Étiquette : Benjamin Alard

  • Tombeau de Jacques Merlet en son idiosyncrasie _ à un grand bordelais…

    En hommage à ce grand vivant qu’a été Jacques Merlet (5-12-1931 – 2-8-2014),

    je me permets de reproduire un très beau texte de Marcel Pérès, explicitant la conception de son (très heureux !) choix des psaumes qu’il a dits, et d’abord qu’il a lui-même choisis, lors de la très belle cérémonie des obsèques de Jacques Merlet, le jeudi 7 août dernier, en l’église (et ancienne abbatiale) Sainte-Croix de Bordeaux.

    Je dois ajouter que Benjamin Alard était (magnifiquement !) présent à l’orgue Dom Bedos de Sainte-Croix ; orgue (restauré par le facteur Pascal Quoirin) pour lequel, instrument unique, Jacques Merlet avait tant fait !

    …

    Ce texte remarquable de Marcel Pérès sera ici assorti de mon commentaire de certaines des expressions de son auteur.

    …

    Cher Marcel Pérès,

    je ne vous avais pas reconnu « officiant » à Sainte-Croix, pour ce bien beau Tombeau de l’ami Jacques.

    …

    Mais je veux ici vous remercier
    et de ce que vous avez si splendidement « porté », par votre voix et d’abord par votre choix, lors de ce Tombeau,
    et de votre mot si juste à France Debès _ mot sur lequel je me permets de « gloser », en contrepoint (et pas trop lourdement, j’espère), de vous _,
    ainsi que des magnifiques textes de vous que vous y joignez, en fichiers attachés :
    …
    tout particulièrement votre texte rédigé à Ronda,
    qui va droit au cœur (et l’âme) du philosophe que je suis,
     un peu sensible au jeu du tissu complexe du temps
    _ celui de notre vie, mortelle :
    mais la mort n’est que le modeste prix biologique à payer pour la prodigalité heureuse du renouvellement sexué des générations ;
    place aux jeunes !.. _,

    et de (ou plutôt avec) la dimension si puissante d’éternité, en quelque sorte surplombant à tout moment le temps,
    et lui donnant cette dimension décisive (élévatrice) de verticalité ;

    et que le miracle de l’art (et il y faut aussi la grâce de l’interprétation, à ce moment et en ce lieu)
    est en mesure de rendre très physiquement sensible,
    pour peu qu’on accepte, aussi, d’ y prêter si peu que ce soit, hic et nunc, sa propre aisthesis…
    Car on peut aussi, cela arrive hélas, s’y fermer : mauvaise humeur, rage de dents, colère, pulsion masochiste, bêtise, etc.

    …

    Tout est donc affaire de capacité (ponctuelle) à accepter la rencontre…
    Celle du divin Kairos artiste !
    Et cela, nécessairement, et s’apprend, et se cultive…

    …

    Avec reconnaissance pour tout cela,
    et bien sûr aussi pour votre œuvre, cher Marcel Pérès,

    Francis Lippa, à Bordeaux

    …

    Début du message réexpédié :
    De: Marcel Pérès
    Objet: Explicatio…
    Date: 10 août 2014 02:14:37 UTC+2
    À: France Debes
    Répondre à: Marcel Pérès

    …

     

    Bonsoir France et à tous ceux et celles à qui tu transmettras ma lettre !

    Ici commence le très beau texte de Marcel Pérès,

    que voici :

    …

    Oui… effectivement … on peut se poser bien des questions sur le rituel dont Jacques a bénéficié pour ses funérailles. Ce fut un grand moment _ d’intensité splendide et sobre, à la fois _ car, à aucune étape de sa conception, l’officiant, le père Jean Ariel, ne fut un obstacle, comme c’est malheureusement bien souvent le cas _ en effet, tout et tous doivent y aider… J’ai alors pu déployer toute mon intuition _ magnifique ! _ et laisser s’exprimer les textes qui spontanément émergeaient dans ma conscience lorsque je tournais mes pensées vers Jacques et plus précisément la quintessence de ce que fut sa personnalité, expression de son être _ bravo ! Vous avez été merveilleusement inspiré ! Le père m’avait proposé quelques psaumes, que l’on chante habituellement dans les offices pour les défunts (miserere, de profundis…). Mais je sentais que ces textes ne convenaient pas _ fonctionnant, habitudes trop bien installées aidant, comme des clichés : impersonnels ; des formules, à l’usage banalisé, usées. Jacques Merlet méritait un hommage mieux fidèle à la singularité de sa rayonnante personnalité…

    …

    Ils n’exprimaient pas ce qui, en définitive, était la véritable nature métaphysique de Jacques _ en son idiosyncrasie géniale : intuition très féconde ! _ – au delà de sa personnalité – et le parcours qu’il devait _ mais oui ! _ accomplir dans les premiers instants de sa naissance à l’autre monde _ et nous avons bien ressenti l’intensité de cette présence en effet advenue, alors, là : Jacques comme jamais présent au dessus du cercueil de bois contenant sa simple dépouille inerte. Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change…

    …

    Oh certes Jacques n’était pas religieux, bien malin qui pourrait dire s’il était croyant… mais … pourtant… il avait un sens de l’absolue nécessité _ impérieuse ! _ d’une véritable authenticité artistique _ et c’est bien là ce que nous avions pu admirer, quasi en permanence, en son discours radiophonique de présentation, et des œuvres, et de leurs interprétations, en sa visée sans cesse exigeante d’une profonde et immense justesse à donner-faire passer (par les artistes) à ressentir ; nous, auditeurs, devant nous en faire (et chacun via sa propre aisthesis sans cesse à affiner…) le sobre réceptacle, ou, mieux encore, devant, en retour, devenir, par notre écoute active, le passage à la fois empathique et exigeant, lui aussi, forcément, de ces superbes flux de sens… S’il ne se reconnaissait pas dans les discours convenus sur la foi, c’est parce qu’il était fondamentalement un homme de foi, de cette catégorie d’hommes, tellement identifiés à leurs convictions _ passionnées parce qu’exigeantes quant à la fidélité recherchée à ce que ces convictions elles-mêmes visaient _ que les réduire à une expression – aussi savante, alambiquée ou simple qu’elle soit – serait trahir et altérer la nature de ce qu’ils savent être vrai _ l’œuvre d’art et son interprétation (physique) devant sans cesse, et impérativement, davantage rendre justice à la Natura naturans elle-même, visée in fine par elles, qu’à la seule Natura naturata figurée et notée…

    …
     
     La vérité de Jacques ne pouvait se satisfaire des discours religieux et même des discours sur l’art _ en des lettres toujours un peu trop figées, s’il y manque un peu trop la vérité même du souffle exigeant et porteur de l’élan en sa justesse dynamique… Non, pour lui, c’était par un don total _ oui _ qu’il vivait sa foi, sa foi en la capacité des hommes _ en l’occurrence au premier chef les artistes, passeurs des œuvres, mais aussi, ensuite, ceux qui sont en situation (au moins théorique) de pouvoir les recevoir et ressentir en vérité, en ayant à les recevoir-contempler un minimum activement… _, malgré toutes les turpitudes qui les traversent, d’exprimer l’étincelle _ de vie, de feu et de lumière _ qui les anime _ oui ! _, souvent infime et presque invisible, mais qui détermine ceux qui en sont porteurs _ et donc les premiers passeurs. De là venait son extraordinaire capacité d’instantanément percevoir _ sur le champ, en effet : il faut avoir cette promptitude (d’une expérience s’élaborant toute une vie) à saisir ce qui se croise de magiquement beau, à l’instant ; eu égard à la vitesse de course de l’espiègle et terrible à la fois divin Kairos, qui dispense sans compter les biens de sa corne d’abondance, mais qui, aussi, du tranchant de son rasoir, coupe la main du retardataire étourdi ! Jacques savait ainsi se faire l’allié (quasi indispensable) du divin Kairos ! _ la nature des innombrables artistes qui ont croisé sa route et dont il se sentait le devoir _ telle une vocation de pédagogie rieuse, mais aussi tragique, de l’art _ de faire connaître le travail _ en sa dure exigence artistique, aussi humble, fière et modeste, que vierge (le plus possible) de bassesse de compromissions, à la fois transcendante et, plus encore, immanente, de vérité et justesse visée quant aux œuvres à servir-faire humblement passer-ressentir. Car c’était là l’implacable terrible critère du passeur passionné.

    …

    C’est pourquoi spontanément le premier psaume qui m’est venu à l’esprit est le Laetatus sum, qui exprime cette attraction qu’exerce la Jérusalem céleste chez ceux qui portent en eux une parcelle d’indicible, pôle magnétique qui détermine toutes leurs actions.

    …

    Et puis le psaume Dominus regit me, que l’on traduit : « le Seigneur est mon berger », mais qui exprime plutôt la conscience que le flux de nos vies suit _ physiquement _ une trajectoire _ nous régissant, du moins idéalement, tel l’appel élévateur de la plus noble des vocations _ qui nous précède et continue après notre court, mais révélateur, passage sur terre.

    …
     
    Le Levavi oculos meos ad montem exprimait encore une fois, cette attitude qu’a eue Jacques toute sa vie, d’élever son regard _ oui : vers le plus beau _ et d’essayer d’élever celui des autres vers ces hauteurs auxquels l’homme peut _ effectivement _ accéder par la pratique des arts _ on ne saurait mieux dire : c’est là toute la dignité de l’art, quand il est loin de toute imposture ; ainsi que l’immensité de joie qu’il sait prodiguer alors. « Exultate ! Jubilate !« 

    …

    Enfin, j’ai mis aussi deux chants de la messe : le premier et le dernier : l’introït Requiem eternam et celui de l’absoute  : In paradisum deducant te angeli. Ce qu’il y a entre ces deux chants ne convenait pas à … la nature religieuse de Jacques, lui qui n’était pas dévot, mais pourtant tellement religieux… lui qui a œuvré tellement pour nourrir et enrichir la conscience artistique des … religieux …  Sa vie fut un sacrifice pour la cause de l’art _ oui ! Nous n’avions pas besoin – dans ce cas précis – de rappeler le sacrifice du Christ.

    …

    Voilà, en vrac et comme cela s’est présenté à ma pensée, ce qui a créé cette liturgie qui fut un grand moment de grâce _ voilà ! C’est ainsi que nous l’avons effectivement ressenti. Nous avions un vrai orgue _ pour lequel Jacques avait beaucoup fait ! _ joué par un vrai organiste _ immense merci à Benjamin Alard _, et moi je n’ai fait qu’exprimer une science que j’ai acquise à force de scruter les rituels anciens, leurs origines et l’énergie interne _ oui ! _ dont ils furent l’expression. Travail que j’ai pu accomplir grâce, principalement, à la confiance et  à la foi en cette démarche dont Jacques m’a toujours fait bénéficier. Pour mémoire, j’ai créé l’ensemble Organum en juillet 1982. A la fin de l’automne de cette même année, il m’avait déjà fait faire une émission de télévision sur FR3, une longue émission de 1h30 sur France Culture et une « petite » interview d’une demi-heure sur France musique. On ne peut pas dire qu’il perdait son temps. Il avait le sens _ assez rare, finalement _ de l’urgence _ oui ! en quelque sorte sacrée… _ à exprimer et faire connaître ce qui vraiment était important _ = essentiel, mais sans rien d’imposé, ni de dogmatique _ pour ses contemporains.

    …
     
    Tellement de choses à dire sur Jacques… mais pour moi il est encore plus présent que jamais _ je l’ai aussi personnellement ressenti à la cérémonie (ainsi que je l’ai écrit à France). Tout le monde n’est pas obligé de me croire, mais je sais qu’il jouit maintenant de l’intégralité de sa véritable dimension… Merci Jacques !

    …
    J’ai écrit quelques textes qui ont jalonné mon parcours et ma réflexion sur les rituels en général et les rituels funéraires en particulier. Le plus récent _ il est magnifique ! _ a été écrit l’année dernière en une nuit _ transfigurée probablement… _, à Ronda en Andalousie (là où Rilke a commencé les Élégies) où j’avais participé à un colloque de philosophie. Les deux autres sont des textes qui accompagnent des disques, le Requiem de Divitis-Févin, et l’enregistrement de mon œuvre pour orgue « Contemplation« , paraphrase musicale du livre des morts des anciens Égyptiens. Peut-être ces textes vous aideront-ils à mieux comprendre ce qui s’est passé jeudi dernier.

    …
     
    A bientôt peut-être,

    Marcel

    …

    En post-scriptum,

    voici aussi mon petit mot à France, vendredi 8 août, en réponse à son message me remerciant de ma présence à la cérémonie à Sainte-Croix, le 7 :

    …
    Jacques était un être d’exception : sa passion et sa générosité étaient « exemplaires », entraînantes.
    Mélomane, je demeure fidèle en pensée à ce qu’il fut pour la Musique, bien que ne l’ayant pas revu depuis son séjour à la Tour de Gassies.
    Et je dois dire qu’il a beaucoup manqué, à France-Musique : il est resté irremplacé !
    Les artistes, les premiers, y ont sans nul doute beaucoup perdu…

    …

    Et j’aurais aimé en voir davantage venir lui rendre un dernier petit hommage,
    tel que celui que pas mal ont rendu en se déplaçant à Amsterdam,
    avant le décès, pour lui dire au revoir ;
    puis aux obsèques
    de Gustav Leonhardt…
    Je suppose que beaucoup d’artistes avaient des obligations de concert…

    …

    J’ai aperçu Benjamin Alard au moment où il allait monter à la tribune, mais, si je ne lui ai pas parlé _ il filait vers l’escalier… _,
    je dois dire que j’ai beaucoup aimé son hommage musical, splendide sur cet orgue,
    pour la renaissance duquel Jacques a pas mal œuvré _ et c’est un euphémisme…

    …
    J’en dirai un mot à l’amie Elisabeth Joyé.
    J’avais adressé deux messages (téléphone et mail) à Jean-Paul Combet,
    qui doit être en vacances _ j’ai participé à la notice du CD Alpha 017 L’Orgue Dom Bedos de Sainte-Croix de Bordeaux, par Gustav Leonhardt, par mon texte « La Construction de l’orgue Dom Bedos en l’abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux sous la réforme mauriste« , en octobre 2001 ; et j’étais présent aux séances d’enregistrement de ce disque, le tout premier sur cet orgue…

    …

    J’ai aussi beaucoup apprécié l’hommage (si vrai !) de ses huit neveux,
    ainsi que le témoignage, assez extraordinaire, de son thérapeute : peut-être un cas d’école d’amour de la vie, de la musique et des Arts.

    …

    Pour ma part, j’ai évoqué sur la cahier ouvert à l’entrée de Sainte-Croix, deux petits souvenirs personnels de Jacques :
    une discussion en nous rendant à la Maison de la radio, à Paris,
    où il contestait (!) les liens qu’avaient pu avoir, à Rome, Charpentier et Carissimi…
    Et une fin de soirée à la fête de la morue à Bègles…

    …

    La cérémonie d’aujourd’hui, non vide d’anges (au moins dans les textes donnés à entendre _ ceux choisis, donc, par Marcel Pérès ! _),
    était très émouvante, et très belle : Jacques a dû l’apprécier !

    ….

    Bien à vous tous,

    Francis

  • la postérité-filiation (musicale) de l’immense Gustav Leonhardt : Pierre Hantaï, Elisabeth Joyé, Benjamin Alard…

    Comment rendre _ enfin ! j’ai appris son décès, survenu le 16 janvier, le 18 janvier : cela fait un mois… _ l’hommage le plus juste qui soit, à un talent musical tel que celui de Gustav Leonhardt ? qui nous a procuré tant et tant des plus hautes jouissances qu’un musicien peut offrir tant au concert qu’au disque ?..

    …
    Car nous avons eu bien de la chance, à Bordeaux, que le maître apprécie non seulement la beauté élégante et noble (sans ostentation) de notre ville, mais aussi la singularité de l’orgue Dom Bedos de l’abbatiale Sainte-Croix, au point d’y revenir souvent donner des concerts : d’abord, peut-être, à l’amphi 700 de la Faculté des Lettres, pour le Gram ; mais aussi et surtout au Temple du Hâ, pour le Carré, à de nombreuses et ô combien heureuses reprises ; mais aussi au Grand-Théâtre ; et encore en quelques beaux châteaux de vin, tels que Yquem ou Carbonnieux ; et encore Soutard, pour un concert privé de clavicorde… Sans compter, outre plusieurs grands récitals d’orgue à Sainte-Croix, l’enregistrement si marquant, en juin 2001, du CD Alpha 017 L’Orgue Dom Bedos de Sainte-Croix de Bordeaux, à l’advenue duquel j’ai ma modeste participation, outre ma contribution au livret « la construction de l’orgue Dom Bedos en l’abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux sous la réforme mauriste« , pages 16 à 23. Et côtoyer au quotidien le maître, et son humour incisif, outre son élégance, n’est certes pas peu en une vie d’amoureux de la musique… Je l’ai revu et écouté aussi à Arques…

    …

    Aussi, mets-je à profit pour ce blog

    ce courrier adressé ce matin même à mon ami Jean-Paul Combet, le fondateur d’Alpha,

    pour lui faire part de l’article de Renaud Machard dans Le Monde daté de ce dimanche 19 février 2012, qui à l’occasion de concerts du très doué et toujours « parfait » Benjamin Alard, lui rend au passage aussi hommage,

    en saluant l’amitié et la collaboration éditoriale (pour Alpha) qui les unissait, Gustav et Jean-Paul…

    …

    Voici donc ce courriel :

    …

    De :  Titus Curiosus
    Objet : Benjamin Alard, Gustav Leonhardt et Jean-Paul Combet : texte choisi à lire aux funérailles
    Date : 19 février 2012 08:42:17 HNEC
    À :   Jean-Paul Combet

    …

    Un bel article d’hommage(s),
    que tu as dû relever, dans Le Monde
    (édition papier de ce dimanche 19 février)…
    …
    Sinon, le voici…
    http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/02/18/benjamin-alard-fait-sonner-saint-louis_1645273_3246.html

    …
    J’espère que tu vas bien,
    amitié(s)
    …
    Titus
    …
    P.s. : sais-tu ce qu’est ce texte
    « magnifique » (!)
    que Gustav Leonhardt a fait lire à ses funérailles ?

    …

    …

    Benjamin Alard fait sonner Saint-Louis

    MUSIQUE | | 18.02.12 | 13h42

    On ne l’avait pas revu depuis quelque temps : Benjamin Alard, 27 ans, a toujours la même allure et ces traits juvéniles à la Harry Potter que lui donnent parfois des lunettes cerclées, mais il n’est plus tout à fait le benjamin de l’école de clavecin et d’orgue française. Elle est si florissante (ce que Murray Perahia, le grand pianiste américain, confirme quand on lui parle de clavecin, un instrument qu’il adore et joue en privé) que, chaque semestre, un nouveau talent _ tel, à Bordeaux, Aurélien Delage… _ semble éclore _ grâce au génie de la transmission d’Elisabeth Joyé, me faut-il tout spécialement ajouter ! Une fée !
    …
    Mais Benjamin Alard est d’une graine différente _ et singulière. On pourrait dire que ce grand jeune homme discret, fin, réservé mais à l’humour subtil, a su être vieux _ c’est-à-dire pleinement mature _ de bonne heure. Dès ses premières apparitions publiques, après l’obtention du très prestigieux Premier Prix du Concours international de Bruges, en 2004 (sorte de Concours Tchaïkovski ou Chopin du clavecin et de la musique ancienne), le musicien semblait avoir tout compris des chefs-d’oeuvre de la littérature pour le clavier, ce qu’il démontrait avec l’aplomb sans tapage d’un sage : un jeu extrêmement calme et affûté, dégraissé mais d’une souplesse merveilleuse, comme géré par un subtil entrelacs de tensions savamment poussées et relâchées _ c’est parfaitement énoncé !
    …
    Pour ceux qui ne connaîtraient pas ses _ merveilleux ! _ disques d’orgue ou de clavecin, distribués par les labels Hortus, puis Alpha _ par exemple le génial double CD des Partitas de Bach : Clavier Übung – I, le CD Alpha 157 _, il est possible d’entendre Benjamin Alard un dimanche par mois, à l’heure du déjeuner, à la tribune de l’église Saint-Louis-en-l’Ile, où il est organiste titulaire, et au clavecin, lors de concerts organisés à l’hôtel de Lauzun, à quelques pas, quai d’Anjou. Deux séries en écho et en intelligence, la première dans la vaste nef, la seconde dans une salle de 90 places seulement.
    …
    L’ensemble fait la part belle à Jean-Sébastien Bach, mais fait entendre aussi des compositeurs auxquels Alard est très sensible, ceux de la jointure des XVIIe et XVIIIe siècles, comme Samuel Scheidt _ 1587-1654, en fait : c’est un contemporain de Schütz… « Sa programmation permet de prendre des distances avec les concerts d’orgue, parfois un peu poussiéreux, du dimanche après-midi« , avoue Benjamin Alard. « Je n’y vois rien de mal, mais je tiens à faire passer un message vraiment musical et exigeant, et aussi à mettre en regard, en « contrepoint », le terme qui sert de titre à la série, la littérature des deux instruments. »
    …
    Alard dit aussi vouloir faire découvrir la beauté de l’orgue Bernard Aubertin dont il est le cotitulaire depuis 2005 : « C’est un instrument neuf qui est construit d’après les canons anciens pour jouer spécifiquement la musique allemande des XVIIe et XVIIIe siècles. Son statut et son état sont exceptionnels, surtout si on les compare à ceux de beaucoup d’orgues de la capitale, dont certains sont en mauvaise santé et attendent des restaurations, comme les tribunes de Saint-Nicolas-des- Champs ou Saint-Merri« , précise Alard.
    …
    On s’étonne de la jauge de la petite salle de l’hôtel de Lauzun et de son incidence sur l’économie du projet : « Ce projet n’a, en fait, pas vraiment d’économie car notre association, Claviers en l’Isle, ne possède pas la licence de concert. D’ailleurs, ce n’est pas l’esprit de ces rencontres avec le public, que nous voulons singulières et au service premier de la musique. » Singulières mais en rien élitistes, assure Alard : « C’est juste que le clavecin n’est pas fait pour être joué dans des grandes salles et ce n’est que dans un tel cadre qu’on peut vraiment l’entendre » _ oui ! ; comme, aussi, dans les salons ou chambres de l’Hôtel de Soubise, où je suis venu écouter la perfection d’Elisabeth Joyé dans un récital (sublime !) de musique française…
    …
    Le festival Contrepoints est aussi soutenu par L’Autre Monde, l’association créée par Jean-Paul Combet, fondateur du label discographique Alpha. « Jean-Paul, qui est un ami, ne fait pas qu’éditer notre dépliant, mais il nous conseille dans la programmation. » Benjamin Alard doit beaucoup à M. Combet : « Il a publié la plupart de mes disques, mais je lui suis redevable de ma découverte _ in vivo : à l’Académie Bach, d’Arques-la-bataille, en Haute-Normandie, près de Dieppe _ de Gustav Leonhardt« , confie le claveciniste à propos du « pape » de l’instrument, qui vient de mourir le 16 janvier.
    …
    « C’était en Normandie, ma région natale, lors d’un concert organisé par Jean-Paul. Je me souviens encore avec émotion de ce choc. » Le choc pour l’orgue eut lieu très jeune. Le jeune Alard s’initie à l’instrument grâce au curé de sa paroisse. « Le son de cette machine me fascinait« , se souvient-il. Il travaille avec Louis Thiry, pour lequel il ne cache pas sa vive admiration. Le clavecin vient après. Mais il ne cessera de jouer de conserve les deux types de clavier.
    …
    De Leonhardt, auquel on l’a plusieurs fois comparé pour la noblesse _ oui ! _ de leurs jeux, Benjamin Alard n’a cependant pas été l’élève. « J’ai été comme beaucoup extrêmement impressionné par son dernier concert, donné à Paris _ c’était le 12 décembre dernier _, quelques jours _ un mois à peine _ avant sa mort. Et très marqué aussi par les textes _ de sagesse de la vie _ qu’il avait choisi de faire lire à ses funérailles _ à la Westerkerke d’Amsterdam. Des textes magnifiques qui disaient tous le doute _ actif _ face à l’existence. Cet homme suggérait, aidait les musiciens à puiser ce qu’il y a de meilleur et singulier en eux. Il doutait _ positivement _, ne proférait rien. C’est cela qu’il nous laisse en héritage« , conclut Benjamin Alard, visiblement ému.
    …
    Contrepoints,
    par Benjamin Alard (orgue). Eglise Saint-Louis-en-l’Ile, 19 bis, rue Saint-Louis-en-l’Ile, Paris 6e. Un dimanche par mois, jusqu’au 10 juin. Prochain concert : le 19 février à 12 h 30. Œuvres de Samuel Scheidt, Dietrich Buxtehude. Entrée et participation libres. Durée du concert : une heure, sans entracte.
    …
    Renaud Machart
    …
    Article paru dans l’édition du 19.02.12

    …

    …

    Titus Curiosus, ce 19 février 2012

     

  • Le Bach magistral de Benjamin Alard : le Concerto dans le goût italien et l’ouverture à la française du radieux CD Alpha 180

    Le talent de sourcier du créateur d’Alpha vient, pour notre enchantement, toujours et encore ! avec le CD Bach/Alard : Clavier Übung II Alpha 180, à nouveau de parler.

    …

    Combien de pépites nous réserve ce catalogue pensé et déployé ainsi jusqu’à l’été dernier ? Cet enregistrement-ci, sur un _ parfait ! _ clavecin allemand d’Anthony Sidey, a eu lieu « en mai 2010 à la chapelle de l’hôpital Notre-Dame de Bon-Secours à Paris« , avec « Direction artistique, prise de son & montage » de cet autre magicien (indispensable à ce degré de qualité d’aisthesis !) qu’est Hugues Deschaux. Et « avec l’aide précieuse et amicale » de la merveilleuse Elisabeth Joyé _ que je salue et embrasse au passage.

    …

    Quelle merveille, donc, que ce nouvel opus Alpha 180 !

    …
    Le magnifique _ quelle présence ! justesse ! poésie ! chaque fois ! _ Benjamin Alard _ comme si le talent était natif à ce degré d’évidence _ nous donne ici une Clavier Übung II magistrale :

    comme si le maître, déjà aux petits soins pour l’édition gravée de ce second volume de sa Clavier Übung, en 1735, venait en personne donner l’œuvre _ en cette alternance idéalement sublimée du meilleur du génie italien et du génie français _ à son clavecin

    ici aujourd’hui même.

    …

    Quelle fête !

    Avec quelle sprezzatura _ goûteuse et olympienne tout à la fois : justissime ! en le rayonnement sublime de sa délicatesse _, l’impériale fougue de Benjamin Alard

    est-elle à même de donner avec autant de naturel, en sa pure grâce solaire !, la maestria du maître

    en la splendeur de son midi !

    …

    Oui, la grâce même.

    Avec la souveraine jeunesse

    d’éternité de Bach.

    …

    Un pur bonheur

    nous rejoint.

    …

    Titus Curiosus, ce 20 mai 2011

  • Trois (belles !) curiosités musicales _ dont une au splendide catalogue Alpha : les chansons de Gustave Nadaud, par Arnaud Marzorati

    En rafale,

    voici trois (très belles !) « curiosités » musicales discographiques :

    …

    1) la première est à mettre au compte du splendide _ voire époustouflant ! cette saison 2010 ; cf mon article du 14 mars 2010 : « Alpha, éditeur de la “présence” (au disque) de la musique : François Lazarevitch et Yves Rechsteiner, entre Céline Frisch et Benjamin Alard _ un catalogue de merveilles !« … _ catalogue Alpha :

    …

    il s’agit du CD Alpha 160,

    une nouvelle pépite de ce sourcier assez prodigieux qu’est Jean-Paul Combet :

    soit le récital La Bouche et l’oreille, composé de 17 chansons, de Gustave Nadaud (1820-1893),

    auteur-compositeur _ à la fois ! _ de ces petites merveilles,

    qu’a su dénicher ce musicien magnifique _ je veux dire bien plus qu’un magnifique interprète-chanteur _ qu’est Arnaud Marzorati, baryton.

    …

    Celui-ci explore, en effet, très méthodiquement, depuis une dizaine d’années, le répertoire _ un peu trop en déshérence, ces derniers temps, hélas ! de quoi nous privons-nous, aussi stupidement !?! _ de la chanson française :

    …

    depuis son premier CD pour Alpha (je veux dire en tant qu’initiateur de projet _ de concert ou de disque _ ; pas en tant qu’interprète pour divers chefs…),

    le CD Alpha 075 (enregistré en 2004) de chansons de Jacques Prévert (1900-1977) & Joseph Kosma (1905-1969) : Et puis après… ;

    …

    puis, le CD Alpha 111 (enregistré en 2006) de cantates françaises de Jean-Baptiste Stuck (1680-1755) : Tyrannique empire… ;

    …

    et aussi  le CD Alpha 131 (enregistré en 2007) de chansons de Pierre-Jean de Béranger (1780-1857) : Le Pape musulman & autres chansons…

    …

    Et maintenant voici que ce CD La Bouche et l’oreille de 17 chansons (paroles & musique, s’il vous plaît !) de Gustave Nadaud

    est une réussite absolue

    qui nous donne à écouter et jouir de tout un (grand) art de la chanson _ davantage pour des concerts privés, dans des salons un peu (mais pas trop !) encanaillés : avec juste ce qu’il faut d’esprit !, que pour des cafés-concerts, ou des concerts publics immenses… _ ;

    …

    et quand Gustave Nadaud se dit lui-même « modéré« ,

    cela donne la mesure de ce qui pouvait alors se dire, ou plutôt se chanter ! et avec quelle poésie !

    d’un art qui sait être « populaire » sans être ni vulgaire, ni populiste ! et raffiné, plein d’esprit _ français, justement !

    …

    Arnaud Marzorati nous offre tout cela avec précision, subtilité et liberté, tout à la fois,

    jubilatoirement accompagné qu’il est _ comme au concert ! _ de musiciens (Daniel Isoir, au piano ; Stéphanie Paulet, au violon ; Alexandre Chabod, à la clarinette ; et Paul Carlioz au violoncelle) qui savent servir ce genre (entre deux, mais avec la liberté de ses audaces !) et ce répertoire…

    …

    Combien la chanson _ et la langue, le français parlé ! _ ont « perdu » _ en finesse comme en force de percussion ! _ depuis ce temps :

    en gros celui du second empire et de la troisième république !

    …

    Quel plaisir d’écouter cette langue-là servie ainsi !!!

    …
    Qu’on en juge avec la chanson d’ouverture de ce récital, « La Vie moderne« , composée en 1857 :

    …

    « Vois-tu, là-bas, le tourbillon,

    Qui, dans sa course échevelée,

    Trace ce flamboyant sillon

    A travers mont, plaine et vallée ?

    Flamme et fumée, éclat et bruit,

    S’éteindront sans laisser de traces :

    Sais-tu quel est le char qui fuit ?

    C’est ton existence qui passe !

    …
    Oui, le temps a doublé son cours,

    L’humanité se précipite

    Tous les chemins deviennent courts ;

    L’océan n’a plus de limites.

    La vie était longue autrefois ;

    Sur la pente elle est entraînée ;

    Nous vivons plus en un seul mois

    Que nos aïeux dans une année.

    …
    La nature avait des poisons :

    Le génie humain les révèle ;

    Il arrache aux vieux horizons

    Une perspective nouvelle.

    Il a d’invisibles moteurs,

    Des agents subtils, des essences

    Qui savent calmer nos douleurs

    Et décupler nos jouissances.
    …
    Les fleurs n’ont plus besoin d’été ;

    Les fruits n’attendent plus l’automne ;

    Ce que le sol n’a pas porté,

    L’industrie active le donne.

    Nous avons fait de nos loisirs

    La mer et le ciel tributaires ;

    Nos appétits et nos plaisirs

    Épuisent les deux hémisphères.

    …
    Mais à peine respirons-nous

    Dans cette course haletante ;

    La vapeur nous emporte tous

    Debout sur la machine ardente.

    L’essieu se fatigue et se rompt,

    Usé, vaincu par la distance ;

    Ainsi bientôt se briseront

    Les ressorts de notre existence.

    …

    L’aiguille avance ; soyons prêts !

    Nous mourrons vieillis avant l’âge ;

    Nos fils nous suivront de plus près

    Dans le vertigineux voyage.

    Ils auront la vie, à leur tour,

    Plus rapide encore et meilleure ;

    Ce que nous usons dans un jour,

    Ils l’épuiseront dans une heure.
    …
    Ô le terrible enseignement !

    Songes-y, l’instant est suprême.

    Où trouveras-tu le moment

    De te recueillir en toi-même ?

    Beau voyageur, tu vas partir :

    As-tu pris soin de bien vivre,

    Ou le temps de te repentir ?

    Le convoi passe, il faut le suivre !

    …
    Vois-tu, là-bas, le tourbillon« …

    …
    C’est superbe ! Une « vanité » à la Paul Virilio !

    …

    Bravo les artistes !

    Et bravo l’éditeur (d’Alpha : Jean-Paul Combet _ il accomplit

    …

    (« monacalement« , dit Christophe Huss, en lui rendant, lui aussi hommage ! ;

    soit, replacé dans le contexte de l’article de Christophe Huss :

    « Il est clair qu’Harmonia Mundi a été ces cinq dernières années le phare de l’édition phonographique classique, l’éditeur qui a offert de beaux produits et des révélations artistiques dans de nombreux domaines

    (cette considération n’enlève rien au génie de Jordi Savall sur Alia Vox,

    au travail monacal d’Alpha _ voilà ! « monacal« , concerne la solitude, la rigueur, la vertu, presque l’austérité ; sinon la sainteté !.. _,

    aux explorations de CPO

    et à la constance de Bis)…« ,

    disait-il en chroniquant un concerto pour clarinette de Mozart pas terrible, produit par Harmonia Mundi USA ;

    et situant ainsi ce qui se fait actuellement de mieux, artistiquement, sur le marché de l’édition discographique !..)

    …

    il (= Jean-Paul Combet) accomplit un travail rare et magnifique ;

    et cette saison-ci, tout particulièrement, est quasi sans déchets !)…

    …

    Mes deux autres satisfactions de « curiosité » concernent, elles, la période (des Arts ; de la musique) dite « baroque » : mais en des versions, toutes deux _ même si très diversement ! _ toutes de finesse et de subtilité.

    …
    2) D’abord, un rare _ par les pièces choisies ! d’abord… _ CD de musique de luth française au tournant des XVII & XVIII èmes siècles :

    le CD Manuscrit Vaudry de Saizenay, interprété par Claire Antonini (CD AS Productions ASM 004)

    d’après un des deux manuscrits conservés à la Bibliothèque municipale de Besançon (en l’occurrence le premier des deux : cote 279.152, très exactement !), de la main et du choix de Jean Etienne Vaudry de Saizenay, seigneur de Saizenay et Poupet, en Franche-Comté (non loin de Salins).

    …

    Né le 26 septembre 1678 à Saizenay, ce conseiller au Parlement de Besançon (de 1704 à 1725, date à laquelle il résigna sa charge) _ et qui mourut à Besançon le 21 juillet 1742 _, prit, pendant ses études à Paris, des leçons des maîtres luthistes Guillaume Jacquesson et Robert de Visée.

    …
    « Il entreprit alors de noter les nombreuses pièces de luth et de théorbe qu’il avait pu recueillir, souvent même auprès de ses maîtres ou de quelques uns des plus célèbres luthistes de son temps« , nous apprend, page 6, l’excellente notice du livret de ce CD, sous la plume plus qu’experte (!) de notre Claude Chauvel bordelais !.. Et « la rédaction de ses deux livres _ les seuls de sa main qui nous soient parvenus _ s’est poursuivie pendant plusieurs années, comme en témoigne la diversité stylistique du répertoire consigné« , pages 6-7.

    …

    Mais « alors que les luthistes du XVIIème siècle ont bien souvent une vision rétrospective _ et presque mélancolique _ de leur répertoire, Vaudry, sans ignorer la tradition des Gaultier et de Du Fault, fait une large place aux œuvres de ses proches contemporains Du But le Fils, Mouton et Gallot«  _ apparaissent ainsi, aussi, les noms de Emond (noté aussi « Aymond« , ou « Hémon« ), Du Pré (dit « d’Angleterre« ), Jacquesson ; ainsi que de Hardel (le claveciniste)…  De même que « pour son instrument, il n’hésite pas à transcrire : Lully, Marin Marais, Forqueray, Couperin, les pièces de théorbe et de guitare de Visée, Corelli, voire des chansons et autres vaudevilles à la mode«  _ soit le tout-venant de ce que pratiquait alors au quotidien un luthiste : interprète pour son plaisir, et celui de ses proches…

    …

    Aussi « son livre, rédigé d’une main uniforme (excepté les premières pièces), abonde (-t-il) en détail techniques (doigtés, tenues) et en signes d’interprétation (agréments, harpégements, séparations). Source unique _ voilà ! _ pour de nombreuses pièces, il en corrige parfois le texte ou précise les attributions. »  Avec cette conséquence notable que « la meilleure connaissance que nous avons aujourd’hui du répertoire du luth en France, au XVIIème siècle, doit beaucoup _ voilà _ à la passion _ musicienne autant que musicale : elles étaient alors confondues pour l’essentiel ! la musique se pratiquait plus qu’elle ne s’écoutait seulement… _ de Vaudry, autant qu’à sa diligence.« 

    …

    Ainsi « sa seule bibliothèque musicale, riche de publications les plus récentes _ alors : « contemporaines«  (de lui), dirions-nous maintenant _, prouve suffisamment le goût et l’éclectisme du personnage.«  Et « on déplorera, malheureusement, la disparition _ provisoire ? _ de trois autres manuscrits de luth qui figuraient dans la collection » ; « et, on le présume, quelques livres gravés, dont ceux pour la guitare de Robert de Visée« , page 7 du livret.

    …

    Tout un monde pour nous est ainsi restitué ! en ce récital de ce disque, sous les doigts fins, habiles et poétiques de Claire Antonini, sur un luth à 11 chœurs (un instrument réalisé par Paul Thomson, à Bristol, en 1997)…

    …

    Nous qui avons découvert aussi, naguère, en Jean de La Fontaine, un admirateur éperdu de cette musique si merveilleusement poétique : cf par exemple son éloquente (contre le trop « bruyant » et pas assez poétique nouveau genre musical qu’était le très ambitieux, lui, opéra de Lully…) « Épître à Monsieur de Nyert« 

    …

    (et mon texte pour le livret du CD « Jean de La Fontaine : un portrait musical« , par la Simphonie du Marais et Hugo Reyne : CD EMI 7243 5 45229 2 5, en 1996 ; CD dont j’avais composé le programme avec Hugo Reyne :

    …

    pour évoquer musicalement cette incisive et nostalgique, tout à la fois, « Épître à Monsieur de Nyert » _ dans laquelle le poète, amoureux fou de musique (et authentique initiateur de la critique de réception musicale ! La Fontaine fonde cette « esthétique«  : cela ne se sait pas assez ! même de la part de ce lafontainien éminent qu’est Marx Fumaroli : cf son Le poète et le roi _ La Fontaine en son siècle, paru en 1997) citait, mêlant les instruments et les genres :

    …

    « Boesset, Gaultier, Hémon, Chambonnières, La Barre,

    Tout cela seul déplaît, et n’a plus rien de rare ;

    On laisse là Du But, et Lambert et Camus ;

    On ne veut plus qu’Alceste, ou Thésée, ou Cadmus« … _

    …

    Avait été choisie alors la courante « L’Immortelle » du Vieux Gaultier, Ennemond,

    qu’interprète magiquement, au théorbe, Vincent Dumestre, en ce disque enregistré l’été 1995 en l’abbatiale de Saint-Michel-en-Thiérache : j’y étais…)…

    …

    De même que nous avons découvert, aussi, et exploré, plus avant, ce goût, ou plutôt cette passion, pour cette musique,

    aujourd’hui si méconnue _ mais que nous rendent les interprètes ! quand on va les écouter ! au concert comme au disque ! _,

    dans les lettres « chantantes » si savoureuses de Madame de Sévigné à sa fille : toutes deux pratiquaient (plus que passionnément : à la folie !) la musique, et l’une, le chant, l’autre, la danse…

    …
    Enfin,

    3) un CD d’une virtuosité époustouflante au service de la poésie de la musique

    _ si rayonnante ! à conseiller d’urgence aux neurasthéniques ! _ :

    …

    l’interprétation par le génial flûtiste à bec Maurice Steger (et The English Concert, dirigé par Laurence Cummings, du clavecin…)

    …

    de versions orchestrées par Francesco-Xavero Geminiani,

    et avec des agréments (virtuosissimes !) « of severall Eminent Masters« ,

    tels que les Signori Cateni & Valentini, Pietro Castrucci, Christopher Petz, ou Jacques Paisible, tous présents alors à Londres,

    …

    des Sonates opus V d’Archangelo Corelli,

    telles qu’elles eurent un succès fou (et durable : tout au long du XVIIIème siècle !) à Londres et en Angleterre, et tout le Royaume-Uni !

    …

    Le CD Harmonia Mundi Mr. Corelli in London _ Recorder Concertos ; La Follia (after Corelli’s op.5) CD HMU 907523,

    par Maurice Steger, The English Concert & Laurence Cummings,

    est ainsi une merveille de plaisir fou : rare !

    …

    Peut-être ce CD va-t-il même parvenir à détrôner la « merveille des merveilles » qu’est le double CD des Partitas (Clavier-Übung-I) de Jean-Sébastien Bach, par l’extraordinaire Benjamin Alard, l’album Alpha 157,

    …

    qui ne quitte pas ma platine depuis plus d’un mois

    _ non plus que celle de Vincent, du rayon Musique de la librairie Mollat,

    ainsi qu’il me l’a confié ;

    et je ne crois pas trahir là un secret ! Il le fait largement partager !..

    …

    Un CD de pur bonheur ! A passer sans se lasser en boucle…

    …
    Titus Curiosus, ce 27 avril 2010