En une nouvelle suite aux échanges de commentaires, avec mes amis le philosophe Bernard Sève et le médecin rhumatologue Joël Dehais, que rapportait mercredi 27 mai dernier mon article « L’apport de l’écoute seulement audio de la musique, quand est respecté l’idéal de probité de l’interprétation au service le plus exclusif possible de l’œuvre même (suite)…« , en réponse à mon article de la veille « Un éloge du merveilleux médium qu’est le disque, un échange de courriels hier 25 mai avec Eric Rouyer : du tissage entre le temps et l’éternité… » dans lequel je rapportais mes échanges avec l’ami Eric Rouyer, l’éditeur dynamique du label de disques Le Palais des Dégustateurs,
voici, ce samedi 30 mai, mon échange de courriels avec le musicien, compositeur, chef d’orchestre et professeur au conservatoire de musique de Toulon, Laurent Melin :
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De Laurent Melin, hier à 12h 03, ceci, par courriel adressé à mon blog :
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Je voudrais intervenir en tant que musicien professionnel, depuis ma lointaine province du bord de mer, et aussi en tant qu’enseignant de conservatoire depuis des années.
Le cri d’Eric (que je salue au passage! Notre projet commun arrive à son terme, il comprendra cette « private joke » de compositeur…) me paraît cependant bien légitime : il y a un océan entre l’offre du marché pour des archives accessibles à tous, mais dont la profusion et la variété des supports finissent par noyer un peu la visibilité – trop d’information tue l’information – et la réalité des pratiques sur le terrain.
C’est cette dernière qu’Eric défend avec son énergie coutumière, car elle est effectivement en danger. Depuis que nos « élites » dirigeantes décomplexées attaquent plus ou moins frontalement le milieu culturel et qu’un discours, en vérité manipulatoire, est relayé ad nauseam pour discréditer le supposé « élitisme » de la culture, la défendre sur le terrain, au quotidien, devient un apostolat autant qu’une lutte vitale, sans quoi les fameux supports de tous poils, accessibles d’un clic ou d’une platine, ne seront bientôt plus que ruines dormant sous la poussière.
Un concert se vit en direct, la musique s’invente uniquement dans l’instant partagé de l’écoute, notre patrimoine musical s’entretient par la pratique, non pas sur les étagères muséales.
Et que dire de notre jeunesse, assaillie de propositions commerciales tous azimuts, qui n’a plus les outils pour recevoir et goûter les beautés de notre art ? On pouvait croire que les conservatoires seraient un îlot préservé de défense et d’entretien de ce beau patrimoine… Que nenni ! Rattrapés par la logique mercantile des tutelles qui ne pensent que par chiffres et statistiques, la pression nous a rejoints et nous nous soumettons de plus ou moins bonne grâce à une dictature du politiquement correct pour maintenir l’existant, gonfler les effectifs « quel qu’en soit le prix »… Démagogie ?
Notre art se vit, se partage au quotidien et sur le terrain, avec générosité et ouverture à tous les publics, à condition de leur en donner l’accès et non pas de le confisquer par « élitisme « et d’en réduire toujours plus le territoire.
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Et voici ma réponse à ce courriel d’hier de Laurent Melin, ce matin à 8h 59 :
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Je voudrais intervenir – sic – en tant que musicien professionnel – chef d’orchestre, compositeur, etc. – , depuis ma lointaine province – la Provence, Toulon – du bord de mer – moi, Francis Lippa, je suis philosophe, mélomane et bordelais – , et aussi en tant qu’enseignant de conservatoire – le CRR de Toulon – depuis des années – 2005 précisément.
Le cri d’Eric – Rouyer, le maître d’œuvre du très prospecteur label discographique Le Palais des Dégustateurs – (que je salue au passage ! Notre projet commun – de quoi s’agit-il donc ?.. – arrive à son terme, il comprendra cette « private joke » de compositeur… – qu’est aussi Laurent Melin – ) me paraît cependant bien légitime : il y a un océan entre l’offre du marché – du disque – pour des archives – sous forme d’enregistrements conservés – accessibles à tous, mais dont la profusion et la variété des supports – en dehors du seul disque… – finissent par noyer un peu la visibilité – trop d’information tue l’information – et la réalité des pratiques – musicales, dont bien sûr le concert, mais pas seulement lui, et même de très loin… – sur le terrain.
C’est cette dernière – la pratique musicale de terrain, donc – qu’Eric défend – comment plus précisément ? – avec son énergie coutumière, car elle est effectivement en danger – elle aussi, en effet, comme l’est l’enseignement, et toute la culture, réduits de plus en plus à l’os par des politiciens à très trés courte vue (démagogique) , celle de leur propre ré-élection ou élection à venir… Depuis que nos « élites » dirigeantes décomplexées attaquent plus ou moins frontalement – financements réduits ou carrément coupés, au tout premier chef – le milieu culturel et qu’un discours, en vérité manipulatoire, est relayé ad nauseam pour discréditer le supposé « élitisme » de la culture – hélas, je connais bien moi aussi cet angle d’attaque ! et m’emploie quotidiennement à le combattre… – la défendre sur le terrain, au quotidien, devient un apostolat – que je m’emploie, moi aussi, jour après jour, par exemple par mon blog quotidien encherchantbien.fr ; par ma cinquantaine d’entretiens effectifs réalisés à la librairie Mollat à Bordeaux, notamment en tant que vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux, et immédiatement accessibles par podcasts et vidéos ; par mes deux contributions au colloque « Lucien Durosoir (1878 – 1955) : un musicien moderne né romantique » au Palazzetto Bru-Zane à Venise en février 2011 ; « Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 – la singularité Durosoir » et «La Poésie inspiratrice de l’œuvre musical de Lucien Durosoir : romantiques, parnassiens, symbolistes, modernes » ; par le CD « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine » de la Simphonie du Marais réalisé à Saint-Michel-en-Thiérache au mois d’août 1995 et paru chez Virgin-Veritas en mars 1996, et dont je suis l’auteur, à partir de mes recherches d’une année sur le sujet, pour 90% du programme, ainsi que le rédacteur de présentation du livret ; par mon activité de « conseiller artistique » de La Simphonie du Marais auprès de Hugo Reyne durant la décennie des années 90, quand celui-ci était professeur de flûte à bec au CNR de Bordeaux ; puis auprès de Jean-Paul Combet créant et dirigeant le brillant label Alpha… – autant qu’une lutte vitale – j’en ai fort bien conscience moi aussi et m’emploie quotidiennement, à ma place et sur mon blog, à y résister ! – sans quoi les fameux supports de tous poils, accessibles d’un clic ou d’une platine, ne seront bientôt plus que ruines dormant sous la poussière – certes : il n’existe de mélomanes que sur le terreau bien vivant lui-même d’une pratique et d’une culture musicale très actives… Si celles-ci s’appauvrissent et végètent, la mélomanie (discophile ou pas) se réduira elle aussi comme peau de chagrin, en effet… Et toute la culture authentique aussi…
Un concert se vit en direct – sauf si il a été aussi enregistré et peut être ré-écouté – , la musique s’invente uniquement dans l’instant partagé de l’écoute – pas tout à fait : à l’écritoire silencieuse aussi (et d’abord !) du compositeur la composant... – , notre patrimoine musical s’entretient – certes : c’est presque seulement ainsi qu’il va demeurer vivant : il n’y a de culture vivante que …réellement cultivée, attentive et animée de vraie curiosité ! – par la pratique, non pas sur les étagères muséales – s’empoussiérant faute d’être visitées ; mais une collection de disques et d’enregistrements, chez un particulier ou en une médiathèque, n’est pas exclusivement muséale tant que les enregistrements sont régulièrement écoutés et passionnément même appréciés… Encore faut-il, bien sûr, avoir appris à aimer la musique : en l’ayant soi-même ou bien pratiquée, ou bien appris à l’écouter et partager avec enthousiasme avec des interlocuteurs si possible eux-mêmes passionnés ; les deux, donc, avec plaisir et même (et surtout !) passion…
Et que dire de notre jeunesse, assaillie – acheteuse alléchée par la publicité qu’elle est, et source de profits pour les vendeurs… – de propositions commerciales tous azimuts, qui n’a – scandaleusement – plus les outils – culturels – pour recevoir et goûter les beautés de notre art ? On pouvait croire que les conservatoires seraient un îlot préservé de défense et d’entretien de ce beau patrimoine… Que nenni ! Rattrapés par la logique mercantile – voilà l’ennemi fauteur de barbarie à poison lent, ou rapide !.. – des tutelles qui ne pensent que par chiffres et statistiques – utiltarisme et course au profit (pour soi) aidant… – , la pression nous a rejoints – dans les conservatoires de musique aussi – et nous nous soumettons de plus ou moins bonne grâce à une dictature du politiquement correct pour maintenir l’existant, gonfler les effectifs « quel qu’en soit le prix »… Démagogie ? – oui : suicidaire à petit feu de la civilisation…
Notre art se vit, se partage au quotidien et sur le terrain – mais aussi à distance : par la médiation de l’écoute archi-attentive et intense, mais oui !, d’enregistrements, de la part de mélomanes discophiles passionnés – avec générosité et ouverture à tous les publics, à condition de leur en donner l’accès – mais il n’y a pas, là, que la pratique de la musique en un conservatoire, ou l’assistance à un concert enthousiasmant qui en soient les voies d’accés, même si l’expérience du partage des émotions est en effet cruciale : mais il existe hélas aussi des concerts ennuyeux, bâclés et ratés, de même qu’il y a aussi des leçons de pratique musicale ennuyeuses, bâclées et ratées dans les conservatoires… – et non pas de le confisquer par « élitisme » – de classe ? financier ?.. – et d’en réduire toujours plus le territoire – partager très effectivement le goût et même la passion de la musique (et de la culture authentique) est bien, en effet, une nécessité civilisationnelle de toute première urgence, dont ne partagent hélas ni la conscience ni le simple constat, la plupart de nos politiques…
Avec l’ajout de ce petit commentaire de synthèse final mien :
Et à suivre bien volontiers…

