Étiquette : décès

  • Nouvelles questions ravéliennes autour des Delouart et Billac de Ciboure, et Gachucha Billac

    Le samedi 13 juillet dernier,

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    un correspondant-ami, le musicien Philippe Hattat, m’a signalé que la date de la naissance, le 2 juin 1819, d’une petite Engrâce Billac au foyer de Jacques Billac et son épouse Marie Delouart à Ciboure
    ne pouvait convenir pour la chère « Tante Gachuch » de Maurice Ravel,
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    car le lendemain de cette naissance, le 3 juin 1819, cet enfant nouveau-né avait été déclaré « décédé à l’âge d’un jour » ;
    et qu’il fallait préférer à cette date de naissance du 2 juin 1819, la date du 15 mai 1824 à laquelle naît une Gracieuse Billac au foyer de ces mêmes parents, Jacques Billac et Marie Delouart…
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    Ce que m’a en effet confirmé l’acte de naissance consulté aux archives de Ciboure vendredi après-midi dernier :
    15 mai 1824, Ciboure : naissance de Gracieuse Billac,
    fille de Jacques Billac, 52 ans, marin,
    et de Marie Delouart, 35 ans, poissarde…
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    Ce qui indique une différence de 17 ans entre les deux parents _ Jacques et Marie-Baptiste _ de cette enfant : Gracieuse…
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    Et l’acte de naissance de celle que j’ai nommée ailleurs la Marie Delouart n°1 _ soit l’arrière-grand-mère de Maurice Ravel _ que j’ai pu consulter lui aussi à la mairie de Ciboure
    déclare que celle-ci, fille _ aînée, semble-t-il _ de Gratien Delouart et son épouse Sabine Laxague _ leur mariage a eu lieu à Ciboure le 28 janvier 1778 _, est née à Ciboure le 29 juin 1782.
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    Ce qui supposerait,
    si l’on se fie à cette différence de 17 ans d’âge entre Jacques Billac et Marie Delouart indiquée ici,
    que Jacques Billac serait né vers 1765…
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    Un acte de pension de reversion, en date du 16 novembre 1840,
    dont la bénéficiaire est la veuve du quartier-maître Jacques Bilac (sic), décédé le 11 mars 1839,
    indique que celle-ci, Marie Delouart, est effectivement née le 29 juin 1782.
    Mais n’est _ hélas _ pas indiquée ici la date de naissance de Jacques Billac ,
    seulement celle de son décès, survenu le 11 mars 1839,
    et de l’ouverture, ainsi, des droits de reversion de sa demi-pension de quartier-maître pour sa veuve, Marie Delouart.
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    Mais un précédent document de pension – décisif !!! – , en date du 14 juillet 1838, établit l’existence d’une pension de quartier-maître de manœuvre à 36 francs en faveur de ce même Jacques Bilac (re-sic) né à Ciboure le 5 septembre 1772, et domicilié à Ciboure, pour avoir atteint sa 65éme année.
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    Voici donc la date de naissance de Jacques Billac, le mari (le 14 septembre 1814, à Ciboure) de la première Marie Delouart,
    et père (le 15 mai 1824) de Gracieuse Billac, la future « Tante Gachuch » de Maurice Ravel…
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    La différence réelle d’âge entre Jacques Billac (né le 5 septembre 1772) et Marie Delouart (née le 29 juin 1782) est donc de presque dix ans : 9 ans, 10 mois et 6 jours…
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    Sur un autre très intéressant document
    _ à décrypter très soigneusement ! _,
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    Jacques Billac, marin, habitant la maison Moutanearguinenia,
    est indiqué comme ayant à cette date « 40 ans » ;
    et son épouse, Marie Deloirte (sic), « 24 ans » :
    soit cette fois un écart d’âge de 16 ans…
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    Ce qui impliquait une date de naissance de Jacques Billac vers 1766…
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    Comme on a pu le lire dans l’article de mon blog
    que j’ai publié avant-hier dimanche 22 septembre,
    ma visite vendredi dernier – 20 septembre – aux archives municipales de Saint-Jean-de-Luz
    m’a permis de découvrir _ sans le moindre doute possible _ la date de décès de la « chère Tante Gachuch » de Maurice Ravel – en fait la tante de sa mère Marie Delouart, et sœur de sa grand-mère, Sabine Delouart – ;
    un décès survenu au domicile familial des Gaudin 41 rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz :
    le 17 décembre 1902.
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    Les déclarants de ce décès sont _ en effet _ Charles, « capitaine au long cours, âgé de vingt-sept ans », et Pierre Gaudin, « employé âgé de vingt-quatre ans » _ indiqués dans l’acte comme « voisins » de la défunte _, 
    deux des enfants de la maisonnée Gaudin que Gachucha a très grandement contribué à élever 
    _ Engrâce Billac est dite ici « domestique » dans cet acte de décès signé par le maire de Saint-Jean-de-Luz, Dominique Larrea.
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    C’est donc bien de la « chère Tante Gachuch » de Maurice Ravel – c’est qu’il s’agit ici, en cet acte officiel de décès ;
    elle qui fut le lien premier et majeur de Ravel avec les Gaudin, amis luziens de toute sa vie
    _ existe aussi, ne la négligeons pas, l’amitié de jeunes filles entre Annette Bibal (née à Saint-Jean-de Luz le 28 avril 1845) et Marie Delouart (née à Ciboure le 24 mars 1840), avant leurs mariages respectifs en 1873 les deux, avec Edmond Gaudin et Joseph Ravel… 
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    Engrâce et Gracieuse sont des prénoms équivalents en français, 
    et leur diminitutif basque est bien « Gachucha » ou encore « Gachuch ».
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    Maurice Ravel parlait très couramment basque,
    avec sa mère Marie, avec sa grand-tante et marraine Gachucha, avec ses amis luziens Gaudin,
    comme me l’a encore confirmé vendredi Madame Maylen Gaudin-Lenoir à Saint-Jean-de-Luz.
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    Si la date de naissance de la défunte Engrâce Billac n’est hélas pas indiquée dans cet acte d’état-civil de décès du 17 décembre 1902,
    est mentionné cependant son âge : « quatre-vingt-trois ans »…
    Ce qui donne comme année de naissance … 1819 !
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    Encore un point qu’il faudra éclaircir…
    Comment cette date de 1819 a-t-elle pu être indiquée par Charles et Pierre Gaudin ?..
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    Enfin, l’acte de naissance de Maurice Ravel établi le 8 mars 1875 par le maire de Ciboure Joseph Besselère,
    l’a été sur la déclaration de Gracieuse Billac 
    _ au domicile de laquelle a accouché sa nièce Marie-Delouart-Ravel la veille, le dimanche 7 mars _,
    « âgée de cinquante ans, marchande de poissons, domicilée dans cette commune » (de Ciboure).
    Ce qui fixe la naissance de Gachucha Billac en 1824, ou du moins avant le 8 mars 1825…
    Ce qui concorde bien avec l’acte de naissance de Gracieuse Billac du 15 mai 1824.
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    Me reste donc à revenir aux archives de la mairie de Ciboure
    rechercher l’acte de naissance de Pierre Billac :
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    plutôt qu’en 1765 ou 66 comme j’avais pu le supposer,
    le 5 septembre 1772…
    Je le vérifierai.
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    Avant de découvrir bientôt le document officiel de l’acte de naissance de Jacques Billac,
    je savais jusqu’ici seulement _ par le document de l’acte de son mariage avec Marie Delouart le 14 septembre 1814 à Ciboure _ que Jacques Billac était fils d’un Pierre Billac et d’une Sabine dont je n’arrivais pas à lire le nom : quelque chose comme Malac… : en fait Sabine Recalde ! Ou plutôt Errecalde,
    ainsi que me l’indique très gentiment Philippe Hattat…
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    Et à essayer de recenser le plus complètement possible, dans les registres des naissances conservés dans l’armoire des archives d’état-civil, à la mairie de Ciboure,
    les divers enfants Delouart et Billac nés à Ciboure entre 1778 _ l’année de mariage de Gratien Delouart et son épouse Sabine Laxague _ et 1830 _ Marie Delouart atteignant là ses 48 ans _ : beaucoup d’enfants mouraient alors à la naissance ou en bas-âge ;
    et beaucoup portaient les mêmes prénoms (Marie, Marie-Baptiste, Sabine, Jean, Jean-Baptiste, Pierre, Jacques)…
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    En la maison Moutanearguinenia du quartier de Pocalette à Ciboure, selon un acte de recensement en date du 1er janvier 1806,
    auprès de Jacques Billac et son épouse Marie Deloirte (sic),
    demeuraient,
    outre « Chabadin Lasaga » (= Sabine Laxague, la veuve de Gratien Delouart) _ indiquée ici comme « tante » : tante de qui ?.. _,
    trois filles prénommées, pour deux d’entre elles, Marie _ sans précision de nom de famille _ et la troisième Marie-Baptiste _ celle-ci Deloirte _, âgées de 32, 25 ans et 1 an (soit nées en 1774, en 1781, et en 1805),
    une fille prénommée Sabine _ sans précision de nom de famille _, âgée de 8 ans (soit née en 1798),
    et un garçon prénommé Jean _ Deloirte _, âgé de 28 ans (soit né en 1798).
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    Ce sont ces dates de 1772, 1774, 1781 et 1798 qui m’ont fait douter de la validité de la date de ce recensement : 1806…
    Et sur lesquelles dates je continue de fortement m’interroger…
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    Tout cela est à confronter à l’arbre généalogique que j’ai pu esquisser-établir de la descendance de Gratien Delouart et Sabine Laxague :
    Marie-Baptiste Delouart, née le 29 juin 1782 ;
    Marie-Baptiste Delouart, née le 17 juin 1784 ;
    Marie Delouart, née le 17 août 1786 ;
    Jean Delouart, né le 27 août 1788.
    Reste aussi un Baptiste-Jean Delouart  _ dont parle Jean-Noël Darrobers _,
    et dont je ne me suis pas encore occupé : petit dernier (semble-t-il) de la fratrie de ces enfants de Gratien Delouart ; il est né plus tard,
    et semble ne pas avoir eu de descendance avec son épouse Gracieuse, née Casabon.
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    Gratien Delouart (né à Ciboure le 1er mai 1748, marié à Ciboure le 28 janvier 1778 à Sabine Laxague) est décédé, lui, à Ciboure le 21 août 1798.
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    Pour Sabine Laxague, mes références documentées sont encore lacunaires :
    je n’ai pas réussi à identifier sa date de naissance (peut-être vers 1758), ni sa date de décès (semble-t-il après 1823 : elle est en effet présente au mariage de son fils Jean Delouart avec Marguerite Larrea, le 30 avril 1823 à Ciboure).
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    Mais voici que Philippe Hattat me propose pour date de décès de Sabine Laxague, l’épouse de Gratien Delouart, la date du 27 février 1845 : « à l’âge canonique de cent ans« .
    Voilà deux autres dates à aller rechercher à lire dans les archives de la mairie de Ciboure…
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    Tout cela est aussi à confronter aux documents concernant les enfants nés de la première Marie Delouart, avec ou sans Jacques Billac (qu’elle a épousé à Ciboure le 14 septembre 1814)…
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    Le premier enfant né de cette première Marie-Baptiste Delouart, la fille aînée de Gratien Delouart et Sabine Laxague, est-il, ou pas, cette Sabine Delouart, née à Ciboure, le 11 mars 1809 _ et future grand-mère de Maurice Ravel _ ?
    Et la dernière née de Marie-Baptiste Delouart, épouse de Jacques Billac, serait-elle la très chère « Tante Gachuch » de Maurice Ravel _ décédée à Saint-Jean-de-Luz le 17 décembre 1902 _, cette Gracieuse Billac née à Ciboure le 15 mai 1824 ?
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    Cela reste à établir documentairement. 
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    En espérant toucher si peu que ce soit la curiosité
    de tous ceux qui s’intéressent à la biographie un peu singulière de ce créateur atypique et merveilleux qu’est Maurice Ravel
    par ces découvertes et questionnements progressifs _ l’enquête, passionnante, avance _,
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    ce mardi 24 septembre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • In memoriam Anner Bylsma : souvenir d’un concert à La Réole

    Apprenant à l’instant

    le décès du violoncelliste Anner Bylsma, à l’âge de 85 ans,

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    outre de son abondante excellente discographie,

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    je me souviens de l’avoir écouté en concert

    à La Réole _ notamment dans deux Suites de Bach…

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    Ce jeudi 25 juillet 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    Sur le site de Res Musica,

    Maciej Chiżyński publie ce jour ce très riche article-ci :

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    ADIEU ANNER BYLSMA

    Artistes, Instrumentistes, Musique de chambre et récital, Portraits
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    A-898403-1336500110.jpegAnner Bylsma, l’un des plus grands musiciens du XXesiècle auxquels on doit le renouvellement baroque, nous a quittés le 25 juillet dernier à l’âge de 85 ans.

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    Anner Bylsma est né le 17 février 1934 à La Haye aux Pays-Bas. Il reçoit ses premières leçons de son père. À l’âge de 16 ans, il s’inscrit au Conservatoire royal de La Haye afin d’étudier auprès de Carel van Leeuwen Boomkamp, violoncelliste principal de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam et l’un des premiers pionniers néerlandais de l’interprétation historiquement informée. C’est Boomkamp qui introduit Bylsma au vaste monde du violoncelle baroque.

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    L’exercice quotidien conjugué au talent du musicien lui assure des succès de plus en plus importants : il remporte le Prix d’excellence de l’école en 1957, puis, après être devenu le premier violoncelliste de l’Orchestre d’opéra des Pays-Bas, il remporte le 1er prix du Concours international Pablo Casals en 1959. Suite à cette victoire, les portes les plus prestigieuses en Hollande lui sont désormais grandes ouvertes. Pour son nouveau poste de travail, il choisit la phalange la plus luxueuse du pays, l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, où il est violoncelle solo entre 1962 et 1968. Les années 1960 lui font connaître, grâce à l’éminence de son poste, les meilleurs chefs d’orchestre européens de l’époque, mais également lui font penser de plus en plus souvent à la musique baroque qu’il joue et chérit d’abord en domicile et dans un étroit cercle d’amis.

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    Vers le renouvellement de la musique baroque

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    Après avoir quitté l’Orchestre royal du Concertgebouw, Anner Bylsma se consacre à des tournées en solo et au travail avec des ensembles de chambre, comme le Concerto Amsterdam, avec lequel il enregistre pour Telefunken la musique de Paul Hindemith. Mais surtout il est l’un des pionniers de l’école baroque flamande et devient célèbre en tant que partenaire scénique du flûtiste Frans Brüggen (1934-2014) et du claveciniste Gustav Leonhardt (1928-2012), avec lesquels il tourne beaucoup et enregistre des disques. Anner Bylsma est l’un de ces instrumentistes qui évitent l’utilisation de cordes en acier, l’élément majeur qui aura défini à jamais sa sonorité et son expression musicales. Son violoncelle de 1695, construit par Matteo Goffriller, ainsi que son violoncelle de 1865 fait par Giovanni Francesco Pressenda et destiné pour le répertoire moderne, sont donc enfilés avec du boyau.

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    De nombreuses réalisations discographiques signées par Bylsma et ses collègues demeurent un modèle du genre et servent aujourd’hui encore de référence. Et si les Concertos brandebourgeois de Bach qu’il enregistre en 1976 et 1977, en compagnie admirable de Frans Brüggen, Sigiswald Kuijken, Wieland Kuijken et Gustav Leonhardt, ont pris quelques rides, les gravures effectuées par Bylsma dans les années 1980 et suivantes sont toujours des plus fraîches et des plus belles. Nous pensons notamment à ses Vivaldi, Bach (Johann Sebastian et Carl Philipp Emanuel !), Haydn, Boccherini et Beethoven, pour lesquels la finesse des couleurs se mêle à la tendre poésie des cantilènes et à l’agilité extraordinaire de l’archet. Le dernier mouvement du Concerto pour violoncelle n° 1 en ut majeur de Joseph Haydn, interprété avec le Tafelmusik Baroque Orchestra dirigé par Jeanne Lamon, nous le montre assez. Mais avant tout, on thésaurise ses Bach, exemplaires et visionnaires, comme les trois Sonates pour viole de gambe et clavecin BWV 1027-1029, pour lesquelles il joue sur un violoncelle piccolo muni de cinq cordes et se fait accompagner par un autre maître, Bob van Asperen, à l’orgue positif. Leur interprétation nous fait nous délecter de subtilités harmoniques jusqu’alors ignorées de ces pages. Il se sert du violoncelle piccolo encore pour graver d’autres œuvres de Bach, particulièrement la Partita en mi majeur BWV 1006 (Deutsche Harmonia Mundi, de 1988), dont l’exécution allie poésie, noblesse du ton, ainsi que la vigueur qui sans être haletante, frappe par cette virtuosité inimitable qui n’était propre qu’à lui. La limpidité du discours soumis à un tempo rapide est stupéfiante dans le Preludio qui ouvre cette partition. Demandé par Bruce Duffie en avril 1989 pourquoi il ne joue pas sur la viole de gambe, il répondit : « La viole de gambe n’est pas vraiment un instrument d’accompagnement. La viole de gambe est un instrument solo, et le violoncelle est beaucoup plus équipé pour jouer de l’accompagnement car votre étendue dynamique est plus grande, en particulier lorsque je joue avec une flûte à bec et un clavecin qui n’ont presque pas de dynamique ».

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    De l’amour pour la musique de chambre

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    Nous faisant découvrir la beauté exquise et la splendeur des interprétations historiquement informées, Anner Bylsma élargit son répertoire de scène, en abordant des œuvres de la musique de chambre. Il fonde, en compagnie de son épouse violoniste Vera Beths, l’ensemble L’Archibudelli dont le nom est une combinaison de deux termes : archets et cordes en boyau. Toujours fidèles à la pratique honorant l’authenticité, ces instrumentistes nous font découvrir – souvent assistés par Jos van Immerseel – des pages de plus en plus postérieures, non seulement baroques et classiques, mais aussi désormais romantiques. Leurs Mozart débordent de pure gaîté et de simplicité enfantines, leurs Beethoven sont empreints d’élégance et de gravité, tandis que leurs Schubert sont pénétrés de lyrisme et du sens du tragique. De ce dernier compositeur, mentionnons leurs interprétations magistrales du Quintette à cordes en ut majeur D. 956, du Quintette en la majeur D. 667 « La Truite », de l’Octuor en fa majeur D. 803, de même que de la Sonate pour arpeggione et piano en la mineur D. 821. En jouant de la musique des grands maîtres du passé, ils n’oublient pas, cependant, de nous présenter quelques raretés du répertoire, que ce soit d’Antoine Reicha, Friedrich Dotzauer, George Onslow ou Niels Wilhelm Gade. Last but not least, on leur doit un magnifique enregistrement de l’Octuor à cordes en mi bémol majeur op. 20 de Felix Mendelssohn, se parant d’enthousiasme difficile à trouver ailleurs, tout autant que de la douceur incroyablement expressive.

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    Donner à la postérité ce qui est le plus précieux

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    Tout en poursuivant sa carrière de musicien actif sur les scènes baroques et au disque, Anner Bylsma se lance dans l’enseignement, vocation éveillant en lui cette volonté de communiquer aux jeunes adeptes tout ce qu’il a de plus précieux à transmettre. Il est professeur au Conservatoire d’Amsterdam Sweelinck et au Conservatoire royal de La Haye. Le film Une leçon particulière réalisé par Claude Mouriéras en 1987 nous le fait voir donner des cours de maître et montrer à des jeunes instrumentistes sa propre compréhension des Suites de Johann Sebastian Bach. Il y pose les problèmes d’interprétation avec humanisme et chaleur émanant du ton de sa voix et de son gestuaire. Son approche se distingue par l’humilité et la volonté de faire aimer et surtout comprendre cette musique à l’élève.

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    Il est aussi l’auteur du livre Bach, the Fencing Master, une analyse stylistique et esthétique des trois premières Suites pour violoncelle du Cantor de Leipzig. Il nous laisse deux gravures complètes de ce cycle : de 1979 (pour Seon) et de 1992 (pour Vivarte), son testament spirituel. Pour cette dernière réalisation, il joue sur le violoncelle Stradivarius « Servais » que lui prête le Smithsonian Institute de Washington. Une technique irréprochable conjuguée à la profondeur de l’appui sur les cordes se traduisent par un son magnifique et sans mélange, et font penser, avec cette musique de Bach, à ce qui est intemporel et insaisissable. Anner Bylsma vient de terminer son voyage terrestre, mais avec ce testament, il ne pourra pas disparaître de notre mémoire.

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    Crédits photographiques : © Sallie Erichson