Étiquette : Discophilia

  • Ecouter à nouveau la Sonate n°2 pour violoncelle et piano (H.286, en 1941) de Bohuslav Martinu, cette fois par Barosz Koziak, violoncelle, et Radoslaw Kurek, piano, pour le label polonais Dux…

    Décidément le pas assez interprété Bohuslav Martinů (1890 – 1959) a présentement les faveurs des éditeurs de CDs :

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    après le superbe CD Pentatone PTC 5187 007 « Martinů Cello Sonatas » _ cf mon article du 7 janvier dernier « « … _,

    voici que le label polonais Dux nous présente un ultra-prenant CD Dux 1909 « Martinů – Cello Concerto N°2 – Sonata for Cello and Piano N°2« , par le violoncelliste Bartosz Koziak, le pianiste Radoslaw Kurek, et le Janacek Philharmonic Ostrava dirigé par Petr Popelka.

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    Et voici ce qu’en disent,

    et Jean-Charles Hoffelé, sur son site Discophilia, sous l’intitulé « Concerto de paysages« , en date du 11 janvier dernier ;

    et, en date du 29 décembre 2022, sur le site de ResMusica, Jean-Luc Caron, sous le titre de « Martinů à (re)découvrir avec le violoncelle opérant et zélé de Bartosz Koziak« .

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    Martinů à (re)découvrir avec le violoncelle opérant et zélé de Bartosz Koziak

    La Sonate n° 2 pour violoncelle et piano (1941) et le Concerto n° 2 pour violoncelle et orchestre (1945) de Bohuslav Martinů, composés aux États-Unis, reçoivent avec Bartosz Koziak une interprétation de _ très _ grande qualité.

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    Bohuslav Martinů, après avoir fréquenté le conservatoire de Prague, s’installe en France en 1923 où il établit sa réputation comme compositeur. Fuyant l’occupation allemande, il part en 1940 aux États-Unis et ne retournera en Europe qu’après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

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    Son vaste catalogue aborde pratiquement tous les genres musicaux et porte profondément les marques de ses origines culturelles, mais également des influences venues de la Renaissance (madrigal anglais), du concerto grosso de l’époque baroque, autant que du jazz. Élève de Roussel à Paris, il découvre Dukas aussi bien que Ravel, et laisse un catalogue riche d’environ quatre cents numéros _ mazette ! _ où l’on repère d’autres attributs comme ceux de l’esthétique debussyste.

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    On peut avancer que sa réputation internationale demeure encore _ hélas _ très en deçà de la valeur intrinsèque de sa musique. Est-ce en partie parce qu’il renonça initialement à la domination mélodique classique pour se concentrer sur la multiplication de brèves cellules ? Ou encore parce qu’il métamorphosa une débauche rythmique et polytonale vers des élans lyriques conduisant plus tard à une forme de néo-impressionnisme ? Ses états esthétiques successifs véhiculent néanmoins le plus souvent une atmosphère attachante et chaleureuse _ oui ! _, et une fréquentation plus régulière devrait _ très certainement _ emporter l’adhésion des auditeurs.

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    La Sonate n° 2 pour violoncelle et piano écrite peu après l’arrivée du compositeur en Amérique offre au piano, au cours du premier mouvement noté Allegro, une réelle abondance mélodique. Le Largo suivant, ample, est empreint d’un sentiment de méditation intense, mais ne se dispense nullement de hardiesses rythmiques. La sonate s’achève par un Allegro commodo tonique, où se profilent des rappels populaires. Le violoncelle chantant de Bartosz Koziak et le piano survolté de Radosław Kurek _ voilà ! _ élèvent cette riche partition au rang de chef-d’œuvre _ mais oui ! _ de la musique de chambre tchèque.

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    Le Concerto n° 2 pour violoncelle et orchestre, plus lyrique que son prédécesseur _ le n° 1, composé, lui, en 1930 _, d’allure néo baroque, ne fut publié qu’en 1964, une vingtaine d’années après son élaboration. L’Orchestre philharmonique Janaček basé dans la ville d’Ostrava démontre qu’il compte parmi les plus saillants du pays. Ses qualités exacerbées par la direction vigoureuse et rigoureuse du chef Petr Popelka (né en 1986) donnent une magnifique allure au Concerto, accentuant délicatement le paisible Moderato initial, soulignant le lyrisme touchant de l’Andante poco moderato et son engagement rythmique et incisif dans le final Allegro. Bartosz Koziak nous propose une interprétation de premier choix, adoptant habilement son jeu aux trois mouvements successifs et bien distincts voulus par le compositeur.

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    Bohuslav Martinů, ce monument de la musique tchèque, mérite une place de choix située non loin de Smetana, Dvořak et Janaček _ voilà. Ce CD paru chez Dux contribuera sans doute à la conforter par son engagement _ superbe _ et par son intégrité _ oui.

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    Bohuslav Martinů (1890-1959) :

    Concerto pour violoncelle et orchestre n° 2, H. 304 ;

    Sonate pour violoncelle et piano n° 2, H. 286.

    Bartosz Koziak, violoncelle ; Janáček Philharmonic Ostrava, direction : Petr Popelka ; Radosław Kurek, piano.

    1 CD DUX.

    Enregistré à la salle de concert du Janáček Philharmonic Ostrava du 2 au 4 juin 2021 et dans l’auditorium du centre européen Matecznik à Otrębusy le 26 juin 2022.

    Notice en polonais et en anglais. Durée : 51:03

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    CONCERTO DE PAYSAGES

    1945, de son exil américain Bohuslav Martinů célèbre la fin de la Deuxième Guerre mondiale dans un immense Concerto pour violoncelle, l’un des plus beaux écrits au XXe siècle, et qui reste _ trop  _ peu joué comparé à son autre concerto pour le même instrument. Il gorge son orchestre de paysages moraves _ voilà _, fait chanter à son violoncelle des mélodies tour à tour dansées ou nostalgiques, également pénétrées d’idiomes tchèques. Les trois mouvements sont portés par une constante rythmique, l’Andante y compris, que Bartosz Koziak a la belle idée de prendre en tempo vif, chantant et ornant jusqu’à l’ivresse _ voilà.

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    Comme sa lecture est belle, jusqu’à la grande cadence songeuse du Finale qu’il donne dans son intégralité, grâce aussi à son Guadagnini hérité de Dezyderiusz Danczowski (le père de Kaja Danczowska si je ne m’abuse, lecture lyrique, chaleureuse, et d’un feu enthousiasmant dans ce Finale aux allures de furiant que la formation d’Ostrava flamboie. Voilà la nouvelle version que j’espérais _ rien moins ! _ de ce chef-d’œuvre depuis celle si sentie de Sacha Večtomov _ au sein du double CD Supraphon SU 3586-2 112 ; qu’amateur fidèle et passionné de Martinů je possède aussi…

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    Complément parfait, avec la Deuxième Sonate où le rejoint le piano évocateur _ oui, très vivant _ de Radosław Kurek, œuvre qui ouvrait l’exil américain, œuvre au noir, d’une puissance dramatique certaine _ oui ! _, qui ne renonce pas aux danses et aux chants tchèques. Bartosz Koziak s’en saisit de son archet diseur, merveille d’un violoncelliste dont chaque disque est précieux _ voilà !!! _ et qui n’en est pas à son coup d’essai chez Martinů _ à suivre de très près, par conséquent…

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    Puisse-t-il demain nous donner _ aussi _ les premiers Concerto et Sonate !
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    LE DISQUE DU JOUR

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    Bohuslav Martinů
    (1890-1959)

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    Concerto pour violoncelle et orchestre No. 2, H. 304
    Sonate pour violoncelle et piano No. 2, H. 286

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    Bartosz Koziak, violoncelle
    Radosław Kurek, piano
    Janáček Philharmonic Orchestra (Janáčkova filharmonie Ostrava)
    Petr Popelka, direction

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    Un album du label DUX Records 1909
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    Photo à la une : le violoncelliste Bartosz Koziak – Photo : © DR

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    Et pour un plus,

    voici aussi la vidéo d’un enregistrement live sur un site polonais, Kwarantanna, de ces deux interprètes, Bartosz Koziak et Radoslaw Kurek,

    comportant, à partir de 29′ 58″, cette Sonate n°2 pour violoncelle et piano H. 286 (de 1941) de Bohuslav Martinů…

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    Une superbe musique

    en de superbes interprétations !

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    Cf aussi mon article du 7 janvier dernier : 

    « « …

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    Ce mercredi 18 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une enthousiasmante nouvelle intégrale des Symphonies de Beethoven par l’épatant Yannick Nézet-Séguin à la tête du Chamber Orchestra of Europe ! Ou l’exaltation emballante de la vie même…

    La nouvelle Intégrale _ absolument emballante de vivacité _ des Symphonies de Beethoven que propose Deutsche Grammophon, en un coffret de 5 CDs 486 3050, par Yannick Nézet-Séguin à la tête du Chamber Orchestra of Europe,

    est tout simplement magnifique de vie !

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    Soit l’exaltation de la vie même !

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    Et j’apprécie, pour ma part, les interprètes qui font valoir le flux le plus vivace de la vie dans Beethoven,

    tels, par exemple, les pianistes Stephen Kovacevich ou Ronald Brautigam, qui jouent Beethoven comme si celui-ci, avec la passion intense et exaltante qui l’anime, improvisait au piano…

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    J’abonde absolument, par conséquent, dans le sens de l’article de Christophe Huss, intitulé « «Beethoven. The Symphonies»: Yannick Nézet-Séguin surprend dans Beethoven« , paru dans Le Devoir, le 9 juillet 2022 :

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    Yannick Nézet-Séguin et une partie des musiciens de l’Orchestre de chambre d’Europe offrent une somme cohérente, tonique, chambriste, soudée, dans laquelle les individualités ressortent nettement au sein d’un collectif réduit. Cette affirmation du génie individuel au sein de la société est tout à fait dans l’esprit Beethoven.
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    Photo: Michael Gregonowits Yannick. Nézet-Séguin et une partie des musiciens de l’Orchestre de chambre d’Europe offrent une somme cohérente, tonique, chambriste, soudée _ oui _, dans laquelle les individualités ressortent nettement au sein d’un collectif réduit. Cette affirmation du génie individuel au sein de la société est tout à fait dans l’esprit Beethoven _ absolument…

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    La réputée étiquette Deutsche Grammophon fera paraître, le vendredi 15 juillet, une nouvelle intégrale des Neuf Symphonies de Beethoven. Le successeur de Herbert von Karajan, Karl Böhm, Leonard Bernstein et Claudio Abbado en la matière au sein de ce catalogue n’est nul autre que Yannick Nézet-Séguin. Le chef québécois y dirige l’Orchestre de chambre d’Europe. Le Devoir a écouté, savouré, puis discuté avec le chef.

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    Lorsque la photographie de couverture du futur coffret des Neuf Symphonies de Beethoven chez DG avec Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre de chambre d’Europe a commencé à circuler au printemps, les traditionnels « encore ? » et « à quoi bon ? » n’ont pas tardé à émerger sur les réseaux sociaux.

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    L’auditeur, qui aujourd’hui, en écoutant les Symphonies, de la Première à la Neuvième, suit le parcours musical du chef et de ces musiciens qui, il y a trente ans, marquèrent la discographie Beethoven dans l’intégrale dirigée par Nikolaus Harnoncourt, aura-t-il vraiment encore l’outrecuidance de poser ces questions ? _ Non !

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    L’individu

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    La pertinence esthétique _ voilà ! _, la cohérence et la singularité de cette nouvelle intégrale apparaissent très vite _ mais oui. Yannick Nézet-Séguin et une équipe de musiciens offrent une somme cohérente, tonique _ oui _, chambriste _ à très juste titre ! _, soudée, dans laquelle les individualités ressortent nettement au sein d’un collectif réduit. Cette affirmation du génie individuel au sein de la société est tout à fait dans l’esprit Beethoven  _ oui _ et, orchestralement, nous sommes proches du modèle français, avec des vents mis en valeur _ voilà ; et avec la lumineuse ligne claire, chambriste, des Français….

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    « Si j’avais à décrire l’Orchestre de chambre d’Europe (COE) en une phrase, l’idée des individualités dans le collectif, c’est ce que j’avancerais, nous confie Yannick Nézet-Séguin. C’est ce qui les rend uniques dans le paysage musical et qui fait que j’adore faire de la musique avec eux. Il faut savoir tirer parti de cette qualité. Ces musiciennes et musiciens, qui se retrouvent quelques fois dans l’année, jouent Beethoven par ailleurs avec leurs orchestres respectifs. Mon rôle est de réveiller cette flamme en eux. » _ la flamme, voilà. Le chef tient à ce que les instrumentistes ne cherchent pas à retrouver leurs habitudes, par exemple dans l’équilibre entre les bois et les cordes.

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    « Qui fait quoi et comment organise-t-on la hiérarchie, dans des symphonies qui ont reposé tant d’années sur la suprématie de cordes ? », se demande le chef, qui se souvient de sa première 9e de Beethoven à Philadelphie en 2012 : « Je me suis dit : il va falloir trouver un terrain d’entente ». Il était conscient du chemin, mais se déclare très satisfait de la récente intégrale en concert avec son orchestre américain à Philadelphie et à New York.

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    L’équilibre, dans Beethoven, pour Yannick Nézet-Séguin, « ce n’est pas qu’une question de nombre, c’est vraiment dans l’écoute. Dans Beethoven, ce qui m’intéresse ce n’est pas que la mélodie, c’est tout ce qui se passe au milieu, les détails du 2e mouvement de Pastorale. Nous sommes allés loin dans la caractérisation des figures d’accompagnement. »

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    Yannick Nézet-Séguin souligne le défi physique de l’enregistrement, sur deux semaines _ certes _ : « La partie des deuxièmes violons étant beaucoup plus exigeante que celle des premiers violons, dans la moitié des symphonies les premiers jouent la partie des seconds. » Avantage collatéral : sortir les musiciens de leur zone de confort. Quant à la présence de trompettes naturelles, elle change la couleur, et c’est un hommage à Nikolaus Harnoncourt, qui avait fait ce choix.

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    Nouveau texte

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    Pour plus de contact avec l’action musicale, DG a opté pour un son compact et dense, qui ne se dilue aucunement dans une réverbération factice : « C’est un gros sujet de travail avant, pendant et après, qui s’étend sur plusieurs années. La salle de Baden-Baden a un son très neutre. C’est une qualité. Mon idée était d’aller chercher les timbres de la manière la plus vraie possible, et je voulais une impression de proximité. C’est un travail énorme, surtout en postproduction, pour tirer le meilleur de chaque timbre. Je ne suis pas très control freak comme chef, mais quand il s’agit d’enregistrements j’aime participer au processus. »

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    Deutsche Grammophon a cherché à donner une autre valeur ajoutée et légitimité à l’entreprise. L’intégrale Nézet-Séguin est la première réalisée à partir de la nouvelle édition _ voilà _ des partitions publiée chez Breitkopf. Il s’agit, pour être précis, de la « Neue Gesamtausgabe » (nouvelle édition complète) des œuvres de Beethoven, publication musicologique (dite « Urtetxt ») de partitions par les Éditions G. Henle. Breitkopf & Härtel est l’éditeur du matériel d’orchestre et de la partition de direction.

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    L’éditeur des disques espère que cette première entraînera un effet de curiosité. Cela dit, on a déjà largement fait le tour de l’univers de Beethoven. Il s’agit surtout pour Henle et Breitkopf de « reprendre la main » sur leur concurrent Bärenreiter, qui accapare le marché depuis vingt ans avec une édition critique, dite « édition Del Mar », du nom du musicologue chargé du projet.

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    La grande révolution de l’édition Del Mar avait été d’imposer de jouer le 2e mouvement de Pastorale avec des sourdines. Il y avait aussi un gros travail sur la notation de l’accentuation des notes, Beethoven utilisant tantôt des traits tantôt des points.

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    La question des partitions pose problème au critique puisque à défaut de les avoir — certaines ne sont pas encore disponibles, et Breitkopf ne consent qu’à fournir au commentateur la préface et le commentaire critique de la Neuvième et d’une symphonie de son choix ! — il est quasiment impossible de savoir si telle originalité que l’on entend est une intuition du chef ou un changement induit par la partition nouvellement utilisée.

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    EN CONCERT

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    Beethoven dans Lanaudière

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    Grand week-end Beethoven en vue au Festival de Lanaudière. L’Akademie für Alte Musik Berlin vient donner trois concerts les 15, 16 et 17 juillet. Le principe est le même que dans les enregistrements parus chez Harmonia Mundi : les Symphonies nos 3, 5 et 6  seront mises en regard d’œuvres de leur temps véhiculant les mêmes idées : Grande symphonie caractéristique pour la paix de Wranitzky avec l’Héroïque, 1re Symphonie de Méhul avec la Cinquième, et Le portrait musical de la nature de Knecht, modèle avéré de Pastorale.

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    Yannick Nézet-Séguin et l’OM cet été

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    Yannick Nézet-Séguin dirigera l’Orchestre Métropolitain dans la 5e Symphonie de Beethoven au pied du Mont-Royal le 2 août à 20 h. Le tandem se produira avec le même programme au Festival des arts de Saint-Sauveur le 5 août à 20 h. Dans les festivals, Le Domaine Forget accueillera l’OM, son chef et Antoine Tamestit le 23 juillet, et le Festival de Lanaudière prendra fin avec deux concerts les 6 et 7 août, présentant notamment le 1er Acte de La Walkyrie et le Concerto pour piano de Schumann avec Hélène Grimaud.

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    En résumé, les modifications du texte musical touchent surtout des articulations. Les deux modifications qu’on remarque le plus sont un doublement à l’octave par les trompettes de certaines ponctuations du finale de la 7e Symphonie (ça fait pouet pouet, et c’est étrange) et l’ajout d’un contrebasson dans le final de la 9e. Côté idées particulières de Yannick Nézet-Séguin, la plus saisissante est l’emballement conquérant _ voilà _ à 3 minutes 49 secondes du final de l’Héroïque.

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    Au-delà de la musicologie

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    La question de l’utilisation d’une nouvelle partition pose cependant une question de philosophie interprétative. Lorsque l’édition Bärenreiter était sortie, la première intégrale, celle de David Zinman _ excellente ! _, était comme une carte de visite sonore de cette édition. Le chef d’orchestre ne perd-il pas sa liberté d’expression à s’engager dans un tel projet ? « C’était le piège dans lequel j’ai essayé de ne pas tomber », avoue Yannick Nézet-Séguin. « L’idée de l’intégrale avec l’Orchestre de chambre d’Europe date d’il y a environ 10 ans, donc bien avant l’existence de nouvelles partitions, et ce que j’ai à dire dans ces symphonies avec cet ensemble dépasse l’édition. Nous avons respecté les quelques différences et les avons fait valoir, mais il s’agit de détails, des changements d’articulation notamment. » Yannick Nézet-Séguin considère que le nouveau texte « simplifie certaines questions » : « Il y a certains moments où Del Mar, à force de mettre des chevrons partout et des parenthèses, nous perd. Cette édition Breitkopf simplifie les solutions en étant moins obsédée à nous livrer toutes les pistes. »

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    Au-delà de la musicologie, Yannick Nézet-Séguin opte surtout pour des solutions pragmatiques. Pour lui, le tempo de marche du solo de ténor dans la Neuvième est dicté « par ce qu’il y a après » : « La fugue est d’une qualité incroyable, Beethoven s’envole _ voilà _ avec son désespoir. Alors on trouve le bon tempo de la fugue et on recule. Le tempo de la marche découle de cela. »

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    Dans l’ensemble, l’intégrale COE/Nézet-Séguin est une somme très pertinente qui, 30 ans après Harnoncourt, repositionne l’Orchestre de chambre d’Europe dans le champ des éminents contributeurs à la cause beethovénienne, et efface, chez DG, la catastrophe industrielle de l’intégrale Nelsons-Vienne de 2019, qui venait après une désastreuse intégrale studio Abbado-Berlin (1999), si insignifiante que le chef l’avait fait retirer et remplacer par les bandes sonores de concerts donnés à Rome en 2001.

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    Dans l’esthétique Nézet-Séguin, le seul concurrent direct est l’intégrale de Paavo Järvi avec la Deutsche Kammerphilharmonie chez RCA.

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    Beethoven. The Symphonies

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    Siobhan Stagg, Ekaterina Gubanova, Werner Güra, Florian Boesch, Accentus, Orchestre de chambre d’Europe, Yannick Nézet-Séguin. DG, 5 CD, 486 3050. Parution le 15 juillet.

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    Et aussi ce très juste article en date du 22 juillet 2022, sous la plume de François Hudry, intitulé « Le nouveau Beethoven de Nézet-Séguin » :

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    Le nouveau Beethoven de Nézet-Séguin

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    Par François Hudry |
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    Le chef canadien Yannick Nézet-Seguin signe une impressionnante _ et jubilatoire _ intégrale des symphonies de Beethoven reposant sur une nouvelle édition critique. Passionnant _ oui !

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    Voilà longtemps que les partitions des neuf symphonies de Beethoven font l’objet de soins attentifs de la part des chefs d’orchestre et des musicologues. Ensemble, ils ont édité des « éditions originales » venant corriger les éditions fautives accumulant les erreurs à la suite de l’inattention des premiers éditeurs et des mauvaises interprétations des manuscrits quelquefois indéchiffrables. Ils sont remontés aux sources en s’aidant notamment des partitions utilisées à l’époque de leur création.

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    En 1982, le chef d’orchestre Igor Markevitch avait déjà publié une édition rigoureuse et documentée à la tête d’une équipe de musicologues chevronnés, puis ce fut le tour de Norman Del Mar de diriger une nouvelle édition chez Bärenreiter en 1997. Aussitôt enregistrée par David Zinman à la tête de l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich, cette intégrale d’une grande valeur musicale _ oui ! _ passa malheureusement presque inaperçue _ pas tout à fait : ainsi mon disquaire préféré, Vincent Dourthe _ à côté des nouvelles versions « historiquement renseignées » qui avaient alors le vent en poupe.

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    C’est maintenant au tour de Yannick Nézet-Seguin de proposer chez Deutsche Grammophon une intégrale reposant sur une toute nouvelle édition critique, la New Beethoven Complete Edition, dans laquelle on trouve de menus détails d’articulation et d’expression. Ce qui compte en définitive dans ce nouvel enregistrement, réalisé au cours de quatre concerts donnés _ en suivant _ en juillet 2021 avec l’Orchestre de Chambre d’Europe, c’est la position historique d’un jeune chef très doué et ayant parfaitement assimilé les modes de jeux et le style retrouvés par ses aînés, notamment Nikolaus Harnoncourt dont l’intégrale à la tête de ce même orchestre avait fait sensation _ en effet _ lors de sa parution en 1990 (Teldec).

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    Moins radical que ses prédécesseurs, Harnoncourt, Brüggen ou Norrington, le chef canadien recherche avant tout à souligner « la manière dont la musique de Beethoven peut nous surprendre _ et nous toucher au cœur _ aujourd’hui. » Ses tempos sont souvent vifs _ oui _, les articulations saillantes, sans emphase ni ego surdimensionné _ c’est cela. C’est une approche enjouée, humble et vivante _ oui, oui, oui _ qui rend à Beethoven toute sa brûlante actualité _ en sa flamme lumineuse _ avec un classicisme _ oui _ d’où toute excentricité _ d’un quelconque maniérisme _ est _ très heureusement _ bannie.

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    Voici aussi, encore, le bel article, intitulé « Renouveau« , de Jean-Charles Hoffelé, sur son excellent site Discophilia, le 24 décembre dernier,

    et qui m’a incité à me procurer illico presto cette très réjouissante nouvelle Intégrale par Yannick Nézet-Séguin,

    qui tout simplement m’emballe et m’enchante ! :

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    RENOUVEAU

    Londres, début des années 1980, Michael Tilson Thomas, prenant de cours les adeptes de l’interprétation beethovénienne historiquement informée, enregistrait avec l’English Chamber Orchestra, dans les studios d’Abbey Road, une intégrale des Symphonies rendue à l’effectif des orchestres viennois de son temps _ une très judicieuse initiative !

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    Stupeur et tremblement dont l’écho se prolonge jusqu’à nos jours. David Zinman en reprendra _ non moins excellemment _  l’esprit sinon la lettre, aujourd’hui Yannick Nézet-Séguin, dans un beau coffret trop peu discuté chez nous _ depuis sa parution, le 15 juillet dernier _, ressuscite la lettre et l’esprit de cet acte pionnier, y ajoutant son tempérament si physique, idéalement marié à la grammaire beethovénienne _ mais oui _  et rappelant que oui, dans les temps de révolution, la lettre est bien l’esprit.

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    Écoutez comment fuse le Finale de la Quatrième, l’articulation du quatuor qui crépite chaque note, et puis, immédiatement le mouvement impérieux qui emporte la Septième Symphonie, ce Vivace cravaché.

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    Tout ici renouvelle l’écoute jusque dans une Neuvième fabuleuse (avec une partie de contrebasson retrouvée, tendez l’oreille !), vrai cosmos de sons qui ouvre sur de nouveaux mondes ; mais écoutez d’abord le con fuoco de la 8e (pas entendu ainsi depuis Scherchen), les idylles et les orages de la Pastorale dont le verni est ôté, l’élan épique de l’Eroica, fusant, irrésistible.

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    Alors oui, vous saurez que cette intégrale ne doit pas vous manquer _ en effet.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Ludwig van Beethoven(1770-1827)

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    Les Symphonies (Intégrale)

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    No. 1 en ut majeur, Op. 21
    No. 2 en ré majeur, Op. 36
    No. 3 en mi bémol majeur, Op. 55
    « Eroica »

    No. 4 en si bémol majeur, Op. 60
    No. 5 en ut mineur, Op. 67
    No. 6 en fa majeur, Op. 68
    « Pastorale »

    No. 7 en la majeur, Op. 92
    No. 8 en fa majeur, Op. 93
    No. 9 en ré mineur, Op. 125 « Chorale »

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    Siobhan Stagg, soprano – Eketarina Gubanova, mezzo-soprano – Werner Güra, ténor – Florian Boesch, basse – Accentus

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    Chamber Orchestra of Europe
    Yannick Nézet-Séguin, direction

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    Un coffret de 5 CD du label Deutsche Grammophon 4863050
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    Photo à la une : le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin – Photo : © Michael Bode

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    Bravissimo, donc, maestro Nézet-Séguin !

    Et merci !

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    Ce mardi 27 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découvrir et écouter les sensuelles Chansons d’Ottorino Resphigi (suite)…

    Après le très beau CD Pentatone 5186 872 « Respighi Songs » du ténor Ian Bostridge et la pianiste Saskia Giorgini

    _ cf mon article «  » du 26 janvier 2022 _,

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    voici que le CD Bis SACD 2632 vient nous proposer à son tour un superbe « Crepuscolo _ Songs by Ottorino Respighi« , par le ténor Timothy Fallon, accompagné, au piano, par Ammiel Bushakevitz

    _ cf l’article, le 29 août 2022, de Jean-Charles Hoffelé, sur son site Discophilia, intitulé « Le Chant du faune« … _,

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    afin de mieux parfaire notre découverte de l’œuvre du grand Ottorino Respighi (Bologne, 9 juillet 1879 – Rome, 18 avril 1936) …

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    LE CHANT DU FAUNE

    Ian Bostridge hier _ cf mon article «  » du 26 janvier dernier… _, Timothy Fallon aujourd’hui,

    les ténors anglais ou américains sont au disque, depuis l’exemple princeps laissé par Robert Tear qui grava la version avec orchestre de Deità silvane, les seuls défenseurs des merveilles que Respighi leur aura expressément écrites (même si les sopranos se les sont attribuées parfois) avec en tête les timbres, la vocalité spécifique, des grands ténors italiens de son temps.

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    Pourtant, Timothy Fallon, dont la voix est autrement ample, caractérisée, que les blancheurs magiques de Ian Bostridge, replace idéalement _ voilà _ ce grand bouquet dans le paysage de la mélodie italienne depuis Martucci, conjuguant l’exaltation des sentiments et la sensualité d’une écriture _ oui _ qui se réfugie dans l’imaginaire antique pour mieux exposer son érotisme _ c’est cela.

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    Admirablement chanté, avec des abandons qui ne sont jamais langueurs, et le feu des mots _ oui _ toujours débordant la ligne vocale, admirablement accompagné aussi par un pianiste qui fond son clavier dans les timbres de son ténor, l’album dore ses paysages et ses apparitions dans une prise de son magnifique, donnant de l’espace pour le grand engloutissement d’In alto mare, une minute saisissante qui rappelle que Respighi fut aussi _ mais oui _ un génie du théâtre lyrique.

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    Sensualité, vertige, panthéisme s’allient _ voilà _ grâce à ces deux interprètes inspirés par cette atmosphère décadente, quasi D’Annunzienne _ oui _, qui je crois bien est ici saisie, hors Tramonto, pour la première fois.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Crepusculo

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    Ottorino Respighi (1879-1936)

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    Deità silvane, P. 107
    6 Melodie, P. 89 (2 extraits : No. 1. In alto mare ; No. 2. Abbandono)
    Contrasto, P. 66
    L’ultima ebberezza, P. 8
    Stornellatrice, P. 69
    5 Canti all’antica, P. 71
    Storia breve, P. 52
    6 Liriche, Series 1, P. 90 (2 extraits : No. 1. O falce di luna ; No. 6. Pioggia)>
    6 Liriche, Series 2, P. 97 (extrait : No. 6. Il giardino)
    Lagrime, P. 9
    4 Scottish Songs, P. 143
    Notturno in E-Flat Major, P. 11
    Nebbie, P. 64

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    Timothy Fallon, ténor
    Ammiel Bushakevitz, piano

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    Un album du label BIS Records BIS 2632

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    Photo à la une : le ténor américain Timothy Fallon et le pianiste Ammiel Bushakevitz, à droite – Photo : © Kirsten Nijhof

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    À découvrir, donc,

    avec très grand plaisir…

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    Ce samedi 24 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une absolument splendide « Psyche » de Matthew Locke, par Sébastien Daucé et son Ensemble Correspondances

    L’assez récent CD « Psyche » de Matthew Locke par Sébastien Daucé à la tête de son _ toujours _ très remarquable Ensemble Correspondances,

    est une enchanteresse réussite.

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    M’en avaient déjà prévenu les articles,

    le 23 septembre dernier, de Jean-Charles Hoffelé « Restauration et Restauration » sur son site Discophilia ;

    et, le 30 octobre dernier, de Cécile Glaenzer « Psyche de Locke, des rives de la Seine à celles de la Tamise« , sur le site Discophilia.

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     Et puis voici, en date d’hier 19 décembre, l’article « La Psyche de Matthew Locke, l’opéra emblématique de la Restauration anglaise » de Jean Lacrois sur le site Crescendo.

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    Voici donc ces 3 recensions _ avec mes farcissures _ de ce superbe très réjouissant double CD :

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    RESTAURATION ET RESTAURATION

    La musique de Draghi est perdue, part probablement considérable de ce « dramatic opera in five acts » qui sacra l’apogée du nouveau style musical florissant avec la Restauration entreprise par Charles II. Foin du puritanisme _ cromwellien _, les théâtres rouvraient, les musiciens s’émancipaient des rigueurs de la morale, le plaisir et la licence reprenaient possession des planches _ le roi Charles II (1630 – 1685) était une digne petit-fils du Vert-galant, son grand-père maternel, Henri IV… Matthew Locke (Exeter, 1621 – Londres, 1677) sera le parangon de cette renaissance des plaisirs _ oui ! _, partageant la mise en musique de la pièce de Shadwell avec un confrère italien _ Giovanni-Battista Draghi (Rimini, 1640 – Londrres, 1708) _, pratique courante qu’il avait déjà mise en œuvre dans son Cupid and Death où la plume de Christopher Gibbons avait pris sa part.

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    Si le spectacle de Psyché se veut anglais, ses sources dramatiques sont françaises, Molière, puis Molière vu par Quinault pour la Psyché de Lully _ représentée pour la première fois le 19 avril 1678 à l’Académie royale de musique, à Paris _, et jusque dans sa musique transparaissent des couleurs versaillaises, ce que Sebastien Daucé et sa brillante troupe suggèrent _ superbement…

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    Puisque les portées de Draghi ont disparu, ils iront chercher un peu d’ultra-montain dans le Lamento de la Psyché de Lully, choix logique et éclairant. Ailleurs, tout sera pris au bord de la Tamise, danses d’anonymes pleines de caractère, les cahiers de musique instrumentale de Locke augmentant considérablement les parties vocales que Philip Pickett assemblaient sur un seul disque pour L’Oiseau-Lyre en 1994 _ je viens de le ré-écouter : l’interprétation manque beaucoup du relief et des vives couleurs que savent y mettre Sébastien Daucé et son excellent Ensemble Correspondances ! _, les paysageant de brèves pièces instrumentales de Draghi fatalement exogènes à Psyché. Seul avantage de la version pionnière, un anglais plus naturel _ mais c’est bien mince…

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    Revisité ainsi dans de vastes largeurs _ certes _, l’ouvrage prend toute l’ampleur d’un opéra en cinq actes inspiré par la tragédie lyrique, mais dont la structure est infiniment plus libre, annonçant l’univers de haute fantaisie des Masques, rendant à Psyché son caractère pionnier où John Blow (Newarck-on-Trent, 1649 – Londres, 1708) et Henry Purcell (Londres, 1659 – Londres, 1695) tremperont leurs plumes de théâtre _ en effet ! Et, pour moi, ce moment des rois Stuart de la Restauration offre le plus sublime moment de la musique anglaise…

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    La reconstitution est fastueuse _ oui : vraiment !!! _, vraie restauration qui permet de prendre la mesure de cette œuvre _ en effet _ magnifique. L’élan, les inventions, les caractères, la grâce _ oui _ des musiques de Locke trouvent dans le regard tendre et brillant que leur adressent Sébastien Daucé et ses amis, un souffle, une éloquence, une poésie qui ne voudront plus vous faire quitter ses enchantements _ voilà le mot le plus juste qui soit !

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    Allez, maintenant Cupid and Death, qui depuis l’ancienne proposition madrigalesque d’Anthony Rooley espère retrouver un tel théâtre.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Matthew Locke (1621-1677)
    Psyché. The English Opera

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    Caroline Weynants, soprano (Première Furie, Première Nymphe, Premier amant Élyséen)
    Caroline Bardot, soprano (Seconde Furie, Première Femme, Seconde Nymphe, Trosième amant Élyséen)
    Deborah Cachet, soprano (Seconde Femme, Troisième Furie, Proserpine, Deuxième amant Élyséen)
    Lieselot de Wilde, soprano (Vénus, Seconde Furie)
    Lucile Richardot, mezzo-soprano (Le grand Prêtre, Une femme affligée, Dieu de la Rivière, Quatrième Furie)
    David Tricou, contre-ténor (Premier Cyclope, Premier Chanteur, Cinquième Démon)
    Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor (Second Chanteur, Troisième Démon, Apollon)
    Marc Mauillon, ténor (Second Homme, Troisième Cyclope, Mars, Sixième Démon)
    Antonin Rondepierre, ténor (Premier Homme affligé, Praesul, Premier Chanteur)
    Davy Cornillot, ténor (Second Chanteur, Quatrième Démon)
    Nicolas Brooymans, basse (Pan, Premier Homme, Deuxième Homme affligé, Quatrième Cyclope, Pluton)
    Renaud Bres, basse (Jalousie, Deuxième Cyclope, Deuxième Démon)
    Étienne Bazola, basse (Vulcain, Premier Démon, Bacchus)

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    Ensemble Correspondances
    Sébastien Daucé, direction

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    Un album de 2 CD du label harmonia mundi HMM 905325.26

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    Photo à la une : le chef Sébastien Daucé – Photo : © DR

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    Puis :

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    Psyche de Locke, des rives de la Seine à celles de la Tamise

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    Une nouvelle fois, Sébastien Daucé fait oeuvre de découvreur, en reconstituant _ oui _ la partition de Psyche Matthew Locke : un opéra emblématique de la Restauration anglaise.

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    L’opéra anglais de la fin du XVIIᵉ siècle est une forme hybride unissant musique et dialogues parlés. Il doit beaucoup à l’influence des tragédies-lyriques et des comédies-ballets de Lully, appréciées par le roi Charles II pendant son exil à la cour de France _ oui. La Psyché de Lully en 1671 connut un succès dont l’écho dépassa les frontières. C’est le roi lui-même qui commande sur ce thème ce qui sera le premier opéra anglais, sollicitant Shadwell pour le livret, Locke et Draghi pour la musique, ce dernier se voyant confier la musique des danses. Malheureusement, l’édition de 1675 qui nous est parvenue ne comprend que la musique de Locke, celle de Draghi semble perdue. Sébastien Daucé est allé puiser dans la musique instrumentale de Locke et dans un recueil de danses anonymes de l’époque pour compléter les lacunes de la partition originale _ voilà _ et ainsi reconstruire une nouvelle Psyché dans son intégralité musicale _ oui.

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    Si la Psyche anglaise emprunte à la musique de Lully et au texte de Molière/Quinault/Corneille presque littéralement traduit, elle comporte _ aussi _ des éléments typiquement britanniques : grounds, pompes martiales, hymnes, et surtout scènes grotesques qui rapprochent le semi-opéra du théâtre shakespearien _ oui. Un mélange de tragédie antique et de féérie baroque _ oui. Si on rajoutait à l’œuvre les textes parlés qui lui appartiennent, le spectacle en cinq actes durerait près d’une demi-journée… Les nombreuses didascalies du livret d’accompagnement permettent d’imaginer toute la magnificence des représentations, de palais en forêts, de jardins féériques en grottes infernales. Et l’absence de Psyché parmi les rôles chantés (elle fait partie des personnages dont le rôle est exclusivement parlé) et son omniprésence dans l’histoire font de l’héroïne une autre Arlésienne. A la fin du second acte, le chef a choisi d’ajouter en guise d’intermède la Plainte italienne (de 10′ 53) extraite de la Psyché de Lully, pour faire écho au magnifique quatuor des Amants désespérés qui la précède. Dans le rôle de la Femme affligée, la voix incomparable de Lucile Richardot y fait merveille _ oui.

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    Sébastien Daucé a réuni pour cet enregistrement une distribution vocale éblouissante _ mais oui ! _, la fine fleur de l’opéra baroque, déjà convoquée pour le _ sublime CD du _ Ballet Royal de la Nuit : Caroline Weynants, Deborah Cachet, Caroline Bardot, Lucile Richardot, Étienne Bazola, Nicolas Brooymans, Marc Mauillon, Paul-Antoine Bénos-Djian … il faudrait les citer tous tant ils sont remarquables et d’une diction irréprochable. La truculence des voix de basses dans les intermèdes comiques ou guerriers, la souplesse des pupitres aigus, la théâtralité assumée par tous font de cette interprétation un modèle du genre _ oui. Deux voix sont à mettre en exergue pour leur belle maîtrise d’un ambitus exceptionnellement étendu : celle du ténor Marc Mauillon qui incarne le dieu Mars et un Homme désespéré, et celle de Lucile Richardot (successivement Grand Prêtre, Femme affligée, Dieu de la rivière et Furie) qui passe avec l’aisance qu’on lui connait du grave chaleureux aux aigus solaires. L’orchestre et le continuo font preuve d’une très grande variété dans la dynamique _ oui _, pour rendre toute l’inventivité et la rythmique de cette écriture riche _ en effet _ en surprises. Une œuvre dont on découvre de nouvelles richesses à chaque réécoute _ absolument ! Et que l’on rêve de voir un jour sur scène avec tous les fastes qui l’accompagnent.

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    Matthew Locke (1621-1677) / Giovanni Battista Draghi (c. 1640 – enterré en 1708) :

    Psyche, opéra dramatique en 5 actes.

    Livret de Thomas Shadwell d’après Molière, Quinault, Corneille et Lully (Psyché).

    Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Marc Mauillon, ténor ; Nicolas Brooymans, basse ; Renaud Bres, basse ; Caroline Weynants, soprano ; Caroline Bardot, soprano ; Lieselot de Wilde, soprano ; Deborah Cachet, soprano ; Antonin Rondepierre, ténor ; Étienne Bazola, basse ; David Tricou, contre-ténor ; Davy Cornillot, ténor ; Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor ;

    Ensemble Correspondances ;

    Sébastien Daucé : orgue, clavecin et direction.

    2 CD Harmonia Mundi. Enregistrés à St Omer en juillet et août 2020.

    Livret français/anglais.

    Durée totale : 1h47’

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    Et puis celle de tout juste hier :

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    La Psyche de Matthew Locke, l’opéra emblématique de la Restauration anglaise

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    LE 19 DÉCEMBRE 2022 par Jean Lacroix
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    Matthew Locke (c. 1621-1677) :

    Psyche, opéra dramatique en cinq actes.

    Caroline Weynants, Caroline Bardot, Lieselot de Wilde et Deborah Cachet, sopranos ; Lucile Richardot, mezzo-soprano ; et Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténors ; Marc Mauillon, Antonin Rondepierre et Davy Cornillot, ténors ; Etienne Bazola, Nicolas Brooymans et Renaud Bres, basses ;

    Ensemble Correspondances, direction Sébastien Daucé.

    2022. Notice en français et en anglais. Livret complet en anglais, didascalies comprises, avec traduction française. 107.00. Un album de deux CD Harmonia Mundi HMM 905325.26.

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    Le futur Charles II (1630-1685), cousin germain de Louis XIV et fils du Roi Charles Ier, décapité en janvier 1649, est battu par Cromwell, qui va établir un Commonwealth républicain d’Angleterre, et est contraint de fuir son pays. Après des années passées en France et dans les Pays-Bas espagnols, Charles II récupère son trône en 1660 _ voilà _, deux ans après la mort de Cromwell. Une ère nouvelle commence : après des années d’interdiction puritaine des représentations théâtrales, les salles de spectacles londoniennes purent enfin reprendre leurs activités, précise la musicologue Katherina Lindekens dans sa notice. Cette Restauration va avoir un effet bénéfique, avec l’émergence d’une nouvelle forme de drame musical hybride -appelée plus tard « dramatick opera »- qui allait devenir le genre dominant à Londres jusqu’à la fin du siècle. Malgré l’une ou l’autre tentative timide, des réticences à adopter la forme d’un opéra totalement chanté subsistent. La Psyche de Matthew Locke, créée à Londres le 27 février 1675, sera donc un compromis, chant et parole y étant mêlés.

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    Lors de son séjour en France, Charles II a été baigné dans _ et enchanté de _  l’atmosphère de la culture musicale du ballet de cour et de la comédie-ballet. Cela l’incite à mettre en place en Angleterre un ensemble instrumental, à inviter des compositeurs français _ en effet nombreux à y venir... _ et à envoyer à Paris le comédien shakespearien et auteur Thomas Betterton (c. 1635-1710) qui y a probablement vu, en 1671, les représentations de la tragédie-ballet Psyché de Lully, sur un texte de Molière, Corneille et Philippe Quinault. Le même sujet va faire le bonheur de Matthew Locke, devenu compositeur du Roi Charles II à la Restauration et déjà auteur de musiques de scène ou pour le théâtre, dont des masques, ainsi que d’anthems ou de chants sacrés. Sa Psyche sera sa dernière grande partition avant sa mort _ au mois d’août 1677. Le dramaturge Thomas Shadwell (c. 1642-1692) est chargé de la traduction du livret qui a servi à Lully, travail qui l’inspire et qu’’il accomplit presqu’à l’identique de l’original. La musique est confiée à Locke et à Giovanni Battista Draghi (c. 1640-1708), d’origine italienne, établi dans les années 1660 en Angleterre, où il passera le reste de son existence.

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    Mais, comme l’explique Sébastien Daucé, lorsque le livret, très détaillé en indications diverses, et une partition sont publiés en 1675, la partie musicale qui revient à Draghi ne s’y trouve pas. Elle est hélas, de ce fait, définitivement perdue _ oui. On lira la réflexion de Daucé quant aux solutions adoptées pour la présente reconstitution, la musique de Draghi ayant été remplacée par des pages de Locke et d’anonymes du temps. Un extrait de dix minutes de la Psyché de Lully, la « plainte italienne », a par ailleurs été ajouté comme intermède à la fin de la scène 2 de l’Acte II, en guise d’hommage au favori du Roi Soleil. Le texte de la partie chantée, qui est, répétons-le, une traduction presque littérale du livret destiné à Lully, est intégralement reproduit ici, l’éditeur ayant choisi d’y ajouter en italiques les didascalies et compléments qui résument la partie théâtrale. Une initiative des plus judicieuses, que l’on salue comme elle le mérite, car elle laisse libre cours à l’imagination. Le résultat est d’une homogénéité remarquable, et l’intensité est au rendez-vous _ oui ! _ pour un peu moins de deux heures de bonheur musical et vocal _ oui. L’intrigue est connue. Elle est tirée des Métamorphoses d’Apulée (L’Âne d’or) et date du IIe siècle avant notre ère. La déesse Vénus est jalouse de la beauté de la princesse Psyche et envoie Eros pour lui trouver un époux, mais le messager en tombe amoureux. Des épreuves vont être soumises à Psyche qui sera en fin de compte admise parmi les dieux et unie à son amant. Dans ce contexte, il y a de la magnificence _ oui _, des moments voués aux palais, forêts, jardins féeriques ou grottes infernales, avec un concert de danses subtiles et raffinées, mais aussi rustiques, de couleurs séduisantes et de rythmes qui se révèlent dynamiques ou languissants _ voilà. Le tout servi par une instrumentation imaginative, riche en trouvailles quant aux violons, violes, sacqueboutes et autres luth, harpe, flûtes, hautbois ou percussion _ absolument. Un feu d’artifice de nuances distillées par un Ensemble Correspondances en grande forme, mené avec vigueur et fougue par Sébastien Daucé, dont l’investissement comme chef rejoint celui qu’il a mis pour mener à bien ce projet dont il peut être fier _ tout cela est d’une partaite justesse.

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    Le riche plateau vocal fait appel à treize chanteurs. Récitatifs et airs se succèdent avec bonheur au milieu des interventions instrumentales. Les chanteurs, dont on appréciera l’excellence globale de la prononciation anglaise, endossent plusieurs rôles, mais il n’y a pas de Psyche, celle-ci étant à l’origine un rôle parlé. Il faudrait détailler toutes les présences de ces voix, toujours en situation. Epinglons celles de Nicolas Brooymans, sensible dans l’hymne à la beauté de Psyche au début de l’Acte I, de Lucile Richardot qui, dans l’air Let’s to Apollo’s Altar now repair (Acte II, scène 1), atteste d’un sens absolu de l’éloquence et de la déclamation, d’Antonin Rondepierre, vaillant dans l’Acte III (Great God of War), ou de Marc Mauillon dans un air de contemplation (Behold the God) de l’Acte V. Mais tout le monde est à sa place (délicate Deborah Cachet, distinguée Lieselotte de Wilde, subtile Caroline Bardot…), avec une hauteur de style et une joie de chanter _ oui ! _ exploitées dans les ensembles accomplis qui parsèment l’opéra. On ne manquera pas de souligner à quel point l’intermède italien de la Psyché de Lully par lequel Daucé a choisi de conclure l’Acte II (Lucile Richardot, Antonin Rondepierre et Nicolas Brooymans) trouve une place dramatique et glorieuse. L’œuvre s’achève dans une sorte d’ivresse par All joy to this Celestial Pair, les chœurs, impeccables, et les instrumentistes se lançant dans un irrésistible éloge des pouvoirs de l’Amour et de la Beauté _ oui.

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    Les mélomanes qui ont acquis _ je l’ai fait _ en 1995 la production, sous étiquette de L’Oiseau-Lyre, du New London Consort dirigé par Philip Pickett, avec un plateau vocal de qualité, en ont gardé un _ assez _ beau souvenir. Ils seront transportés cette fois _ oui !!! _ par le haut niveau de la nouvelle gravure, captée avec soin dans la chapelle des Jésuites de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, en juillet et août 2022. C’est un enregistrement à marquer d’une pierre blanche, qui rend justice à ce qu’il faut considérer comme le premier opéra anglais digne de ce nom.

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    Son : 10  Notice : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

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    Jean Lacroix

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    Et de fait à l’écoute intégrale des 107′ de ce double CD Harmonia Munsi HMM 905325-26 de Sébastien Daucé et son Ensemble Correspondances,

    un extrême plaisir est bien au rendez-vous !

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    Ce mardi 20 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa