Étiquette : « Boleto – le mystère Ravel »

  • Pour compléter le dossier « Bolero – le mystère Ravel » du biopic d’Anne Fontaine…

    Afin de compléter-agrémenter un peu mon article d’avant-hier 9 janvier « La cinéaste Anne Fontaine se confrontant, en son biopic « Bolero », au « mystère Ravel » : ce qui n’est guère abordé… « ,

    je me permets de renvoyer aussi, ce samedi 11 janvier 2025, à deux articles parus sur le site de Resmusica, en dates du 9 mars, sous la plume de Jean-Luc Clairet, « Bolero, le film : deux heures au musée« , et du 23 décembre 2024, sous la plume de Nathalie Filloux, « Ravel Bolero, le livre » :

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    « Bolero, le film : deux heures au musée« , le titre est déjà explicite ;

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    et « Ravel Bolero, le livre« .

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    Bolero, le film : deux heures au musée

    Le cinéma français se penche sur un grand compositeur français. Tous les atouts de la réussite sont réunis _ a priori. Mais la réalisation d’ ne s’affranchit pas suffisamment des carcans de l’hagiographie _ et demeure bien trop à la surface du « mystère » de l’homme Ravel…
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    Ken Russell (The Music lovers) avant-hier, Kirill Serebrennikov (La Femme de Tchaïkovski) hier : de l’Angleterre, de la Russie, et même de la France (Tous les matins du monde, d’Alain Corneau), la voie semblait enfin tracée. D’, entrée en fanfare dans le Septième Art avec le très audacieux _ et très réussi ! Sorti sur les écrans en septembre 1997, ce film est demeuré marquant… _ Nettoyage à sec, également à son meilleur avec le plus récent _ en 2016 _ Les Innocentes, on attendait autre chose que ce Bolero presque impersonnel, déjà destiné à allonger la funeste liste des films banals et compassés consacrés aux dieux de l’histoire de la musique.

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    Bolero est pourtant né sous les meilleurs auspices : la plume originelle de Pierre Trévidic, les mains d’ (embauché aussi pour régler son compte au _ méchant _ critique Pierre Lalo), le corpus envoûtant du compositeur (assez bref, il irrigue abondamment le film), le privilège opportun _ certes _ d’un tournage dans la maison _ si singulière, déjà _ du compositeur (le Belvédère, à Montfort-l’Amaury), une distribution aux petits oignons. Doria Tillier, mécène et amie subtile en Misia Sert, Emmanuelle Devos, merveilleuse Marguerite Long,   délectable Ida Rubinstein (surtout quand elle ne fait que parler, comme l’indiquent des scènes de ballet très découpés), Sophie Guillemin entérinant en Madame Revelot (la gouvernante de ) le splendide retour cinématographique acté en 2023 dans L’Île rouge de Robin Campillo, Anne Alvaro en monument _ splendide, oui, et en dépit de la brièveté de ses apparitions dans le film… _de bonté maternelle : toutes femmes _ oui, je l’ai aussi remarqué… _ (Vincent Perez en Cipa, se chargeant seul du versant de l’amitié masculine) aux petits soins du Maurice le plus célèbre de France, incarné avec une vraisemblance indiscutable _ maisoui ! _ (il joue même les 80 % de la copieuse bande-son) par Raphaël Personnaz.

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    Le Mystère Ravel, sous-titre l’affiche du film. Discret, secret _ c’est d’une incontornable évidence… _, n’a rien lâché _ jamais _ de sa vie intime. Si le musicien est connu sur les cinq continents (le très habile générique début fait se succéder les interprétations les plus inattendues du chef-d’œuvre), l’homme est un mystère dont l’on espérait bien _ en effet ! _ que la réalisatrice allait avoir à cœur de passer la carapace aux rayons X de sa caméra. Lorsqu’elle s’y emploie effectivement, l’objectif s’émeut dont l’on goûte le mouvement délicat au cours d’une scène très gracieuse consacrée aux questionnements de Misia à l’adresse de celui qui avoue de lui-même ne pas beaucoup mettre son cœur à contribution _ du moins son exposition publique… Le Ravel de Fontaine en probable messie _ mais c’est là beaucoup s’avancer : ne pas confondre réalité et exposition publique : Ravel était seulement un homme discret, délicat, et secret… _ du no sex en vogue, voilà qui est habilement effleuré.

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    Dans la foulée de ce presque aveu _ pas vraiment… _, le film, ainsi que son titre l’indique, préfère suivre à pas comptés la genèse de la pièce la plus sexuée _ érotique _ du compositeur : le Bolero, cette danse espagnole du XVIIIᵉ siècle que lui réclama, en 1927, la danseuse des Ballets russes, Ida Rubinstein _ Ravel avait aussi envisagé Fandango…. De ce tube planétaire (un carton final affirme que, tous les quarts d’heure, le Boléro de Ravel démarre quelque part dans le Monde _ mais oui ! _), de cette vache à lait sonnante et trébuchante que des ayants-droits veulent aujourd’hui encore arracher à l’escarcelle du domaine public, Ravel qui, à la fin de sa vie, doutait qu’il en eût été l’auteur, confiera à Honegger : « Je n’ai fait qu’un chef-d’œuvre, c’est le Bolero ; malheureusement il est vide de musique. »

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    Fait d’aller-retours temporels (la tournée américaine de 1928, l’échec à répétition des cinq Prix de Rome, l’armée dont, assez curieusement, Ravel tint à forcer l’entrée _ il en avait été régulièrement exempté pour des raisons de poids et de taille _, la maladie neurodégénérative qui l’emportera trop jeune…), le film radiographie l’élaboration de la scie musicale la plus fameuse de la planète (pensée pour le désopilant Batteur du Bolero de Patrice Leconte _ en 1992 _ avec Jacques Villeret). Comme dans une des éditions discographiques des Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, où l’on peut suit note à note comment Michel Legrand finit par trouver la mélodie « Nous sommes deux sœurs jumelles », , à l’instar d’un guide de musée, suit le travail d’entomologiste de au piano à la recherche du thème que les ouvriers chanteront bientôt sur les chantiers. Elle le montre également _ déjà à l’ouverture, quasi bruitiste, du film _ faire musique de tous les bruits de son quotidien (« Mon inspiration vient des machines », disait-il _ et son père, Pierre-Joseph Ravel, était un très ingénieux ingénieur… _). La leçon de la réalisatrice, dont le père _ Antoine Sibertin-Blanc (1930 – 2012) _ était compositeur et organiste, elle-même danseuse, est certes instructive, mais on la suit d’un œil davantage scolaire que cinéphilique.

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    Anne Fontaine réussit néanmoins presque sa conclusion. Les dernières scènes suscitent l’admiration : dans un très beau noir et blanc, les derniers instants de Ravel font défiler toutes les femmes de sa vie, sans oublier Maman (on sait combien le compositeur s’effondra au décès de cette dernière _ le 5 janvier 1917 _) avant de passer le relais à François Alu, danseur étoile de l’Opéra de Paris, dont le surgissement, l’animalité sensuelle sans entraves, propulse enfin le film à la hauteur qu’on lui souhaitait. Mais la séquence, formidablement filmée et chorégraphiée, est beaucoup trop brève _ probablement. Les deux heures pleines du film n’autorisaient-elles pas toute la place aux seules 15 minutes du Bolero ? On regrette _ pas moi ! _ Claude Lelouch, et son Les Uns et les autres, dont la caméra se laissait envoûter par le sublime en action : le corps de dans la géniale (et intégrale) chorégraphie d’un autre célèbre Maurice français, Béjart.

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    Le dernier plan du film, dédié à la gloire de Raphaël Personnaz en Ravel chef d’orchestre, nous ramène naïvement au musée. Peut-être Anne Fontaine, très documentée, voulait-elle rappeler aussi les mots vachards de la fidèle Marguerite Long : « C’était un très mauvais pianiste et un chef d’orchestre encore pire. »

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    Crédits photographiques : © SND Distribution

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    Boléro. Un film d’Anne Fontaine. Scénario : Anne Fontaine, Claire Barré, avec la collaboration de Pierre Trividic, Jacques Fieschi, Jean-Pierre Longeat. Avec : Raphaël Personnaz, Jeanne Balibar, Emmanuelle Devos, Sophie Guillemin, Dora Tillier, Anne Alvaro, François Alu, Vincent Perez, Serge Riaboukine, Alexandre Tharaud, Florence Ben Sadoun, Mélodie Adda, Marie Denarnaud.. Musique : Maurice Ravel (1875-1937). Frédéric Chopin (1810-1849). Musique additionnelle et Direction musicale: Bruno Coulais. Distribution : SND Distribution. Sortie le 6 mars 2024. Scope 2/35. Durée : 120:00

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    Et puis : 

     

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    Ravel Boléro, le livre

    Accompagnant l’exposition présentée au Musée de la musique – Philharmonie de Paris jusqu’en juin 2025, le catalogue « Ravel, Boléro », sous la direction de Lucie Kayas, se veut un beau-livre à part entière.
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    C’est la maison de qui ouvre l’ouvrage grâce à une iconographie spécifique, reproduite sur un papier de couleur foncée, bien différenciée. En premier, la plaque en céramique du « Belvédère », ensuite une vue extérieure en dézoomant en quelque sorte, puis les intérieurs, si raffinés _ en effet _ : le salon, la chambre, le bureau, et enfin le piano pour plonger au cœur de l’univers du compositeur. Le ton est donné. D’autres photographies des lieux viendront en pages de conclusion, dont le petit jardin et son bassin moussu, si intime.

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    Dix-huit chapitres structurent l’ensemble sur le modèle des dix-huit entrées de la partition du Boléro. Tour à tour musicologues, compositeurs, écrivains et artistes se succèdent pour évoquer telle ou telle facette ravélienne, illustrée par les images des objets, dessins, tableaux et partitions exposées dans le cadre de l’exposition. Entre chaque section, des extraits de correspondances de Ravel ou à son sujet ponctuent la lecture.

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    L’écrivaine Claire Houdart évoque les influences nouvelles, dont le japonisme, dans la décoration du Belvédère, qu’elle décrit, et que l’on retrouve dans la musique du compositeur. Le musicologue François Dru présente l’écriture et le parcours de la partition d’une œuvre dont « la magie reste entière », « une étonnante machine » pour Pierre Korzillius commissaire de l’exposition, qui va jusqu’à être comparée avec gourmandise à un dessert par le chef Klaus Mäkelä. Le spécialiste de Ravel, Manuel Cornejo nous parle du penchant de Ravel pour un « hispanisme flamboyant » selon le mot du poète René Chalupt, tandis que pour le musicologue Emmanuel Reibel, Ravel reste « un grand enfant émerveillé et farceur », « un magicien de l’orchestre » pour l’éditeur Jean-François Monnard. Le fort attrait du compositeur pour la danse est évidemment central quand on parle du Boléro. « L’âme de la danse peut être perçu dans l’esprit même de ses compositions, dans ses rythmiques et ses pulsations » souligne Claude Abromont. Bien évidemment une section est consacrée à la danseuse Ida Rubinstein commanditaire de l’œuvre, à qui le ballet est dédié et qu’elle danse en 1928. Le chorégraphe Dominique Brun dresse son portrait de femme forte et pionnière (« son goût pour la beauté », « l’intensité de sa présence » quand « sa musicalité la met en mouvement »). Le percussionniste de l’Orchestre de Paris, , parle lui de la difficulté de jouer le Boléro, de l’importance du placement de la caisse claire… La transe est même plus loin expliquée du point de vue d’une psychanalyste. Et pour revenir sur terre, la succession compliquée de  fait l’objet d’un chapitre entier : « une affaire de droits d’auteur ».

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    Ce livre-catalogue, ni biographie du compositeur, ni essai musicologique sur l’œuvre, s’appréhende plus par touches et impressions, notes et pensées, réhaussé significativement par la belle iconographie relative aux collections de la BnF, décrites dans une section par , conservateur général au département de la musique.

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    En somme, un beau-livre qui peut tout à fait mener sa vie par lui même.

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    Voilà ce complément à mon article d’avant-hier « La cinéaste Anne Fontaine se confrontant, en son biopic « Bolero », au « mystère Ravel » : ce qui n’est guère abordé… « …

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    Ce samedi 11 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa