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  • A propos de l’entrée récente de l’ « Ariane et Bacchus » de Marin Marais au catalogue de la discographie (suite)…

    En quelque sorte en complément de mon article du 18 avril dernier « « ,

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    vient de paraître avant-hier 12 juin une intéressante recension du double CD Alpha 926 consacré à cette tragédie en musique de 1696 de Marin Marais, par Le Concert spirituel sous la direction d’Hervé Niquet,

    sous la plume de Jean-Charles Hoffelé, sur son site Discophilia, intitulée « Sauvetage de la délaissée » …

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    SAUVETAGE DE LA DÉLAISSÉE

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    Malheureux Marais ! Il avait hérité, en plus de son art pour la viole, de celui de Lully pour la tragédie lyrique. Las !, l’échec retentissant de Sémélé l’éloignera à jamais de la scène, quatre opéras seulement, dont le premier, Alcide, voyait sa plume encore mariée avec celle du fils du Florentin, Louis. Fidèle parmi les fidèles, après Sémélé, Hervé Niquet se penche sur Ariane et Bacchus, la première tragédie lyrique assumée seule par Marais, sur le beau livret sensible de Saint-Jeand’après la tragédie de Thomas Corneille. Je ne résiste pas à reprendre ici les commentaires autour de la mise en répétition de l’œuvre en janvier 1696 et le résumé de l’action comme les a rapportés Louis Ladvocat dans deux missives à l’Abbé Dubos :

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    « On a donné les rôles d’Ariane dès lundi. Marest en fera la première représentation des chœurs, samedi prochain, et prétend le mettre sur pied le 20 février. On jouera mardi les Saisons, et l’on répète Ariane et Bacchus, qu’on espère donner le 20 du présent. On a répété dans mon cabinet les airs de violon qui m’ont paru des meilleurs. Les chœurs en sont très beaux. Pour les rôles, on n’en est pas si content. Peut-être que les troisième, quatrième, cinquième actes seront plus beaux. Ainsi soit-il. Pour les vers, ils sont des plus courts et le sujet de la pièce est incriticable. Rien ne s’y fait que par les dieux.

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    Junon prend la figure de Dircée. Elle endort Ariane. Les songes font paraître Bacchus amoureux de Dircée. Ariane se réveille. L’Amour la détrompe et lui fait connaître la fourberie de Junon. Géralde, évêque de Cahors et magicien dans la pièce, veut endiabler Bacchus, mais ses charmes paraissent impuissants. Il fait venir Alecton qui met en fureur Ariane qui veut tout tuer hors Bacchus, pour lequel elle de lucida intervalla. Junon fait revenir Dircée qui était chez les Anciens un poète corinthien et dans la pièce un confident d’Ariane. Bacchus désarme Ariane qui se veut poignarder. Adraste, amant d’Ariane et prince d’Ithaque, inconnu pour tel chez les Anciens et qui a pris des ailes pour venir de la mer d’Ionie, 500 bonnes lieues distante de Naxe dans la mer Égée où est la scène, croit que Bacchus, avec le poignard qu’il lui voit en sa main, veut tuer Ariane, se bat avec ses amis contre la troupe de Bacchus, qui en demeure vainqueur. Et revenant témoigner sa joie à Ariane qui le veut tuer dans sa fureur, Adraste arrive espirant aux pieds d’Ariane des blessures de Bacchus. Jupiter descend du ciel, qui commande à Bacchus d’épouser Ariane. Junon n’est plus contraire, les dieux étant pour elle. Mercure par l’attouchement de son caducée guérit Ariane de sa fureur. Bacchus et Ariane chantent ensemble :

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    Amour, cher auteur de ma peine,
    Exprime en ce moment mes transports amoureux,
    Récompense de si beaux feux.
    En unissant nos cœurs d’une éternelle chaîne.

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    Le roi, qui s’appelle Aenarus, aussi inconnu pour être roi de Naxe que Dircée, sa sœur et Géralde magicien et Adraste s’en reviennent avec les suivants de Bacchus et les sujets du roi forment des danses. Deux Amours viennent décoiffer Ariane et portent dans le ciel sa coiffure. Mlle Desmatins, qui a perdu tous ses cheveux, restera sur le théâtre en attendant son bonnet de nuit, qui pourra l’enrhumer à force de l’attendre, attendu que les demoiselles abandonnent leurs âmes aux charmes de l’amour. Sans leurs aimables flammes, on n’a pas d’heureux jours. La coiffure est changée en couronne d’étoiles et l’opéra finira.

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    On a recommencé, mardi, les Saisons qui continueront jusques au vingt-trois, que l’on donnera Ariane et Bacchus. Et l’on espère jouer tous les jours jusques au jubilé, c’est-à-dire le jeudi, le vendredi, le dimanche et mardi, et le samedi, lundi, mercredi, les Saisons, avec une scène de Porsonnac, chantés par Dumesnil, et quelque entrée comique, et après le jubilé, les quinze jours qui resteront jusqu’à la semaine de la Passion, les Saisons ou Ariane s’il plaît ».

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    Las, l’ouvrage malgré sa lyrique prégnante, ses scènes à grands effets, la folie furieuse d’Ariane qui autorisait un grand numéro de tragédienne, son interprétation subtile des canons lullystes, tomba rapidement. Ni les manigances sous masque de Dircée de Junon, ni la pâmoison d’amour au premier regard de Bacchus pour Ariane, ni le grand numéro du magicien Géralde, ni l’écriture chorégraphique, comme la couleur d’orchestre si profonde, spécifique à Marais n’en purent garantir la pérennité.

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    Pourtant, l’œuvre est de bout en bout magnifique, et la restitution haute en ardeur dramatique, saturée de couleurs et d’élans, portée par une troupe inspirée où règnent d’abord les femmes, Ariane subtile, même dans la fureur de meurtre, de Judith van Wanroij, Junon finement campée par Véronique Gens, Dircée parfaite d’Hélène Carpentier, Corcine de Marie Perbost itou.

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    Mais le Bacchus un peu clairon de Mathias Vidal, l’Adraste de David Witzack, le Géralde de Matthieu Lécroart, le moindre cameo sont également soignés, et emportés dans les fantaisies de cette tragédie, lullyste toujours, par la battue alerte et bienveillante d’Hervé Niquet.

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    Se penchera-t-il bientôt sur Alcide ?

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Marin Marais (1656-1728)

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    Ariane et Bacchus
    Tragédie en musique en un Prologue et cinq Actes (1696)

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    Judith van Wanroij, soprano (Ariane)
    Marie Perbost, soprano
    (La Gloire, Corcine)
    Hélène Carpentier, soprano
    (Terpsichore, Dircée, Un songe)
    Véronique Gens, soprano (La Nymphe de la Seine, Junon)
    Mathias Vidal, ténor (Bacchus, Un songe)
    Matthieu Lécroart, baryton (Géralde, Jupiter)
    David Witczak, baryton (Adraste)
    Tomislav Lavoie, baryton-basse (Le Roi, Un sacrificateur)
    Philippe Estèphe, baryton (Pan, Le Deuxième matelot,
    Lycas, Phobétor, Phantase, Alecton)

    Marine Lafdal-Franc, soprano (L’Amour, Elise, La Naxienne)
    David Tricou, ténor (Un plaisir, Un suivant du Roi, Le Premier matelot, Mercure)

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    Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles
    Le Concert Spirituel
    Hervé Niquet, direction

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    Un album de 2 CD du label Alpha Classics 926
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    Photo à la une : © DR

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    Ce mercredi 14 juin 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le cas Giuseppe Tartini (1692 – 1770) : un compositeur (et violoniste) plutôt déconcertant, du moins au disque et à mes oreilles : faute probablement, de ma part, d’atomes crochus avec le style galant et l’attraction envers la mélancolie, de Tartini…

    La très grande réussite, absolument enthousiasmante _ c’est en en écoutant, à ma demande expresse, des extraits, en découvrant ce tout nouveau CD en évidence sur la table des nouveautés de mon disquaire préféré ; et son écoute m’ayant immédiatement enthousiasmé, j’ai acheté le CD ! _, du CD Alpha 935 « Duello d’Archi a Venezia« , par la formidable violoniste Chouchane Siranossian, le Venice Baroque Orchestra sous la direction de son chef l’excellent Andrea Marcon, et comportant quatre superbes Concerti per violino, de Francesco-Maria Veracini (1690 – 1768), Pietro Locatelli (1695 – 1764), Antonio Vivaldi (1678 – 1741) et Giuseppe Tartini (1692 – 1770) _ avec un absolument irrésistible Concerto pour violon à cinq en Fa majeur  D. 61 de Tartini… _,

    m’a vivement incité à venir me pencher d’un peu plus près sur l’œuvre _ et la discographie présente en ma discothèque… _ de ce compositeur vénitien, natif de Pirano, en Istrie vénitienne, le 8 avril 1692, et qui décèdera à Padoue le 26 février 1770,

    qui jusque là ne m’avait jamais vraiment enthousiasmé _ et il m’était difficile de dire pourquoi ; mais le fait était là, et bien là… 

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    Je voulais donc en avoir le cœur net !

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    En faisant aussi le constat que Chouchane Siranossian, toujours avec ce même Venice Baroque Orchestra et Andrea Marcon, avait consacré un précédent CD « Tartini Violin Concertos« , le CD Alpha 596,

    je me le suis donc aussitôt procuré…

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    Et là, à nouveau, une endémique déception de ma part,

    mais qui ne tient en rien à la qualité des interprètes _ et leur interprétation de cette musique _, Chouchane Siranossian, le Venice Baroque Orchestra, Andrea Marcon, toujours parfaits en leur incarnation au plus près des œuvres jouées,

    mais bien à la musique même de Giuseppe Tartini, qui ne me touche décidément pas ! ;

     

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    probablement une affaire d’époque _ tardive : post-baroque… _, ainsi que de style _ galant…

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    L’ère de Vivaldi (1678 – 1741) venait donc irrémédiablement de passer !

    Et nous quittions la vie virevoltante et admirablement contrastée _ les adagios de Vivaldi sont, eux aussi, à fondre et pleurer de larmes de plaisir !.. _, et nous abordions les prémisses d’un certain classicisme, plus gourmé et plus froid ;

    et d’un certain romantisme, pleurnichard…

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    Sur ce CD « Tartini Violin Concertos » Alpha 596, paru en 2020, et enregistré à Trévise en septembre 2019,

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    lire les deux intéressants articles suivants,

    le premier en date du 5 avril 2020, sous la plume de Jean Lacroix, sur le site de Crescendo, et intitulé « Chouchane Siranossian et Andrea Marcon dans Tartini : l’éblouissement » ;

    et le second en date du 7 janvier 2021, sous la plume de Jean-Charles Hoffelé, sur le site de Discophilia, et intitulé « Apogée du violon » ;

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    même si, pour ma part, je suis loin de partager hélas leurs enthousiasmes respectifs ! pour ce CD-là :

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    Chouchane Siranossian et Andrea Marcon dans Tartini : l’éblouissement

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    LE 5 AVRIL 2020 par Jean Lacroix
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    Giuseppe TARTINI (1692-1770) : Concertos pour violon et orchestre D. 44, 45, 56, 96 et Concerto en sol majeur.

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    Chouchane Siranossian, violon ;

    Orchestre baroque de Venise, direction : Andrea Marcon. 2020.

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    Livret en français, en anglais et en allemand.

    79.22.

    Alpha 596.

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    Il y a des disques dont l’audition vous donne la sensation de l’éblouissement _ certes, et très heureusement, bien sûr… La gravure de ces cinq concertos pour violon de Tartini est de ceux-là ! _ mais ce n’est pas mon cas, je dois en convenir. Ce CD exemplaire nous fait entrer dans un univers où tout semble à ce point couler de source _ oui, mais d’une source bien trop uniment mélancolique et auto-complaisante envers la tristesse, à mon goût : celle de la Venise (en décadence endémique…) de la seconde moitié du XVIIIe siècle... _ que cela relève du miracle musical. Les œuvres pour commencer, avec une première mondiale discographique à la clef, celle de ce Concerto en sol majeur non publié, découvert par la musicologue Margherita Canale, qui signe la très intéressante notice du livret. Cette dernière explique qu’il existe une copie manuscrite du XVIIIe siècle, conservée aux archives de la Cappella Antoniana de Padoue, et que l’analyse a permis de dater des années de maturité _ deTartini. Mais elle précise aussi que les _ quatre _ autres concertos _ de ce CD Alpha 596 _ « n’ont pas été _ eux non plus _ publiés du vivant du compositeur : ils appartiennent à différentes périodes de son évolution créatrice, et nous sont tous _ voilà _ parvenus sous forme de partitions autographes. » On lira avant audition les divers détails de la recherche et les considérations sur le matériau musical de ces différentes pages.

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    Giuseppe Tartini, né à Pirano en Istrie _ actuellement et désormais en république de Slovénie _, étudie le violon en milieu ecclésiastique, puis le droit à l’Université de Padoue et se trouve mêlé à l’âge de 19 ans à des problèmes judiciaires après un mariage secret avec la protégée d’un Cardinal. Il doit fuir dans un monastère d’Assise, où il participe à l’orchestre de l’opéra. Blanchi, il va se retrouver à Venise, revenir à Padoue avant de voyager à Prague et de s’établir à nouveau sur la rivière Bacchiglione _ à Padoue. Violoniste d’exception, il se produit partout dans la Péninsule avant de devoir arrêter ses concerts pour des raisons de santé. Compositeur prolifique (plus de cent concertos pour le violon), mais aussi théoricien à la base de découvertes sur le son et ses interférences, il est connu avant tout _ en effet _ par une sonate _ virtuosissime _  qui porte le nom de « Trille du diable ». Le résumer à cela serait injurieux, car sa réputation était bien établie de son vivant pour la qualité de sa musique et pour son apport technique, notamment dans la tenue de l’archet. Comme le souligne la notice, « il fut aussi une référence culturelle du monde musical européen de l’époque ». On le comprend aisément en écoutant ce programme à la fois virtuose, brillant, riche au niveau de l’ornementation et de l’harmonie, avec en plus une intelligence confondante de l’accompagnement orchestral.

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    La Franco-arménienne Chouchane Siranossian est née à Lyon en 1984. Elle s’est formée en Suisse, d’abord à Lyon avec Tibor Varga, puis à Zurich avec Zakhar Bron ; elle devient premier violon de l’Orchestre Symphonique de Saint-Gall. En 2009, elle se perfectionne au Mozarteum de Salzbourg avec Reinhard Goebel qui l’oriente vers la musique baroque, sans qu’elle néglige pour autant les créateurs de notre temps, comme en témoigne son premier CD pour le label Ohms où se côtoient des œuvres d’El Khoury, Tanguy, Rust, Stamitz et Leclair. Chez Alpha, on la retrouve en 2016 _ avec le CD Alpha 255 _ dans un programme intitulé « L’Ange et le Diable » où apparaît déjà Tartini, aux côtés de Locatelli, Leclair et Forqueray. Plus récemment, elle a interprété la première version du Concerto pour violon de Mendelssohn avec Anima Eterna Brugge. On a pu l’écouter l’an dernier au Festival de Wallonie dans plusieurs prestations, dont l’une avec Kristian Bezuidenhout. Le livret montre quelques jolies photographies de cette artiste rayonnante ; auprès d’Andrea Marcon, elle semble respirer la joie de vivre _ en effet, elle est rayonnante ! Ecoutez et regardez lee 2′ 39 de cette excellente vidéo…  _ et de transmettre le message musical. C’est avec le fondateur de l’Orchestre Baroque de Venise, qui existe depuis 1997 et dont la réputation n’est plus à faire _ l’excellent, lui aussi, Andrea Marcon _, que l’idée est venue d’enregistrer, en septembre 2019, au Teatro Eden de Trévise, des concertos de Tartini. Une note, signée conjointement par la soliste et le chef d’orchestre, précise : « Nous avons la chance d’avoir une copie manuscrite des ornements originaux des deuxièmes mouvements des concertos D 44 et D 45. Les autres mouvements lents ainsi que les cadences ont été agrémentés en tâchant de rester fidèle au style _ propre _ de Tartini et s’inspirant de sa palette infinie de trilles, fioritures, rubatos, gammes, appoggiatures, messa di voce… ».

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    Les partitions choisies sont un bel éventail de la créativité de Tartini à plusieurs moments de son évolution. Ce qui frappe tout au long du parcours, c’est la fraîche élégance des détails, la qualité des contrastes, mais surtout le déploiement du chant violonistique qui entraîne une atmosphère tour à tour intimiste _ surtout, en effet ; en rien extravertie : mélancolique même… _, émotionnelle et finement esquissée. A cet égard, les concertos D 44 et 45, cités plus avant, sont révélateurs de l’attention avec laquelle les protagonistes soignent l’architecture mélodique comme la ligne, que suggèrent les inscriptions autographes de la main du compositeur retrouvées sur les partitions et qui évoquent notamment le poète et librettiste Métastase (1698-1782) : la parole n’est pas loin, et elle se traduit aussi bien dans les murmures de l’archet que dans les accents sonores. On admirera les concertos D 56, aux allures ludiques, et D 96, traversé de courants bondissants ou langoureux _ surtout… Quant à l’inédit, comme l’explique Margherita Canale, la musicologue qui l’a découvert, il reflète la dernière phase compositionnelle de Tartini par « des accompagnements des passages solistes par les seuls violons I et II (sans basse) ».

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    Qu’ajouter de plus ? On sort de cette expérience musicale comblé, ravi, enchanté _ pas moi, et je le regrette… _, avec, répétons-le, la sensation d’avoir vécu un miracle sonore servi par des partenaires exemplaires, dans une prise de son claire et précise. Un moment de grâce, tout simplement…

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    Son : 10  Livret : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

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    Jean Lacroix

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    APOGÉE DU VIOLON

    L’admirable _ en sa réputation dans l’histoire de la musique, et parmi les musicologues, du moins _ corpus de concertos qu’a laissé Tartini effraye _ par ses réputés difficultés techniques, principalement… _ les violonistes depuis toujours, hélas, car dans son art à la fois évocateur et brillant, il aura porté à son apogée ce violon orphique qu’il aura ravi à Vivaldi _ hum, hum… _ et offert à Mozart par le truchement de son père _ et via le Padre Martini (Bologne, 24 avril 1706 – Bologne 3 août 1784) : Mozart et lui se sont rencontrés par deux fois chez lui à Bologne, lors du premier voyage de Mozart en Italie, de décembre 1769 à mars 1771…

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    Dans le grand concert du XVIIIe siècle, aucun ensemble écrit pour le violon ne peut l’égaler _ mais selon quels critères, au juste ? de pure technique violonistique ? ou bien de musicalité ?.. _, si ce n’est ceux bien plus concis de Leclair et Mozart. Leclair _ Lyon, 10 mai 1797 – Paris, 22 octobre 1764 _, lui-même violoniste virtuose _ voilà donc ce qui a marqué les musicologues… ; mais pour ma part j’aime beaucoup tout l’œuvre de Leclair ! _, admira sans frein les opus de Tartini, et s’efforça comme lui d’effectuer cette transition du baroque vers le classicisme _ nous y voilà… Cela débuta donc assez tôt dans le siècle… ; après Vivaldi (décédé à Vienne en 1741), toutefois… _, que soulignent avec infiniment de subtilités Choucanne Siranossian et Andrea Marcon, ressuscitant le discours tissé de trilles, de gammes, d’appoggiatures qui font tout le sel de l’art _ mais quid de sa musicalité ? _, de Tartini.

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    Les concertos sélectionnés ne sont pas parmi les plus courus, et s’y ajoute même un inédit enregistré en première mondiale, un Concerto en sol majeur retrouvé tout récemment _ par Margherita Canale _ à Padoue. Les teintes vénitiennes de ces interprétations élégantes _ certes, presque trop… _ mettent l’accent sur l’héritage vivaldien _ hum, hum… _, alors qu’au long du disque _ Ricercar RIC 414 _ d’Evgeny Sviridov _ mais qui ne m’a pas touché davantage, hélas ! _, ce sont des concertos de plus grand apparat qui sont choisis, majestueusement phrasés par l’archet généreux qui caresse un sublime violon signé par Januarius Gagliano : la profondeur de son médium, son aigu de voix humaine, donnent un relief saisissant _ j’y suis resté insensible ! _ au Concerto en ré majeur, le D. 24, où l’on croit la cadence du Finale de la main de Pisendel) : un grand concerto aux envolés magnifiques. Tout le disque est éblouissant _ pas à mes oreilles, ni à mon goût, hélas… _, autant par la virtuosité que par la poésie : écoutez seulement l’Allegro du Concerto en sol mineur où Evgueny Sviridov intègre un Capriccio de Nardini. Merveille de style galant _ voilà, nous y sommes : et c’est bien ce style galant qui m’agace et me déplaît souverainement… _, le Concerto en mi majeur inspire aussi au violoniste toute une poésie de babillages, trilles, gammes, appogiatures, qu’il lie d’un seul trait _ toujours le critère de la pure virtuosité technique du violon….

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    Mais il faut aussi entendre Evgeny Sviridov délesté des décors de l’orchestre, découvrir _ en son CD « Giuseppe Tartini Sonatas Op. 1 » Ricercar RIC 391 _ l’autre face du génie de Tartini, qui donna naissance à d’étonnantes sonates narratives. Le jeune violoniste laisse de côté la plus célèbre (Le Trille du Diable), lui préférant la Didone abbandonata et sa poésie mélancolique _ voilà le trait hélas dominant (à la Dowland : « Semper Dowland, semper dolens« …) selon moi, de la musique de Tartini ; et qui m’y rend allergique… _, œuvre qui touche au sublime et qu’il joue avec une élégance folle. Le disque s’ouvre par une vocalise de violon inspiré par un poème du Tasse, et donne le ton d’un album fascinant où les trois musiciens ouvrent les portes de cet univers secret avec art. Un aussi beau doublé ne doit pas rester sans suite.

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    Les ultimes Sonates que Tartini coucha dans la solitude de sa vieillesse sont des merveilles de nostalgie _ encore, et décidément : soit une anticipation de ce que sera même le romantisme pleurnichard…  _ et d’invention, elles figurent au nombre de ses œuvres les moins courues. Pour en faire mieux sentir la singularité, David Plantier et Annabelle Luis _ en leur CD« Vertigo _ the last Sonatas« , le CD Muso MU040 ; dont l’écoute d’extraits ne m’a pas davantage séduit… _ contrastent les quatre ultimes opus avec une Sonate antérieure de trente année, et lui font succéder la Sonate en imitation de la guitare portugaise qui est l’un des ouvrages les plus étonnants jamais coulés de la plume du compositeur et dont les effets sont autrement poétiques que ceux du Trille du Diable. La singularité du génie de Tartini, parvenu à une liberté souveraine, et tirant des sonorités inouïes des deux instruments de la même famille, éclate tout au long de cet album précieux qui laisse espérer que le temps d’une juste réévaluation de son œuvre soit enfin venu.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Giuseppe Tartini(1692-1770)

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    Concerto pour violon, cordes et basse continue en mi mineur, D. 56
    Concerto pour violon en la majeur, D. 96
    Concerto pour violon en ré mineur, D. 45
    Concerto pour violon en sol majeur
    Concerto pour violon en ré mineur, D. 44

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    Chouchane Siranossian, violon
    Venice Baroque Orchestra
    Andrea Marcon, direction

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    Un album du label Alpha 596
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    Giuseppe Tartini

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    Concerto pour violon en ré majeur, D. 24
    Concerto pour violon en sol mineur, D. 85 (Op. 1 No. 1)
    Concerto pour violon en la majeur, D. 89 (Op. 1 No. 6)
    Concerto pour violon en mi mineur, D. 55
    Concerto pour violon en mi majeur, D. 48

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    Evgeny Sviridov, violon
    Millenium Orchestra
    Un album du label Ricercar RIC414
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    Giuseppe Tartini

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    Sonate XV en sol majeur, B. G3 « del Tasso »
    Sonate X en sol mineur, B. g10 detta « Didona abandonata »
    Sonate XII en fa majeur, B. F4
    Sonate V en mi mineur, B. e6
    Sonate XVII en ré majeur, B. D2 « del Tasso »
    Pastorale en la majeur, B. A16

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    Evgeny Sviridov, violon
    Davit Melkonyan, violoncelle
    Stanislav Gres, clavecin

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    Un album du label Ricercar RIC391
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    Giuseppe Tartini

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    Vertigo – The Last Violin Sonatas

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    Sonate pour violon et violoncelle en la mineur, Brainard a8
    Sonate pour violon et violoncelle en la majeur, Brainard A4
    Sonate pour violon et violoncelle en ré mineur, Brainard D19
    Sonate pour violon et violoncelle en ré mineur, Brainard d5
    Sonate pour violon et violoncelle en ré majeur, Brainard D9

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    David Plantier, violon
    Annabelle Luis, violoncelle

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    Un album du label Muso MU040
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    Photo à la une : le violoniste Evgeny Sviridov – Photo : © DR

     

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    Trop peu d’affinités, donc, pour ce qui me concerne, avec l’idiosyncrasie musicale de Giuseppe Tartini ;

    à la glorieuse exception, toutefois, de ma part, de son enthousiasmant Concerto à 5, en Fa majeur, D.61, du CD « Duello d’Archi a Venezia« , Alpha 935 :

    une fabuleuse réussite d’interprétation comme de musique, qui met, elle, parfaitement en joie…

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    Ce jeudi 1er juin 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A nouveau à propos du merveilleux et superlatif CD « Vivaldi – Chelleri-Ristori : Teatro Sant’Angelo », le CD Alpha 938, par Le Consort et l’extraordinaire Adèle Charvet : d’autres éblouissements reconnaissants…

    Après l’éblouissementent, le 6 mai dernier, de mon article « « ,

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    voici ce mercredi 31 mai 2023 une nouvelle superbe reconnaissance de cette superlative réalisation discographique _ sous la direction musicale du toujours excellent Théotime Langlois de Swarte, aussi au violon… _, sur le site Discophilia, par l’excellent Jean-Charles Hoffelé, sous l’expressif titre plus bref  « Suspensions et fulgurances« …

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    SUSPENSIONS ET FULGURANCES

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    Un théorbe, un violon berce le sublime _ voilà ! Écoutez-le ici… _ Il mio crudele amor tiré du Rodomonte sdegnato de Gasparini (Lucques, 1670 – Venise 1732), l’alto de pure soie _ oui _ d’Adèle Charvet déploie à pleine voix son élégie, merveille qui font des deux minutes dix un temps suspendu, avant que la tempête de vocalises emportée par les aquilons des cordes, ne pose un tout autre décor. Qui connaît encore Fortunato Chelleri, cet autre héros du Teatro Sant’Angelo, temple du nouvel opéra vénitien que Justin Taylor _ et Théotime Langlois deSwarte _ et son Consort célèbrent ici ?

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    Adèle Charvet se régale des flamboyantes vocalises qui jamais ne désunissent sa voix agile et profonde _ oui, les deux… _ au long d’un programme qui alterne brio _ virtuose _ et _ tendre _ poésie _ oui _ : écoutez seulement le lamento lunaire _ « Con favela de’ pianti« , à la plage 3 du CD : écoutez ici ces sublimes 2′ 09 _ tiré de Cleonice de Ristori, troisième des douze inédits égrenés au long de ce prodigieux _ oui !!! Il faut le chanter très fort sur les toits… _ album – deux sont mêmes pris chez le sur-enregistré Vivaldi ! – qui découvre tout un pan encore largement inexploré _ mais oui ! _ du théâtre lyrique vénitien.

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    Cet art, en particulier celui de Ristori (Bologne, 1692 – Dresde, 7 février 1753), s’exportera loin de la lagune, jusqu’à Saint-Pétersbourg, ne perdant rien de ses singularités, et révélé ici par une chanteuse aussi saisissante qu’inspirée _ absolumentent ! : quelle merveilleuse interprète ! Espérons _ tout à fait ! _ que ces ouvrages connaissent leur renaissance par le disque : Vivaldi et Albinoni, de leurs vastes catalogues, dissimulent encore cette Arcadie lyrique _ d’inspiration vénitienne… _ qui nous est promise.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Teatro Sant’Angelo

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    Michelangelo Gasparini(1670-1732)
    Air, extrait de Rodomonte sdegnato

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    Fortunato Chelleri (1690-1757)
    Airs, extraits de Cleonice et Amalasunta
    Sonate en trio en sol mineur (extrait : I. Adagio)

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    Antonio Vivaldi (1678-1741)
    Airs, extraits de L’Olimpiade, Andromeda liberata, Arsilda, La verità in cimento et L’incoronazione di Dario

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    Giovanni Alberto Ristori (1692-1753)
    Airs, extraits de Un pazzo ne fa cento, ovvero Don Chisciotte, Temistocle, Arianna et Cleonice

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    Giovanni Porta (1675-1755)
    Air, extrait de Arie nove dà batello

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    Adèle Charvet, mezzo-soprano
    Le Consort
    Justin Taylor, direction _ non : Théotime Langlois de Swarte, comme l’indique le livret…

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    Un album du label Alpha Classics 938
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    Photo à la une : la soprano Adèle Charvet – Photo : © DR

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    Une merveille que la découverte de ce superlatif CD !!!

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    À faire connaître le plus largement possible, pour partager l’enthousiasme…

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    Ce mercredi 31 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’hommage superlatif de Christophe Eschenbach à la sensualité luxuriante de Franz Schreker (1878 – 1934) en un double CD électrisant intitulé « Der Ferme Klang »

    C’est un superlatif hommage à la musique somptueuse de sensualité luxuriante de Franz Schreker (Monte-Carlo, 23 mars 1878 – Berlin, 21 mars 1934)

    que le chef Christophe Eschenbach,

    à la tête du KonzertausOrchester Berlin, et avec le concours impressionnant de la  soprano Chen Reiss et du baryton Matthias Goerne _ quel luxe ! _

    vient nous offrir en un double CD Deutsche Grammophon 486 3990, intitulé, en référence à l’opéra fameux du compositeur, « Der Ferne Klang« , créé à Francfort le 18 août 1912, « Der Ferne Klang » _ en français « Le son lointain« _ ;

    avec un somptueux programme constitué de 7 œuvres du compositeur,

    qui nous font percevoir comme jamais jusqu’ici le son musical idiosyncrasique _ lointain ? mais si proche du plus intime et frémissant de l’humain… _ de ce compositeur pas assez _ on comprend vraiment mal pourquoi ! _ donné de nos jours au concert, sur la scène ou au disque…

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    Voici trois beaux articles rendant l’hommage qu’il mérite à ce vraiment extraordinaire double album Deutsche Grammophon 486 3990 « Der Ferne Klang« 

    consacré à un magnifique florilège de l’injustement trop méconnu encore des mélomanes Franz Schreker,

    et cela dans l’ordre chronologique de leur parution sur les sites de Crescendo, ResMusica et Discophilia :

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    _ tout d’abord, en date du 21 mars dernier, sur le site de Crescendo,

    la magnifique recension de Pierre-Jean Tribot, si justement intitulée, tout simplement, « Les multiples splendeurs de Franz Schreker » : 

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    Les multiples splendeurs de Franz Schreker

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    Le 21 mars 2023 par Pierre Jean Tribot

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    Franz Schreker(1878-1934)  : Der Ferne Klang. Orchestral Works & Songs. Nachtstück Interlude de l’acte III de l’opéra Der ferne Klang ; Valse lente ; Kammersymphonie ; Von ewige Leben ; Fünf Gesänge ; Kleine Suite ; Romantische Suite. Chen Reiss, soprano ; Matthias Goerne, baryton; Konzerthausorchester Berlin, direction : Christoph Eschenbach.  2021 et 2022. Livret en allemand et anglais. Texte chanté en allemand, traduction en anglais. DGG. 00028948639908

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    Le temps semble peu à peu arriver _ enfin ! L’histoire a de ces injustices !… _ d’un revival de l’œuvre de Franz Schreker. Au fil des saisons on voit poindre à travers l’Europe la programmation de certains de ses opéras ; même en Belgique, l’Opéra de Flandres avait monté son Forgeron de Gand (Der Schmied von Gent). Dans ce contexte, on accueille avec bonheur et impatience cette parution captée à Berlin qui nous propose un beau panorama d’œuvres orchestrales et deux cycles de lieder avec orchestre _ voilà.

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    L’écriture orchestrale de Schreker est caractérisée par un onirisme musical et sensitif _ sensualissime… _, une  instrumentation capiteuse et ensorceleuse _ voilà _ qui se déploie tant dans la puissance du grand orchestre, comme dans la superbe “Nachtstücke” tirée de l’opéra Der Ferne Klang, que dans l’effectif instrumental chambriste de la Kammersymphonie ou de la Kleine suite. Le texte du livret de titre “Le maître du son” ne saurait être plus juste _ voilà _ face aux talents du compositeur qui peut délivrer une puissance digne d’un Strauss _ oui, son exact contemporain… _ et une finesse de traits _ oui ! _ qui sont ici aussi novateurs que personnels. On apprécie aussi la poésie _ absolument… _ d’un musicien dont chaque instant est une saynète dont la narration et les couleurs suggèrent une multitude d’imaginaires.

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    Christoph Eschenbach est un orfèvre _ oui _ qui cerne avec justesse les caractéristiques et la personnalité de cette musique. Sa direction est brillante et nuancée sans jamais en rajouter dans le démonstratif _ tout à fait… Le Konzerthausorchester Berlin est à la hauteur de la tâche avec un collectif puissant et des individualités majeures marquées par les pupitres de vents. Il déploie une palette de couleurs “fin de siècle” absolument superbes _ oui.

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    Les deux cycles de lieder Von ewige Leben _ sur des poèmes de l’immense Walt Whitman, excusez du peu ! _ pour soprano et orchestre et les Fünf Gesänge pour baryton et orchestre sont d’autres grands moments de ce disque. L’interprétation bénéficie des performances exemplaires _ oui _ de Chen Reiss et Matthias Goerne qui font de chaque phrase un bijou ciselé avec passion. Rompu à l’accompagnement de Liederabend, Christoph Eschenbach est un partenaire attentif qui soigne les nuances.

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    Ce programme, inédit dans son concept, est une réussite artistique et musicale _ absolue. Individuellement, il existe d’autres très bonnes interprétations de la Kammersymphonie (Franz-Welser Möst à Salzbourg pour Warner) ou de la Romantische Suite (James Conlon à Cologne pour Warner), mais cet album, magnifié par une prise de son de démonstration _ voilà _, est une référence _ tout simplement…

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    Son : 10 – Livret : 9 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

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    Pierre-Jean Tribot

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    _ ensuite, en date du 20 mai dernier, sur le site de ResMusica, un très bon article de Matthieu Roc, sobrement intitulé, lui, « Bel hommage de Christophe Eschenbach à Franz Schreker » :

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    Bel hommage de Christoph Eschenbach à Franz Schreker

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    Dans un très beau florilège de lieder et de pièces orchestrales baptisé « Le son lointain », comme son plus célèbre opéra, Christoph Eschenbach contribue à restituer à ce compositeur mal connu qu’est Franz Schreker le lustre qui lui a été usurpé.

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    Triste _ tragique _ destin musical, que celui de Franz Schreker. Après le démarrage de sa carrière sur des chapeaux de roue (triomphe de son opéra Der Ferne Klang en 1912, nomination au poste de directeur du conservatoire de Berlin en 1920…), sa carrière a été littéralement brisée par les nazis, qui l’ont persécuté et interdit de toute part. Il est étonnant _ et triste _ de constater que presque un siècle plus tard, Schreker peine encore _ pour quelles injustes raisons ? _ à reprendre la place qui est la sienne, celle d’un compositeur majeur _ voilà ! _ du début du XXᵉ siècle, de la même importance _ oui ! _ qu’un Gustav Mahler ou qu’un Richard Strauss. Certes, les mélomanes ont tous entendu parler de lui. Certes, on dispose de quelques belles gravures par-ci par-là, et on a joué il y a peu quelques-uns de ses plus beaux opéras (par exemple à Strasbourg en 2022, Der Schatzgräber), mais il nous manque toujours _ oui ! _ une belle intégrale, ou du moins de belles collections produites par des marques majeures. Espérons que ce très beau coffret publié par l’historique « Deutsche Grammophon Gesellschaft » marque le début d’une forme de reconnaissance et contribue à sortir Schreker de l’ornière où l’histoire l’a _ si injustement _ bloqué.

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    Le programme, composé comme une très longue symphonie lyrique _ oui _ en alternant des pièces orchestrales et des lieder avec orchestre, montre Schreker sous de nombreuses facettes _ en effet _ et donne une juste mesure de la profondeur _ le mot est très juste _ de son génie. Dès les premières mesures du _ sublimissime _ Nachtstück, on est saisi par la splendeur _ oui !!! _ des élans profonds et mesurés de ce nocturne, et par le scintillement _ vibrant et doux à la fois _ de cette nuit obscure. D’abord crépuscule nostalgique, la nuit devient peu à peu un océan magnifique de couleurs ombrées et trans-illuminées. Si Schreker fait parfois penser à ses contemporains, Mahler, Zemlinsky, Schönberg, et surtout Pfizner, il est avant tout quelqu’un qui a parfaitement appris, compris et digéré son Wagner _ sans doute. Plus mondaine, plus claire, la Valse lente apporte un peu de fraîcheur dans une œuvre toujours marquée par la gravité et la retenue _ les deux, en effet _ des émotions. La Kammersymphonie (déjà enregistrée par Eötvös, Gielen, Neuhold et Welser-Möst…) déploie ses chatoiements délicieux, et ses contrastes pseudo-mahlériens dans un luxe de couleurs proche de l’hallucination sonore. Tout aussi grisants et magnifiques _ oui _ sont la Kleine Suite et la Romantische Suite. Christoph Eschenbach est parfait _ voilà ! _ pour diriger ces œuvres, à la fois profondément lyrique _ oui... _, mais d’un lyrisme un peu gourmé, sans étalage excessif de sentimentalité. Il excelle surtout à tisser des lignes qui s’entrelacent et magnifient l’écriture subtile et raffinée _ oui _ de Schreker. Le Konzerthaus orchester de Berlin le suit admirablement dans ses intentions, très clair de texture _ oui, lumineux _, pouvant prendre à loisir des allures d’orchestre de chambre comme de grand philharmonique.

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    Schreker a laissé peu de Lieder, et ceux-ci sont des œuvres très abouties, riches _ à la fois _ par leur texte et par leur orchestration. Von ewigen Leben propose une méditation métaphysique d’une poésie dense _ des merveilleuses et somptueuses « Leaves of grass » , ce chef d’œuvre absolu de l’immense et sublime Walt Whitman _, à partir d’herbe, de feuilles ou de racine. La ligne de chant, acrobatique, s’insinue dans l’orchestration et s’y fond progressivement. Chen Reiss y est superbe à tout point de vue. Elle chante comme un ange _ oui ! _, se joue de tous les écarts de sa partie, et son élocution est très suffisante. Matthias Goerne, dans les Fünf Gesänge, est d’une trempe encore supérieure _ de présence _ : toujours royal voire prophétique _ voilà ! _, il trouve des couleurs de timbre qui se superposent à celles de l’orchestre et porte ses poèmes jusqu’à l’incandescence _ oui. Sa façon d’accepter la mort au terme de son cycle est simplement sublime _ oui.

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    Ceux qui aiment la Quatrième de Mahler, le Lied von der Erde de Mahler et la Lyrische Symphonie de Zemlinsky _ comparaisons tout à fait intéressantes ! _ n’hésiteront pas, et acquerront rapidement cet album magnifique _ indispensable même ! Il se situe au même niveau de grandeur, de poésie et de beauté _ voilà : c’est tout dire…

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    Franz Schreker (1878-1934) :

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    Nachtstück (tiré de l’opéra Der ferne Klang ) ; Valse lente ; Kammersymphonie ; Vom ewigen Leben (deux lieder) ; Fünf Gesänge für tiefe, oder mittlere Stimme (cinq lieder) ; Kleine Suite ; Romantische Suite op. 14.

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    Chen Reiss, soprano ; Matthias Goerne, baryton ; Konzerthausorchester Berlin, direction : Christoph Eschenbach.

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    2 CD Deutsche Grammophon.

    Enregistrés au Konzerthaus de Berlin en mars, mai et juin 2021.

    Texte de présentation et traductions en anglais.

    Durée totale : 127:19

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    _ et enfin, en date du 22 mai, l’article justissime, intitulé » « Le son d’un nouveau monde« , qu’a donné Jean-Charles Hoffelé, sur son site Discophilia :

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    LE SON D’UN NOUVEAU MONDE

    18 août 1912 : lorsque le rideau de l’Opéra de Francfort se lève sur la création du Son lointain _ l’opéra _, on est à deux ans de la première déflagration mondiale. Gustav Mahler s’était éteint l’année précédente. Est-ce une élégie à sa mémoire que Franz Schreker compose dans le saisissant nocturne _ la plage première, de 17′ 29″, du premier CD de ce double très riche album… _ qui sert d’entr’acte à son double CD intitulé Ferne Klang ? Christoph Eschenbach souligne l’hommage probable, comme il fera paraître derrière les diaprures de célesta de la Kammersymphonie les klangfarben de la Seconde École de Vienne.

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    À la croisée des chemins de la modernité, Franz Schreker perçoit la musique d’autres mondes, il échappera toujours aux écoles, mais pas à la fureur des Nazis qui détestent son art sensuel, ses teintes décadentes, ses sujets sexuels, simplement sa judéité _ voilà.

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    Avec son nouvel orchestre berlinois, Christoph Eschenbach raffine _ c’est somptueux ! _ les sensualités d’une écriture entre mystère et érotisme, avec ses touches d’or, son hommage à un romantisme déjà englouti (la Suite, Op 14) par les temps nouveaux, le ton un peu néo-baroque (avec saxophone) de la Kleine Suite, son panthéisme incarné dans Von ewigen Leben par une appropriation fascinante de deux poèmes de Walt Whitman dans leur traduction allemande dont Chen Reiss embaume les divagations de son timbre ambré _ c’est très exactement cela..

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    Merveille !, qui ne doit pas en cacher une autre, plus sombre et encore moins courue au disque. Ces Fünf Gesänge écrits à cheval sur la Grande Guerre – Schreker les commence en 1909 pour les parachever en 1922 – dont Matthias Goerne murmure les mystères teintés de symbolisme, caresse les abimes opiacés, cycle majeur du lied postromantique que le disque avait jusque-là confié à une mezzo. Le grand violoncelle du baryton en ouvre les abimes philosophiques, en dévoile les sombres paysages.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Franz Schreker (1878-1934)

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    Der ferne Klang – Nachtstück
    Valse lente
    Kammersymphonie
    2 lyrische Gesänge*
    5 Gesänge**
    Kleine Suite
    Romantische Suite, Op . 14

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    *Chen Reiss, soprano
    **Matthias Goerne, baryton
    Konzerthausorchester Berlin
    Christoph Eschenbach, direction

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    Un album de 2 CD du label Deutsche Grammophon 4863990

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    Photo à la une : le chef d’orchestre Christoph Eschenbach – Photo : © Marco Borggreve

     

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    Une réalisation absolument indispensable de beauté.

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    Écoutez-en ici les sublimissimes 17′ 28″ du Nachstück (intermède de l’acte III de l’opéra « Der Ferne Klang« )… 

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    Ce dimanche 28 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa