Étiquette : CD « French Orchestral Favourites »

  • John Wilson : « le chef qui sait faire jouer français » à merveille ! Le CD Chandos « French Orchestral Favourites » (Dukas, Debussy, Chabrier, Ravel, Saint-Saëns, Bizet), rien moins que « indubitablement l’un des très grands disques d’orchestre de ces dix dernières années »… Transparence et fluidité, et propulsion parfaite du rythme, à la française…

    C’est un bref article de Christophe Huss, sobrement intitulé « French Orchestral Favourites», Sinfonia of London, John Wilson« , paru dans « Le Devoir » de Montréal le 24 avril dernier, qui m’a simplement signalé – sans dithyrambiques flons-flons… – la parution, le 1er mai dernier, du CD de John Wilson, avec son orchestre Sinfonia of London, du CD Chandos CHSA 5379 « French Orchestral Favourites » :

    un « CD sympathique et efficace – sic : sans rien de plus d’appréciation… – , repéré en temps de disette d’enregistrements orchestraux. John Wilson est devenu pour Chandos « Monsieur musique française » » – sans davantage de développements…

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    Mais comme il se trouve que j’apprécie beaucoup, beaucoup – cf la chaleur de mes précédents articles « Parmi l’offre discographique ravélienne (plus ou moins) récente, deux CDs de réunions d’oeuvres bien spécifiques : orchestrales, par John Wilson ; et pour violon et piano, par Elsa Grether et David Lively… Ou l’éloge du medium disque…« , « A partir d’un travail sien de révision des partitions (jusqu’ici truffées d’erreurs), le chef John Wilson vient nous offrir une magistrale interprétation de ce chef d’oeuvre de Ravel qu’est le Ballet complet de « Daphnis et Chloé »… » et « Un nouveau passionnant travail ravélien du chef anglais John Wilson et son orchestre Sinfonia of London : la Suite d’orchestre « Le Tombeau de Couperin », associé au « Divertimento » Op. 18 (de 1943) de Lennox Berkeley, et la « Symphony n°3 » (de 2021) d’Adam Pounds ; ou d’un certain héritage orchestral ravélien et de l’éthique musicale de la lisibilité… » en dates des 1er septembre 2022, 4 avril 2024 et 30 avril 2024, et à propos des précédents, tous magnifiques, CDs Chandos CHSA 5280, CHSA 5327 et CHSA 5324…  – ce jeune chef anglais, John Wilson, né à Gateshead (Tyne and Wear) en 1972, et son cher orchestre Sinfonia of London – lire en détails sur lui cette assez bien informée notice de wikipedia… – ,

    j’ai immédiatement commandé ce CD Chandos CHSA 5379 « French Orchestral Favourites » – enregistré à Kilburn (Londres) en des sessions particulièrement soignées entre le 7 novembre 2023 et le 7 janvier 2025 – à mon disquaire préféré,

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    et il se trouve que le jour même de sa réception (et son écoute !), hier samedi 23 mai, quelle n’est pas ma très heureuse surprise de découvrir sur l’excellent site de Crescendo Magazine ce très bel article très détaillé et superbement juste, sur ce CD, et partageant mon enthousiasme de l’écoute du CD (!!!), de Pierre-Jean Tribot, à la très fine oreille, intitulé : « Le panorama orchestral français de John Wilson« ,

    que je m’empresse de partager ici, avec de modestes farcissures de ma part :

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    Le panorama orchestral français de John Wilson

    par Pierre Jean Tribot
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    Paul Dukas (1865-1935) : L’Apprenti sorcier. Claude Debussy (1862-1918) : Clair de lune, extrait de la Suite bergamasque (orchestration John Wilson, 1994). Emmanuel Chabrier(1841-1894) : Joyeuse Marche. Maurice Ravel (1875-1937) : Une Barque sur l’océan, n° 3 des Miroirs (orchestration du compositeur, 1906). Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Danse macabre, op. 40. Georges Bizet (1838-1875) : Suites de Carmen (révision par John Wison lui-même d’arrangements d’Ernest Guiraud, édition Fritz Hoffmann), présentées dans un ordre choisi par John Wilson. Sinfonia of London, John Wilson, direction ; Charlie Lovell-Jones et John Mills, premiers violons ; John Mills, violon solo (Saint-Saëns et Bizet). 2025-2026. Livret en anglais. 1 SACD hybride Chandos CHSA 5379.

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    Il fut un temps — la grande époque du 33 tours – en effet – — où les chefs et les labels considéraient comme une évidence de graver des panoramas de tubes orchestraux français – à destination d’un très large public à conquérir par le disque. Stokowski en faisait des feux d’artifice de couleurs pour RCA et Decca, Karajan en signait des florilèges chez DGG, Munch et Paray en livraient des galeries entières chez RCA et Mercury, sans parler des albums d’Ansermet à Genève, de Cluytens à Paris, de Martinon à Chicago, ou des disques Reader’s Digest qui mettaient L’Apprenti sorcier, la Danse macabre et la Suite de Carmen dans toutes les discothèques bourgeoises de l’après-guerre – voilà. Ces albums étaient des cartes postales sonores assumées, et c’est précisément pour cela qu’ils ont fait école : on y entendait des chefs qui savaient tenir un programme de pièces célèbres – voilà – , en faire un parcours et non une succession. Avec l’arrivée du CD et la montée en puissance des intégrales — symphonies, concertos, opéras — ce format a quasiment disparu, jugé – désormais – trop peu prestigieux, trop « éclaté », trop grand public – voilà. C’est dans ce trou de la discographie que vient se loger ce nouveau John Wilson chez Chandos, et il faut saluer la justesse – dont acte – du geste.

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    Car ce que démontre ce disque, page après page, c’est une maîtrise stylistique – voilà – proprement stupéfiante – absolument !!! Et dans le plus grand naturel… Et j’adhère pleinement à cette appréciation de Pierre-Jean Tribot ici sur ce que réussit si bien à obtenir John Wilson de son orchestre et des ses enregistrements, alors que moi-même ne vais guère vers ce que j’appréhende comme des compilations discographiques trop éclatées et donc fort peu attractives… John Wilson possède au plus haut degré cette qualité devenue rare : il sait faire jouer français – voilà qui est idéalement ressenti ici ! Sa direction conjugue deux exigences que l’on croit souvent contradictoires — une transparence absolue de la texture – oui – , qui laisse voir chaque ligne, chaque contrechant, chaque détail d’orchestration, et un impact, une frappe rythmique, un sens du climax – voilà, incisifs, mais sans violence ni exagération aucune, et toujours avec une supérieure élégance… – qui n’épargnent jamais l’auditeur. Et ce qui fascine, par-dessus tout, c’est son sens du rythme – et j’y suis moi aussi éminemment sensible – : une pulsation tenue, jamais raide – surtout pas ; au contraire, suprêmement souple et merveilleusement fluide – , capable de graduer – avec finesse – la tension – soutenue et portée : voilà – à l’intérieur d’un même morceau, de faire respirer – voilà, voilà, c’est capital !.. – une phrase sans perdre l’unité métrique, de laisser claquer un accent sans rompre le flux – c’est très exactement cela. C’est cette qualité — proprement rare aujourd’hui — qui donne à chaque page – à la fois – sa cohérence interne et sa propulsion – qui donne la joie irrésistible de l’élan, et avance…
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    Mais cet album ne serait rien sans l’orchestre absolument fabuleux – mais oui ! C’est encore formidablement juste ! – que Wilson a constitué autour de lui. Le Sinfonia of London – repris par John Wilson en 2018 – est aujourd’hui une formation d’élite dans tous les compartiments du jeu. Les individualités d’abord : chaque pupitre solo — de la flûte et du cor anglais qui dessinent les ondulations d’Une Barque sur l’océan aux interventions de violon de John Mills dans la Danse macabre et le Nocturne de Micaëla — possède une personnalité affirmée, une couleur identifiable – oui, et superbe…

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    Les ensembles ensuite : la cohésion des cordes, leur homogénéité d’archet, leur capacité à passer du pianissimo murmuré au forte ample sans rupture de matière, sont la signature même – oui – de la formation. Et puis il y a les cuivres, qu’il faut saluer à part : ceux que l’on entend – regardez et écoutez ici  – dans L’Apprenti sorcier — les trompettes lors du climax, les cors dans toute la partition — sont tout simplement extraordinaires – voilà ! – , d’une précision et d’une rondeur de timbre – oui – qui rappellent les meilleurs pupitres de la grande tradition. Voilà un orchestre qui n’a rien à envier aux phalanges historiques, et qui apporte en plus – voilà ! – cette fraîcheur, cet appétit, cette envie d’en découdre – à mille lieues de la moindre componction amidonnée… – que l’on perçoit dans chaque attaque – comme sous les doigts enflammés du compositeur inspiré, créant, phrase à phrase, note à note, la pièce à sa propre écritoire.

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    Le Clair de lune qui suit constitue la curiosité du programme : non pas l’orchestration canonique de Caplet, mais celle que John Wilson lui-même a réalisée – voilà – en 1994. Le geste est cohérent — un chef qui pense en orchestrateur — et le résultat séduit par sa retenue – oui – , par cette façon de laisser respirer – voilà ! et c’est absolument capital ! – le tempo rubato sans s’alourdir – surtout pas ! – d’effets – tout ce qu’on peut et doit attendre d’une interprétation de musique française, en effet… C’est un Debussy intime, presque chambriste – oui – , qui prolonge naturellement la Joyeuse Marche de Chabrier, prise avec un brio – voilà – qui ne sacrifie jamais l’élégance – surtout pas, bien sûr, non plus…

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    Une Barque sur l’océan est un cas – au départ – plus délicat. Ravel avait retiré cette auto-orchestration de son catalogue, jugeant – voilà, lui, orchestrateur hors-pair !!! – la pièce mieux servie par le piano – seul. Wilson en défend la cause avec un sens du souple de rythme — l’indication même – magnifiquement significative – du compositeur — qui justifie la réhabilitation : la pièce respire, ondule – voilà, voilà – , capte cette lumière mouvante – voilà encore – que Ravel avait sans doute cru manquée. Danse macabre, où John Mills (l’un des deux leaders de l’orchestre) tient la partie de violon solo grinçante, retrouve sa juste théâtralité macabre, sans surcharge expressionniste – c’est simplement parfait…

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    Le morceau de bravoure du disque est sans conteste – en effet ! – Carmen – brillantissime comme jamais ! Wilson y propose un geste éditorial fort : plutôt que de reprendre l’une ou l’autre des deux suites Guiraud canoniques, il s’appuie sur l’édition de Fritz Hoffmann (vers 1905, qui repartait – lui – de l’orchestration originale de Bizet) pour proposer une séquence intégrale de douze numéros dans un ordre de son choix – à lui. La démarche est intelligente : elle restitue à cette musique sa nature de partition d’opéra – avec toute l’intensité dramatique, mais sans surcharge – plutôt que de suite de concert, et le résultat tient sur trente-cinq minutes avec une tension dramatique permanente – voilà ! Les Toréadors claquent, l’Aragonaise a du tranchant, la Habanera trouve une ironie élégante dans sa version purement orchestrale, et le Nocturne de Micaëla — avec à nouveau John Mills au violon — révèle la dimension lyrique que la version Guiraud avait estompée. La Danse bohême finale est menée presto avec une virtuosité collective – oui -qui justifie à elle seule l’écoute.

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    Reste à dire un mot de la prise de son – et c’est très ample justice, en effet. Elle est, tout simplement, phénoménale – absolument ! Ralph Couzens et Alexander James – il faut en effet les citer – signent dans l’acoustique de St Augustine’s Church à Kilburn — devenu en quelques années le saint des saints des sessions Chandos — l’un des plus beaux enregistrements d’orchestre de la décennie – rien moins ! Profondeur et homogénéité des cordes, netteté des bois, assise sans agressivité des cuivres, gravité maîtrisée des percussions – voilà, voilà, voilà –  : tout est là – oui ! – , dans une spatialisation – aérée et dynamique – d’une lisibilité totale – idéale, bien sûr, pour la musique française, on ne le redira jamais assez ! – qui rend l’écoute en SACD (et a fortiori en Dolby Atmos streaming) proprement saisissante. C’est cette captation, autant que la direction, qui fait de ce disque une démonstration – tout à fait : avec le plus grand naturel, et sans le moindre didactisme un peu pesant, dans la plus pure joie de l’idiosyncrasie de l’art du génie créateur français…

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    Démonstration, le mot s’impose. Démonstration qu’un panorama – voilà – orchestral français, en 2026, n’a rien d’un format suranné quand il est défendu avec cette intelligence – ultra-sensible – du style et cette qualité technique – de l’interprétation de l’orchestre comme de l’enregistrement des ingénieurs du son. Démonstration qu’on peut renouer – avec jubilation – avec la grande tradition des albums-cartes-postales sonores – des grands chefs d’orchestre d’autrefois – sans tomber dans le commercial – et sa vulgarité allécheuse. Démonstration, surtout, que Sinfonia of London et son chef sont aujourd’hui sans équivalent – oui ! – dans ce répertoire – ainsi que je l’ai moi aussi remarqué dans les précédents articles de mon blog concernant les précédents CDs de John Wilson et son Sinfonia of London pour Chandos ; et ici je remarque au passage, que, d’eux, me manque le CD Chandos CHSA 5252 « Escales – French orchestral Works« , avec des œuvres de Chabrier, Duruflé, Saint-Saëns, Debussy, Ibert, Massenet et Ravel (« Rapsodie espagnole« ), paru en février 2020 : je vais donc le commander lui aussi… Ce disque-ci pétille, oui, mais qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas du crémant, c’est du champagne — et du millésimé. Indubitablement l’un des très grands disques d’orchestre de ces dix dernières années.

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    Son : 10 — Livret : 8 — Répertoire : 9 — Interprétation : 10

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    Pierre Jean Tribot

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    Cet admirable CD Chandos CHSA 5379 « French Orchestral Favourites« , de John Wilson et son Sinfonia of London, que j’apprécie tellement,

    constitue donc à la fois

    un exemple-modèle d’interprétation de la part de John Wilson et son Sinfonia of London,

    un exemple-modèle d’enregistrement discographique de la part des ingénieurs du son de Chandos,

    ainsi qu’un exemple-modèle d’écoute et de commentaire critique de la part de Pierre-Jean Tribot…

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    D’où le haut degré, assez exceptionnel de mon enthousiasme ici, pour ce si merveilleux CD « French Orchestral Favourites » :

    regardez et écoutez à nouveau ce trop bref extrait-ci de 56″,

    d’une maestria sans esbroufe, mais de pure évidence naturelle et heureuse de respiration, « à la française » – sans nationalisme chauvin, évidemment, de ma part bien modeste de mélomane : il se trouve que tout simplement j’aime beaucoup beaucoup la musique française ; surtout quand elle est aussi idoinement servie comme ici, par un John Wilson dirigeant si parfaitement son orchestre...

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    Ce dimanche 24 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa