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  • Un bouquet festif de musiques : de Ravel, Dall’Abaco, etc…

    Simplement pour marquer la festivité de ce jour (de Noël),

    un éclatant bouquet (de CDs) de musiques _ de joie :

    …

    _ « Trio, Sonate pour violon & violoncelle et Sonate pour violon & piano » de Maurice Ravel, par le Trio Dali (Amandine Savary, piano, Vineta Sareikan violon & Christian-Pierre La Marca, violoncelle)

    (CD Fuga libera 547 _ à paraître courant janvier) ;

    _ « Les Nuits d’été«  d’Hector Berlioz, « Shéhérazade« , de Maurice Ravel, « Poème de l’amour et de la mer » d’Ernest Chausson, par Janet Baker et le New Philharmonia Orchestra dirigé par Sir John Barbirolli ; et le London Symphony Orchestra, dirigé par André Previn

    (au sein d’un coffret EMI de 5 CDs « Janet Baker, The Beloved Mezzo«  EMI 50999 2 08087 2 3) ;

    _ « Le Grazie Veneziane _ Musica degli Ospedali«  (« De profundis » de Nicola Antonio Porpora ; « Laudate pueri« , de Johann Adolf Hasse, « Dixit Dominus » de Baldassare Galuppi), par Maria Grazia Schiavo, Emanuela Galli, Soprani ; José Maria Lo Monaco, Alto ; le « Vocal Concert Dresden » et le « Dresdner Instrumental-Concert« , dirigés par Peter Kopp

    (CD Carus 83.264) ;

    _ « Magnificat«  (et Weihnachtskantate « Die Himmel erzählen die Ehre Gottes« ) de Carl Philipp Emanuel Bach, par Monika Mauch, Soprano, Matthias Rexroth, Altus, Hans Jörg Mammel, Tenore et Gotthold Schwarz, Basso, les »Basler Madrigalisten » et »L’Arpa festante« , dirigés par Fritz Näf

    (CD Carus 83.412) ;

    _ « Concerti à píù Istrumenti _Opera Sesta«  d’Evaristo Felíce Dall’Abaco, par « Il Tempio Armonico« , Orchestra Barocca di Verona, dirigé par Alberto Rasi (et Davide Monti, premier violon)

    (double CD Stradivarius STR 33791 – 2 CD)

    _ « The Walsingham Consort Books« , par Susan Hamilton, Soprano & « La Caccia« , dirigés par Patrick Denecker

    (CD Ricercar RIC 275)

    …

    Dans des genres (et styles) variés…

    …

    Le CD Ravel du « Trio Dali »

    _ un choix de nom (« Dali« ) assez peu heureux (!)

    pour un ensemble si prometteur et déjà à un tel degré d’excellence (musicale) ! : Dali (= « Avida Dollars« , comme l’avait bien percé à jour André Breton !..) n’étant qu’un besogneux faiseur !

    aux antipodes de la si haute (impayable, elle !!!) exigence de vérité de Maurice Ravel !!! : « sur les cimes« , lui… _;

    …

    le Cd Ravel du « Trio Dali » 

    m’a très fortement impressionné

    _ accompagné, qui plus est, d’un remarquable livret, sous la plume incisive, et très éclairante (pour le lecteur), de Michel Stockhem, faisant excellemment ressortir le très haut niveau, non seulement d’originalité, mais plus encore de qualité (contrapuntique) de ces trois œuvres (de musique de chambre ; de l’été 1914, pour le « Trio » ; de l’été 1920, pour la « Sonate pour violon & violoncelle » ; et de 1923 à 1927, pour la « Sonate pour violon & piano« ) au sein même de l’œuvre entier ravélien :

    …

    Michel Stockhem osant, avec une parfaite justesse (à la page 4 du livret), l’expression d’ »un Ravel extrême » ! : Oui !.. C’est absolument de cela qu’il s’agit en ces pièces-là…

    Se moquant avec une saine allégresse des « bien-pensances » complaisantes d’un Émile Vuillermoz, se permettant, en 1939 _ Maurice Ravel (« qui ignorait la perfidie« ) n’étant plus là (1875-1937) pour « répondre » à « tant de sollicitude »

    _ un mot décidément assez peu heureux ! cf mon article « Pour prolonger la conférence d’hier soir de Fabienne Brugère : penser la “sollicitude” et l’”intime”  » _

    et d’avertissements à l’égard des déviances cérébrales et formalistes, un thème à la mode sous bien des régimes _ précise justement le livrettiste _ sous bien des régimes en 1939…« …

    …
    « Pourquoi, dira-t-on, aborder ce programme sur un ton polémique ?« , envisage lui-même l’objection Michel Stockhem. Voici sa réponse, éclairante à l’audition de l’interprétation musicale de ces œuvres-là par ces interprètes audacieux (et si justes d’oreille) :

    « Dans ces pièces _ de chambre _,

    stimulé par _ le contexte historique est toujours éclairant _ Stravinsky, Schoenberg, Debussy, Satie, Bartók, le groupe des Six,

    Ravel explore les zones les plus extrêmes de son propre langage ;

    le trait y est stylisé d’une plume trempée dans l’acide du jazz,

    dans l’aridité du contrepoint

    et aux confins de la virtuosité instrumentale

    _ cette acuité d’analyse-là du livrettiste est dans la plus parfaite syntonie avec l’intelligence de jeu de ces trois si fins instrumentistes-musiciens en ce remarquable enregistrement au CD ! _ ;

    bref,

    elles dessinent un portrait d’un Ravel

    d’autant plus beau

    qu’il est radical » _ comme c’est remarquablement senti !..

    …
    Le livrettiste précisant judicieusement encore :

    « Il n’est pas inutile de se rendre compte combien Ravel n’avait que faire de la simplicité,

    du terroir pour le terroir

    ou du champagne facile _ populo ou mondain _ des années folles ;

    de parier que cet homme qui refusa la légion d’honneur

    aurait sûrement évité Vichy ;

    et de contester, fût-ce durement, que des chefs d’œuvre d’une portée aussi grande que la « Sonate pour violon et violoncelle »

    _ créée le 6 avril 1922, salle Pleyel, par Hélène Jourdan-Morhange et Maurice Maréchal : cf mon article du 4 juillet 2008 : « Musique d’après la guerre » _

    doivent leur sort trop sévère aujourd’hui encore

    à de vieux avis autorisés… si peu autorisés

    _ tel le cliché induré d’un Emile Vuillermoz, évoqué ici :

    …

    nos oreilles décidément ont toujours besoin d’être »ravivées » ;

    de se voir ôter, parfois un peu brutalement, leurs encombrants « bouchons de cérumen«  (cf encore mon propre « Musique d’après la guerre« …)…

    …

    Aussi a-t-on rarement pu percevoir aussi bien l’incisive modernité de Maurice Ravel que sous les doigts et la sensibilité intelligente de ces trois interprètes

    promis au plus brillant avenir musical,

    ayant choisi de « s’attaquer » _ c’est tout à fait cela ! _ à ce « Ravel extrême« , « en se concentrant sur la musique de chambre de la maturité » de ce compositeur réellement génial !..

    …

    Le CD Ravel du jeune et brillantissime « Trio Ravel » est donc tout bonnement magnifique !

    A réserver prudemment chez votre disquaire dès maintenant !

    …

    Je passe maintenant au plaisir raffiné _ encore ! _ de la version en studio bien connue, voire célèbre, des « Nuits d’été » de Berlioz/ Gautier, par Janet Baker et John Barbirolli (et le New Philharmonia Orchestra) aux studios d’Abbey Road, d’EMI, à Londres…
    …

    Cette version des « Nuits d’été » de Berlioz (enregistrée le 23 août 1967) est une splendeur, par l’incarnation de la poésie (et littéraire, et musicale) par la voix souple et enchanteresse, tout à la fois aérienne et terrestre, de l’extraordinaire Janet Baker ; de ce cycle de mélodies françaises (d’Hector Berlioz sur des poèmes de Théophile Gautier), probablement le chef d’œuvre absolu du genre. Janet Baker y est tout aussi merveilleuse que la très sensuelle, pulpeuse, charnelle, Régine Crespin, dans la version pour « l’île déserte« , elle aussi, avec Ernest Ansermet dirigeant l’Orchestre de la Suisse romande, en septembre 1963…

    Je recommande aussi, encore par la même Janet Baker, l’enregistrement live (le 14 mai 1975) avec Carlo Maria Giulini dirigeant le London Philharmonic Orchestra, avec une sublimissime lenteur (CD BBC Legends BBCL 4077-2)…

    Tout cela, étant à _ proprement (ou littéralement) _ se pâmer !!! de jouissance musicale ! Rien moins !…

    …

    Ensuite, 3 CDs de musiques du XVIIIème siécle :

    …

    D’abord _ et c’est sur ce CD-ci que je vais m’attarder _, les « Concerti à píù Istrumenti _Opera Sesta«  d’Evaristo Felíce Dall’Abaco, par « Il Tempio Armonico« , Orchestra Barocca di Verona, dirigé par Alberto Rasi (et avec Davide Monti comme premier violon).

    …

    Evaristo Felice Dall’Abaco _ (1675-1742) véronais de naissance, le 12 juillet 1675 : dix ans avant Jean-Sébastien Bach et George-Frédéric Haendel _, fait partie de ces musiciens italiens qui quittèrent l’Italie pour faire carrière au-delà des Alpes, souvent dans des cours allemandes (ou/et à Paris _ la capitale culturelle de l’Europe d’alors ! _ ; ou/et, aussi, à Londres _ la métropole économique, elle !..).

    …
    Ainsi Evaristo-Felice devint-il, en 1704, musicien _ violoncelliste _ de la chambre ;

    puis Konzertmeister, en 1715,

    de l’Électeur de Bavière, en l’occurrence le prince Maximilien-Emmanuel (1662-1726), trente-six ans durant, de 1704 jusqu’à sa retraite de la cour, en 1740 _ avant sa propre mort, à Munich, en 1742…

    …

    Deux recueils de concertos précèdent l’ »Opera Sesta«  (édité en 1735 à Amsterdam par Michel-Charles Lecène) : les douze « Concerti a quattro, da chiesa« , opus 2 (1708-1712), pour le quatuor à cordes traditionnel avec basse continue, avec deux Concertos de soliste pour violon ; ainsi que les six « Concerti a più istrumenti » opus 5 (ca. 1719) _ « en fait des concertos grossi pour cordes, avec intervention de deux flûtes et d’un hautbois en autant de concertos« , indique le livrettiste Francesco Passadore, à la page 12 du livret de ce CD Stradivarius 33791.

    …

    Non seulement Evaristo-Felice Dall’Abaco est un compositeur de très grande qualité _ connu jusqu’ici davantage des instrumentistes que des mélomanes (du fait de la bien étonnante rareté de ses œuvres tant au disque qu’au concert !..) _, mais sa carrière de musicien est, aussi, tout à fait représentative du devenir de bien des musiciens italiens de talent au XVIIIème siècle.

    …

    Natif de Vérone,

    de même que son prédécesseur illustre parmi les compositeurs baroques italiens pour le violon, Giuseppe Torelli (Vérone, 1658 – Bologne, 1709),

    il eut à souffrir de « la part minime occupée par la musique à Vérone« , du fait « avant tout » de « l’absence d’une vie de cour qui aurait pu promouvoir ce type d’activité : Vérone dépendait territorialement de Venise ; et toute sa vie politique et culturelle était soumise à l’autorité de la République lagunaire« , explique bien Salvatore Carchiolo dans le livret du CD des « Sonate op. I et op. III » _ par l’Insieme Strumentale di Roma, sous la direction de Giorgio Sasso, enregistré en avril 2005 ; CD Stradivarius 33740 _ :

    « pour les musiciens véronais, l’émigration devenait la seule voie possible« .

    …

    Aussi Dall’Abaco va-t-il s’installer en 1696 _ il a vingt-et-un ans _ à Modène. « La vie musicale y jouissait d’une vitalité certaine, en particulier l’école de violon de la cour, qui bénéficiait des largesses et de la protection du duc Francesco II » (un Este)… Cette « école de violon de Modène _ non sans importance dans l’histoire du violon en Italie aux XVIème et XVIIème siècles _ avait eu comme chef de file Marco Uccellini, présent à la cour entre 1642 et 1645. Elle comportait des noms aussi prestigieux que ceux de Giuseppe Colombi, Giovanni Maria Bononcini, Giovanni Batista Vitali, et son fils, Giovanni Antonio Vitali. »

    Or « pendant ces années _ 1696-1704 _ passées  _ par Evaristo Felice Dall’Abaco _ à Modène, se trouvait aussi dans cette ville _ et à cette cour _ Jean-Baptiste d’Ambreville, compositeur et violoniste français d’origine, qui avait été attiré à la cour de Francesco II, féru de culture française. » C’est ce compositeur français qui « fut le trait d’union à l’approche par Dall’Abaco du style musical d’outre-Alpes », dégage alors excellemment Salvatore Carchiolo. Mais quoique « à Modène, Dall’Abaco trouva à s’employer lors des grandes manifestations de la cour« , « toutefois » le jeune musicien ne parvint pas à s’y « assurer un emploi stable. C’est sans doute pourquoi il partit en 1704 à Munich à la cour de l’Électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel II, où il obtint _ pour commencer _ un emploi de joueur de violoncelle « da camera« . Il est vraisemblable _ poursuit Salvatore Carchiolo _ que l’introduction de Dall’Abaco au sein de la cour fut facilitée par l’entregent du marquis Scipion Maffei, aristocrate influent, amateur passionné de musique, et librettiste à ses heures (il composa le livret de « La Sfida ninfa » de Vivaldi). » Surtout « Dall’Abaco trouva dans la capitale bavaroise un climat raffiné et musicalement stimulant. La chapelle musicale de la cour de Bavière, issue d’une ancienne tradition, devait sa _ très _ grande réputation à Roland de Lassus. Et c’est le courant italien qui prévaut à la cour à l’arrivée de Dall’Abaco en 1704, d’autant que c’est au compositeur vénitien Pietro Torri qu’est confiée la direction de la musique de chambre. »

    …
    « Toutefois les aléas de la politique _ et de la guerre ! _ viennent très bientôt bouleverser la vie _ et la carrière : munichoises _ de Dall’Abaco. Au moment de la guerre de succession d’Espagne, Maximilien-Emmanuel II est allié à la France _ et à Louis XIV.

    Après la défaite d’Höchstädt

    (ou Blenheim _ le 13 août 1704 : victoire des troupes conjointes du prince Eugène de Savoie et du duc de Malborough sur celles, franco-bavaroises, du maréchal-comte de Tallard et du duc Maximilien-Emmanuel II de Bavière),

    l’Electeur est contraint de s’exiler _ d’abord _ à Bruxelles… Une partie de la cour le suit _ dont sa musique _ et Dall’Abaco. C’est le premier d’une longue série d’exils ; cette vie itinérante ne prenant fin qu’à la paix d’Utrecht, signée en 1714.

    …

    Pendant son séjour à Bruxelles

    _ où naîtra son fils Joseph-Marie-Clément (Bruxelles, 1710- Vérone, 1805), lui aussi compositeur _

    en 1705, Dall’Abaco publia son premier recueil instrumental _ de « Sonate da camera » _ chez l’éditeur Roger d’Amsterdam.

    …

    En mai 1706, les revers subis par l’armée française contraignirent la cour _ de Maximilien-Emmanuel II _ à s’installer à Mons, dans le Hainaut.

    …
    Après la défaite de Malplaquet
    _ le 11 septembre 1709 _, Mons doit être évacuée, et Maximilien-Emmanuel II trouve refuge à la cour de France sous la protection _ directe _ de Louis XIV. La cour _ du duc-électeur de Bavière _ se déplacera ensuite à Rambouillet, Paris, Versailles, Meudon, Saint-Cloud et Compiègne.

    …
    Le séjour français offrit l’occasion à Dall’Abaco de se familiariser avec les raffinements de la musique française.

    …

    La loyauté du musicien à l’égard de l’Électeur sera récompensée à la réinstallation de la cour de Bavière à Munich, en avril 1715. A la réorganisation de l’orchestre de la cour, Dall’Abaco sera _ en effet _ nommé « Maître de concert » ; puis « Conseiller électoral ». (…)

    …

    « L’activité de Dall’Abaco  au sein de cette cour électorale se poursuivit au-delà de 1726, l’année de la mort de Maximilien-Emmanuel II » _ sous le règne de son successeur, Karl-Albrecht (1726-1745), jusqu’à sa retraite de la cour, en 1740 ; peu avant de mourir, à Munich, le 12 juillet 1742…

    …
    « L’attention réservée par la musicologie à l’œuvre de Dall’Abaco est ancienne« , relève fort justement Salvatore Carchiolo (page 22 de ce même livret du CD Stradivarius 33740) ; ajoutant, un peu naïvement : « cela peut paraître surprenant à première vue _ et seulement « à première vue » ! pourrait-on espérer : qu’on lise donc avec un peu plus de curiosité les partitions ! et qu’on écoute enfin ! la musique elle-même : au concert ! et au disque ! rêvons donc un peu !… _ étant donné qu’il s’agit d’un musicien que l’on joue rarement _ chercher l’erreur !!! _ dans les salles de concert ; et qui n’est pas _ ou guère… _ repris dans l’édition discographique.

    …

    Déjà au début du XXème siècle, les musicologues allemands Adolf Sandberger et Hugo Riemann consacraient diverses études et analyses à la musique du compositeur véronais. Riemann, en particulier, le porte au pinacle : selon lui, les œuvres de Dall’Abaco représentent sans doute le type le plus pur et le plus noble de la musique de chambre italienne, arrivé à l’apogée de son développement _ rien moins ! Le musicologue allemand la considère même supérieure en puissance expressive à celle d’Archangelo Corelli _ ce qui n’est tout de même pas peu, dans l’évaluation historiographique de la musique !!! Riemann voit en Dall’Abaco, sinon le créateur, du moins un précurseur de la sonate bi-thématique.

    …

    (…)

    De fait, « un examen _ un peu attentif _ de l’œuvre de Dall’Abaco révèle _ bien _, encore _ ou enfin ! _ aujourd’hui, d’admirables qualités, soutenues par _ davantage que _ un _ « grand » _ métier ; qualités que Riemann avaient _ si _ justement su déceler dans l’art de la construction de Dall’Abaco. La propension de celui-ci à une disposition structurelle compacte et efficace, s’exprime par une sobre éloquence _ à la française ?.. _ guidée par des critères d’économie _ sobriété _ rhétorique _ du discours musical baroque _ ; et porte en soi des signes évidents d’une fondation encore fortement ancrée _ comme dans le cas d’un Jean-Sébastien Bach, dirais-je… _  dans l’enseignement traditionnel d’une musique poétique » _ = d’authentique poiesis ! Ce point est esthétiquement aussi _ et pas seulement musicologiquement !.. _ très important !

    …

    Techniquement,

    « la recherche de la cohésion formelle s’exprime dans l’attention particulière portée à l’unité thématique de la composition. » Et cela, « dans le cadre même d’une solide discipline de contrepoint : Dall’Abaco regarde en quelque sorte « en avant » ! Sa musique comporte des traits s’inscrivant dans les développements les plus modernes de la musique instrumentale du dernier baroque. La technique qu’il met au point mérite la plus grande attention : le matériau qu’il utilise dans le développement des mouvements est très souvent fourni par les éléments du thème initial du morceau. Après une première exposition fuguée, il vient « décomposer » le thème initial en ses éléments, fournissant des progressions et des imitations venant guider le développement du thème dans la poursuite du morceau. »

    …
    Un autre élément important que note Salvatore Carchiolo, est « le recours, même limité, à des éléments du style français« , notamment « l’adoption occasionnelle de la forme rondeau, et de certains mouvements de danse français (tel le passepied), absents de la sonate « da camera » italienne » ; ou « la tendance à juxtaposer tonalités majeures et mineures à partir de la même tonique (d’après Talbot).

    …

    Déjà à Modène, et par le biais des contacts établis grâce à d’Ambreville, Dall’Abaco s’était familiarisé avec un style si différent du style italien que Corelli s’était déclaré bien incapable d’interpréter correctement son exécution. L’empathie de Dall’Abaco avec le style français se renforça, bien sûr, les années que passa en France la cour de Maximilien-Emmanuel (notamment entre 1709 et 1711), durant lesquelles il put connaître au plus près les tendances musicales au jour le jour du goût français. De fait, à partir de son opus 3 _ paru vers 1712-1715 _, l’apport de l’idiome musical français se fait de plus en plus évident et renforcé. La transparence et l’élégance formelle de la musique de Dall’Abaco repoussent un trop grand recours à la pure virtuosité instrumentale. Le violonisme indéniable dont fait preuve le véronais doit beaucoup à la leçon de Corelli, mais il est loin de tendre, comme cela s’avère chez un Vivaldi, vers un dépassement des limites techniques de l’instrument, et d’une amplification de ses ressources de timbres et de couleurs. (…) L’équilibre structurel de la musique de Dall’Abaco _ ainsi que l’a justement noté William S. Newman _ la montre très représentative de la sonate baroque au point d’équilibre de ce que l’on peut qualifier de son classicisme, par sa clarté et la maîtrise du dessin de ses lignes. »

    …

    Tout ce long développement historico-musicologique

    rien que pour mettre un peu et enfin le projecteur

    sur une musique absolument délicieuse !

    Que j’ai découverte, dans la plus parfaite naïveté (et ignorance de tout ce contexte ! alors…), lors d’un concert de fin de stage _ auquel j’avai couru assister, par désir d’écouter des amis musiciens, à Barbaste, il y a plus d’une dizaine d’années :

    il y avait là, me souviens-je, mon ami flûtiste Philippe Allain-Dupré

    (qui, avec Laurence Pottier, flûtiste, elle aussi, m’avaient accompagné à Prague, avec mon « atelier baroque », en 1993 ou 94) ;

    Enrico Gatti, si remarquable violoniste (et « chef »), toujours si, à la fois, vivant et probe, en chacune de ses interprétations d’une impeccable justesse de poésie ;

    Alfredo Bernardini, parfait, lui aussi ;

    peut-être, et même plus que probablement, aussi Pierre Hantaï, le claveciniste prodigieux que tout le monde reconnaît ;

    pour le talent desquels, tous, j’ai une immense profonde admiration…

    Ce jour-là, à ce concert-de-fin-de-stage-là, dans la petite église tout à côté de Barbaste, j’ai bien imprimé en ma mémoire ce nom de Dell’Abaco ;

    et depuis j’ai toujours vivement recherché les moindres témoignages discographiques des œuvres de cet immense compositeur-là ! ; et non sans quelque satisfaction, la plupart des fois…

    …

    Je pense ainsi à un _ très bon _ CD de « Concerti«  enregistré en janvier 1998 par l’ensemble Concerto Köln, comportant 4 concerti « a quattro da chiesa » de l’opus 2 ;

    3 concerti _ un pour 2 flûtes ; un pour hautbois ; un pour cordes _ de l’opus 5 ;

    et 2 concerti pour cordes de l’opus 6 :

    il s’agit d’un CD Teldec (dans la collection « Das Alte Werk« ) n° 0639842216623 ;

    …

    ainsi qu’aux 2 CDs Stradivarius que j’ai mentionnés plus haut :

    celui d’un choix de « Sonate« , des « op. I & III » (STR 33740) ;

    et des 6 « Concerti à più Istrumenti _ Opera Quinta » (STR 33746)…

    …
    Et voici, aujourd’hui ce superbe double album des 12 « Concerti à píù Istrumenti _Opera Sesta«  d’Evaristo Felíce Dall’Abaco, par « Il Tempio Armonico« , Orchestra Barocca di Verona, dirigé par Alberto Rasi (avec Davide Monti, comme premier violon)…

    …

    Pour le reste,

    je veux dire le « Magnificat«  (et la Weihnachtskantate « Die Himmel erzählen die Ehre Gottes« ) de Carl Philipp Emanuel Bach, par Monika Mauch, Soprano, Matthias Rexroth, Altus, Hans Jörg Mammel, Tenore et Gotthold Schwarz, Basso, les »Basler Madrigalisten » et »L’Arpa festante« , dirigés par Fritz Näf (CD Carus 83.412)

    et « Le Grazie Veneziane _ Musica degli Ospedali«  (« De profundis » de Nicola Antonio Porpora ; « Laudate pueri« , de Johann Adolf Hasse, « Dixit Dominus » de Baldassare Galuppi), par Maria Grazia Schiavo, Emanuela Galli, Soprani ; José Maria Lo Monaco, Alto ; le « Vocal Concert Dresden » et le « Dresdner Instrumental-Concert« , dirigés par Peter Kopp (CD Carus 83.264) ;

    ainsi que  « The Walsingham Consort Books« , par Susan Hamilton, Soprano & « La Caccia« , dirigés par Patrick Denecker (CD Ricercar RIC 275),

    ils sont, chacun dans leur genre, tout aussi excellents :

    …

    Carl-Philipp-Emanuel est un _ on ne peut mieux _ digne rejeton, en « matière » de « génie » (musical), de son auguste père ; et l’interprétation du CD est d’une très, très belle intensité ;

    …

    le récital de musiques de style vénitien _ de Porpora, Galuppi et _ du saxon de passage à Venise _ Hasse,

    est, lui aussi, d’une extrême qualité _ dans l’odre d’un plaisir « hédoniste » (= vénitien…) ;

    …

    quant aux pièces extraites des « Walsingham Consort Books« ,

    elles sont d’une remarquable délicatesse…

    …
    Une fête !

    …

    Titus Curiosus, ce 26 décembre 2008

    …

    Post-scriptum (le 27) :

    …

    Philippe-Allain Dupré,

    à la mémoire duquel j’ai fait appel hier

    à propos de ma découverte

    _ éblouie ! et je comprends d’autant mieux maintenant pour quelles raisons (d’interprétation, aussi !!!) _

    d’une œuvre _ mémorable ! _ de Dall’Abaco

    à l’occasion du concert final du stage de perfectionnement d’interprétation baroque à Barbaste,

    comble mes desiderata en me rappelant, documents à l’appui, que ce concert

    (de fin de stage, auprès de Philippe Humeau, en son fief de Barbaste)

    avait été donné deux fois :

    le samedi 25 avril 1992, en l’église de Lausseignan _ tout à côté de Barbaste _ ;

    puis le mercredi 29 avril, en l’église de Saint-André-de-Cubzac ;

    …

    au programme,

    outre la Sonata II de l’opus 3 de Dall’Abaco (pour 2 flûtes à bec, flûte traversière, hautbois, 2 violons, basson, violoncelle et 2 clavecins) _ qui m’avait tant impressionné _,

    une Canzone à 6 de Giovanni Picchi,

    la Cantate « Ô Maria« , de Johann-Hermann Schein,

    une Chanson ornée sur le thème de « Vestiva i colli », de Giovanni Battista da Palestrina/Francesco Rognoni,

    « La Romanesca«  et la Canzone quarta, à 2 clavecins, d’Antonio Valente et Giovanni Priuli,

    des Scherzi, d’Agostino Steffani,

    un Quarteto (pour flûte traversière, hautbois, violon et basse continue), de F. Riedel

    et un Air de la Cantate 127 de Jean-Sébastien Bach…

    …
    La soprano _ des pièces chantées _ était Maria-Christina Kiehr ;

    et,

    notamment pour la sonate de Dall’Abaco _ choisie par Enrico Gatti, me précise Philippe _

    les parties de flûtes à bec étaient tenues par Claire Michon et Jean-Marc Andrieu,

    celle de flûte traversière, par Philippe Allain-Dupré,

    le hautbois,  par Alfredo Bernardini,

    les 2 violons, par Odile Edouard et Enrico Gatti,

    le basson, par Nicolas Pouyanne,

    le violoncelle, par Hendricke Ter Brugge

    et les 2 clavecins, par Elisabeth Joyé et Pierre Hantaï _ excusez du peu !..

    …

    C’est donc à deux reprises, que j’avais eu le bonheur, ce printemps-là, de la découverte _ somptueuse ! _ de cette pièce si belle,

    de ce compositeur de si grande qualité !!! ;

    …

    et qui ne m’a jamais déçu, au disque ;

    …

    quant au concert,

    nous ne disposons pas tous les jours d’un Enrico Gatti, toujours si juste, si chantant, si probe,

    pour en être l’inspiré maître d’œuvre..

    …

    Bref,

    j’ai toujours à l’oreille,

    de ce concert (de 1992, donc : il y a seize ans),

    le charme puissant d’Evaristo-Felice Dall’Abaco…

  • Retour aux fondamentaux en musique : percevoir l’oeuvre du temps aussi dans l’oeuvrer de l’artiste

    A propos des CDs

    « Pièces de clavecin » de Rameau, par Céline Frisch (CD Alpha 134)

    & « Pièces de clavecin des Livres I & II » de François Couperin, par Frédérick Haas (CD Alpha 136)

    …

    Parmi une brassée (huit items, dix CDs) de merveilleux disques,

    d’une part,

    je retiendrai,

    ce qui m’apparaît comme une (excellente) politique de production (et conception) de la part d’un éditeur de disques, en l’occurrence les disques Alpha  :

    le choix d’un « retour aux fondamentaux de la musique » ;

    …

    et d’autre part,

    je me pencherai

    au sein même de ce « retour aux fondamentaux » ;

    ainsi qu’au sein même de l’excellence de la nouvelle cuvée Alpha, tout au long de cette année 2008 ;

    …

    je me pencherai, donc,

    sur l’intelligence de la justesse du choix des artistes-interprètes

    _ en l’occurrence les magnifiques Céline Frisch et Frédérick Haas _,

    dans la décision de donner à « écouter »

    aux « écouteurs » amoureux de la musique,

    la dimension temporelle même de la création, au fil des ans _ ainsi que mêlée aux années qui défilent _,  des artistes-compositeurs :

    …

    car je relève et retiens, en effet, que les CDs

    « Pièces de clavecin » de Rameau, par Céline Frisch (CD Alpha 134)

    & (le double album) « Pièces de clavecin des Livres I & II » de François Couperin, par Frédérick Haas (CD Alpha 136),

    présentent, tous deux, des « pièces » ou des « Livres » (de clavecin),

    non sous la forme

    _ « classique » : facile, commode, habituelle ; en fait seulement routinière (et paresseuse) ! _

    d’une « intégrale »

    (c’est-à-dire à la pure et simple queue-leu-leu de l’ensemble des « pièces » produites par le compositeur) ;

    …

    mais, en procédant à une sélection

    _ non arbitraire ! il ne s’agit certes pas, non plus, de simples « récitals » au gré de la pure « fantaisie », plus ou moins « inspirée » (ou « heureuse »), de l’interprète _ ;

    …

    en procédant, donc, à une sélection

    de séquences,

    c’est-à-dire, ici

    _ pour les œuvres (de clavecin) entiers (!..) de Jean-Philippe Rameau et François Couperin _,

    de « suites » ; sinon « Ordre(s) », voire « Livre(s) » entiers ;

    …

    en veillant à privilégier (la « quête » de) la perception

    _ par l’auditeur : à la suite de l’interprète lui-même ;

    …

    j’en donnerai pour exemple

    la (très belle et instructive) « présentation » qu’en donne (très judicieusement) Frédéric Haas lui-même,

    dans la « présentation », par ses propres soins, de sa propre « quête » du sens du « mystère » couperinien _ ;

    …

    en veillant à privilégier (la « quête » de) la perception, donc,

    de ce que je nomme « l’œuvre du temps dans l’œuvrer _ et ce qui en résulte dans l’œuvre achevée, coite, immobile : et mise à notre disposition… _ d’un artiste« …

    …

    Cela demande un « défilé » de temps,

    et l’exercice d’une (élémentaire) « comparaison » _ des « pièces » _ (de la part de l’æsthesis) ;

    …

    « comparaison » dont le « ressentir » de (l’avènement de) cette perception _ par l’auditeur _

    sera facilité (« éclairé ») par l’art de choisir (en pratiquant des « coupes claires », ou « élagage ») ces « séquences », de la part du concepteur du programme.

    …
    Art analogue à celui du bouquet, si l’on veut bien

    …

    _ sauf que la durée de vie d’un bouquet est, elle, très éphèmère ;

    …

    heureusement, la vie de « création » d’un artiste peut être, elle, un peu plus longue,

    et permettre, à la faveur du « temps qui passe », en donnant lieu à l’expérience (personnelle et artistique) d’un « temps passé », voire d’un « temps perdu » ;

    …

    peut permettre, donc,

    à l’artiste créateur

    de « retrouver », provenant de l’œuvrer même de l’artiste _ en sa poïétique de « création » à partir de son propre « exister » en artiste _,

    et à travers l’épaisseur même du temps _ vécu, oublié, mémorisé par traces effilées et filantes _,

    et à travers, aussi, les « voiles » déposés de ses « strates », peu à peu posées ;

    …

    de « retrouver », donc _ proustiennement : mais l’expérience est celle de tout artiste authentiquement créateur _ ;

    …

    de « retrouver »

    l’ombre féconde d’un « temps » gagné ;

    …

    mais cela,

    loin, à mille lieues,

    de tout calcul _ ou ratio _ de profit économique (et financier !!!)…

    …

    En s’y lançant seulement _ et solitairement

    ainsi accompagné de touts ces « strates »

    (les Muses sont bien les filles de Mnémosyne) _

    à corps perdu, en cet œuvrer…

    …

    …

    En cela

    _ et même si cette considération est assez extérieure (ou anecdotique) _,

    ces deux albums, Alpha 134 et Alpha 136, constituent, déjà un chef d’œuvre d’intelligence de « conception-production » artistique ;

    pour notre joie de « réception » de la musique,

    et de « retrouvailles »,

    via le medium du disque CD,

    avec ce que je me permets de qualifier de « retour aux fondamentaux » de la « musique »…

    …

    Je placerai ces deux CDs

    parmi _ ou à côté de _ un bouquet d’autres,

    participant, tous, à un tel « retour aux fondamentaux de la musique » :

    signes, peut-être, d’une « époque », qui, plus que d’autres

    _ avec toutes ses « impostures », ces « vessies » que certains voudraient tant nous faire « prendre pour » des « lanternes » _,

    semble en avoir « bien besoin » ?..

    …

    Ce » bouquet » (de musique _ de « retour aux fondamentaux ») de huit CDs, ce sont :

    1) _ les « Pièces de clavecin » de Rameau, par Céline Frisch (CD Alpha 134) ;

    2) _ le double album « Pièces de clavecin des Livres I & II » de François Couperin, par Frédérick Haas (CD Alpha 136) ;

    3) _ le (petit) « opera » « Dido & Aeneas » de Henry Purcell, par The New Siberian Singers (the chamber choir of the Novosibirsk State Academic Opera ans Ballet Theatre) & MusicAeterna, sous la direction de Teodor Currentzis, avec Simone Kermes, Deborah York et Dimitris Tiliakos (CD Alpha 140) ;

    4) _ le (double) volume VI des « Klavierwerke & Kammermusik » de Robert Schumann, de l’intégrale qu’interprète et anime Éric Le Sage, au piano : « Kreisleriana, Op. 16 ; « Vier Fugen » Op. 72 ; « Fantasiestücke » Op. 12 ; « Andante & Variations pour 2 pianos, 2 violoncelles & cor » Op. 46 ; « 6 Etudes en forme de canon pour piano-pédalier » Op. 56, dans un arrangement pour 2 pianos de Claude Debussy ; « Bilder aus Osten _ 6 Impromptus » Op. 66 ; et « Waldscenen » Op. 82 ; avec François Salque & Victor Julien-Lafferrière, violoncelles ; Bruno Schneider, cor ; Eric Le Sage, Frank Braley, pianos (CD Alpha 135) ;

    5) _ le CD « Manuscrit Bauyn _ Louis Couperin, Luigi Rossi, Johann-Jakob Froberger et Girolamo Frescobaldi« , par Benjamin Alard (CD Hortus 065) ;

    6) _  le CD « Pièces de guitarre de Mr. Rémy Médard (1676)« , par David Jacques (CD XXI-CD 2 1586) ;

    7) _ le CD « Les Caractères de la danse _ Purcell / Corelli / Rebel / Albinoni / Telemann« , par l’Ensemble « Harmony of Nations » & Alfredo Bernardini (CD Raum Klang RK 2704) ;

    8) _ et le CD « String Quartets » de « Ravel, Debussy & Fauré« , par le quatuor Ebène (CD Virgin Classics 50999 519045 2 4)…

    …

    A commencer, ce superbe « bouquet », donc,

    de « retour aux fondamentaux »,

    par une très remarquable série d’enregistrements, notamment « baroques », parus cet automne aux Éditions Alpha :

    …

    _ après un excellemment « dynamique » CD de deux des « Missæ breves » de Jean-Sébastien Bach, les Bwv 234 & 235, par l’Ensemble Pygmalion, dirigé avec une belle vitalité (et justesse) par le jeune et plus que très prometteur, déjà, Raphaël Pichon (CD Alpha 130) _,
    …
    voici, d’abord _ et je les associe !.. _, les CDs
    _ « Pièces de clavecin » de Rameau, par Céline Frisch,

    sur le clavecin Jean-Henry Hemsch (de 1751) de la collection de Frédérick Haas :

    CD Alpha 134 ;

    …

    _ & le double album « Pièces de clavecin des Livres I & II » de François Couperin, par Frédérick Haas,

    sur ce même clavecin Jean-Henry Hemsch (de 1751) :

    CD Alpha 136 ;

    …

    comme nous « restituant »

    _ en leur « intégrité » ; le concept, ainsi que sa « réalisation », ayant beaucoup d’importance (artistique) _,

    ces deux enregistrements, tout à la fois,
    la vérité historique des œuvres des deux compositeurs

    …

    _ la publication des œuvres de Rameau (en 1706 ; en 1724-1731 ; en 1728)
    encadrant la publication de celles de François Couperin interprétées ici (en 1713, pour les « Ordres Premier & Cinquième » du « Premier Livre » ; 1716, pour des « préludes » de « L’Art de toucher le clavecin » ; et en 1717 pour le « Deuxième Livre« , donné ici en entier, avec les « Ordres Sixième, Septième & Huitième« ) ;
    …
    et, tout à la fois, donc,
    et bien mieux encore,
    la poésie _ et c’est le « principal » ! en Art !… _
    spécifique à chacun des groupes d’œuvres

    …
    intitulés « Livres _ de Pièces de clavecin« 

    _ (au nombre de IV : en 1713, en 1716-17, en 1722 et en 1730),

    et eux-mêmes divisés en « Ordres«  (au nombre de 28) ;
    ainsi que _ « à part » _ « L’Art de toucher le clavecin« , en 1716 ;
    (plus, encore, 6 « Pièces » séparées publiées, dès 1707 _ François Couperin, né en 1668, a déjà trente-neuf ans alors _, en un recueil collectif : « Pièces choisies pour le clavecin de différents auteurs« ),
    pour ce qui concerne François Couperin, donc ;
    …
    et intitulés : « Livre«  (pour le « Premier livre de pièces de clavecin« ), en 1706 _ Jean-Philippe Rameau a, lui, vingt-trois ans : qu’on tire les conclusions qu’on voudra de ce constat chronologique… _ ;

    « Pièces de clavecin, avec une méthode sur la mécanique des doigts« , en 1724 ;

    & « Nouvelles suites de pièces de clavecin, avec des remarques sur les différents genres de musique« , en 1727 ;
    (plus quelques « pièces séparées » :

    un « Menuet en rondeau » (en 1724), « La Dauphine » (en 1747) ; « Les Petits marteaux » (non publié par Rameau lui-même, mais par Claude Balbastre, in « Recueil d’airs choisis de plusieurs opéras accommodés pour le clavecin par Mr. Balbastre« ) ;
    pour Jean-Philippe Rameau _
    …
    « restituant », donc, tant la vérité (historique)
    que la poésie _ spécifique, donc _
    de ces deux compositeurs français majeurs ;
    …
    _ et,
    en un tout autre genre, cette fois,

    un (très impressionnant, par son énergie et sa vérité _ ou profonde justesse _ dramatique) « Dido & Aeneas » de Henry Purcell, sur un livret de Nahum Tate (« représenté en 1689, au pensionnat de M. Josias Priest, à Chelsea » _ mais peut-être « chanté d’abord à la cour de Charles II, vers 1683/84« …),

    par The New Siberian Singers (the chamber choir of the Novosibirsk State Academic Opera ans Ballet Theatre),

    MusicAeterna,

    sous la direction _ tous _ de Teodor Currentzis,

    avec, pour les trois principaux solistes (interprétant « Dido« , « Belinda » et « Aeneas« ), Simone Kermes, Deborah York et Dimitris Tiliakos :

    CD Alpha 140 ;
    …
    auxquels j’ajouterai (encore chez Alpha Productions)
    _ le (double) volume VI des « Klavierwerke & Kammermusik » de Robert Schumann, de l’intégrale qu’interprète et anime _ sinon dirige _ Éric Le Sage, au piano :

    « Kreisleriana, Op. 16 ; « Vier Fugen » Op. 72 ; « Fantasiestücke » Op. 12 ; « Andante & Variations pour 2 pianos, 2 violoncelles & cor » Op. 46 ; « 6 Etudes en forme de canon pour piano-pédalier » Op. 56, dans un arrangement pour 2 pianos de Claude Debussy ; « Bilder aus Osten _ 6 Impromptus » Op. 66 ; et « Waldscenen » Op. 82 ;

    avec François Salque & Victor Julien-Lafferrière, violoncelles ; Bruno Schneider, cor ; Eric Le Sage, Frank Braley, pianos :

    CD Alpha 135
    …
    Ainsi que, cette fois chez d’autre éditeurs de CDs (qu’Alpha) :
    Hortus,
    XXI-21 Productions _ une marque québécoise, distribuée par Universal _,
    Raum Klang,
    et, enfin, ici, Virgin Classics)
    les très remarquablement beaux CDs suivants :
    …
    _ d’abord,
    le CD « Manuscrit Bauyn _ Louis Couperin, Luigi Rossi, Johann-Jakob Froberger et Girolamo Frescobaldi« , par Benjamin Alard
    ,
    sur un clavecin construit par Philippe Humeau (à Barbaste) en deux temps :
    d’abord, la copie d’un modèle « transpositeur » (de 1615) d’Andreas Rückert, d’Anvers, instrument flamand à deux registres : un huit pieds et un quatre pieds ;
    puis Philippe Humeau a lui-même « ravalé » son instrument à la manière des anciens,
    c’est-à-dire en remplaçant « les deux claviers transpositeurs par deux claviers accouplables, accordés à l’unisson,
    dont le second fait parler l’ancien 8′,
    et le premier, l’ancien 4′ ainsi qu’un 8′ supplémentaire
     » ;
    et « les cordes de grosse taille » étant « remplacées par des tailles plus fines qui produisent un son plus rond et plus détendu« ,
    …
    spécifie Benjamin Alard lui-même à la page 7 du livret de présentation de ce CD « Manuscrit Bauyn » ;
    …
    lequel « présente » un double « concert », en décembre 1652
    (postérieurement à la disparition, ce mois de décembre-là, du luthiste M. de Blancrocher,

    dont nous écoutons ici le _ tout frais… _ « Tombeau » par Louis Couperin),
    lors d’une rencontre « de musique », à Paris,
    celle de Louis Couperin
    (ca 1626-1661 : il a alors vingt-six ans) ;
    et de Johann-Jakob Froberger (1616-1667 : il a alors trente-six ans ; et se déplace en Europe ; venant de Stuttgart, après plusieurs longs séjours à la cour impériale de Vienne _ de l’empereur mélomane Ferdinand III _ ; et un passage par Bruxelles ; après son séjour à Paris, il fera le voyage de Londres, et celui de Dresde ; avant de « s’installer » à Montbéliard et Héricourt, auprès de la princesse wurtembourgeoise, et connue en son enfance, la princesse Sybilla…) :
    …
    il s’agit du CD « Manuscrit Bauyn » Hortus 065
    …
    _ puis,
    le CD « Pièces de guitarre de Mr. Rémy Médard (1676)« , par David Jacques,

    sur une guitarre 5 choeurs Claude Guibord de 1999, réplique d’une Stradivarius de 1700,

    enregistré à Sainte-Adèle, au Québec :
    il s’agit du CD XXI-CD 2 1586
    …
    _ ensuite,
    le CD « Les Caractères de la danse _ Purcell / Corelli / Rebel / Albinoni / Telemann« 
    ,

    avec une Suite from « The Fairy Queen » Z629, de Henry Purcell (1659-1695) ;

    le Concerto grosso op. 6 Nr. 4 d’Arcangelo Corelli (1653-1713) ;

    « Les Caractères de la danse » de Jean-Féry Rebel (1666-1747) ;

    le Concerto a cinque op.9 Nr. 2 de Tomaso Albinoni (1671-1751- ;

    et l’Ouverture à 7 TWV55: C6 de Georg Philipp Telemann (1681-1767),

    par l’Ensemble « Harmony of Nations » & Alfredo Bernardini

    _ direction et solo oboe _ :
    il s’agit du CD Raum Klang RK 2704
    …
    _ auquel j’ajouterai, enfin,
    comme pour clore ce formidable bouquet d’excellents musiques au meilleur des interprétations (et enregistrements) un programme indiqué « The essential modern French quartet in the three essential string quartets of the French repertoire » :
    les Quatuors à cordes (« String Quartets« ) de « Ravel, Debussy & Fauré« 
    ,

    par le quatuor Ebène

    (Pierre Colombet & Gabriel Le Magadure, violons, Mathieu Herzog, alto, Raphaël Merlin, violoncelle) :
    il s’agit du CD Virgin Classics 50999 519045 2 4
    …
    Que de splendides interprétations, de magnifiques programmes de musique, que voilà,

    pour le ravissement _ à « fondre » de plaisir ! pourquoi s’en priver ? _ des mélomanes ;
    …
    en commençant par un retour vivifiant

    aux « fondamentaux » du répertoire

    _ et notamment (mais pas seulement) du « Baroque » musical,

    de « style » (ou autour du « style ») « français »,

    en cette occurrence-ci :
    …
    « Style français »,

    en effet,

    pour ce qui concerne Henry Purcell _ 1659 – 1695 _,
    ayant été sous l’influence de Matthew Locke (1630 – 1677),
    et élève assidu des bien formés au « style français »,

    d’abord, de 1672 à 74 (soit entre treize et quinze ans), Pelham Humfrey (1647 – 1674) ;

    et _ encore _ John Blow (1649 – 1708), son principal maître (et ami) ;
    …
    mais, aussi, ayant côtoyé, lors de sa formation musicale sous la Restauration (des Stuart), des maîtres musiciens français _ tels  Robert Cambert (ca 1627 – 1677 ; le fondateur de l’ »opéra à la française« , avec « Pomone« , en mars 1671) et Louis Grabu (fl 1665 – 1694), et Jacques Paisible (ca 1650 – 1721, et bien d’autres _ particulièrement nombreux alors à Londres, et d’abord à la cour du roi mélomane (et francophile) Charles II :
    …
    lui-même, Henry Purcel, « œuvrant », toute sa carrière, au service de cette dynastie des rois Stuart :
    _ d’abord, le roi Charles II  (1630 – 1685) ;
    _ puis, son frère le roi Jacques II (1633 – 1701), avant la « Glorieuse Révolution » de 1688 qui allait le « déposer »,

    _ au profit de sa fille aînée (protestante anglicane, non catholique),

    qui devint
    la reine Mary II

    (et à laquelle Henry Purcell ne survivra guère : Henry Purcell meurt le 21 novembre 1695 ; et la _ grandiose _ cérémonie des funérailles de la reine Marie  _ 30 avril 1662 – 28 décembre 1694 _ avait eu lieu, à la cathédrale de Westminster, le 5 mars de cette même année 1695 ; avec la participation de Henry Purcell, pour ces « musiques de funérailles » royales, célèbres…)

    …

    au profit de sa fille Mary, donc,

    et de son mari, Guillaume III (d’Orange _ 1650 – 1702)…
    …
    Les rois Charles II et Jacques II (Stuart) avaient « pris » ce « goût français » _ élégant _ à la cour de Louis XIV (1638 – 1715),

    lors de la (tragique) parenthèse du régime d’Oliver Cromwell

    (officiellement au pouvoir du 17 mai 1649 à sa mort, le 3 septembre 1658) ;

    …

    leur mère, l’épouse du malheureux roi décapité _ le 30 janvier 1649, à Whitehall _ Charles Ier _ 1600 – 1649 _,

    la reine Henriette-Marie (dite « de France« )_ 1609 – 1669 _,

    étant fille de Henry IV et de Marie de Médicis ;

    …

    et leur sœur, Henriette-Anne (dite « d’Angleterre« ) _ 1644 – 1670 _, la « Madame » se mourant (de l’oraison funèbre de Bossuet…),

    étant l’épouse de Philippe, duc d’Orléans (1640 – 1701), le frère cadet de Louis XIV ;
    …
    Et « style français », aussi _ en encore, au siècle suivant _,

    pour ce qui concerne Georg-Philipp Telemann (1681 – 1767),
    notamment, pour lui, dans ses « Ouvertures » orchestrales

    _ a 7 dans l’ »Ouverture » TWV55:C6

    interprétée ici par the « Harmony of Nations » sous la direction de l’excellentissime Alfredo Bernardini,
    promouvant par toute l’Europe musicale les « ouvertures » à la Lully… ;

    …

    pour ne rien dire ici du hautbois,

    instrument français, s’il en est…

    …
    Ce bouquet de musiques de « style français », donc,

    en sorte de « complément », ici, au bouquet de mon précédent article

    « un bouquet de glamour musical _ et autres _ pour temps de crise »
    composé, lui aussi, autour de pièces françaises
    :

    …

    de Debussy & Poulenc, des pièces pour violoncelle et piano,
    de César Franck & Fauré, les Quatuors à cordes,
    des mélodies françaises de Bizet et Gounod à Reynaldo Hahn et Poulenc, en passant par Chausson, Duparc, Debussy, Fauré et Ravel ;
    …
    ainsi que des sonates du premier baroque français, de Jean-Baptiste Senaillé (1687, ou 90 – 1730)…
    …

    J’évoquerai ainsi le double enregistrement de « pièces de clavecin » de François Couperin et de Jean-Philippe Rameau, que les interprètes de ces CDs Alpha

    _ respectivement Frédérick Haas, pour le double album Couperin Alpha 136 ;

    et Céline Frisch, pour le CD Rameau Alpha 134 _

    ont tous deux choisis de présenter ici,

    non en une « intégrale »

    des (quatre) « Livres » _ et/ou (28) « Ordres« , pour ce qui concerne l’œuvre (entier) de François Couperin ;

    et/ou du « Livre« , « Pièces » et « Suites de pièces« , pour celui de Jean-Philippe Rameau ;

    …

    mais seulement en une sélection :

    …

    _ ainsi, ici, les seuls « premier » et « cinquième » « Ordres » du « Premier Livre » (de 1713) ;

    et le « Deuxième Livre« , en entier, lui (avec ses _ seuls _ trois « Ordres » au complet : les « sixième« , « septième » et « huitième« ,

    choisis par Frédérick Haas ;

    …

    _ et,

    si le « Premier Livre » de Jean-Philippe Rameau est présenté ici en entier, en une « suite en la« , par Céline Frisch en ce Cd « Pièces de clavecin » Alpha 134,

    c’est à une sélection de « suites »

    _ « en mi« , pour les « Pièces de clavecin » de 1724-1731 ;

    et « en sol« , pour les « Nouvelles suites de pièces de clavecin » de 1728 _,

    que l’interprète, Céline Frisch, donc, procède,

    elle aussi

    _ tout comme Frédérik Haas pour son « François Couperin« -I _

    en ce programme « Jean-Philippe Rameau« -I…

    …

    En une logique toute musicale (ou/et æsthétique, si l’on veut…) ;

    et non d’archivage, ou de « rangement » (de discothèque personnelle ; ou publique)

    _ comme cela est devenu depuis quelques années « de mode »

    chez certains éditeurs de disques _ tel que Brilliant Classics, parmi d’autres…

    …

    Jean-Paul Combet, l’éditeur-concepteur d’Alpha, a fait appel à l’autorité aimable et particulièrement compétente (en matière de finesse d’ »oreille » et de « goût »), de l’excellent Philippe Beaussant

    (l’auteur de « Vous avez dit « Baroque » ? » ; et surtout, pour ce qui nous concerne ici, des passionnants et fort utiles : « François Couperin » et « Rameau de A à Z » (aux Éditions Fayard, en 1980 et 1982) ;

    et désormais « immortel », par son élection, le 15 novembre 2007, à l’Académie française _ il a été reçu « sous la Coupole », par Pierre Rosenberg, le 23 octobre dernier)

    …

    pour « présenter » magnifiquement, avec toute la délicatesse et l’enjouement requis, les pièces du programme « Rameau » qu’a choisies d’interpréter ici Céline Frisch :

    …

    l’ »écoute » du maître ès « Baroque français » de chacune des « suites » de « pièces » présentées ici

    est, en effet, d’une remarquable finesse _ on en lira avec « succulence » le détail, pièce par pièce, aux pages 8 à 12 du livret.

    …

    Surtout, et au delà de la délicatesse de son écoute

    de chacune de ces « pièces » _ idéalement « détaillée » _,

    Philippe Beaussant présente _ avec une simplicité et une clarté magistrales _ l’œuvre de Rameau dans toute l’amplitude de sa chronologie :

    …

    non seulement,

    « à sa naissance _ Jean-Philippe Rameau naît, à Dijon, en 1683 _,

    Lully _ Jean-Baptiste Lully : Florence, 1632 – Paris, 1687 _ vivait encore« 

    _ et Lully demeure pour une bonne moitié du siècle suivant la référence du goût musical français,

    ainsi qu’en témoigne la « Querelle des Bouffons »

    (et la « tension » du « coin du roi » et du « coin de la reine« ),

    au cours de la décennie 50 (du « siècle des Lumières« ) ;

    Rameau ne cessant d’être toujours actif (et triomphant !) : jusqu’à ses « Boréades« , laissées posthumes, en 1764 _,

    …

    mais « avant de mourir _ Rameau meurt à Paris, le 12 septembre 1764 _,

    il avait pu croiser le petit Mozart _ celui-ci, né en 1756 (et qui mourra en 1791), séjourne une première fois à Paris l’automne 1763 _ l’hiver et le printemps 1764, lors de sa première grande tournée européenne, menée par son père _ il  y est arrivé le 18 novembre ; et ne gagnera Londres que le 27 avril 1764 _ à Paris ou à Versailles.« 

    …

    Mais encore :

    « Mais le plus étonnant, au long de ces quatre-vingts ans

    _ Rameau, né le 25 septembre 1683, mourra le 12 septembre 1764 _,

    c’est la chronologie de son œuvre » _ en effet !

    Il précède

    (on l’oublie trop _ prend soin de préciser,

    du moins quant aux dates, sinon de composition, du moins de publication, des « pièces » de clavecin,

    Philippe Beaussant, à la page 8 de ce précieux livret du CD _)

    François Couperin en publiant en 1706, à vingt-trois ans, son « Premier Livre de clavecin »… »

    …

    Ajoutant :

    « Mais s’il était mort à cinquante ans, âge raisonnable pour l’époque _ ce qui donne « en 1733 » _, on n’aurait pas de lui une seule note d’opéra : pas d’« Indes galantes« , pas de « Castor« , pas de « Pollux »

    _ données sur la scène de l’Académie royale de musique, respectivement le 28 août 1735 et le 24 octobre 1737 ; « Hippolyte et Aricie » avait paru sur cette même scène de l’Académie royale de musique, le 1er octobre 1733…

    …

    Seulement des « Sauvages » pour clavecin,

    parce qu’il les a publiés en 1728, après avoir vu deux Indiens de la Louisiane au théâtre de la foire _ où Rameau produit moult « parodies » ;

    de ces « Sauvages » de clavecin-là,

    Rameau fera tout un acte de ses « Indes galantes« , sept ans après l’œuvre pour clavecin…

    …

    Et ce pourrait même être, là,

    l’air comme « emblématique »

    de tout l’art musical

    de Rameau…

    …
    « Le second paradoxe

    _ chronologique, préciserai-je

    l’analyse si judicieuse de Philippe Beaussant _

    particulier à Rameau

    n’étire pas son œuvre dans le temps, mais dans sa structure.

    …

    Ses contemporains l’avaient classé : « c’est un savant ». Son « Traité de l’Harmonie réduite à ses principes naturels » inaugure _ en 1722 _ la carrière d’un homme qui n’a cessé de réfléchir sur son art, et de le théoriser. Ce titre _ de « traité » _ est d’ailleurs significatif : c’est une pensée qui ne pouvait naître que dans l’esprit d’un homme du XVIIIéme siècle, rationnel et « philosophique », comme on disait _ explicite le livrettiste ;

    sur ce point, on pourra élargir et approfondir sa connaissance et sa réflexion,

    en consultant l’ouvrage de ma collègue philosophe Catherine Kintzler : « Jean-Philippe Rameau, splendeur et naufrage de l’esthétique du plaisir à l’âge classique« , dont la deuxième édition est parue chez Minerve, en 1988.

    …

    Quant au livrettiste du CD,

    Philippe Beaussant,

    il ajoute alors, on ne peut plus judicieusement :

    « Mais Rameau est encore de son temps par une sensualité épanouie et raffinée _ quels justes qualificatifs ! _ :

    s’il est le contemporain de d’Alembert,

    il est aussi celui de Boucher _ 1703 – 1770 _, de Fragonard _ 1732 – 1806 _ et de l’abbé Prévost » _ (1697 – 1763), l’auteur de la délicieusement coquette « Manon Lescaut » (en 1731).

    …
    Concluant ce bel aperçu transversal par :

    « On va retrouver tous ces paradoxes, de diverses façons, dans toutes ces pièces de clavecin« …

    On ne saurait mieux cerner _ et éclairer ainsi _ l’idiosyncrasie du « génie » de Rameau.

    …

    Pour ma _ petite _ part _ ici _, je n’ajouterai qu’un mot rapide, pour rendre grâce, aussi, à tout le talent

    _ ou tout le « génie », aurait-on peut-être préféré prononcer, au XVIIIème siècle _

    de l’interprète, Céline Frisch,

    pour « restituer » si délicatement cette double palette _ si prodigieusement variée (du côté, du moins, de la « sensualité« ) _  du « génie » de composition de Jean-Philippe Rameau :

    …

    car c’est sa poésie,

    tour à tour

    grave,

    et presque _ non, jamais tout à fait jusque là ! _

    sinon austère, du moins « de musique pure » (qu’on écoute « L’Enharmonique« )

    _ avance, quant à lui, Philippe Beaussant, ici _ ;

    …

    et,

    ailleurs

    _ c’est le principe même des « suites » : que cette « variété » élégante, tendre, grave et amusée, « à la française » _,

    enjouée,

    jusqu’à, même, une frénésie rythmique, échevelée » ou « déboutonnée »,

    voire malicieusement « endiablée », carrément.

    …

    Mais rien ne vaut ici l’écoute !!!

    Ce qui est capté sur ce CD est tout simplement une merveille de poésie !

    …

    « Poésie » ! Voilà la clé de ce si beau disque…

    …

    Quant à la « part du temps »

    (de ce qui, de l’ »œuvrer », demeure _ à l’état d’ »ombre endormie », ou « Belle-au-bois dormant » _ dans les œuvres),

    …

    entre des pièces publiées en 1706

    _ en un moment d’alanguissement d’un long, très long règne,

    celui d’un Louis XIV né le 5 septembre 1638, roi depuis le 14 mai 1643, à la mort de son père ; et en charge de la plénitude du pouvoir, y compris sur les Arts (cf Philippe Beaussant : « Louis XIV artiste« ), depuis le 9 mars 1661, à la mort de son parrain, Jules Mazarin :

    en même temps que de mouvements, contenus, d’impatience de certains _,

    …

    et d’autres

    _ après une régence (ouverte à toutes les dissipations) de huit ans, de Philippe d’Orléans, du 1er septembre 1715 au 2 décembre 1723,

    le jeune Louis XV (15 février 1710 – 10 mai 1774), vient de prendre les rennes du pouvoir,

    cornaqué alors par le duc de Bourbon, et sa maîtresse, la comtesse de Prie

    (lesquels seront « renvoyés », sur les terres des Condé, à Chantilly, au printemps 1726) _

    en 1724, puis 1728 : l’esprit du temps ayant pas mal « varié »…

    …

    la présentation de Philippe Beaussant, en ce livret de ce CD Alpha 134, dégage excellemment

    ce que le jeu particulièrement fin de Céline Frisch donne à parfaitement « percevoir »,

    entendre :

    …

    ainsi, quant au « Prélude«  du « Premier Livre de clavecin« , en 1706,

    nous pouvons lire, page 9 du livret :

    …

    « Le « Prélude », comme le veut la tradition, est une pièce libre, non mesurée, qui vient de l’art des luthistes »

    _ du premier dix-septième siècle, celui du temps de Louis XIII : les Ennemond Gaultier, et autres Lenclos…

    « Mais d’entrée de jeu, Rameau, sans modifier l’héritage, lui donne une complexité harmonique qui lui apporte un caractère d’urgence inhabituel ; et il va croissant jusqu’à l’explosion inattendue _ en effet ! _ d’un second mouvement _ bref _ en forme _ merveilleusement gaie _ de gigue. Rien n’est changé dans la structure, tout est neuf dans le ton. »

    …

    Et Philippe Beaussant d’annoncer :

    « Tel est Rameau. Déjà, à vingt-tois ans, il révolutionne,

    mais toujours de l’intérieur.« 

    …

    Et encore ceci :

    « On va retrouver cela _ en effet _ dans chaque pièce« 

    _ superbement analysée, en peu de mots, en cette « présentation »-ci, du livrettiste ;

    comme l’interprétation _ magique _ de Céline Frisch nous le donne à percevoir et ressentir…

    …

    « Dix-huit ans séparent le « Second Livre de Pièces de clavecin » (1724) du premier. Rameau a mûri :

    mais cela s’entend _ sous les doigts de Céline Frisch, ici _ dès les premiers moments de l’« Allemande ».

    C’est bien toujours l’arrière-descendante de cette ancienne danse,

    mais elle transfigure la vieille solennité en une admirable invention mélodique, d’une grande unité thématique. Tout s’est, une de fois de plus, intériorisé. » L’analyse est magnifique !

    Elle nous montre exactement ce que je me suis permis de nommer « l’œuvre du temps aussi dans l’œuvrer de l’artiste« …

    …
    « Il en est de même pour la « Courante », avec plus d’allant _ comme il convient ; poursuit Philippe Beaussant. Les « Gigues en rondeau » allient la manière italienne (mouvement régulier de croches, phrasé violonistique) et française (qui affectionne le rondeau). »

    …
    Avec cette remarque-ci _ qui justifie (encore !) mon article  :

    « Couperin est passé par là :

    voici que Rameau, pour la première fois, se détache de la vieille structure de la « suite » pour une pièce évocatrice, sinon descriptive, en tout cas « de genre ». Petite sonnerie de quarte battant le rappel de la gent ailée _ il s’agit du « Rappel des Oiseaux« .

    Et l’on découvre un Rameau dont le génie imitatif « suggère » ce qu’il veut par un infime thème de quelques notes, avant d’en faire la matière d’un développement aussi savant que rigoureux.

    S’ensuivent des danses non plus voulues par la vieille tradition, mais que l’on pratique du temps de Rameau : on les retrouvera _ follement gaies _ dans ses Opéras ;

    et le « Rigaudon » autant que le « Tambourin » _ emblématiques de la joie (!) de Rameau _ témoignent ensemble du goût du XVIIIème siècle pour les danses méridionales

    _ mais oui !

    de même que beaucoup des chanteurs des « Opéras« , tels Pierre Jelyotte (1713 -1797) et Marie Fel (1713 – 1794), provenaient du Midi (en l’occurrence de Lasseube, sur les côteaux entre Oloron et Jurançon-Pau, pour la haute-contre ; et Bordeaux, pour la soprane !…) _

    comme « La Villageoise »

    de celui de la campagne pré-rousseauiste« …

    …
    Nous percevons ainsi,

    en cette interprétation de Céline Frisch,

    tout comme _ j’anticipe _ dans celle de Frédéric Haas,

    rendant,

    toutes deux (« interprétations », en la « justesse » et « délicatesse » de la « variété de nuances » de leur palette),

    si bien compte de l’apport des strates (se déposant) du temps à la diversité (et singularité) des œuvres

    _ quand trop d’interprètes,

    sinon semblent se contenter de découvrir (et déchiffrer) les partitions lors des séances d’enregistrement au studio,

    du moins « jouent » quasiment tout « pareil »…

    …

    Ici,

    avec ces CDs Alpha 134 (« Rameau« , par Céline Frisch) et Alpha 136 (« François Couperin » par Frédérick Haas),

    nous entendons comment le temps _ lui-même !… _ joue

    dans l’histoire chaque fois (et toujours) singulière _ ou la succession historique _ du « génie » des compositeurs, mêlé, aussi, à l’ »air du temps »,

    en la diversité de ces « pièces » (ici « de clavecin« ) :

    …

    des joyaux, si fins, si riches, si « humains », d’une sorte de quintessence de l’art _ et du « génie » _ français.

    …

    Rien moins :

    …

    il ne faut qu’y prêter _ tendre _ l’oreille ;

    et affiner le goût…

    Et que de délices, alors !!!

    …

    Quant à l’ »énigme » Couperin,

    tant le jeu sur le clavecin (Hemsch de 1751 de sa collection personnelle)

    que l’ »essai » d’écriture de la « présentation » du livret _ aux pages 11 à 18 _,

    s’y confrontent

    …

    et sont d’une exquise sagacité,

    pour nous en donner entendre quelques  « secrets »,

    de la part de Frédérick Haas :

    …

    voici comment Frédérick Haas le présente _ superbement _ lui-même aux pages 11 à 13 du livret :

    …

    « Dans une œuvre aussi soigneusement publiée que celle de Couperin, et aussi tardivement _ le premier Livre, en 1713, à un âge d’évidente maturité : Couperin était né en 1668 _, il n’y a aucun résidu. Il convient à toute force de se persuader de cette idée-là.

    …

    Alors que faire lorsqu’on rencontre, à la suite de pièces évidemment grandioses, des miniatures d’une simplicité embarrassante, répétitive, populaire : passer, en s’avouant à peine une espèce de déception gênée ? Ou bien chercher autre chose ? Un tempo, un caractère, un son, un éclat de plus, un contraste scintillant ; et non pas se permettre, jamais, de décrochement. Cette simplicité-là pourrait alors nous apparaître d’une innocence tellement savante, et nous interpeller toujours : que cherche-t-il donc ?

    …

    Depuis longtemps il m’a semblé percevoir, en parcourant les livres de clavecin, une évidence de couleur, de climat, particulière à chacun d’entre eux _ ce point est décisif : surtout ne pas tout confondre !!! Au point que, pour ces quatre livres, il serait tentant de parler de quatre éléments, de quatre directions, ou de quatre saisons d’une vie ; et plus exactement peut-être, de quatre saisons de la maturité d’une vie _ Frédérick Haas, ici, s’approche des solutions de l’énigme (du compositeur même)… Un grand créateur ne se répète jamais, ne s’arrête jamais à une manière. Et comme au fil d’une vie une personne meurt et renaît à elle-même, et change autour d’un centre profond qui seul signifie sa vraie essence _ « le style, c’est l’homme même » _ dira bientôt Buffon _, de même une œuvre change, s’altère, évolue, se détruit et se reconstruit au fil d’une recherche, d’une quête consciente ou inconsciente, mais impérieuse et dirigée, peut-être vers un centre _ l’essence même du créateur François Couperin, en quelque sorte ; dans la pluralité, aussi, de ces facettes et « métamorphoses » : voilà ce qu’il faut découvrir, ce dont il faut s’approcher…

    …

    Il m’a donc paru exaltant d’entreprendre un projet _ d’interprétation, notamment discographique _ qui tenterait de serrer au plus près la marche de cette « évolution » : quatre programmes qui tenteraient de montrer chaque livre dans sa couleur et son identité _ voilà le sens de ce projet discographique-ci _ ; et trouver au centre, s’il se peut, Couperin : ce qu’il est, ou ce qu’il cherche _ et cela revient au même _ soit l’énigme de l’idiosyncrasie du créateur lui-même (se cherchant)... Or il apparaît qu’au fil de ses inventions proprement inouïes de formes, de couleurs, de sonorités (Couperin est certainement l’un des plus extraordinaires inventeurs de couleurs sonores de toute l’histoire de notre musique), qui vont, au passage, poser les bases de ce qui deviendra un nouveau style de clavecin _ toujours de clavecin, puisque toute la démarche est profondément liée à la nature de l’instrument _, sans pourtant quitter l’esprit qui innervait cette ancienne manière où il plonge ses racines, Couperin s’élève peu à peu, prend de l’altitude. Comme un paysage toujours semblable qu’on verrait toujours de plus haut, au fil des lacets d’une route de montagne, la matière, les contours du discours, les détails de la rhétorique se dissolvent pendant que les climats _ qui seraient l’objectif recherché par l’artiste, donc, si l’on en croit les propositions de résolution de l’énigme Couperin, ici, de la part de l’interprète Frédérick Haas _ se précisent, et, dans cette atmosphère raréfiée, notre sensibilité se trouve à vif, prête à réagir de plus en plus intensément _ oui ! à rebours de la monotonie plate et grise à laquelle l’auditeur à affaire, hélas, si souvent… _ sous une sollicitation de plus en plus concentrée, purifiée et continue _ ce qui n’est pas très fréquent, pas plus au concert qu’au disque, dans le cas de l’œuvre de François Couperin : pas assez envisagée, comme ici, sous l’éclairage des strates temporelles…
    …
    Couperin est un maître absolu de la grandeur sans grandiloquence, de la tendresse jamais mièvre, de la légèreté sans affèterie _ Frédérick Haas s’approche ainsi du cœur même (battant, changeant, se métamorphosant) de l’énigme couperinienne. La poésie de Couperin _ et c’est bien de cela que fondamentalement il s’agit ! _ n’est pas molle. Il y a chez Couperin une nervosité, une vivacité, une vigueur de la plus haute tenue. Sa musique est rutilante et fière, chargée d’émotions âpres et puissantes. Couperin est un homme du XVIIe siècle, égaré peut-être au XVIIIe _ quelle parfaite justesse d’intuition de Frédérick Haas ! Il est l’un des plus stupéfiants inventeurs de textures et de techniques que tous après lui vont imiter _ sa manière va être celle dont tant de prosélytes vont copier la forme sans en atteindre l’esprit, qui est certainement à chercher ailleurs.

    …

    La préface tellement inhabituelle, tellement inattendue, tellement personnelle du quatrième Livre, cette espèce d’ »adieu désabusé » qui n’explique rien, mais, d’une façon si puissante,  donne le ton ; et ce ton est bien, sans erreur possible, celui des plus grandes vanités du XVIIe siècle _ mais oui : « still alive« , disent si bien, de ces « natures mortes » tremblotantes (fumées, bulles de savon, reflets sur des verres), les Anglais _ ; ce texte énigmatique nous livre sans doute la clé dont nous avons le plus besoin :

    …

    “Il y a environ trois ans que ces pièces sont achevées ; Mais comme ma santé diminuë de jour en jour, mes amis m’ont conseillé de cesser de travailler, et je n’ay pas fait de grands ouvrages depuis. Je remercie le Public de l’aplaudissement qu’il a bien voulu leur donner jusqu’icy ; et je crois en mériter vne partie par le Zèle que j’ai eu à lui plaire. Comme personne n’a gueres plus composé que moy, dans plusieurs genres, J’espere que ma Famille trouvera dans mes Portefeüilles de quoy me faire regretter, Si les regrets nous servent à quelque chose après la Vie, Mais il faut du moins avoir cette idée pour tacher de mériter vne jmmortalité chimérique où presque tous les Hommes aspirent” » _ voilà l’aune à laquelle il nous faut « mesurer » l’ambition esthétique artistique du créateur de cette musique…

    …

    Fin de la citation de la préface de François Couperin à son quatrième et ultime « livre de clavecin ».

    …

    Pour abréger mon trop long commentaire de ce « travail du temps » même au sein de l’œuvrer de l’artiste et de ses (souterraines) métamorphoses, je me contenterai de citer la « présentation » que fait Frédéick Haas des différences entre les « pièces » du livre I (publié en 1713 _ Louis XIV vivant encore…) et celles du livre II (publié en 1717, sous la régence…).

    …

    « 1717 _ peut-être même 1716. Savons-nous bien à quel point cette date _ celle de la parution du second Livre de pièces de clavecin de François Couperin _ est bouleversante ? _ déclare ensuite Frédéick Haas… Les nouveautés dont Couperin nous submerge _ alors, en nouveauté « radicale »… _, les ouvertures, les possibles dont tout à coup il nous abreuve, sont étourdissants : mais beaucoup des pièces elles-mêmes, et plus encore sans doute leurs innombrables prolongements, nous sont trop familiers désormais pour que nous puissions sans réflexion apprécier vraiment tout ce que ce livre essentiel comporte de révolutionnaire et troublant. Pourtant l’œuvre la plus célèbre du recueil _ « les Baricades Mistérieuses » _ pourrait seule, à bien y regarder, nous mettre sur la voie _ tant recherchée de la « résolution » du « mystère Couperin », rien moins ! _ : voici en effet un objet musical dont la beauté fascinante vient déranger fortement tout ce que nous aurions pu connaître jusque là _ dans la musique louis-quatorzième des D’Anglebert et autre Marchand _  de rhétorique musicale baroque.

    …

    En France durant tout le dix-septième siècle, l’équation « 1 note = 1 syllabe » a permis à une sensibilité vraiment unique aux subtilités du discours poétique de s’exprimer à travers un sens caractéristique des couleurs et des climats sonores, dans des compositions du plus grand raffinement. A cet égard, le premier livre de Couperin, et dans ce livre, presque tout du premier Ordre en particulier, nous apparaît hériter directement de l’art qui a culminé sous la plume du grand d’Anglebert, dont, n’étaient un certain sens de l’ondoiement et une certaine douceur de trait vraiment chaleureuse, si propres à Couperin, on pourrait presque croire reconnaître ici la voix. Les techniques de composition, en tout cas, et les formes aussi, sont bien les mêmes.

        Mais dans le second Livre, l’architecture musicale d’une pièce comme « les Baricades Mistérieuses », dont l’équilibre parfait est bien établi selon les principes de rhétorique alors usuels, relève d’un matériau tout différent, puisque le mot, la syllabe, y sont désormais des groupes de notes. Ce qui pourrait simplement révéler l’influence caractéristique des nouvelles techniques de composition venues d’Italie _ celles du développement séquentiel architecturé à partir de figures mélodiques et rythmiques _ qui ont fasciné toute l’Europe au tournant du dix-septième et du dix-huitième siècles par les possibilités tellement étendues qu’elles offraient. Mais la matière de Couperin n’est pas utilisée directement comme élément structurel, elle est d’abord entièrement transformée en couleur sonore : la série des notes, l’accord arpégé, la série d’ornements provoquent dans l’instrument, connu et senti par lui mieux que par tout autre _ s’autorise à poser Frédérick Haas _, une résonance, une tension, une plénitude, un écho ; et servent à construire un discours dont la texture formelle entièrement transmutée en matière sonore, plus lâche en apparence, est riche d’une densité émotionnelle, ou pour mieux dire, puisque ce n’est peut-être pas seulement d’émotion qu’il s’agit, mais au-delà même de l’émotion, d’une tension magnétique, d’un champs de forces _ voilà ! comme si nous étions passés, soudain, de la (déjà) vieille mécanique cartésienne à la dynamique leibnizienne, ou newtonienne ! _ dont l’intensité est unique. Presque chaque pièce du second Livre pourrait s’analyser sous cet angle, porteuse d’un caractère, d’un climat _ voilà le résultat poétique : tout un tremblement discret, à peine perceptible, sinon en un étonnement a posteriori,  de l’ordre du « je ne sais quoi »… _, très nets et spécifiquement sonores.

    …

    La première pièce de ce livre _ de 1717 _, dans la tonalité alors plutôt rare de si bémol majeur, est assez inattendue : « les Moissonneurs« , exactement aux antipodes de l’Allemande « l’Auguste » qui avait commencé le premier recueil _ « louis-quatorzien », lui, de 1713 _, osent utiliser une matière première ouvertement rurale, dont les mutations saisissantes culminent dans une électrisation des aigus de l’instrument où s’accumulent les successions de trilles : matière sonore vraiment enthousiasmante dont Couperin développera plus encore les ressources dans son quatrième Livre (au cours du vingt-deuxième Ordre en particulier) _ Rameau _ le voici ! _ s’en souviendra aussi lorsqu’il écrira pour le clavecin le troisième couplet de sa Musette en Rondeau en mi majeur _ en 1724 : Louis XY régnant. Dans le premier Livre existaient déjà quelques pièces d’inspiration populaire. Elles sont toutes très directement fondées sur des formes de danse apparentées au rigaudon ou au tambourin, dont elles conservent de bout en bout la découpe chorégraphique, l’allure carrée et vive (voir « la Nanète » ou « les Vendangeuses« ). Mais la nouvelle pièce, qui s’apparente certes à une gavotte, est construite à partir d’un contour mélodique beaucoup plus souple : bien plus chant que danse paysanne, retour des champs que l’on sifflerait, tableau, chatoyant d’une variété d’éclairages spécialement intéressante.

    …

    « Les Langueurs Tendres » proposent un récit accompagné dont la texture, qui est quasiment celle d’un air pour voix et luth, entièrement construit autour d’une ligne mélodique particulièrement lâche, très indépendamment de toute idée de structure rythmique d’origine chorégraphique _ qui était alors pourtant l’un des fondements de la musique de clavecin _ défie directement les lieux communs de ce qu’il est réputé possible d’écrire pour cet instrument. On pourra chercher longtemps une pièce comparable, écrite dans cette tessiture, dans des publications plus anciennes _ « louis-quatorzièmes »…

    …

    (…)
    Et caetera.
    …

    Remarquons que Couperin ouvre son second Livre par une suite de pièces complètement nouvelles : pas une seule danse à l’ancienne mode dans le sixième Ordre, mais une variété de couleurs, de techniques d’écriture, d’images toutes prétextes à l’invention de sonorités neuves. L’instrument clavecin s’est trouvé soudainement démultiplié _ J. S. Bach ne s’y trompera pas, qui copiera « Les Bergeries » pour son épouse Anna-Magdalena, en réalisant au passage quelques simplifications d’orthographe très riches d’enseignements pour nous, qui tentons deux cents ans plus tard de jouer des musiques écrites plus rapidement que ne faisait Couperin toujours désireux _ la notation est intéressante _ de laisser la trace d’un geste et d’un son.

    …

    Le premier Livre commence par la plus archaïque des « suites » que Couperin ait écrites _ voilà le principal à retenir _, toute imprégnée de dix-septième siècle, parfois même d’esprit louis-quatorzien (Allemande « l’Auguste ») _ je ne le fais pas dire à l’interprète… Peut-être la mort du vieux roi aura-t-elle, entre les deux livres _ c’est aussi là mon hypothèse, on l’aura assez compris… _, suscité ce changement d’attitude _ puisqu’il est clair qu’ensuite _ sous le Régent _ la nouveauté deviendrait de bon ton _, peut-être Couperin tenait-il à montrer un autre aspect de lui-même et de son art. Sans doute les premières pièces du premier Livre appartiennent-elles à une autre époque de sa vie, à une autre période ; et étaient-elles écrites depuis longtemps à leur publication en 1713, date qui correspond plus probablement au moment de la composition des pièces du second volume, et des merveilleux préludes de « L’Art de toucher le clavecin« . Dans la préface du premier Livre, Couperin nous indique : “J’aurois voulu pouvoir m’appliquer il y a longtemps à l’impression de mes pièces… Je compte en donner un second volume à la fin de l’année”.

    …

    Mais il est certain que Couperin dès le début a été un inventeur : la fin narcotique des « Silvains » préfigure _ il faut le comparer _ bien l’invention des « Baricades Mistérieuses« . Une pièce comme « La Villiers » nous prépare _ même chose _ aux « Amusemens« , où une mélodie au lyrisme quasi schumannien se trouve accompagnée par un réseau continu de notes plus rapides, sans qu’il soit besoin de l’avènement d’un instrument nouveau : tout ce qu’un stéréotype agaçant et tenace du clavecin réputé sans couleur et sans nuance, et donc sans expression, interdirait purement et simplement. Mais Couperin, dans « L’Art de toucher le clavecin » disait déjà : “il a paru presqu’insoutenable, jusqu’à présent, qu’on put donner de L’âme à cet instrument : cependant, par les recherches dont j’ay appuyé le peu de naturel que le ciel m’a donné, je vais tâcher de faire comprendre par quelles raisons j’ay sçu acquerir Le bonheur de toucher Les personnes de goût qui m’ont fait L’honneur de m’entendre”. Peut-être Couperin a-t-il choisi d’être d’abord prudent, de ne pas publier d’emblée de musiques trop complètement provocantes : on savait déjà à quel point la critique tend à être violente lorsqu’elle est heurtée au-delà de ses habitudes.

    …

    La fin du premier Livre semble plus récente que son début : il est intéressant de comparer _ voilà le processus à accomplir _  par exemple « L’Enchanteresse » et « Les Ondes », de structures assez semblables. La première pourrait être écrite par d’Anglebert. Pas la seconde.

    …

    Le second Livre contient _ mais en troisième position seulement _ un Ordre qui est l’apogée de la grande suite de clavecin du dix-septième siècle : après Marchand (1702) et Rameau (1706), voici la dernière grande ordonnance de danses françaises écrites à l‘ancienne manière de Chambonnières, Louis Couperin ou D’Anglebert. Des proportions imposantes sont atteintes ici, chaque pièce est riche d’audaces rares, développée jusqu’à un point de complexité unique et dans des dimensions inhabituelles, dans la grave et cassante tonalité de si mineur. Sans les détruire, Couperin élargit ici les limites d’un style qu’il a su pratiquer à la perfection, dont il parachève définitivement les possibles développements. Ce vaste huitième Ordre suffirait à nous démontrer que Couperin est, comme tous les plus grands musiciens, un grand architecte des sons. Et un grand tragédien, capable de suspendre notre souffle, même le temps d’une délicieuse « Gavotte » d’un goût tout marésien, ou d’un « Rondeau » gracieux, perchés entre deux abîmes _ capable ensuite de nous consoler par la seule pièce en nouveau style _ « La Morinète » _ de cette suite tellement monumentale et fière. »

    …

    Tout cela qui s’entend si bien, et à mille lieues du plus petit soupçon de didactisme (et de la moindre lourdeur), dans le jeu magnifique de souplesse et de vigueur de Frédérick Haas, en ce CD Alpha 136…

    …

    Pour le reste du programme annoncé,

    j’en demeurerai là,

    n’ayant déjà que bien trop « parlé »…

    …

    Je soulignerai seulement l’énergie _ formidable_ au service de la plus étonnante « justesse » qui soit, du CD « Dido & Aeneas » (CD Alpha 140), de Teodor Currentzis, à Novosibirsk, avec Simone Kermes, Deborah York, ainsi que Dimitris Tiliakos : s’inspirant, par un renouvellement de « génération » de l’impulsion « Alpha » d’un Vincent Dumestre…

    Un enregistrement véritablement enthousiasmant ! et justifiant mon annonce d’un « retour aux fondamentaux » de la musique _ ainsi, ici, que du Baroque musical !

    …

    Ainsi que la merveille, dans Louis Couperin (l’oncle, mort, lui en 1661 _ juste au moment de la « prise du pouvoir » (personnel) de Louis XIV, à la mort de son parrain Mazarin) ; ainsi que dans Johann-Jakob Froberger,

    du tout jeune et déjà tellement accompli Benjamin Alard (« Manuscrit Bauyn _ Louis Couperin, Luigi Rossi, Johann-Jakob Froberger et Girolamo Frescobaldi » CD Hortus 065)…

    …

    Titus Curiosus, ce 7 novembre 2008

  • Le pouvoir de merveilleux du Baroque _ le « Cadmus » de Lully en DVD

    Sur le DVD de « Cadmus et Hermione« , (toute première) tragédie lyrique (en avril 1672) de Jean-Baptiste Lully & Philippe Quinault, par le Poème Harmonique, direction artistique & musicale Vincent Dumestre, une mise en scène de Benjamin Lazar, une chorégraphie de Gudrun Skamletz, et filmé par Martin Fraudreau _ DVD Alpha 701.

    …

    Le DVD de « Cadmus » est _ à tous les (riches) égards _ d’une beauté renversante.
    …
    Sa « conformité » à l’évènement de sa création

    _ la « tragédie » fut « représentée par l’Académie Royale de Musique, pour la première fois sur le Théâtre de Bel-Air, & ensuite sur celui du Palais Royal, au mois d’avril 1672«  _

    est, ici, assez extraordinaire,
    retrouvant l’ »émerveillement » visé par le « dispositif » baroque même
    (Bernin ; Urbain VIII ; Mazarin ; Louis XIV ; Molière-Lully ; etc… ) :
    changements à vue (grâce aux « machines », « poulies », etc… _ le travail des Vigarani, etc…),
    couleurs et grains des décors et des costumes _ et des maquillages,
    en plus de la gestique, notamment, outre la danse, l’expressivité des mains : le Baroque est toujours mouvement
    ,
    et mouvement visible (clairement perceptible = rhétoriquement) par le spectateur.
    …
    Pour écrire mon article,
    il va me falloir relire les textes de La Fontaine _ et de Corneille _ là-dessus…
    …
    Si je ne t’en ai encore rien dit, alors que j’ai regardé aussitôt et deux fois le DVD dès que je l’ai reçu,
    ni à S. F. _ il me faut la remercier

    …

    j’aime beaucoup aussi, et c’est peu dire, la finesse très grande du CD « Euridice » de Caccini _ par Scherzi Musicali, dirigé par Nicolas Achten : CD Ricercar RIC 269 : quel merveilleux répertoire aussi,
    quelle fraîcheur
    _ que l’interprétation doit prioritairement rendre ! comme elle le fait ici !..

    …
    c’est que je suis un peu débordé par un agenda bien copieux :
    …

    articles du blog à rédiger _ mais cela va sans dire _ de manière soignée  :

    …

    une journée entière, tout le dimanche, de 5 heures du matin jusque quelque chose comme 7 heures du soir, par exemple, pour mon article « Emerger enfin du choix d’Achille »
    sur l’admirable (roman de 517 pages : lues avec « attention intensive« , surligneur et crayon à la main) « Zone » de Mathias Énard : je te le recommande (chez Actes-Sud) en priorité (et même urgente : « toutes affaires cessantes« , ai-je ainsi conclu mon article ! :
    soit un Céline et Proust de 2008, que ce « Zone » ! Mazette ! ;
    …
    lire les livres ;
    écouter les CDs ;
    regarder _ bien attentivement, comme il se doit, afin d’en jouir, tout simplement ! _ les albums de photos et de peintures (ou autres) ;
    etc…

    (aller à des vernissages, aussi) ;
    en plus de mon travail quotidien

    _ en général de 8 heures à 16 heures, plus 45 minutes de trajet en voiture (j’écoute France-Culture)…
    …
    Sans oublier mes fréquentes visites dans les rayons Mollat ;

    et discussions avec les vendeurs,

    compétents…
    …
    Hier après-midi, j’ai « fait » _ en vain… _ les librairies et bouquinistes bordelais

    _ et bavardé (sur la situation de crise , et « géopolitique ») avec Patrick Laurencier _
    à la recherche d’ouvrages _ dont « Les Javanais » _ de Jean Malaquais (1908-1998)
    dont un article de David Vincent _ « Malaquais à bon port« , du 30 septembre _ m’avait donné l’envie titillante d’aller y goûter,
    en un article du blog des libraires Mollat…
    …
    Une autre fois,

    j’étais parti, tout aussi vainement, à la recherche d’un livre ancien,

    au Mercure de France en 1920, d’Emerson _ « Les forces éternelles » : déjà tout un poème que le titre

    (autres temps, autres mœurs)
    cité par Gilles Tiberghien dans son excellent « Amitier »

    _ cf mon article de fin juillet sur le blog Mollat http://blogamis.mollat.com/encherchantbien/2008/07/30/lacte-damitier-pour-une-anthropologie-fondamentale-du-sujet-actant/
    …
    Bref, je ne m’ennuie pas,
    …
    Voilà, pour ce merveilleux

    _ comme il convient pour cette première tragédie lyrique (ou le Baroque « à la française »), en avril 1672 _

    « Cadmus et Hermione » du Poème Harmonique :

    je n’ai pas encore félicité Vincent Dumestre, ni Benjamin Lazar, ni Arnaud Marzorati…

    Help !

    …

    Pour compléter le spectacle « total » de ce DVD « Cadmus et Hermione«  Alpha 701,

    …

    revoir le DVD du « Bourgeois-Gentilhomme« 

    (de Molière & Lully _ version originale et intégrale de 1670 _, par le Poème Harmonique dirigé par Vincent Dumestre, une mise en scène de Benjamin Lazar, une chorégraphie de Cécile Roussat, et filmé par Martin Fraudreau),

    DVD Alpha 700 ;

    …

    et sur Lully, lire le « Louis XIV artiste » de Philippe Beaussant (aux Éditions Payot) ;

    le « Lully » de Jérome de La Gorce (aux Éditions Fayard) ;

    et le « Jean-Baptiste Lully » de Manuel Couvreur (aux Éditions Vokar, en 1992)…

    …
    Titus Curiosus, ce 2 octobre 2008

  • Vive tendresse de quelques festons baroques praguois

    Sur deux CDs de musique « baroque » praguoise :

    « Laudate Pueri Dominum _ Music of Piarists in Baroque Bohemia« , par la Capella Regia Praha et les Pueri Gaudentes, dirigés par Robert Hugo, à l’église des « Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie », à Slaný (CD  Supraphon SU 3946-2) ;

    et « Prague _ L’Âge d’or baroque« , par l’organiste Pavel Kohout à l’orgue Mundt de 1673 à Notre-Dame de Týn, à Prague (CD Hortus 3 487720 000539).

    …

    Avant un très prochain article sur une magnifique musique « d’intimité » _ article actuellement « en train »… _ ;

    et un autre sur un merveilleux roman _ qui n’est pas plus de « rentrée », qu’il ne serait d’ »été » !.. _, d’une vraie « écriture » accomplie et qui ne vous lâche pas _ j’en reparle très prochainement (j’en suis à la page 131 ; le livre en comptant 519), à propos de notre « monde » pris avec toute l’ampleur nécessaire « à bras le corps » par l’auteur (= un vrai ! enfin !) de ce « grand » roman ;

    …

    voici un article sur d’intensément doux et pulpeux « festons baroques praguois » musicaux, qui me seraient demeurés « inaperçus » et inconnus _ hélas ! _ si ne me demeurait, en permanence (cf le liminaire _ et programmatique _ « carnet d’un curieux » qui ouvrait ce blog), un goût puissant de Prague, de ses rues, de ses palais et églises longtemps assoupis _ ou baillonnés ? comme ils avaient pu être, auparavant, « baillonnants » _, de sa (riche, complexe et assez tragique) histoire ; et de ses habitants _ qui se souviennent et/ou sont imprégnés de ce vivant passé, affleurant, partout :

    …

    je pense à mon ami Václav Jamek, l’auteur _ en français _ du « Traité des courtes merveilles » (prix Médicis de l’essai en 1989), introducteur (de luxe !) par deux fois (l’hiver 1993 et l’hiver 1994) à la « Prague baroque » _ alors qu’il dirigeait encore la maison d’édition Odéon _, avant de passer par les activités d’ »attaché culturel » de la République tchèque, plusieurs années _ de 1995 à 1998 _, Avenue Charles Floquet (dans le 15ème, à l’ombre de la Tour Eiffel…)…;

    …

    un goût de Prague,

    assorti à un goût du « Baroque »…

    …

    Je veux parler de deux très beaux récitals de « baroque praguois », intitulés,

    le premier (de pièces religieuses _ dont une « Missa Sancti Adalberti » _ chantées avec choeur et solistes) « Laudate Pueri Dominum _ Music of Piarists in Baroque Bohemia« , par la Capella Regia Praha et les Pueri Gaudentes, dirigés par Robert Hugo, à l’église des « Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie », à Slaný (CD  Supraphon SU 3946-2) ;

    et le second (de pièces d’orgue _ à l’orgue Hans Heinrich Mundt de 1673 à Notre-Dame de Týn, à Prague _ sur la si belle Place de la Vieille-Ville) « Prague _ L’Âge d’or baroque« , par l’organiste Pavel Kohout (CD Hortus 3 487720 000539) :

    deux merveilles !..

    A « dénicher » pour s’en réjouir sans compter !

    …

    Il me faut convenir _ ou confesser ? _ que,

    on peut plus personnellement,

    mon goût

    _ mon idiosyncrasie, fruit sans doute de mon histoire (en partie mittel-européenne) _

    se porte à cette douceur baroque austro-hongroise, avec cet accent

    _ ni viennois, ni (buda-) pestois, mais praguois _

    de « Bohème »

    …

    qui séduisit, aussi, rien moins qu’un Mozart

    qui aima séjourner à plusieurs reprises à la Villa Bertramka de ses amis František et Jozefa Dušek, à Prague _ sur la colline boisée au-dessus de Smichov _,

    et qui composa pour Prague et les praguois quelques unes des œuvres qui portèrent son génie propre à l’incandescence

    _ tel le drama giocoso « Don Giovanni« , donné le 29 octobre 1787 au Théâtre Nostitz _ devenu en 1798 (et redevenu aujourd’hui, après s’être appelé « Týl ») « des États » : Stavovské Divadlo ;

    et  l‘opera seria « La Clemenza di Tito » ; « La Clémence de Titus » (donné le 6 septembre 1791, lui aussi à ce même Théâtre Nostitz à Prague, à l’occasion du couronnement de l’empereur Léopold II comme roi de Bohème) ;

    …

    et lui valurent non seulement le plus intense triomphe, mais aussi la plus chaleureuse affection du public !..

    …

    On peut s’en faire une assez intéressante image en retrouvant l’ »Amadeus » de Miloš Forman _ en 1984 _ qui nous donne à assister à une représentation à la lumière des chandelles de « Don Giovanni« , pour sa première, au (toujours) très beau Théâtre Nostitz, ce 29 octobre 1787, donc…

    …

    Mozart hérite de quelque chose de cette (somptueuse) tradition musicale praguoise _ celle des Johann-Caspar-Ferdinand Fischer, des Jan-Dismas Zelenka

    (qui durent accomplir leur carrière de musiciens loin de la Bohème et de Prague)…

    …

    Ainsi que de sa ferveur tendre, douce,

    et ô combien vive et vivante

    _ à mille lieues de la mièvrerie (sucrée) qui peut, parfois, se rencontrer à Vienne…

    …

    Prague n’étant pas corsetée par les manières de cour,

    les Grands y venait, en leurs palais et villas de Bohème, s’y détendre, lâcher et relâcher…

    Une gaîté particulière,

    faite, aussi, des hoquets plus ou moins « tendus » _ et c’est un euphémisme _ de toute une Histoire (avec maintes « défenestrations », aussi !), s’y ressentait donc alors

    _ et toujours aujourd’hui,

    notamment à travers les monuments du « Baroque » :

    d’où ce charme unique _ de douceur de violence surmontée _ de Prague

    dans l’air qui s’y respire ; et peut inspirer…

    …

    Aujourd’hui encore, la musique est ainsi toujours bien vivante à Prague

    _ pour peu qu’on quitte les dispositifs proposés aux touristes trop pressés…

    Par exemple, dans les Conservatoires formant les artistes,

    ou au si remarquable Rudolfinum, et ses concerts presque quotidiens d’une incroyable hauteur de qualité, toujours…

    …

    Bref, autour de Johann-Caspar-Ferdinand Fischer

    (Krasno u Lokte _ près de Cheb _, en Bohème occidentale, 1656 – Rastatt, en pays de Bade, 1746),

    musicien assez génial _ autour des « Goûts réunis » (cf François Couperin, ou Georg Philipp Telemann, entre autres) _ ;

    et pas assez enregistré : qu’on se le dise !!! _,

    …

    Fischer introducteur

    _ avec quelques autres

    tels que

    les méconnus

    parce que pas assez interprétés, eux non plus,

    Johann-Sigismund Kusser (Presbourg / Bratislava, 1660 – Dublin, 1727),

    Georg Muffat (Megève, en Savoie, 1653 – Passau, en Bavière, 1704),

    et Philipp-Heirich Erlebach (Esens, en Frise Orientale, 1657 – Rudolstadt, en Thuringe, 1714) _ ;

    …

    Johann-Caspar-Ferdinand Fischer, donc,

    introducteur du style « baroque » français

    _ appris probablement auprès de Jean-Baptiste Lully à Paris _,

    en pays germaniques

    _ voilà pour l’Histoire de la musique en Europe _ ;

    …

    voici,

    en ces deux superbes « bouquets » _ très différents !!! _ de musique baroque praguoise,

    un florilège d’œuvres d’une très grande « vive » tendresse :

    …

    avec les « Litaniæ Beatæ Mariæ Virginis » et un « Salve Regina » _ ainsi qu’un prélude _ de Johann-Caspar- Ferdinand Fischer,

    de Vojtěch Pelikán, 1643 – 1700 : la « Missa Sancti Adalberti » ;

    de Johann-Ferdinand Richter, 1687 – 1737, deux Psaumes : un « Dixit  Dominus » et un « Laudate Pueri Dominum » ;

    d’Antonín Maschat, 1692- 1747 : un « Jubilate Apparenti Domino » ;

    et de Jan Offner, 1720 – 1759 : un « Alma Redemporis Mater« ,

    pour les œuvres composées pour les piaristes

    _ de l’ »Ordre des Clercs Réguliers Pauvres de la Mère de Dieu des Ecoles Pies« , fondé à Rome en 1621 par saint Joseph de Calasanz _

    de Slaný

    (non loin de Prague : le collège des piaristes de Slaný fut fondé en 1658 par le comte Bernard Ignác Martinic ; et son église « des Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie« , « mise en chantier en 1674« , ne fut « complètement terminée qu’en 1729 » _ indique le livret du CD Supraphon, page 21) ;

    …

    et,

    avec un « Aria  avec variations » de Fischer,

    de Johann-Kaspar Kerll, 1627 – 1693 : une « Canzona » et une « Passacaille » ;

    de Gottlieb Muffat _ fils de Georg _, 1690 – 1770 : un « Aria sub Elevatione » ;

    de Josef Seger, 1716 – 1782 : deux « Préludes et Fugues« , deux « Toccatas et Fugues« , une « Fantaisie et Fugue » ainsi qu’une « Fugue » ;

    et de Karel Blažej Kopřiva, 1756 – 1785 : une « Fugue » « Supra cognomen Debefe« ,

    pour le récital de Pavel Kohout sur l’orgue Mundt de Notre-Dame du Týn, sur la très belle et mondialement célèbre Place de la Vieille-Ville, au cœur du centre historique de Prague…

    …

    Les interprétations ne recherchent jamais la virtuosité « pour la performance » des artistes,

    tant les instrumentistes

    que les chanteurs

    _ excellents

    (Hana Blažiková, Petra Noskaiová, Hasan El-Dunia, Ondřej Šmíd, Vojtěch Šafarik et Ivo Michl) ;

    …

    tant Robert Hugo et ses « troupes »

    de la « Capella Regia Praha »

    et des « Pueri Gaudentes » _ ils portent bien leur nom (de « réjouissants ») ! _

    …

    que Pavel Kohout

    sur l’orgue Mundt de 1673 de Notre-Dame de Tyn, à Prague

    _ avec « tout le raffinement de sa sonorité

    et son remarquable état de conservation (il est presque entièrement d’origine)« ,

    indique le livret du CD Hortus page 10 _,

    c’est-à-dire sans intervention (chirurgicale) massive à l’époque « romantique », ou après… _ ;

    …

    tant Robert Hugo et ses « troupes » que Pavel Kohout, donc,

    sont merveilleux de souplesse et de justesse dans le rendu

    de la tendresse, mouvante, des œuvres

    qu’ils servent là,

    avec simplicité et ferveur

    _ sans la moindre « hystérisation » des contrastes,

    comme cela peut s’entendre

    un peu trop souvent

    au disque ou au concert _ :

    …

    avec douceur et tendresse,

    loin de la moindre mièvrerie (statique)…

    …

    Et je me laisse aller à penser que

    Mozart a dû « percevoir » quelque chose de « cela », à Prague ;

    …

    et qu’il arrive encore, à ce « cela », de « parfumer » l’ »air du temps »

    de cette Bohème-là …

    …

    Bref,

    des CDs que des curiosités un peu timides ne chercheraient vraisemblablement pas à aller « dénicher »,

    parmi (ou en dehors) les bacs des disquaires

    _ mais disponibles au rayon « musique » de la librairie Mollat (merci Vincent !) _,

    et parmi les ré-éditions des sempiternelles mêmes œuvres « bien connues » (et « bien marquées »)

    par des interprètes pas assez audacieux pour sortir davantage des chemins

    un peu trop « battus » par les éditions de disques ;

    …

    des CDs

    que je me permets, donc, de vivement recommander ici

    pour partager la joie _ de « vive tendresse » praguoise _ de bien belles musiques…

    …
    Titus Curiosus, ce 13 septembre 2008