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  • Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts (4 _ en forme d’apothéose)

    Sur l’épisode n°5

    _ « sur la sollicitude des philosophes, et la sollicitude heideggerienne en particulier«  _

    d’une série d’articles d’Yves Michaud _ « Un Suicide dans les règles » _,

    à propos la (bien) pénible affaire du « suicide d’une philosophe«  suite à sa non-titularisation,

    dans des circonstances (universitaires) de formes (on ne peut plus) légales (« dans les règles« ), certes,

    mais sans guère de « sollicitude«  (« care » : donc éthique), semble-t-il :

    …

    voici, du moins, une nouvelle pièce (d’analyse philosophique _ pointue…) à verser, aujourd’hui, à ce dossier ;

    et on ne perdra certes pas son temps à accepter de bien vouloir lire in extenso ce nouvel article d’Yves Michaud en son blog « Traverses » du site de Libération, à la date de ce jour : « Rédigé le 20/11/2008 à 16:54« …

    …

    En pleine lecture de l’essai « Le Sexe de la sollicitude » de Fabienne Brugère,

    qui le présentera à la Société de Philosophie de Bordeaux, dans les salons Albert-Mollat de la Librairie Mollat _ 15 rue Vital-Carles, à Bordeaux _ mardi prochain, 25 novembre, à 18 heures,

    …

    je n’ai donc pu que me trouver « interpellé »

    par le sous-titre de ce nouvel « épisode »

    de la (très remarquable) analyse michaldienne de ce (bien) pénible « cas » :

    « sur la sollicitude des philosophes, et la sollicitude heideggerienne en particulier« , donc…

    …

    Dans une forme absolument « désopilante«  (!!!)

    qui n’est pas sans rappeler le talent _ ou le génie : déchaîné ! _ du Swift des « Instructions aux domestiques »

    (afin de « résoudre » « au mieux » l’assez difficile famine irlandaise _ de son temps, en 1745),

    …

    Yves Michaud nous prie, nous, lecteurs, de bien vouloir lui pardonner quelque « excès » d’humour noir » :

    …

    l’adjectif « désopilant » est, en effet, employé par l’auteur de cet article (d’anthologie) lui-même, pour l’usage de « Heidegger » que « se permet » _ sans doute en vertu de la « méta-fiction » ! _ un auteur de romans japonais, M. Tsutsui Yasutaka ;

    en voici le détail :

    …

    « Histoire de sourire dans une affaire sinistre,

    je renvoie sur ces quelques points à un roman désopilant du japonais Tsutsui Yasutaka, grand maître de la méta-fiction, « Les cours particuliers du professeur Tadano » _ ce roman, de 1990, est paru en traduction française aux Éditions Stock, en 1996.

    …

    Que les Brestois se rassurent, le livre de Yasutaka _ né en 1934 à Ōsaka _ ne se passe pas à l’Université de Bretagne occidentale ; et le professeur Tadano n’y enseigne pas la philosophie allemande !

    …

    Dans ce  roman, le professeur Tadano, qui a l’air de s’y connaître en jargon heideggerien authentique _ comment ne pas admirer l’emploi d’un tel terme en pareille occurrence ?!.. _, paraphrase ainsi la pensée du maître :

    …

    « Tenez, par exemple, quand on aide les autres, quand on couche avec eux, quand on les trahit, quand on se fait transmettre le virus du sida, tout ça, c’est de la sollicitude dans la terminologie de Heidegger » ;

    ou encore :

    « L’authenticité, c’est quand l’homme fait face à sa souffrance et à sa peine, qu’il l’assume, sans chercher à lui échapper

    en faisant du tourisme de masse ou en se réfugiant dans la bouffe,

    bref,

    qu’il existe réellement en tant que lui-même. » Fin de la citation du roman japonais.

    …

    Yves Michaud s’en excuse un peu plus loin, au final de l’article :

    …

    « Qu’on me pardonne, pour finir, mes quelques traits d’humour noir.
    D’abord ils soulagent.
    Ensuite j’espère bien qu’ils ne dissimulent pas mon sentiment profond : que toute cette histoire fut et demeure strictement
    _ l’adverbe aussi est important _ « dégueulasse ». »

    …

    Merci…

    Et sur le fond, maintenant,

    lire tout le détail de l’article sur le site « Traverses » d’Yves Michaud…

    …
    Titus Curiosus, ce 20 novembre

  • Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts (3)

    Ou de l’urgence de davantage philosopher _ en pratique _, en France, en particulier (mais ailleurs aussi),

    d’après un excellent article

    _ en suivant : c’est le numéro 4 d’une série, avec indication : « (à suivre)« … _

    d’un Yves Michaud en pleine forme, sur son blog « Traverses« , réactivé, sur le site de Libération :

    toujours à propos du « suicide d’une philosophe« , qui enseignait à l’Université de Brest :

    « un suicide dans les règles (4) : sur la chance morale » ; soit

    http://traverses.blogs.liberation.fr/yves_michaud/2008/11/un-suicide-da-1.html

    …

    L’analyse-réflexion d’Yves Michaud ici porte « sur la chance morale » ; et ses liens avec la différence entre la responsabilité et la culpabilité (morales) ;

    en s’éclairant de la différence conceptuelle

    élaborée par « notamment la regrettée Susan Hurley _ 1954 – 2007 _ dans son livre « Justice, Luck and Knowledge« )« ,

    entre autres philosophes qui « ont introduit une distinction entre chance fine (thin luck) et chance épaisse (thick luck). Je sais, ma traduction n’est pas bonne, mais je ne trouve pas mieux« , indique Yves Michaud.

    …

    Qui précise aussi :

    « Cette notion de chance morale est bien gênante.

    Même si elle a toujours été présente à la réflexion, elle n’a été analysée et examinée en profondeur que depuis une vingtaine d’années. Les deux premiers auteurs à avoir abordé le sujet sont Bernard Williams dans son livre « Moral Luck« , traduit en français sous le titre un peu aplati de « La fortune morale »

    _ en 1994, aux PUF _,

    et Thomas Nagel dans son livre « Mortal Questions«  dont la traduction française

    _ « Questions mortelles« , paru en traduction française, aux PUF, aussi, en 1983 _

    n’est plus disponible.

    …

    Il ressort de ces analyses au moins deux choses pour ce qui nous intéresse ici.

    …

    D’une part, la place de la chance dans nos actions est bien plus importante que nous le croyons (voir la manière dont Nagel énumère les types de chance) ; et donc la notion de chance morale n’est pas si scandaleuse qu’elle en a l’air.

    …

    D’autre part surtout, il est probablement plus coûteux de se débarrasser de la notion que de l’accepter _ avec les conséquences que cela implique pour le jugement moral puisque cela donne ces  «non responsables qui sont quand même coupables». »

    …

    Sur le premier point, Yves Michaud constate :

    « Pour ce qui est de l’omniprésence de la chance dans nos actions, il faut probablement en revenir d’une conception trop «contrôleuse», trop confiante, ou insouciante des actions. Nous faisons ce que nous voulons, oui, mais… quand nous y arrivons, quand ça marche, quand ça ne rate pas, et surtout quand ça ne tourne pas à la catastrophe.

    …

    Ce qui ne nous autorise nullement à bien faire et laisser courir, tout au contraire, mais implique que nous agissions avec précaution ; et surtout que nous soyons prêts à assumer moralement les conséquences involontaires. Agir, c’est

    _ presque toujours, le plus souvent, parmi (ou « dans ») le jeu (des éléments fluctuants, plus ou moins incertains) du réel _

    prendre des risques.

    …

    Du point de vue de la responsabilité sociale, les systèmes assuranciels sont là pour nous «couvrir» : nous partageons ainsi

    _ le point mérite (toute) notre attention : il est tout à la fois juridique ; mais aussi social, et politique ; en plus d’être « pécuniaire » ; ou « financier »… _

    la chance et la malchance.

    …

    Du point de vue moral, il nous faut _ impérativement ? pragmatiquement ? _  faire preuve de soin et de prudence dans l’action.

    …

    Quant à leurs conséquences, il n’y a pas d’«assureurs moraux» _ juste des ouvertures de parapluie _, des petites ou grosses lâchetés

    _ à moins que nous n’assumions courageusement et «répondions» de nos actes

    au lieu de nous «défausser». »

    …

    « Quant à se débarrasser de la chance morale, c’est une autre affaire puisqu’il nous faudrait nier purement et simplement qu’il y ait quoi que ce soit de tel« , continue Yves Michaud ;

    qui parvient, un peu plus loin,

    après avoir bien précisé la différence entre les deux concepts de « thin » et « thick » « luck« ,

    à ce constat :

    …

    « Une analyse de la chance «épaisse» fait toujours intervenir une réflexion approfondie sur le contrôle, le choix, la liberté, la coopération _ je note tout spécialement ce facteur _ dans les actions. Elle demande de quoi étaient maîtres les gens _ en leur pouvoir même de décision, ici « statutaire » _ qui ont décidé, de quoi ils n’étaient pas maîtres, de quoi ils étaient maîtres seulement partiellement.« 

    …
    Ce qui aboutit à :

    « De fil en aiguille il y a des chances (c’est le cas de le dire) qu’ils apparaissent maîtres de bien plus qu’ils ne veulent bien le dire, au moins «en creux»,

    en termes des omissions, lacunes et abstentions de leurs comportements »

    _ et pas seulement de leur agir effectif positif : en l’occurrence une signature « dûment » estampillée de tous cachets ad hoc…

    …

    Ce qui amène la conclusion :

    « La meilleure ou moins mauvaise _ à tout (ou presque) bien « balancer »… _ solution

    est au fond d’admettre que tout acteur doit endosser les conséquences même involontaires de ses actions.« 

    …

    Avec ce commentaire :

    « Qu’y puis-je cependant si la réalité éthique (eh oui, il y en a une !) ne se plie pas à nos désirs de vivre heureusement irresponsables ?

    …

    J’attends que l’on demande aux tribunaux de trancher ces questions authentiquement philosophiques.

    …

    Tout comme celle de la sollicitude dont je parlerai pour finir

    parce qu’il est quand même fort de café que ceux qui parlent de sollicitude,

    et pas pour la récuser,

    ne la pratiquent pas…

    …

    (à suivre) »

    …

    Intéressant,

    tant socialement que moralement,

    sur la « situation » éthique (« actuelle ») de certaines tendances de mœurs de nos sociétés « modernes »…

    …

    Et à méditer,

    déjà,

    quand nous plaçons solennellement,

    et dans les règles du Droit et des constitutions,

    notre bulletin de vote dans une urne,

    et cautionnons indirectement, ou pas, tel et tel « état » de ces mœurs…

    …

    Titus Curiosus, ce 16 novembre 2008 

  • la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie

    Sur « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments« 

    (paru ce mois d’octobre 2008, aux Éditions du Seuil »),

    par Michaël Foessel :

    …

    un passionnant _ et urgentissime ! _ essai indissolublement existentiel et politique _ quant au devenir de la « démocratie » _,

    quand se répandent insidieusement par toute la société et le « sociétal »

    les menées ravageuses d’un nihilisme « pipolisé » radical ;

    …

    même si ce « pipolisé »-là

    _ je veux dire celui des « leaders », pas celui de ceux qui, hélas, et en foule, « se clonant », les imitent _,

    n’est pas à prendre, tout de même, davantage que comme un indice,

    anecdotique, si l’on préfère, voire un symptôme,

    du niveau d’ »abaissement », « corruption », « pourrissement », « décadence » vilaine _ « se généralisant » à toute allure, eux et elles _

    de la « civilisation »…

    …

    Ce très bel essai de Michaël Foessel, je le lis, aussi, personnellement, comme une (bien) instructive mise en perspective de l’Histoire

    _ à l’aune de rapports existentiels majeurs, c’est-à-dire ces « liens » d’ »affection, d’amour, de désir » qui nous « attachent » fondamentalement, et pas seulement circonstanciellement et à l’occasion, selon une opportunité « intéressée », à d’ »autres » _ sujets d’eux-mêmes _ qui ne nous sont ni de simples « moyens » (achetables et jetables) de plaisir d’un instant, ni de simples « instruments » d’un moment, d’une « étape » de quelque « plan » un peu finaud et « rationalisé » « de carrière »,

    c’est-à-dire fondamentaux pour ce qu’il en est du caractère encore ou toujours « humain », ou pas, de « l’Homme » (« nul n’est une île » !) :

    …

    _ les Grecs (la flamme inintimidable de la vérité-justice de Socrate versus l’habileté rhétorique,  manigancière et marchande, des Sophistes _ cf « Gorgias » de Platon ; ainsi que l’institution-fondation de l’Académie par ce dernier),

    _ la Renaissance (les succès galopants de la « technicisation » polymorphe, de Machiavel _ et l’analyse du « machiavélique » in « Le Prince » _ à Galilée ; et bientôt au « fort utile » de Descartes, enthousiaste à « trouver une (philosophie) pratique » nous permettant de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature« , à l’arrivée du « Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et trouver la vérité dans les sciences« …),

    _ les Lumières (Kant, sur la dignité _ impayable ! _ de la personne ; et l’analyse de la hiérarchie des moyens et des fins…),

    _ le moment hégélien (la belle analyse par Hegel des rapports de tension de la société civile et de l’Etat),

    _ ainsi qu’aujourd’hui (par exemple, cette « expérience médiatique« , en ouverture, à la première phrase de l’ »Introduction » du livre, page 7 : « la captation du débat politique par les communiquants

    a atteint une sorte de paroxysme comique

    le jour où le président de la République a choisi Disneyland

    pour porter à la connaissance du public

    sa nouvelle relation amoureuse » :

    qu’on se rassure _ ou se désespère, c’est selon l’angle de perspective… _ cependant,

    l’enjeu et l’analyse _ civilisationnels _ de « La Privation de l’intime » sont d’une tout autre amplitude de portée que ce simple ordre du « pipol » !..)…

    …

    Ce très bel essai de Michaël Foessel, donc,

    je le lis, aussi, personnellement, comme une (bien) instructive mise en perspective de l’Histoire

    de la « civilisation des mœurs »,

    à partir _ c’est là le fil d’Ariane que j’y perçois _ de manipulations

    _ technicistes et techniciennes (et notamment « politiciennes », par le fait)

    _ « des mœurs », donc

    …

    _ on relira, ici, « La Civilisation des mœurs » de Norbert Elias ;

    ainsi que, de ce même Elias : « La Dynamique de l’Occident« , « La Société des individus » et « La Société de cour » ; et même, pour préciser encore un peu plus ou mieux les enjeux on ne peut plus « politiques » de tout cela, sur l’œuvre même d’Elias : « Norbert Elias : la civilisation et l’Etat« , de Florence Delmotte, un essai paru aux Éditions de l’Université de Bruxelles, en août 2007 _,

    …

    aujourd’hui ;

    …

    à l’occasion d’attaques _ maintenant _ d’une violence (existentielle) inouïe (et radicale)

    contre « l’intime »

    _ lequel, « intime », renvoie, essentiellement et crucialement, « à des liens

    affectifs, amoureux, désirants

    où le sujet prend le risque de se perdre » _ de notre « exister »

    de « sujets« , donc,

    pas encore (tout à fait) « in-humains » (sur une pente bien savonneuse, ou/et pas mal savonnée, cependant : à quelles branches « se raccrocher », dans pareille chute vertigineuse ?..)

    _ pour reprendre aussi encore le concept (de « non-inhumain« ) proposé par Bernard Stiegler dans son (important) « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations » _ ;

    …

    à l’occasion d’attaques

    qui vont jusqu’à « pulvériser »

    _ réduire en miettes, en poudre, en poussière (= à rien !) ;

    et avec notre propre blanc-seing, souvent, qui plus est !

    extorqué par une anesthésie en voie impériale et marchandisée d’expansion… _ ;

    …

    jusqu’à pulvériser, donc _ avec pour résultat la « privation » !!! par suppression ! annihilation !.. _,

    ce qui assurait le sens charnel

    et esthétique de rien moins que, carrément, l’ »exister » !

    …

    Par « esthétique« , je veux dire

    tout ce qui sensiblement « vient _ encore _ donner sens », tant direction que forme et dynamique, souffle et ampleur, vie riche et élargie,

    à notre « sensibilité » se métamorphosant :

    …

    « sensibilité » plus ou moins bien _ à divers degrés _ campée

    sur ses jambes ;

    plus ou moins bien entée _ à diverse profondeur de racines _

    dans son corps ;

    et plus ou moins bien ouverte _ à divers degrés, encore _

    au réel physique (charnu et qualitativement opulant) de la corporéité et de l’âme,

    …

    dans le rapport fondamental (de tension intense : « affective, amoureuse, désirante« , dit Michaël Foessel : oui !)

    de soi à « l’autre » et aux « autres », dans leur particularité et diversité, voire singularité, dans les meilleurs des cas _ sinon, « un clou chasse l’autre », tout, tel un clou, n’étant plus qu’interchangeable et équivalent (ou le nihilisme du « jetable ») ;

    …

    ainsi que dans le lien fondamental « avec »

    _ et pas séparément (et encore moins « instrumentalement ») _ ;

    …

    « avec »

    « l’autre » et « les autres » :

    …

    tant, du moins, que demeurent (encore !..), ici, en ces fragiles et inquiets habitacles corporels, des « personnes »,

    avec un vrai corps, et une vraie âme

    _ indissolublement mêlés et unis, il faut le relever _ ;

    au contraire d’ectoplasmes fantômatiques

    et de jouets pornographiques (sex toys, ou autres instrumentalisations…) !

    …

    Bref,

    « dans quelle mesure l’amour est-il un sentiment politique?«  demande Michaël Foessel… « La démocratie doit-elle être sensible pour demeurer _ ou devenir mieux, ou « vraiment » : « demeurer » me paraissant trop seulement « défensif »… _ démocratique ?« 

    …

    Dans cette perspective là, « l’intime _ en tant que « liens n’existant que soustraits au regard social et à son jugement » _ peut-il figurer au rang d’idéal commun ?« …

    …

    …

    Le danger que pointe Michaël Foessel est celui de « la confusion des liens à l’autre avec les propriétés _ au sens de ce qui appartient à un « propriétaire », qui peut l’acheter, ou le vendre, l’aliéner à un autre _ du Moi « 

    _ soit le processus même du « devenir privé« ,

    ou « privatisation« ,

    de « l’intime« …

    …

    En effet, « l’intime n’est pas le privé« ,

    car « il renvoie à des liens affectifs, amoureux, désirants,

    où le sujet prend le risque de se perdre« 

    _ au-delà de tout calcul (d’intérêt, rentabilité, profit) ; et avec « générosité » :

    …

    éperdument, dirais-je…

    …

    Et c’est en cela que « la démocratie elle-même se trouve fragilisée par (le) dévoiement » de l’intime _ indique Michaël Foessel en présentation-ouverture de son essai, page 8 de son « Introduction« .

    La « mise en scène politique des sentiments » résulte de ce que « la légitimité

    _ de fait, sinon de droit, si j’ose le dire ainsi, aussi paradoxalement ! _,

    se joue aussi dans leur capacité à apparaître comme des représentations crédibles de ce que nous sommes

    _ par exemple des « buveurs de bière« , dans le cas d’un George W. Bush, à ce que lui-même se fait (ou faisait !) fort d’afficher _

    ou aimerions être«  (page 8 :

    …

    d’où l’aura pseudo glamoureuse des « peoples » ; à l’instar de ce que la « pauvre bergère » peut fantasmer à propos de l’image du « prince charmant »…) :

    …

    par un processus de projection ou introjection fantasmatique,

    analogue à bien des processus de séduction (à l’achat) du marketing publicitaire…

    …

    Michaël Foessel note, page 10 : « L’idée de représentation _ démocratique _ perd beaucoup à être ainsi assimilée _ par le citoyen-électeur _ à celle de ressemblance« …

    …
    L’analyse de « l’intime«  que mène Michaël Foessel, est magnifique :

    « En employant plus volontiers la forme adjectivale (« l’intime » et non « l’intimité »), nous désignons un lien, et non une chose, un  rapport _ dynamique : une tension vers, un élan , un envol (en direction d’un autre) _ plutôt qu’un espace clos _ de « propriété privée ».

    …

    La conviction qui anime ce choix est que l’on n’est jamais seul dans l’intime, mais que l’on s’y retrouve au sein d’une société d’élus« .

    …

    Avec cette définition-ci :

    « L’intime désigne l’ensemble des liens qu’un individu décide de retrancher de l’espace social des échanges pour s’en préserver ; et élaborer son expérience à l’abri des regards _ de tiers.

    Il résulte donc d’un acte par lequel le sujet décide _ plus ou moins sciemment, consciemment et délibérément _ de soustraire une part de lui-même du domaine de la visibilité commune » :

    …

    avec pudeur, et délicatesse (de liberté)

    et selon toute une gamme de « dénudation » de soi, et/ou de l’autre, excluant, bien sûr, la moindre vulgarité.

    …

    Pour ma part, j’en trouve une très belle et forte analyse parente dans le très beau chapitre « De l’ami » de la première partie de l’« Ainsi parlait Zarathoustra _ un livre pour tous et pour personne » de Nietzsche…

    ou, encore, dans le chapitre « De la chasteté » : sur la pureté de cœur et d’âme (et de corps, aussi)…

    …

    Mais _ je reprends la lecture de Michaël Foessel _

    « 1) la possibilité de l’intime suppose _ et nécessite très concrètement _ que certaines conditions politiques

    _ de droit, de légalité ; ou légalisation ; et sans avoir à rendre de comptes (publics) de ce vécu de « l’intime » ! _

    soient remplies« , page 13 _ seulement dans « la modernité« , précise-t-il :

    d’où une nécessaire et très juste mise en perspective historique, de sa part, ainsi que je l’ai annoncé plus haut
    …

    Et « 2) l’intime (…) apparait _ aussi _ comme une réserve _ avec « retenue » de soi, et sur soi, le premier _ ;

    …

    comme une réserve critique _ donc _  qui permet de remettre en cause les déficiences de l’ordre établi. (…) Il enveloppe une série d’expériences

    _ distinctes des normes (établies ou pratiquées) communes, ou majoritaires : expériences « personnelles » particulières, voire absolument singulières ; ou minoritaires _

    qui interdisent l’adhésion pure et simple _ a fortiori aveugle et fanatique _ au système de valeurs promu par la société en place« , page 14.

    …

    D’où la nécessité impérative de distinguer « entre l’intime et le privé« , page 14.

    …

    Et « s’il y a _ maintenant _ « privation » de l’intime,

    elle procède de sa « privatisation », c’est-à-dire de sa réduction au statut d’une performance subjective » _ de la part de « la raison instrumentale«  :

    « l’intime, qui devrait impliquer _ dans sa conception légitime _ un décentrement de soi,

    est interprété abusivement comme une possession« , page 15 : l’analyse est d’une parfaite justesse !

    …

    « L’intime se perd _ pulvérisé ! _ d’être offert aux regards de tous« , page 16 : dans la pose et la fausseté de l’inauthenticité…

    …

    « Pour exister, l’intime

    _ j’avais écrit « l’amour » ! l’intime en représente une forme privilégiée, mais non exclusive… _

    doit échapper aux regards

    _ de tiers ;

    …

    sur les regards de l’intimité, nous pouvons peut-être nous référer aux analyses d’Emmanuel Lévinas (dont Michaël Foessel cite, page 93, un passage d’ »Entre nous – essais sur le penser-à-l’autre« …

    …

    : c’est une manière de signifier qu’il _ « l’intime«  _ est soustrait à la compétence sociale«  et exclut l’exhibitionnisme (la pose) autant que le voyeurisme (prédateur) ; et les transactions marchandes… A la place de l’ouverture du désir et de sa générosité (à l’autre), il n’y a plus que le cynisme du calcul d’intérêts de l’ego ; ou la perversité lubrique du sadisme _

    …

    Avec cette conséquence-ci :

    « On peut précisément juger _ certes ! _ des « amours » _ les guillemets ici s’imposent ! _ que les politiques

    et leurs communicants

    imposent à notre attention, 

    puisqu’elles sont exhibées

    pour convaincre _ ou persuader, plutôt (= faire croire) _ l’opinion

    de « l’humanité » _ « commune », d’un certain côté, seulement : celui des « buveurs de bière » envisagés plus haut _

    de leurs protagonistes« 

    _ storytellisés, en quelque sorte…

    …

    (…) « La « pipolisation » _ et pulvérisation, en fait !.. (dans le titre de mon article) _ de l’intime » fait que celui-ci « se trouve relégué au rang de valeur monnayable sur le marché de la concurrence sondagière.«  Voilà pour ce caractère anecdotique du « pipol » ; et le cancer de l’inauthentique généralisé…

    …

    Michaël Foessel précisant on ne plus justement, pages 16-17, à propos des analyses de son essai :

    « Dans les pages qui suivent, les mises en scène de soi des politiciens serviront de fil conducteur ; mais il est clair qu’elles manifestent bien autre chose que l’idiosyncrasie narcissique de quelques hommes _ et femmes _  publics contemporains _ certes ! Elles expriment,

    sinon une incapacité à aimer,

    du moins une impuissance _ de beaucoup ; pas seulement du cercle des « peoples »… _ à représenter l’intime hors de toute colonisation par la marchandise« 

    _ et le modèle (technicien :

    « mécanicien », à la Descartes : « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature« )

    de l’instrumentalisation : jusque de soi et des autres…
    …

    En conséquence de quoi, « cette impuissance n’est pas le seul fait des politiciens fascinés par le monde _ et « modèle » en terme de succès d’approbation (et d’identification fantasmatique) _ du show-biz,

    elle est caractéristique de l’idéal _ obscène ! _ de transparence _ fausse _ qui règne aujourd’hui presque sans partage.« 

    …

    Avec la conséquence, encore, d’« ironiser » _ en « bouffonnant«  _ sur « l’intime« …

    Et, à la clé, ce constat politique : « la fragilisation réciproque de l’intimité et du lien démocratique est le signe d’une vulnérabilité commune«  aggravée, page 18…

    …

    On admirera la précision de finesse et la pertinence des commentaires, par l’auteur, de plusieurs livres importants passionnants (sans ménager, non plus, ses « critiques ») :

    …

    sans ordre (sinon celui d’apparition dans le livre), je relève, notamment :

    de Hannah Arendt, « La Condition de l’homme moderne » (paru en traduction française aux Éditions Calmann-Lévy en 1961) ;

    de Richard Sennett, « Les Tyrannies de l’intimité » (paru en traduction française aux Éditions du Seuil en 1979) ;

    d’Anthony Giddens

    _ dont la lecture m’a été recommandée naguère par Bernard Stiegler, à propos de mon propre questionnement sur « la rencontre » _,

    « La Transformation de l’intimité _ Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes » (paru en français aux Éditions Hachette Littératures en 2004) ;

    de Roland Barthes, les toujours si lumineux « Fragments d’un discours amoureux » (aux Éditions du Seuil, en 1977) ;

    de Hegel, l’ultime « Cours de philosophie du droit » de 1831, dans l’édition et traduction de Jean-François Kervégan, des « Principes de la philosophie du droit » (parus aux PUF en 2003) ;

    d’Erwing Goffman, l’inusable « Mise en scène de la vie quotidienne » (parue en traduction française aux Éditions de Minuit en 1973) _ je m’y suis référé dans mon essai « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise » _ ;

    une magnifique (!!!) analyse _ en « Intermède », aux pages 99 à 106 _ de l’ »Adolphe » de Benjamin Constant, en 1816 ;

    de Wendy Brown, « Les habits neufs de la politique mondiale _ Néolibéralisme et néoconservatisme« , édités aux Prairies ordinaires en 2007 _ et d’une actualité brûlante ! au moins depuis ce 4 novembre aux États-Unis ainsi que, d’un coup, tout le reste du monde (en « crise ») !… _ ;

    d’Axel Honneth, « La lutte pour la reconnaissance » (paru en traduction française aux Éditions du Cerf en 2000) et « La Société du mépris » (aux Éditions de La Découverte en 2007) ;

    etc…

    …

    Bref,

    « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments » de Michaël Foessel est un livre d’urgence

    de salubrité publique démocratique :

    …

    la faillite de la dérégulation (« ultra-libérale ») des marchés,

    et la désactivation écervelée de l’État,

    rendent,

    dans l’aval du tissu se déchirant de plus en plus violemment des relations sociales, aussi,

    un correctif,

    tant politique qu’existentiel,

    urgemment nécessaire ;

    …

    pour ne rien dire de l’état _ pénible _ des « rapports-à-l’autre » « personnels »

    et de la confiance (ou « crédit »), en crise quasi généralisée,

    maintenant…

    …

    La paix,

    la paix civile, comme la paix internationale,

    et encore la paix entre les personnes particulières,

    …

    est une construction patiente et intelligente des cœurs

    _ et sans relâchements _ ,

    nous apprend le grand Spinoza,

    en son « Traité politique« …

    …

    Elle n’a pas besoin, pour exister, d’un pouvoir _ de type « Big Brother » (de « 1984« ) _ de « tout surveiller » et encore moins « tout contrôler » : « totalitaire », même soft ;

    …

    elle repose d’abord sur de la confiance,

    au quotidien des mœurs (ou de la « sittlichkeit« , selon l’analyse hégelienne) ;

    ainsi qu’une part non négligeable de tolérance assumée,

    et de discrétion (« retenue »)

    à l’égard de l’intimité des personnes ;

    …

    depuis l’avènement de la modernité,

    ainsi que de pacifications collectives successives, et si difficiles à forger, de la part des personnes :

    …

    dont un excellent exemple (de « modernité ») nous est confié par l’écriture « libre » de Montaigne, s’y livrant, en ses « Essais« …

    …

    Titus Curiosus, ce 11 novembre 2008

    Photographie : Sans Titre, © Bernard Plossu