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  • Un essai de recul réflexif sur l’œuvre cixoussien : dégager-décrypter-mettre à jour en la féérique cuisine pâtissière de Cixous, la recette de son hyper-jouissif gâteau de quatre-quarts qu’est le Livre : 1) attention-perception ultra-fine et merveilleusement poétique déjà au réel le plus quotidien ; 2) exploration alambiquée délicatement ciselée de quelques souvenirs marquants du passé remémorés avec extrêmes soins ; 3) accueil-essai de saisie à la volée de miraculeux rêves nocturnes de conversations poursuivies ainsi avec quelques chers disparus, récents ou lointains, revenant très présents en son sommeil lui parler ; 4) imageance ludique formidablement festive du pâtissage voluptueusement jouissif de l’écriture terminale, lequel vient soudain menacer de venir trop prochainement, et à terme, s’interrompre, échapper et bien cruellement faire défaut : manquer…

    À nouveau ce petit matin-ci du vendredi 10 octobre,

    je débute – paradoxalement pour ma forme d’esprit : analytique… – la rédaction de mon article par l’écriture-essai de son titre :

    « Un essai de recul réflexif sur l’œuvre cixoussien : décrypter-dégager-mettre à jour en la féérique cuisine pâtissière de Cixous, la recette de son hyper-jouissif gâteau de quatre-quarts qu’est le Livre : 1) attention-perception ultra-fine et merveilleusement poétique déjà au réel le plus quotidien ; 2) exploration alambiquée délicatement ciselée de quelques souvenirs marquants remémorés avec extrêmes soins ; 3) accueil-essai de saisie à la volée de miraculeux rêves nocturnes de conversations poursuivies ainsi avec quelques chers disparus, récents ou lointains, revenant très présents en son sommeil lui parler ; 4) imageance ludique formidablement festive du pâtissage voluptueusement jouissif de l’écriture terminale, lequel vient soudain menacer de venir trop prochainement, et à terme, s’interrompre, échapper et bien cruellement faire défaut : manquer… » ;

    en forme de continuation – je m’obstine à cet effort de recul synthétique qui m’est toujours difficile, par rapport à ma passion des analyses des détails qu’il me coûterait beaucoup de laisser échapper et manquer ; passionnément je les traque… – de mon article d’hier : « Face au réel tout compris (blessures comme joies), l’option « Litté-ratures » d’hyper-réaliste affrontement-contournement-solutions de survie de l’immense Hélène Cixous en sa maison d’écriture et en compagnie de ses ultra-vivants chats Haya et Isha : ma persistance d’essai de clé sainte-beuvienne de lecture de ce « Ce qui n’était jamais arrivé » qui m’en impose…« …

    …

    1) Premier quart-ingrédient de ce gâteau quatre-quart qu’est, au final, le Livre :

    ce que je qualifie de « 1) l’attention-perception ultra-fine et merveilleusement poétique déjà au réel le plus quotidien« .

    …

    Je veux dire par là que ce qui déclenche l’écriture ultra-vibrante du texte – et d’abord la page même en train de s’écrire – qui va s’élaborer, ce sont d’abord certaines circonstances contextuelles singulières présentes qui viennent frapper avec force l’attention de l’autrice dans son environnement spatio-temporel d’écriture en train de se faire, d’où, ici, d’abord, les notations de très très nombreuses dates – je ne les ai pas comptées ; mais on pourrait le faire (même si H. C. fait exprès de les brouiller parfois…)… – qui parsèment les pages de ce « Ce qui n’était jamais arrivé « ; mais surtout les éléments de ce contexte spatio-temporel et parfois même historico-géographique – « C’était le 24 février 2022, un jeudi (…) imitation épouvantable de l’assaut contre l’Ukraine – qui a bien eu lieu ce jeudi 24 février-là ! Toute l’année solidaire d’Oukraïna, corps harcelé, effrayé, je lisais les nouvelles dans les journaux« , pages 42-43 ; cependant ces références à l’actualité politico-historique sont très rares et très discrètes… – , qui viennent frapper et saisir, au présent, son attention, la retiennent un moment qui est alors au moins un peu détaillé, voire développé sur la page… Ces notations étant très physiques et hyper-sensibles, pour le lecteur aussi. Elles peuvent concerner aussi et plus encore, forcément, certaines personnes bien vivantes présentes – et interlocuteurs à l’occasion, mais assez rare cette fois-ci (et c’est à relever), son fils P. (ou P.F.) et sa fille A. (ou A.-E.) ; ou aussi son éditeur « le merveilleux descendant de Settembrini« , page 145 – , voire des animaux – ses chères chattes Haya et Isha, surtout, interlocutrices archi-fidèles et très remarquablement plus que présentes de l’autrice : « Je dois la vie quotidienne aux chats, deux artistes du lancement de chaque jour. Circassiennes aux cent beautés. Célébrations du petit matin, chaque fois une nouvelle image. On improvise« , page 126 ; « les chats célèbrent la fête de la présence« , est-il même encore relevé page 129 ; et juste avant « Et sans les chats j’aurais été bannie des vivants« , page 128 ; ou encore leur adversaire, une assez mémorable fois, à 5h 30 du matin, la nuit du 10 août 2023 (aux pages 160-161), le gros chien dit « Goliath de jardin«  qui finira par piteusement détaler ; ou, à quelques reprises, leurs petites proies : des souris ; ou encore « le corps de l’écureuil assassiné étendu devant le portail » de ce jardin de la maison d’écriture, aux Abatilles (page 127, et évoqué brièvement ailleurs encore : « Notre écureuil est mort« , page 146 ; etc.)…

    …

    Et deux facteurs très personnels font aussi bien évidemment partie, et massivement même, de ce réel contextuel qui constitue à la fois le cadre, l’horizon ainsi que le fond de l’écriture de ce « Ce qui n’était jamais arrivé « :

    d’une part, et en forme de continuo, les divers symptômes manifestant la maladie qui vient frapper alors Hélène Cixous, et ponctuent, s’installant grain à grain, et alarmants, le défilé des jours de l’écriture de ce Livre-ci,

    entre le dimanche 2 avril 2023 (cf pages 15-16 : « (Dimanche 16 avril 2023) Le voyage vers nulle part avait commencé il y a deux dimanches – le dimanche 2 avril 2023, par conséquent – . H. et ses enfants étaient assis sur le banc du balcon – probablement à Paris, et pas à la maison d’écriture, l’été, des Abatilles, cette magique « Villa rêva«  évoquée dès la page 12 : « Je venais d’arriver à la Villa Rêva, cette maison réservée aux livres où je viens poser ma vie chaque année, mon port natal, dite aussi le Jardin du Chêne, pour la saison du Rêve – les mois de juillet et août. C’est chaque fois depuis le commencement de l’antiquité une aventure fatidique : j’y attends la Venue des messagers. Je suis armée de Confiance. (…) Ils viendront. Aucun doute. Je ne sais pas qui ou quoi, viendra, je ne sais pas quel jour. Je suis une poule. Je couve le Temps. On verra « … H. allait – ce 2 avril 2023, donc – prendre des notes, mais la main tomba dans le vide. La page muette, se dressa, mur filant vertical, impossible aux doigts de grimper, refus haineux de la surface verticale, vision fantastique de l’invisible, indice du démon. (…) H terrassée, abattue par l’offensive, le mur promet la mort. Comme l’éveil de Samson rasé – et l’image de Samson terrassé reviendra… – , vidé de lui-même. C’est la mort. Ainsi c’est la mort. C’est donc la mort. On se demandait depuis longtemps sous quelle forme elle entrerait, par quelle porte elle chargerait, le pays tout entier en état d’alerte brute, sans information. Aux pieds les orteils morts depuis des années, ça n’empêche pas de marcher en vacillant, ça empêche de tenir, de courir, coupure de liberté jusqu’aux chevilles, le reste fonctionnait« ),

    et le jeudi 17 octobre 2924 (cf la page 175 : « J’attendais la fin – de ce Livre-ci, à boucler... C’était le jeudi 17 octobre 2024. J’attendais depuis quelques jours. Le jour de la fin. Elle était peut-être déjà arrivée« ),

    et dont vient la soigner-sauver, de cette maladie, au moins provisoirement un médicament, le modor (cf les deux acceptions de ce « mot d’or« , aux pages 111-112 : « Radiologiques les derniers jours d’octobre – 2023 – passent par l’hôpital. (…) Dans notre cas le mot inquiétant du chapitre noir est « modor ». Nous voilà dans l’antique région de la Pharmacie. (…) en un instant, nous voilà dans le monde des poisons, chez Circé. Finie la liberté« , et aux pages 131-132 : « Coup de théâtre : mode d’intervention des dieux, remarquable par la vitesse surhumaine de l’opération. Le coup de théâtre dans ce compte-rendu biographique appelé « Vie » a un nom laid commun, il existe, pharmaceutique _ abra, arbacadabra, arbacadabrant, c’est une sorte de projectile doté de force de vie ou mort – un pharmakon : ambivalent, ambigu (cf Derrida, « La Pharmacie de Platon« )… – , un drone neurologique, une substance toute-puissante et mystérieusement indifférente désignée par la combinaison verbale « mo, dor » j’ai peur d’elle, est-elle magique, est-elle poison, je veux croire qu’elle donne le mot pas la mort, le mot par le don, elle  est aussi surprenante que le bâton aux deux serpents surmontés de deux ailettes. Au début de l’an 23, je n’en avais encore jamais entendu parler. J’étais dans l’état du peuple de Davos qui n’avait encore jamais entendu le mot streptomycine. Un dieu champignon, ça existe ? Mise en garde : cette divinité n’est pas un immortel, il vous prête vie, ne fait pas grâce. Concède survie sans garantie. Sans amour, sans religion. Prenez connaissance des effets secondaires : un tel déluge de menaces et d’avertissements est source de sagesse. La puissance peut disparaître aussi soudain qu’elle est apparue. On croirait une névrose. (…) Sans avertissement, sans annonce, sans messager, cortège, alarme, comme on se réveille réveillé en sursaut, on bondit hors du cercueil on pousse un cri de rire, c’était donc un mauvais rêve, une hallucination ? On se tâte, on lève les bras, les bras se lèvent on rit, on inspire, on n’oublie pas, on noublie, on ose un pas, on nose, on  atterrit. (Comment dit-on « atterrir » pour le débarquement sur la page de papier ?) on ?  _ Ça  y est ! On a écrit. Un mot « ),

    d’une part, voilà le premier facteur très remarquable et marquant, impressionnant ;

    et d’autre part, voici maintenant le second facteur que je retiens en ma lecture :

    les conséquences, capitales et massives, venant affecter Hélène Cixous, sa sœur aînée, du décès, à Pessac le 6 septembre 2023, du frère d’Hélène, Pierre Cixous ; mais ces conséquences-là, j’en réserve l’examen à ce que je considère constituer le troisième quart du gâteau de quatre-quarts, celui concernant l’apport très important, au Livre, des rêves et conversations oniriques d’Hélène en son indispensable richissime trésor, le Rêvoir…

    …

    Le réel, donc, apparaît donc bien, hic et nunc, au fil et au fur et à mesure des jours de l’écriture se faisant et des pages du Livre s’écrivant, même si, comme nous en sommes solennellement prévenus page 117 : « Ce texte n’est pas un récit ni un journal

    C’est un enregistrement des pas du Temps

    Le Temps n’a pas de mémoire, pas le sens de la succession

    Croit (ou craint?) toujours être l’instant de la première fois

    Temps est file ou fil des journées

    Chaque jour unique« …

    Et c’est bien à ce Temps, auquel nous avons, chacun et tous, en permanence à nous affronter, la durée de temps de vie qui nous est généreusement accordée de durer un peu, jour après jour, nuit de rêves après nuit de rêves.

    Et ce sera, ensuite, après le déluge qui inévitablement viendra nous emporter et noyer, nous et notre souffle, que peut-être, nos témoins-contemporains disparus et emportés eux aussi, nous survivront peut-être un moment quelques Livres-Tombeaux… ;

    et sinon, sans cet ersatz de survivance de papier-là : « Mon certificat d’existence est introuvable. Je suis sans preuves. Je n’ai jamais été. Nous sommes devenus incroyables. Sensation d’être des fantômes. Des personnages de bref passage dans la réalité. Même pas comparables en durée, en consistance, aux passants des rêves« , lit-on page 142…

    …

    2) Deuxième quart-ingrédient de ce gâteau quatre-quarts :

    ce que je qualifie de « 2) l’exploration alambiquée délicatement ciselée de quelques souvenirs marquants du passé remémorés avec extrêmes soins« 

    …

    D’assez nombreux souvenirs marquants et liés à de très diverses époques – depuis un premier souvenir « sur la plage, à Oran« , en 1942, « On a 5 ans« , en compagnie de la petite Elsie Mayer, petite-fille de l’acteur Harry Baur, un souvenir évoqué aux pages 29-30-31… – apparaissent bien entendu dans le texte.

    Mais il semble bien que le souvenir principal autour duquel tourne tout entier ce nouveau  volume du cru 2025 issu de la constellation Cixous intitulé cette fois-ci « Ce qui n’était jamais arrivé« , et sur lequel on doit impérativement revenir, s’attarder et approfondir enfin, concerne le souvenir de la trouvaille ou plutôt retrouvaille – celle-ci était-elle vraiment jamais arrivée jusque là ?.. : mais c’est bien ici, cette nouvelle fois, une extraordinaire re-découverte-révélation pour Hélène que celle de ce trésor à nouveau exhumé et relu, issu de la main de son père, disparu, lui, à Alger le 12 février 1948 ! la première fois, cela s’était produit en 1997, nous le verrons plus loin… – très tardive, peut-être in extremis, et absolument inattendue d’Hélène, concernant « les (six cent) lettres de Georges aka Jorge – Georges Cixous, son père (Oran, 5 septembre 1908 – Alger, 12 février 1948) – à sa bien aimée«  – Ève Klein (Strasbourg, 14 octobre 1910 – Paris, 1er juillet 2013), sa mère – , une re-découverte (re-révélation éblouie de la personnalité de son père) merveilleuse et comme miraculeuse, narrée magnifiquement aux pages 68-69 ;

    et je me permets de retranscrire in extenso ici ce que je considère comme constituant le crucial cœur-centre autour duquel tourne en vérité tout ce Livre « Ce qui n’était jamais arrivé « :

    …

    « Selon moi – Hélène – ,  elle – sa mère, Ève – n’a pas lu ses lettres. Celles de mon père – Georges Cixous. On ne peut pas vraiment lire – lire vraiment ! en recevant de plein fouet leur entière force de vérité… – les lettres le jour où elles arrivent. Ce jour-là la lecture est prématurée – parce que seulement fonctionnelle-utilitaire, et par là superficielle : rien qu’informative, réduite à ses fonctions pratiques immédiates ou à court terme. On ne s’y attarde donc pas ; et aussitôt on s’empresse de l’oublier. Les prématurés demandent du temps pour parvenir à maturation. Les vraies lettres ne parviennent à la vraie destination que lorsque l’on a compris – et ce n’est pas fréquent – les valeurs et les forces de ces œuvres de l’âme – quand des lettres sont effectivement, c’est-à-dire vraiment et véritablement, des « œuvres de l’âme » même… D’ailleurs une lettre prend d’autant plus de force qu’elle n’arrive pas seule mais constellairement – liées-reliées-unies à toutes les autres, les précédentes ainsi que les suivantes : ce point (qui en fait une œuvre) est capital… – , comme chaque élément de l’ensemble d’une composition musicale – voilà, voilà ! mais oui ! La Lettre de mon père à sa fiancée était composée de six cent lettres – voilà ! D’une certaine manière secrète, mystérieuse – parce que poétique – les lettres ne sont probablement pas – vraiment – arrivées à ma mère – à son âme à elle, du moins : une femme essentiellement pragmatique et efficace, entièrement tournée vers l’action. Il aurait fallu qu’elle les reçoive plus d’une fois – afin d’y attarder enfin sa lecture ; mais Ève est toute sa vie demeurée une femme pressée... Chaque fois comme une première autre fois. Tous les dix ans par exemple – pour les lire enfin vraiment et se pénétrer enfin de leur teneur profonde.

    Les forces mystérieuses des lettres : elles n’arrivent à l’âme – car c’est bien de l’âme qu’il s’agit en ces actes de réception-lecture aussi de la part du lecteur – que longtemps, des années, des dizaines d’années après être parvenues à l’adresse –physique, et quasi accidentelle – de destination. Ce sont des projectiles à retardement. Comme ces déclarations d’amour qui arrivent trop tard, dont Balzac était le spécialiste. Elles contiennent toujours un peu de puissance posthume – pour celui qui saura vraiment les recevoir en plein et au cœur, et qui n’est pas nécessairement son destinataire initial : ce véritable destinataire-là les lisant tout autrement, et pas simplement fonctionnellement, utilitairement… Il est possible qu’elles n’arrivent jamais (cas de Georges). Ou qu’elles arrivent à quelqu’un d’imprévu : ainsi j’ai reçu – dit, presque cent ans plus tard que leur rédaction, dès les années 30 et jusqu’en 1948, par son père Georges, et leur envoi à sa mère Ève, Hélène leur fille vraie lectrice – les (six cent) lettres de Georges aka Jorge à sa bien-aimée, c’est moi qui les ai reçues – vraiment, en toute la plénitude éclatante de leur force de vérité –  portées par le plus grand des hasards, un certain jour ordinaire d’une année rien de particulier – peut-être à ce moment du dépôt par Hélène de ses documents littéraires à l’IMEC, à l’abbaye d’Ardenne, un épisode qu’elle baptise, page 125, « la Déposition », à ce qu’elle nomme « l’Instance Adoptive Mammifère Bibliothèque« , « un tumulus« , page 126… ; et pages 86-87, elle écrivait déjà, à propos du dépôt (à l’IMEC) de ces infiniment précieuses lettres « dans un conservatoire monumental, un de ces coffres où les mémoires des individus sont retirés de l’économie turbulente et des sujets à durée limitée et replacées dans une Grande Mémoire Nationale. C’est là dans cette armoire ouverte au public où les passions, les deuils, les affects qui nous font bouillonner de colère ou d’angoisse, où les empoisonnements, les idées de vengeance, les gaietés, les maux et les jubilations, les régions des espoirs et des illusions, sont rangés sur des étagères, préservés des destructions accidentelles ou délibérées. (…) Là, vous déposez vos états d’âme sauvés de vos oblitérations. Le mausolée – du site de l’abbaye d’Ardenne, près de Caen – que le rêve avait acheté, ou voulait acheter, était plus loin que l’on aurait cru, il fallait sortir de la ville – Caen – , atteindre le bout des routes et là à l’angle du monde bâti et des sentiers sauvages, à la lisière de l’inhabité se trouvait le plus étrange des tumulus : une sorte de petit mont en forme de mamelon« , elle écrivait ceci :

    « Un jour, elles – ces lettres, donc – se lèvent d’entre les morts. C’est le cas des lettres de mon père, un cas de résurrection – après Dépositon du corps mort au tombeau – totalement imprévisible. Un jour on racontera peut-être l’histoire de ces six cent otages – sic – des forces de l’oubli et du sacré qui se sont affrontées à leur sujet : elles auraient pu ne jamais être sauvées. Quelqu’un, mais qui ? quel gardien ? les aura ultimement épargnées mais pour quelles raisons ? On ne saura jamais, maintenant que mon frère – Pierre – est mort« ...  – , ma mère, la légitime destinataire encore en vie – alors, en 1997 – , ça ne l’intéressait pas, bien au contraire, c’était loin, c’était plus loin que le passé – dont elle désirait, déjà, et de toutes ss forces, très activement se détourner, elle la pragmatique et survivante-résiliente… – , pourquoi ces lettres aux ailes palpitantes comme des oiseaux avaient-elles été relâchées – voilà ! – par mon frère – Pierre Cixous (Oran, 11 novembre 1938 – Pessac, 6 septembre 2023) – qui les gardait en otages – voilà, c’est dit ici !  – , pourquoi ce jour-là, pourquoi ni avant ni après, sans aucun motif discernable, pourquoi en 1997 – voilà, voilà ! Lire ou relire aussi, à leur propos et plus de précisions, le précédent (paru en 1997) et décisif, déjà, « Or. Les Lettres de mon père » d’Hélène Cixous… – sans explication, où auraient-elles séjourné, qui les avait rassemblées en un seul gros volume dans une commune incarcération, et sans doute après 1948, sans doute ou peut-être, par leur destinataire – Ève -, comme on enterre le corps d’un héros pour l’oublier, pour ne pas l’oublier pour le lancer enfermé dans un coffre – pour ne surtout pas les relire – sur les flots du Léthé – le fleuve de l’Oubli : supposé définitif ! – , c’était incompréhensible, on ne saura jamais, avec le temps l’énigme s’accumule, cela fait trente ans que ces lettres ont fait apparition – en 1997, donc, avant cette re-lecture-retrouvaille-ci de 2023 ou 2024… – , entre-temps tous les témoins sont morts – en 2013, Ève, sa mère ; en 2023, Pierre, son frère – , aucun n’a répondu, du moins je ne m’en souviens pas

    ces lettres étaient (probablement) en disparition depuis cinquante ans – 1948 – en transit, en incertitude, à la merci des dieux et personne ne cheminait à leur recherche

    Ou que le sort décide de vomir les naufragées sur une côte d’une de ces îles prévues par Shakespeare – La Tempête – ou Defoe – Robinson Crusoe – pour recueillir les indésirées de la mémoire – qui essayait de les refouler…

    Ou que cette aventure extraordinaire – de divers concours enchevêtrés et raboutés de circonstances – ait été écrite dans ma biographie par le Destin s’il existe. Si j’avais su – Hélène l’avait ainsi ignoré jusqu’alors ! – que j’étais la fille d’un poète au secret ? – voilà enfin le principal : ce qui constitue la découverte, ou plutôt la re-découverte, narrée en ce nouveau Livre-ci ! Lui-même était innocent« 

    …

    Et, pages 20-21, encore ceci, en forme d’explicitation supplémentaire, intitulé « Surprises » :

    « Journal 12-2-2024. Comment je suis tombée amoureuse de Georges alias Jorge en lisant ses lettres (comme si elles m’étaient adressées) à sa fiancée, où se découvre dans le secret amoureux la douceur joyeuse de créer, par l’imagination, une vie, et jusqu’à la vieillesse, avec une associée en qui cette âme, pure et noble, peut mettre toute sa confiance. La beauté tendre et originale du jeune homme, il promène sa rêverie dans les jardins d’Algérie, il y fait mille rêves. Son existence active, citoyenne, investie dans le cours de l’Histoire. Bientôt la fin du monde. Il observe les manifs antifascistes, 1935, les grondements des Croix-de-feu (…), se déclare athée, rejette les rites vides hypocrites ; lit Proust et La Montagne magique, décrit les phrases aux rythmes et qualités différents. Sa mère ne veut pas qu’il se marie avant que sa sœur Déborah – Oran, 17 février 1906  – Cachan, 27 août 1996  – ait trouvé un mari – elle n’en trouvera pas – , il fait les plans de son cabinet – médical – idéal, refait dix fois sa thèse – de médecine, sur la tuberculose – , parle bien l’espagnol, écrit tous les jours à sa fiancée, se promène dans la  campagne, dans la montagne, a des flirts éphémères qui n’engagent pas toute la vie, est romantique et parfois mélancolique, écrit tous les jours, ne peut pas ne pas écrire tous les jours – lui, déjà, comme Hélène – , comme s’il s’envoyait des lettres à lui-même. (…) Pense vivre jusqu’à la vieillesse heureuse où on goûtera le bonheur de se remémorer des temps de jeunesse espérante. Affirme croire au bonheur. Défie l’Enfer à venir Il n’aura jamais connu ma mère » – qui ne naîtra à elle-même, vraiment, après son veuvage, qu’en devenant, femme très pragmatique et formidablement résiliente (jusqu’à ses 103 ans), sage-femme à Alger… 

    …

    Et c’était bien cette réparation mémorielle-là de la vraie figure – poétique – de son père Georges Cixous qu’Hélène Cixous, fabuleuse lectrice (et interlocutrice), devait impérativement absolument, et maintenant quasi in extremis de sa vie à elle, à son père bien trop tôt disparu, le 12 février 1948 : « un poète au secret« , et « lui-même innocent » de cela…

    …

    3) Troisième quart-ingrédient du gâteau quatre-quarts :

    ce que je qualifie de « 3) l’accueil-essai de saisie à la volée de miraculeux rêves nocturnes de conversations poursuivies ainsi avec quelques chers disparus, récents ou lointains, revenant très présents en son sommeil lui parler« .

    …

    Ici il s’agit des très nombreuses passionnantes conversations, immanquablement pleines de surprises (et humour) avec des éloignés et surtout disparus avec lesquels Hélène Cixous a la miraculeuse joie de pouvoir s’entretenir encore un peu, en ses rêves nocturnes, puis son Rêvoir, quand elle réussit à en saisir au vol, à son réveil, quelques bribes, les recueillir tant bien que mal alors, et les noter bien vite sur papier, afin d’en retenir et préserver quelque chose de leur infiniment précieux miel…

    Et tout particulèrement les irremplaçables conversations oniriques entretenues, surtout après le décès de celui-ci, avec son frère Pierre, depuis que celui-ci vient de décéder à Pessac – Haut-Lévêque ? Xavier-Arnozan ? – le 6 septembre 2023…

    Ce frère bordelais-lormontais qui lui avait jadis intimé l’ordre – vers la fin des années 90, ou début des années 2000 : Hélène nous l’avait narré dans un des précédents volumes de sa très riche constellation… – de cesser à jamais de parler de lui en ses Livres…

    Et c’est cette situation-là, indurée, qui faisait qu’Hélène ne fréquentait semblait-il guère, depuis Arcachon, l’agglomération de Bordeaux : elle me l’avait confié quand je lui proposais de venir présenter chez Mollat à Bordeaux ses livres, il me semble qu’il s’agissait pour lors de « Défions l’augure », paru en 2018.

    Et c’est seulement le 23 mai 2019 qu’Hélène viendra à Bordeaux s’entretenir avec moi à la Station Ausone de la librairie Mollat – son frère l’avait-il su ? ou pas ?, je l’ignore – pour échanger sur l’écriture de son opus suivant, « 1938 – nuits » : un entretien fabuleux, dont voici un lien à l’extraordinaire vidéo. 

    Sinon, s’imposent à la lecture et flamboient les très nombreuses mentions-apparitions de Pete son frère en ce Livre-ci  « Ce qui n’était jamais arrivé« ,

    _ aux pages 19-20-21 de la première partie intitulée « Réveille-toi« ,

    _ aux pages 87-96-99-101 de la deuxième partie intitulée « Mes vies avec la tuberculose » – page 96, par exemple, je relève de très notable ceci : « N’avais-je pas obéi à l’ordre que m’avait donné Pete mon frère de ne jamais parler de lui, jamais admettre, approcher, nommer Pete mon frère, sa vie, son existence, ses opinions, enfin de l’inexister absolument ? Et donc de le renier, de l’assassiner, de l’effacer avec une gomme. N’avais-je pas renoncé au droit à désobéir, obéissant par là à une malheureuse lâcheté ?« … – ,

    _ aux pages 103-106-107-108-109-112-121-122-127-129-130-133-137138 de la troisième partie intitulée « Faute de Frère » – page 130, je relève ceci : « l’an 23 : l’an de la mort pour Pierre, monfrère, Pete, est l’an de ma résurrection totalement inattendue, le triomphe de l’inespéré Mais qu’est-ce que ça veut dire « mort » ? Ma maison d’écriture est pleine d’immortels » ; et page 137 : « Depuis qu’il est parti mon frère n’arrête pas d’arriver (…) _ je le sens, je le perçois, il participe (…) Je suis contente, je suis rassurée, il n’arrête pas d’arriver « …  – ;

    _ et aux pages 156-158-160-162-163-164-166-167-168-169-170-171- 174-175 et 176 de la quatrième partie intitulée « Si c’était mon dernier livre«  – pages 165-166, je relève ceci : « Samedi 4 mai 24 Pete meurt, dit H. Pete est en mourance dans mon for intérieur depuis le début de l’année. Depuis le début. Pete se lève ou se couche tous les matins, à peine je sors du sommeil, il est là, il m’attend derrière son silence, il lance sa phrase « Hélène, tu es dans les parages ? », sa voix chantante, mélodieuse, tâtonne, je goûte sa voix comme je goûte les premières notes des oiseaux du matin. (…) Souvent nous nous « parlons » _ seulement par sons. Je sonne : Pete !? ça sonne comme un mi, c’est la note fraîche du chant de mon frère. Je lance : Pete ! Ça sonne comme : j’ai faim. Je dis. J’ai faim, et les sons me nourrissent. Ils vivent, me répondent, je sens mon frère dans le vaste volume vide. Cette vibration qui violonne dans la vapeur d’air, elle est toujours vivante, je la cueille, je veux dire je l’accueille, je la ranime Tous les matins presque, comme on allume la lampe de chevet, je fais le numéro de mon frère. Jadis longtemps je faisais le numéro de mon père (…) et Il répondait :  » – ,

    mais aussi, et surtout, page 171, une page terrible (et très volontairement elliptique) intitulée « Démonstration« , que voici :

    « Pour tuer l’enfant

    Prendre un poupon silencieux

    Allonger le bébé sur une couche

    Lui passer les jambes dans un sac de coton blanc (enfiler)

    Pour quoi faire ?

    Comme ça il ne s’agitera pas au moment de la pendaison

    Cela me cause un malaise

    L’opératrice a le geste calme. On voit qu’elle a appris l’exercice

    Mais d’un coup je tressaille (violemment) :

    Elle passe sur le haut du corps nu (le bébé était tout nu)

    Un sachet blanc. Le mot : sachet

    L’enfant est maintenant privé de toute perception

    Un frisson d’horreur me prend

    Je ne dis rien. Je n’ai rien dit

    Pitié. Chagrin

    Il était condamné. Il n’y a plus qu’à le pendre 

    Pete y est »

    et à propos de laquelle page terrible je me permets de renvoyer ici à mon article « Pour pause : lecture ce jour du terrible « Le Jour où je n’étais pas là » (paru en 2000)« , en date du 28 décembre 2021…

    à quelques majeures expressions près, ce sont surtout l’expression de plaintes ou d’appels soit de la part de Pierre décédé, soit d’Hélène qui lui survit et désire tant recommencer à lui parler…  

    …

    4) Quatrième et final ingrédient-quart de ce qui est au final le Livre :

    ce que je qualifie de « 4) l’imageance ludique formidablement festive du pâtissage voluptueusement jouissif de l’écriture terminale, lequel vient soudain menacer de venir trop prochainement, et à terme, s’interrompre, échapper et bien cruellement faire défaut : manquer…« .

    …

    Pas d’exemple particulier à élire en priorité de ma part ici : chaque page, chaque ligne, ainsi que maints mots, faisant preuve d’une merveilleuse captivante inventivité verbale, jamais gratuite, mais toujours absolument juste, à dominante d’humour tragique… Et c’est bien sûr le principal !

    Et Hélène ne manque d’ailleurs pas de le souligner en un bref passage tout à la fin du Livre, page 174 : « Le sujet principal, l’âme du Texte c’est écrire. Le but, l’objet : l’écriture, j’écris l’écriture  « …

    Parce que c’est par et grâce à l’écriture que l’âme est en mesure d’accéder, poïétiquement, à une expression d’elle-même et de son rapport passager au monde, peut-être un peu plus consistante… C’est, du moins, sinon la seule, une des ses voies offertes d’effectuation, pour quelques uns…

    …

    L’enjeu, donc, de cette option très assumée par l’autrice (« Ce texte n’est pas un récit ni un journal« ) d’un abord du réel par un biais de langage d’imageance en partie poétique et fictionnel, c’est de creuser un pas plus loin et un peu plus profond, par ce choix ouvert de l’imageance festive et même jubilatoire, sa très fine compréhension de l’infinie complexité, mais pas absurde ni menteuse, du réel, sans cesse appréhendé ainsi, et surtout affronté, jamais fui…

    Et au lecteur, par sa lecture, de jouissivement l’accompagner et la suivre en cette conquête sienne, à jamais poursuivie « tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , de l’intelligence des choses et de soi, en son écriture grande ouverte au grand air – d’Arcachon – , aux grands vents de l’Atlantique – en sa maison d’écriture des Abatilles…

    …

    Soit offrant un somptueusement jouissif jeu constant de défi de décryptage au lecteur, incité-provoqué à un dialogue permanent, et renouvelé, infiniment riche, avec ces si lumineux Livres à jouer sur ce qui fait vraiment l’essentiel des vies…

    …

    Et je réserve à quelques autres articles à venir la suite du détail des approches miennes de ce décryptage de chacun de ces quatre quarts subtils et passionnants, composant la sublimissime méthode pâtissière d’écriture Cixous…

    …

    …

    Ce vendredi 10 octobre 2025 – 44e anniversaire de ma fille Ève Lippa, lumineuse artiste plasticienne – , Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Retour (et approfondissement de quelques micro-détails découverts, à la relecture, cruciaux) sur ma lecture en mon article « Retour à Rome (et retour de Rome) » des périples de la narratrice du profond et subtil « Sous ma carapace » de Lisa Ginzburg. Ou Lisa digne petite-fille de Carlo. Induration, Clinamen, Kairos, et pouvoir de liberté… (Suite II)…

    En relisant mon article du 28 avril dernier « « ,

    je m’avise qu’il me faut revenir me pencher d’un peu plus près sur certains micro-détails _ ceux si chers à l’analyse des singularités qu’a su si magnifiquement exercer Carlo Ginzburg, le grand-père paternel de Lisa, en son oeuvre si fine (cf par exemple sonindispensable « Un seul témoin«  ou son « Le fil et les traces« , parus en traduction française respectivement en 2007 et 2010)… _, infiniment discrets, tant l’écriture est fine et subtile, du texte si riche et si subtil et profond du « Sous ma carapace » de Lisa Ginzburg.

    …

    …

    Je vais donc ici tout simplement compléter un peu _ tout travail de lecture – re-lecture pouvant potentiellement aller à l’infini… _ les brefs commentaires-remarques de la lecture de mon article de ce 28 avril dernier, que je vais tout simplement reprendre, en m’attachant à mieus lire et décrypter de nouveaux importants micro-détails discrets, fins, subtils, que j’avais laissés échapper à mon attention décrypteuse, et que je vais, donc, humblement _  forcément _ tâcher d’un peu mieux pénétrer, éclairer, mettre au jour…

    …

    …

    Voici donc cette reprise…

    …

    …

    En continuation-poursuite de mon article d’hier « « ,

    …

    voici, ce vendredi 28 avril, quelques remarques sur les biens intéressants périples romains de la narratrice _ Maddalena Cavallari, Maddi _ du prenant et troublant subtil très beau roman-récit « Sous ma carapace » (« Cara pace« ) de Lisa Ginzburg _ à partir de quelles données, peut-être autobiographiques, a-t-il été créé ?.. Lisa Ginzburg est fille des historiens très remarquables que sont Carlo Ginzburg et Anna Rossi-Doria.

    …

    …

    Ce qui m’importe aujourd’hui,

    c’est d’abord de compléter les citations que j’avais rapportées hier encadrant le récit du roman « Sous ma carapace« , de la page 13 à la page 245,

    afin de mieux mettre en avant l’élément décisif qu’en est le va-et-vient un peu difficile _ d’abord un peu longtemps mental (et in fine obsédant…), puis finalement bien effectif ! _ de la narratrice, principalement entre son présent (du récit) à Paris, et son passé (d’enfance et adolescence blessée par la séparation de ses parents, Seb-Sebastiano et Gloria, et l’éloignement d’eux deux qui s’en est durablement suivi pour elle-même, Maddi-Maddalena, et sa petite sœur, Nina) à Rome, où elle, Maddalena, la narratrice de ce récit ardent et contenu, décide de se rendre _ c’est là la toute première phrase du récit, à la page 13 _,

    et d’où elle vient, Maddalena, une semaine plus tard, de revenir chez elle et son mari Pierre et ses enfants Val-Valentina et Sam-Samuel, à Paris _ aux pages 242 à 245 du tout dernier chapitre.

    …

    Le retour, décisif dans l’intrigue _ même si le récit en est réalisé avec infiniment de pudeur, discrétion et même délicatesse _, à Rome, s’étant, lui, déroulé entretemps _ le récit rétrospectif de ce décisif séjour romain d’une semaine nous étant donné par la narratrice aux pages 229 à 241 ; alors qu’aux pages 227-228, elle vient juste de déclarer, au final de ce chapitre encore « parisien » (avant son départ pour Rome), ceci _ :

    « Les destinations pourraient être multiples _ il s’agit ainsi, pour Maddalena, d’abord de prendre de la distance, au départ peut-être quelconque, avec son ici (Paris) et maintenant (la paisible carapace de sa vie de famille auprès de son mari, Pierre, et de ses enfants Val-Valentina et Sam-Samuel… _, mais seule Rome m’obsède à présent _ voilà ! Revoir la ville qui est _ profondément et même consubstantiellement _ la mienne et celle de Nina _ sa sœur cadette : elles n’ont que quatorze mois de différence et demeurent très étroitement et à jamais  liées… _, avoir l’illusion pendant quelques jours de recomposer une mosaïque _ ancienne _ dont les tessons se sont presque perdus dans ma mémoire aussi. Suturer une plaie _ surtout _ impossible à recoudre : Gloria _ leur mère maintenant décédée _ n’est plus là, le paquet de cartes s’est envolé, toutes les parties sont perdues. Des pensées de ce genre me traversent ce samedi matin _ qu’une nuit sépare probablement de la décision prise la veille au soir, à moins que ce ne soit, plutôt, bien davantage… ; cf le tout début du récit, à la page 13 _, alors que, restée seule à la maison, j’allume mon ordinateur et me décide enfin _ ce fut donc difficile d’oser franchir enfin ce pas… _ : j’achète un billet d’avion pour Rome« .

    …

    …

    Et je reprends ici les citations de mon article d’hier :

    …

    …

    De la première phrase, page 13 : « Je décide que je dois absolument aller à Rome. Je prends la décision un soir, en me démaquillant _ un détail dès le départ très significatif : le maquillage, de même que la vêture (Gloria, la mère de Maddalena et Nina; concevait ainsi elle aussi sa façon de se vêtir-parer quand elle officiait, Via Borgognona, à Rome, pour Gucci), est une composante de la carapace qui aide à obtenir une certaine paix de la part des autres… Et ce n’est pas non plus pour rien que la seule amie authentique (et détachée) que Maddalena ait durablement à Paris, soit Leila, de profession maquilleuse, mais aussi très experte en démaquillage et en pratique d’une sereine vérité… Pierre est déjà couché…« ,

    …

    à, page 244, « Ce qui m’est arrivé à Rome, il faut que je le raconte à quelqu’un. Partager : nommer l’événement avant qu’il ne se congèle dans mon imagination sous forme de fantôme _ qui revienne méchamment (me) hanter. Le garder pour moi, protégé par ma carapace – cara pace, je n’y arrive pas. Ça ne m’est tout simplement pas possible » _ voilà ! en une fonction en quelque sorte cathartique du récit (parlé ou écrit) à rebours des refoulements dans l’Inconscient...

    …

    et surtout, mais avant de poursuivre ma citation, d’à peine 15 lignes plus loin, empruntée à la page finale, page 145,

    je tiens cette fois, aujourd’hui, à citer in extenso, le passage qui précédait ma citation finale d’hier, que je reprendrai plus loin, à sa juste place.

    …

    …

    Voici donc en quelque sorte rétabli ici le passage que j’avais shunté hier :

    …

    « À mon retour de Rome, je suis entrée dans la maison en même temps que Pierre _ son mari _, qui était venu me chercher à l’aéroport, depuis la porte, les enfants ont accouru à ma rencontre. Sam _ son fils, Samuel _ m’a regardée fixement, un long regard inquisiteur — comme s’il avait tout vu _ ce qui s’était passé à Rome. Et le lendemain, je jouais du piano avant le dîner, le second mouvement du Nocturne opus 9 de Chopin _ et je l’écoute interprété magnifiquement par Nelson Goerner, dans le double CD Alpha 359 _ avec lequel je me bats ces derniers temps sans grands résultats, et de nouveau je me suis aperçue que mon fils me regardait, il attendait de moi une réponse _ quant au sens du voyage de sa mère à Rome et de ce qui ressentait en résulter chez elle… Mais tout cela affleure vraiment à peine dans le récit si délicat et subtil que sait en donner si magnifiquement Lisa Ginzburg… Mon fils qui a quelques années — trop peu — de moins que Tommy _ le jeune romain.

    Leïla _ la seule amie à Paris, et confidente, de Madeleine _ écoutera mon récit, peut-être qu’elle essuiera mes larmes parce qu’elle est mon amie et qu’elle sait faire ça _ elle qui est maquilleuse de profession. Je ne crois pas qu’elle formulera de jugement, ni qu’elle donnera de conseils. D’ailleurs

    _ et c’est précisément ici que je reprends le fil de ce que j’ai cité hier !!! _

    il n’y a rien à commenter, ni à conseiller _ de la part de quelque interlocuteur que ce soit…  Juste attendre que ça passe _ l’ébranlement de l’événement imprévu survenu (avec le jeune Tommy) à Rome, et maintenant ses éventuelles répliques mal prévisibles, ouvertes, à venir… Chère paix, carapace.

    À la fin de notre coup de fil _ à Nina, la sœur (qui vit avec son époux Brian O’ Brien, à Brooklyn) de la narratrice, qui vit, elle, avec sa famille, à Paris, dans le 17e arrondissement _, ce que j’étais sur le point de demander à Nina, c’était si elle voudrait bien m’héberger _ chez elle et son mari _ à Brooklyn quelque temps.

    Partir, seule _ sans son mari Pierre (diplomate à l’Unesco) et ses enfants Val (Valentina) et Sam (Samuel) _, prendre des distances _ voilà. Mettre de l’espace, du silence, retrouver la clé, le sens _ dérangeant _ de cette rencontre imprévue _ à Rome, au parc aimé de la Villa Pamphili, avec Tommy… _ qui m’a choisie et atteinte comme un rayon de lumière _ qui à la fois éclaire et éblouit, et cela dans toute la diversité des significations possibles de cette expression, « rayon de lumière«  ; qui personnellement m’évoque la transverbération de la Sainte Thérèse d’Avila du Bernin, de la chapelle Cornaro à l’église Santa Maria de la Vittoria, à Rome… Mais rien de cette référence-là, bien sûr, dans le récit de Lisa Ginzburg… Maddalena veut prendre du recul… Et tout va rester ouvert au final…

    Confier à Nina, à sa chaleureuse hospitalité d’âme désordonnée et de sœur, une histoire dont il aurait été plus normal _ vus l’histoire passée et le tempérament personnel induré jusqu’ici de Nina… _ qu’elle lui arrivât à elle, et qui au contraire m’est arrivée à moi.

    Un événement qui n’appartient qu’à moi, mais pourrait être à Nina, et s’il devient aussi le sien, c’est grâce à cette intime indistinction qui nous lie _ depuis la brutale séparation (puis le consécutif éloignement d’elles deux, encore bien jeunes, âgées alors de 9 et 8 ans seulement…) de leurs parents, Sebastiano Cavallari et Gloria Recabo _, ce fil invisible que rien n’a jamais pu rompre.

    Je vais lui demander si elle peut m’accueillir à New-York, quelque temps, chez eux : mais pas aujourd’hui _ pas tout de suite, du moins : Maddalena a toujours grand soin (c’est là son tempérament induré, ainsi que son histoire personnelle, même si survient ici un bougé…) de prendre du recul face à tout ce qui lui survient. Une autre fois. Demain peut-être. » 

    …

    …

    L’idée de « retourner » à la Rome de son enfance et adolescence _ durablement blessées, avec recherche de protection (et paix) en sa carapace indurée… _ est évoquée à 20 reprises dans le récit de la narratrice, de la page 13 à la page 228 :

    …

    aux pages 13 (« Je décide que je dois absolument aller à Rome« ), 14 (« Je suis rarement allée à Rome ces dernières années, et toujours pour des occasions d’une importance « capitale ». Avec Nina, pour les obsèques de notre mère« ), 15 (« Dans ma tête, cependant, Rome reste un endroit problématique : un enchevêtrement de souvenirs sur lesquels, par un instict naturel d’autoprotection, j’évite de trop m’attarder » et « Mais voilà, c’est décidé, pas le moindre doute ce soir. Je dois aller à Rome« ), 24 (« Pour l’instant, je n’ai pas la moindre envie de parler de mon éventuel voyage à Rome, ni à Pierre, ni aux enfants. Il faut d’abord que l’idée mûrisse, qu’elle prenne dans ma tête une forme suffisamment nette pour que je puisse la communiquer de façon adéquate. J’imagine un séjour bref, une semaine maximum. Ce sera la première fois que je pars seule. (…) J’hésite, je m’enferre dans es propres questionnements« ), 29 (« je suis en train de me demander si je dois aller à Rome ou pas« ), 40 et 41 (« Si j’éprouve un si fort besoin de retourner à Rome, c’est pour revoir les lieux, certains en particulier. (…) Mon désir de partir est survenu à l’improviste ; pourquoi justement maintenant et avec une telle urgence, je ne saurais le dire. Assurément c’est un vrai désir, net, qui se détache sur mes pensées comme une silhouette détournée sur une photo où le reste des détails est flou. Maintenant que Gloria est morte, maintenant qu’elle nous a abandonnées d’un coup et cette fois pour de bon, notre enfance explosée risque de s’effacer ; les preuves tangibles font défaut (…) Aller à Rome, c’est garder vivants les souvenirs, empêcher qu’ils ne s’estompent« ), 80 (2 fois: « Je retournerai chez Giolitti, si je vais à Rome. C’est un endroit que j’affectionne car j’y ai des souvenirs » et « Je me retrouverai à Rome, et les lieux seront différents de ce qu’ils sont dans mes souvenirs, plus banals, dépouillés, moins évocateurs qu’ils ne le sont dans ma mémoire ; (…) pourtant, y penser me réconforte et m’émeut. Pouvoir y revenir et m’y arrêter, à l’écoute des battements du temps« ), 99 (« Un autre endroit où je veux retourner si je vais à Rome, c’est le parc de Villa Pamphili, ce circuit où nous allions nous entraîner avec Mylène« ), 128 (« Je retournerai via Borgognona, à Rome. (…) Pendant des années Gloria s’y est rendue chaque jour« ), 171 (« Aujourd’hui que je désire y retourner pour un séjour, Rome me manque pour la première fois depuis que j’en suis partie. Nostalgie neuve, inconnue. Jusqu’à présent, la ville m’avait semblé être un chapitre révolu, un tressaillement terminé du passé. Maintenant, j’ai hâte de la revoir, je suis impatiente de renouer un pacte avec elle. J’habite à Paris depuis plus de vingt ans, sans avoir jamais réussi à me sentir parisienne. (…) D’ailleurs, s’expatrier dans mon cas n’a pas été un désir : plutôt une nécessité du cœur, un besoin spontané de rejoindre Pierre, de partager sa vie« ), 200 (« Pierre comprendra si je lui fais part de mon idée d’aller passer quelques jours à Rome toute seule ; il comprend toujours« ), 224 (« me demandant si je dois ou non faire mon voyage à Rome« ), 225 (« Je pense partir quelques jours, Pierre. Je ne suis pas allée à Rome depuis les funérailles de ma mère. J’ai besoin de revoir ma ville, elle me manque« ), 226 (« Quelle drôle d’idée, ma chérie. Qu’est-ce que tu pourrais bien trouver à Rome que tu ne connaisses déjà ? Mais vas-y, bien sûr, si tu en éprouves le besoin. Je m’occuperai des enfants, comme ça tu partiras plus tranquille« ), 227 (« Les funérailles _ de Gloria _ à Prima Porta  (…). Notre effroi à nous ses filles, pas du tout préparées au coup violent de cet événement inattendu. Tout avait été rapide, aussi sacrément rapide qu’il avait été, ensuite, difficile et long de le digérer. Pour cela aussi, le besoin de partir, de revoir Rome. Réinventer la conclusion posthume d’un parcours qui s’est terminé de façon traumatisante car trop brutale » et « Seule Rome m’obsède à présent. Revoir la ville qui est la mienne et celle de Nina, avoir l’illusion pendant quelques jours de recomposer une mosaïque dont les tessons se sont presque perdus dans ma mémoire aussi. Suturer une plaie impossible à recoudre« ) et 228 (« Des pensées de ce genre me traversent ce samedi matin, alors que, restée seule à la maison, j’allume mon ordinateur et me décide enfin : j’achète un billet d’avion pour Rome« ).

    …

    …

    La présence à Rome de la narratrice lors de son « retour » d’une semaine, apparaît nommée à 8 reprises dans son récit rétrospectif « romain« , de la page 229 à la page 241 :

    …

    aux pages 230 (« J’aimerais bien revoir Marcos à Rome. (…) Mais Marcos n’est pas là, il est en Argentine« ), 232 (« À Rome ? » et « Mais qu’est-ce que tu fais à Rome, Maddalena ? Il est stupéfait, Seba, très surpris »), 233 (« Et ta sœur, elle en dit quoi, que tu sois venue à Rome comme ça, sans mari et sans elle ?« ), 234 (« Il est évident que tu en avais besoin, si le fait d’être à Rome te fait autant de bien que tu le dis, mon amour, me dit Pierre lorsque, rentrée tard le soir à l’hôtel, je l’appelle enfin. J’entends sa belle voix claire, vibrante »), 235 (« Devant celle qui était notre maison, en levant les yeux je parviens à voir l’angle de notre balcon. Je souris, libérée et nostalgique. Ces états d’âme, je les recherche depuis des semaines, depuis qu’à Paris je me suis mis en tête de vouloir aller à Rome. Le voilà le sens de mon petit pèlerinage : cette tristesse libre« ), 236 (« Je ne vis pas ici ; je suis en visite à Rome, comme touriste… mais pas une touriste par hasard« ) et 239 (« Peut-être que tu vas revenir à Rome et tu viendras chez moi, à la maison dans la journée il n’y a jamais personne« ).

    …

    …

    Et le souvenir de ce séjour « romain » et la nécessité de le « rapporter » à un interlocuteur _ ou lecteur _ qui le reçoive, est mentionné à 3 reprises dans le chapitre conclusif, « parisien« , qui va de la page 242 à la page 245 :

    …

    aux pages 243 (« Le magnolia de la cour est en fleur, ça a dû se passer pendant que j’étais à Rome« ), 244 (« Ce qui m’est arrivé à Rome, il faut que je le raconte à quelqu’un. Partager : nommer l’événement avant qu’il ne se congèle dans mon imagination sous forme de fantôme« ) et encore 244 (« À mon retour de Rome (…), Sam m’a regardée fixement, un long regard inquisiteur — comme s’il avait tout vu« ).

    …

    …

    L’étrange et surprenant, c’est l’échange final des comportements entre les deux membres de ce très lié _ presque imbriqué _ couple sororal , Madeleine et Nina, qui survient en ce « retour à Rome » de Madeleine,

    de même, aussi, que dans la décision _ parallèle, à Brooklyn _ du double renoncement _ définitif, provisoire ?.. Mais pour Nina aussi, comme pour Maddi, tout reste ouvert au final : « pas aujourd’hui. Une autre fois. Demain peut-être« … _ de Nina de quitter son mari Brian, à New-York, et de « retourner à Rome« , comme elle l’avait envisagé, disait-elle à sa sœur (« je pense rentrer à Rome, j’y pense vraiment« , tel que le citait la narratrice, Madeleine, à la page 104 du récit ;

    avec le complément, aussi, de cette réflexion, alors, à ce moment, de Madeleine :

    « Pour moi, les géographies sont des choix inébranlables, pour Nina, des transits provisoires, des hypothèses prêtes à se muer en d’autres accostages _ ici, et pour Nina, de New-York-Brooklyn à Rome, par exemple _, en de nouveaux ancrages temporaires« …) _ mais y a t-il vraiment du définitif et du complètement solidifié pour Maddi elle-même ?..

    …

    Même si, et c’est capital, le final du récit demeure, lui, ouvert :

    « Je _ Madeleine _ vais lui _ Nina _ demander si elle peut m’accueillir à New-York, quelque temps, chez eux : mais pas aujourd’hui. Une autre fois. Demain peut-être« …

    …

    …

    Ainsi la carapace protectrice-défensive indurée de Maddi-Madeleine s’est-elle finalement un peu entrouverte, à Rome…

    ……

    Quant à Nina, et toujours en ce même dernier chapitre, et  à la page 243, voici ce qu’elle confie à ce même moment, au téléphone, depuis Brooklyn, à sa sœur Maddi :

    …

    « Il y a des trains _ ou Kairos… _ qui ne passent pas souvent dans une vie : il s’agit de savoir ne pas les rater. (…) Des arguments qui m’ont convaincue d’essayer encore _ voilà _ avec Brian. Ce n’est pas le moment de lâcher. Après tellement de temps ensemble, je dois essayer de ne pas tout envoyer balader, tenter, au moins… » _ et tel est ici le bougé qui advient maintenant dans le devenir personnel, aussi, de Nina… Nulle histoire n’est jamais complètement prédéterminée par les indurations du passé… Nous retrouvons ici le sens de ce qu’est au plus profond la liberté pour Spinoza, de même que ce que vient offrir le bougé du clinamen de Lucrèce ; ou encore la croisée de Kairos…

    …

    …

    Si les chapitres du roman ne comportent pas de titres,

    le récit se trouve partagé en 4 grandes parties, de longueurs assez inégales, et aux intitulés assez parlants :

    …

    1) « Les courants » _ affectifs et pulsionnels, basiques pour la formation des personnalités… _ (pages 13 à 89)

    2) « Les additions » _ de liens inter-personnels, avec leurs poids et indurations… _ (page 93 à 190)

    3) « Les départs » _ d’abord géographiques : pour Paris et pour New-York… _ (page 193 à 212)

    et 4) « Occasions » _ au pluriel, mais sans article ! Ou la croisée cruciale de Kairos... _ (page 215 à 245)

    …

    …

    Et en voici le résumé :

    …

    Maddalena et Nina grandissent dans une famille dysfonctionnelle : leur mère _ Gloria Recabo, argentine vivant à Rome _ a quitté le domicile pour s’enfuir avec son amant _ Marcos, argentin, lui aussi _ tandis que le père _ Sebastiano Cavallari, Seb, romain des Castelli (à Genzano)… _ est obnubilé par son travail _ de photographe de mariages _ et incapable d’assumer ses responsabilités. Suite à une décision de justice, elles vivent seules dans une maison à Rome _  située à proximité du splendide parc verdoyant de la Villa Doria-Pamphili, dans le quartier de Monteverde _ sous la surveillance d’une gouvernante _ française, Mylène Roussel. Maddalena et Nina développent une relation fusionnelle.

    …

    ainsi que la 4e de couverture :

    …

    Que reste-t-il du lien que deux sœurs ont su tisser au milieu de l’enfance explosée, quand leurs parents se séparèrent et s’absentèrent ? Ce lien est celui de Maddi et Nina, la cadette, sœur intense, sœur jaillissante. Au côté de l’écorchée vive, Maddi a su se faire une carapace d’intelligence pour se retirer et observer _ telle sa petite tortue _ la vie sans jamais trop s’y exposer.

    Mais, longtemps après, lorsqu’elle décide de laisser un temps _ une petite semaine de « vacances romaines« … _ sa maison parisienne, ses deux enfants _ Valentina-Val, et Samuel-Sam _ et son couple forteresse-tendresse _ qu’elle forme avec son cher mari à la « belle voix claire et vibrante«  Pierre, diplomate à l’Unesco _, pour revenir sur les lieux de son enfance, Maddi sent que sa carapace se fendille et qu’un équilibre _ de paix lentement gagnée  _ menace de se rompre. Tout le passé resurgit, les lumières déchirantes de Rome, Mylène la gouvernante athlétique _ française, originaire de Nantes _, les espérances, les leçons, les duretés et ce lien avec Nina plus fort que l’amour.

    Que faire alors d’une carapace ? de deux ? Et les carapaces vieillissent-elles ? N’interdisent-elles pas les caresses ? Et puis, apportent-elles la paix ? _ cette paix qui n’est pas simplement l’absence de guerre, mais bien la concorde, l’union vraie et profonde des cœurs, comme nous l’apprend Spinoza…

    Parce qu’il est le roman des sœurs, Sous ma carapace est celui des femmes dans le temps des fidélités _ et rencontres : oui, c’est bien cela.

    Et fidélité au soi-même aussi : à découvrir peut-être, et en cherchant pas mal (sans rechercher cependant, surtout pas !), en apprenant à accueillir, plutôt même que saisir, au passage, seulement, tellement c’est fragile et délicat en la rareté de sa pure et si frêle beauté… Une grâce assez difficile, mais pas non plus impossible, à retenir, soigner, entretenir et cultiver…

    Le principal du secret de l’art de vivre une vie vraiment humaine heureuse étant bien là.

    …

    …

    Un livre passionnant, subtil et infiniment délicat

    d’une très belle et fine écriture (et traduction) !!!

    …

    …

    Ce vendredi 28 avril 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …

    …

    Relire _ et décrypter un peu : la vraie lecture est un dialogue entre le lecteur et l’auteur, un entretien infiniment ouvert quand le texte à lire est très riche… _ est fécond,

    surtout pour des textes en effet riches, subtils et mine de rien profonds, tel ce très beau « Sous ma carapace » de Lisa Ginzburg,

    digne petite-fille du génial et très éclairant Carlo, soucieux des singularités dans l’Histoire…

    …

    …

    Ce mardi 2 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le poids politique du choix du prénom officiel du roi ou de la reine (du Royaume Uni de Grande-Bretagne et Irlande du Nord) lors de son accession au trône : une confirmation de l’intuition de l’importance actuelle des prénoms « Stuart »…

    Hier dimanche 11 septembre,

    en mon article « « ,

    j’avais émis quelques hypothèses quant au choix des prénoms des princes lors de leur naissance,

    ainsi que quant au choix du prénom officiel que se donne, parfois différemment de son prénom jusqu’alors usuel, le nouveau roi ou la nouvelle reine, lors de son accession au trône,

    bien sûr dans ces deux cas pour des raisons circonstancielles de poids politique de telles décisions…

    …

    …

    Eh bien, ce lundi, je viens de recevoir une confirmation de mon intuition d’hier en entendant déclarer un journaliste bien informé _ je n’ai hélas pas retenu son nom ! _ à la télévision sur une chaîne d’informations en continu,

    que la reine Elizabeth II avait un jour émis elle-même un important regret :

    …

    bien sûr pas celui d’avoir été prénommée à sa naissance, le 21 avril 1926, par ses parents « Elizabeth Alexandra Mary » ; Elizabeth étant le prénom de sa mère _ d’origine écossaise _ Elizabeth Bowes-Lyon , Alexandra, celui de son arrière-grand-mère paternelle Alexandra de Danemark (Copenhague, 1er décembre 1844 – Sandringham, 20 novembre 1925), qui venait de décéder _ elle était l’épouse et veuve du roi Edouard VII _, et Mary, celui de sa grand-mère paternelle Mary de Teck (Kensington Palace, Londres, 26 mai 1867 – Malborough House, Londres, 24 mars 1953) _ l’épouse et reine consort du roi George V ; _ ;

    mais le regret de n’avoir pas choisi de changer de prénom officiel lors de son accession au trône, à la mort de son père, le roi George VI _ décédé le 6 février 1952 _, en vue de son couronnement alors à venir _ le 2 juin 1953 _ ;

    …

    ce prénom d’Elizabeth ne manquant pas de rappeler, certes une très grande reine, Elizabeth la première (1533 – 1603), mais aussi celle-là même qui avait fait décapiter, le 8 février 1587, son ancêtre Stuart _ à elle, à la treizième génération ; j’en ai donné le détail en mon article d’hier… _, la reine d’Écosse Marie Stuart (1542 – 1587)…

    …

    Le journaliste avait auparavant cité deux exemples de rois qui avaient décidé de prendre comme nom officiel de souverain,

    non pas leur premier prénom de naissance : ainsi le roi Edouard VII (Londres, palais de Buckingham, 9 novembre 1841 – ibidem, 6 mai 1910), prénommé, comme son père Albert de Saxe-Cobourg (Rosenau, 26 août 1819 – Windsor, 14 décembre 1861), Albert _ Edouard n’étant que le second prénom du roi Edouard VII… _ ;

    ni leur prénom usuel, ainsi le roi Edouard VIII (Richmond Park, 23 juin 1894 – Paris, 28 mai 1972), dont le prénom usuel était David _ en fait, il avait été baptisé Édouard Albert Christian George Andrew Patrick David, le 16 juillet 1894…

    …

    …

    Et poursuivant un peu plus avant cette piste de recherche,

    j’ai découvert que le père de la reine Elizabeth II, le roi George VI (Sandringham, 14 décembre 1895 – ibidem, 6 février 1952), né le jour anniversaire du décès du Prince Albert, l’époux de la reine Victoria, avait été baptisé Albert Frederick Arthur George ; et que toute sa vie jusqu’à son accession au trône, il était familièrement appelé « Bertie« . Mais sa grand-mère maternelle, la duchesse Mary de Teck _ Londres, 26 mai 1867 – Londres, 24 mars 1953, épouse, le 6 juillet 1893, du futur George V (Malborough House, Londres, 3 juin 1865 – Sandringham, 20 janvier 1936, baptisé George Frederick Ernest Albert, le 7 juillet 1865)… _, n’appréciait pas ce prénom, Albert, qu’avait reçu le nouveau-né, et elle écrivit prophétiquement qu’elle espérait que le dernier prénom, George, « puisse supplanter le moins favorisé » ;

    ce qui advint en effet à son avènement, à l’abdication du frère aîné de celui-ci, le roi _ éphémère, du 20 janvier 1936 au 11 décembre 1936, soit 10 mois et 21 jours… _ Edouard VIII, le 11 décembre 1936…

    …

    …

    Ainsi avais-je émis, en mon article «  » d’avant-hier,

    l’hypothèse qu’aux naissances de ses enfants, et tout particulièrement son premier-né, le 14 novembre 1948 ; mais aussi la seconde, le 15 août 1950, Elizabeth II leur avait choisi, en quelque sorte par fidélité-hommage à l’Écosse _ de sa lignée maternelle des Bowes-Lyon (et Glamis), ainsi que du cher château de Balmoral ; mais aussi à ses ancêtres Stuart (au premier rang desquels, bien sûr, la célébrissime infortunée Marie Stuart) _, des prénoms éminemment « Stuart » :

    tels que les prénoms Charles et Anne.

    …

    …

    Plus encore,

    j’ai pensé qu’au décès de sa mère la reine Elizabeth qui vient de survenir ce 8 septembre 2022,

    le prince de Galles Charles _ Philippe Arthur Georges _ a pris la décision, pour la succession de celle-ci sur le trône, d’assumer pleinement, lui, ce prénom « Stuart » donné par ses parents en tête de ses quatre prénoms à sa naissance le 14 novembre 1948, pour devenir pour l’Histoire le roi Charles III.

    …

    …

    Une décision d’un certain poids face aux incertitudes qui pèsent sur le devenir tel qu’il se présente du Royaume Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord…

    …

    …

    Le choix des prénoms, à la naissance d’un enfant, et davantage, forcément, à un avènement royal,

    revêt donc toujours une importance, qu’il est toujours intéressant de décrypter.

    …

    …

    Ce lundi 12 septembre 2022 _ jour de cérémonie à la cathédrale Saint-Gilles d’Edimbourg _,

    Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Quelques éléments à décrypter encore, parmi ceux dont témoigne la prolongation aux années 2015-2018 du Journal 2008-2014 de Jocelyne François

    Ma lecture-décryptage du 4ème volume du Journal de Jocelyne François (2008-2018) _ qui paraît ces jours aux Moments Littéraires, en un Hors Série n° 4… _,

    pâtit forcément incontestablement de mon ignorance actuelle des trois volumes précédents de ce Journal,

    initié en 1961 avec « Le Cahier vert, journal 1961-1989« , et poursuivi avec « Journal 1990-2000, une vie d’écrivain » et « Le Solstice d’hiver, journal 2001-2007 » ;

    tous parus au Mercure de France, successivement en 1990, 2001 et 2009.

    …

    Parce que le Journal _ en tant que genre, déjà _ n’indique pas nécessairement les moindres données biographiques aidant à _ ou permettant de _ identifier aisément, voire immédiatement, les personnes mentionnées au fil de la plume de son auteur ; personnes dont l’identité _ au moins contextuellement _ va immédiatement de soi au moins pour l’auteur même…

    …

    …

    Alors que c’est le très lâche abandon _ le 9 juillet 2014, comme le signale l’entrée du 16 novembre 2014, à la page 125 _, vécu, par l’auteur qu’est Jocelyne François, comme une très injuste traitrise de la part de son éditrice, de la publication du volume du Journal consacré aux entrées des années 2008 -2014, aux Éditions du Mercure de France, qui a entraîné, en quelque sorte de soi-même, contre bien sûr le gré de l’auteur, la poursuite, faute de publication des entrées de ces sept années allant de 2008 à 2014, d’un volume s’augmentant en quelque sorte de lui-même, des entrées de quatre années supplémentaires, les années 2015 à 2018 ;

    années marquées, et même gravement affectées, d’autre part, par diverses très graves maladies de l’auteur elle-même, ainsi que de sa compagne Claire _ elles se marient le 16 septembre 2015 à la mairie du Véme arrondissement à Paris (entrée du 19 novembre 2015, à la page 128) _ ;

    et surtout par le décès de Claire le 26 janvier 2017 (entrée du 28 janvier 2017, à la page 138)…

    …

    …

    Faute donc de diverses identifications de personnes, de dates, de lieux,

    il se trouve que mon intelligence de lecteur pourtant attentif du mieux que je le peux, se trouve pour le moment encore victime de diverses incompréhensions, notamment concernant les liens enchevétrés de l’auteur avec d’une part son grand amour, Claire, et d’autre part son mari (et père de ses enfants), Gil,

    faute de mieux disposer d’indications plus précises contextuelles _ dont disposent les lecteurs des trois volumes précédents…

    …

    Et cela en dépit de mes efforts pour capter ailleurs _ bien des outils sont en effet disponibles, et, en mes recherches diverses, j’en ai assez bien l’habitude ! ; mais elles n’ont jusqu’ici encore rien donné ! _ ces données _ d’identités, de dates, de lieux, etc. _ qui me manquent encore, pour le moment, pour combler les pièces manquantes de ce puzzle bio-géographique qui m’intrigue, et sollicite ma curiosité… 

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    Ce vendredi 20 mai 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa