C’est le choix très déstabilisant – et bien dérangeant en cette occurence, au moins pour nous qui portons au pinacle ces absolus chefs d’œuvre de tout le répertoire de piano seul ! – d’un Brahms tout essoufflé et au bord immédiat de l’abîme, que vient nous présenter le très grand András Schiff – né à Budapest le 21 décembre 1953 – en un vraiment très très crépusculaire double album ECM New Series 2730/31 487 8876 « András Schiff – Johannes Brahms – Klavierstücke« – enregistré à Bonn au mois de mars 2021 : pourquoi avoir tant attendu pour le publier seulement cinq années et demies plus tard ?.. – , ou les travaux de Sisyphe sur sa montagne avec son impossible rocher bien trop lourd, comportant un quasi inédit – découvert tout récemment quand András Schiff l’a joué la toute première fois pour lui, pour la BBC Radio Three, le 21 janvier 2012, nous confie-t-il à la page 6 du livret de ce double CD – « Albumblatt » de 1853, en une brève ouverture de 2′ 04, précédant les « Klavierstücke » Op. 76 de 1871-1878, les « Fantasien » Op. 116 de 1892, les « Intermezzi » Op. 117 de 1892, les « Klavierstücke » Op. 118 de 1893, et les « Klavierstücke » Op. 119 de 1893, ces chefs d’œuvre sublimissimes – je parle ici surtout des ultimes Op. 116, 117, 118et 119 – de tout le répertoire de piano seul – j’y insiste : pour indiquer tout ce que je peux attendre de très très haut, de leur interprétation, que ce soit au concert ou au disque…– que nous a légués, en 1892 et 1893, Johannes Brahms (Hambourg, 7 mai 1833 – Vienne, 3 avril 1897)…
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Regardez et écoutez ici ces quelques mots – Schiff prononce les expressions de « vieil homme » à propos du compositeur, et de « qualité automnale » de ces pièces tardives de Brahms… – et ces quelques notes d’András Schiff, présentant, très très ému – et lui-mêmeessoufflé au micro : pour quelles raisons ? serait-il donc lui-même présentement souffrant ? – , ce double album ECM, annoncé pour paraître le 18 septembre, et que je me suis procuré et ai écouté, très surpris et déstabilisé, pris complètement à contrepied de mes attentes, le samedi 19…
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Et au moment de l’enregistrement de ce double CD à Bonn au mois de mars 2021, András Schiff subissait-il un passager – ou pas ; je l’ignore ; mais peut-être que non… – coup de blues ?..
En tout cas son parti-pris d’interprétation crépusculaire de ce double album ECM « András Schiff – Johannes Brahms – Klavierstücke » est patent et constant tout au long des 101′ que dure l’enregistrement de cette interprétation ; ainsi, ai-je noté, au fil de ma première écoute : « un peu froid, et détaché » ; « crépusculaire et d’outre-tombe » ; « en sursis, en peine, mélancolique » ; « des efforts, mais quasi vains, de Sisyphe avec son rocher« … C’est tout dire là de mon écoute-réception, peut-être un poil trop subjective ; il me faudra bien sûr y revenir… Surtout si je sais qu’András Schiff, plus jeune que moi de 6 ans – nous sommes tous deux natifs du mois de décembre : lui en 1953, le 21, et moi en 1947, le 12… – , n’est en rien moribond, ni dépressif ou déprimé, mais continue de se porter très bien – il a beaucoup de concerts prévus cette année-ci. Ce ne serait donc là qu’un choix très assumé – revendiqué, même, voilà ! – d’interprétation, « crépusculaire » donc, de la part d’András Schiff, en cet enregistrement sien, au mois de mars 2021, à Bonn, du – presque – dernier Brahms au piano seul : celui des années 1892-1893 de celui-ci…
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Dont acte.
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Ce dimanche – automnal, mais l’été semble vouloir s’attarder… – 20 septembre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
La réception ce jour du CD Ondine ODE 1422-2 « Olli Mustonen – Symphonies N°s 2 et 3 – Ian Bostridge, ténor – Turku Philharmonic Orchestra – Olli Mustonen » me confirme merveilleusement, par l’écoute de cette « Symphonie n° 3 Taivaanvalot« , ici pour ténor et orchestre (de 2020) – d’une durée de 29′ 54 sur le CD Ondine ODE 1422-2 – , que le « Taivaanvalot » pour ténor, violoncelle et piano (de 2016) – d’une durée de 28′ 30 sur le CD Alpha 1292 ; et enregistré en juillet 2023 à Lockenhaus pour ce« Taivaanvalot (Heavenly Lights)« pour ténor, violoncelle et piano…– est bien un chef d’œuvre éblouissant,
Le superbe ténor Ian Bostridge – que j’apprécie depuis longtemps beaucoup : ses Schubert, ses Britten… – est présent dans ces deux enregistrements, le premier à Turku pour la Symphonie n°3, est le second au Festival de Lockenhaus au mois de juillet 2023 pour l’œuvre première composée pour ténor, violoncelle et piano,
alors que Olli Mustonen, le compositeur des deux œuvres (celle de 2016 et celle de 2020), est présent la première fois à Turku, au mois de novembre 2022, à la baguette de chef pour diriger le Turku Philharmonic Orchestra, et la seconde fois à Lockenhaus, au mois de juillet 2023, pour tenir la partie originale pour piano…
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Ces deux enregistrements, pour Ondine et pour Alpha, constituent, les deux, une puissante et très émouvante révélation de la musique de notre XXIe siècle…
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Une superbe découverte d’Olli Mustonen – Vantaa, 7 juin 1967 – compositeur…
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Ce samedi 22 août 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
Piotr Anderszewski propose son propre parcours à travers les quatre derniers cahiers pianistiques de Johannes Brahms. Un projet aussi stimulant que discutable – voilà.
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Durant ses séjours à Bad Ischl, en 1892 et 1893, Johannes Brahms a renoncé à ses dernières ambitions symphoniques. Les idées en sont recyclées. Ces deux années voient éclore et prendre leur forme définitive les quatre derniers recueils pour piano (opus 116 à 119), gestes de retrait et de confidence d’un homme confronté à – cette forme de restriction et réduction que constitue – la vieillesse, à la disparition de nombreux amis proches et, désormais, au silence scénique de sa plus que confidente, Clara Schumann.
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L’analyse musicologique, sous la plume de Jonathan Dunsby ou de Brigitte François-Sappey, a montré que ces opus sont bien davantage qu’une simple succession de numéros : les trois Intermezzi de l’opus 117 – parfaits exemples de berceuses de la Douleur, comme les appelait – significativement – le compositeur – forment un tout cohérent, l’opus 116 étant une véritable « multi-pièce » très organique par ses rappels thématiques, à la manière des Kreisleriana de Schumann.
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La pratique interprétative a toujours oscillé entre deux pôles : le respect scrupuleux de l’intégralité de chaque cycle – la norme aujourd’hui, en dehors du bis de concert- ou, davantage par le passé, le choix anthologique, au sein d’un même cycle, de quelques numéros, comme le faisaient jadis Sviatoslav Richter ou Wilhelm Backhaus.
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Le projet d’Anderszewski emprunte une troisième voie – voilà. Douze Klavierstücke seulement, prélevés sur vingt, sont recomposés – voilà – en une « guirlande » nouvelle – constituée par les choix d’associations – ré-assemblage de la part de l’interprète – , suivant un plan original et transversal, pour un disque dont le minutage famélique – hélas – ne dépasse pas les quarante-neuf minutes. Le texte d’Adélaïde de Place, pourtant remarquable, ne donne malheureusement pas la parole au pianiste – c’est en effet dommage… – pour expliquer cette réorganisation très orientée. Ce parcours, aussi passionnant soit-il, est un peu regrettable, tant Brahms avait lui-même conçu l’ordonnancement – voilà – de ces cahiers jusque dans les moindres détails de leur présentation éditoriale et typographique. Certes, tout interprète est libre de proposer sa propre cartographie de ces pages tardives. Encore faut-il que les bénéfices d’un tel déplacement compensent – et c’est cela qu’il faut estimer… – la perte de cohérence du projet originel. Au bas mot, le mélomane brahmsien peut éprouver par moment un sentiment de manque, attendant par « effet de mémoire » une pièce qui ne viendra jamais – soit éliminée du choix final, soit placée ailleurs…
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Cette recomposition ne manque pourtant ni d’audace ni d’intelligence. Certains rapprochements révèlent des parentés jusque-là insoupçonnées : le diptyque formé par l’Intermezzo op. 117 n° 3et la Rhapsodie op. 119 n° 4 fait surgir une continuité expressive et une communauté motivique – voilà – qu’une programmation traditionnelle ne laisse pas percevoir. Ailleurs, en revanche, les enchaînements paraissent plus arbitraires : les opus 118 n° 2 et 116 n° 2, trop proches par leur climat, finissent par s’affaiblir, voire s’annihiler mutuellement.
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L’interprétation elle-même appelle des réserves plus nuancées. Anderszewski semble parfois rechercher la singularité pour elle-même. À force de ciseler chaque inflexion – pensée par Brahms – , il bride certains élans du discours : l’Intermezzoop. 119 n° 1 augural, cristallin et nimbé d’une douce mélancolie, paraît retenu jusqu’au maniérisme, tandis que l’Opus 116 n° 5 perd un peu de son mystère dans ses halètements harmoniques et que l’Opus 117 n°2 paraît hésiter entre abandon lyrique et contrôle analytique dans sa course expressive. Mais ces réserves s’effacent souvent devant la beauté souveraine du jeu – oui ! – : la qualité du toucher et de l’articulation – voilà ! – impressionne – assurément ! – , notamment dans les opus 116 n°2 et 4, tandis que la polyphonie atteint une transparence admirable – oui – , jusque dans l’Intermezzo op. 118 n°6, point d’aboutissement de cet ensemble, vaste méditation funèbre autour du thème du Dies Irae, dont Anderszewski exalte la force tragique dans un irrépressible crescendo – en effet.
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Le véritable crève-cœur réside toutefois dans les absences – forcément : choisir, c’est aussi renoncer… Nous regretterons surtout la disparition des deux capricci, virtuosissimes et emportés, qui encadrent l‘Opus 116, ou de la Ballade op. 118 n° 3ou encore du magnifique « choral » de l’Opus 116 n° 6. Leur absence altère les équilibres internes des recueils – même joués dans le « désordre » – et donne la sensation d’un Brahms univoque – et c’est plus ennuyeux…
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Les choix de programmation, les nouvelles juxtapositions de ces miniatures et une sophistication parfois excessive du discours interrogent, mais l’interprétation est portée par un sens exemplaire de la polyphonie et un toucher d’un raffinement souvent inouï – qui emportent et séduisent. Le principal mérite de ce disque demeure la redécouverte – voilà – de ces cycles sous un jour nouveau, ce qui paradoxalement – mais c’est peut-être là l’essentiel- donne aussi envie de réécouter – voilà ! – d’autres versions tout à fait « classiques » dans leur ordonnancement – et que nous avons à l’oreille – , sous les doigts du poétique et humble Wilhelm Kempff (DG et Decca), de l’impalpable Radu Lupu (Opus 117-119) (Decca) – et c’est un must… – , de l’exhaustif Julius Katchen (Decca), du très engagé – oui , je l’apprécie beaucoup – Stephen Kovacevich (Decca), ou de la très surprenante et quasi idéale Hortense Cartier-Bresson (Aparté) — sans oublier, pour des cycles isolés Emil Gilels (DG), ou Arcadi Volodos (Sony) – lui, je ne l’apprécie pas du tout : il s’écoute jouer… – : des approches certes diverses mais toutes fondées sur une vision organique de ces cycles. Et, en ce printemps, l’intégrale récemment publiée par Fabrizio Chiovetta (Aparte), d’une remarquable évidence stylistique, qui nous paraît servir à merveille – absolument !!! – la continuité de ces cycles – tel est ainsi le fin mot de l’approche organique de Bénédict Hévry… – , ultima verba pianistiques brahmsiens.
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Cette anthologie ressemble finalement à un chemin de traverse, à un « sentier broussailleux ». Anderszewski renouvelle certes notre regard sur ces pages crépusculaires, mais sacrifie l’architecture que Brahms avait pensée comme un tout – voilà la thèse du critique. Les connaisseurs y découvriront une stimulante proposition – innovante, hors des sentiers battus ou rebattus – d’écoute. Le mélomane novice découvrant ces œuvres gagnera sans doute à emprunter, en compagnie d’autres artistes, d’abord – sans doute… – l’itinéraire que le compositeur avait lui-même dessiné.
Découvrir le choix de 12 pièces parmi les 20 des Opp. 116, 117, 118 et 119 de Johannes Brahms dans le nouveau CD Warner Classics 5021732988065 « Late Piano Works – Brahms» de Piotr Anderszewski, interprète rare – et infiniment attachant – de ces sublimes éblouissants chefs d’œuvre du piano – un CD enregistré à Varsovie le 1er septembre 2024 et les 4 et 5 août 2025…– , est un défi absolument passionnant – écoutezicice très bref extrait – pour l’oreille ;
de même qu’il pose la question de ce choix de 12 pièces seulement, et pour une durée de seulement 49′ de ce CD,
quand, par exemple, le CD Harmonia Mundi HMM 902365 «Brahms – Late Piano Works – Opp. 116-119 » de Paul Lewis – enregistré à Berlin en janvier 2018 et janvier 2019 – comportant l’intégralité de ces 20 pièces, a, lui, une durée de 77′ 07 …
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Quelle a donc été l’intention discographique – ou/et musicale – de Piotr Anderszewski en ce CD si bref ?
D’autant que l’ordre de présentation dans le déroulé du CD des 12 pièces choisies, entremêle aussi les différents opus…
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Mystère…
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Mais écoutez ici l’Intermezzo n°2 de l’Op. 118 (6′ 06) à la plage 4 du CD..
Et ici l’Intermezzo n°6 de l’Op. 118 (6′ 08) à la plage 12 du CD…
Eticil’Intermezzo n° 1de l’Op. 119 (3′ 55) à la plage 1 du CD…
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Quel degré rare de poésie…
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Ce dimanche 18 janvier 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
Voici que je découvre – avec des années de retard ! 17, précisément, et à son 14ème CD, depuis le tout premier, paru en 2009 pour le label Palexa… – l’exceptionnel talent de toucher de piano du genevois Fabrizio Chiovetta : son tout récent CD Aparté AP 395 « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119 « – enregistré au Gustav Mahler Hall à Dobbiaco du 3 au 6 décembre 2024– me bouleverse au plus profond du cœur, et cela dans ces sublimissimes œuvres-chefs d’œuvre comptant parmi les plus hauts sommets de tout l’art du piano que sont les 7 « Fantasien » Op. 116 (de 1892), les 3 « Intermezzi » Op. 117 (de 1892), les 5 « Klavierstücke » Op. 118 (de 1893) et les 4 « Klavierstücke » Op. 119 (de 1893) de Johannes Brahms (Hambourg, 7 mai 1833 – Vienne, 3 avril 1897)…
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Comment ai-je donc pu ignorer jusqu’ici cet art à ce point merveilleux d’un piano qui me va si puissamment droit au cœur, en autant de galettes discographiques :
1 (Robert Schumann) du label Palexa, en 2009,
1 (Joseph Haydn) du label Artalinna, en 2014,
3 (Franz Schubert, Joseph Haydn, puis Frank Martin) du label Claves, en 2013, 2014 et 2024,
et 8 du label Aparté, en 2016 (Johann-Sebastian Bach), 2017 (Robert Schumann, puis Rääts, Part et Godecki), 2018 (Wolfgang-Amadeus Mozart), 2020 (Ludwig van Beethoven) et 2023 (Robert Schumann),
avant cette découverte éblouie , ce mois d’avril 2026, de ce tendrissime CD Aparté AP 395 « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119 « ?… …
De fait, avant cette éblouissante découverte du CD Aparté AP 395 « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119 « , ma discothèque personnelle ne comportait qu’un seul CD comportant ke jeu au piano de Fabrizio Chiovetta : le CD Aparté AP 332 « Mozart – Bruch – Messina – Berthaud – Chiovetta» des 8 « Pièces pour clarinette, alto et piano » Op. 83 de Max Bruch, et le sublimissime «Trio des Quilles» K. 498 de Mozart…
Que de manques discographiques à combler ! À commencer par son Mozart AP 198 de 2018 et son Beethoven AP 238 de 2020…
Avec pareil ultra-sensible interprète tel que le genevois Fabrizio Chiovetta…
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Comment ai-je donc pu ainsi passer à côté d’eux sans y porter vraiment mon attention ?
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En 1892, Brahms revient au piano pour livrer ses ultimes pages – d’adieu follement attendri (et sobre, sans la moindre once de gras ni de pathos)… – pour l’instrument : quatre recueils (Ops. 116, 117, 118 et 119) à l’écriture dépouillée, presque ascétique, avant les Vier Gesangequi clôtureront – en sublime beauté aussi– son œuvre, en 1896.
“Jouer un intermezzo du Brahms tardif, c’est comme marcher dans la neige : la moindre trace reste” – et pour jamais, en effet, si intense est la marque : à dimension d’éternité…
Fabrizio Chiovetta embrasse ces chants du départ sans détour, avec l’élégance – qui lui est consubstantielle et fondamentale, bouleversante en son absolue pureté et absolu naturel… – qui est la sienne.
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Un absolu chef d’œuvre d’interprétation, sans pareil…
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Avant-hier 21 avril, le bon Jean-Charles Hoffelé a consacré à ce CD impressionnant, bouleversant de tendresse sobre, ce notable article-ci, « Paysages de fantaisie » :
Un bon ange – et même bien davantage que bon ! – s’est penché sur ce disque, et d’abord sur le piano, un splendide – oui ! – Steinway modèle D No. 578418 (bravo à l’éditeur qui le documente dans sa fiche technique, que les autres en prennent de la graine !) boisé, sans clairon dans l’aigu, au médium sonore, aux graves de voix humaine.
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La prise de son d’Ambroise Helmlinger rend tout l’espace, à la fois intime et profond, de la – splendide ! – Salle Gustav Mahler de Dobbiaco, une partie des mystères somptueux des Dolomites qui enserrent le village où Gustav Mahler composa son Chant de la Terre semble s’être infusée dans les sfumatos que Fabrizio Chiovetta distille en peintre.
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Au-delà de la pure – saisissante !!! – beauté sonore, qui saisit dès les tempêtes et les replis des Fantaisies, s’imposent l’autorité – sans effort – du discours, et surtout la présence d’un corps harmonique rayonnant jusque dans le plus sombre, d’une intensité sonore – bouleversante en sa pureté – jusque dans le plus dolce, le plus « perdu » (la 4e pièce de l’Opus 116, les Intermezzi) qui me rappellent quelqu’un. Une telle présence – voilà ! – , une telle densité physique – voilà, voilà ! – signait déjà les albums Brahms impérissables laissés par Julius Katchen, dont Eloquence prépare une nouvelle édition qui révélera quelques inédits. Y aurait-il hommage ?
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Quatre cahiers de cet adieu à un certain monde qui semble suspendu au-dessus des Klavierstücke de Schönberg ? LaBallade de l’Opus 118 piaffe soudain, délivrant un paysage de fantaisie, un peu chasse, croqué d’un pinceau magique, manière de ne pas faire toujours, partout, ce crépuscule dont tant se seront délectés. L’allégement du clavier – oui, oui ; et en absolues fluidité et clarté : c’est somptueux de naturel ! – y fait penser à Wilhelm Kempff, et plus encore dans l’Opus 119, collections d’irréalités – quasi hors-monde… – suspendues ou filant au trot (l’Intermezzo en ut, un cheval se promène dans le paysage). Puis la Rhapsodie fait danser sa tempête, et soudain, sous les doigts de Fabrizio Chiovetta, le jeune Brahms, maître des orages, reparaît.
il me faut absolument revenir aussi à quelques uns de mes interprètes préférés de ces chefs d’œuvre de Brahms, soient les magnifiques Evgeni Koroliov, Alexei Lubimov et Lars Vogt, qui m’ont tout particulièrement touché et emporté…
la plupart de mes autres articles à Lars Vogt consacrés concernant ses sublimes prestations, elles aussi, de musique de chambre brahmsienne, notamment au Festival Spannungen, qu’il dirigeait, et souvent avec ses grands et très chers amis Christian Tetzlaff, au violon, et Tanja Tetzlaff, au violoncelle – cliquer aussi sur ce lien…
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J’ai conscience d’être ici démesurément long, et difficile à suivre in extenso,
mais j’avais vraiment très à cœur de faire ce trop long point-là sur ces diverses magnifiques interprétations-là des ultimes sublimes pièces pour piano seul – tel un Adieu sien à la musique de toute sa vie – de Johannes Brahms, que je porte au pinacle de toute la musique…
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Et pour revenir, en conclusion de cet article, sur l’avis porté par Bénédict Hévry sur le CD Warner Classics 5021732988065 « Late Piano Works – Brahms» de Piotr Anderszewski, mettant l’accent sur la cohérence très pensée selon lui de l’articulation des pièces des Opp. 116, 117, 118 et 119 de Brahms, telle qu’elle a été voulue par le compositeur lui-même, et regrettant son non respect de la part de Piotr Anderszewski en son CD,
je dois dire que, pour ma part, je n’ai jamais été sensible à pareille « cohérence » intentionnelle de la part de Brahms en ces 4 opus 116, 117, 118 et 119 – intitulés respectivement « 7 Fantasies » et « 3 Intermezzi« , en 1892, « 6 Klavierstücke » et « 4 Klavierstücke« , en 1893… – , mais y voyant plutôt une simple juxtaposition, de pures circonstances et au fil des compositions, de diverses pièces de fantaisie, sublimement expressives…
Et que j’ai apprécié la fantaisie qu’à son tour, comme interprète et responsable de ce CD, ose y mettre Piotr Anderszewski, en l’ordre choisi par lui, et n’en conservant que 12 sur les 20 de ces 4 recueils successifs… Selon sa fantaisie à lui…
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Partager l’enthousiasme musical m’est très cher…
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Ce lundi 29 juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
Pénétrer dans le passionnant œuvre récent (2009 – 2023) de Marco Bellochio, le plus sous-estimé des grands cinéastes italiens du XXe siècle – il est né à Piacenza le 9 novembre 1939 – ,
Marco Bellochio s’avère de fait un cinéaste très incisif tout particulièrement attentif – et singulièrement perspicace !– à l’histoire récente de l’Italie, via la série, réalisée entre 2009 et 2024, de ses passionnants films « Vincere » (2009), « La Belle endormie » (2013), « Fais de beaux rêves » (2016), « Le Traître » (2019), « Marx peut attendre » (2021) – sur le suicide, en décembre 1968, de son frère jumeau Camillo, et les répercussions de cette tragédie, que nul n’avait vue venir, sur chacun des membres survivants (Pier Giorgio, Letizia, Alberto, Maria Luisa et Marco Bellochio lui-même) de la fratrie des Bellochio : un film bouleversant ! Sur lequel il faut absolument lireici cette très précieuse, excellemment détaillée, recension-ci de Valentin Maniglia, parue le 18 septembre 2022, dans le Quotidien indépendant luxembourgeois … – et « L’Enlèvement » (2023) : une série de purs chefs d’œuvre – pas encore assez justement reconnus, à la hauteur des œuvres si marquantes des Vittorio De Sica (1901 -1974), Roberto Rosselini (1906 – 1977), Luchino Visconti (1906 – 1976), Michelangelo Antonioni (1912 – 2007), Federico Fellini (1920- 1993), Nelo Risi (1920 – 2015), Pier Paolo Pasolini (1922 – 1975), Francesco Rosi (1922 – 2015), Bernardo Bertolucci (1941 – 2018), Nanni Moretti (1953)… – ;