

    _ à moins que nous n’assumions courageusement et «répondions» de nos actes

    au lieu de nous «défausser». »

    …

    « Quant à se débarrasser de la chance morale, c’est une autre affaire puisqu’il nous faudrait nier purement et simplement qu’il y ait quoi que ce soit de tel« , continue Yves Michaud ;

    qui parvient, un peu plus loin,

    après avoir bien précisé la différence entre les deux concepts de « thin » et « thick » « luck« ,

    à ce constat :

    …

    « Une analyse de la chance «épaisse» fait toujours intervenir une réflexion approfondie sur le contrôle, le choix, la liberté, la coopération _ je note tout spécialement ce facteur _ dans les actions. Elle demande de quoi étaient maîtres les gens _ en leur pouvoir même de décision, ici « statutaire » _ qui ont décidé, de quoi ils n’étaient pas maîtres, de quoi ils étaient maîtres seulement partiellement.« 

    …
    Ce qui aboutit à :

    « De fil en aiguille il y a des chances (c’est le cas de le dire) qu’ils apparaissent maîtres de bien plus qu’ils ne veulent bien le dire, au moins «en creux»,

    en termes des omissions, lacunes et abstentions de leurs comportements »

    _ et pas seulement de leur agir effectif positif : en l’occurrence une signature « dûment » estampillée de tous cachets ad hoc…

    …

    Ce qui amène la conclusion :

    « La meilleure ou moins mauvaise _ à tout (ou presque) bien « balancer »… _ solution

    est au fond d’admettre que tout acteur doit endosser les conséquences même involontaires de ses actions.« 

    …

    Avec ce commentaire :

    « Qu’y puis-je cependant si la réalité éthique (eh oui, il y en a une !) ne se plie pas à nos désirs de vivre heureusement irresponsables ?

    …

    J’attends que l’on demande aux tribunaux de trancher ces questions authentiquement philosophiques.

    …

    Tout comme celle de la sollicitude dont je parlerai pour finir

    parce qu’il est quand même fort de café que ceux qui parlent de sollicitude,

    et pas pour la récuser,

    ne la pratiquent pas…

    …

    (à suivre) »

    …

    Intéressant,

    tant socialement que moralement,

    sur la « situation » éthique (« actuelle ») de certaines tendances de mœurs de nos sociétés « modernes »…

    …

    Et à méditer,

    déjà,

    quand nous plaçons solennellement,

    et dans les règles du Droit et des constitutions,

    notre bulletin de vote dans une urne,

    et cautionnons indirectement, ou pas, tel et tel « état » de ces mœurs…

    …

    Titus Curiosus, ce 16 novembre 2008 

  • la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie

    Sur « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments« 

    (paru ce mois d’octobre 2008, aux Éditions du Seuil »),

    par Michaël Foessel :

    …

    un passionnant _ et urgentissime ! _ essai indissolublement existentiel et politique _ quant au devenir de la « démocratie » _,

    quand se répandent insidieusement par toute la société et le « sociétal »

    les menées ravageuses d’un nihilisme « pipolisé » radical ;

    …

    même si ce « pipolisé »-là

    _ je veux dire celui des « leaders », pas celui de ceux qui, hélas, et en foule, « se clonant », les imitent _,

    n’est pas à prendre, tout de même, davantage que comme un indice,

    anecdotique, si l’on préfère, voire un symptôme,

    du niveau d’ »abaissement », « corruption », « pourrissement », « décadence » vilaine _ « se généralisant » à toute allure, eux et elles _

    de la « civilisation »…

    …

    Ce très bel essai de Michaël Foessel, je le lis, aussi, personnellement, comme une (bien) instructive mise en perspective de l’Histoire

    _ à l’aune de rapports existentiels majeurs, c’est-à-dire ces « liens » d’ »affection, d’amour, de désir » qui nous « attachent » fondamentalement, et pas seulement circonstanciellement et à l’occasion, selon une opportunité « intéressée », à d’ »autres » _ sujets d’eux-mêmes _ qui ne nous sont ni de simples « moyens » (achetables et jetables) de plaisir d’un instant, ni de simples « instruments » d’un moment, d’une « étape » de quelque « plan » un peu finaud et « rationalisé » « de carrière »,

    c’est-à-dire fondamentaux pour ce qu’il en est du caractère encore ou toujours « humain », ou pas, de « l’Homme » (« nul n’est une île » !) :

    …

    _ les Grecs (la flamme inintimidable de la vérité-justice de Socrate versus l’habileté rhétorique,  manigancière et marchande, des Sophistes _ cf « Gorgias » de Platon ; ainsi que l’institution-fondation de l’Académie par ce dernier),

    _ la Renaissance (les succès galopants de la « technicisation » polymorphe, de Machiavel _ et l’analyse du « machiavélique » in « Le Prince » _ à Galilée ; et bientôt au « fort utile » de Descartes, enthousiaste à « trouver une (philosophie) pratique » nous permettant de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature« , à l’arrivée du « Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et trouver la vérité dans les sciences« …),

    _ les Lumières (Kant, sur la dignité _ impayable ! _ de la personne ; et l’analyse de la hiérarchie des moyens et des fins…),

    _ le moment hégélien (la belle analyse par Hegel des rapports de tension de la société civile et de l’Etat),

    _ ainsi qu’aujourd’hui (par exemple, cette « expérience médiatique« , en ouverture, à la première phrase de l’ »Introduction » du livre, page 7 : « la captation du débat politique par les communiquants

    a atteint une sorte de paroxysme comique

    le jour où le président de la République a choisi Disneyland

    pour porter à la connaissance du public

    sa nouvelle relation amoureuse » :

    qu’on se rassure _ ou se désespère, c’est selon l’angle de perspective… _ cependant,

    l’enjeu et l’analyse _ civilisationnels _ de « La Privation de l’intime » sont d’une tout autre amplitude de portée que ce simple ordre du « pipol » !..)…

    …

    Ce très bel essai de Michaël Foessel, donc,

    je le lis, aussi, personnellement, comme une (bien) instructive mise en perspective de l’Histoire

    de la « civilisation des mœurs »,

    à partir _ c’est là le fil d’Ariane que j’y perçois _ de manipulations

    _ technicistes et techniciennes (et notamment « politiciennes », par le fait)

    _ « des mœurs », donc

    …

    _ on relira, ici, « La Civilisation des mœurs » de Norbert Elias ;

    ainsi que, de ce même Elias : « La Dynamique de l’Occident« , « La Société des individus » et « La Société de cour » ; et même, pour préciser encore un peu plus ou mieux les enjeux on ne peut plus « politiques » de tout cela, sur l’œuvre même d’Elias : « Norbert Elias : la civilisation et l’Etat« , de Florence Delmotte, un essai paru aux Éditions de l’Université de Bruxelles, en août 2007 _,

    …

    aujourd’hui ;

    …

    à l’occasion d’attaques _ maintenant _ d’une violence (existentielle) inouïe (et radicale)

    contre « l’intime »

    _ lequel, « intime », renvoie, essentiellement et crucialement, « à des liens

    affectifs, amoureux, désirants

    où le sujet prend le risque de se perdre » _ de notre « exister »

    de « sujets« , donc,

    pas encore (tout à fait) « in-humains » (sur une pente bien savonneuse, ou/et pas mal savonnée, cependant : à quelles branches « se raccrocher », dans pareille chute vertigineuse ?..)

    _ pour reprendre aussi encore le concept (de « non-inhumain« ) proposé par Bernard Stiegler dans son (important) « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations » _ ;

    …

    à l’occasion d’attaques

    qui vont jusqu’à « pulvériser »

    _ réduire en miettes, en poudre, en poussière (= à rien !) ;

    et avec notre propre blanc-seing, souvent, qui plus est !

    extorqué par une anesthésie en voie impériale et marchandisée d’expansion… _ ;

    …

    jusqu’à pulvériser, donc _ avec pour résultat la « privation » !!! par suppression ! annihilation !.. _,

    ce qui assurait le sens charnel

    et esthétique de rien moins que, carrément, l’ »exister » !

    …

    Par « esthétique« , je veux dire

    tout ce qui sensiblement « vient _ encore _ donner sens », tant direction que forme et dynamique, souffle et ampleur, vie riche et élargie,

    à notre « sensibilité » se métamorphosant :

    …

    « sensibilité » plus ou moins bien _ à divers degrés _ campée

    sur ses jambes ;

    plus ou moins bien entée _ à diverse profondeur de racines _

    dans son corps ;

    et plus ou moins bien ouverte _ à divers degrés, encore _

    au réel physique (charnu et qualitativement opulant) de la corporéité et de l’âme,

    …

    dans le rapport fondamental (de tension intense : « affective, amoureuse, désirante« , dit Michaël Foessel : oui !)

    de soi à « l’autre » et aux « autres », dans leur particularité et diversité, voire singularité, dans les meilleurs des cas _ sinon, « un clou chasse l’autre », tout, tel un clou, n’étant plus qu’interchangeable et équivalent (ou le nihilisme du « jetable ») ;

    …

    ainsi que dans le lien fondamental « avec »

    _ et pas séparément (et encore moins « instrumentalement ») _ ;

    …

    « avec »

    « l’autre » et « les autres » :

    …

    tant, du moins, que demeurent (encore !..), ici, en ces fragiles et inquiets habitacles corporels, des « personnes »,

    avec un vrai corps, et une vraie âme

    _ indissolublement mêlés et unis, il faut le relever _ ;

    au contraire d’ectoplasmes fantômatiques

    et de jouets pornographiques (sex toys, ou autres instrumentalisations…) !

    …

    Bref,

    « dans quelle mesure l’amour est-il un sentiment politique?«  demande Michaël Foessel… « La démocratie doit-elle être sensible pour demeurer _ ou devenir mieux, ou « vraiment » : « demeurer » me paraissant trop seulement « défensif »… _ démocratique ?« 

    …

    Dans cette perspective là, « l’intime _ en tant que « liens n’existant que soustraits au regard social et à son jugement » _ peut-il figurer au rang d’idéal commun ?« …

    …

    …

    Le danger que pointe Michaël Foessel est celui de « la confusion des liens à l’autre avec les propriétés _ au sens de ce qui appartient à un « propriétaire », qui peut l’acheter, ou le vendre, l’aliéner à un autre _ du Moi « 

    _ soit le processus même du « devenir privé« ,

    ou « privatisation« ,

    de « l’intime« …

    …

    En effet, « l’intime n’est pas le privé« ,

    car « il renvoie à des liens affectifs, amoureux, désirants,

    où le sujet prend le risque de se perdre« 

    _ au-delà de tout calcul (d’intérêt, rentabilité, profit) ; et avec « générosité » :

    …

    éperdument, dirais-je…

    …

    Et c’est en cela que « la démocratie elle-même se trouve fragilisée par (le) dévoiement » de l’intime _ indique Michaël Foessel en présentation-ouverture de son essai, page 8 de son « Introduction« .

    La « mise en scène politique des sentiments » résulte de ce que « la légitimité

    _ de fait, sinon de droit, si j’ose le dire ainsi, aussi paradoxalement ! _,

    se joue aussi dans leur capacité à apparaître comme des représentations crédibles de ce que nous sommes

    _ par exemple des « buveurs de bière« , dans le cas d’un George W. Bush, à ce que lui-même se fait (ou faisait !) fort d’afficher _

    ou aimerions être«  (page 8 :

    …

    d’où l’aura pseudo glamoureuse des « peoples » ; à l’instar de ce que la « pauvre bergère » peut fantasmer à propos de l’image du « prince charmant »…) :

    …

    par un processus de projection ou introjection fantasmatique,

    analogue à bien des processus de séduction (à l’achat) du marketing publicitaire…

    …

    Michaël Foessel note, page 10 : « L’idée de représentation _ démocratique _ perd beaucoup à être ainsi assimilée _ par le citoyen-électeur _ à celle de ressemblance« …

    …
    L’analyse de « l’intime«  que mène Michaël Foessel, est magnifique :

    « En employant plus volontiers la forme adjectivale (« l’intime » et non « l’intimité »), nous désignons un lien, et non une chose, un  rapport _ dynamique : une tension vers, un élan , un envol (en direction d’un autre) _ plutôt qu’un espace clos _ de « propriété privée ».

    …

    La conviction qui anime ce choix est que l’on n’est jamais seul dans l’intime, mais que l’on s’y retrouve au sein d’une société d’élus« .

    …

    Avec cette définition-ci :

    « L’intime désigne l’ensemble des liens qu’un individu décide de retrancher de l’espace social des échanges pour s’en préserver ; et élaborer son expérience à l’abri des regards _ de tiers.

    Il résulte donc d’un acte par lequel le sujet décide _ plus ou moins sciemment, consciemment et délibérément _ de soustraire une part de lui-même du domaine de la visibilité commune » :

    …

    avec pudeur, et délicatesse (de liberté)

    et selon toute une gamme de « dénudation » de soi, et/ou de l’autre, excluant, bien sûr, la moindre vulgarité.

    …

    Pour ma part, j’en trouve une très belle et forte analyse parente dans le très beau chapitre « De l’ami » de la première partie de l’« Ainsi parlait Zarathoustra _ un livre pour tous et pour personne » de Nietzsche…

    ou, encore, dans le chapitre « De la chasteté » : sur la pureté de cœur et d’âme (et de corps, aussi)…

    …

    Mais _ je reprends la lecture de Michaël Foessel _

    « 1) la possibilité de l’intime suppose _ et nécessite très concrètement _ que certaines conditions politiques

    _ de droit, de légalité ; ou légalisation ; et sans avoir à rendre de comptes (publics) de ce vécu de « l’intime » ! _

    soient remplies« , page 13 _ seulement dans « la modernité« , précise-t-il :

    d’où une nécessaire et très juste mise en perspective historique, de sa part, ainsi que je l’ai annoncé plus haut
    …

    Et « 2) l’intime (…) apparait _ aussi _ comme une réserve _ avec « retenue » de soi, et sur soi, le premier _ ;

    …

    comme une réserve critique _ donc _  qui permet de remettre en cause les déficiences de l’ordre établi. (…) Il enveloppe une série d’expériences

    _ distinctes des normes (établies ou pratiquées) communes, ou majoritaires : expériences « personnelles » particulières, voire absolument singulières ; ou minoritaires _

    qui interdisent l’adhésion pure et simple _ a fortiori aveugle et fanatique _ au système de valeurs promu par la société en place« , page 14.

    …

    D’où la nécessité impérative de distinguer « entre l’intime et le privé« , page 14.

    …

    Et « s’il y a _ maintenant _ « privation » de l’intime,

    elle procède de sa « privatisation », c’est-à-dire de sa réduction au statut d’une performance subjective » _ de la part de « la raison instrumentale«  :

    « l’intime, qui devrait impliquer _ dans sa conception légitime _ un décentrement de soi,

    est interprété abusivement comme une possession« , page 15 : l’analyse est d’une parfaite justesse !

    …

    « L’intime se perd _ pulvérisé ! _ d’être offert aux regards de tous« , page 16 : dans la pose et la fausseté de l’inauthenticité…

    …

    « Pour exister, l’intime

    _ j’avais écrit « l’amour » ! l’intime en représente une forme privilégiée, mais non exclusive… _

    doit échapper aux regards

    _ de tiers ;

    …

    sur les regards de l’intimité, nous pouvons peut-être nous référer aux analyses d’Emmanuel Lévinas (dont Michaël Foessel cite, page 93, un passage d’ »Entre nous – essais sur le penser-à-l’autre« …

    …

    : c’est une manière de signifier qu’il _ « l’intime«  _ est soustrait à la compétence sociale«  et exclut l’exhibitionnisme (la pose) autant que le voyeurisme (prédateur) ; et les transactions marchandes… A la place de l’ouverture du désir et de sa générosité (à l’autre), il n’y a plus que le cynisme du calcul d’intérêts de l’ego ; ou la perversité lubrique du sadisme _

    …

    Avec cette conséquence-ci :

    « On peut précisément juger _ certes ! _ des « amours » _ les guillemets ici s’imposent ! _ que les politiques

    et leurs communicants

    imposent à notre attention, 

    puisqu’elles sont exhibées

    pour convaincre _ ou persuader, plutôt (= faire croire) _ l’opinion

    de « l’humanité » _ « commune », d’un certain côté, seulement : celui des « buveurs de bière » envisagés plus haut _

    de leurs protagonistes« 

    _ storytellisés, en quelque sorte…

    …

    (…) « La « pipolisation » _ et pulvérisation, en fait !.. (dans le titre de mon article) _ de l’intime » fait que celui-ci « se trouve relégué au rang de valeur monnayable sur le marché de la concurrence sondagière.«  Voilà pour ce caractère anecdotique du « pipol » ; et le cancer de l’inauthentique généralisé…

    …

    Michaël Foessel précisant on ne plus justement, pages 16-17, à propos des analyses de son essai :

    « Dans les pages qui suivent, les mises en scène de soi des politiciens serviront de fil conducteur ; mais il est clair qu’elles manifestent bien autre chose que l’idiosyncrasie narcissique de quelques hommes _ et femmes _  publics contemporains _ certes ! Elles expriment,

    sinon une incapacité à aimer,

    du moins une impuissance _ de beaucoup ; pas seulement du cercle des « peoples »… _ à représenter l’intime hors de toute colonisation par la marchandise« 

    _ et le modèle (technicien :

    « mécanicien », à la Descartes : « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature« )

    de l’instrumentalisation : jusque de soi et des autres…
    …

    En conséquence de quoi, « cette impuissance n’est pas le seul fait des politiciens fascinés par le monde _ et « modèle » en terme de succès d’approbation (et d’identification fantasmatique) _ du show-biz,

    elle est caractéristique de l’idéal _ obscène ! _ de transparence _ fausse _ qui règne aujourd’hui presque sans partage.« 

    …

    Avec la conséquence, encore, d’« ironiser » _ en « bouffonnant«  _ sur « l’intime« …

    Et, à la clé, ce constat politique : « la fragilisation réciproque de l’intimité et du lien démocratique est le signe d’une vulnérabilité commune«  aggravée, page 18…

    …

    On admirera la précision de finesse et la pertinence des commentaires, par l’auteur, de plusieurs livres importants passionnants (sans ménager, non plus, ses « critiques ») :

    …

    sans ordre (sinon celui d’apparition dans le livre), je relève, notamment :

    de Hannah Arendt, « La Condition de l’homme moderne » (paru en traduction française aux Éditions Calmann-Lévy en 1961) ;

    de Richard Sennett, « Les Tyrannies de l’intimité » (paru en traduction française aux Éditions du Seuil en 1979) ;

    d’Anthony Giddens

    _ dont la lecture m’a été recommandée naguère par Bernard Stiegler, à propos de mon propre questionnement sur « la rencontre » _,

    « La Transformation de l’intimité _ Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes » (paru en français aux Éditions Hachette Littératures en 2004) ;

    de Roland Barthes, les toujours si lumineux « Fragments d’un discours amoureux » (aux Éditions du Seuil, en 1977) ;

    de Hegel, l’ultime « Cours de philosophie du droit » de 1831, dans l’édition et traduction de Jean-François Kervégan, des « Principes de la philosophie du droit » (parus aux PUF en 2003) ;

    d’Erwing Goffman, l’inusable « Mise en scène de la vie quotidienne » (parue en traduction française aux Éditions de Minuit en 1973) _ je m’y suis référé dans mon essai « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise » _ ;

    une magnifique (!!!) analyse _ en « Intermède », aux pages 99 à 106 _ de l’ »Adolphe » de Benjamin Constant, en 1816 ;

    de Wendy Brown, « Les habits neufs de la politique mondiale _ Néolibéralisme et néoconservatisme« , édités aux Prairies ordinaires en 2007 _ et d’une actualité brûlante ! au moins depuis ce 4 novembre aux États-Unis ainsi que, d’un coup, tout le reste du monde (en « crise ») !… _ ;

    d’Axel Honneth, « La lutte pour la reconnaissance » (paru en traduction française aux Éditions du Cerf en 2000) et « La Société du mépris » (aux Éditions de La Découverte en 2007) ;

    etc…

    …

    Bref,

    « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments » de Michaël Foessel est un livre d’urgence

    de salubrité publique démocratique :

    …

    la faillite de la dérégulation (« ultra-libérale ») des marchés,

    et la désactivation écervelée de l’État,

    rendent,

    dans l’aval du tissu se déchirant de plus en plus violemment des relations sociales, aussi,

    un correctif,

    tant politique qu’existentiel,

    urgemment nécessaire ;

    …

    pour ne rien dire de l’état _ pénible _ des « rapports-à-l’autre » « personnels »

    et de la confiance (ou « crédit »), en crise quasi généralisée,

    maintenant…

    …

    La paix,

    la paix civile, comme la paix internationale,

    et encore la paix entre les personnes particulières,

    …

    est une construction patiente et intelligente des cœurs

    _ et sans relâchements _ ,

    nous apprend le grand Spinoza,

    en son « Traité politique« …

    …

    Elle n’a pas besoin, pour exister, d’un pouvoir _ de type « Big Brother » (de « 1984« ) _ de « tout surveiller » et encore moins « tout contrôler » : « totalitaire », même soft ;

    …

    elle repose d’abord sur de la confiance,

    au quotidien des mœurs (ou de la « sittlichkeit« , selon l’analyse hégelienne) ;

    ainsi qu’une part non négligeable de tolérance assumée,

    et de discrétion (« retenue »)

    à l’égard de l’intimité des personnes ;

    …

    depuis l’avènement de la modernité,

    ainsi que de pacifications collectives successives, et si difficiles à forger, de la part des personnes :

    …

    dont un excellent exemple (de « modernité ») nous est confié par l’écriture « libre » de Montaigne, s’y livrant, en ses « Essais« …

    …

    Titus Curiosus, ce 11 novembre 2008

    Photographie : Sans Titre, © Bernard Plossu