Étiquette : démagogie

  • Un bref enthousiaste commode aperçu de ma part sur le si beau cru 2026 du Festival Ravel à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz…

    Pour simple commodité,

    voici un récapitulatif des 3 articles – pour les lire ou relire, il suffit de cliquer sur les liens... – que je viens de consacrer à 3 extraordinaires concerts donnés – et reçus, chacun, avec suprême admiration – aux Récollets – quel formidable merveilleux lieu intime pour des concerts ! – à Ciboure les jeudi 3, vendredi 4 et samedi 5 septembre derniers, par l’ami Benjamin Alard à son clavecin, et le quintette de ses 5 compagnons ; Jean-François Heisser à son piano ; et Xavier de Maistre et Lucero Tena, lui à sa harpe et elle à ses castagnettes, d’une beauté chaque fois éminemment singulière, mais chaque fois supérieurement admirée et réjouissante, faisant ainsi du cru 2026 du Festival Ravel judicieusement sous-titré « L »Heure espagnole« , un cru peut-être exceptionnel – et alors qu’il ne s’agit là que de 3 concerts parmi bien d’autres où je ne fus pas présent… –  :

    …

    _  « Fabuleux concert hier après-midi 3 septembre de Benjamin Alard aux Récollets à Ciboure – Saint-Jean-de-Luz, autour du Concerto pour clavecin et orchestre de Manuel de Falla, et découverte d’un extraordinaire compositeur né en 1968 : José Maria Sanchez-Verdú, avec 3 œuvres commandées par le Festival international de musique et de danse de Grenade, pour un hommage à Falla, et créées le 18 juin 2024 à Grenade par Benjamin Alard lui -même au clavecin…« ,

    …

    _ « Superbissime Jean-François Heisser pour une sublimissime « Música callada » de Federico Mompou (1959, 1962, 1965, 1967) aux Récollets hier vendredi 4 septembre : une musique intense et profonde consubstantiellement retenue…« ,

    …

    _ « Et toujours aux Récollets, à Ciboure, un absolument magique concert, hier 5 septembre, de Xavier de Maistre, harpe, et Lucero Tena, castagnettes…« …

    …

    « Fabuleux« , « superbissime« , « magique« ,

    tels sont donc les trois adjectifs qui me sont spontanément venus à l’esprit pour caractériser, sur le champ, ces trois successives – et très distinctes, très diverses – magnifiques performances des musiciens-interprètes de ces trois concerts donnés aux Récollets, à Ciboure, les 3, 4 et 5 septembre derniers…

    …

    Composer le programme d’un Festival, de même que composer le programme d’un concert, et aussi composer le programme d’un disque, est un art éminemment délicat, face au nécessaire alliage de l’équilibre de la diversité parfois proposée, et de l’unité qui doit en ressortir au final…

    …

    Bravo donc à tous les concepteurs de ces divers programmes si justement et brillamment concoctés, et, au tout premier chef, à Bertrand Chamayou, le directeur artistique du Festival Ravel, présent déjà au moins à ces trois concerts-là – et probablement à tous les autres : ce qui me paraît normal de la part de l’hôte accueillant, et responsable premier, en chef, de ce si beau Festival Ravel…

    …

    Avec une question subsidiaire de la part du discophile passionné que je suis – cf mon article « Nouvelles remarques de commentaire à mon éloge du disque du mardi 26 mai dernier… » en date du 30 mai 2026  – : serait-il contradictoire, et même vilainement nocif (ici pour la venue en nombre des mélomanes assister sur place aux concerts du Festival Ravel), d’envisager aussi, en plus des concerts, des enregistrements Live de ces si beaux concerts, qui donneraient lieu, ensuite, pour quelques uns au moins d’entre eux, et même si ce serait nécessairement avec pas mal de retard, à une très appréciable publication – un peu durable, elle – discographique ? Car, pour ma très modeste part de mélomane, je trouve toujours frustrant de ne pas conserver de trace matérielle – je ne suis pas Mozart qui, ayant écouté une seule fois le « Miserere » d’Allegri (interdit d’interprétation ailleurs qu’au Vatican, ainsi que de copie) à Saint-Pierre de Rome, a été capable de le restituer in extenso a posteriori, rien qu’au souvenir archi-précis et complet de son unique écoute… – du vif plaisir éprouvé à l’instant – d’éternité, oui – si furtif du concert ! Et j’aime écouter et ré-écouter sur ma platine chez moi, tranquillement, ces enregistrements qui ne cessent pas de m’enchanter et de se redécouvrir, au fil du temps qui passe et de mes ré-écoutes, et dont je dispose matériellement, tout près de moi, hic et nunc, là, à simple portée de ma main…

    Ma question est certainement d’une grande naïveté,

    alors que je sais bien qu’à l’interprète lui-même le concert effectif rapporte financièrement beaucoup beaucoup plus que ce qui lui revient en pourcentage, quasi ridicule, dans les ventes d’un disque ; et, de plus, que beaucoup de ces musiciens doivent désormais aussi, qui plus est, trouver une certaine part de contribution au financement de leur disque… Et ce à quoi s’ajoute la drastique diminution, dans le pays, de magasins de disques où il est possible de se procurer immédiatement et matériellement les disques…

    Avec aussi et encore le problème de plus en plus préoccupant, voire angoissant – et lui aussi en partie, mais pas seulement, d’ordre financier – , que constitue l’amoindrissement quasi continu du public authentiquement mélomane – mais un public qui est vieillissant, ainsi que suffisamment argenté pour s’offrir des places de concerts à de tels prix ; même si l’espace de concert est le plus souvent encore, du moins pour le moment, me semble-t-il, rempli… – : comment donc, et surtout, arriver à renouveler le public mélomane de la musique de la plus haute qualité auprès des nouvelles générations, sans une initiation qui soit elle-même de haute qualité – et pas à l’économie la plus pingre !.. – à l’authentique culture de la musique, à l’heure des réseaux sociaux débridés, et de politiques culturelles indignes, et tout simplement suicidaires – mais ils ne s’en rendent pas compte ! – pour la civilisation et la qualité… C’est là la question de l’initiation véritable à la culture véritable, hors du cancer de la démagogie – électorale – à très très courte échéance qui se répand hélas présentement… C’est que nous dansons carrément sur un volcan…

    …

    Ce lundi 7 septembre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La remarquable humanité profondément vraie du maire Bernard Mounier dans l’affaire de la tragédie des Plantiers (Gard)

    Le traitement de l’affaire de la tragédie des Plantiers _ le meurtre de Luc Teissonnière et Vincent Guérin, puis la traque quatre jours durant de Valentin Marcone _ par les autorités locales,

    soient

    le maire de la commune des Plantiers, M. Bernard Mounier,

    le procureur de la République de Nîmes, M. Eric Morel,

    le général de Gendarmerie de la Région Provence-Alpes-Côtes d’Azur, M. Arnaud Browaeÿs,

    la préfète du Gard, Mme Marie-Françoise Lecaillon,

    …

    a été tout particulièrement remarquable ; 

    …

    et tranche singulièrement _ au moins à mon regard _ avec bient des comportements politiciens _ d’un éhonté cynisme démagogique instrumentalisant _ auxquels nous ne sommes désormais hélas que trop bien habitués…

    …

    …

    Pour ma part,

    j’ai été très touché de l’humanité profonde et vraie _ telle que je l’ai ressentie _ de M. Morel, le procureur, et de M. Mounier, le maire,

    tout spécialement,

    et, bien entendu, chacun à sa place institutionnelle

    _ mais transcendant aussi cette place institutionnelle et légale de tout le rayonnement de leur personne humaine…

    …

    …

    De quoi ne pas désespérer de la fonction publique, au moins,

    de notre présente République…

    …

    …

    À mon jugement, 

    le Procureur Morel a simplement été parfait ;

    …

    et le maire Mounier, admirable d’humanité profonde,

    dans le moindre de ses mots et gestes : sobres, humbles, et surtout vrais.

    …

    …

    Aussi ai-je désiré en apprendre un peu plus sur la personnalité et le parcours de vie de ce maire

    de cette toute petite commune du Gard cévenol, qu’est le village des Plantiers _ dans le canton de Saint-André-de-Valborgne (Gard) _,

    au flanc du Mont Aigoual, sur les confins des départements du Gard et de la Lozère

    _ non loin du lieu où est décédée, au pied d’une falaise, côté Lozère, la fille de Bernadette Lafont, Pauline : les Lafont sont de Saint-André de Valborgne. Un haut pays de camisards et résistants.

    …

    …

    Et là je suis tombé, sur le Net, sur le Discours de Réception à l’Académie de Nîmes, le 9 janvier 2004, de Bernard Mounier : admirable d’humanité déjà _ aux pages 10 à 32 de ce document accessible en entier : lisez-le !

    …

    …

    Bernard Mounier est natif _ le 6 février 1955 _ de la ville minière de La Grand Combe, quelques kilomètres au nord d’Alès, dans le département du Gard.

    …

    …

    Et c’est au cours de ses années d’études à la Faculté libre de Théologie protestante, à Aix-en-Provence _ en 1979, il y présente son mémoire sur la pensée de René Girard : « Réflexion sur la violence, et recherche sur le bouc-émissaire«  : tiens, tiens… _ qu’il fait la connaissance de celle qui devient, le 5 juin 1977, aux Plantiers (dans le Gard), son épouse : Sylvette Bonfils _ les Bonfils y disposent d’une résidence secondaire…

    …

    …

    De 1977 à 1984,

    Bernard Mounier est pasteur, dans les Cévennes, à Sainte-Croix-Vallée-française (Lozère),

    à une vallée de distance de Saint-André-de-Valborgne (Gard).

    …

    …

    Jusqu’à ce que Bernard Mounier estime qu’ »il ne suffit plus d’être croyants,

    mais qu’il faut aussi devenir crédibles,

    et entrer dans un chemin de risque« …

    …

    C’est ainsi que le 12 juillet 1987, Bernard Mounier crée une société de production audio-visuelle : Acor Vidéo Télévision.

    …

    Il a en effet remarqué que dès 1929 _ cf la publication en 1928 de « Propaganda _ comment manipuler l’opinion en démocratie« , le maîtrelivre du marketing, d’Edward Bernays, le neveu (devenu américain) de Freud ; cf par exemple mon article du 25 janvier 2013 : … _, a commencé l’ère du marketing,

    pour lequel « il faut communiquer pour faire désirer et acheter« …

    …

    …

    D’où sa volonté de s’engager, dès lors, dans la vie de la société telle qu’elle se transforme ;

    et adopter les langages qui vont devenir dominants,

    afin d’être un peu compris de ceux auxquels on veut s’adresser un peu plus efficacement…

    …

    Etc. Etc…

    …

    Et c’est ainsi que le 15 mars 2020

    Bernard Mounier est élu au premier tour des élections municipales aux Plantiers,

    dont il va devenir le nouveau maire,

    succédant au maire précédent, Francis Maurin.

    …

    …

    La fonction publique de notre république a donc encore quelques beaux restes, bien vivants

    là même où « le désert gagne« …

    …

    …

    Ce samedi 15 mai 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • le « commerce » de la passion de la musique : l’enchantement du coffret « Spannungen : Musik im Kraftwerk Heimbach – Chamber Music », par Lars Vogt & Friends (14 CDs de « Live Recordings » _ 1999-2006)

    Il y a « commerce » et commerce !

    …

    Le « commerce » est, à son meilleur, celui  _ sans complément déterminatif ! _ entre personnes, au-dessus d’être l’échange de marchandises _ voilà le complément déterminatif… _ ; c’est-à dire des relations d’ordre commercial… Le terme désigne alors un « échange de relations« , des « rapports suivis » inter-personnels : « fréquentation, correspondance, conversation, vie mondaine« .

    …

    Antoine Furetière, en son « Dictionnaire universel » de 1690 : « Se dit aussi de la correspondance, de l’intelligence, qui est entre les particuliers soit pour des affaires, soit pour des études, ou simplement pour entretenir l’amitié… : « Ce savant a commerce avec tous les habiles gens de l’Europe »…« .

    …

    Ainsi La Bruyère (« Caractères« , IV, 3) : « L’amitié… se forme peu à peu, avec le temps… par un long commerce« .

    …

    Ou Madame de Sévigné en une lettre (du 9 septembre 1675) à sa fille : « Je quitte Paris avec la douleur de ne recevoir plus si régulièrement vos lettres, ni celles de mon fils… ; voilà tous nos commerces dérangés » _ ultra-sensible « en«  (ou « sur« ) ce chapitre…

    …

    Ou La Fontaine _ expert en « agréments« … _ en son « Discours à Madame de La Sablière » (« Fables » IX) : « Propos, agréables commerces / Où le hasard fournit cent matières diverses« …

    …

    Avec ce commentaire, pour cet emploi-ci de « commerce« , du très avisé Père Bouhours en ses « Remarques nouvelles sur la langue française« , en 1675 : cet emploi, alors qu’ »il ne s’agit point de trafic et de négoce« , est « des plus élégants« , commente-t-il…

    …
    C’est ce que nous livre une consultation rapide du « Dictionnaire du français classique _ la langue du XVIIème siècle« , de Gaston Cayrou…

    …
    Cf aussi, et d’abord, sans doute, le chapitre « De trois commerces » des « Essais » de Montaigne (III, 3) : « commerce » avec les hommes, avec les femmes, avec les livres…

    Cf aussi ce qu’en dit Bernard Sève, à propos de « l’art de conférer« , en ouverture (« Commerce, entretien, conversation, conférence« , pages 221 à 225) de son chapitre IX, en son si bien venu (d’intelligence de l’œuvre montanien) « Montaigne _ Des règles pour l’esprit« …

    …

    Et en effet, c’est du « commerce » « avec » la musique

    que je voudrais ici m’entretenir ;

    ainsi que de certaines évolutions de ce commerce « de » la musique _ tant au disque qu’au concert, d’ailleurs ! et dans les deux sens : le « commerce avec«  ; et le « commerce de« …

    …

    L’écoute véritablement « enchantée«  _ cf mon article du 17 octobre dernier « Le Bonheur de Félix Mendelssohn« … _

    d’abord du CD AVI 8553163 « Mendelssohn-Enescu Octets for strings » enregistré en « Live » au festival « Spannungen » de Heimbach les 11 et 12 juin 2008 ;

    puis, quelques jours plus tard, grâce à la compétence de Vincent Dourthe, du double CD AVI 553049 « Brahms Piano Quintet op. 34 – Sextett op. 36 » enregistré « Live » au festival « Spannungen » de Heimbach les 6 et 12 juin 2005 _ cf mon article du 20 octobre suivant : « Aimez-vous Brahms ? à la folie douce« … _

    a amené ma curiosité (boulimique) à rechercher d’autres merveilles enregistrées (pour le disque !) à ce « Chamber Music Festival » intitulé « Spannungen« , à la centrale hydro-électrique (« Kraftwerk« ) de Heimbach, dans les montagnes de l’Eifel…

    …

    C’est alors et ainsi, que sur Internet, j’ai découvert l’existence du coffret de 14 CDs « Spannungen : Musik im Kraftwerk Heimbach – Limited Edition _ Kammermusik – Chamber Music _ Lars Vogt & Friends » (« Live Recordings 1999-2006« ) ;

    …

    et que je suis venu _ à l’excellent rayon « Musique » de la librairie Mollat _ demander à Vincent de me le commander… ;

    …

    et que je viens de l’écouter _ avec quelle jubilation ! toute une semaine _ en son intégralité !

    …

    Que de merveilles ! musicales…

    …

    Et comme la présentation par Lars Vogt _ l’âme de ce festival « Spannungen » (et excellent pianiste !)… _

    du coffret de CDs : « Nous fêtons les 10 ans du festival SPANNUNGEN à Heimbach » (aux pages 6-7 du livret)

    est magnifique elle-même ! sur l’esprit même de ces réalisations !

    …

    Aux pages 13 à 15, Lars Vogt sera relayé par un second livrettiste, présentant, cette fois, le festival de musique de chambre de Heimbach lui-même : « Un lieu ouvert« … 

    …

    « C’est _ ce Festival « Spannungen » à Heimbach ; dont Lars Vogt est l’initiateur, le maître d’œuvre et le « Directeur artistique«  : l’âme et la première cheville ouvrière ; y compris en mettant la main à la pâte (et comment ! avec quel brio : « motorique«  ! dans maints concerts, au piano !..) _ une rencontre conçue pour mettre en œuvre de façon cohérente _ et donc le mieux possible aboutie _ les projets que veulent réaliser les artistes eux-mêmes, sans essayer de « deviner » à l’avance les préférences d’un certain public. Et finalement nous nous rendons compte que notre public veut bien _ oui ! _ que nous lui demandions un certain effort ! Les mélomanes _ vrais : passionnés ! _ ne veulent pas toujours assister

    …
    _ passivement seulement : cf les analyses magnifiques (et indispensables : je ne le dirai jamais assez !) de mes amies Marie-José Mondzain (« Homo spectator« ) et Baldine Saint-Girons (« L’Acte esthétique » : deux livres merveilleux de justesse et d’acuité à propos de ce qui peut se ressentir à son meilleur (versus le pire : aujourd’hui déployé mondialement par les media de masse, si efficaces pour abêtir en vendant…) ; ainsi que des enjeux civilisationnels (capitaux !) de l’aisthesis ;

    …

    cf aussi le travail de fond qu’accomplit inlassablement Bernard Stiegler, sur l’amatorat (passim : ainsi vient de sortir « Faut-il interdire les écrans aux enfants« , une confrontation des analyses et diagnostics de Bernard Stiegler avec le point de vue du psychanalyste Serge Tisseron…) ;

    …

    et aussi le travail de Jacques Rancière : « Le Partage du sensible« , dont le sous-titre est « Esthétique et politique« )… _

    …

    Les mélomanes ne veulent pas toujours assister, donc,

    à des événements conçus de façon de plus en plus démagogiques _ ce qui n’est que trop souvent le cas, en effet… _, où les programmes et les exécutions sont souvent trop prévisibles.

    …
    Au contraire : nos auditeurs sont prêts à relever le défi _ oui ! _ de les confronter _ in concreto _ avec des programmes surprenants, voire même outrés

    _ est-ce la meilleure traduction de l’original « wenn es Gefühl hat«  ?.. ; la traduction anglaise employait, elle, il est vrai, le terme « wild » !.. _,

    …

    pourvu qu’ils soient convaincus que tout se déroule au plus haut niveau artistique _ certes _, et que les interprètes s’adonnent _ oui ! _ corps et âme

    _ oui ! avec la plus intense générosité ! d’où l’intensité des « tensions » perceptibles, et au service des œuvres ! : « Spannungen«  ! hautement perceptibles, pour notre plus grande joie d’« acteurs esthétiques« , nous aussi, pourrait revendiquer Baldine Saint-Girons… et pas seulement au concert ! à l’extase même de l’écoute du disque !!! oui ! et renouvelée ! _

    …

    et que les interprètes s’adonnent corps et âme à transmettre _ avec générosité ! donc… _ l’essence artistique et émotionnelle des œuvres _ déjà ; et c’est un grand et beau défi ! _ qu’ils jouent ».

    …

    Cette déclaration liminaire (page 6 du livret du coffret de CDs AVI) de Lars Vogt _ et qui ne fait qu’éclairer le projet artistique même du festival « Spannungen«  de Heimbach ! et cela, dès ses premiers concerts en 1998 _ est magnifique de justesse et de nécessité, d’abord ! pour que vive (vraiment !) l’Art même : dans les interprétations des œuvres de musique…

    …

    Ainsi Lars Vogt poursuit-il sa « présentation » de la « fête » des 10 ans de « Spannungen » à Heimbach :

    …

    « Une oasis _ oui : de fraîcheur et de vie… _ pour faire de la musique,

    et où la seule valeur qui compte est celle de l’Art _ voilà !_ : c’était mon rêve _ doublement artistique : et d’organisateur, et d’interprète : magnifiquement éloquent, au piano ! _ lorsque surgirent les premières idées d’un festival de musique de chambre dans la région de l’Eifel du Nord…

    …

    Fous de musique _ il le faut ! _, les membres bénévoles _ aimant… et sans compter ! (mais c’est, bien sûr, un pléonasme !) _ de l’« Association pour la Promotion de l’Art dans le Canton de Düren » en sont devenus les co-fondateurs, et ils allaient bientôt en être les organisateurs«  _ les « porteurs«  de cet Art : il en faut !.. Sinon, tout le projet s’effondre…  Etc… : « ce sont eux qui m’ont stimulé et soutenu _ voilà ! _ dans ma vision _ visionnaire (de départ) : il le faut aussi… Et cela manque bien cruellement en maints endroits ; les choses (à la passion artistique) ne se « connectant«  décidément pas, par un seul coup de baguette politique ! Désirer produire un « événement » (d’« animation«  d’un lieu, tel une ville), et le « commander« , même : à quelques professionnels de la communication ! ne suffisant donc pas… _

    …

    dans ma vision, donc,

    de réaliser _ oui ! _ au mieux _ il faut aussi y prétendre : c’est une condition de succès sine qua non !.. _ cette utopie d’un « paradis pour la musique de chambre » _ c’est fait ! et cela dure (depuis 12 ans maintenant, en 2009) : cf (au CD !) les concerts Mendelssohn et Enesco des « Octuors » si lumineux et vibrants de juin 2008 !!! _ à Heimbach.

    …

    Je tenais surtout à ce que les artistes invités soient accueillis dans une espèce de « chez soi » musical, où ils se sentiraient à l’aise _ pour oser créer (ensemble), avec toute l’audace commune nécessaire, leur interprétation ! _, au sein d’une famille artistique _ de pleine confiance mutuelle ; et d’affection ; pas de rivalités de carrière !

    …

    Cf ce qu’il advint à Marlboro, autour de Rudolf Serkin ;

    ou à Lockenhaus, autour de Gidon Kremer :

    et de la « fête«  de tous leurs amis venus et réunis !!!

    …

    De telles conditions devaient inspirer _ c’est parfaitement réussi ! qu’on y prête seulement son oreille !.. _ ces interprètes du plus haut niveau à jouer mieux qu’ailleurs,

    à donner tout d’eux-mêmes _ car voilà en effet le (seul) secret ! de ces merveilles (aussi rares !) de concerts !

    …

    Ce serait une communauté de complices : pas dans le sens où ils devraient être toujours d’accord sur l’interprétation,

    mais en ce qu’ils partageraient la même approche, la même éthique artistique _ un point-clé ! celle de la vérité des œuvres à « rendre« , par les interprètes, comme au sortir de leur création même du génie du compositeur ! avec cette vérité véloce, coulant de source, qui est celle du « génie«  qui sourd de l’inspiration à l’œuvre !

    …

    La musique elle-même serait la raison-d’être de notre travail _ au singulier, en son absoluité, en quelque sorte… _, de leur collaboration _ les uns « avec » les autres, en ces œuvres de « musique de chambre« , il est vrai : où l’entente entre les interprètes est (encore plus qu’ailleurs !) absolument requise en un idéal de perfection (de l’interprétation de l’œuvre à faire retentir) ; et qui n’a rien à voir avec quelque uniformité… Elle a besoin de notre apport en tant qu’individus ; mais notre « ego », notre « moi », devrait s’effacer derrière le résultat commun envisagé » _ au seul service, lui, le « résultat« , de l’œuvre !

    …

    En conséquence de quoi, poursuit Lars Vogt, « dans le coffret que voici, nous avons voulu garder pour vous _ merci ! merci beaucoup ! et par le disque gravé ! _ une série _ de 41 pièces (les enregistrements de concert « live » s’étalant du 8-6-1999 au 6-6-2004 ; ainsi que les 16 et 18-6-2006 pour un CD bonus) _ de moments précieux et spéciaux _ uniques ! _ parmi tous les concerts vécus _ le terme est bien à relever ! et tant par les interprètes que par les mélomanes (actifs, eux aussi : par leurs « actes esthétiques«  ; cf Baldine Saint-Girons et Marie-José Mondzain) au concert (cela « s’entendant«  dans la « vie«  du jeu même des interprètes ! que la qualité de pareille écoute proprement dynamise ! _ à Heimbach«  _ ces années-là : Lars Vogt s’exprimant ici en 2007…

    …

    « L’un des facteurs principaux du succès grandiose _ oui  : et cela s’entend ! si cela ne se sait pas encore assez loin de l’Eifel ; ou de l’Allemagne… _ de « Spannungen » est bien sûr l’endroit extraordinaire où ont lieu nos récitals : c’est la magnifique centrale hydroélectrique à Heimbach (…). Il faut avoir vécu soi-même l’atmosphère de cette scène qui s’élève entre deux turbines anciennes, dans ce beau bâtiment Art Nouveau. On ne peut pas vraiment décrire cette atmosphère, tant elle est extraordinaire et spéciale. Mais SPANNUNGEN (« Tensions ») est un titre bien choisi _ certes ! _ pour la refléter. Parfois on aurait presque l’impression qu’une tension quasi électrique surgit _ bien sûr ! _ entre les musiciens sur scène. C’est ce qui rend leurs interprétations si inaccoutumées, si intéressantes » _ si justement vivantes ! Et pour avoir été, très modestement, récitant sur une scène lors de concerts, au « Festival du Vieux Lyon« , au « Festival de Saint-Michel-en-Thiérache« , notamment, j’en comprends un tout petit peu quelque chose…

    …

    Et « quand on me demande jusqu’à quand nous voulons continuer à organiser le festival « Spannungen » _ qui comporte chaque année l’« intégration«  de nouveaux (jeunes) interprètes _, je dis toujours : « Nous continuerons à le faire tant que nous y éprouverons encore du plaisir » _ de la joie. Ce ne devrait jamais devenir une routine habituelle« 

    …

    _ ce qui me rappelle, au passage, ce beau mot de Wilhelm Fürtwängler aux musiciens (« du rang« ) d’un orchestre entamant une « répétition«  de la célébrissime Vème Symphonie de Beethoven un peu trop « routinièrement« ,  sans assez de la conviction pourtant tellement nécessaire : « Ayez bien, bien _ = mieux ! _, conscience que dans le public certains découvrent l’œuvre pour la toute première fois !« ... Ce doit toujours, toujours, être « la première fois » quand on aime vraiment !..

    …

    De fait, poursuit, ensuite, un autre livrettiste que Lars Vogt, page 14, « les interprètes et leur public se connaissent. Pour les musiciens, « Spannungen » représente un parcours quotidien de répétitions extrêmement compactes et intenses, une rencontre _ oui ! avec ses surprises et toute sa « neuveté« … _ avec les grandes œuvres ainsi qu’avec leurs collègues. Chacun apporte ses vues, ses opinions. Également, son propre vécu, son parcours, ses expériences personnelles _ qui s’enrichissent en une vie d’artiste assez exigeant, en multipliant des « relations vivantes«  des unes, œuvres, avec les autres : c’est là la chance, pour un artiste aussi, de vieillir, de mûrir… Ces répétitions ont donc un aspect très humain _ au lieu de mécanique _ et individuel _ c’est-à-dire réellement « personnel« …

    …

    Et pour les musiciens conviés au festival, « pouvoir faire partie _ mais sans brigue _ de cette « académie des conspirateurs musicaux » représente l’occasion de pouvoir vivre des expériences extrêmes _ « sublimes« , dirait Baldine Saint-Girons ; cf son « Le Sublime _ de l’Antiquité à nos jours« … _ en tant qu’interprètes qui veulent atteindre, à tout prix _ artistique, esthétique, s’entend ! _, une collaboration artistique exceptionnellement intense _ ce qui n’est peut-être pas si fréquent…

    …

    L’ainsi nommé « esprit de Heimach »

    …

    _ plus haut, le livrettiste avait cité le « poète, compositeur et encyclopédiste érudit » Jürgen von der Weise (Ortelsburg, en Prusse Orientale, aujourd’hui Szczytno, 10-11-1894 – Göttingen, 9-11-1966 ; et aussi « descendant lointain du grand écrivain (romantique) Jean-Paul ; et qui traversa l’Allemagne plusieurs fois à pied en trente ans » : « la randonnée était pour lui la vraie façon de comprendre le monde« , page 13 du livret),

    …

    Jürgen von der Weise disant, c’était en avril 1949 : « la musique : une seule et grande révélation, inspirée par le chant des esprits«  (en allemand « dem Geister-Gesang » ; ce qui n’est pas sans nous rappeler le schubertien (et goethéen) « Gesang der Geister über den Wassern IV » (« Des Menschen Seele…« ), pour voix d’hommes et cordes, D. 714 (Opus posthume 167) ; une œuvre sublime… _   

    … 

    l’ainsi nommé « esprit de Heimach » est devenu symbolique pour des prestations _ les concerts ; et pour nous ces enregistrements « live » !.. _ où les musiciens et musiciennes prennent tous les risques, où tout ne tient _ oui ! c’est là (l’audace de la liberté) la condition première de la « vérité » même des interprétations des oeuvres : inspirées seulement ainsi… _ qu’à un fil _ celui du « danseur de cordes » probe (et « humain« , sinon assez « surhumain« , lui !) du « Prologue » d’« Ainsi parlait Zarathoustra« …

    …

    Considérée de sang-froid, il faut admettre que la musique de chambre demande de joindre à la plus haute compétence musicale _ certes _ la plus grande capacité communicative. Ici, c’est l’endroit où chacun et chacune donne tout _ du meilleur _ de soi-même. C’est dans les œuvres vraiment grandes _ oui ! _ où l’on aborde ce qui est fondamental _ oui ! _ et transcendantal _ sic : « In wirklich groβen Werken geht es um letze Dinge« , disait assez « kantiennement« , en effet, le texte original  en allemand. En effet la programmation de Heimbach se concentre sur de telles grandes œuvres. Ce sont les longues promenades de Schubert dans les régions obscures de l’âme _ nous est ainsi donné (au CD n°3) un sublimissime « Quintett » en ut majeur D 956 pour 2 violons, alto et 2 violoncelles : par Christian Tetzlaff, Isabelle Faust, Tatjana Masurenko, Boris Pergamenschikow et Gustav Rivinius (le 18-VI-2000) : ce fut la première que j’écoutai pour mettre à l’épreuve, en quelque sorte, le coffret : quel choc ! quelle merveille ! _ ; ce sont les utopies poétiques de Schumann _ absent cependant des pièces données en ce coffret-ci. C’est l’effort extrême que requiert l’énergie émotionnelle dont fait preuve la musique de Brahms (et c’est à Heimbach que l’on peut entendre un Brahms intime comme presque nulle part ailleurs) _ en particulier quand Antje Weithaas est au violon !

    …

    Ainsi ai-je découvert grâce à ce coffret cette merveilleuse interprète violoniste ; dont le jeu (et le son : si fin ! arachnéen !) contraste(nt) subtilement avec celui, merveilleux aussi (éclatant !), du magnifique Christian Tetzlaff ; et, en effet, tout particulièrement dans Brahms : le « Quartett«  avec piano n°3 en ut mineur, opus 60 (avec Lars Vogt, Kim Kashkashian et Boris Pergamenschikow, enregistré le 12-vi-1999) ; mais aussi dans Dvorak : le « Quintett » avec piano en la majeur, opus 81 ; le « Trio » pour flûte, violoncelle et piano en ut majeur, Hoboken XV:27, de Joseph Haydn ; le « Quintett » à cordes en sol mineur, KV 516, de Mozart ; le « Trio«  avec piano en mi mineur, opus 67, de Chostakovich ; la « Sonatine«  pour violon et piano en sol majeur, opus 100, de Dvorak ; et le « Trio«  avec piano en la mineur « A la mémoire d’un grand artiste« , de Tchaïkovsky…

    …
    Je mets l’accent ici sur le jeu extrêmement fin de cette violoniste, parce qu’elle m’était totalement inconnue jusqu’ici ; mais l’entente dynamique entre les jeux de Christian Tetzlaff (violoniste) et Lars Vogt (pianiste), tout particulièrement, est assez phénoménale ; même si aucun interprète _ et même loin de là ! _ ne « tire la couverture » à lui ; au contraire, les instrumentistes se produisent en des formations, d’abord, très variées ; et, ensuite, prennent plaisir à s’écouter « vraiment » les uns les autres ; ce qui constitue un des plaisirs puissants et de longue fragrance, vraiment, de ce coffret : où se « joue » vraiment, et « ensemble« ,  de la musique _ soit le B. A. BA de la musique de chambre…

    …

    Maintes et maintes fois_ aussi _, on y entend également des œuvres écrites au cours de ce siècle déchiré, maltraité, que fut le XXe siècle _ de Schoenberg (« La Nuit transfigurée » et la « Kammersinfonie » n°1, opus 9) ; Berg ; Hindemith _ particulièrement superbe ! un très grand ! _ (la « Sonate » pour violon solo opus 11/6, en une Première de sa version complète, par Christian Tetzlaff le 24-vi-2001 ; et la « Sonate » pour 10 instruments _ Fragment, de 1917 : une autre Première, le 22-vi-2001…) ; Prokofiev (le « Quintett«  pour hautbois, clarinette, violon, alto et contrebasse, opus 39) ; Chostakovich (le sublime « Trio«  en mi mineur pour piano, violon et violoncelle, opus 67, par Lars Vogt, Antje Weithaas et Boris Pergamenschikow, le 15-vi-2000) ; Stravinsky (« L’Histoire du soldat« ) ; ou Messiaen (le « Quatuor pour la fin des temps« ), en particulier, ici.

    Et chaque année on y crée une nouvelle œuvre contemporaine » _ par exemple, « Recollections«  for Chamber Ensemble, du compositeur australien Brett Dean, une « commande«  pour la session 2006 de « Spannungen«  : bravo !

    …

    Ainsi « à travers tout ce qui sonne dans ce lieu ouvert _ qu’est Heimbach, et cela depuis une décennie (le coffret fut conçu en 2007) _ peut-on encore distinguer _ en effet _ le « chant des esprits » _ tant schubertien que goethéen : planant au-dessus des « eaux«  (du lac de barrage de la centrale hydro-électrique de Heimbach)…

    …

    Voilà pour cette seconde « présentation » _ du festival à Heimbach, plus spécifiquement _ du livret…

    …

    Que d’interprétations merveilleuses en ce coffret _ AVI 8553100.
    …
    L’étonnant, pour moi _ demeuré assez « simple« , on le voit _, est _ artistiquement ! du moins… _ que le « commerce » de la grande _ = large… _ distribution discographique

    n’ait pas accordé une plus large _ = grande ! _ diffusion _ celle de ce coffret étant demeurée quasi au seul « usage » interne des mélomanes assistant aux (et fréquentant les) concerts du Festival, à Heimbach même, au coeur des montagnes du Nord-Eifel… _ à un tel coffret :

    de »Limited Edition », il est vrai…

    …

    Je rappelle donc la référence discographique (chez AVI) de ce sublime coffret de 14 CDs « Spannungen : Musik im Kraftwerk Heimbach – Limited Edition _ Kammermusik – Chamber Music _ Lars Vogt & Friends » (« Live Recordings 1999-2006« ) : AVI 8553100…

    …

    En osant « rêver«  _ de ma place de simple mélomane… _ que la curiosité pour les beautés de la musique _ et à ce niveau d’interprétation ! _ rencontre un peu moins de timidités et frilosités parmi son public potentiel… Quand existent encore d’excellents disquaires (pourvoyeurs des meilleurs « conseils« ) !

    …

    Titus Curiosus, ce 14 novembre 2009

    …

  • de quelques symptômes de maux postmodernes : 2) « l’inculture du résultat », selon Michel Feher

    Suite de l’article précédent,

    à propos des maux postmodernes (et de quelques uns de leurs symptômes)…

    …

    Après Erri De Luca et Naples, et l’Italie :

    …

    cet excellent article dans « Le Monde » : « L’Etat français : dernier refuge de la « culture du résultat » ?..« 

    par Michel Feher ;

    article qui donne bien à penser ; et me paraît mériter une ample diffusion…

    …

    me permettais-je d’écrire à un autre ami

    …
    Je n’ai pas le temps de le commenter tout de suite aujourd’hui (je pars enseigner…) ;
    mais je me permets de vous l’adresser « tel quel » déjà ;
    peut-être l’avez-vous déjà vous-même remarqué…

    …
    …
    Michel Feher est philosophe, et président de l’association « Cette France-là »
    …

    « L’Etat français : dernier refuge de la « culture du résultat » ?..« , par Michel Feher
    LE MONDE | 25.04.09 | 14h12
    …
    …
    Les mécanismes qui ont précipité la crise financière sont aujourd’hui connus. Quant aux pratiques qui en sont la cause, nul ne se risque plus à les imputer aux errements _ marginaux, contingents _ de quelques banquiers irresponsables. On sait qu’elles relèvent d’une « culture » _ au sens d’un modus operandi pratiqué avec une longue habitude _ dont les marchés financiers constituent l’élément _ véritablement _ moteur et qui a imposé _ volens nolens, avec une très grande brutalité (concurrencielle) _ aux entreprises un mode de gouvernance _ managériale _ davantage axé sur la majoration de leur valeur actionnariale à court terme _ pour attirer massivement à soi les capitaux (cupides) de la spéculation _ que sur l’optimisation pérenne de leur profitabilité _ et pour qui ?..

    …
    Au cœur d’une telle « culture » _ toujours avec des guillemets _, figure une conception particulière _ en effet ! _ de « l’obligation _ strictement mercantile ! _ de résultat« , qui astreint les gestionnaires de capitaux à obtenir les plus hauts rendements possibles _ en plus du plus vite possible. Il s’agit pour eux de satisfaire les détenteurs de titres _ susceptible de les « placer« , « investir » : tant que c’est là leur meilleur rendement en « profit » ; non philanthropiquement… _ en leur offrant des dividendes élevés, notamment lorsque ces actionnaires sont des fonds spéculatifs qui investissent sur cette seule base _ certes : ce n’en que plus vite « calculé« … _, et plus généralement d’assurer le « crédit » _ ou crédibilité : une pure affaire (et circonstancielle, conjoncturelle) d’« opinion », d’« image« … _ de la compagnie pour laquelle ils travaillent, c’est-à-dire d’entretenir la confiance dans sa faculté de reproduire ou d’améliorer encore ses rendements _ financiers, donc _ dans un futur proche _ en surveillant jour et nuit ces « témoins«  commodes et sans traîtrise que sont les chiffres : ce n’est pas très « sorcier« …
    …
    Loin d’apparaître comme des parasites _ marginaux, conjoncturels, contingents : des attributs purement circonstanciels _ de l’appareil de production, les spéculateurs _ calculant sans cesse leurs profits et pertes _ sont dans ce régime les destinataires privilégiés _ et par là véritablement « essentiels« … _ de l’activité entrepreneuriale : celle-ci ne cherche pas tant à se protéger de leurs manœuvres _ extérieures… _ qu’à se conformer _ vitalement pour elle-même ; sa vie et sa survie _ à leurs critères pour influer sur leurs calculs _ d’investissements (vitaux ou mortels).
    …
    En résulte un monde où l’entretien d’une « aire de jeu » _ mathématique _ livrée aux appréciations _ subjectives, au « juger« … _ des marchés financiers exige non seulement que le champ des transactions soit dérégulé _ fluctuant ; et sans « gendarme« … _, en sorte de permettre aux agents d’atteindre les objectifs qui accréditent leur efficacité _ au gain _, mais encore que celle-ci soit définie _ d’abord, consubstantiellement _ et mesurée _ en chiffres _ par des agences de notation dont la préoccupation prioritaire _ sinon exclusive (et même méchamment !) de tout autre « souci » ; ou « valeur« … _ est l’évolution _ haussière ou baissière : perceptible sur une courbe _ de la valeur boursière d’une entreprise _ soit son « attractivité » pour de tels « placements » spéculatifs : au vu (ainsi qu’à l’ »escompte« ) des « profits«  de l’entreprise…

    …
    Pour se maintenir, un pareil régime mise à la fois sur l’allégeance _ = crédit + soumission : vassalière… _ de ses exécutants ; et sur la mise à l’écart des « lanceurs d’alerte » _ qui susciteraient un doute pernicieux ; une méfiance ; là où on a besoin d’élans (voire d’enthousiasmes _ mais bien « comptés«  !) de confiance… La loyauté des premiers _ les « exécutants« … _ procède de leur étroite dépendance _ vitale _ à l’égard des instances dirigeantes _ les placeurs de capitaux flottants _ qui indexent les rémunérations aux résultats _ exclusivement financiers _ à obtenir ;  mais aussi, et à titre de compensation, des libertés _ entendue comme la seule pure et simple absence d’« entraves« … _ dont ils disposent, sur les plans du droit et de l’éthique _ hors chiffrage, eux !!! _, pour atteindre ces mêmes résultats.
    …
    Quant à la neutralisation des seconds _ les « inquiéteurs » « lanceurs d’alerte« … _, elle passe par l’homogénéisation _ numérique ou numérisée _ des modes d’évaluation de la performance entrepreneuriale _ attendue, visée (visuellement : sur une courbe se calculant) _, et donc par la marginalisation des points de vue _ toujours une affaire de « visualisation » ; et de « visibilité« … _ susceptibles de mettre _ dangereusement et négativement _ en cause _ en ruinant sa crédibilité _ la pertinence économique, sociale et environnementale des chiffres censés témoigner _ avec la plus grande objectivité et validité incontestable _ de l’efficacité _ pragmatique ; à l’épreuve de la réalité solide des « faits« … _ d’une entreprise _ bien concrète, au moins « quelque part« , ou sous quelque aspect… _ ou du travail _ éminemment effectif, lui _ de ses employés.
    …
    Il reste qu’à eux seuls, ni l’esprit de corps de ses agents, ni l’étouffement des questionnements portant sur le bien-fondé de ses objectifs, ne suffisent à préserver la « culture _ idéologique _ du résultat » des soupçons auxquels l’expose la circularité _ logique _ de son fonctionnement. Pour conjurer la méfiance _ = le poison qui tarit l’afflux des « placements » de capitaux _ qui menace la valorisation _ escomptée _ des actifs _ financiers toujours provisoirement placés ; et fugaces… _, encore faut-il s’assurer _ aussi : par une police, surtout, de l’immobilisation et du consentement, sinon de la soumission ; plutôt que de la menace (trop inquiétante) de répression _ de la docilité des exclus de la distribution des dividendes _ le gros de l’enjeu ! _ en leur permettant d’emprunter une _ petite _ part _ tout de même _ des liquidités que la spéculation génère _ qui donne aussi de l’espoir, si peu que ce soit (et plutôt que de la désespérance ; ou de la rancœur) en l’avenir (presque commun…). Or on sait qu’emportés par leur élan, les _ presque « généreux » !.. _ pourvoyeurs de crédit n’ont pas conservé _ en ce jeu flottant, déséquilibré _ les provisions _ pragmatiquement _ requises pour garantir ces emprunts indispensables à la perpétuation _ et expansion _ de leur empire.
    …
    Est-ce à dire que la « culture du résultat » est désormais _ et généralement, comme martingale et « système« … _ « discréditée » ? _ soit quelles « leçons » sont, ou pas, « tirées » des « événements » récents de la « crise«  ?.. Il est assurément trop tôt pour le dire ; d’autant que les lieux où elle _ cette dite « culture du résultat« … _ demeure à l’œuvre ne sont pas toujours ceux que l’on imaginerait les plus propices à son implantation _ ah !.. voyons voir…

    …
    Tel est en particulier le cas de l’État français, depuis que Nicolas Sarkozy s’est promis de rompre _ c’est l’étendard (électoral !) flamboyant haut-brandi de la « rupture« … _ avec l’ »inefficacité » de ses prédécesseurs _ beaucoup trop « rois fainéants » : un simple comparatif ; cf alors la belle « envolée«  actuelle de la « cote » du président Chirac !.. Dès son arrivée au ministère de l’intérieur, en 2002, et davantage encore depuis son élection _ en mai 2007 _, le président de la République n’a eu de cesse de convertir _ volens nolens… _ les agents de l’Etat à une « culture » _ le joli mot ! _ directement importée des branches à hauts rendements _ financiers _ du secteur privé. Or force est de reconnaître que ses efforts ont porté leurs fruits _ en commençant à briser des résistances…
    …
    La « politique du chiffre » _ et des quotas _ est en effet la marque de fabrique du pouvoir actuel, et pas seulement en matière d’immigration _ même avec jonglages (Mayotte aidant). Dans l’ensemble des ministères et administrations préfectorales, l’aptitude des agents de l’Etat à réaliser les objectifs chiffrés qui leur sont fixés détermine non seulement l’évolution _ = progrès : comme si c’était tout simplement « naturel« , « biologique«  ; dans l’ordre de la chose même !.. _ de leurs carrières, mais aussi l’efficacité que le gouvernement entend _ publiquement (= médiatiquement) _ s’attribuer ; et surtout la performativité que le président de la République prête _ devant « public » (baba !) _ à sa propre volonté. D’une manière générale, les rendements exigés de l’administration sont bien là pour entretenir _ auprès de l’opinion « publique«  médusée _ le crédit _ d’« autorité« , l’« aura« … _ de l’exécutif.
    …
    Parce que la signification des chiffres affichés réside exclusivement dans le mérite _ médiatique (télévisuel) _ dont se pare _ tel le paon de son plumage ocelé déployé : qu’on écoute, ici, la sublime mélodie de Ravel sur le texte de Jules Renard (en ses parfaites « Histoires naturelles« ) _ une administration apte _ ouf ! _ à les réaliser, il importe que ce qu’ils désignent ne fasse jamais _ sinon les décourager ! les disqualifier !!! _ l’objet d’évaluations indépendantes : il n’y aura donc aucune étude consacrée à l’effet des « éloignements » programmés de sans-papiers sur l’économie française ; ou sur l’intégration des étrangers en situation régulière ; et pas davantage de rapport officiel destiné à établir si le taux d’élucidation des délits constatés est une bonne mesure de l’efficacité policière. (Pour l’augmenter, les policiers ne sont-ils pas incités à privilégier _ sur les statistiques concoctées ad hoc _ les infractions où constatation et élucidation se confondent _ sans nécessité de travail effectif, lui, d’enquête : coûteux ! _, tels que l’outrage à agent ou la possession de drogue, au détriment des délits _ autrement plus graves et pénibles (pour les victimes bien effectives, elles) _ plus longs à élucider, tels que les vols ou les trafics ?) … Le ministre Potemkine avait inventé ainsi des villages de pur décor aisément démontable à déplacer le long des routes des immenses steppes russes afin que l’impératrice Catherine soit satisfaite des « progrès de peuplement » de son Empire… Le bon peuple peut-il s’en abuser longtemps ?..
    …
    De même, nul examen ne viendra éprouver _ au risque de « déplaire« … _ l’efficacité des « réformes » _ Vive la « novlangue«  du « 1984 » de George Orwell ! _ censément conçues pour améliorer les performances de la recherche universitaire, des hôpitaux ou de la justice. Car « cultiver » le résultat, c’est tout à la fois le numériser, l’exhiber et l’abstraire de ces implications concrètes _ trois opérations complémentaires basiques pour assurer le succès (par la grâce de l’efficacité auprès de l’« opinion«  de la « communication« ) d’une « réélection » !..

    …
    Enfin, l’autoritarisme distinctif de la présidence de Nicolas Sarkozy participe lui aussi _ complémentairement _ d’un mode de gouvernement dont le souci majeur est la conjuration du discrédit _ éventuel, à l’aune du « réel«  !.. et de son coefficient de « résistance«  à la « poudre aux yeux« , aussi habilement lancée soit-elle !.. par ces « communiquants« -experts… _ de ceux qui le mettent en œuvre. Un président qui compte sur les hauts rendements imposés à ses subordonnés pour accréditer _ vis-à-vis d’une opinion d’autant plus crédule qu’ignorante : cf « Gorgias » de Platon _ le pouvoir de sa volonté, sera en effet enclin à qualifier d’ »outrages » _ de lèse-majesté _ les critiques qui, exposant la vacuité _ en effet : que de « mirages«  et « faux-semblants » !.. _ des chiffres affichés _ par les « communiquants«  de tous poils ainsi mis à contribution _, sont susceptibles d’affecter négativement la valeur de son « titre » _ assurant (en « opinion«  : mesurable elle-même par sondages) son « autorité«  et son « rayonnement« …
    …
    En dépit du désastre économique et social _ non chiffré, lui ?.. _ auquel elle a conduit _ dans la sphère de l’entreprise privée _, la « culture du résultat » continue donc d’être à la fois exaltée par le locataire de l’Elysée et appliquée par les ministres et les préfets qui travaillent sous ses ordres _ et à bien des échelons subalternes des diverses administrations (du secteur « public« )… Bien plus, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à présenter son « renforcement » au sein de la fonction publique comme un remède aux maux qu’elle a provoqués _ dans la « crise » qui a éclaté en 2008 _ dans le secteur privé.
    …
    L’État français, dernier bastion des golden boys ? Le paradoxe serait cocasse si la récente adhésion du président de la République au « retour de l’Etat » ne laissait craindre une extension inédite _ bureaucratique ! _ des ravages causés par la « culture du résultat« .
    …
    Michel Feher
    …
    Article paru dans l’édition du 26.04.09.
    …
    Tout cela

    donnant pas mal à connaître des graves maux (« civilisationnels« ) de notre post-modernité

    qui se croit, pourtant, bien maligne…

    …

    Titus Curiosus, ce 28 avril 2009

    …

    Post-scriptum :

    …

    Pour compléter la réflexion,

    on consultera

    sur l’édition papier de « Libération » de ce mardi 28 avril,

    un très remarquable article, sur trois pages (pages 6-7 et 8) de Marcel Gauchet :

    …

    « La Démocratie du privé perturbe le collectif« ,

    un entretien de l’auteur de « La Démocratie contre elle-même » avec Eric Aeschimann et Laurent Joffrin ;

    cf aussi mon précédent article du 23 avril 2009 : « Le diagnostic d’une impasse _ ou les dégâts de l’idéologie et de la démagogie électoralistes dans la “crise” universitaire _ par Marcel Gauchet« ,

    à propos d’un entretien de Marcel Gauchet avec Maryline Baumard et Marc Dupuis, paru dans l’édition du « Monde » du mercredi 22 avril.
    …

    Sur le site de Libération,

    se trouve seulement cette précision-ci d’Eric Aeschimann (accessible sur le blog « 24 heures philo« ) :

    « Marcel Gauchet, invité spécial de Libération ce mardi 28 avril »

    …

    Ce mardi, uniquement dans la version papier de Libération (1,30 euro en kiosque),

    le philosophe Marcel Gauchet dresse un bilan des deux ans de la présidence Sarkozy à la lumière de ses travaux sur la crise de la démocratie.

    Puis il commente l’actualité au fil des pages du journal.

    …

    Par  Eric Aeschimann •

    …

    C’est avec « La Démocratie contre elle-même« , paru en 2002, que Marcel Gauchet s’est imposé auprès du grand public comme l’un des penseurs politiques susceptibles d’aider sinon à résoudre, du moins à formuler les désarrois de la France du IIIème millénaire. Alors que le choc du 21 avril était dans tous les esprits, le titre de l’essai résonnait comme un diagnostic implacable. Depuis, les médias écrits et audiovisuels ont pris l’habitude de solliciter ses analyses ; un beau jour de 2004, il est même invité à porter la contradiction sur le plateau de télévision à un futur candidat à l’élection présidentielle : un certain Nicolas Sarkozy.

    …

    Si la reconnaissance est venue tardivement, cela fait plus de trente ans maintenant que Marcel Gauchet évolue au cœur du monde du débat intellectuel, même si, pour y accéder, il n’a pas emprunté la voie royale de Normale Sup. Né en 1946, dans la Manche, c’est à Caen qu’il étudie la philosophie avec Claude Lefort, en même temps que les futurs sociologues Alain Caillé et Jean-Pierre Le Goff. A Paris, présenté à François Furet et à Pierre Nora, il devient le rédacteur en chef de la revue « Le Débat » _ la démocratie, c’est d’abord le débat loyal ! ; contre le cancer de la démagogie ! _, où se retrouve une nouvelle génération d’intellectuels se réclamant de Tocqueville et d’Aron plutôt que de Marx et de Sartre. « Le Débat » sera un haut lieu de la critique de la gauche d’inspiration marxiste, mais aussi du structuralisme. En 1980, le premier essai de Gauchet est une relecture sévère _ c’est-à-dire « exigeante » : ce qui est toujours nécessaire ! _ de « L’Histoire de la folie » de Michel Foucault.

    …

    Mais, avant d’être le commentateur/contempteur de la démocratie française, Marcel Gauchet est avant tout un philosophe politique qui réfléchit à la sécularisation des sociétés occidentales. En 1985, avec « Le Désenchantement du monde« ,  il énonce la thèse centrale qui servira de fil conducteur à ses travaux ultérieurs : le christianisme est la « religion de la sortie de la religion«  ; et c’est à la lumière de cette poussée initiale qu’il faut lire l’apparition progressive, à partir des Lumières, de l’individu autonome et jouissant de droits.  » Les structures de la société (moderne) s’éclairent uniquement par contraste avec l’ancienne structuration religieuse », écrit-il dans la préface de « L’Avènement de la Démocratie«  ; dont il a publié les deux premiers tomes en 2007.

    …

    La démocratie, pour Gauchet, est composée de deux éléments : la souveraineté du peuple et les droits de l’individu. « L’Avènement de la Démocratie«  (1) montre comment l’histoire de la démocratie est un perpétuel déséquilibre entre ces deux pôles. Ainsi, au début du XIXe siècle, la balance penche du côté du collectif, qui devient « Etat tout-puissant » et bientôt « totalitaire«  _ cf Hannah Arendt. En ce troisième millénaire, la menace viendrait au contraire de l’ »individu total« , qui écrase la dimension collective _ « Les droits de l’homme ne sont pas une politique » est le titre de l’un de ses articles, dès 1980. Pour les tenants d’un libéralisme de gauche, Gauchet apparaît comme l’une des figures de la « pensée anti-68 » (2) _ le « débat » est ouvert ; et il est vital !!!

    …

    (1) Pour une synthèse accessible, lire « La Démocratie d’une crise à l’autre« , tirée d’une conférence de Marcel Gauchet, éditions Cécile Dufaut, 2007.

    (2) Voir par exemple Serge Audier, « La Pensée anti-68« ,  La Découverte, 2008.

    Rédigé le 27/04/2009 à 19:13 dans Actualité | Lien permanent