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  • Pour faire un point sur mes articles de découverte, depuis le 2 mars 2018, de l’admirable « continent Cixous », un commode récapitulatif…

    Entre ma toute première lecture du « Ruines bien rangées » d’octobre 2020,

    et ma lecture imminente du « Rêvoir » d’octobre 2021, de la merveilleuse Hélène Cixous,

    …

    j’éprouve le besoin de relire-retrouver-mieux faire miens

    les 14 articles que j’ai déjà consacrés, en 2018 et 2019,

    à cette entreprise de découverte minutieuse de ce que j’ai nommé « le continent Cixous« …

    …

    …

    Voici donc la collection de leurs liens successifs :

     

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    _ 2 mars 2018 : 

    …

    _ 25 avril 2018 : 

    …

    _ 9 mai 2018 : 

    …

    _ 14 mai 2018 : 

    …

    …

     

    Ici, une petite parenthèse :

    l’entretien prévu le 17 mai 2018 à la Station Ausone à propos de « Défions l’augure » a dû être in extremis annulé ; 

    et la rencontre (regarder ici sa magique vidéo) avec Hélène Cixous, remise à l’année 2019, à propos de son opus suivant _ ce sera le tout simplement merveilleux « 1938, nuits« … _, aura lieu, à la Station Ausone, le 23 mai 2019…

    Fin de l’incise.

    …

    …

    _ 7 juin 2018 : 

    …

    _ 10 juin 2018 : 

    …

    _ 4 février 2019 : 

    …

    _ 6 février 2019 : 

    …

    _ 7 février 2019 :  »

    …

    _ 8 février 2019 : 

    …

    _ 17 mai 2019 : 

    …

    _ 5 juin 2019 : 

    …

    _ 14 juin 2019 : 

    …

    _ 17 octobre 2019 : 

    …

    …

    Et à ces 14 articles-ci,

    j’ajoute ici, par simple commodité pargmatique, 

    mes deux tous récents articles

    du 21 décembre

    _ 

    et du 23 décembre 2021

    _ 

    …

    …

    Et j’entame immédiatement ma toute première lecture de l’opus cixousien de 2020,

    au titre formidablement cixoussien, et prometteur, déjà : « Rêvoir« …

    …

    …

    À suivre,

    …

    …

    Ce vendredi 24 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Réécouter le podcast de l’entretien de Philippe Lançon et Yves Harté à propos de ce récit sublime qu’est « Le Lambeau » : un chef d’oeuvre !!!

    Le Prix Femina décerné ce lundi à 13 heures au Lambeau de Philippe Lançon _ livre sublime à tous égards !!! _

    nous offre une excellente occasion,

    outre de relire cet immense chef d’œuvre qu’est Le Lambeau,

    …

    de ré-écouter le podcast (de 46 ‘)

    _ si profondément émouvant : pour aller si magnifiquement à l’essentiel de l’humain et de l’inhumain _

    de l’entretien donné à la Station Ausone le 6 juin 2018

    par Philippe Lançon

    à son ami Yves Harté,

    à propos de ce sublime livre.

    …

    Cf mon précédent article du 13 juillet dernier :

    …

    …

    Ce prix ainsi décerné à cet extraordinaire livre

    lui offrira de très nombreux nouveaux lecteurs

    qui en seront assurément comblés !

    …

    …

    Ce lundi 5 octobre 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Jean-Christophe Bailly à Bordeaux avant-hier samedi pour le Printemps des poètes

    Avant-hier, samedi 3 mars 2018, et à l’occasion de l’annuel Printemps des poètes,

    Jean-Christophe Bailly

    était présent à Bordeaux, à la Halle des Chartrons,

    pour lire une superbe communication _ qu’il aurait dû donner à Bonn, sur les bords du Rhin, et qu’il ne put y donner pour un accident de santé _, intitulée Le Recommencement du poème.

    …

    Ce qui m’a permis de l’écouter, d’abord ; et de le rencontrer, ensuite :

    tous deux sommes de grands amis de Bernard Plossu ; et je suis un de ses très fidèles lecteurs…

    …

    Je me permets de donner ici les deux courriels que je lui ai adressés ensuite,

    le premier à 9h 45 hier :

    …

    Cher ami,

     
    au sein des manifestations du Printemps des poètes à Bordeaux,
    je participerai ce lundi soir à 19 heures à la librairie Olympique, aux Chartrons,
    à la présentation _ avec lectures des textes par leurs auteurs _ du livre de mon ami photographe Alain Béguerie Mythes d’alios (aux Éditions Marges en pages),
    en y lisant mon petit poème Chiron éducateur d’Achille enfant .
    …
    Alain Béguerie, photographe, a ramassé divers morceaux d’alios sur certains rivages de l’océan, au nord du Médoc,
    les a réunis, et en a photographié le résultat ;
    puis il a demandé à une cinquantaine des ses amis de choisir une photo
    et de bien vouloir écrire un poème (ou autre texte, à discrétion) lié à la mythologie, inspiré par cette image…
    …
    Voici donc le poème inspiré par elle (et la mythologie),
    signé Francis Lippa.
    …
    …
    Chiron éducateur
    d’Achille enfant 
    …
    Les sabots dans la glaise, et la tête dans les étoiles,
    ainsi courent les vastes plaines herbeuses
    les centaures-archers sagittaires.
    Ici, le vieux Chiron, éducateur d’Achille enfant,
    le buste encore droit bien cambré vers le ciel,
    incline avec douceur un bienveillant visage
    prodiguant à l’élève, regard aidant,
    quelque sage conseil.
    Un éclat de soleil lustre sa face patiné par les ans
    ….
    …
    Francis Lippa
    …
    P. s. : j’ai retrouvé tout ce qui concerne Thomas Jones
    _ peintre paysagiste gallois (1742 – 1803), qui sera présent dans le prochain livre de Jean-Christophe Bailly : Walles x 4, à paraître à la rentrée de septembre aux Éditions du Seuil _
    dans ma bibliothèque,
    avec, entre autres, son passionnant Journal de voyage à Rome et Naples, 1776-1783 (aux Editions Gérard Montfort).
    Mais aussi et surtout plusieurs beaux livres _ avec reproductions de paysages _ en partie à Jones consacrés,
    sur la naissance de la peinture de paysage à la fin du XVIIIe siècle, en particulier en Italie _ Jean-Christophe Bailly a longtemps enseigné à l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois…
    …
    Voici aussi un article (du 22 mai 2009) de mon blog Mollat En cherchant bien 
    où _ et en y redonnant des courriels à l’ami Plossu ! _
    je citais, à propos de ce que j’appelle « le regard étranger sur Rome », le nom du gallois Thomas Jones (« un génie ! à découvrir !!! », disais-je…) ;
    ainsi qu’un article du Monde, sous la double signature de Philippe Dagen et Michel Guerrin, associant les noms de Valenciennes (1750-1819), Jones (1742-1803) et Corot (1796-1875)…
    …
    Voici aussi l’article qui, le 23 de ce mois de mai 2009, suivait immédiatement celui-ci :
    …
    Et aussi ceci (article + podcast de mon entretien avec François Jullien, en avril 2014),
    à propos de son Vivre de paysage :
     
    Et ceci encore (en octobre 2012), à propos de l’émergence _ toujours en Italie _ du tourisme :
    suite à mon séjour (et arpentages dans les calli) à Venise en février 2011, lors du colloque Lucien Durosoir au Palazzetto Bru-Zane, où j’avais donné, le 19 février, deux contributions :
    _ cet article de mon blog, en date du 31 octobre 2012, se référait aussi au passionnant livre de Sylvain Venayre, Panorama du voyage (1780-1920)…

    …

    …

    et le second courriel , toujours hier, à 10h 30 : 

    …

    …

    Cher Jean-Christophe Bailly,

    …

    d’abord et à nouveau bravo pour votre superbe conférence d’hier, Le Recommencement du Poème :
    la Garonne à Bordeaux,
    le Rhin à Bonn (ou un peu plus en amont)
    et les chutes de Paterson, New Jersey
    se trouvent ainsi magnifiquement réuni(e)s par la double (ou triple) médiation
    de vous-même et de William Carlos Williams (+ Jim Jarmusch, aussi), d’une part et d’abord,
    et de Hölderlin, d’autre part et ensuite…
     
    Oui, tout poème
    à la fois
    commence (ou plutôt recommence, en tant que résultat _ cf les : (d’ouverture de son Paterson) de William Carlos William _,
    déjà, d’une autre expérience, antérieure : poétique elle-même ?.. ;
    et à partir de quelles conditions le devient-elle, poétique ?..)
    et inaugure comme jamais :
    en même temps ;
    …
    ou plutôt en rassemblant _ voilà ! _ hic et nunc, en un terrible geste d’urgence _ d’écriture, de l’écrire _,
    divers morceaux de temps
    (ainsi que de lieux _ cf ici le concept de télétransportation de René de Ceccatty en son merveilleux Enfance, dernier chapitre
    + mon (très détaillé, et long !) article sur ce chef d’œuvre :
    ainsi que mes remarques sur ce mot (décisif) et cette chose (décisive) de télétransportation ) :
    dans le registre d’une éternité issue _ avec gratitude au moins due, sinon effectivement rendue… _ de ces divers temps,
    par ce geste (d’écriture du poème) réunis…
    Sur ces liens _ charnels _ entre temps et éternité, relire, bien sûr, Spinoza.
    …
    (…)
    ….

    Il y a longtemps que je vous lis, cher Jean-Christophe,
    et vous suis, comme lecteur très assidu _ au moins quinze de vos livres sont à portée de directe de ma main en ma bibliothèque _,
    avant même de savoir votre amitié avec Bernard Plossu,
    dont j’ai fait la connaissance, en personne, chez Mollat, le vendredi 22 décembre 2006 seulement, dirais-je ;
    mais je connaissais déjà ses photos _ notamment L’Europe du Sud contemporaine.
    …
    Sur cette étonnante rencontre (de 45’) avec Bernard _ il s’est mis à me tutoyer au bout d’un quart d’heure, à propos de littérature et d’écrivains italiens (dont Elisabetta Rasy, que j’avais tout récemment rencontrée à Rome ; et Rosetta Loy…) _,
    j’ai écrit un petit Pour célébrer la rencontre, paru un moment sur le site de Bernard Stiegler en 2007 :
    …
    Ce texte était, à l’origine, une préface pour une publication de 3 mois d’échanges frénétiques de courriels entre Bernard Plossu et moi-même,
    mais le projet éditorial a avorté ; demeure mon texte sur le rencontrer…
    …
    Mais je veux vous dire surtout que je me sens vraiment très proche de votre forme de curiosité
    à la fois si ouverte et si exigeante en sa précision d’enquête dans le détail le plus infime du réel,
    et la variété des objets de cette curiosité, à la condition que ceux-ci méritent, bien sûr, votre intense attention !
    Outre, bien sûr, cette alliance en vous des approches poétiques et philosophiques.
    …
    Ce n’est pas sans raison que je signe les articles de mon blog Titus Curiosus…
    …
    …
     
    Si vous disposez d’un peu de temps parmi vos diverses activités,
    voici aussi des liens _ via podcasts et vidéos + les articles de mon blog Mollat En cherchant bien : http://blogamis.mollat.com/encherchantbien/ _
    à diverses rencontres de vrais amis : René de Ceccatty, Marie-José Mondzain, Bernard Plossu
    qui m’ont passionné ces derniers mois :
    …
    _ d’abord,
    ce long et dense article sur Enfance, dernier chapitre de René de Ceccatty :
    avec, pour le compléter, ce lien au podcast (de 82’) de mon entretien avec René chez Mollat
    autour de ce chef d’œuvre qu’est en effet Enfance, dernier chapitre, ainsi que sur sa traduction de La Divine Comédie de Dante :
    …
    Sur l’œuvre de René de Ceccatty,
    cf aussi ce lien à mon article du 24 mai 2016 sur son magnifique, encore, Objet d’amour :
    …
    _ ensuite,
    un lien à la vidéo de mon entretien (de 65’) avec Marie-José Mondzain, au Théâtre-du-Port-de-la-Lune le 7 novembre dernier,
    à propos du mot de Paul Klee, repris par Deleuze : « Vous savez, le peuple manque », ainsi que de son livre  Confiscation _ des mots, des images et du temps (Pour une autre radicalité) :
    …
    Sur Marie-José Mondzain,
    cf aussi ces articles :
    et
    …
    Puis celui-ci du 26 octobre 2011, à propos du livre précédent de Marie-José Mondzain, Images (à suivre) _ de la poursuite au cinéma et ailleurs :
    ainsi que cet autre, le 20 mai 2012 :
    …
    _ enfin,
    cet article à propos de Bernard Plossu et de son exposition A boire et à manger à la galerie Arrêt sur l’Image, cours du Médoc, de Nathalie Lamire-Fabre :
    avec ce lien à une courte séquence filmée (de 2’) par FR3 :
    …
    Sur Plossu,
    cf aussi ces 2 autres articles _ avec photos _ de mon blog, en 2010 et 2014 :
    à propos de Plossu-Cinéma
    …
    Et voici encore
    ceci, rédigé en 2007, en forme de proclamation : Pour célébrer la rencontre
    Si jamais, bien sûr, vous disposez de temps pour ces formes de promenades de conversations _ voilà _ avec des amis… 
    …
    Bien à vous, cher ami, dont je me sens très proche par la curiosité _ tous azimuts, ou presque _ et la pensée _ tant poétique et philosophique _,
    …
    Francis Lippa
    …
    P. s. : comme je vous l’ai dit très vite,
    je suis aussi vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux
    _ le 4 mai prochain, chez Mollat, je recevrai ainsi Frédéric Gros pour son Dés-obéir (et pour son édition des Aveux de la chair de Michel Foucault).
    Je me suis entretenu avec lui l’an dernier pour son roman Possédées ;
    _ cf le podcast de cet entretien :
    …
    Et en dehors de la Société de Philosophie,
    je m’entretiendrai aussi avec Hélène Cixous _ qui n’est jusqu’ici jamais venue chez Mollat présenter aucun de ses livres _ le 17 mai prochain,
    …
    Voici aussi un lien vers l’ensemble des podcasts de mes entretiens depuis que ceux-ci sont enregistrés et mis en ligne :
    …
    …
    Ces entretiens me sont très chers ;
    ils sont la partie émergée de mon œuvre, le reste étant non publié…
    …
    …
     
    Certains de ces entretiens _ outre ceux avec Bernard Plossu, Marie-José Mondzain et René de Ceccatty, cités ici plus haut _ sont tout simplement merveilleux !
    …
    Par exemple, celui (le 20 mai 2011) avec Jean Clair, à propos de son Dialogue avec les morts :
    …
    ou celui (le 9 mars 2017) avec Michel Deguy, à propos de son La Vie subite :
    …
    Et encore celui (le 18 septembre 2013) avec Denis Kambouchner, à propos de son L’Ecole, question philosophique :

    …

    …

    Ce lundi 5 mars 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Sur le constructivisme du savoir, un passionnant questionnement sur ses conditions de validité : un éclairant article sur le livre de Paul Boghossian « La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance », par Michel Daccache sur laviedesidees.fr

    Alors que dans un courriel

    vient de me parler de ce livre de Paul Boghossian, « La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance » _ paru aux Éditions Agone, à Marseille _,

    l’excellent bloguiste _ de « Norwich » : « Du temps et des lieux, chez W. G. Sebald et quelques autres«  : voilà ses objectifs… _ Sébastien Chevalier :

    …

    Sébastien Chevalier,

    auquel j’avais soumis la toute première version de mon article comportant mention de notre échange (privé) de courriels, en lui proposant de modifier ce qui ne lui convenait pas de voir ainsi publié,

    me demande de bien vouloir effacer toute expression privée sienne ;

    …

    et de me réduire à bien vouloir ne reproduire ce que lui-même a choisi (et contrôlé) de publier sur son blog.

    …
    En conséquence de quoi, et par la plus élémentaire courtoisie _ plus que légitime _ à son égard,

    je vais me contenter d’évoquer d’un peu loin,

    sans donner à entendre sa « voix« , son « souffle« , son « style » _ mais un auteur de blog se veut-il nécessairement un écrivain ?.. sans doute que non ! même si ce n’est pas mon cas ! mais tout le monde n’est pas moi… _ quelques éléments (culturels _ et relativement impersonnels _ seulement) de la teneur de notre conversation…

    …
    Sébastien me confiait avoir gardé de ses études un certain goût de la philosophie : au point de regretter de ne pas avoir pu (vraiment) « éterniser » sa fréquentation studieuse…

    …

    Ainsi évoque-t-il plus particulièrement la personnalité de Jacques Bouveresse et le caractère « limpide » de ses textes _ oui ! de grands livres ; d’un homme plus que honnête et plus que passionnant ! _ ; le travail de Vincent Descombes ; et ce « monde » à lui tout seul qu’est le « philosopher » de Ludwig Wittgenstein _ pour qui veut bien, du moins, faire l’effort soutenu de s’y mettre « vraiment » et le « suivre » en sa complexité…

    …

    Et puis, « dernièrement ce merveilleux livre de Paul Boghossian, « La Peur du savoir »

    _ nous y voilà ! Bravo, Sébastien ! Et ce sera là la seule expression littérale de l’expression privée de Sébastien Chevalier que je conserverai ici ; j’espère qu’il ne m’en voudra pas !

    …

    Soit, Bouveresse, Descombes, Wittgenstein, Boghossian,

    une tradition analytique, certes pas aisée du tout à suivre, le plus souvent _ pour moi non plus, bien que philosophe de formation et de profession ; mais formé à (et bien plus à l’aise dans) d’autres traditions, démarches et méthodes du « penser« –« chercher« … :

    …

    ainsi ai-je lu jusqu’au bout, mais non sans quelque difficulté, l’important « Le Complément de sujet« , de Vincent Descombes ;

    …

    mais, pour ce qui concerne Jacques Bouveresse, m’attend, comme par hasard, sur ma table de travail, à portée de mon bras, notamment son « La Voix de l’âme et les chemins de l’esprit : dix études sur Robert Musil«  : pour bien comprendre ce qui se joue aux lendemains de la « Grande Guerre« 

    (et cela, dans la perspective de ma « préparation«  de contributions au « colloque Lucien Durosoir«  à la Fondation Bru-Zane à Venise en février 2011 ; cf mon article du 4 juillet 2008 : « Musique d’après la guerre« …).

    …

    Sébastien me parle, aussi, de son goût vif de la sociologie, à commencer par celle de Pierre Bourdieu, et celle de Bernard Lahire _ là-dessus, « Bourdieu« , je « tique«  un peu ; et ma réponse (privée, elle aussi, donc) embrayera sur une critique du « sociologisme » appliqué avec œillères aux lectures de l’Art, type « La Distinction«  _ dont le sous-titre est, on ne peut plus clairement en référence à la troisième (sublime, elle !) « Critique«  de Kant : « la critique sociale du jugement » ; j’exècre, pour ma part, ce livre de Bourdieu ! et surtout les mésusages qu’il a trop copieusement semés en son sillage ; mésusages tant pratiques que théoriques (c’est-à-dire idéologiques, hélas…) ; j’en excepte, cependant, les analyses, toujours de la plus grande finesse, elles, de Nathalie Heinich ; même si je n’ai pas été jusqu’à lire son « Pourquoi Bourdieu« … De Nathalie Heinich, lire en priorité, à mon avis : « La sociologie à l’épreuve de l’art. Entretien avec Julien Ténédos« , en 2 tomes, aux Éditions Aux lieux d’être, parus en 2006 et 2007…

    …

    …
    Pour conclure,

    Sébastien Chevalier me « remerciait » pour mon « enthousiasme« 

    _ je le remercie lui aussi pour la qualité, tant de ses lettres, que de son blog !

    …

    Et m’étonne un peu aussi, au passage, de la « réserve«  exprimée par Sébastien (ou demeurée au stade de l’implicite) quant à tout enjeu de « style«  en son écriture, sur son blog, si soigné…

    …

    Même s’il s’en défend,

    ainsi que l’analysait Buffon, en son beau discours de réception à l’Académie Française,

    « le style _ quand il se met à « exister« … : et c’est le cas pour lui ! _, c’est l’homme même« …

    …

    Qui s’y exprime !

    …

    alors, donc _ je reprends l’élan de ma phrase initiale !!! _ que dans un courriel

    vient de me parler de ce livre de Paul Boghossian, « La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance«  _ paru aux Éditions Agone, à Marseille _,

    l’excellent bloguiste _ de « Norwich » : « Du temps et des lieux, chez W. G. Sebald et quelques autres«  : voilà ses objectifs… _ Sébastien Chevalier

    …

    et alors que je viens de rencontrer, à Marseille même

    _ où je m’étais rendu, vendredi 22 janvier, pour découvrir l’exposition « Plossu Cinéma » au FRAC, que dirige Pascal Neveux, et sur le chemin aixois de La NonMaison (de mon amie Michèle Cohen, à la source de ce tout ce projet et ces réalisations : Bernard Plossu peut être fier d’elle !), pour le vernissage, le samedi 23, de l’autre volet de cette merveilleuse expo « Plossu Cinéma » (cf mon article du 27 janvier « L’énigme de la renversante douceur Plossu : les expos (au FRAC de Marseille et à la NonMaison d’Aix-en-Provence) & le livre “Plossu Cinéma”« …) _,

    …

    l’historienne Emmanuelle Picard (qui dirige une collection à ces mêmes _ je le constate _ Éditions Agone)

    …

    que je viens de rencontrer, donc,

    dans le cadre de la préparation de la conférence qu’elle viendra _ sur ma proposition agréée par le comité de pilotage (et à partir d’une idée que m’a soumise Alexandre Lafon) _ animer à la librairie Mollat : le jeudi 25 mars à 18 heures, autour du livre qu’elle a co-dirigé, avec Laurence De Cock, « La Fabrique scolaire de l’Histoire« , « Illusions et désillusions du roman national » est son sous-titre, (paru aux Éditions Agone, toujours…),

    …

    voici que je découvre ce petit matin-ci, du mardi 9 février,

    que l’article du jour de laviedesidees.com _ j’y suis abonné : quelle mine d’analyses d’essais de la plus grande qualité ! _,

    …

    et sous la plume (digitale) de Michel Daccache,

    …

    est consacré

    à ce livre même de Paul Boghossian « La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance » _ paru aux Éditions Agone, à Marseille _

    dont Sébastien Chevalier m’a parlé avant-hier soir, à 18h29 !

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    Voici cet article dense et passionnant de Michel Daccache :

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     La querelle du relativisme

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    La querelle du relativisme

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    par Michel Daccache [08-02-2010]

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    La question du relativisme n’a cessé d’agiter les sciences sociales au cours des dernières années _  voici le sujet d’analyse…  Ne constituant pas un front homogène, mais plutôt une nébuleuse réunissant sous un même label des démarches différentes, aucune réfutation systématique n’avait pu en _ de ces conceptions relativistes du savoir scientifique exprimées dans le champ des sciences sociales _ être proposée jusqu’ici. C’est cette lacune que propose de combler Paul Boghossian, philosophe de la connaissance, du langage et de l’esprit.

    …

    Recensé : Paul Boghossian, « La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance« , Marseille, Agone, collection « Banc d’essais », 2009, 193 pages.

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    Exceptés quelques coups d’éclats symboliques, telle l’affaire Sokal, qui dénonçaient en pratique une option épistémologique dont les arguments restaient largement à l’abri d’une critique rigoureuse, aucune réfutation systématique du relativisme _ dont acte _ n’avait été proposée jusqu’ici. C’est cette lacune que propose de combler Paul Boghossian, philosophe de la connaissance, du langage et de l’esprit, qui a occupé la chaire de philosophie de l’université de New York de 1994 à 2004 et dont les travaux s’inscrivent clairement dans la lignée de ceux de Frege. Dans un ouvrage récemment paru en français, « La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance« , Paul Boghossian se demande si l’on peut trouver, du côté des tenants du relativisme, des arguments nous conduisant à la remise en question _ générale _ des concepts de vérité, de réalité et de connaissance, tels qu’ils sont utilisés par la science _ voilà l’enjeu de fond du débat  ! Comme le rappelle Jean-Jacques Rosat dans une éclairante préface, ce n’est donc pas le constructivisme en tant que tel qui est pris pour objet, mais le constructivisme dans ce qu’il a de plus de radical _ en ses conséquences. Reprenant la distinction opérée par Bernard Williams, il montre que le constructivisme sociologique, découlant d’un souci de véracité, c’est-à-dire de la volonté d’atteindre les motivations et les intérêts réels qui se cachent derrière certaines « vérités », gagne sans peine l’assentiment de l’auteur. C’est la défiance à l’égard de la vérité elle-même _ voilà ! _ qui lui pose question. Car, contrairement au scepticisme, ce n’est pas la possibilité d’accès à la vérité _ enjeu phénoménologique et gnoséologique seulement… _ mais le concept même de vérité _ voilà : avec ses enjeux ontologiques, au-delà de son statut épistémologique _ qui est mis en doute par le relativisme généralisé. Ce dernier prétend montrer non seulement que l’activité scientifique est une construction sociale, mais que ses résultats peuvent être soumis à _ et irrémédiablement affectés par _ une analyse en termes de construction sociale. Ce que cherche _ en ce livre _ à prouver Paul Boghossian, c’est que « cette extension à la vérité, à la connaissance et à la science en tant que telles  _ voilà ! _ d’une défiance initialement tournée vers ce qui a trop longtemps passé pour vérité [n’est pas] fondée logiquement et philosophiquement » (p. XII). Pour cela, il propose de déduire du vaste corpus constructiviste une série d’arguments qui seront reconstruits avant de voir leur validité testée. C’est que le relativisme ne repose pas sur une architecture argumentative explicite. La charge de l’argumentation en sa faveur revient donc à l’accusation. C’est cette tâche que s’attribue l’auteur, qui en distingue trois variantes tour à tour discutées.

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    Faits, justification et raison

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    La première version identifiée par Paul Boghossian est le constructivisme des faits (chap. 3 et 4). Pour ses partisans, les faits n’existent pas en tant que tels. Ils dépendent _ sans s’en émanciper jamais _ du langage au moyen duquel ils sont exprimés ; ce qui peut signifier deux choses différentes : soit qu’ils sont produits par nos descriptions (on a affaire dans ce cas à une variante de l’idéalisme radical de George Berkeley) ; soit qu’ils ne peuvent être distingués de leur description (une affirmation sur un fait n’est pas vraie en soi, mais en relation à l’ensemble des concepts et théories au moyen desquels le fait est décrit : c’est le relativisme généralisé). Paul Boghossian en propose un exemple évocateur, celui de l’origine du peuplement de l’Amérique. Alors que les scientifiques pensent que les premiers Indiens sont arrivés en Amérique par le détroit de Béring, les tribus indiennes pensent, elles, qu’ils sont magiquement sortis de terre. Pour le relativiste accompli, on est ici en présence de deux théories incommensurables, chacune produisant les faits et concepts qui vont lui servir à répondre à la question posée. Écartant le contre-argument classiquement opposé au relativisme (celui de l’auto-réfutation), dont il juge qu’il serait aisé pour un relativiste de venir à bout, Paul Boghossian développe un contre-argument original : « Un relativisme cohérent ne peut être que local […]. Rendre relatif un énoncé qui était absolu, c’est en effet le mettre en relation avec un nouvel énoncé qui, lui, est nécessairement absolu […]. Ainsi, l’opération de relativisation suppose, par définition, l’existence d’une classe d’énoncés non-relatifs » (p. XIV). Dans le cas de l’origine du peuplement indien, le relativiste admet fatalement des faits de niveau supérieur, posés comme des absolus. Par exemple, c’est pour lui un fait qu’il existe deux théories concurrentes. Et même si ce fait-là était relativisé, d’autres prendraient sa place. Il faut donc renoncer au constructivisme général des faits.

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    La seconde version décrite n’est pas, contrairement à la première, métaphysique, en ce sens qu’elle ne porte plus sur les relations entre les faits et le discours, mais épistémologique, se concentrant sur les modalités d’administration de la preuve. C’est le constructivisme de la justification (chap. 5 à 7). Ce qui est ici en question, c’est le processus de connaissance en ce qu’il établit des liens entre faits de manière à constituer un véritable système épistémique. L’auteur en donne différents exemples. Celui des fossiles d’abord. Pour qu’une simple pierre se trouve transformée en fossile, avec tout ce que cela implique, il faut qu’elle puisse s’inscrire dans un système épistémique général qui en fasse une donnée empirique pertinente pour la compréhension de l’évolution de la vie sur terre. Il faut donc disposer de principes épistémiques adaptés à cette vision des choses. Un autre exemple est celui de la dispute opposant Galilée au Cardinal Bellarmin au sujet de la configuration des astres. Dans le système épistémique proposé par Galilée, la véracité d’une proposition se démontre par une expérience empirique. Par exemple, l’hypothèse de l’héliocentrisme peut être confirmée par un simple coup d’œil jeté dans une lunette astronomique. Le problème est que ce qui vaut pour Galilée comme norme épistémique ne vaudrait en rien pour le Cardinal. Celui-ci aurait beau regarder dans la lunette, il n’y verrait _ de fait, en sa « vision« , en fonction de sa « focalisation«  propre : comportant de l’exclusion ; une zone « aveugle«  : le « Ciel« … _ aucune preuve de quoi que ce soit, seule comptant _ et intangiblement !  « Noli me tangere » !.. _ pour lui la fidélité _ sacro-sainte ! _  aux Écritures. Nous serions ici face à deux systèmes de justification parfaitement incommensurables _ voilà ! À l’appui de cette vision, le relativiste arguera qu’il est impossible de justifier un énoncé si l’on se trouve confronté à un système épistémique radicalement étranger.

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    Mais un tel système existe-t-il ? ou ne s’agit-il que d’un cas limite purement théorique ? Paul Boghossian fait remarquer qu’une société ayant recours à des procédés logiques radicalement différents n’existe probablement pas. Comme Galilée, Bellarmin se fiait _ certes _ à ses yeux en matière de connaissance. Seul le ciel constituait une exception notable _ et incontournable pour lui ! Exception qui, suite à un débat _ long, long, long ! _ au cours duquel les partisans de Galilée l’ont emporté _ in fine _ en mobilisant des arguments valables dans les deux camps, a fini par être remise en question _ à quelle date ? Il existe donc, selon l’auteur, des principes épistémiques de base, universels, tels que le « principe d’observation » (p. XVIII). Par ailleurs, il montre que le constructivisme de la justification est incapable d’offrir une épistémologie cohérente. En effet, si les principes de justification « doivent être compris comme des propositions (c’est-à-dire comme des énoncés susceptibles d’être vrais ou faux), le constructivisme de la justification doit les tenir pour faux puisque aucun fait, selon lui, ne leur correspond. Mais si tous les principes de n’importe quel système épistémique sont faux, pourquoi y recourir pour justifier des croyances ? » (p. XIX).

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    La troisième version étudiée est le constructivisme de l’explication rationnelle (au chapitre huit) selon lequel les croyances sont en dernière instance motivées par des facteurs extra-scientifiques ou extra-rationnels (intérêts, désirs, passions, etc.). Face à cet ultime argument, l’auteur se demande si, alors que personne ne pense à mettre en question l’influence de facteurs externes dans le processus de production de la science, ce constat doit fatalement nous conduire à abandonner le concept de vérité. La question étant plutôt pour lui, comme pour Jacques Bouveresse, de savoir à quelles conditions peut être atteinte une vérité transhistorique malgré l’extrême variabilité des situations et des intérêts, nous invitant ainsi à distinguer _ voilà l’apport de l’analyse philosophique _ entre contextes de découverte et de justification.

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    Trois exemples : Foucault, Latour, Stengers

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    Une fois explicitées et discutées les différentes versions du constructivisme, l’auteur en propose trois cas exemplaires (étudiés en annexes) : Bruno Latour, Isabelle Stengers et Michel Foucault. Bruno Latour incarnerait parfaitement le constructivisme des faits. Dans un texte ancien, il affirme par exemple que le bacille de Koch ne peut être tenu responsable de la mort de Ramsès II, contrairement à ce qu’affirment les scientifiques ayant expertisé en 1976 la momie du Pharaon. Et pour cause : le bacille n’existait pas au deuxième millénaire avant J.-C. dans la mesure où il n’avait pas encore été découvert. Paul Boghossian de rétorquer que les instruments de la médecine moderne, loin de le faire exister, ne font qu’identifier un bacille qui était déjà là _ mais seulement insu. Avec Isabelle Stengers, c’est la pertinence de la méthode expérimentale qui est mise en doute, puisqu’elle ne s’appuierait aucunement sur des faits positifs indépendants des savants. Ce sont ces derniers qui, maîtres du processus, s’auto-attribueraient le droit de parler au nom de la nature dont ils deviennent ainsi les « ventriloques ». Le dispositif du savant, véritable « faitiche » (pour reprendre le jeu de mots qu’elle emprunte à Bruno Latour) révèle en réalité la nature magique _ thaumaturgique _ de la pensée scientifique. Paul Boghossian d’affirmer en retour que « pour prétendre que ce sont les faits qui sont construits et pas seulement le langage dans lequel nous les décrivons _ distinguo crucial _, il faut croire que le langage est tout et décide de tout _  ce qui pourrait bien être une forme occidentale et contemporaine de la pensée magique » (p. 171) _ car les faits existent bel et bien indépendamment du discours qui les énonce et du jugement qui les établit : ils leur pré-existent… La pensée de Michel Foucault, enfin, combine constructivisme de la justification et de l’explication rationnelle. La vérité ne désigne pas, selon lui, une adéquation entre faits et énoncés, mais un ensemble de procédures et de normes soutenu par un dispositif de pouvoir constituant un régime épistémique. L’adoption de telle ou telle « vérité » dépendrait donc non pas de motifs rationnels mais d’intérêts de toutes sortes _ qui les posent et les font adopter. Or une telle position, affirme Paul Boghossian, a pour défaut de ne pas tenir compte de la distinction nécessaire  _ voilà sa position, sa thèse _ entre ce qui est vrai et ce qui est _ seulement _ tenu pour vrai.

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    En définitive, Paul Boghossian montre que rien ne nous conduit _ ni oblige et force _ à remettre en question les concepts traditionnels de vérité, de réalité et de connaissance _ le voilà rassuré ! Reste donc à identifier les raisons _ historiques _ du succès _ seulement de fait ; sinon de mode ; et non de droit ! _ de l’option relativiste. « Pourquoi cette peur du savoir ? », s’interroge l’auteur (p. 162) _ cette réticence-résistance ?.. Le relativisme séduirait _ certains esprits : fragiles ? _ pour deux raisons, l’une n’étant « qu’apparemment bonne » et l’autre « foncièrement mauvaise » (p. XXV). La première concerne les droits des dominés : ceux-ci seraient _ apparemment seulement _ mieux garantis _ en tant que « droits« … _ par une approche semblant _ voilà _ donner même statut _ de légitimité _ à toutes les visions du monde _ en leur « diversité » (aujourd’hui menacée)… Mais « si les puissants ne peuvent plus critiquer les opprimés parce que les catégories épistémiques fondamentales sont inévitablement liées à des perspectives particulières, il s’ensuit également que les opprimés ne peuvent plus critiquer les puissants. Voilà qui menace d’avoir des conséquences profondément conservatrices » (p. 162). La seconde raison, plus inavouable, c’est que l’option relativiste « donne du pouvoir » (p. 162), notamment au sein de l’univers académique _ cela me rappelle le  (malin) plaisir éprouvé jadis à la lecture de l’« autobiographie«  intellectuelle du « disciple » dissident (et « anarchiste » _ cf aussi son vibrant « Contre la méthode : esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance« …) de Karl Popper, Paul Feyerabend, dans ce livre très incisif qu’est « Tuer le temps » (paru en traduction française aux Éditions du Seuil en 1996 : deux ans à peine après la mort de ce brillant épistémologue). Son premier effet serait de rabaisser _ la légitimité de fond de _ l’ensemble des connaissances disponibles, permettant ainsi _ stratégiquement ! _ au penseur relativiste de s’attribuer _ en utilitariste pragmatique, sur le terrain chaud-brûlant de la course aux places et aux subventions de tous ordres… _ un point de vue supérieur _ tel le chat Grippeminaud (ou Raminagrobis) de la fable de La Fontaine, « Le Chat, la belette et le petit lapin » (« Fables mises en vers », VII, 16) :

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    « Grippeminaud le bon apôtre
    Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
    Mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre.
    Ceci ressemble fort aux débats qu’ont parfois
    Les petits souverains se rapportants aux Rois.
    « 

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    L’ouvrage de Paul Boghossian a donc pour vertu de valider les indéniables acquis du constructivisme (il « révèle les contingences _ voilà : empiriques et historiques _ de certaines pratiques sociales qui ont pu être considérées à tort comme _ voici le péché de présomption : _ fondées en nature », p. 161), tout en critiquant ses excès (« il s’égare quand il aspire à devenir _ indument ! _ une théorie générale de la vérité ou de la connaissance », p. 161). Outre le fond, le texte se signale par un style sobre et clair, typique de la philosophie analytique anglo-saxonne.

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    Un relativisme construit ?

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    La méthode employée dans l’ouvrage peut cependant être discutée. En effet, critiquer un argumentaire que l’on a soi-même constitué (selon des modalités qui ne sont à aucun moment _ réellement _ explicitées) pose quelques problèmes. Par exemple, on peut se demander si, à trop vouloir reconstituer des arguments relativistes jamais énoncés tels quels dans la réalité, l’auteur ne finit pas par construire un front de lutte certes homogène mais en partie imaginaire. Par ailleurs, en qualifiant de « relativistes » ou de « constructivistes » des approches extrêmement variées _ sous prétexte d’embrasser large pour mieux passer au crible l’ensemble des arguments relativistes _, l’auteur inclut peut-être dans la cible de sa critique des courants de pensée qui n’y ont pas leur place. Ainsi, certains ont souligné que l’on pouvait être « anti-factualiste » (c’est-à-dire contester l’existence de faits indépendants) sans pour autant être relativiste (Deroy, 2008) _ à méditer ! Dans le même ordre d’idées, on peut faire grief à l’auteur d’interpréter certaines positions intellectuelles dans un sens relativiste alors que cela ne va pas de soi. C’est notamment le cas de sa lecture de la pensée Michel Foucault, que d’autres (on pense ici à Paul Veyne _ en son « Foucault, sa pensée, sa personne« , en _  2008 _ je l’ai lu _) qualifieraient plus volontiers de sceptique, se méfiant non pas de la vérité en général, mais des vérités générales ; alors que d’autres encore verraient dans son œuvre une interrogation constante sur les conditions historiques et sociales d’apparition d’une vérité transhistorique. Sur le plan épistémologique, certains auteurs ont également souligné que l’on pouvait tout-à-fait « concevoir que la réalité aille de pair avec l’accessibilité épistémique, mais, s’il s’agit là aussi d’une thèse relativiste, toute philosophie anti-réaliste (au sens dumettien du terme [c’est-à-dire considérant qu’un énoncé n’est vrai que s’il est vérifiable et faux s’il est réfutable]) se voit placée dans l’obligation de se démarquer explicitement du relativisme » (Deroy, 2008). On peut par ailleurs reprocher au texte, malgré une véritable logique dans la construction de l’argumentation, d’affirmer certains points qui, sans être réellement étayés, ressemblent plus à des énoncés apodictiques qu’à de véritables arguments. C’est notamment le cas au niveau de la critique de l’inconsistance et de l’instabilité de l’épistémologie du constructivisme de la justification (développée au chap. 6 et reprise en annexes, p. 176-177, pour critiquer la démarche foucaldienne). Enfin, au lieu de les laisser pour les annexes (où ils sont d’ailleurs abordés de manière rapide), on aurait souhaité voir l’auteur discuter dans le corps du texte les arguments de tel ou tel auteur. Car, à trop vouloir dépersonnaliser l’objet de sa critique, l’auteur manque parfois une véritable discussion avec les textes constructivistes.

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    C’est pour toutes ces raisons que cet ouvrage semble, pour le moment, avoir plus agité le camp anti-relativiste, qui y reconnaît volontiers ses options théoriques, que les relativistes eux-mêmes, qui restent indifférents à la critique d’une argumentation qu’ils n’ont jamais revendiquée en tant que telle. « La Peur du savoir«  n’en reste pas moins un ouvrage important qui contribuera certainement à clarifier le débat autour du constructivisme de la connaissance. Il s’agit par ailleurs d’un texte fondamental pour les sciences sociales _ voilà _ ; et cela pour au moins deux raisons. D’abord, parce qu’il permet une meilleure maîtrise de leur épistémologie _ ce n’est pas peu ! j’y suis personnellement très sensible ! d’où mon très vif intérêt à cet aspect, aussi, du travail de « La Fabrique scolaire de l’Histoire » de Laurence De Cock et Emmanuelle Picard ; et à mon investissement dans l’organisation de la conférence du jeudi 25 mars prochain, à 18 heures, dans les Salons-Albert-Mollat, rue Vital-Carles, à Bordeaux _ par les chercheurs en sciences humaines et sociales. Ensuite, parce qu’il a une portée politique réelle _ notamment en ce qui concerne les droits des dominés _ qui ne peut laisser sociologues et historiens indifférents.

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    par Michel Daccache [08-02-2010]

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    Aller plus loin

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    - La page web de Paul Boghossian : http://philosophy.fas.nyu.edu/object/paulboghossian.html.

    - Paul Boghossian, « What the sokal hoax ought to teach us. The pernicious consequences and internal contradictions of “postmodernist” relativism », Times Literary Supplement, 13 décembre 1996, p. 14-15.

    - Paul Boghossian, « Blind Reasoning », Aristotelian Society, Supplementary volume, 77, 1, 2003, p. 225–248.

    - Paul Boghossian, Christopher Peacocke (dir.), « New Essays on the a priori« , Oxford, Oxford University Press, 2000.

    - Pierre Bourdieu, « Science de la science et réflexivité« , Paris, Seuil / Raison d’agir, coll. « Cours et travaux », 2000.

    - Jacques Bouveresse, « Rationalité et cynisme« , Paris, Minuit, coll. « Critique », 1984.

    - Jacques Bouveresse, « Le Philosophe et le Réel. Entretiens avec Jean-Jacques Rosat« , Paris, Hachette, 1998.

    - Ophélia Deroy, « Des menaces postmodernistes au défi relativiste. À propos de « Fear of Knowledge » de Paul Boghossian », Tracés. Revue de Sciences humaines, 2008, n° 12 : (http://traces.revues.org/index220.html)

    - Jean-Jacques Rosat, « Le constructivisme comme outil de pouvoir aux mains des intellectuels », Agone, 41/42, 2009, p. 245-261.

    - Alain Sokal, « Pseudo-science et post-modernisme« , Paris, Odile Jacob, 2005.

    - Alain Sokal, Jean Bricmont, « Impostures intellectuelles« , Paris, Livre de Poche, 1999.

    - Paul Veyne, « Foucault, sa pensée, sa personne« , Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque des idées », 2008.

    - Crispin Wright, « Intuitionism, realism, relativism and rhubarb », in P. Greenough, M. Lynch, « Truth and Realism« , Oxford, Oxford University Press, 2006, p. 38-60.

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    Un dossier (épistémologique) passionnant, comme on voit et mesure bien.

    Et ouvert : à suivre !

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    Et creuser un peu plus, même…

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    Titus Curiosus, ce 9 février 2010