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  • Le cas Giuseppe Tartini (1692 – 1770) : un compositeur (et violoniste) plutôt déconcertant, du moins au disque et à mes oreilles : faute probablement, de ma part, d’atomes crochus avec le style galant et l’attraction envers la mélancolie, de Tartini…

    La très grande réussite, absolument enthousiasmante _ c’est en en écoutant, à ma demande expresse, des extraits, en découvrant ce tout nouveau CD en évidence sur la table des nouveautés de mon disquaire préféré ; et son écoute m’ayant immédiatement enthousiasmé, j’ai acheté le CD ! _, du CD Alpha 935 « Duello d’Archi a Venezia« , par la formidable violoniste Chouchane Siranossian, le Venice Baroque Orchestra sous la direction de son chef l’excellent Andrea Marcon, et comportant quatre superbes Concerti per violino, de Francesco-Maria Veracini (1690 – 1768), Pietro Locatelli (1695 – 1764), Antonio Vivaldi (1678 – 1741) et Giuseppe Tartini (1692 – 1770) _ avec un absolument irrésistible Concerto pour violon à cinq en Fa majeur  D. 61 de Tartini… _,

    m’a vivement incité à venir me pencher d’un peu plus près sur l’œuvre _ et la discographie présente en ma discothèque… _ de ce compositeur vénitien, natif de Pirano, en Istrie vénitienne, le 8 avril 1692, et qui décèdera à Padoue le 26 février 1770,

    qui jusque là ne m’avait jamais vraiment enthousiasmé _ et il m’était difficile de dire pourquoi ; mais le fait était là, et bien là… 

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    Je voulais donc en avoir le cœur net !

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    En faisant aussi le constat que Chouchane Siranossian, toujours avec ce même Venice Baroque Orchestra et Andrea Marcon, avait consacré un précédent CD « Tartini Violin Concertos« , le CD Alpha 596,

    je me le suis donc aussitôt procuré…

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    Et là, à nouveau, une endémique déception de ma part,

    mais qui ne tient en rien à la qualité des interprètes _ et leur interprétation de cette musique _, Chouchane Siranossian, le Venice Baroque Orchestra, Andrea Marcon, toujours parfaits en leur incarnation au plus près des œuvres jouées,

    mais bien à la musique même de Giuseppe Tartini, qui ne me touche décidément pas ! ;

     

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    probablement une affaire d’époque _ tardive : post-baroque… _, ainsi que de style _ galant…

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    L’ère de Vivaldi (1678 – 1741) venait donc irrémédiablement de passer !

    Et nous quittions la vie virevoltante et admirablement contrastée _ les adagios de Vivaldi sont, eux aussi, à fondre et pleurer de larmes de plaisir !.. _, et nous abordions les prémisses d’un certain classicisme, plus gourmé et plus froid ;

    et d’un certain romantisme, pleurnichard…

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    Sur ce CD « Tartini Violin Concertos » Alpha 596, paru en 2020, et enregistré à Trévise en septembre 2019,

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    lire les deux intéressants articles suivants,

    le premier en date du 5 avril 2020, sous la plume de Jean Lacroix, sur le site de Crescendo, et intitulé « Chouchane Siranossian et Andrea Marcon dans Tartini : l’éblouissement » ;

    et le second en date du 7 janvier 2021, sous la plume de Jean-Charles Hoffelé, sur le site de Discophilia, et intitulé « Apogée du violon » ;

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    même si, pour ma part, je suis loin de partager hélas leurs enthousiasmes respectifs ! pour ce CD-là :

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    Chouchane Siranossian et Andrea Marcon dans Tartini : l’éblouissement

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    LE 5 AVRIL 2020 par Jean Lacroix
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    Giuseppe TARTINI (1692-1770) : Concertos pour violon et orchestre D. 44, 45, 56, 96 et Concerto en sol majeur.

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    Chouchane Siranossian, violon ;

    Orchestre baroque de Venise, direction : Andrea Marcon. 2020.

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    Livret en français, en anglais et en allemand.

    79.22.

    Alpha 596.

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    Il y a des disques dont l’audition vous donne la sensation de l’éblouissement _ certes, et très heureusement, bien sûr… La gravure de ces cinq concertos pour violon de Tartini est de ceux-là ! _ mais ce n’est pas mon cas, je dois en convenir. Ce CD exemplaire nous fait entrer dans un univers où tout semble à ce point couler de source _ oui, mais d’une source bien trop uniment mélancolique et auto-complaisante envers la tristesse, à mon goût : celle de la Venise (en décadence endémique…) de la seconde moitié du XVIIIe siècle... _ que cela relève du miracle musical. Les œuvres pour commencer, avec une première mondiale discographique à la clef, celle de ce Concerto en sol majeur non publié, découvert par la musicologue Margherita Canale, qui signe la très intéressante notice du livret. Cette dernière explique qu’il existe une copie manuscrite du XVIIIe siècle, conservée aux archives de la Cappella Antoniana de Padoue, et que l’analyse a permis de dater des années de maturité _ deTartini. Mais elle précise aussi que les _ quatre _ autres concertos _ de ce CD Alpha 596 _ « n’ont pas été _ eux non plus _ publiés du vivant du compositeur : ils appartiennent à différentes périodes de son évolution créatrice, et nous sont tous _ voilà _ parvenus sous forme de partitions autographes. » On lira avant audition les divers détails de la recherche et les considérations sur le matériau musical de ces différentes pages.

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    Giuseppe Tartini, né à Pirano en Istrie _ actuellement et désormais en république de Slovénie _, étudie le violon en milieu ecclésiastique, puis le droit à l’Université de Padoue et se trouve mêlé à l’âge de 19 ans à des problèmes judiciaires après un mariage secret avec la protégée d’un Cardinal. Il doit fuir dans un monastère d’Assise, où il participe à l’orchestre de l’opéra. Blanchi, il va se retrouver à Venise, revenir à Padoue avant de voyager à Prague et de s’établir à nouveau sur la rivière Bacchiglione _ à Padoue. Violoniste d’exception, il se produit partout dans la Péninsule avant de devoir arrêter ses concerts pour des raisons de santé. Compositeur prolifique (plus de cent concertos pour le violon), mais aussi théoricien à la base de découvertes sur le son et ses interférences, il est connu avant tout _ en effet _ par une sonate _ virtuosissime _  qui porte le nom de « Trille du diable ». Le résumer à cela serait injurieux, car sa réputation était bien établie de son vivant pour la qualité de sa musique et pour son apport technique, notamment dans la tenue de l’archet. Comme le souligne la notice, « il fut aussi une référence culturelle du monde musical européen de l’époque ». On le comprend aisément en écoutant ce programme à la fois virtuose, brillant, riche au niveau de l’ornementation et de l’harmonie, avec en plus une intelligence confondante de l’accompagnement orchestral.

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    La Franco-arménienne Chouchane Siranossian est née à Lyon en 1984. Elle s’est formée en Suisse, d’abord à Lyon avec Tibor Varga, puis à Zurich avec Zakhar Bron ; elle devient premier violon de l’Orchestre Symphonique de Saint-Gall. En 2009, elle se perfectionne au Mozarteum de Salzbourg avec Reinhard Goebel qui l’oriente vers la musique baroque, sans qu’elle néglige pour autant les créateurs de notre temps, comme en témoigne son premier CD pour le label Ohms où se côtoient des œuvres d’El Khoury, Tanguy, Rust, Stamitz et Leclair. Chez Alpha, on la retrouve en 2016 _ avec le CD Alpha 255 _ dans un programme intitulé « L’Ange et le Diable » où apparaît déjà Tartini, aux côtés de Locatelli, Leclair et Forqueray. Plus récemment, elle a interprété la première version du Concerto pour violon de Mendelssohn avec Anima Eterna Brugge. On a pu l’écouter l’an dernier au Festival de Wallonie dans plusieurs prestations, dont l’une avec Kristian Bezuidenhout. Le livret montre quelques jolies photographies de cette artiste rayonnante ; auprès d’Andrea Marcon, elle semble respirer la joie de vivre _ en effet, elle est rayonnante ! Ecoutez et regardez lee 2′ 39 de cette excellente vidéo…  _ et de transmettre le message musical. C’est avec le fondateur de l’Orchestre Baroque de Venise, qui existe depuis 1997 et dont la réputation n’est plus à faire _ l’excellent, lui aussi, Andrea Marcon _, que l’idée est venue d’enregistrer, en septembre 2019, au Teatro Eden de Trévise, des concertos de Tartini. Une note, signée conjointement par la soliste et le chef d’orchestre, précise : « Nous avons la chance d’avoir une copie manuscrite des ornements originaux des deuxièmes mouvements des concertos D 44 et D 45. Les autres mouvements lents ainsi que les cadences ont été agrémentés en tâchant de rester fidèle au style _ propre _ de Tartini et s’inspirant de sa palette infinie de trilles, fioritures, rubatos, gammes, appoggiatures, messa di voce… ».

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    Les partitions choisies sont un bel éventail de la créativité de Tartini à plusieurs moments de son évolution. Ce qui frappe tout au long du parcours, c’est la fraîche élégance des détails, la qualité des contrastes, mais surtout le déploiement du chant violonistique qui entraîne une atmosphère tour à tour intimiste _ surtout, en effet ; en rien extravertie : mélancolique même… _, émotionnelle et finement esquissée. A cet égard, les concertos D 44 et 45, cités plus avant, sont révélateurs de l’attention avec laquelle les protagonistes soignent l’architecture mélodique comme la ligne, que suggèrent les inscriptions autographes de la main du compositeur retrouvées sur les partitions et qui évoquent notamment le poète et librettiste Métastase (1698-1782) : la parole n’est pas loin, et elle se traduit aussi bien dans les murmures de l’archet que dans les accents sonores. On admirera les concertos D 56, aux allures ludiques, et D 96, traversé de courants bondissants ou langoureux _ surtout… Quant à l’inédit, comme l’explique Margherita Canale, la musicologue qui l’a découvert, il reflète la dernière phase compositionnelle de Tartini par « des accompagnements des passages solistes par les seuls violons I et II (sans basse) ».

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    Qu’ajouter de plus ? On sort de cette expérience musicale comblé, ravi, enchanté _ pas moi, et je le regrette… _, avec, répétons-le, la sensation d’avoir vécu un miracle sonore servi par des partenaires exemplaires, dans une prise de son claire et précise. Un moment de grâce, tout simplement…

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    Son : 10  Livret : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

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    Jean Lacroix

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    APOGÉE DU VIOLON

    L’admirable _ en sa réputation dans l’histoire de la musique, et parmi les musicologues, du moins _ corpus de concertos qu’a laissé Tartini effraye _ par ses réputés difficultés techniques, principalement… _ les violonistes depuis toujours, hélas, car dans son art à la fois évocateur et brillant, il aura porté à son apogée ce violon orphique qu’il aura ravi à Vivaldi _ hum, hum… _ et offert à Mozart par le truchement de son père _ et via le Padre Martini (Bologne, 24 avril 1706 – Bologne 3 août 1784) : Mozart et lui se sont rencontrés par deux fois chez lui à Bologne, lors du premier voyage de Mozart en Italie, de décembre 1769 à mars 1771…

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    Dans le grand concert du XVIIIe siècle, aucun ensemble écrit pour le violon ne peut l’égaler _ mais selon quels critères, au juste ? de pure technique violonistique ? ou bien de musicalité ?.. _, si ce n’est ceux bien plus concis de Leclair et Mozart. Leclair _ Lyon, 10 mai 1797 – Paris, 22 octobre 1764 _, lui-même violoniste virtuose _ voilà donc ce qui a marqué les musicologues… ; mais pour ma part j’aime beaucoup tout l’œuvre de Leclair ! _, admira sans frein les opus de Tartini, et s’efforça comme lui d’effectuer cette transition du baroque vers le classicisme _ nous y voilà… Cela débuta donc assez tôt dans le siècle… ; après Vivaldi (décédé à Vienne en 1741), toutefois… _, que soulignent avec infiniment de subtilités Choucanne Siranossian et Andrea Marcon, ressuscitant le discours tissé de trilles, de gammes, d’appoggiatures qui font tout le sel de l’art _ mais quid de sa musicalité ? _, de Tartini.

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    Les concertos sélectionnés ne sont pas parmi les plus courus, et s’y ajoute même un inédit enregistré en première mondiale, un Concerto en sol majeur retrouvé tout récemment _ par Margherita Canale _ à Padoue. Les teintes vénitiennes de ces interprétations élégantes _ certes, presque trop… _ mettent l’accent sur l’héritage vivaldien _ hum, hum… _, alors qu’au long du disque _ Ricercar RIC 414 _ d’Evgeny Sviridov _ mais qui ne m’a pas touché davantage, hélas ! _, ce sont des concertos de plus grand apparat qui sont choisis, majestueusement phrasés par l’archet généreux qui caresse un sublime violon signé par Januarius Gagliano : la profondeur de son médium, son aigu de voix humaine, donnent un relief saisissant _ j’y suis resté insensible ! _ au Concerto en ré majeur, le D. 24, où l’on croit la cadence du Finale de la main de Pisendel) : un grand concerto aux envolés magnifiques. Tout le disque est éblouissant _ pas à mes oreilles, ni à mon goût, hélas… _, autant par la virtuosité que par la poésie : écoutez seulement l’Allegro du Concerto en sol mineur où Evgueny Sviridov intègre un Capriccio de Nardini. Merveille de style galant _ voilà, nous y sommes : et c’est bien ce style galant qui m’agace et me déplaît souverainement… _, le Concerto en mi majeur inspire aussi au violoniste toute une poésie de babillages, trilles, gammes, appogiatures, qu’il lie d’un seul trait _ toujours le critère de la pure virtuosité technique du violon….

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    Mais il faut aussi entendre Evgeny Sviridov délesté des décors de l’orchestre, découvrir _ en son CD « Giuseppe Tartini Sonatas Op. 1 » Ricercar RIC 391 _ l’autre face du génie de Tartini, qui donna naissance à d’étonnantes sonates narratives. Le jeune violoniste laisse de côté la plus célèbre (Le Trille du Diable), lui préférant la Didone abbandonata et sa poésie mélancolique _ voilà le trait hélas dominant (à la Dowland : « Semper Dowland, semper dolens« …) selon moi, de la musique de Tartini ; et qui m’y rend allergique… _, œuvre qui touche au sublime et qu’il joue avec une élégance folle. Le disque s’ouvre par une vocalise de violon inspiré par un poème du Tasse, et donne le ton d’un album fascinant où les trois musiciens ouvrent les portes de cet univers secret avec art. Un aussi beau doublé ne doit pas rester sans suite.

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    Les ultimes Sonates que Tartini coucha dans la solitude de sa vieillesse sont des merveilles de nostalgie _ encore, et décidément : soit une anticipation de ce que sera même le romantisme pleurnichard…  _ et d’invention, elles figurent au nombre de ses œuvres les moins courues. Pour en faire mieux sentir la singularité, David Plantier et Annabelle Luis _ en leur CD« Vertigo _ the last Sonatas« , le CD Muso MU040 ; dont l’écoute d’extraits ne m’a pas davantage séduit… _ contrastent les quatre ultimes opus avec une Sonate antérieure de trente année, et lui font succéder la Sonate en imitation de la guitare portugaise qui est l’un des ouvrages les plus étonnants jamais coulés de la plume du compositeur et dont les effets sont autrement poétiques que ceux du Trille du Diable. La singularité du génie de Tartini, parvenu à une liberté souveraine, et tirant des sonorités inouïes des deux instruments de la même famille, éclate tout au long de cet album précieux qui laisse espérer que le temps d’une juste réévaluation de son œuvre soit enfin venu.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Giuseppe Tartini(1692-1770)

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    Concerto pour violon, cordes et basse continue en mi mineur, D. 56
    Concerto pour violon en la majeur, D. 96
    Concerto pour violon en ré mineur, D. 45
    Concerto pour violon en sol majeur
    Concerto pour violon en ré mineur, D. 44

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    Chouchane Siranossian, violon
    Venice Baroque Orchestra
    Andrea Marcon, direction

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    Un album du label Alpha 596
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    Giuseppe Tartini

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    Concerto pour violon en ré majeur, D. 24
    Concerto pour violon en sol mineur, D. 85 (Op. 1 No. 1)
    Concerto pour violon en la majeur, D. 89 (Op. 1 No. 6)
    Concerto pour violon en mi mineur, D. 55
    Concerto pour violon en mi majeur, D. 48

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    Evgeny Sviridov, violon
    Millenium Orchestra
    Un album du label Ricercar RIC414
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    Giuseppe Tartini

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    Sonate XV en sol majeur, B. G3 « del Tasso »
    Sonate X en sol mineur, B. g10 detta « Didona abandonata »
    Sonate XII en fa majeur, B. F4
    Sonate V en mi mineur, B. e6
    Sonate XVII en ré majeur, B. D2 « del Tasso »
    Pastorale en la majeur, B. A16

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    Evgeny Sviridov, violon
    Davit Melkonyan, violoncelle
    Stanislav Gres, clavecin

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    Un album du label Ricercar RIC391
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    Giuseppe Tartini

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    Vertigo – The Last Violin Sonatas

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    Sonate pour violon et violoncelle en la mineur, Brainard a8
    Sonate pour violon et violoncelle en la majeur, Brainard A4
    Sonate pour violon et violoncelle en ré mineur, Brainard D19
    Sonate pour violon et violoncelle en ré mineur, Brainard d5
    Sonate pour violon et violoncelle en ré majeur, Brainard D9

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    David Plantier, violon
    Annabelle Luis, violoncelle

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    Un album du label Muso MU040
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    Photo à la une : le violoniste Evgeny Sviridov – Photo : © DR

     

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    Trop peu d’affinités, donc, pour ce qui me concerne, avec l’idiosyncrasie musicale de Giuseppe Tartini ;

    à la glorieuse exception, toutefois, de ma part, de son enthousiasmant Concerto à 5, en Fa majeur, D.61, du CD « Duello d’Archi a Venezia« , Alpha 935 :

    une fabuleuse réussite d’interprétation comme de musique, qui met, elle, parfaitement en joie…

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    Ce jeudi 1er juin 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’hommage superlatif de Christophe Eschenbach à la sensualité luxuriante de Franz Schreker (1878 – 1934) en un double CD électrisant intitulé « Der Ferme Klang »

    C’est un superlatif hommage à la musique somptueuse de sensualité luxuriante de Franz Schreker (Monte-Carlo, 23 mars 1878 – Berlin, 21 mars 1934)

    que le chef Christophe Eschenbach,

    à la tête du KonzertausOrchester Berlin, et avec le concours impressionnant de la  soprano Chen Reiss et du baryton Matthias Goerne _ quel luxe ! _

    vient nous offrir en un double CD Deutsche Grammophon 486 3990, intitulé, en référence à l’opéra fameux du compositeur, « Der Ferne Klang« , créé à Francfort le 18 août 1912, « Der Ferne Klang » _ en français « Le son lointain« _ ;

    avec un somptueux programme constitué de 7 œuvres du compositeur,

    qui nous font percevoir comme jamais jusqu’ici le son musical idiosyncrasique _ lointain ? mais si proche du plus intime et frémissant de l’humain… _ de ce compositeur pas assez _ on comprend vraiment mal pourquoi ! _ donné de nos jours au concert, sur la scène ou au disque…

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    Voici trois beaux articles rendant l’hommage qu’il mérite à ce vraiment extraordinaire double album Deutsche Grammophon 486 3990 « Der Ferne Klang« 

    consacré à un magnifique florilège de l’injustement trop méconnu encore des mélomanes Franz Schreker,

    et cela dans l’ordre chronologique de leur parution sur les sites de Crescendo, ResMusica et Discophilia :

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    _ tout d’abord, en date du 21 mars dernier, sur le site de Crescendo,

    la magnifique recension de Pierre-Jean Tribot, si justement intitulée, tout simplement, « Les multiples splendeurs de Franz Schreker » : 

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    Les multiples splendeurs de Franz Schreker

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    Le 21 mars 2023 par Pierre Jean Tribot

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    Franz Schreker(1878-1934)  : Der Ferne Klang. Orchestral Works & Songs. Nachtstück Interlude de l’acte III de l’opéra Der ferne Klang ; Valse lente ; Kammersymphonie ; Von ewige Leben ; Fünf Gesänge ; Kleine Suite ; Romantische Suite. Chen Reiss, soprano ; Matthias Goerne, baryton; Konzerthausorchester Berlin, direction : Christoph Eschenbach.  2021 et 2022. Livret en allemand et anglais. Texte chanté en allemand, traduction en anglais. DGG. 00028948639908

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    Le temps semble peu à peu arriver _ enfin ! L’histoire a de ces injustices !… _ d’un revival de l’œuvre de Franz Schreker. Au fil des saisons on voit poindre à travers l’Europe la programmation de certains de ses opéras ; même en Belgique, l’Opéra de Flandres avait monté son Forgeron de Gand (Der Schmied von Gent). Dans ce contexte, on accueille avec bonheur et impatience cette parution captée à Berlin qui nous propose un beau panorama d’œuvres orchestrales et deux cycles de lieder avec orchestre _ voilà.

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    L’écriture orchestrale de Schreker est caractérisée par un onirisme musical et sensitif _ sensualissime… _, une  instrumentation capiteuse et ensorceleuse _ voilà _ qui se déploie tant dans la puissance du grand orchestre, comme dans la superbe “Nachtstücke” tirée de l’opéra Der Ferne Klang, que dans l’effectif instrumental chambriste de la Kammersymphonie ou de la Kleine suite. Le texte du livret de titre “Le maître du son” ne saurait être plus juste _ voilà _ face aux talents du compositeur qui peut délivrer une puissance digne d’un Strauss _ oui, son exact contemporain… _ et une finesse de traits _ oui ! _ qui sont ici aussi novateurs que personnels. On apprécie aussi la poésie _ absolument… _ d’un musicien dont chaque instant est une saynète dont la narration et les couleurs suggèrent une multitude d’imaginaires.

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    Christoph Eschenbach est un orfèvre _ oui _ qui cerne avec justesse les caractéristiques et la personnalité de cette musique. Sa direction est brillante et nuancée sans jamais en rajouter dans le démonstratif _ tout à fait… Le Konzerthausorchester Berlin est à la hauteur de la tâche avec un collectif puissant et des individualités majeures marquées par les pupitres de vents. Il déploie une palette de couleurs “fin de siècle” absolument superbes _ oui.

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    Les deux cycles de lieder Von ewige Leben _ sur des poèmes de l’immense Walt Whitman, excusez du peu ! _ pour soprano et orchestre et les Fünf Gesänge pour baryton et orchestre sont d’autres grands moments de ce disque. L’interprétation bénéficie des performances exemplaires _ oui _ de Chen Reiss et Matthias Goerne qui font de chaque phrase un bijou ciselé avec passion. Rompu à l’accompagnement de Liederabend, Christoph Eschenbach est un partenaire attentif qui soigne les nuances.

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    Ce programme, inédit dans son concept, est une réussite artistique et musicale _ absolue. Individuellement, il existe d’autres très bonnes interprétations de la Kammersymphonie (Franz-Welser Möst à Salzbourg pour Warner) ou de la Romantische Suite (James Conlon à Cologne pour Warner), mais cet album, magnifié par une prise de son de démonstration _ voilà _, est une référence _ tout simplement…

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    Son : 10 – Livret : 9 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

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    Pierre-Jean Tribot

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    _ ensuite, en date du 20 mai dernier, sur le site de ResMusica, un très bon article de Matthieu Roc, sobrement intitulé, lui, « Bel hommage de Christophe Eschenbach à Franz Schreker » :

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    Bel hommage de Christoph Eschenbach à Franz Schreker

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    Dans un très beau florilège de lieder et de pièces orchestrales baptisé « Le son lointain », comme son plus célèbre opéra, Christoph Eschenbach contribue à restituer à ce compositeur mal connu qu’est Franz Schreker le lustre qui lui a été usurpé.

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    Triste _ tragique _ destin musical, que celui de Franz Schreker. Après le démarrage de sa carrière sur des chapeaux de roue (triomphe de son opéra Der Ferne Klang en 1912, nomination au poste de directeur du conservatoire de Berlin en 1920…), sa carrière a été littéralement brisée par les nazis, qui l’ont persécuté et interdit de toute part. Il est étonnant _ et triste _ de constater que presque un siècle plus tard, Schreker peine encore _ pour quelles injustes raisons ? _ à reprendre la place qui est la sienne, celle d’un compositeur majeur _ voilà ! _ du début du XXᵉ siècle, de la même importance _ oui ! _ qu’un Gustav Mahler ou qu’un Richard Strauss. Certes, les mélomanes ont tous entendu parler de lui. Certes, on dispose de quelques belles gravures par-ci par-là, et on a joué il y a peu quelques-uns de ses plus beaux opéras (par exemple à Strasbourg en 2022, Der Schatzgräber), mais il nous manque toujours _ oui ! _ une belle intégrale, ou du moins de belles collections produites par des marques majeures. Espérons que ce très beau coffret publié par l’historique « Deutsche Grammophon Gesellschaft » marque le début d’une forme de reconnaissance et contribue à sortir Schreker de l’ornière où l’histoire l’a _ si injustement _ bloqué.

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    Le programme, composé comme une très longue symphonie lyrique _ oui _ en alternant des pièces orchestrales et des lieder avec orchestre, montre Schreker sous de nombreuses facettes _ en effet _ et donne une juste mesure de la profondeur _ le mot est très juste _ de son génie. Dès les premières mesures du _ sublimissime _ Nachtstück, on est saisi par la splendeur _ oui !!! _ des élans profonds et mesurés de ce nocturne, et par le scintillement _ vibrant et doux à la fois _ de cette nuit obscure. D’abord crépuscule nostalgique, la nuit devient peu à peu un océan magnifique de couleurs ombrées et trans-illuminées. Si Schreker fait parfois penser à ses contemporains, Mahler, Zemlinsky, Schönberg, et surtout Pfizner, il est avant tout quelqu’un qui a parfaitement appris, compris et digéré son Wagner _ sans doute. Plus mondaine, plus claire, la Valse lente apporte un peu de fraîcheur dans une œuvre toujours marquée par la gravité et la retenue _ les deux, en effet _ des émotions. La Kammersymphonie (déjà enregistrée par Eötvös, Gielen, Neuhold et Welser-Möst…) déploie ses chatoiements délicieux, et ses contrastes pseudo-mahlériens dans un luxe de couleurs proche de l’hallucination sonore. Tout aussi grisants et magnifiques _ oui _ sont la Kleine Suite et la Romantische Suite. Christoph Eschenbach est parfait _ voilà ! _ pour diriger ces œuvres, à la fois profondément lyrique _ oui... _, mais d’un lyrisme un peu gourmé, sans étalage excessif de sentimentalité. Il excelle surtout à tisser des lignes qui s’entrelacent et magnifient l’écriture subtile et raffinée _ oui _ de Schreker. Le Konzerthaus orchester de Berlin le suit admirablement dans ses intentions, très clair de texture _ oui, lumineux _, pouvant prendre à loisir des allures d’orchestre de chambre comme de grand philharmonique.

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    Schreker a laissé peu de Lieder, et ceux-ci sont des œuvres très abouties, riches _ à la fois _ par leur texte et par leur orchestration. Von ewigen Leben propose une méditation métaphysique d’une poésie dense _ des merveilleuses et somptueuses « Leaves of grass » , ce chef d’œuvre absolu de l’immense et sublime Walt Whitman _, à partir d’herbe, de feuilles ou de racine. La ligne de chant, acrobatique, s’insinue dans l’orchestration et s’y fond progressivement. Chen Reiss y est superbe à tout point de vue. Elle chante comme un ange _ oui ! _, se joue de tous les écarts de sa partie, et son élocution est très suffisante. Matthias Goerne, dans les Fünf Gesänge, est d’une trempe encore supérieure _ de présence _ : toujours royal voire prophétique _ voilà ! _, il trouve des couleurs de timbre qui se superposent à celles de l’orchestre et porte ses poèmes jusqu’à l’incandescence _ oui. Sa façon d’accepter la mort au terme de son cycle est simplement sublime _ oui.

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    Ceux qui aiment la Quatrième de Mahler, le Lied von der Erde de Mahler et la Lyrische Symphonie de Zemlinsky _ comparaisons tout à fait intéressantes ! _ n’hésiteront pas, et acquerront rapidement cet album magnifique _ indispensable même ! Il se situe au même niveau de grandeur, de poésie et de beauté _ voilà : c’est tout dire…

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    Franz Schreker (1878-1934) :

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    Nachtstück (tiré de l’opéra Der ferne Klang ) ; Valse lente ; Kammersymphonie ; Vom ewigen Leben (deux lieder) ; Fünf Gesänge für tiefe, oder mittlere Stimme (cinq lieder) ; Kleine Suite ; Romantische Suite op. 14.

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    Chen Reiss, soprano ; Matthias Goerne, baryton ; Konzerthausorchester Berlin, direction : Christoph Eschenbach.

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    2 CD Deutsche Grammophon.

    Enregistrés au Konzerthaus de Berlin en mars, mai et juin 2021.

    Texte de présentation et traductions en anglais.

    Durée totale : 127:19

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    _ et enfin, en date du 22 mai, l’article justissime, intitulé » « Le son d’un nouveau monde« , qu’a donné Jean-Charles Hoffelé, sur son site Discophilia :

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    LE SON D’UN NOUVEAU MONDE

    18 août 1912 : lorsque le rideau de l’Opéra de Francfort se lève sur la création du Son lointain _ l’opéra _, on est à deux ans de la première déflagration mondiale. Gustav Mahler s’était éteint l’année précédente. Est-ce une élégie à sa mémoire que Franz Schreker compose dans le saisissant nocturne _ la plage première, de 17′ 29″, du premier CD de ce double très riche album… _ qui sert d’entr’acte à son double CD intitulé Ferne Klang ? Christoph Eschenbach souligne l’hommage probable, comme il fera paraître derrière les diaprures de célesta de la Kammersymphonie les klangfarben de la Seconde École de Vienne.

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    À la croisée des chemins de la modernité, Franz Schreker perçoit la musique d’autres mondes, il échappera toujours aux écoles, mais pas à la fureur des Nazis qui détestent son art sensuel, ses teintes décadentes, ses sujets sexuels, simplement sa judéité _ voilà.

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    Avec son nouvel orchestre berlinois, Christoph Eschenbach raffine _ c’est somptueux ! _ les sensualités d’une écriture entre mystère et érotisme, avec ses touches d’or, son hommage à un romantisme déjà englouti (la Suite, Op 14) par les temps nouveaux, le ton un peu néo-baroque (avec saxophone) de la Kleine Suite, son panthéisme incarné dans Von ewigen Leben par une appropriation fascinante de deux poèmes de Walt Whitman dans leur traduction allemande dont Chen Reiss embaume les divagations de son timbre ambré _ c’est très exactement cela..

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    Merveille !, qui ne doit pas en cacher une autre, plus sombre et encore moins courue au disque. Ces Fünf Gesänge écrits à cheval sur la Grande Guerre – Schreker les commence en 1909 pour les parachever en 1922 – dont Matthias Goerne murmure les mystères teintés de symbolisme, caresse les abimes opiacés, cycle majeur du lied postromantique que le disque avait jusque-là confié à une mezzo. Le grand violoncelle du baryton en ouvre les abimes philosophiques, en dévoile les sombres paysages.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Franz Schreker (1878-1934)

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    Der ferne Klang – Nachtstück
    Valse lente
    Kammersymphonie
    2 lyrische Gesänge*
    5 Gesänge**
    Kleine Suite
    Romantische Suite, Op . 14

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    *Chen Reiss, soprano
    **Matthias Goerne, baryton
    Konzerthausorchester Berlin
    Christoph Eschenbach, direction

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    Un album de 2 CD du label Deutsche Grammophon 4863990

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    Photo à la une : le chef d’orchestre Christoph Eschenbach – Photo : © Marco Borggreve

     

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    Une réalisation absolument indispensable de beauté.

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    Écoutez-en ici les sublimissimes 17′ 28″ du Nachstück (intermède de l’acte III de l’opéra « Der Ferne Klang« )… 

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    Ce dimanche 28 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Décès hier 6 mai 2023 de Menahem Pressler, pianiste, et membre du Beaux-Arts Trio…

    J’apprends à l’instant, en consultant le site de ResMusica, le décès à Londres, hier 6 mai 2023, de Menahem Pressler, né à Magdebourg le 16 décembre 1923.

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    Décès de Menahem Pressler

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    Le pianiste légendaire du Beaux Arts Trio, , est décédé à Londres le 6 mai 2023 à l’âge vénérable de 99 ans.

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    Né à Magdebourg le 16 décembre 1923 au sein d’une famille juive, quitte l’Allemagne nazie en 1938 pour se réfugier dans ce qui deviendra l’État d’Israël, où il reçoit sa formation musicale (Eliahu Rudiakov et Leo Kestenberg). De là, il émigre aux États-Unis et remporte le Concours Debussy de San Francisco en 1946. Il est alors engagé par Eugène Ormandy pour faire ses débuts américains avec l’Orchestre de Philadelphie, ce qui lancera sa carrière soliste. C’est à cette époque qu’il enregistre de nombreux disques pour MGM notamment dans des répertoires plutôt originaux : la Sonate, la Ballade et les Pièces lyriques de Grieg, La Boîte à joujoux de Debussy et les Histoires d’Ibert, Pour les enfants de Bartók, les 24 préludes op. 34 de Chostakovitch, la Sonate piano n°9 et 10 pièces tirées de Cendrillon de Prokofiev. En 1955, Pressler fait la connaissance par l’intermédiaire de Robert Casadesus (un fidèle soutien) du violoniste Daniel Guilet qui lui-même le met en relation avec Bernard Greenhouse (violoncelle). Ils formeront dès lors la première mouture du légendaire Beaux Arts Trio et malgré le renouvellement des membres au fil des décennies, il restera le pianiste du trio jusqu’à sa dissolution en 2008. Outre ses activités de chambriste, Menahem Pressler enseigna également à partir de 1955 à la Jacobs School of Music de l’Université de l’Indiana à Bloomington.

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    Pressler reprit une activité de soliste après le Beaux Arts Trio _ en 2008, donc _ et fit même ses débuts avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin en 2014 !

    ..;

    Outre sa discographie de soliste antérieure au trio, il enregistra pour le microsillon dans les années 1960 à Vienne divers concertos publiés par la Guilde internationale du disque. Cette partie de la discographie a été partiellement rééditée par Doron, Doremi et Forgotten Records. Le Beaux Arts Trio a de son côté enregistré et même réenregistré une bonne part du répertoire de trio avec piano (Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms…), chez Philips. Tous ces enregistrements ont été réédités dans un gros coffret en 2015. Menahem Pressler s’est aussi produit et a enregistré avec d’autres ensemble, notamment le Quatuor Emerson. Enfin en soliste, il a gravé quelques disques pour La Dolce Volta et plus récemment encore (2018) pour Deutsche Grammophon. (JBdLT)

     

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    En forme d’hommage,

    voici la vidéo _ d’une durée de 113 ‘ _ du concert _ Haendel, Mozart, Debussy, Chopin _ que Menahem Pressler a donné, en soliste, à Tokyo, le 16 octobre 2017…

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    Ce dimanche 7 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    En post-scriptum,

    voici aussi, en précieux et très éclairant complément, un magnifique témoignage _ quelle splendide très simple humanité ! _ extrait de divers entretiens (à Waterloo, Tampere, Verbier, entre 2010 et 2012) de Bernadette Beyne avec Menahem Pressler, publié le jeudi 11 mai sur le site de Crescendo :

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    Hommage à Menahem Pressler : « la profondeur de la musique est plus que tout au monde ! »

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    LE 10 MAI 2023 par Bernadette Beyne
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    Décédé l’âge de 99 ans, le doyen des pianistes avait accordé une interview à Bernadette Beyne, co-fondatrice de notre média Crescendo.

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    Depuis la dissolution du Beaux-Arts Trio -il donnait son concert d’adieu au Festival Mendelssohn de Leipzig le 23 août 2009, Menahem Pressler multiplie les concerts, tantôt en récital, tantôt en concertos, tantôt en musique de chambre avec de jeunes interprètes.

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    Je me souviens l’avoir rencontré  à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth peu après la fin du Trio et et lui avais demandé comment il envisageait son avenir. D’emblée, il m’avait répondu : « Je continue… Pressler and Friends ! ». Lorsqu’il était venu recevoir son « ICMA Lifetime Achievement Award » à Tampere (Finlande) en mai 2011, il arrivait de Bloomington (USA) où il avait enseigné après avoir joué en concert la veille à Paris. Il était arrivé à l’aéroport d’Helsinki où l’attendait une voiture pour l’emmener à Tampere où il déposa sa valise à la réception de l’hôtel pour rejoindre aussitôt la répétition en salle avec l’orchestre. Le soir, il jouait le Concerto Jeunehomme de Mozart lors de la soirée de gala, une beauté indiscible. Depuis, l’artiste accumule les prix, les concerts, les masterclasses. Récemment sont parus un DVD consacré à sa vie et un CD de Sonates de Schubert. Le 16 décembre dernier, il fêtait ses 90 ans. Tout récemment, on le rencontrait en récital à Liège… (lire la critique de François Mardirossian)…

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    – Que signifie pour vous la musique ?

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    La musique n’est pas seulement importante, elle est simplement tout pour moi : mon amour, ma vie, mon existence, ma profession. Rétrospectivement, cela signifie encore plus du fait de mon exil. Lorsque je me suis enfui d’Allemagne en 1938, tout mon environnement a changé d’un jour à l’autre. La plupart des gens n’ont aucune idée de ce que cela signifie d’avoir à quitter l’endroit où vous êtes né, où vous avez grandi, où tout est familier, pour arriver dans un pays où prévalent d’autres coutumes et une langue que vous ne connaissez pas. La seule chose qui n’avait pas changé, c’était la musique. Je me souviens très bien que lors de mon arrivé en Israël, j’ai eu des problèmes de nutrition et je perdais de plus en plus de poids. La seule chose qui m’a gardé en vie était la musique, ma compagne dans les bons et les mauvais moments… Elle était l’air que je respirais, les pensées, les émotions que je vivais… Et les émotions sont importantes parce que la musique est le langage de l’émotion. Personne mieux que Bach, Beethoven, Mozart, Schumann, Brahms,… ne comprennent ces émotions qui enrichissent tellement nos vies et, finalement, les rendent vivables.

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    – Quels événements ont été les plus mémorables dans votre long parcours ?

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    Inoubliables, les rencontres avec mes différents professeurs. Très important, le prix que j’ai gagné en 1946, au Concours Debussy de San Francisco. Mon professeur ne m’y avait pas envoyé pour gagner, mais juste pour voir si j’étais assez bon pour envisager une carrière de concertiste. Le jury présidé par Darius Milhaud m’a donné le premier prix. C’était pour moi une responsabilité écrasante !

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    Très importante aussi, ma rencontre avec Arthur Judson, le fondateur de la « Columbia Broadcasting System » (CBS ), qui m’a fait signer un contrat à long terme. Il m’a fait jouer avec Eugene Ormandy et l’Orchestre de Philadelphie. C’était mon premier concert aux États-Unis. J’ai joué le Concerto de Schumann et j’ai aussitôt obtenu un contrat pour quatre concerts dans les quatre saisons suivantes. C’était la deuxième fois seulement qu’un soliste signait un tel contrat dans l’histoire de l’orchestre.

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    Une troisième événement important, c’est la création du Beaux Arts Trio qui a été presque le fruit d’un accident. Je faisais alors beaucoup d’enregistrements en soliste pour MGM -Schumann, Prokofiev, Chostakovitch, Ernst Bloch, Milhaud,…- et je voulais enregistrer de la musique de chambre, je pensais aux Trios de Mozart. Le directeur de MGM était d’accord, mais je devais trouver les partenaires pour former un ensemble. A l’époque, il n’y avait pas réellement de Trios constitués, des solistes se réunissaient pour jouer ensemble, et il y en a eu de fantastiques ! Après la guerre, j’avais passé un été à travailler avec Robert Casadesus à Fontainebleau. Il m’avait fait rencontrer Daniel Guilet (1899-1990) un violoniste russe dont le nom de baptême était Gullevitch et qui avait travaillé au Conservatoire de Paris sous la direction d’Enesco ; il avait fait ses débuts avec le très réputé Quatuor Joseph Calvet. Sous l’occupation, il avait rejoint les Etats-Unis grâce à l’aide de Casadesus, ce qui lui a sauvé la vie. Guilet était très proche du violoncelliste américain, Bernard Greenhouse qui avait étudié à la Juilliard School et plus tard avec Emanuel Feuermann et Diran Alexanian puis, finalement, avec Pablo Casals dont il fut un des rares étudiants officiels avant de devenir son assistant à l’Ecole Normale Alfred Cortot. Guilet me l’a présenté, « juste pour jouer Mozart »… et, plus de trente ans plus tard, il était toujours là… C’est ainsi qu’a commencé l’histoire du Trio. Nous étions sensés réaliser seulement quelques enregistrements et dissoudre le Trio dès la fin du contrat. Pour nous préparer, nous avons donné une série de concerts pendant un mois, puis nous avons été invités, en remplacement, au Festival de Berkshire à Tanglewood, la résidence d’été de l’Orchestre Philharmonique de Boston. Nous avons joué Beethoven (op.1 n°3, op.70 n°1, l’ Esprit, et l’Archiduc op.97). Un vrai succès ! C’était le 13 Juillet 1955. A la fin de la saison, nous avons réalisé que nous avions donné 70 concerts de musique de chambre ! Et nous avons abandonné l’idée de dissoudre l’ensemble… Robert Casadesus nous a introduits en Europe et notre carrière s’est envolée… Casadesus disait qu’il n’avait plus entendu un tel Trio depuis Cortot-Thibaud-Casals… Il exagérait, bien sûr, mais son enthousiasme était authentique. Nous lui devons notre carrière. Robert a également composé un trio pour nous, nous étions très proches.

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    Un autre moment mémorable, c’ est le jour où on m’a offert d’être « Artiste en résidence » avec des tâches d’enseignement à l’ « Indiana University ». Tout d’abord, j’ai refusé ; puis j’ai accepté à condition de considérer mon engagement pour un semestre. J’ai donc essayé d’y enseigner… Aujourd’hui, 55 ans plus tard, j’y suis toujours. J’aime enseigner _ voilà! _ ; mes étudiants viennent de partout dans le monde ; ils sont comme mes enfants et la fierté de ma vie.
    Ce sont les points forts, mais il y a aussi d’autres moments très importants comme par exemple mon mariage. Je suis marié depuis 65 ans et j’aime ma femme comme au premier jour. Il y a aussi eu la naissance de mes enfants…

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    "Transmettre à la jeune génération" - Ici, à Tampere, lors d'une soirée conviviale à l'occasion de la remise des ICMA, le "Jeune Artiste de l'Année", David Kadouch, aux côtés du "Lifetime Achievement"
    « Transmettre à la jeune génération » – Ici, à Tampere, lors d’une soirée conviviale à l’occasion de la remise des ICMA, le « Jeune Artiste de l’Année », David Kadouch, aux côtés du « Lifetime Achievement »

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    – J’ai lu le livre de William Brown consacré à votre enseignement. Vous y dites notamment que la partition est très importante…

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    Oui, bien sûr, c’est là que tout se trouve, c’est là qu’il faut chercher le sens profond de la musique. L’enseignement a été est est toujours très important dans ma vie parce qu’il est la façon de transmettre la musique à la jeune génération et de l’aider à éviter les erreurs que l’on a faites soi-même. Tout le monde fait des erreurs ; mais si pouvez aider les jeunes à trouver en eux-mêmes combien la musique est importante à côté de la technique et de la compréhension des styles, si vous pouvez les aider à trouver le profond « feeling », la profondeur de la musique, c’est très important et ce n’est pas facile : comment pouvez-vous dire à quelqu’un quelque chose pour laquelle vous n’avez aucune explication concrète. C’est un véritable défi. A Bloomington, je peux choisir mes élèves et ne prendre un étudiant qu’après lui avoir parlé : savoir comment il se voit, comment il voit la vie. Et je trouve toujours exactement les valeurs qui étaient les miennes : travailler longtemps et longtemps pour pratiquer l’amour pour la musique, faire le sacrifice de soi, mettre sa volonté à l’épreuve et trouver la satisfaction en dépit de l’effort et de la solitude dans laquelle on se trouve. Ces personnes, j’ai confiance en elles. Il y a des enseignants qui sont satisfaits lorsque les élèves sont techniquement au point. Cela ne me satisfait pas. Si vous avez appris le piano techniquement, vous devez aussi apprendre mentalement, vivre la musique au plus profond de vous-même. Il y a bien sûr le « know how », l’habileté à jouer de l’instrument. Mais le musicien professionnel doit offrir à son audience ce qu’est réellement, profondément la musique, celle de Mozart, Beethoven, Ravel, Debussy, Schubert,… Là est la différence avec le musicien amateur qui peut s’adonner pleinement à ses émotions ; il est libre. Le musicien professionnel doit veiller à ce que les émotions soient sculptées comme un arbre, garder leur contrôle et les exprimer de manière à ce que tout le monde puisse les comprendre.

    …

    …

    – Vous parlez de vos « erreurs ». Est-il indiscret de vous demander d’en parler ?

    …
    (sourire…) Dans la vie, nous procédons souvent par essais et erreurs. Si vous sentez que ce que vous essayez de penser et de faire n’est pas vous, il faut avoir le courage de dire : « Non, ce n’est pas moi ». Il faut continuer en prenant un chemin qui est parfois opposé ; mais il faut le faire. Cela ne veut pas dire « vouloir faire plus beau » ; c’est autre chose ; c’est être totalement en accord avec soi-même.

    …

    …

    – Dans le livre qui vous est consacré, vous parlez des pianistes « qui en rajoutent »…

    …
    Oui, mais je parle là de fantastiques pianistes… Horowitz… J’ai connu Horowitz. Quand je l’écoutais, ce n’était pas sa fantastique technique qui me séduisait mais la beauté de ce qu’il faisait quand il jouait Chopin. Pour Argerich, rien n’est difficile, elle fait tout ce qu’elle veut, c’est fantastique « of course »,… qui n’aimerait pas cela ? Mais la musique est plus que Horowitz, plus qu’ Argerich. Prenez une simple sonate de Mozart, de Haydn, il y a encore plus que la beauté, il y a toute la profondeur du sentiment humain. Nous avons été les premiers à jouer l’intégrale des Trios de Haydn et c’est une chose dont je suis fier et surtout heureux : d’avoir vécu l’expérience, de les avoir fait connaître et aimer. Pour cet enregistrement, notre Trio a obtenu un grand prix à Londres, un prix qui avait été attribué aux plus grands artistes du moment : Gilels, Horowitz, Rubinstein, Heifetz. Pour nous, c’était vraiment un grand honneur et une grande joie.

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    …

    – Au cours de votre longue carrière, le monde de la musique a beaucoup changé, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. qu’est-ce qui vous a le plus impressionné à cet égard ? Comment vivez-vous ces changements ?

    …
    Aujourd’hui, nous avons maintenant un public beaucoup plus large qu’au début de ma carrière, et c’est très important. La radio et la télévision nous permettent d’atteindre des millions de personnes. Il y a aussi beaucoup de nouvelles salles de concert, nous « conquérons » aussi de nouveaux territoires, je pense à la Chine, à l’Inde… Je regrette par contre que l’on ne pratique plus la musique comme avant dans les familles. Je regrette également que le travail de relations publiques joue un rôle dominant _ hélas. De moins bons musiciens ont parfois plus de succès que de grands musiciens, tout simplement parce que le public n’a plus les mêmes exigences qu’avant, parce que l’apparence est plus importante que le contenu, que l’émotion contenue dans la musique .

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    – Vous jouez Mozart, un compositeur souvent associé à une grande « simplicité »…

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    Ce que vous appelez « simplicité » est ce qui donne tant de joie. Il fut un temps où les concertos de Mozart étaient rejetés par de nombreux pianistes. Le grand Arthur Schnabel disait que c’était dû au fait que de nombreux étudiants en musique trouvaient que Mozart était trop facile pour eux… Les musiciens expérimentés savent qu’il est très difficile _ en effet… _ de jouer un concerto de Mozart. Et croyez-moi, même les plus grands musiciens sont et ont été confrontés à de tels défis. Heifetz, le musicien le plus parfait, a dû se battre ; Horowitz a dû se battre… Il y a quelques exceptions, Rubinstein par exemple, merveilleusement doué par nature ; il avait une relation très naturelle avec la musique. La simplicité est en fait essentiellement la pureté _ voilà. Jouer un concerto de Mozart est toujours un défi. Mais si vous y arrivez, c’est un grand bonheur, comme un grimpeur qui atteint le sommet de l’Everest.

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    Tampere, le 5 avril 2011, Menahem Pressler a donné à son public le "Jeunehomme" de Mozart en compagnie de l'Orchestre Philharmonique de Tampere dirigé par Hannu Lintu
    Tampere, le 5 avril 2011, Menahem Pressler a donné à son public le « Jeunehomme » de Mozart en compagnie de l’Orchestre Philharmonique de Tampere dirigé par Hannu Lintu

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    – Comment un jeune pianiste peut-il arriver à une telle pureté ?

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    Pour les jeunes pianistes ce n’est pas facile, parce qu’ils veulent mettre un peu d’eux-mêmes dans la musique. Le jeune pianiste se demande ce qu’il peut apporter de lui-même dans une œuvre. Je lui conseille par contre de se demander : « Qu’est-ce que je peux faire de la musique qui est devant moi ? Comment puis-je au mieux la servir ? » _ voilà.

    …

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    – Quelle a été votre recette secrète de longévité du « Beaux Arts Trio »… 55 ans…

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    Le secret est sans doute dans la force de la première rencontre _ oui. J’ai tellement appris des personnes que j’ai rencontrées, et aucune ne m’a autant touché que Guilet. Un grand musicien mais il n’était pas la personne la plus facile pour répéter et pour travailler. Travailler avec lui, c’était le sang, la sueur et les larmes. Le secret réside aussi dans les relations interpersonnelles _ oui. Si vous voulez vraiment faire de la musique de chambre, vous faites appel aux sentiments de vos partenaires. Un faux accent peut être considéré comme une insulte. Le cours des choses sera discuté, bien sûr, les arguments seront échangés, mais le partenaire aura l’impression qu’il y a un manque de respect mutuel. Et croyez-moi, de toute petites choses peuvent conduire à la discorde. Il faut donc être très prudent tout en sachant ce que l’on veut vraiment _ voilà : tact et exigence partagée.

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    – Vous donnez ce soir le Winterreise de Schubert avec Christophe Prégardien. Comment cela se passe-t-il ?**
    C’est la première fois que j’accompagne un chanteur : c’est pour moi une expérience passionnante ; j’apprends _ voilà _ énormément, je suis à l’affût de son chant, de sa respiration… _ oui.

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    – Etes-vous confiant dans le futur ?

    …
    Pas dans le futur du monde, son écologie, ses armes. Mais une chose dont je suis sûr, c’est que la musique est ce qui restera dans le futur.

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    Propos recueillis par Bernadette Beyne
    Waterloo, Tampere, Verbier 2010 – 2012

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    * Indiana University Press – Bloomington and Indianapolis, 2009
    ** c’était à Verbier en juillet 2012

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    Crédits photographiques : Martin Hoffmeister / ICMA

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    C’est magnifique d’humanité la plus vraie.

  • Pour célébrer Jehan Titelouze (c. 1563 – 1633), pour le 400e anniversaire de la publication de ses « Hymnes », en 1623…

    Hier mercredi 5 avril,

    et à l’occasion de la sortie du double album SACD Æolus Æ11341 « Hymnes de l’église pour toucher sur l’orgue« , de Jehan Titelouze (Saint-Omer, vers 1563 – Rouen, 24 octobre 1633), par l’organiste néerlandais Léon Berben,

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    le site Crescendo a publié un très riche passionnant entretien du chercheur Sébastien Bujeaud avec son journaliste Christophe Steyne, intitulé « 2023, quatre-centième anniversaire de la publication des Hymnes de Jehan Titelouze« …

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    2023, quatre-centième anniversaire de la publication des Hymnes de Jehan Titelouze

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    Le 5 avril 2023 par Christophe Steyne

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    Depuis 2018, Sébastien Bujeaud prépare une thèse de musicologie sur Jehan Titelouze (c1563-1633), que l’on peut considérer comme le père de l’école d’orgue française, notamment grâce à son recueil de douze Hymnes (1623) dont nous commémorons le quatre-centième anniversaire. Un magnifique album enregistré par Léon Berben est à la hauteur de l’événement. Le compositeur a bien sûr attiré l’attention de la science et a connu nombre d’études et d’articles, mais c’est la première fois qu’il est le sujet d’une telle synthèse monographique. À la faveur de ses récents travaux, sous la direction de Philippe Vendrix, le doctorant, rattaché au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (Université de Tours), a bien voulu échanger avec nous : pour nous aider à mieux cerner Titelouze, sa vie, son art, et la singularité esthétique de son œuvre.

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    Les recherches et publications de Jean Bonfils, Denise Launay, Maurice Vanmackelberg, Willem Elders, Norbert Dufourcq contribuèrent dès les années 1960 à mieux connaître l’existence, les talents et le génie de Titelouze. Pourriez-vous retracer les grandes étapes de son ascension, depuis sa naissance à Saint-Omer jusqu’à sa consécration à la cathédrale de Rouen ? Vos investigations ont-elles révélé des faits majeurs sur son parcours, ou contredit des vérités établies de sa biographie ?

    …

    …

    Tout d’abord, merci beaucoup de m’avoir invité pour parler de mes recherches, à l’occasion de cet anniversaire des Hymnes. D’après ce que nous disent les sources audomaroises, Titelouze est issu d’une famille de ménétriers, amateurs et professionnels, d’origine toulousaine _ voilà _ et non anglaise, établis à Saint-Omer depuis plusieurs décennies. Grâce aux riches archives rouennaises, j’ai pu établir sa présence à Saint-Martin-sur-Renelle à Rouen dès 1583, avant qu’il ne soit nommé organiste de la cathédrale en 1588. Titelouze fut expert en facture d’orgues dès ses débuts rouennais, il bénéficia donc à Saint-Omer d’une formation d’instrumentiste, en facture et reçut probablement les ordres mineurs. Il fut également organiste dans d’autres églises rouennaises, et sut se faire apprécier du chapitre de la cathédrale malgré des rappels à l’ordre pendant les troubles.

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    Titelouze fut naturalisé _ français _ en 1604, pour pouvoir posséder des biens et des titres, prit l’habit de prêtre en 1609 (peut-être formé chez les Jésuites de Rouen rouverts en 1604) puis celui de chanoine en 1610. Je pense qu’il profita de la richesse culturelle de Rouen et de ses voyages à Paris pour compléter son savoir en théorie musicale et composition, en poésie, en liturgie et théologie en tant que chanoine ; la musique composée, son principal legs actuel, étant la dernière étape de sa riche vie et de ma thèse. Il voyagea de Poitiers à Amiens pour expertiser des orgues, et durant son canonicat puis sa retraite à partir de 1629, alla régulièrement à Paris pour publier ses œuvres, et élargir son entourage musical et savant.

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    Ma thèse est un rassemblement de sources éparses et une exploitation la plus exhaustive possible des archives, ce qui me permet une plus grande précision sur son ascension sociale et ses différentes activités. Je contredis les recherches antérieures à propos de sa formation, que je pense avoir été plus progressive, débutée à Saint-Omer puis renforcée à Rouen ; de même les archives précisent qu’il prit l’habit de prêtre en 1609 à Rouen et non dans sa ville natale. Les archives de la cathédrale de Rouen me permettent de le suivre jour après jour pendant son canonicat de 1610 à 1629, de noter ses absences, assez longues sans être indignes car il fut peu rappelé à l’ordre, les sujets à propos desquels il siège et décide. Je note trois mois d’absence fin 1622 pour aller à Paris faire éditer ses Hymnes, quatre mois en 1626 pour ses Magnificat et Messes. Outre ses expertises et voyages parisiens, Titelouze alla régulièrement dans ses prébendes dans l’actuelle Seine-Maritime, il participe au roulement de messes, offices et cérémonies à la cathédrale en tant qu’organiste exécutant et chanoine décideur, et devient un notable rouennais.

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    Titelouze prend même l’ascendant sur le Maître de chapelle nommé après le départ fracassant de H. Frémart en 1625, en s’occupant du financement des enfants et des chantres, en siégeant systématiquement au sujet de la musique et de la liturgie ; d’où ses messes publiées et les cérémonies qu’il dirigea pendant sa retraite. Je pense enfin qu’il dût aller à la Cour, à Paris et Saint-Germain-en-Laye, étant donné qu’il connaissait les Chabanceau de La Barre _ voilà ! _ , organistes et clavecinistes du Roi.

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    Dans le livret accompagnant le CD de Jean-Charles Ablitzer (Harmonic Records H/CD 9037, 1990), signé de l’éminent Claude Noisette de Crauzat, on relève ces propos (pp 2 & 4) : « On ignore tout de l’homme au particulier, sinon qu’il fut vite acariâtre, sans doute d’un abord difficile […] comment ne pas imaginer Jehan Titelouze assez proche de l’autoportrait de Poussin, douloureusement tourné vers lui-même, la silhouette un peu alourdie par des nourritures épaisses, s’essoufflant à escalader les degrés vers l’orgue […] souvent malade et même craintif ». À défaut de connaître ses traits, dispose-t-on de suffisamment d’indices pour en imaginer voire en dresser un portrait vivant ? Que sait-on aujourd’hui de la personnalité de Titelouze, de sa sociabilité, de ses activités quotidiennes, de ses relations aux contemporains, de son ouverture au monde ?

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    Les seules informations que j’ai sur son physique sont qu’il devait avoir de grandes mains pour l’époque car il y a un certain nombre de dixièmes dans les Hymnes, y compris dans les fugues sans Cantus firmus, ce qui lui sera reproché car il annonce avoir resserré la disposition du contrepoint dans ses Magnificat. Il souffrait également de la goutte, à cause de la nourriture très riche des chanoines et autres notables, et devait avoir un certain embonpoint. Pour son caractère, je note d’abord que Titelouze était d’une très grande patience, faisant peu à peu ses preuves après la fin des Guerres de Religion _ et c’est bien sûr à remarquer _, progressant en jeu de l’orgue, en facture, en connaissances liturgiques et musicales. Il m’est néanmoins difficile de le cerner avant son canonicat de 1610, car il n’était pas un personnage notable, et était alors peu mentionné dans les archives.

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    Titelouze était suffisamment ouvert d’esprit _ oui, et non sectaire _ pour écrire à M. Mersenne _ voilà ! _ qu’il connaissait Claude Le Jeune et les psaumes protestants, tandis que plusieurs des jeunes poètes qui lui ont écrit des dédicaces étaient des Libertins (libres-penseurs), membres du groupe des Illustres-Bergers. Sans être très aisé, il s’occupa régulièrement des affaires de ses prébendes, fit souvent réparer et meubler sa maison ; son testament nous apprend qu’il possédait une épinette organisée et contient un certain nombre de donations. Je pense qu’il composait plutôt à ses prébendes comme cela ressort de ses lettres, avant d’essayer les versets chez lui à Rouen et à la cathédrale. Il fut un chanoine assez assidu, siégeant de plus en plus à propos de musique et de liturgie, de facture d’orgues, mais intervenant aussi dans une affaire de sorcellerie _ tout cela, affaire d’époque, sous le règne de LouisXIII. S’il participe aux prières et offices au chœur, Titelouze ne dédaigne pas les mondanités à Paris : il fréquentait les salons et Académies des frères Dupuy, de Mersenne, et par ses amis poètes le Cercle Conrart (qui était protestant), plusieurs de ses contacts étaient des habitués du turbulent Gaston d’Orléans _ le frère du roi…

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    Titelouze est certes assez pédant dans ses lettres et ses préfaces, il peut être sec en s’énervant contre Mersenne qui lui pose trop de questions ; mais il fait preuve d’humanité quand il auditionne des aspirants prêtres, il insiste pour qu’ils soient rémunérés et disposent de temps pour réviser, il fut attentif à ce qu’il y ait suffisamment d’argent pour les enfants, et sut fort bien naviguer au sein du chapitre pour s’imposer après le départ de Frémart (qu’il avait invité en 1600, à son retour d’aller chercher le facteur d’orgues Carlier). Notre chanoine fait montre d’une très grande curiosité _ voilà _ : il s’intéresse autant à la poésie archaïque du Puy des Palinods de Rouen (concours de poésie mariale très couru par la notabilité), qu’aux bergeries de ses amis parisiens ; il coanima un cénacle scientifique à Rouen, affilié à l’Académie de Mersenne puis à celle des Dupuy, s’intéressant à la physique, la chimie qui se sépare de l’alchimie, aux découvertes scientifiques de Descartes ou Galilée (tous deux condamnés par l’Église), et Mersenne le cite à propos d’acoustique ; enfin ses écrits et ses fréquentations révèlent un intérêt pour l’ésotérisme _ cela aussi, affaire d’époque…

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    Titelouze s’inscrit dans un fertile terreau européen, où le répertoire pour clavier brillait par les contributions de William Byrd, John Bull, J.P. Sweelinck, Samuel Scheidt, Girolamo Frescobaldi, Francisco Correa de Arauxo… Dans le contexte de la Contre-Réforme et des décrets tridentins, et contrairement aux compositeurs précités, l’œuvre publié de Titelouze s’en tient à la vocation liturgique (Hymnes et Magnificat). Est-ce la seule singularité de ce corpus ? Comment est-il perfusé par l’art de ses prédécesseurs et les influences esthétiques de son temps ? Quels ingrédients et adjectifs distingueraient son langage ? Peut-on le considérer comme un précurseur du choral protestant tel qu’il sera bientôt développé par les organistes d’Allemagne du Nord ?

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    Il faut savoir que le Concile de Trente, qui contient peu de règles à propos de la musique composée, ne fut pas rapidement appliqué en France : Rouen et plusieurs diocèses ont gardé des mélodies et rituels locaux, très mélismatiques comme l’hymne Annue Christe, des longueurs dont se plaint Titelouze dans une lettre. Je rappelle que G.B. Fasolo, H. Scheidemann, S. Scheidt et les Praetorius ont surtout écrit des versets liturgiques (chorals ou plain-chant selon la religion) ; de même, la musique vocale de W. Byrd, P. Philips, Michael Praetorius, J.P. Sweelinck ou C. Merulo est majoritairement liturgique, en latin ou vernaculaire. Titelouze est certes exclusif, mais ses contemporains n’écrivaient pas tous des danses ou des toccatas (ou des madrigaux), même si ces pièces ont la faveur des enregistrements.

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    Je note plusieurs particularités dans les versets de Titelouze : dans les Hymnes, le systématisme des premiers versets comportant le plain-chant en Cantus firmus à la basse, suivis d’un subtil équilibre entre des fugues libres sur le thème de l’hymne, et des versets où le Cantus firmus est joué d’une voix à l’autre, sans oublier quelques canons ; ensuite, la différence entre ces versets d’Hymnes très structurés, assez développés, et ceux de Magnificat plus courts, plus virtuoses, d’une structure presque toujours binaire comme la psalmodie, plus dissonants et parfois expérimentaux. Titelouze n’écrit presque jamais de ternaire, un contrepoint très majoritairement à quatre voix, plus allégé dans les Magnificat, une virtuosité bien plus contrôlée que chez J. Bull ou Correa de Arauxo.

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    Sa musique est proche de celle de son contemporain portugais M.R. Coelho, car tous les deux furent influencés par A. de Cabezón, dans la façon d’écrire le contrepoint au clavier sur thèmes de plain-chant ; je note des points communs avec Scheidt dans leur utilisation des modes, par la lecture de Glarean et l’influence de la polyphonie franco-flamande. Titelouze s’inscrit dans un style français, depuis les messes très aérées de Sermisy jusqu’au contrepoint syncopé dense de Du Caurroy (sa musique vocale et ses Fantaisies instrumentales) sans oublier R. de Lassus abondamment chanté en France. Même s’il a connu G. Costeley et C. Le Jeune, il fut moins influencé par la Musique Mesurée à l’Antique, et écrivit dans ses messes quelques timides essais rythmiques et prosodiques. Malgré sa naissance dans les Pays-Bas espagnols, sa musique a peu à voir avec celles de Sweelinck, P. Cornet, Correa de Arauxo, plus libres et hardies, de même G. Frescobaldi ou encore les « virginalistes » anglais ; je suppose qu’il se forma à la composition à Rouen et non à Saint-Omer.

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    La musique de Titelouze est très adaptée aux claviers, facile à doigter avec peu de grands écarts comme il dit dans sa Préface des Magnificat, une mise en page étudiée pour faciliter les tournes, des guidons pour indiquer quand changer de main. Titelouze nous indique qu’il a exploré le tempérament dit « mésotonique » (tout en expérimentant sur son épinette en tiers de tons) ce qui lui a permis d’explorer les dissonances à base de quartes et la quarte-et-sixte, intervalles qui sonnent bien dans ce tempérament et tombent bien sous la main. Ses versets révèlent une connaissance pointue du plain-chant, un contrepoint varié, renouvelé par des contre-sujets et un subtil figuralisme, un goût des péroraisons virtuoses ou au contraire majestueuses, des renversements de thèmes. Il écrit dans un style plus harmonique dans les Magnificat, où il multiplie les dissonances et les modulations qui le rendent plus moderne, avec une maîtrise de l’enchaînement des sections du contrepoint, et quelques expériences syncopées ou chromatiques.

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    Il existait déjà plusieurs façons de composer des chorals pour orgue, dès la fin du XVIe siècle par E.N. Ammerbach, les Schmid, Jacob Paix (cité par Mersenne), les Praetorius d’Hambourg. Ensuite, Sweelinck et ses élèves Scheidt et Scheidemann diversifièrent les formes, comparables à celles composées par notre organiste rouennais : Cantus firmus fixe ou migrant, fugue sur le thème, canons, avec une ébauche de verset en « prélude » exposant la mélodie, suivi d’une fugue sur le thème. Mais les caractères et possibilités des mélodies de choral et de plain-chant sont différents, le choral étant plus rythmique, mélodiquement plus simple et plus aisé pour le contrepoint, sans oublier les grandes différences liturgiques.

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    Si on considère Titelouze comme un fondateur de l’école d’orgue française, on lui connait peu d’élèves directs. Quelle est son influence sur la postérité ?

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    Le principal « souci » de la postérité de Titelouze est la naissance concomitante vers 1660 de l’orgue classique français et de l’opéra français _ c’est important à relever _, qui reprit certes les styles antérieurs des Airs de Cours et des danses, mais pas la polyphonie liturgique. Comme « père de la musique d’orgue classique française », G.G. Nivers est moins prestigieux mais plus juste que Titelouze, et surtout Louis Couperin, compositeur d’un style de transition à la fois contrapunctique, dansant et orné, qui à mon avis a connu les pièces de son aîné rouennais. Titelouze apparaît dans les dictionnaires musicaux anciens et fut cité comme autorité par N. Gigault ; mais le coup de grâce _ voilà ! _ porté à son influence, après le retour en force du contrepoint dans l’œuvre de Grigny, fut le style corellien de J.F. Dandrieu. Titelouze fut réellement redécouvert par des érudits normands peu avant A. Guilmant et A. Pirro, à la toute fin du XIXe siècle et, comme le savent les organistes, M. Dupré lui rendit hommage en 1942.

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    En 1601, Titelouze fit restaurer l’orgue de la Cathédrale de Rouen par un des meilleurs artisans du royaume, Crespin Carlier, et il expertisa de nouveaux instruments dans la cité normande, mais aussi à Poitiers et Amiens. Que sait-on des caractéristiques qu’il apprécia pour ces constructions ? Les saillies poétiques de ce « prince des Palinods » nous renseignent-elles sur ses goûts en matière de facture ?

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    Je pense en effet que l’influence de Titelouze est celle d’un « père de l’orgue classique français ». D’après les devis qu’il écrivit et les orgues qu’il expertisa, il recommande un clavier principal issu de l’orgue médiéval, décomposé en registres avec quelques flûtes (souvent bouchées) et anches, une solution différente des claviers complémentaires aux Pays-Bas et du Ripieno italien séparant chaque rang de tuyaux. Titelouze importa des Pays-Bas un pédalier classique « de 28 à 30 touches » novateur en France, le Positif de dos est assez peu développé encore, il connut à la fin de sa vie le demi-Récit. Les quintes et nasards sont nombreux, de même les quintatons, les tierces sont assez peu répandues et surtout en taille de principal, les 16’ sont courants au Grand-Orgue. L’expert Titelouze est très au fait des différentes mécaniques de l’orgue, l’alimentation en vent, l’agencement de la console. Il parle de facture dans la Préface des Hymnes, en lien avec l’interprétation, en mentionnant le jeu du contrepoint sur deux claviers (les deux voix aiguës au Grand-Orgue et le ténor au Positif), la basse au pédalier.

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    Après les importantes destructions des Guerres de Religion, à cause desquelles de nombreuses paroisses mirent des décennies avant de reconstruire leur orgue, Titelouze fusionne donc _ voilà ! _ l’orgue français Renaissance, le Blockwerk médiéval et les instruments joués par Sweelinck ou Cornet. Il influença surtout de nombreux facteurs, plutôt que des organistes ou compositeurs : Carlier, son gendre et successeur de V. de Héman, G. Lesselier, les débuts de la dynastie normande Lefebvre, et imposa un instrument plutôt qu’une musique _ et c’est à relever. L’orgue français préclassique offre donc un certain équilibre entre les différentes hauteurs de registres, entre les fonds, mutations, mixtures, anches fortes et douces, entre les flûtes, bourdons et principaux ; alors que l’orgue français classique louis-quatorzien favorisera les flûtes, les mutations, les anches, les cornets, tandis que l’orgue du XVIIIe siècle multipliera les registres médiums et graves, et une grande puissance sonore.

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    Son premier poème, écrit pour les Palinods en 1613, est en effet consacré à l’orgue, mais il traite tout autant de liturgie et de musique vocale. Titelouze poète y loue l’alternance liturgique entre orgue et musique vocale, et les registres modernes de flûtes et anches. Son second poème de 1630, édité par Vanmackelberg, est plus ésotérique, pythagoricien et augustinien, sur la symbolique du chiffre 6 qui se retrouve entre autres en musique (hexacordes, douze modes) mais aussi dans d’autres domaines comme l’astronomie. Titelouze fut primé aux Palinods dans le genre archaïque mais prestigieux du Chant royal, il devait être le Prince du concours l’année de sa mort.

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    Les Hymnes et Magnificat ne mentionnent aucune registration. Quelle liberté s’accorder dans le cadre des codes de l’époque ? Quelles sont selon vous les spécificités d’un orgue qui peut en extraire les trésors polyphoniques ? Dans le paysage organistique d’aujourd’hui, en France ou ailleurs, quels instruments pensez-vous les mieux adaptés ?

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    Les registrations sont traitées par Mersenne dans sa monumentale Harmonie Universelle, et quelques sources transcrites par Lopes. Elles reflètent l’équilibre sonore de l’orgue préclassique : une majorité relative de mutations, plusieurs Pleins-Jeux différents grâce aux mutations en taille de principal, un emploi courant des 16’ ; les registrations basées sur les 4’ servent plutôt au Positif et aux petits instruments. Les documents mentionnent beaucoup de mélanges creux, et une forte combinatoire. Tous les Cantus firmus à la basse peuvent se jouer une octave en-dessous au pédalier (parfois avec ravalement) si les claviers sont en 16’, de même le ténor au Positif pour jouer sur deux claviers avec Grand-Orgue en 16’.

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    J’ai pu discuter avec M. Léon Berben qui joue le Cantus firmus au soprano sur le clavier supérieur au petit doigt, ce qui n’est pas si acrobatique, car Titelouze évite les grands écarts, de plus les touches étaient plus petites à l’époque et les claviers plus rapprochés. Cela permet d’utiliser un clavier de Récit et peut aussi s’appliquer à l’alto joué au pouce au clavier inférieur, comme le recommandent Louis Couperin et Gigault (on peut le jouer au pédalier avec un registre de 4’ mais à l’époque de Titelouze il n’existe que la Flûte 4’). Je suggère encore de ne pas mettre la basse au pédalier à la française si elle est virtuose (doubles-croches en C ou croches en ₵), ne pas oublier aussi l’ornementation ou les notes inégales qui donnent beaucoup de relief.

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    Titelouze en tant qu’instrumentiste, expert, acousticien et compositeur, favorisa le tempérament « au ton moyen » à huit tierces pures, dont je rappelle que le répertoire immense va de la fin du XVe siècle au début du XVIIIe, voire le XIXe selon les pays. Les orgues de Bolbec, Champcueil, Mont-Saint-Aignan, Charolles, Saint-Jacques de Liège, me viennent à l’esprit ; les Magnificat peuvent sonner sur des instruments plus petits, de style varié, d’inspiration Renaissance, comme Saint-Amant-de-Boixe, Saint-Martin-de-Boscherville, Lorris-en-Gâtinais, Saint-Julien-du-Sault. Je pense d’ailleurs que ce recueil de 1626 est de destination polyvalente, intime, avec peu de Cantus firmus, jouable sur une épinette organisée, un clavecin, un clavicorde/manicordion…

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    En 2017 paraissait chez le label Paraty un album « Les messes retrouvées » par l’ensemble Les Meslanges, dirigé par Thomas Van Essen. Votre sujet de thèse porte en épithète « un organiste au-delà de l’orgue ». Lui connait-on des créations profanes ? Au-delà des deux recueils imprimés par Pierre Ballard, pensez-vous que le défrichage des archives pourra mettre au jour des partitions inédites ?

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    Titelouze est peut-être le compositeur des exemples sur les douze modes du Traité de l’Harmonie Universelle de Mersenne (1627), car tous les deux en discutèrent dans leur correspondance, surtout les exemples du volume 2 qui tiennent compte des remarques de Titelouze sur les ambitus ; mais cela ne fait pas beaucoup de musique. Il n’a a priori pas composé d’Airs de Cour alors qu’il s’intéressait au genre et qu’il en fit acheter pour la cathédrale de Rouen, d’autant que les Illustres-Bergers publièrent un recueil de chansons. Mais Titelouze était parfaitement intégré à la notabilité de Rouen, avait ses entrées dans les salons parisiens et probablement à la Cour.

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    Les messes de Titelouze furent en effet redécouvertes en 2016, publiées et enregistrées peu après. Ma thèse contient la première analyse de ces messes, comparées à d’autres messes françaises et aux versets d’orgue, avec des indications d’interprétation selon les effectifs de la cathédrale de Rouen. In Ecclesia est une messe à quatre voix très contrapunctique, dans le style de Bournonville ; la messe Votiva à quatre voix, probablement dédiée à la Vierge, est d’une écriture plus libre, très chantante, que l’ensemble propose avec des violes mentionnées dans les archives de Rouen ; Simplici corde est une messe à six voix assez courte, verticale, euphonique ; sa messe la plus démonstrative est Cantate à six voix, très variée dans ses effectifs, qui se prête aux sonorités cuivrées, probablement pour les grandes occasions comme celles qu’il dirigea en 1631 (inauguration de l’église des Jésuites de Rouen, Sainte-Cécile à la cathédrale). Le style vocal de Titelouze est différent de ses pièces d’orgue, avec beaucoup de croisements de voix, de longues lignes mélodiques, peu de dissonances surtout à six voix, plus d’allègements du contrepoint et de passages verticaux ; mais j’y retrouve les effets subtils de figuralismes, quelques chromatismes et essais rythmiques, des notes tenues pouvant évoquer le pédalier, et les renversements de thèmes.

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    Sans atteindre la variété des genres abordés par Byrd ou Scheidt, Titelouze nous lègue tout de même vingt pièces pour orgue divisées en 95 versets, et quatre messes divisées en 20 mouvements et 52 sections. Je pense qu’il envisageait d’écrire pour clavecin _ tiens, tiens… _, ainsi que des pièces en double-chœur pour aller au-delà de sa messe Cantate, dans les pièces « hors du commun » qu’il comptait envoyer à Ballard pour publication en 1633. Ma thèse est aussi « au-delà de l’orgue » grâce aux archives et aux nombreux documents très diversifiés que j’ai pu étudier, qui me permettent de faire le lien entre la vie, la pensée, l’œuvre d’un exécutant et penseur, son contexte local et national, ses intérêts en musique et dans de nombreux autres domaines, de comparer l’orgue et la musique vocale, et enfin toutes les facettes de la musique à cette époque charnière.

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    Propos recueillis par Christophe Steyne

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    Crédits photographiques : DR

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    Un entretien-article passionnant pour nous faire entrer dans l’œuvre du « père de l’école française d’orgue« … 

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    Et cf aussi mon article «  » du 14 février 2019…

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    Ce jeudi 6 avril 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa