Étiquette : Bernard Lechevalier

  • La cinéaste Anne Fontaine se confrontant, en son biopic « Bolero », au « mystère Ravel » : ce qui n’est guère abordé…

    Ce n’est que ce jeudi 9 janvier 2025 que je prends connaissance, sur mon ordinateur, du DVD M6vidéo 1000837721 « Bolero – le mystère de Ravel« , du film de la cinéste Anne Fontaine, un film sorti en salle le 6 mars 2024…

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    Se confronter au « mystère de Ravel«  _ sa personnalité fondamentalement discrète et secrète _ n’est certes pas une petite affaire, et on ne peut rien reprocher à l’incarnation _ superbe ! _ qu’offre (-nt) sur l’écran Raphaël Personnaz (et son très réaliste et impeccable mutisme !) au personnage même de Maurice Ravel _ Raphaël Personnaz qui se trouve avoir des attaches familiales bayonnaises…

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    Quant à Anne Fontaine,

    sa caméra a choisi de mettre l’accent à la fois sur l’énigme de la sexualité _ à distinguer de l’érotisme, patent déjà, lui, dans la musique même de Ravel… _ assez ambigüe (voire ambivalente ; surtout d’après ce qu’on peut en inférer, et qui est bien trop à sens unique, de témoignages ultérieurs (et de fiabilité fragile, pas assez objectifs…) de quelques proches : Roland-Manuel, ou Manuel Rosenthal, par exemple…) de Maurice Ravel, ainsi que ses divers rapports _ toujours très complexes, et pas assez finement dégrossis en ce biopic, du moins à mon goût… _ à quelques femmes un peu marquantes de sa vie _ sa mère, d’abord et surtout, bien sûr !, Marie Delouart (incarnée ici par Anne Alvaro) ; son amie, Misia Sert (incarnée ici par Dora Tillier) ; la pianiste Marguerite Long (incarnée ici par Emmanuelle Devos) ;  la danseuse (et commanditaire du « Bolero » !) Ida Rubinstein (incarnée ici par Jeanne Balibar) ; et la fidèle servante Marie Reveleau (incarnée ici par Sophie Guillemin) ; sans oublier quelques prostituées qu’il aimait, a-t-il été prétendu, fréquenter à Paris : là-dessus, cf le détaillé chapitre 12 « Les dames de la porte Champerret« , aux pages 171 à 186 du passionnant et riche « Le Cerveau de Ravel – vie et mort d’un génie« , paru aux Editions Odile Jacob le 8 février 2023 ; mais ces allégations-là offrent bien peu de garanties de vérité objective… _, mais très peu d’hommes _ seulement ici son ami Cipa Godebski (incarné ici par Vincent Perez) ; et le critique, constamment inamical, en effet, Pierre Lalo (incarné ici par Alexandre Tharaud)… _ ;

    ainsi que l’emprise progressive de la maladie neurologique du compositeur, qui l’a peu à peu privé _ dès la fin des années 20, et avant même, selon cette biopic cinématographique, la composition (de la mi-juillet au 15 octobre 1928) du Bolero, créé à l’Opéra Garnier le 22 novembre 1928 ; cf par exemple mon article « Une autre intéressante lecture du « Cerveau de Ravel », de Bernard Lechevalier, Bernard Mercier et Fausto Viader » du 20 avril 2023 sur ce passionnant (et décisif sur la question !) « Le Cerveau de Ravel – vie et mort d’un génie » : ce n’est qu’un peu plus tard, seulement (cf là-dessus le chapitre 6 « La lente désagrégation (1929-1932) », aux pages 91 à 103 de ce très riche essai, que se sont manifestés les tous premiers signes vraiment patents de la dégénérescence neurologique qui finira par avoir raison de la vie même de Ravel, le 28 décembre 1937… _  sinon de la maîtrise, du moins d’une certaine aisance _ Ravel a toujours été de la plus extrême exigence à l’égard de son requisit (absolu) d’excellence-perfection de sa musique !.. _, de sa composition :

    ce qui est certes loin d’être absurde, mais ne fait cependant pas vraiment avancer dans une découverte un peu fine et profonde _ même si ce n’est bien sûr là qu’un film… _ de l’homme Ravel, en ce résistant « mystère« , décidément, de son idiosyncrasie :

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    écoutons bien sa musique _ et toute sa musique ! _, qui nous en livrera quelques pièces…

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    Une grosse absence bien fâcheuse, cependant et surtout, à mes yeux, en ce biopic d’Anne Fontaine :

    pas une seule image ici des couleurs ni de Ciboure, ni de Saint-Jean-de-Luz _ les images de mer et de plages ont été filmées en Bretagne : Dinard, Perros-Guirrec ! _, ni de son tendrement aimé verdissime pays basque ;

    ni, tout particulièrement, de la plus chère amie _ la plus ancienne, la plus fidèle et la plus constante : dès les années de leur petite enfance, lors des séjours luziens, à certaines vacances, du petit Maurice auprès de sa chère grand-tante et marraine Gachucha Billac (Ciboure, 15 mai 1824 – Saint-Jean-de-Luz, 17 décembre 1902), la sœur de sa grand-mère Sabine Delouart (Ciboure, 11 mars 1809 – Ciboure, 22 décembre 1874), et qui durant de longues années, et jusqu’à son décès, le 17 décembre 1902, était la domestique-gouvernante des 7 enfants Gaudin, au 41 de la rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz… _ de Maurice Ravel (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937), la luzienne Marie Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 3 mars 1879 – Saint-Jean-de-Luz, 8 décembre 1976)…

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    Ce jeudi 9 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une autre intéressante lecture du « Cerveau de Ravel », de Bernard Lechevalier, Bernard Mercier et Fausto Viader

    Comme en complément à mon article «  » du 20 février dernier,

    aujourd’hui sur le site de ResMusica, et sous la plume de Jean-Luc Caron, musicologue et médecin,

    cet intéressant article-ci :

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    « La neurologie au chevet de Maurice Ravel, l’homme et sa musique« ,

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    tel une suite à son précédent article sur ce même sujet, en date, lui, du 14 décembre 2017, « Maurice Ravel, victime d’une démence dégénérative » :

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    La neurologie au chevet de Maurice Ravel, l’homme et sa musique

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    L’état de santé de Maurice Ravel, l’individu autant que le génial créateur, a préoccupé nombre d’observateurs, médecins, musicologues ou musiciens. C’est une étude réalisée par des neurologues français qui tentent d’y voir plus clair par le biais d’un travail sérieux, informé et passionné.

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    L’ouvrage s’ouvre sur la dernière photographie du compositeur prise à Paris le 19 mars 1937, neuf mois avant sa mort. La première partie est consacrée à « la vie d’un génie ». La santé de Ravel y est abordée au travers de sa correspondance et de celle de ses proches _ cf l’indispensable « L’Intégrale : correspondance (1895 – 1937), écrits et entretiens » de Manuel Cornejo… _, avec de très nombreux extraits depuis sa jeunesse jusqu’à la maladie en 1936. Le profil psychologique du compositeur est décrit de façon précise et détaillée avec là aussi de nombreux exemples et extraits de lettres et documents. La place de sa mère _ oui _ (il vécut 42 ans avec elle), son goût pour les mathématiques hérité de son père, ses amies, son côté dandy, le monde imaginaire de l’enfance qu’il affectionne, sont décrits documentation à l’appui.

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    S’ouvre ensuite la seconde partie « Ravel entre les mains de ses médecins ». Les comptes-rendus médicaux, les courriers échangés entre les praticiens, l’analyse de l’évolution de l’écriture du compositeur, les liens entre ses pathologies et la nature de ses partitions _ et c’est passionnant ! _ sont passés en revue avec beaucoup de soins et répondent à une démarche quasi scientifique. Des assertions étayées côtoient des suppositions et hypothèses présentées avec une rigueur critique qui honore la démarche et le sérieux des auteurs, les médecins Bernard Lechevalier, Bernard Mercier et Fausto Viader.

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    On s’est penché sur les conséquences de son accident de taxi survenu à Paris le 8 octobre 1932 provoquant un traumatisme crânien et une commotion cérébrale qui accentuèrent des signes plus discrètement présents antérieurement. Des troubles sérieux de l’écriture, des perturbations gestuelles, des mouvements incontrôlés comme ce caillou envoyé en plein visage d’une amie _ Marie Gaudin. Soudain il ne sait plus nager, ne parvient plus à jouer du piano, ne distingue plus les fourchettes des couteaux, parvient à peine à écrire correctement, perd le sens de l’organisation logique des gestes à effectuer… autant de symptômes troublants sans perturbation de l’intelligence majeure ni déficit moteur franc. Cette situation conduit au diagnostic « d’apraxie progressive et d’aphasie de Wernicke modérée et à une insomnie rebelle ». Pour autant on ne décèle ni démence ni amusie (perte de la capacité de chanter, de jouer ou de reconnaître une musique, selon Le Robert). Les neurologues diagnostiquent « une atrophie cérébrale circonscrite et progressive s’inscrivant dans le cadre d’une maladie de Pick » dont des examens paracliniques confirmèrent l’atrophie de certaines régions du cerveau. La définition de la maladie de Pick évoque néanmoins la mise en place d’une démence sénile précoce touchant en priorité les lobes frontaux et temporaux du cerveau. Ravel nous apprend-on était parfaitement conscient de sa situation médicale depuis 1932.

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    Malheureusement, progressivement le compositeur se mure peu à peu dans un mutisme sévère, des angoisses le hantent, sa mémoire s’altèrent, son jeu pianistique se détériore. Des séances d’électrothérapie ne sont d’aucun secours et une intervention neuro-chirurgicale pratiquée à Paris le 17 décembre 1937, conduit au décès de Maurice Ravel une dizaine de jours plus tard, le 23 décembre 1937.

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    En annexes le livre présente une frise chronologique _ très _ intéressante mettant en rapport les œuvres de Ravel avec la progression de sa maladie, ainsi qu’un portrait des différents médecins qui l’ont eu pour patient.

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    Une très précieuse lecture, donc.

     

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     Ce jeudi 20 avril 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa