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  • Et maintenant au tour du chapitre « Max und Moritz, et ma mère », ou la remontée à la toute première source, en novembre 1942, du somptueux réalisme tragico-hilarant d’Hélène Cixous ; parce que « Guerre est le combustible de la littérature » et « l’écriture, c’est la guerre » ; ou le désopilant hyper-réalisme du tragique cixoussien…

    En mon article d’hier dimanche « « ,

    j’ai commencé à anticiper, par une citation un peu développée, ce que déploie, de la page 94 à la page 112, le chapitre « Max und Moritz, et ma mère« , et qui va, au passage, donner mine de rien au livre son titre : « Et la mère pond vite un dernier œuf » : son caractère formateur, sans le vouloir de la part de la mère-montreuse-de-marionnettes et narratrice aussi d’onomatopées significatives, ventriloquant les personnages de Max und Moritz de Whilelm Busch pour distraire ses deux enfants, Hélène et Pierre, des bruits terrifiants de la guerre au dehors de leur appartement du deuxième étage du 54 de la Rue Philippe à Oran, au mois de novembre 1942…

    …

    Et re-voici donc ce passage in fine décisif pour le titre élu et retenu par l’autrice de ce livre-recueil :

    …

    « J’ai commencé à réfléchir _ à l’âge de 5 ans, déjà _ sur les mystères du texte et les secrets _ des charmes envoutants _ de la littérature, rue Philippe à Oran pendant la guerre, en suivant ma mère en visite chez ces vauriens de Max et Moritz. Moi qui hurlait quand on me donnait l’ordre de manger un peu de poulet, une rareté précieuse sur une table famélique, je dégustais avec ravissement les vers suivants _ de Wilhelm Busch _ :

    Hahn und Hühner… Coq et poules avalent l’hameçon

    Les voilà pendus à la dure branche de l’arbre

    (…)

    Le cou des quatre pendus s’étire démesurément, leur chant s’angoisse également. Et ce qui me fait mal à crier me séduit par la musique des mots _ voilà ! de l’importance du jeu infiniment charmeur des signifiants sur les signifiés, et qui plus est dans la confrontation d’une langue à une autre… Les poules meurent en chœur, rime rime avec crime, les vers tapent du pied. J’avais beau hurler d’angoisse jusqu’au ciel avec les poules _ en passe d’être, sur le champ, massacrées : c’était en novembre 1942, à Oran, 54 rue Philippe, qu’Hélène, 5 ans, écoutait ainsi sa mère jouer-incarner en marionnettes confectionnées de sa main les contes tragico-archi-comiques de « Max und Moritz » (1865) de Wilhelm Busch (1832 – 1908)…  _, en tant qu’œuf  _ sic ! _ j’étais contente que ma mère ponde vite une dernière fois » : des bombes pleuvant alors dru, ce mois de novembre 1942, lors de l’Opération de libération Torch, sur Oran.

    …

    Et à la page 104, encore ceci qui éclaire encore d’une rincée, une louche, ce titre du recueil :

    …

    « Dans sa chambre ma mère centenaire _ Eve Klein (Srasbourg, 1910 – Paris, 2013) mourra le 1er juillet 2013, âgée de 103 ans  _ ne lit plus que Max und Moritz. Elle se prend pour une poule prête à _ et près de _ trépasser. Mais il y a dans ces images insupportables _ de Wilhelm Busch _ de quoi la faire pondre de rire.

    Ce que m’apporte _ me révèle _ Wilhelm Busch : le rire dans l’horreur »…

    …

    …

    Ce nouveau chapitre-ci s’inscrivant parfaitement, lui aussi, à son tour, dans la veine auto-explicitante _ mais en rien, surtout pas, didactique : tout vole et rit ici…  _  de l’œuvre entier _ et c’est considérable ! _ d’Hélène Cixous, que constitue ce recueil d’apparence a priori un peu composite de 11 textes-chapitres _ selon la présentation même de l’éditeur, en note d’avant-propos de précaution, à la page 9 du livre _, en en présentant le caractère comico-tragique…. 

    …

    …

    Voici le début-cadre de ce récit, aux pages 94-95 :

    …

    « Dehors, c’est la guerre. Après l’alerte de la nuit les sirènes ont lancé leurs youyous dans l’air noir percé de feux de Bengale de la DCA _ des troupes vichystes qui tiennent la ville et ses forts _, la Ville _ d’Oran _ fait encore l’escargot, il n’y a personne dans les rues, sauf les jeeps. Dedans _ dans l’appartement du deuxième étage Cixous-Klein-Jonas du 54 rue Philippe _, il fait donc chaud et tendre, comme si l’on venait de naître, le monde est un gâteau encore tiède, l’enfance _ Hélène a 5 ans et son petit frère Pierre tout juste 4 _ c’est le paradis encerclé par la mort, un délice. Désormais il y aura toujours _ voilà ! à vie… _ pour mon for intérieur cette terre à deux univers. Hier mon frère _ petit Pierre _ a été écrasé par une jeep sur la Place d’Armes, et il n’est pas mort. Il a été couronné petit malade principal _ à dorloter _ de la maison. C’est pour lui que ma mère devient d’un jour à l’autre metteuse en scène, auteur de théâtre et Grand Maître du Livre _ qu’elle interprète pour ses enfants. Alors elle crée. En premier lieu, elle fabrique l’homme. Puis la femme. Ce sont des marionnettes qui ont la dimension de sa main. Le peuplement croît vite. Le théâtre du monde est dans la chambre. Entrent tous les personnages de Shakespeare et des Grecs, parmi lesquels plusieurs paires de Roméo et Juliette, un Hitler complet un seul, deux professeurs avec lunettes et sans, une concierge avec balai pour balayer les débris des personnages _ battus et abattus _, une Bécassine anti-Hitler, et en haut de l’affiche Max et Moritz, sacripants, et désormais nos éternels inséparables. Les tréteaux, c’est le pied du lit du blessé. Le répertoire est bilingue, en vedette l’allemand et le français, compères lurons, joyeux larrons, l’un parlant l’autre, avec l’infime sel d’un accent, l’un tirant la langue à l’autre. Et la voix grave de Maman. Ce fut alors que Maman nous présenta le Créateur de la Littérature. C’est un Satan pour enfants, un dieu moqueur, un savant, un satyre, un généalogiste de l’amorale, et ce fabuleux philosophe-artiste, chantre de l’art pour lard, ma mère, qui l’a eu pour pédagogue, l’appelle Wilhelm Busch, dans sa langue. Dans notre langue il s’appelle Vilaine Bouche. Qu’est-ce qu’il y a dans un nom ?

    Je dois tout _ confie ici Hélène écrivaine _ à Wilhelm Bouche, tout ce qui fait le brouet enchanté. Dès qu’on l’a goûté il transfigure la réalité en littérature. Qui en a pris une louche au premier tour, en aura sur la langue, et donc jusqu’à la cervelle, le piquant, le souffle, la recette, les mots et clés de la littérature, jusqu’à son dernier jour _ voilà, voilà. Wilhelm Bouche c’est Rimbaudelaire interprété _ voilà : joué et incarné _ par ma mère au 54 rue Philippe à Oran, c’est-à-dire , avec une pincée d’accent allemand volontaire, Reinbotdelehr. Saint démoniaque, Busch est le chroniqueur sans peur ni proche des malheurs et méfaits de la petite humanité. Il en montre tout le mal possible. Le monde entier est un cirque, pense-t-il et einszweidrei, en un mot tous les maux, comme le dit l’allemand, berceau linguistique du génie d’Einstein, celui qui fait d’une pierre Ein Stein à tous les coups _ qu’est-ce qu’il y a dans un nom ? _ en piste ! et tout un peuple de benêts, de petits monstres, de maltraités, oncles, tantes, animaux, bourreaux, se presse dans ses spectacles en vers et en images  » _ voilà le décor splendidement reconstitué et planté.

    …

    Et le récit continue ainsi page 96 :

    …

    « La cruauté est la clé de l’homme _ nous y voici donc… La vengeance est un pain quotidien. Bons sentiments : zéro _ éliminés à plate-couture. Chacun est armé contre la justice avec les moyens du bord. On vole. Un dos tourné : on saute sur l’occasion. Une mare ? On y noie ce monsieur, ou cette demoiselle. On mord. On meurt à qui mieux mieux et pas n’importe comment.

    (…)

    Max et Moritz, nos affreux petits camarades, sont à tort et à tue avec tout ce qu’ils peuvent zigouiller sans distinction de sexe ou d’espèce, pas une poule _ tiens, les voici déjà… _ qui échappe à leur jubilation, jusqu’à ce que leur propre mort s’ensuive. Après tout, ils ont eu droit à bien des pages, au suivant !«  _ et c’est bien sûr désopilant.

    …

    Et pages 97-98 :

    …

     « Il n’y a rien à manger, dit ma mère _ ce mois de novembre 1942 à Oran _, sauf des vers. Tout le monde se régale. Ce qui est étrangement étonnant, c’est que, la bouche pleine de vers et de côtelettes de chien, on pouffe de rire de ces horreurs _ voilà. La littérature, c’est ça ? Avec la même scène, Euripide me tire des frissons, avec Sophocle je pleure, Busch me fait rire aux larmes. Comment expliquer cela ? _ et dans le jeu de la prose d’Hélène Cixous sans cesse ces modes et styles en permanence se chevauchent et rebondissent, pour notre formidable jubilation !..

    _ Demande à ce convive familier. C’est le jeune Sigismund Freud. Lui aussi est un élève _ lecteur fervent _ de Wilhelm Busch.

    C’est en suivant les farces atroces de Max et Moritz que le lycéen a fait l’expérience des mystères de la Prime de Plaisir. Où l’on peut jouir, sans culpabilité, de tout ce qui se moque de tous les commandements. Sans Busch, pas de psychanalyse, Les pulsions s’en donnaient à chœur joie chez les deux Bösenbuben, Max et Moritz Vilains Vauriens nos semblables nos frères. Pour les enfants c’est un festin. Le Chef  Busch, c’est Homère pour les petits, à chaque chant son jet de sang ». 

    …

    …

    Et c’est ici, à la suite immédiate de ce passage, que prend place, pages 98-99, la longue citation déjà donnée en mon  article précédent, de la pendaison des poules, et le dernier œuf vite pondu de la mère, qui va donner son titre plutôt comique à l’ensemble du recueil…

    …

    …

    Puis :  « dehors c’est toujours une autre guerre. Bang ! dehors ! Plump ! Platsch ! dedans ! La fin de Max et Moritz c’est La Colonie Pénitentiaire _ de Kafka, mais lui aussi est d’un constant monstrueux irrésistible comique !.. _ pour écoliers du primaire, la machine à débiter les polissons est nettement plus rapide que l’invention sophistiquée de la colonie, car elle est adaptée à l’économie libidinale toujours hâtive _ certes _ des criminels de sept ans, ceux qui tirent la langue aux passants, torturent les animaux et passent d’une farce à l’autre les deux poings dans l’aine. Et ma mère en fouettant Busch avec Rimbaud, écrit l’aîne avec un h au crayon _ dans le livre même.

    Quand dehors ça canarde et dedans ça rime avec poignarde, que la mort est Herr Tod, le voisin au balai impassible, c’est la première comédie de ma vie _ à 5 ans. C’est une tragédie. Qu’une tragédie soit une comédie, c’est une tragédie. Qu’une comédie soit une tragédie refoulée, Wilhelm Busch le formule ainsi : « Das Gute _ dieser Satz steht fest _ / Ist stets, was man lässt  » Comment traduire lässt ? se demande ma mère« 

    …

    Et le texte se poursuit, page 100 :

    …

    « Ma mère lit Wilhelm Busch acrobatiquement. Jongle un mot avec un moqueur prochain. Avec oreille et énergie. Les vers militent, les bombes tonnent. Cravachés par sa voix grave les sons courent après les sens. L’allemand sautille avec une gaieté de chat botté. A tout moment il peut se retourner en français. Quel plaisir quand les frontières violemment barbelées en « réalité » se trouvent allègrement déjouées par des accords de coopération linguistique. Entre êtres vivants, les parlers sont naturellement translingues, ainsi s’ébattait Wilhelm Busch, il y a déjà plusieurs grandes guerres de cela, entre chien et humain comme entre allemand et français, on s’entendait bien en s’entretraduisant,

    « Alleh, Plisch und Plum, apport ! »

    Tönte das Kommandowort.

    Les vers français langourent moins, ils attrapent une certaine vigueur militaire que l’allemand leur inocule. Ces deux-là sont des compères, ils se foutent la paix dans la figure. Je n’imagine pas jouer l’un sans l’autre. L’horrible est pire s’il est furchtbar, la catastrophe est trochaïque. Ach ! Comme la mélodie d’une langue nous embobine _ dont acte.
    A Oran sous la guerre, sous la musique de ma mère, j’en ai fait l’expérience, tout ce qui ne peut pas se dire, peut se dire : il suffit d’
    écrire, c’est-à-dire traduire, ce qui ne peut pas se dire en français peut en s’étrangeant se faire entendre autrement outrallemant.

    Avec ma mère, « traduire » n’aua jamais été que bondir en extraordinaire liberté, je veux dire « bondire », ne jamais parler en moins de plusdunelangue rire d’un mot avec l’autre, néologer à volonté, d’une trouvaille idiomatique faire deux coups de couleur, elle ne traduit pas, elle ne met jamais une langue au service de l’autre, il s’agit toujours d’une danse _ voilà : effervescente _, d’un pas de deux, d’un acccroissement de plaisir _ oui _, d’une taquinerie, d’une émulation, d’une prime de séduction, suis-moi ! dit le français à l’allemand, sois-moi (sois toi) aussi sûrement infidèle dit l’allemand aussi librement fidèlement _ file devant, plaisante-moi _ qu’un trapéziste à ses trapèzes, avec les petites difficultés jongle, elle ne traduit pas elle joue des deux  » : ça virevolte très effectivement, et c’est magnifique !

    …

    …

    Et un peu plus loin, page 102 :

    …

    « Tout se passe avec guerre. Pas de guerre sans résistance, sans guerre à la guerre, sans fuite, sans interventions de liberté, sans ruse. Et sans littérature. Pas de jeu de mort sans jeu de mot. Et pas de littérature sans les nerfs de la guerre, les énergies furieuses, les colères, et les révoltes contre les condamnations et les injustices. Guerre est le combustible de la littérature _ voilà, voilà. Ma mère ne connaissait pas Homère, mais elle l’était _ lire ici l’ »Homère est morte » d’Hélène Cixous, paru en 2014. A Osnabrück et environs c’était l’Iliade recommencée et par la suite pour ma mère, son peuple et ses familles, c’était l’Odyssée. La route est très accidentée, à chaque halte on perd des membres de l’équipage.

    A la fin ne reste que celui que le sort a choisi pour faire le récit des nombreux chapitres de la ruine _ le témoin ultime, s’il survit et témoigne. Puis le reste est silence« , page 103.

    …

    …

    Et page 108  :

    …

    « A Oran, faute de merles on mangeait les vers de Busch. Qui dort dîne, ma mère a appris le dicton et nous met au lit pour le dîner. Sans pain, sans beurre, mais pas sans Wilhelm Busch. (Cependant à Theresienstadt, la famille… sans son chien à manger, mais je l’ai déjà conté.)

    La vie est une fatalité d’ironie dramatique, un enchaînement de chances qui ébranlent le sens _ c’est superbe ! Nous sommes des mouches pour les dieux garnements, as flies to wanton boys are we to th’gods (ils jouent à nous tuer) ils nous tuent pour s’amuser. Comme le dit Wilhelm Busch. Il s’amusent à nous tuer.

    ça valait la peine que mon frère se fasse écraser par la jeep : à la fin on s’en tirait« .

    …

    …

    Quelle leçon ! et pas seulement de style !

    …

    …

    Ce lundi 18 novembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Lumière de l’acte même de penser (l’Esthétique… et autre) : la force de la conférence de Baldine Saint-Girons

    C’est aussi à partir

    et au-delà

    du pouvoir de la rhétorique _ à commencer par celle des Anciens, Grecs et Romains… _

    que Baldine Saint-Girons a entrepris, en son Fiat lux _ une philosophie du sublime (paru aux Éditions Quai Voltaire, en 1993),

    son travail proprement philosophique

    de dévoilement, compréhension et analyse

    des pouvoirs _ divers, subtils et d’autant plus efficaces qu’assez mal identifiés par ceux qui d’abord les subissent : notre siècle en expérimentant de nouvelles formes diablement performantes ! _ de l’Esthétique,

    …

    et qu’elle en met au jour,

    de sa formidablement vive intelligence,

    le faisceau hyper-ramifié et ultra-fin des composants et linéaments, lignes de force :

    …

    particulièrement en ses très brillants, magnifiquement justes et merveilleusement fouillés,

    récents livres

    L’Acte esthétique, aux Éditions Klincksieck, paru en janvier 2008,

    et Le Pouvoir esthétique, aux Éditions Manucius, paru en novembre 2009 :

    des travaux _ d’enjeux civilisationnels ! _ décisifs !..

    …

    Avec Francis Lippa, elle a convenu

    que sa conférence, sous une forme un peu dialoguée d’échanges à partir de questions,

    porterait sur la présentation-explicitation de son parcours _ philosophique _

    d’investigation-exploration-analyse de l’Esthétique…
    …

    …

    Le mieux est maintenant

    de l’écouter _ l’enregistrement dure 70 minutes _ ;

    …

    on va en être subjugué ;

    …

    mais ce sera au service _ prioritaire : éminemment rationnel ! _ de l’intelligence

    de ces pouvoirs subtils terriblement incisifs

    ici lumineusement mis au jour

    en démêlant leur riche complexité…

    …

    Je détacherai, personnellement, et en particulier

    …

    _ outre la reprise ici, par la parole (et c’est splendide !..), de l’analyse sublimissime (!!!) du constat de « la paix du soir » sur le Lungomare, à Syracuse, « avec«  ses deux amis siciliens : tous trois « partageant«  et « développant« , ensemble, par leurs paroles se répondant en se déployant (et se déployant en se répondant), le même sentiment « inspiré«  de « présence partagée«  de cette « pace della sera« ,

    …

    ainsi « confirmée«  !.., et allant, plus encore, « s’épanouissant«  en (et par) ce déploiement de paroles co-« inspirées«  s’échangeant ; et ne cessant, ainsi même (et c’est là le miracle presque sans pareil de ce phénomène !), de se préciser (détailler) et approfondir en le ressenti (= l’aisthesis) « activé«  de cette « présence«  en (et par) cette « conjonction«  (objective-subjective) radieuse tout à la fois objectivement constatée et subjectivement, et par les trois co-« présents«  (se répondant…), « éprouvée«  en se le disant, et précisant, et déployant !!! (car telle est la trouvaille ici mise au jour !),

    …

    en ouverture absolument magnifique (pages 39 à 66) de L’Acte esthétique !.. une analyse d’une précision, finesse et justesse tout bonnement géniales ! et je pèse mes mots ! _,

    …

    je détacherai, donc,

    la célébration

    à laquelle Baldine Saint-Girons procède, vers la fin _ vers les 55′ de la conférence… ; et d’après le final en apothéose (!), aux pages 130 à 134, de son Pouvoir esthétique… _, et avec une admirable délicatesse,

    de l’action d’ »enseigner« 

    (des professeurs : Baldine soulignant ici, avec une aussi juste que magnifique éloquence, « le courage du profateor« …),

    en une mission _ cruciale !  :

    …

    aider, si peu que ce soit, « une jeunesse très déboussolée« , dit-elle, à (un peu) mieux « comprendre comment s’orienter« 

    dans le « vivre«  une vie (pour chacun en sa personne et personnalité en puissance : qui peut (ou devrait) accéder à la singularité, en voie d’émergeance alors : face à l’alternative de demeurer immergée et, sombrant, finir par se noyer…) ;

    …

    dans le « vivre«  une vie, en effet, singulière ;

    et précieuse, par là, jusqu’à (impayable et inachetable qu’elle est, ou serait, cette vie singulière-là!) ne pas avoir de prix marchand !.. en dépit de tout ce que peuvent en « penser«  et clamer de par le monde tous les « Directeurs«  (aussi « haut-placés«  soient-ils, « en pouvoir«  : tant politique qu’économique ! et avec « haut-parleurs«  de mondiale diffusion ; tant à L’Oréal qu’au gouvernement de la République, par exemple…),  tous les « Directeurs de ressources humaines«  de par notre monde : l’expression, parlante pourtant, finira bien par être « vraiment«  entendue !.. _

    …

    en une mission _ d’éducation à l’autonomie de la personne et de la personnalité ; cf ce que dit Theodor Adorno de la « vie mutilée » en ses sublimes Minima Moralia _ Réflexions sur la vie mutilée, plus que jamais d’actualité en leur intempestivité ! versus les avancées, à la Attila (« le désert croît«  ; l’herbe ne repousse plus…), du nihilisme de l’ultra-libéralisme... Il y a toujours péril aux endormis (graves) de la vie… _ rien moins que « civilisationnelle« ,

    versus le raz-de-marée du nihilisme _ en sa version de la déferlante de la chimère de la misérable cupidité… _ :

    …

    combien je rejoins Baldine en ce diagnostic

    de la décisivité et urgence

    de cette action professorale _ philosophique, au premier chef… _

    humaine-là !.. :

    …

    …

    tout ce qui vient la « saper« 

    _ et pour quels misérables profits ? de quelques uns de si (consternamment !) ridicules : cela est au passage évoqué avec atterrement ! sans s’y apesantir, bien sûr ; mais c’est dit !) _

    étant par là une atteinte, terriblement grave, au « civilisationnel » :

    rien moins !..

    …
    Je détacherai aussi, en cette si belle conférence de Baldine,

    l’émotion

    se dégageant de son évocation, toute vibrante de vie, en conclusion,

    de sa « lecture« 

    _ romaine d’abord, in situ, lors de sa visite de la grande exposition Sebastiano del Piombo, aux Scuderie del Quirinale (8 février – 18 mai 2008) ; puis activement méditative : patiemment, par le penser et l’écrire, en son studiolo !.. _

    de la Pietà de Viterbe de Michel-Ange et Sebastiano del Piombo,

    …

    « lecture » _ ré-improvisée ! pour nous, vers les 62′ de l’enregistrement _ dont le détail, passionnant _ riche d’une érudition « ouverte«  toujours intensément « curieuse«  en sa prospection (comme il se doit !) : pour l’accroissement de toujours un poil plus d’intelligence de la qualité même du ressenti ! _,

    est _ splendidement ! avec sprezzatura ! voilà ! _ très délicatement narré _ quelle vibrante écriture ! _

    en son plus récent livre paru aux Éditions Passage d’encres en avril 2010,

    La Pietà de Viterbe _ Une double invention de Michel-Ange et Sebastiano del Piombo…

    …

    Le centre-cœur de l’analyse _ tableau à l’appui :

    celui des pages 136-137 du Pouvoir esthétique… _

    étant constitué du démaillage

    aussi hyper-précis que parfaitement _ quelle performance ! _ clair

    _ et renvoyant à maints exemples : que nous pouvons nous figurer… _

    des pouvoirs esthétiques

    entrelacés,

    voire enchevêtrés,

    quand ils ne s’affrontent pas _ comme c’est parfois, ou même souvent, la cas _, mais conjuguent hyper-habilement et redoutablement leurs hyper-subtiles efficacités… 

    …

    Charles Quint aurait pu penser et (se) dire :

    quand le Prince de Machiavel

    et le Courtisan de Castiglione

    forment une seule et même personne

    de pouvoir _ réalisant en quelque sorte ainsi l’auctoritas désirée (par le prince)… _

    idéalement accomplie !

    …

    …

    Comment remercier de tout cela

    et l’auteur

    de ces si lumineux livres

    et la conférencière

    si profondément généreuse

    en son action de penser (avec nous) en acte

    en sa conférence ?!!

    …

    Eh bien ! en nous réjouissant à notre tour

    par l’écoute _ active ! _ de cette superbe conférence

    de cette intelligence à l’œuvre _ lumineusement en acte ! toujours ! _ des modalités

    magnifiquement élucidées _ voilà ! _ des processus esthétiques :

    …

    plus que jamais actifs, eux,

    tous azimuts, et selon tant de styles, dans mille pratiques

    ô combien redoutablement efficaces ! _ cf mon article du 12 septembre 2010 : les enjeux fondamentaux (= de civilisation) de l’indispensable anthropologie esthétique de Baldine Saint-Girons : “le pouvoir esthétique”… _

    dans le monde « comme il va« , c’est-à-dire tel qu’il fonctionne

    et « fait ses affaires » _ son business et son show, son cirque _

    aujourd’hui…

    …

    …

    Revoici,

    en forme de « confirmation« , en quelque sorte,

    la quatrième de couverture du Pouvoir esthétique,

    passablement éclairante, il me paraît ! _ plus que jamais _, en sa présentation :

    …

    « Mettre en évidence «le pouvoir esthétique»,

    c’est souligner l’intrication _ eh ! oui… _ des questions de l’esthétique à celles de l’éthique et du politique _ un point tout à fait capital ! D’où le concept d’« esth-éthique«  très judicieusement développé aux pages 126 à 130..

    Le pouvoir naît d’un vouloir et se heurte à d’autres pouvoirs _ issus d’autres vouloirs : certes… Sous la diversité des apparences, il concerne la force de l’apparaître _ voilà ! _, compris en ses trois temps : projet, stratégie, effets.

    …

    Faut-il _ c’est là le projet _ plaire, inspirer ou charmer ? Rechercher la dignité du beau, la gravité du sublime ou la suavité de la grâce ? Parmi les trois figures de la laideur ou du mal, notre adversaire est-il d’abord la difformité qui dissone, la médiocrité qui enlise, ou la violence qui révulse ?

    Le beau peut être médiocre et violent : il ne saurait manquer d’harmonie.

    De même, le sublime peut être compatible avec la difformité et la violence : il disparaît avec la médiocrité.

    Et la grâce peut être dépourvue de beauté et d’originalité : la douceur ne saurait lui faire défaut.

    …

    À chaque combat _ ainsi _ sa technique _ et donc sa stratégie _ : l’imitation des meilleurs, l’invention du nouveau, l’appropriation de traits gracieux.

    …

    De là des résultats _ et voilà les effets _ divergents : l’admiration va à ce qui plaît, l’étonnement à ce qui inspire, la gratitude à ce qui charme. Rompre les trois cercles maudits du mépris niveleur, de la médiocrité agressive et de l’envie négatrice, tel est l’enjeu.

    …

    Dans quelle mesure ces trois grands types de pouvoir esthétique sont-ils exclusifs, chacun des deux autres ?

    Si Burke dégagea, au milieu du XVIIIe siècle, ce qu’on peut appeler le dilemme esthétique entre beau et sublime, est-on aujourd’hui _ voilà l’enjeu présentissime de la question ! _ fondé à parler d’un trilemme esthétique entre beau, sublime et grâce ?« 

    …

    Nous mesurons alors

    combien les enjeux de ce pouvoir esthétique

    complexe et si étendu en ses effets

    sont bien l’affaire affairissime (!), la plus « affairée » (!)

    des « affaires » _ = business, show et cirque médiatique ! _ les plus en usage

    de notre monde le plus « contemporain » et high tech !,

    qui soit !

    …
    Titus Curiosus, le 27 janvier 2011