Étiquette : chair

  • De l’auto-décapitation consentie, recherchée et courue, par paresse et lâcheté par refus d’oser penser par soi-même, de ceux qui courent, panurgiquement, têtes baissées et à bride et ventre abattus, se livrer, écervelés décervelés qu’ils deviennent et sont, pieds et mains liés, vers la fausse et très illusoire – cédant à un complaisant très aveuglant mirage ! – sauvegarde mortifère et mortelle, en fait, de la bienheureuse auto-proclamée « Intelligence artificielle » (I. A.) qui prétend gentiment et sans effort de notre part nous guider – il suffit de la suivre : elle sait tout ! et mille fois mieux que nous… – : le très salutaire et archi-nécessaire « Peine Kapital : monologue avec l’intelligence artificielle » de Marie-José Mondzain, qui paraît le 3 avril prochain à La Fabrique…

    De l’auto-décapitation consentie, recherchée et courue, par paresse et lâcheté par refus d’oser penser par soi-même (« Sapere aude !« , nous a prévenus Kant en son admirable « Qu’est-ce que les Lumières ?« ), de ceux qui courent, panurgiquement, têtes baissées et à bride et ventre abattus, se livrer, écervelés décervelés qu’ils deviennent et sont, pieds et mains liés, vers la fausse et très illusoire – cédant à un complaisant très aveuglant mirage ! – sauvegarde mortifère et mortelle, en fait, de la bienheureuse auto-proclamée « Intelligence artificielle » (I. A.), qui prétend gentiment et sans effort de notre part nous guider – il suffit de la suivre : elle sait tout ! et mille fois mieux que nous… – :

    voici que contre quoi vient très salutairement nous mettre en garde le très nécessaire « Peine Kapital : monologue avec l’intelligence artificielle » de Marie-José Mondzain, qui paraît le 3 avril prochain aux Éditions de La Fabrique…

    …

    Penser vrai, et de tout son corps et tous ses sens, et avec toute sa tête, versus croire faussement savoir via la faussement secourable machine : tel est l’enjeu de ce livre effectivement capital de l’amie Marie-José Mondzain, dont j’ai lu la plupart des livres – cf par exemple mon article du 15 mars 2017 : « Le superbe « Nettoyer une expression » de Marie José Mondzain en son « Confiscation des mots, des images et du temps »« …

    …

    Et pour commencer, je me permets de donner ici le très parlant texte de présentation de la lumineuse quatrième de couverture de ce « Peine Kapital : monologue avec l’intelligence artificielle » :

    …

    Qu’est-ce donc qu’une « intelligence » sans cerveau et sans corps ? Alors qu’on nous promet avec l’IA le meilleur comme le pire, Marie José Mondzain choisit, au gré de ses échanges avec ChatGPT, d’interroger le robot sur ses « angles morts ». Exercice à la fois ludique et sérieux où la machine, « privée de toute imagination faute d’accès au désordre et au chaos » – « Il faut encore porter du chaos en soi pour pouvoir donner naissance à une étoile dansante« , écrit sublimement Nietzsche au merveilleux chapitre « Lire et écrire«  de son indispensable « Ainsi parlait Zarathoustra« , me faut-il ajouter ici : Marie-José Mondzain le rapporte fort justement à la page 11 de son essai… – , ne peut nier par exemple le dessein qui anime ceux qui la programment – lequel a tout à voir avec le pouvoir et la dépossession que nous impose le règne du Capital : « la décapitation symbolique et programmée de toutes les têtes dont on attend la soumission ». Se dessinent pourtant au détour de cette « conversation » des voies pour résister au décervelage par la « grâce de nos ruses », dont quelques personnages de Lewis Carroll, une exposition au Jeu de Paume, la puissance des plantes saxifrages et d’autres motifs empruntés à la philosophie, aux arts et aux sciences forment le prétexte.

    …

    Sur cet indispensable oser juger par soi-même, et le courage de se servir de son propre entendement, auxquels nous a si prestement conviés Kant en son indispensable « Qu’est-ce que les Lumières ?« ,

    je redécouvre, non sans me surprendre un peu moi-même – du temps et de l’oubli ayant bien sûr, et heureusement, passé entre temps… – , mes propres anciens articles au cours desquels j’y renvoyais déjà,

    en date des

    14 juillet 2008 (« de la longueur et du style : du contrat de lecture (d’un blog)« ),

    7 août 2008 (« Continuer d’apprendre à marcher« ),

    5 avril 2009 (« Energie, joie, reconnaissance _ et amitiés aussi : la grâce des oeuvres et de l’Art : François Noudelmann, Gilles Tiberghien, Bruce Bégout« ),

    29 décembre 2010 (« La désobéissance patiente de l’essayeur selon Georges Didi-Huberman : l’art du monteur dans « Remontages du temps subi »« )

    et 25 janvier 2013 (« Créer versus s’adapter : l’urgence du comment contrer la logique mortifère du totalitarisme des normes d’existence, selon Roland Gori dans son si juste « La Fabrique des imposteurs »« ) :

    …

    On y retrouve – et bien heureusement ! – le fil à peu près cohérent et fort de tout ce qui fait ma grande proximité-parenté même de penser avec l’amie Marie-José Mondzain…

    …

    Et je me souviens aussi avoir bien apprécié tout récemment la lecture, un peu par hasard, sur le site du Figaro, d’un entretien donné par David Le Breton – auteur en 2024 de « La Fin de la conversation ? La parole dans une société spectrale« , et qui est grand ami de mon ami Bernard Plossu… – , intitulé « Une conversation c’est d’abord la rencontre d’un visage face à un autre visage », sur l’art de la conversation, à la lecture duquel je renvoie ici, au passage, par ce lien-ci, et qui me semble se tenir sur une ligne de penser assez proche :

    voici donc ces mots très justes de David Le Breton :

    …

    La conversation, c’’est d’abord une reconnaissance mutuelle et un face-à-face. C’est même la rencontre d’un visage face à un autre visage – –  Elle n’est pas seulement un échange de mots, mais une expérience partagée – absolument ! Elle avance librement – de manière absolument ouverte – , sans objectif utilitaire, contrairement à la communication moderne souvent guidée par l’efficacité. Ses ingrédients essentiels sont le temps – un temps suffisant, et ouvert – l’attention réciproque – de chacun envers l’autre : c’est capital… Une bonne conversation suppose aussi une part d’incertitude – bien sûr ! – , car on ne sait jamais où elle va mener – à l’inouï gratuit et généreux de l’imprévu. On découvre l’autre – en personne, pas en impersonnel ou mécanique… – au fil des phrases – qui s’entre-suivent non mécaniquement… C’est un cheminement commun – oui, partagé dans la commune improvisation de l’échange absolument ouvert… La voix – et ses intonations infinies, telles celles de la musique… – est à mes yeux aussi essentielle – tout à fait – que le visage. C’est une signature intime – oui, et c’est très important. On reconnaît quelqu’un à sa voix – oui ! et elle ne vieillit pas… – avant même qu’il se nomme. Les voix font partie de ces dimensions incarnées – voilà, dans la chair même de la personne – que les échanges numériques altèrent – réduisent et oblitèrent – ; on sait combien certaines voix apaisent, d’autres stimulent. Nous connaissons ces voix qui nous portent, nous enveloppent physiquement, dont on peut dire qu’elles nous font du bien – oui ! – dans une expérience sensible. On peut certes avoir des échanges stimulants par le téléphone et la visio-conférence, mais il leur manque la dimension physique, l’environnement partagé, la spontanéité – tout ce qu’apportent les signes du visible et de la proximité ressentie. Le numérique produit plus de réactions – voilà – que de conversations, car il fragmente attention et mémoire. Ses autres ennemis sont la dispersion, d’abord. Beaucoup parlent tout en faisant autre chose. Converser exige une attention entière – absolument ! Je repense à une scène que j’ai observée : une petite fille répétait à son père, absorbé par son écran, de l’écouter. Lui répondait machinalement «oui…». Agacée, elle lui lance : «Papa, écoute-moi avec les yeux !». Sans ce regard sur nous, l’écoute semble factice – oui. Cette écoute fantomatique, que je nomme spectrale dans mon livre, ne nourrit pas l’échange, mais le fait mourir. L’autre ennemi, c’est la personne qui monopolise la parole – hélas ! De la part de ceux qui préfèrent s’écouter monologuer, que s’apprêter à écouter vraiment l’autre qui va leur répondre… Une conversation réussie repose sur un va-et-vient – voilà, qualitatif et riche de nuances… – respectueux du rythme de chacun – un facteur en effet décisif. Ce moment suspendu – mais oui : à l’écoute du miracle inespéré de l’inouï qui peut en résulter… – de la conversation ne suppose pas forcément la mise à nu de nos secrets. Je crois d’ailleurs que c’est assez rarement le cas, sinon avec des très proches. Dans la vie courante, on peut se réjouir de conversations inattendues avec des inconnus – en effet. Une rencontre dans un train, le partage d’anecdotes, la découverte de goûts communs en matière d’art ou de littérature… Parce que la conversation nous donne le sentiment d’exister pour l’autre – c’est cela : par la richesse de l’attention mutuelle. Même quelques mots échangés suffisent. Ce n’est pas la profondeur du sujet qui compte, mais l’expérience de la rencontre – et c’en est une, riche et subtile quand elle advient. C’est un «don de rien», un moment gratuit, et pour moi le sel de la vie – c’est très exactement cela. Converser est un art, oui – cf ici les belles analyses sur cet art de la conversation, à la fois formidablement simple en même temps qu’infiniment subtil, de Marc Fumaroli… – , mais c’est un art discret – tout de nuances – , qui ne demande pas de parler beaucoup, qui consiste plutôt à être réellement là, à écouter avec attention – voilà, voilà, voilà. Quand cette qualité est présente, quelques phrases suffisent pour transformer un instant ordinaire en un moment à part – tout à fait ; cf les analyses de mon propre « Pour célébrer la rencontre« , un texte de 2007 auquel je tiens… Il faut considérer la conversation comme un espace rare – oui, mais qu’on peut faire advenir avec qui s’y prêtera lui aussi : une source possible de vraie amitié… Dans un monde saturé de messages, elle reste l’une des expériences les plus simples – en effet, pour qui en est capable – pour se sentir vivant parmi les autres.

    …

    À mon envoi ce matin à 7h 14 de cet embryon d’article sur son « Peine Kapital : monologue avec l’intelligence artificielle » ,

    à 10h 29, Marie José Mondzain m’a adressé, en réponse, ceci :

    …

    « Cher Francis,

    je viens de lire votre réponse à ce livre, et votre texte instaure magnifiquement et généreusement un véritable dialogue à deux voix contre tout monologue algorithmé !!
    Défendre la pensée  est inséparable de la défense de la liberté.
    S’il est possible de nous rencontrer à Bordeaux, nous ferons la preuve vivante que la pensée ne vit que dans l’adresse. L’I.A. est sans adresse à tous les sens du terme. 
    Cher Francis,
    la vie continue et il faut qu’elle gagne sur tous les fronts et dans tous les crânes !!
    Je vous embrasse,
    mj »
    …
    C’est parfait !
    …
    Ce mardi 31 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Au concert, à Genève, comme au CD : la sublime clarté de jeu du rare Piotr Anderszewki, au coeur le plus intime et de chair, de l’idiosyncrasie des compositeurs (et des pièces) qu’il élit…

    Comme pour ponctuer s’il le fallait mon intense immense admiration à l’écoute du tout simplement sublimissime CD « Bartok – Janacek – Szymanowski » _ le CD Warner Classics 5054197891274 _ de Piotr Anderszewski

    dont viennent d’amplement témoigner mes 3 récents articles (avec podcasts) des 27, 29 et 30 janvier dernier : « « ,

    « « 

    et « « ,

     

    …

    de son intense enchantement à lui aussi envers le jeu exceptionnel au piano de Piotr Anderszewski, de Paul-André Demierre voici, en date du 1er février dernier, ce magnifique article-ci sur le site de l’excellent magazine Crescendo,

    intitulé « À Genève, Un pianiste de classe : Piotr Anderszewski« ,

    au sortir d’un concert enchanté du pianiste polonais au Victoria Hall de Genève :

    …

    …

    A Genève, Un pianiste de classe : Piotr Anderszewski

    …

    …
    LE 1 FÉVRIER 2024 par Paul-André Demierre
    …
    …

    …
    …

    Pour sa prestigieuse série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence de concerts Caecilia a invité, au Victoria Hall de Genève le 30 janvier, un pianiste hors pair qui _ effectivement _ se fait _ très _ rare depuis plusieurs saisons, Piotr Anderszewski.

    …

    …

    Son programme inclut nombre de nouveautés à son répertoire mais commence par l’un de ses chevaux de bataille, la Sixième Partita en mi mineur BWV 830 de Bach _ cf son magistral CD Erato d’octobre 2002. Dès les premières mesures de la Toccata, l’on retrouve cette clarté de jeu _ voilà _ n’utilisant les pédales qu’avec parcimonie, ce qui confère une extrême fluidité aux formules en arpège s’appuyant sur des basses de grand orgue. L’Allemande se confine dans les demi-teintes pour se développer rigoureusement en incorporant les ornements à la ligne mélodique, alors que la Courante joue sur les accents alternés entre les deux mains afin d’encadrer de virevoltants passaggi. L’Aria tient du dialogue à deux voix annonçant la Sarabande voilant un insondable mystère que dissiperont la Gavotte articulant délibérément les triolets de croches puis la Gigue, véritable kaléidoscope opposant les lignes de force en un fugato policé.

    …

    …

    Piotr Anderszewski a ensuite la judicieuse idée de mettre en parallèle trois des mazurkas de Chopin à cinq extraites de l’opus 50 de Karol Szymanowski. De ce Chopin qui n’a jamais fait partie de son répertoire d’élection, il donne une lecture singulière en s’attachant à l’opus 59 dont il laisse affleurer un rubato rêveur libérant le cantabile sur de sombres accords, quand la seconde s’embue de douces larmes qu’assèche la troisième, plus extravertie, évoquant le souvenir des jours heureux. Les cinq mazurkas composées par Karol Szymanowski dans les années 1924-1925 passent de la confidence à fleur de clavier (n.3) à la veine folklorique à la Bartók (n.7) que tempèrent la 8e par ce triste dialogue à deux voix, la 5e par sa noble progression et la 4e, véritable mazurka aux contrastes virulents.

    …

    …

    En seconde partie, leur font écho les Quatorze Bagatelles Sz 38 que Bartók  acheva en mai 1938. Le pianiste les aborde avec sobriété, prêtant à la Troisième un coloris translucide qui se durcit avec le choral en accords granitiques de la Quatrième, tandis que la Sixième tient de l’élégie désabusée, la Huitième, de l’étrangeté harmonique qui s’épaissit dans la Neuvième. Les cinq dernières focalisent l’attention par la véhémence des oppositions qui juxtaposent une Dixième dégingandée, une Onzième haletante, une Douzième intériorisée comme un nocturne à une saisissante marche funèbre sous-titrée « Elle est morte », expression de total désarroi que bousculera la valse « Ma mie quie dance » (sic !), truffée d’ironie mordante.

    …

    …

    Pour achever son récital, Piotr Anderszewski revient au Bach de la Première Partita en si bémol majeur BWV 825 écrite en 1726 qu’il ébauche comme une invention à trois voix linéaire, enchaînant les divers segments de l’Allemande avec la régularité mécanique d’un solfeggietto pour parvenir à une Courante jubilatoire. Par contraste, la Sarabande a la nostalgie d’un spianato presque immatériel que vivifient la rigueur formelle des deux Menuets et de la Gigue conclusive en forme de brillante toccata. Devant l’enthousiasme du public, l’artiste si réservé le remercie par trois brèves pages de Bartók , Bach et Beethoven. Une éblouissante soirée ! _ voilà, c’est dit.

    …

    …

    Genève, Victoria Hall, le 30 janvier 2024

    …

    …

    Paul-André Demierre

    …

    …

    Crédits photographiques : Parlophone Records

    …

    …

    À son répertoire, Piotr Anderszewski demeure ainsi extrêmement fidèle,

    et c’est avec une extrême exigence et minutie qu’il choisit de lui adjoindre quelques peu nombreuses nouvelles pièces, comme ici ces œuvres _ elles aussi choisies… _ de Janacek, de Szymanowski, de Bartok,

    tant pour le concert que pour le disque…

    …

    …

    Et pour chacune de ces pièces qu’il donne, et avec une belle rareté, à partager aux mélomanes,

    il sait aller au cœur le plus intime, et de chair, de l’essentiel de l’idiosyncrasie de chacun des compositeurs, et des pièces, qu’il élit ainsi de servir !

    Au concert comme au disque…

    …

    …

     Chapeau très bas, l’artiste !

    …

    …

    Ce samedi 3 février 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Federico Mompou, compositeur aussi de mélodies : le « Combat del somni » du superbe album « Séguédilles » de Marianne Crebassa…

    Non, Federico Mompou (Barcelone, 16 avril 1893 – Barcelone, 30 juin 1987) n’a pas composé seulement des œuvres pour piano, mais, par exemple, aussi, et notamment, des mélodies, tout aussi splendides et singulières que sa très marquante subtile musique pour piano,

    tel le transcendant « Musica callada » _ cf en tout dernier lieu, cet été, mon article « « , en date du 4 juillet 2023…

    …

    …

    Or, échangeant hier mardi 26 décembre avec mon disquaire préféré au rayon « Musique » de la librairie Mollat, Vincent Dourthe, à propos de Federico Mompou,

    voilà que celui-ci me demande si Mompou a composé d’autres musiques que celle pour piano…

    …

    Je lui réponds : oui, notamment des mélodies…

    …

    Et sur le champ alors Vincent se souvient de celle, « Combat del somni » _ sur un poème de Josep Janés _, que Marianne Crebassa a magnifiquement donnée en un très bel album Erato, paru en 2021 _ aux plages 12 à 16 de l’album… _, et qu’aussitôt Vincent me déniche parmi les rayons de CDs.

    …

    …

    Celui-ci _ l’album Erato n° 0190296676895, avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse dirigé par Ben Glassberg _ s’intitule « Séguédilles » ;

    et en voici, à écouter ici-même, les podcasts suivants :

    …

    _ plage 12, « Damunt de tu només les flors » (5′) ;

    …

    _ plage 13, « Aquesta nit un mateix vent » (2′ 59) ;

    …

    _ plage 14, « Jo et pressentia com la mar » (2′ 03)  ;

    …

    _ plage 15, « Fes-me la vida transparent » (3′ 22) ;

    …

    _ et plage 16, « Ara no sé si et veig encar » (3′ 37) …

    …

    …

    La voix profonde et grave de la mezzo-soprano qu’est Marianne Crebassa contraste étonnamment avec son allure d’adolescente frêle et taquine…

    …

    …

    Mais quelle superbe charnelle incarnation de ce qui est ici interprété en cet album « Séguédilles » ;

    que sans Vincent, et ces mots échangés sur le vif, je ne me serai jamais procuré !!!

    …

    …

    Et écoutez aussi, en bonus, en ce même CD « Séguédilles« , cette superbissime Carmen :

    …

    _ plage 2 : « L’amour est un oiseau rebelle » (4′ 50) ;

    …

    _ et plage 10 : « Près des remparts de Séville » (4′ 44) _ avec Stanislas de Barbeyrac, Don José.

    …

    …

    Bravissimo, Madame !

    Je ne l’oublierai pas.

    …

    …

    Ce mercredi 27 décembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La question de la coordination des noms des personnes-personnages dans les divers récits autobiographiques d’Edith Bruck : par exemple, entre « Chi ti ama cosi » de 1959 et « Il Pane perduto » de 2020…

    Lecteur éminemment curieux et actif,

    je recherche, par delà la spécificité singulière _ absolument légitime _ de chaque opus,

    la cohérence autobiographique présente en creux dans les divers récits successifs, de 1959 à 2020, d’Edith Bruck.

    …

    Laquelle témoigne magnifiquement, en son œuvre entier d’écrivain, œuvre de poésie comprise, de ce qu’il a fallu, à sa personne, en toute la substantialité la plus à vif et intime de sa chair, surmonter d’épreuves terribles, en sa survie _ entre le 8 avril 1944, la rafle des Juifs par les gendarmes à Tiszabercel, et le 15 avril 1945, la libération par les Américains du lager de Bergen-Belsen, où Edith Steinschreiber et sa sœur Adel étaient encore (après Auschwitz, Dachau, Kaufering, Landsberg, une première fois Bergen-Belsen, Christianstadt, et après la marche de la mort, leur retour, épuisées, à Bergen-Belsen), internées _, puis vie _ et encore survie, d’une autre façon _, à partir de son retour chez elle, au village hongrois de Tiszabercel, à l’automne 1945, à l’âge de 14 ans _ Edith Steinschreiner est, en effet, née à Tiszabercel, au nord-est de la Hongrie, le 3 mai 1931 _,

    en tenant compte aussi de données biographiques disponibles, recherchées complémentairement ailleurs qu’en sa seule œuvre publiée :

    …

    ainsi, par exemple, dans la très utile très récente « Brève chronologie » que, avec l’aide même de l’autrice, René de Ceccatty vient de donner _ et à la suite de sa lumineuse et lucidissime préface, très justement intitulée « La poésie, plutôt que la prière« , en introduction splendide (aux pages 5 à 26) à l’anthologie de poèmes choisis et traduits par lui-même, intitulée « Pourquoi aurais-je survécu ?« … _, aux pages 27 à 30 de cet indispensable recueil « Pourquoi aurais-je survécu ?« .

    …

    …

    Afin de surmonter, en lecteur curieux donc et tenace que je suis, quelques blancs, ainsi que _ et peut-être surtout _ quelques variations de nominations de personnages cruciaux de ses divers témoignages, 

    à commencer par les prénoms des frères et sœurs, mais aussi les noms des divers compagnons et époux de celle qui a, faute de recevoir une écoute vraiment réceptive à sa parole, a appris à « parler au papier » qui, lui, sait l’écouter fidèlement, ainsi que, en intense et profond exigeant, voire implacable, dialogue de vérité, lui « répondre vraiment » ;

    …

    les uns et les autres de ces _ et ses _ « proches » étant, je le remarque, nommés diversement dans ces récits successifs ;

    et tout particulièrement le récent, en 2020, et sublime, « Le Pain perdu« , 

    mais aussi dans diverses ressources biographiques annexes, glanées de-ci, de-là, au fil de recherches documentaires complémentaires de ma part de lecteur actif _ cf mon article du 11 janvier dernier : …

    …

    …

    Ainsi

    Lili (née à Tiszabercel, le 24 décembre 1920),

    Magda (née à Tiszabercel, le 22 septembre 1922),

    Ôdön (né à Gava, le 13 janvier 1925),

    Adel (née à Tiszabercel, le 12 mas 1927),

    Laszlo (né à Tiszabercel, le 16 août 1929), 

    les deux frères et les trois sœurs d’Edith Steinschreiber, née, elle, le 3 mai 1931 _ et non pas 1932, comme mentionné dans son « Qui t’aime ainsi« , de 1959 : pour quelles raisons donc ?.. _,  à Tiszabercel,

    …

    apparaissent-ils, dans le récit de « Chi ti ama cosi » de 1959, sous les prénoms de :

    Leila, pour Lili,

    Margo, pour Magda,

    Peter, pour Ôdön,

    Eliz, pour Adel,

    et Laci, pour Laszlo ;

    …

    et, dans le récit du « Pain perdu » de 2020, sous les prénoms, cette fois, de

    Mirjam, pour Lili (la Leila de Qui t’aime ainsi),

    Sara, pour Magda (la Margo de Qui t’aime ainsi),

    David, pour Ôdön (le Peter de Qui t’aime ainsi),

    Judit, pour Adel (l’Eliz de Qui t’aime ainsi),

    et Jonas, pour Laszlo (le Laci de Qui t’aime ainsi)…

    …

    …

    En attendant impatiemment la (re-)parution prochaine, le 21 janvier prochain, de la traduction française _ « Qui t’aime ainsi« , en Points _ du « Chi ti ama cosi« , paru le 1er janvier 1959 aux Éditions Lerici _ actives de 1927 à 1967, et à l’impressionnant catalogue... _,

    …

    j’ai très attentivement lu _ et cherché à en décrypter le plus méthodiquement possible les noms… _ une sélection de pages de ce texte en italien accessibles sur le net…

    …

    …

    Et cela, en partie afin de rechercher, tout spécialement, quel est ce « cugino » d’Edith _ côté Bieber, la famille de sa mère ? ou bien côté Steinschreiber, la famille de son père ? Côté Bieber, je le découvrirai un peu plus tard… _, qui nous est présenté là sous le nom du « mio cugino Tibi » _ qui a aussi une sœur, prénommée, en ce récit de 1959, Magda ; et c’est bien là son prénom effectif : Gerson Deutsch et sa soeur Magda Deutsch, étant en effet les enfants d’Helen Bieber (Tiszakarad, 7 août 1880 – Auschwitz, mai 1944) et de son époux David Deutsch (Tolcsva, 17 septembre 1884 – Auschwitz, mai 19944) ; Helen Bieber, une des sœurs Bieber de la mère d’Edith, née Berta Bieber (Tiszakarad, 1er février 1895 – Auschwitz, mai 1944)… _, son _ très beau, mais assez brutal : « lui qui m’avait dépucelée d’un seul coup, ce qui m’avait rappelé l’abattage kasher, où l’on égorgeait la poule d’un seul geste et on la jetait encore sanglante dans la cour de la synagogue ! Est-ce que le sang le dégoûtait ? Pourquoi cette violence sans la moindre caresse ? Était-ce lui qui voulait punir en moi toutes les femmes, ou était-ce moi qui voulais me punir moi-même ? Pourquoi l’ai-je laissé faire ? Était-ce moi qui voulais jeter aux orties ma vie inutile, ma jeunesse dans un monde devenu bestial, mes seize ans _ « quindici« , lit-on dans le « Chi ti ama cosi«  de 1959 _ défendus de toutes mes forces, et qui me méprisais ? À moins que je l’aie aimé ? Étais-je malade ? Ou assoiffée d’amour, parce qu’il y avait un être pour lequel j’existais, qui me désirait, même s’il avait d’autres maîtresses, et qui jouissait de son plaisir en ignorant le mien. Pourquoi ? Pourquoi ?« , lisons-nous à la page 101 de l’admirable « Le Pain perdu » de 2020… _ tout premier amant, à Podmokly _ un village de Bohème situé non loin  de Pilsen _, en Tchécoslovaquie, quand Edith avait 15 ans, et Tibi, 23 : en 1946…

    …

    …

    Se pourrait-il _ oui ! _ qu’il s’agisse là, pour ce « molto bello, alto e biondo« _ mais « poco intelligente« … _ « cugino Tibi« ,

    du cousin _ côté Bieber _ Gershon Deutsch (Krompachy, Slovaquie, 16 février 1922 – Brooklyn, 20 septembre 2009),

    un des fils de la tante Helen Bieber (Tiszakarad, 27 juin 1892 -Auschwitz, mai 1944) _ et son époux David Desider Deutsch (Tolcsva, 17 septembre 1884 – Auschwitz, mai 1944) : Tolcsva, dans la vallée de la rivière Bodrog (un affluent de la Tisza), est le village voisin d’Olaszliszka… _ :

    …

    Helen Bieber, une des sœurs de Berta _ nommée « Frida, Friduska (en hébreu Deborah)« , à la page 14 du « Pain perdu« ... _ Bieber (Tiszakarad, 1er février 1895 – Auschwitz, mai 1944),

    elle-même l’épouse de Sandor Sulem Shalom _ « nommé Adam, Shalom en hébreu« , à la page 18 du « Pain perdu… _ Steinschreiber (Tiszakarad, 1895 – Dachau, 1945), et la mère d’Edith, ses trois sœurs et ses deux frères Steinschreiber…

    …

    …

    De même que je me demandais si le tout premier éphèmère mari d’Edith, Milan Grün _ cf cette biographie-ci d’Edith Bruck _, est bien présent, ou pas, dans le récit de 2020, « Le Pain perdu » _ et après recherche attentive, il me semble bien que non : je ne l’y trouve décidément pas… _ ;

     

    …

    quand son second éphémère mari, Dany Roth _ ibidem _, nous est présenté, lui, à la page 104 du « Pain perdu«  _, sous le nom _ à la hongroise : le nom avant le prénom _ de « Braun Gabi » ;

    …

    et le troisième encore plus éphémère mari _ ibidem  : « un dénommé Bruck » : ce très bref mariage sur le papier avait eu pour seule fin, en effet, de permettre à Edith, redevenue, par son second divorce, célibataire, d’échapper à l’obligation à un retour à une résidence collective en un camp, en Israël… _, et dont Edith a conservé le nom pour sa signature d’auteur, Edith Bruck, 

    apparaît alors avec le diminutif de Tomi : « Tomi Bruck« , lit-on à la page 128 du « Pain perdu« … 

    …

    …

    Quant à l’amour vrai de la vie d’Edith, Nelo Risi _ homme généreux et particulièrement désintéressé : ce qui est plutôt rare… _,

    dans « Le Pain perdu« , il apparaît furtivement et merveilleusement, tout à la fin, aux pages 152 à 155,

    sous son seul prénom de « Nelo » :

    …

    Edith le rencontra _ cf son récit, à la page 152 _ au restaurant Otello de la via della Croce, à Rome _ ce fut le 9 décembre 1957 ; cf le beau poème intitulé « Rencontre 1957« , à la page 104 de l’anthologie « Pourquoi aurais-je survécu ?« , qui se clôt par ce vers libre : « le 9 décembre« … _ ;

    …

    mais, suite aux difficultés de Nelo pour obtenir la légalisation officielle de son divorce d’avec celle, artiste peintre australienne, qu’il a nommée « Mitty » _ mais est-ce seulement là son vrai prénom ? Un certain flou semble ici étonnamment demeurer : Edith Bruck en a-t-elle elle-même connaissance ? Peut-être, probablement, tout de même… _,

    le mariage officiel d’Edith et de Nelo ne put avoir lieu, au Capitole de Rome, que neuf années plus tard, seulement : le 17 mars 1966 _ cf la très brève remarque, et dépourvue de commentaire, de la page 154 ; et la date même de ce mariage romain n’est pas alors donnée _, célébré par Francesco Fausto Nitti _ « (1899-1974), une des grandes figures de l’antifascisme », indique la note de bas-de-page du traducteur, René de Ceccatty ; les témoins du marié étant son frère, Dino Risi (1916-2008), et son ami l’écrivain, scénariste, et plus tard réalisateur, Fabio Carpi (1925 – 2018) ; mais le récit du « Pain perdu » ne les mentionne pas ; quant aux témoins de la mariée, eux non plus non mentionnés, quels ils furent, je l’ignore à ce jour…

    …

    À son seul amour vrai, Nelo,

    Edith Bruck consacrera deux très beaux livres,

    pas encore traduits en français :

    …

    « La Rondine sul termosifone« , en 2017 ;  et « Ti lascio dormire« , en 2018.

    …

    …

    Nelo Risi, né à Milan le 20 avril 1920, est décédé à Rome le 17 septembre 2015.

    …

    …

    Et même si, bien sûr, le principal _ poétique et existentiel _ est loin d’être là,

    ce fond d’autobiographie historique très présent dans l’œuvre singulière et si marquante d’Edith Bruck,

    passionne aussi le lecteur actif et curieux du réel que je suis…

    …

    …

    Ce jeudi 13 janvier 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa