Étiquette : écriture

  • Fin ce matin 17 avril à 8h10 de ma lecture des 711 pages du « Carnet de notes 2021 – 2025 » de Pierre Bergounioux, débutée mardi 14 avril dernier : la joie sobre et sans pathos de l’attention aux plus infimes variations des sensations lumineuses et chantantes, chaudes, éprouvées lors de la succession des saisons qui s’offrent en cette vie qui passe… Avec gratitude…

    Fin ce matin 17 avril à 8h10 de ma lecture des 711 pages du « Carnet de notes 2021 – 2025 » de Pierre Bergounioux, débutée mardi 14 avril dernier – cf mon article d’avant-hier mercredi 15 avril : « La joie de parcourir au fil de ses 711 pages la poursuite plus que jamais assidue (2021 – 2025) de l’ardent devoir de continuer d’assumer avec vaillance le récit détaillé scrupuleux du quotidien même le plus banal de ses jours, en un temps de plus en plus affecté par les blessures physiques de son vieillir, de l’admirable Pierre Bergounioux, en son présent « Carnet de notes 2021 – 2025 » : une joie de le retrouver toujours bel et bien aussi vivant et mieux que jamais profondément lui-même en son rapport vital, toujours frontalement assumé, au réel et à autrui…« …

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    Une lecture volontairement cursive, sans crayon ni surligneur à la main, et sans une seule prise de note – parfois, et à plusieurs reprises, je me suis forcé à n’en rien écrire : ni une expression remarquable, ni une date… Je désirais en retirer une impression globale – moi, amateur éperdu de micro-analyses, et si peu doué pour la synthèse...

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    Alors ? Mon impression globale ? Eh bien ! selon le mot même retenu pour le titre de mon article d’avant-hier, celle d’une « poursuite plus que jamais assidue » contre les vents et marées des circonstances diverses, événements en tous genres et accidents-blessures infiniment variés de la vie – cette vie bien évidemment, et même davantage que cela, mortelle, chaque seconde de vie nécessairement reçue en sursis (avec la continûment menaçante épée de Damoclès au-dessus de la fragilité de nos têtes…) ; et quelque part, je ne l’ai donc pas noté, Pierre Bergounioux cite un beau mot (d’avertissement !) de Pasteur prévenant qu’il y aurait faute grave à les laisser futilement et vainement passer, ces secondes de vie-là, et ainsi stupidement gaspiller, sans rien du tout en faire, sans les faire fructifier (telle Cathy ramassant assidument et infatigablement les divers fruits des bois (groseilles, framboises, myrtilles mais aussi cèpes et girolles…) aux alentours de sa maison des Bordes, afin d’en remplir à ras-bords et à foison ses pots de si délicieuses confitures)… ; et Louis Pasteur, bien sûr, le dit un million de fois mieux que moi ici… – , dont il importe de faire le meilleur – le plus utile et le plus fécond, en forme d’œuvre un peu consistante et au moins un moment durable… – usage possible, quelque mal et quelque peine-douleur dussions-nous aussi y endurer…

    Et Pierre Bergounioux, en bon corrézien qu’il est – même natif seulement de Brive, et pas du haut et rude plateau de Millevaches, Davignac, Meymac, la très pauvre Haute-Corrèze… – , est presque aussi rude en endurance que sa chère compagne et princesse mandchoue de Haute-Corrèze, Cathy…

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    Ce qu’indique superbement – et je me permets de le répéter ici – , la quatrième de Couverture : « Quarante-cinq ans ont passé depuis que j’ai pris le parti de noter la teneur, la couleur de mes jours. Des commencements, j’ai conservé quelques habitudes, la première et la principale étant de me lever tôt, d’écrire, jusqu’à midi, pour lire, ensuite, aussi longtemps que j’en suis capable. Je me conforme toujours à la règle que je me suis fixée, dans l’internat, et dont je ne saurais m’écarter sans que le gamin de dix-sept ans que, paraît-il, je fus et qui l’a édictée, ne me rappelle à l’ordre d’une voix tonnante. « On a tous les âges à chaque instant », constatait le psychanalyste Georg Groddeck, et c’est un adolescent de jadis qui continue de régenter mon existence. Je persiste à noter les faits quotidiens. Tout nous reste, mais les chemins d’accès au passé s’effacent. Quelques mots, sur du papier, aident, si on le souhaite, bien sûr, à le retrouver« …  

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    J’admire donc cette inflexibilité de Pierre Bergounioux à ne – presque – jamais tenir compte du critère de plaisir, en particuler dans les foisonnantes lectures que carrément il s’inflige : que d’affligeants très lourds pensums il s’obstine ainsi à accumuler et endurer jusqu’au bout, par crainte de manquer si peu que ce soit de savoir…

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    Quand mon tempérament personnel a d’abord pour boussole la joie, la pure joie :

    c’est ainsi que cette pente m’a conduit à préférer le plus souvent l’écoute émerveillée du meilleur de la musique à d’insipides fâcheuses lectures de bien trop bavards pesants livres…

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    Mais ce n’est là qu’un avis de lecteur !

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    De Pierre Bergounioux, et sa superbe et rutilante idiosyncrasie d’écriture qui sait aller droit et avec sobriété à l’essentiel, j’adore l’immense très précise et justissime attention, si  magnifiquement soigneuse, aux infinies variations toujours renouvelées et vibrantes des lumières, des couleurs des arbres et des fleurs, des chants et des ramages des divers oiseaux, qu’il sait si bien reconnaître, des vols virevoltants des fragiles et éphémères papillons, au fil des saisons qui bien fidèlement se renouvellent, pour lesquelles variations ainsi remarquées il prend soin de noter bien scrupuleusement, et à la volée quotidienne de son ressenti ainsi que de l’écriture minutieuse de son carnet, sa gratitude immensément reconnaissante : à la vie, tant la vie reçue (de ses parents et grands-parents, et ascendants) que la vie donnée (à ses enfants et petits-enfants, et descendants) : cette chaîne se perpétuant en se renouvelant forcément un peu, au fil des générations qui se suivent et se poursuivent…

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    Une vie qui en ses 45 années d’écriture de son quotidien « Carnet de notes« , démarré le 16 décembre 1980, lui a permis, à lui, Pierre Bergounioux – né à Brive-la-Gaillarde (Corrèze) le 25 mai 1949 – , d’engranger 6307 pages une fois imprimées en 6 volumes publiés jusqu’ici par les Éditions Verdier : « Carnet de notes (1980 – 1990)«  – 951 pages en 10 ans et 16 jours – , « Carnet de notes (1991 – 2000)«  – 1261 pages en 10 ans – , « Carnet de notes (2001 – 2010)«  – 1263 pages en 10 ans – , « Carnet de notes (2011 – 2015)«  – 1204 pages en 5 ans – , « Carnet de notes (2016 – 2020) » – 917 pages en 5 ans – , et maintenant « Carnet de notes (2021 – 2025)«  – 711 pages en 5 ans – , qui, donc, lui ont permis et lui permettent encore et toujours pour le moment – tant qu’il y a de l’encre et du papier, ainsi, bien sûr, que de la vie, dirait notre cher Montaigne… – , en ces pages qui ne cessent, jour après jour de se suivre en s’écrivant quotidiennement, d’inscrire fidèlement dans la durée-continuité d’une vie et d’une écriture attentives et intensives, et ici, donc, en ces pages vibrantes de vie de ce carnet manuscrit, devenant un peu plus tard ces très copieux livres imprimés à couverture jaune des Éditions Verdier, ce qui dure, s’endure, se remarque et se marque, se suit et se poursuit, s’use et se répare, et se blesse et se soigne aussi, rustine après rustine posée, de ce que lui, Pierre Bergounioux, inscrit ainsi, page à page, de ce qui touche un peu à vif, au quotidien renouvelé très matinalement de ses jours – Pierre Bergounioux a conservé la très saine et féconde habitude de toujours se lever très tôt ! – , et le fait le tenir en attention, et puis le retenir un peu en l’écriture, le ressenti sensible le plus vivant et marquant, au moins sur le moment, de sa vivante et toujours vibrante, et jusqu’au plus infime et ténu, vie ; et que nous avons la chance insigne, en les lisant, ces pages, de partager un peu, à notre tour et par délégation de notre propre attention, au fil des pages tournées de notre lecture suivie…

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    Avec gratitude, oui.

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    Ce  vendredi 17 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En parcourant très attentivement par la lecture les 9 livres jusqu’ici publiés de Jean-Marie Planes concernant son Bordeaux et son Sud-Ouest, c’est une œuvre qui a précisément pour sujet et pour cœur brûlant la ville de Bordeaux (et le Sud-Ouest limitrophe), consubstantiellement liés à la vie si sensuellement sensible, en son écriture, de son auteur, qui se découvre et nous atteint, à la lecture, au plus proche et délicatement intense de nous…

    En parcourant très attentivement par la lecture soigneuse, attentive aux moindres détails – assez souvent à décrypter… – les 9 livres jusqu’ici publiés de Jean-Marie Planes qui concernent – et émanent, à vif, de – son Bordeaux et son Sud-Oest – « Le Jardin public« , en 1994 (Confluences) ; « Une Ville bâtie en l’air« , en 1996 (Confluences) ; « Les Quinconces« , en 1999 (Confluences) ; « Tsanga, tsanga, fragments malgaches« , en 1999 (Mollat) ; « Une Chanson qui nous ressemble« , en 2001 (Confluences) ; « Reste avec nous car le soir tombe« , en 2004 (Mollat) ; « Le Chemin de Macau« , en 2017 (Arléa) ; « Une Vie de soleil« , en 2019 (Arléa) ; « En visitant les musées de Bordeaux« , en 2021 (Confluences)…  ; et restent à publier d’autres recueils de ses très nombreux articles, par exemple de critique littéraire, pour le journal Sud-Ouest – ,

    c’est une œuvre qui a précisément pour sujet et pour cœur brûlant la ville de Bordeaux (et le Sud-Ouest limitrophe), consubstantiellement liés à la vie – ressentie ainsi que remémorée : mais pourquoi donc écrire, sinon pour apprendre à être d’abord tellement mieux à soi, face à l »écoulement des jours qui filent, passent et fuient… – si sensuellement sensible, en son écriture, de son auteur, qui se découvre et nous atteint, à la lecture, au plus proche et délicatement intense de nous..

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    Et cela, dans un style, assez à la Chardonne, où règne une immense pudeur de fond de maintien, au final contrôlée ; en particulier concernant les personnes de son privé, le plus souvent, sinon toujours, minimalement indiquées, au très furtif passage, par une simple initiale – pas davantage – de prénom…

    Mais c’est l’enchantement profus et généreux, via le filtre-tamis des mots, du ressenti des impressions si nuancées et si délicates – sans la si petite que ce soit ombre-tache de mauvais goût de préciosité, ni encore moins le moindre soupçon d’exhibitionnisme : pouah ! – de l’auteur, ainsi qu’un art impressionniste parfait des touches fines de la palette raffinée et pourtant sobre – le mot précis toujours juste faisant instantanément et en finesse, j’y insiste, mouche en son phrasé svelte, vibrant et cursif… – de ses descriptions cursives – tout va toujours très vite, et file : à la Morand ; mais lui avait le cœur sec, et je remarque au passage que Jean-Marie Planes ne manquait jamais de le relever chaque fois qu’il évoque Morand… – de lieux et de paysages, qui  règne en l’écriture somptueuse – à la fois sobrement retenue et délicieusement épanchée : un oxymore réussi, qu’il s’autorise en s’y livrant à son écritoire… – de Jean-Marie Planes, pour enchanter, avec humilité et simplicité tempérée – c’est bien sûr là un très heureux effet du bienvenu climat dont nous jouissons à Bordeaux… – , la lecture à laquelle nous sommes ainsi, du coin de notre œil de lisant – et comme par-dessus l’épaule de l’écrivant à l’œuvre, juste en train, lui, à l’instant même, tout frais, de l’effectuer à sa plume sur le papier… – , autorisés à nous pencher, en lisant ce qu’il vient, consentant à peine, mais tout de même se livrant ainsi en ce filtre propice et incitateur de la joie de l’écriture, de nous laisser un peu regarder – et ainsi l’accompagner un peu aussi, lui, de notre complicité approbatrice de simple lecteur à distance, en temps en en lieu, de ce qu’il nous laisse, et a laissé, désormais, qu’il n’est plus là… – , au fil de la souplesse toute d’élégance foncière de la course respirante et maintenant, désormais, respirée, de ses phrases qui s’écrivaient alors, en son présent de vivant et écrivant – l’un après l’autre – à vif…

    …

    Beaucoup, beaucoup, nous est ainsi donné-laissé à recueillir, à notre tour de simple lecteur un peu attentif, en cette distance de délicatesse si magnifiquement retenue et millimétrée, en sa pudeur, d’épanchements, de sa délicieuse sprezzatura à l’écritoire, de Jean-Marie Planes – sur cette sprezzatura, lire l’indémodé et admirable « Livre du Courtisan«  de Baldassare Castiglione (1478 – 1529)…

    Le style, fluidissime, étant au service de l’extraordinaire précision – parfois pudiquement floutee… – , du rendu, par l’expression ainsi maîtrisée de l’écriture, du vécu même, fulgurant et à vif – jouissant et souffrant, brûlant même parfois, à l’occasion, tout à la fois tout cela, oxymoriquement, quasi en permanence… – , de l’auteur qui nous a quittés il y a maintenant un an, le 16 janvier 2025…

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    Ce lundi 19 janvier 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un essai de recul réflexif sur l’œuvre cixoussien : dégager-décrypter-mettre à jour en la féérique cuisine pâtissière de Cixous, la recette de son hyper-jouissif gâteau de quatre-quarts qu’est le Livre : 1) attention-perception ultra-fine et merveilleusement poétique déjà au réel le plus quotidien ; 2) exploration alambiquée délicatement ciselée de quelques souvenirs marquants du passé remémorés avec extrêmes soins ; 3) accueil-essai de saisie à la volée de miraculeux rêves nocturnes de conversations poursuivies ainsi avec quelques chers disparus, récents ou lointains, revenant très présents en son sommeil lui parler ; 4) imageance ludique formidablement festive du pâtissage voluptueusement jouissif de l’écriture terminale, lequel vient soudain menacer de venir trop prochainement, et à terme, s’interrompre, échapper et bien cruellement faire défaut : manquer…

    À nouveau ce petit matin-ci du vendredi 10 octobre,

    je débute – paradoxalement pour ma forme d’esprit : analytique… – la rédaction de mon article par l’écriture-essai de son titre :

    « Un essai de recul réflexif sur l’œuvre cixoussien : décrypter-dégager-mettre à jour en la féérique cuisine pâtissière de Cixous, la recette de son hyper-jouissif gâteau de quatre-quarts qu’est le Livre : 1) attention-perception ultra-fine et merveilleusement poétique déjà au réel le plus quotidien ; 2) exploration alambiquée délicatement ciselée de quelques souvenirs marquants remémorés avec extrêmes soins ; 3) accueil-essai de saisie à la volée de miraculeux rêves nocturnes de conversations poursuivies ainsi avec quelques chers disparus, récents ou lointains, revenant très présents en son sommeil lui parler ; 4) imageance ludique formidablement festive du pâtissage voluptueusement jouissif de l’écriture terminale, lequel vient soudain menacer de venir trop prochainement, et à terme, s’interrompre, échapper et bien cruellement faire défaut : manquer… » ;

    en forme de continuation – je m’obstine à cet effort de recul synthétique qui m’est toujours difficile, par rapport à ma passion des analyses des détails qu’il me coûterait beaucoup de laisser échapper et manquer ; passionnément je les traque… – de mon article d’hier : « Face au réel tout compris (blessures comme joies), l’option « Litté-ratures » d’hyper-réaliste affrontement-contournement-solutions de survie de l’immense Hélène Cixous en sa maison d’écriture et en compagnie de ses ultra-vivants chats Haya et Isha : ma persistance d’essai de clé sainte-beuvienne de lecture de ce « Ce qui n’était jamais arrivé » qui m’en impose…« …

    …

    1) Premier quart-ingrédient de ce gâteau quatre-quart qu’est, au final, le Livre :

    ce que je qualifie de « 1) l’attention-perception ultra-fine et merveilleusement poétique déjà au réel le plus quotidien« .

    …

    Je veux dire par là que ce qui déclenche l’écriture ultra-vibrante du texte – et d’abord la page même en train de s’écrire – qui va s’élaborer, ce sont d’abord certaines circonstances contextuelles singulières présentes qui viennent frapper avec force l’attention de l’autrice dans son environnement spatio-temporel d’écriture en train de se faire, d’où, ici, d’abord, les notations de très très nombreuses dates – je ne les ai pas comptées ; mais on pourrait le faire (même si H. C. fait exprès de les brouiller parfois…)… – qui parsèment les pages de ce « Ce qui n’était jamais arrivé « ; mais surtout les éléments de ce contexte spatio-temporel et parfois même historico-géographique – « C’était le 24 février 2022, un jeudi (…) imitation épouvantable de l’assaut contre l’Ukraine – qui a bien eu lieu ce jeudi 24 février-là ! Toute l’année solidaire d’Oukraïna, corps harcelé, effrayé, je lisais les nouvelles dans les journaux« , pages 42-43 ; cependant ces références à l’actualité politico-historique sont très rares et très discrètes… – , qui viennent frapper et saisir, au présent, son attention, la retiennent un moment qui est alors au moins un peu détaillé, voire développé sur la page… Ces notations étant très physiques et hyper-sensibles, pour le lecteur aussi. Elles peuvent concerner aussi et plus encore, forcément, certaines personnes bien vivantes présentes – et interlocuteurs à l’occasion, mais assez rare cette fois-ci (et c’est à relever), son fils P. (ou P.F.) et sa fille A. (ou A.-E.) ; ou aussi son éditeur « le merveilleux descendant de Settembrini« , page 145 – , voire des animaux – ses chères chattes Haya et Isha, surtout, interlocutrices archi-fidèles et très remarquablement plus que présentes de l’autrice : « Je dois la vie quotidienne aux chats, deux artistes du lancement de chaque jour. Circassiennes aux cent beautés. Célébrations du petit matin, chaque fois une nouvelle image. On improvise« , page 126 ; « les chats célèbrent la fête de la présence« , est-il même encore relevé page 129 ; et juste avant « Et sans les chats j’aurais été bannie des vivants« , page 128 ; ou encore leur adversaire, une assez mémorable fois, à 5h 30 du matin, la nuit du 10 août 2023 (aux pages 160-161), le gros chien dit « Goliath de jardin«  qui finira par piteusement détaler ; ou, à quelques reprises, leurs petites proies : des souris ; ou encore « le corps de l’écureuil assassiné étendu devant le portail » de ce jardin de la maison d’écriture, aux Abatilles (page 127, et évoqué brièvement ailleurs encore : « Notre écureuil est mort« , page 146 ; etc.)…

    …

    Et deux facteurs très personnels font aussi bien évidemment partie, et massivement même, de ce réel contextuel qui constitue à la fois le cadre, l’horizon ainsi que le fond de l’écriture de ce « Ce qui n’était jamais arrivé « :

    d’une part, et en forme de continuo, les divers symptômes manifestant la maladie qui vient frapper alors Hélène Cixous, et ponctuent, s’installant grain à grain, et alarmants, le défilé des jours de l’écriture de ce Livre-ci,

    entre le dimanche 2 avril 2023 (cf pages 15-16 : « (Dimanche 16 avril 2023) Le voyage vers nulle part avait commencé il y a deux dimanches – le dimanche 2 avril 2023, par conséquent – . H. et ses enfants étaient assis sur le banc du balcon – probablement à Paris, et pas à la maison d’écriture, l’été, des Abatilles, cette magique « Villa rêva«  évoquée dès la page 12 : « Je venais d’arriver à la Villa Rêva, cette maison réservée aux livres où je viens poser ma vie chaque année, mon port natal, dite aussi le Jardin du Chêne, pour la saison du Rêve – les mois de juillet et août. C’est chaque fois depuis le commencement de l’antiquité une aventure fatidique : j’y attends la Venue des messagers. Je suis armée de Confiance. (…) Ils viendront. Aucun doute. Je ne sais pas qui ou quoi, viendra, je ne sais pas quel jour. Je suis une poule. Je couve le Temps. On verra « … H. allait – ce 2 avril 2023, donc – prendre des notes, mais la main tomba dans le vide. La page muette, se dressa, mur filant vertical, impossible aux doigts de grimper, refus haineux de la surface verticale, vision fantastique de l’invisible, indice du démon. (…) H terrassée, abattue par l’offensive, le mur promet la mort. Comme l’éveil de Samson rasé – et l’image de Samson terrassé reviendra… – , vidé de lui-même. C’est la mort. Ainsi c’est la mort. C’est donc la mort. On se demandait depuis longtemps sous quelle forme elle entrerait, par quelle porte elle chargerait, le pays tout entier en état d’alerte brute, sans information. Aux pieds les orteils morts depuis des années, ça n’empêche pas de marcher en vacillant, ça empêche de tenir, de courir, coupure de liberté jusqu’aux chevilles, le reste fonctionnait« ),

    et le jeudi 17 octobre 2924 (cf la page 175 : « J’attendais la fin – de ce Livre-ci, à boucler... C’était le jeudi 17 octobre 2024. J’attendais depuis quelques jours. Le jour de la fin. Elle était peut-être déjà arrivée« ),

    et dont vient la soigner-sauver, de cette maladie, au moins provisoirement un médicament, le modor (cf les deux acceptions de ce « mot d’or« , aux pages 111-112 : « Radiologiques les derniers jours d’octobre – 2023 – passent par l’hôpital. (…) Dans notre cas le mot inquiétant du chapitre noir est « modor ». Nous voilà dans l’antique région de la Pharmacie. (…) en un instant, nous voilà dans le monde des poisons, chez Circé. Finie la liberté« , et aux pages 131-132 : « Coup de théâtre : mode d’intervention des dieux, remarquable par la vitesse surhumaine de l’opération. Le coup de théâtre dans ce compte-rendu biographique appelé « Vie » a un nom laid commun, il existe, pharmaceutique _ abra, arbacadabra, arbacadabrant, c’est une sorte de projectile doté de force de vie ou mort – un pharmakon : ambivalent, ambigu (cf Derrida, « La Pharmacie de Platon« )… – , un drone neurologique, une substance toute-puissante et mystérieusement indifférente désignée par la combinaison verbale « mo, dor » j’ai peur d’elle, est-elle magique, est-elle poison, je veux croire qu’elle donne le mot pas la mort, le mot par le don, elle  est aussi surprenante que le bâton aux deux serpents surmontés de deux ailettes. Au début de l’an 23, je n’en avais encore jamais entendu parler. J’étais dans l’état du peuple de Davos qui n’avait encore jamais entendu le mot streptomycine. Un dieu champignon, ça existe ? Mise en garde : cette divinité n’est pas un immortel, il vous prête vie, ne fait pas grâce. Concède survie sans garantie. Sans amour, sans religion. Prenez connaissance des effets secondaires : un tel déluge de menaces et d’avertissements est source de sagesse. La puissance peut disparaître aussi soudain qu’elle est apparue. On croirait une névrose. (…) Sans avertissement, sans annonce, sans messager, cortège, alarme, comme on se réveille réveillé en sursaut, on bondit hors du cercueil on pousse un cri de rire, c’était donc un mauvais rêve, une hallucination ? On se tâte, on lève les bras, les bras se lèvent on rit, on inspire, on n’oublie pas, on noublie, on ose un pas, on nose, on  atterrit. (Comment dit-on « atterrir » pour le débarquement sur la page de papier ?) on ?  _ Ça  y est ! On a écrit. Un mot « ),

    d’une part, voilà le premier facteur très remarquable et marquant, impressionnant ;

    et d’autre part, voici maintenant le second facteur que je retiens en ma lecture :

    les conséquences, capitales et massives, venant affecter Hélène Cixous, sa sœur aînée, du décès, à Pessac le 6 septembre 2023, du frère d’Hélène, Pierre Cixous ; mais ces conséquences-là, j’en réserve l’examen à ce que je considère constituer le troisième quart du gâteau de quatre-quarts, celui concernant l’apport très important, au Livre, des rêves et conversations oniriques d’Hélène en son indispensable richissime trésor, le Rêvoir…

    …

    Le réel, donc, apparaît donc bien, hic et nunc, au fil et au fur et à mesure des jours de l’écriture se faisant et des pages du Livre s’écrivant, même si, comme nous en sommes solennellement prévenus page 117 : « Ce texte n’est pas un récit ni un journal

    C’est un enregistrement des pas du Temps

    Le Temps n’a pas de mémoire, pas le sens de la succession

    Croit (ou craint?) toujours être l’instant de la première fois

    Temps est file ou fil des journées

    Chaque jour unique« …

    Et c’est bien à ce Temps, auquel nous avons, chacun et tous, en permanence à nous affronter, la durée de temps de vie qui nous est généreusement accordée de durer un peu, jour après jour, nuit de rêves après nuit de rêves.

    Et ce sera, ensuite, après le déluge qui inévitablement viendra nous emporter et noyer, nous et notre souffle, que peut-être, nos témoins-contemporains disparus et emportés eux aussi, nous survivront peut-être un moment quelques Livres-Tombeaux… ;

    et sinon, sans cet ersatz de survivance de papier-là : « Mon certificat d’existence est introuvable. Je suis sans preuves. Je n’ai jamais été. Nous sommes devenus incroyables. Sensation d’être des fantômes. Des personnages de bref passage dans la réalité. Même pas comparables en durée, en consistance, aux passants des rêves« , lit-on page 142…

    …

    2) Deuxième quart-ingrédient de ce gâteau quatre-quarts :

    ce que je qualifie de « 2) l’exploration alambiquée délicatement ciselée de quelques souvenirs marquants du passé remémorés avec extrêmes soins« 

    …

    D’assez nombreux souvenirs marquants et liés à de très diverses époques – depuis un premier souvenir « sur la plage, à Oran« , en 1942, « On a 5 ans« , en compagnie de la petite Elsie Mayer, petite-fille de l’acteur Harry Baur, un souvenir évoqué aux pages 29-30-31… – apparaissent bien entendu dans le texte.

    Mais il semble bien que le souvenir principal autour duquel tourne tout entier ce nouveau  volume du cru 2025 issu de la constellation Cixous intitulé cette fois-ci « Ce qui n’était jamais arrivé« , et sur lequel on doit impérativement revenir, s’attarder et approfondir enfin, concerne le souvenir de la trouvaille ou plutôt retrouvaille – celle-ci était-elle vraiment jamais arrivée jusque là ?.. : mais c’est bien ici, cette nouvelle fois, une extraordinaire re-découverte-révélation pour Hélène que celle de ce trésor à nouveau exhumé et relu, issu de la main de son père, disparu, lui, à Alger le 12 février 1948 ! la première fois, cela s’était produit en 1997, nous le verrons plus loin… – très tardive, peut-être in extremis, et absolument inattendue d’Hélène, concernant « les (six cent) lettres de Georges aka Jorge – Georges Cixous, son père (Oran, 5 septembre 1908 – Alger, 12 février 1948) – à sa bien aimée«  – Ève Klein (Strasbourg, 14 octobre 1910 – Paris, 1er juillet 2013), sa mère – , une re-découverte (re-révélation éblouie de la personnalité de son père) merveilleuse et comme miraculeuse, narrée magnifiquement aux pages 68-69 ;

    et je me permets de retranscrire in extenso ici ce que je considère comme constituant le crucial cœur-centre autour duquel tourne en vérité tout ce Livre « Ce qui n’était jamais arrivé « :

    …

    « Selon moi – Hélène – ,  elle – sa mère, Ève – n’a pas lu ses lettres. Celles de mon père – Georges Cixous. On ne peut pas vraiment lire – lire vraiment ! en recevant de plein fouet leur entière force de vérité… – les lettres le jour où elles arrivent. Ce jour-là la lecture est prématurée – parce que seulement fonctionnelle-utilitaire, et par là superficielle : rien qu’informative, réduite à ses fonctions pratiques immédiates ou à court terme. On ne s’y attarde donc pas ; et aussitôt on s’empresse de l’oublier. Les prématurés demandent du temps pour parvenir à maturation. Les vraies lettres ne parviennent à la vraie destination que lorsque l’on a compris – et ce n’est pas fréquent – les valeurs et les forces de ces œuvres de l’âme – quand des lettres sont effectivement, c’est-à-dire vraiment et véritablement, des « œuvres de l’âme » même… D’ailleurs une lettre prend d’autant plus de force qu’elle n’arrive pas seule mais constellairement – liées-reliées-unies à toutes les autres, les précédentes ainsi que les suivantes : ce point (qui en fait une œuvre) est capital… – , comme chaque élément de l’ensemble d’une composition musicale – voilà, voilà ! mais oui ! La Lettre de mon père à sa fiancée était composée de six cent lettres – voilà ! D’une certaine manière secrète, mystérieuse – parce que poétique – les lettres ne sont probablement pas – vraiment – arrivées à ma mère – à son âme à elle, du moins : une femme essentiellement pragmatique et efficace, entièrement tournée vers l’action. Il aurait fallu qu’elle les reçoive plus d’une fois – afin d’y attarder enfin sa lecture ; mais Ève est toute sa vie demeurée une femme pressée... Chaque fois comme une première autre fois. Tous les dix ans par exemple – pour les lire enfin vraiment et se pénétrer enfin de leur teneur profonde.

    Les forces mystérieuses des lettres : elles n’arrivent à l’âme – car c’est bien de l’âme qu’il s’agit en ces actes de réception-lecture aussi de la part du lecteur – que longtemps, des années, des dizaines d’années après être parvenues à l’adresse –physique, et quasi accidentelle – de destination. Ce sont des projectiles à retardement. Comme ces déclarations d’amour qui arrivent trop tard, dont Balzac était le spécialiste. Elles contiennent toujours un peu de puissance posthume – pour celui qui saura vraiment les recevoir en plein et au cœur, et qui n’est pas nécessairement son destinataire initial : ce véritable destinataire-là les lisant tout autrement, et pas simplement fonctionnellement, utilitairement… Il est possible qu’elles n’arrivent jamais (cas de Georges). Ou qu’elles arrivent à quelqu’un d’imprévu : ainsi j’ai reçu – dit, presque cent ans plus tard que leur rédaction, dès les années 30 et jusqu’en 1948, par son père Georges, et leur envoi à sa mère Ève, Hélène leur fille vraie lectrice – les (six cent) lettres de Georges aka Jorge à sa bien-aimée, c’est moi qui les ai reçues – vraiment, en toute la plénitude éclatante de leur force de vérité –  portées par le plus grand des hasards, un certain jour ordinaire d’une année rien de particulier – peut-être à ce moment du dépôt par Hélène de ses documents littéraires à l’IMEC, à l’abbaye d’Ardenne, un épisode qu’elle baptise, page 125, « la Déposition », à ce qu’elle nomme « l’Instance Adoptive Mammifère Bibliothèque« , « un tumulus« , page 126… ; et pages 86-87, elle écrivait déjà, à propos du dépôt (à l’IMEC) de ces infiniment précieuses lettres « dans un conservatoire monumental, un de ces coffres où les mémoires des individus sont retirés de l’économie turbulente et des sujets à durée limitée et replacées dans une Grande Mémoire Nationale. C’est là dans cette armoire ouverte au public où les passions, les deuils, les affects qui nous font bouillonner de colère ou d’angoisse, où les empoisonnements, les idées de vengeance, les gaietés, les maux et les jubilations, les régions des espoirs et des illusions, sont rangés sur des étagères, préservés des destructions accidentelles ou délibérées. (…) Là, vous déposez vos états d’âme sauvés de vos oblitérations. Le mausolée – du site de l’abbaye d’Ardenne, près de Caen – que le rêve avait acheté, ou voulait acheter, était plus loin que l’on aurait cru, il fallait sortir de la ville – Caen – , atteindre le bout des routes et là à l’angle du monde bâti et des sentiers sauvages, à la lisière de l’inhabité se trouvait le plus étrange des tumulus : une sorte de petit mont en forme de mamelon« , elle écrivait ceci :

    « Un jour, elles – ces lettres, donc – se lèvent d’entre les morts. C’est le cas des lettres de mon père, un cas de résurrection – après Dépositon du corps mort au tombeau – totalement imprévisible. Un jour on racontera peut-être l’histoire de ces six cent otages – sic – des forces de l’oubli et du sacré qui se sont affrontées à leur sujet : elles auraient pu ne jamais être sauvées. Quelqu’un, mais qui ? quel gardien ? les aura ultimement épargnées mais pour quelles raisons ? On ne saura jamais, maintenant que mon frère – Pierre – est mort« ...  – , ma mère, la légitime destinataire encore en vie – alors, en 1997 – , ça ne l’intéressait pas, bien au contraire, c’était loin, c’était plus loin que le passé – dont elle désirait, déjà, et de toutes ss forces, très activement se détourner, elle la pragmatique et survivante-résiliente… – , pourquoi ces lettres aux ailes palpitantes comme des oiseaux avaient-elles été relâchées – voilà ! – par mon frère – Pierre Cixous (Oran, 11 novembre 1938 – Pessac, 6 septembre 2023) – qui les gardait en otages – voilà, c’est dit ici !  – , pourquoi ce jour-là, pourquoi ni avant ni après, sans aucun motif discernable, pourquoi en 1997 – voilà, voilà ! Lire ou relire aussi, à leur propos et plus de précisions, le précédent (paru en 1997) et décisif, déjà, « Or. Les Lettres de mon père » d’Hélène Cixous… – sans explication, où auraient-elles séjourné, qui les avait rassemblées en un seul gros volume dans une commune incarcération, et sans doute après 1948, sans doute ou peut-être, par leur destinataire – Ève -, comme on enterre le corps d’un héros pour l’oublier, pour ne pas l’oublier pour le lancer enfermé dans un coffre – pour ne surtout pas les relire – sur les flots du Léthé – le fleuve de l’Oubli : supposé définitif ! – , c’était incompréhensible, on ne saura jamais, avec le temps l’énigme s’accumule, cela fait trente ans que ces lettres ont fait apparition – en 1997, donc, avant cette re-lecture-retrouvaille-ci de 2023 ou 2024… – , entre-temps tous les témoins sont morts – en 2013, Ève, sa mère ; en 2023, Pierre, son frère – , aucun n’a répondu, du moins je ne m’en souviens pas

    ces lettres étaient (probablement) en disparition depuis cinquante ans – 1948 – en transit, en incertitude, à la merci des dieux et personne ne cheminait à leur recherche

    Ou que le sort décide de vomir les naufragées sur une côte d’une de ces îles prévues par Shakespeare – La Tempête – ou Defoe – Robinson Crusoe – pour recueillir les indésirées de la mémoire – qui essayait de les refouler…

    Ou que cette aventure extraordinaire – de divers concours enchevêtrés et raboutés de circonstances – ait été écrite dans ma biographie par le Destin s’il existe. Si j’avais su – Hélène l’avait ainsi ignoré jusqu’alors ! – que j’étais la fille d’un poète au secret ? – voilà enfin le principal : ce qui constitue la découverte, ou plutôt la re-découverte, narrée en ce nouveau Livre-ci ! Lui-même était innocent« 

    …

    Et, pages 20-21, encore ceci, en forme d’explicitation supplémentaire, intitulé « Surprises » :

    « Journal 12-2-2024. Comment je suis tombée amoureuse de Georges alias Jorge en lisant ses lettres (comme si elles m’étaient adressées) à sa fiancée, où se découvre dans le secret amoureux la douceur joyeuse de créer, par l’imagination, une vie, et jusqu’à la vieillesse, avec une associée en qui cette âme, pure et noble, peut mettre toute sa confiance. La beauté tendre et originale du jeune homme, il promène sa rêverie dans les jardins d’Algérie, il y fait mille rêves. Son existence active, citoyenne, investie dans le cours de l’Histoire. Bientôt la fin du monde. Il observe les manifs antifascistes, 1935, les grondements des Croix-de-feu (…), se déclare athée, rejette les rites vides hypocrites ; lit Proust et La Montagne magique, décrit les phrases aux rythmes et qualités différents. Sa mère ne veut pas qu’il se marie avant que sa sœur Déborah – Oran, 17 février 1906  – Cachan, 27 août 1996  – ait trouvé un mari – elle n’en trouvera pas – , il fait les plans de son cabinet – médical – idéal, refait dix fois sa thèse – de médecine, sur la tuberculose – , parle bien l’espagnol, écrit tous les jours à sa fiancée, se promène dans la  campagne, dans la montagne, a des flirts éphémères qui n’engagent pas toute la vie, est romantique et parfois mélancolique, écrit tous les jours, ne peut pas ne pas écrire tous les jours – lui, déjà, comme Hélène – , comme s’il s’envoyait des lettres à lui-même. (…) Pense vivre jusqu’à la vieillesse heureuse où on goûtera le bonheur de se remémorer des temps de jeunesse espérante. Affirme croire au bonheur. Défie l’Enfer à venir Il n’aura jamais connu ma mère » – qui ne naîtra à elle-même, vraiment, après son veuvage, qu’en devenant, femme très pragmatique et formidablement résiliente (jusqu’à ses 103 ans), sage-femme à Alger… 

    …

    Et c’était bien cette réparation mémorielle-là de la vraie figure – poétique – de son père Georges Cixous qu’Hélène Cixous, fabuleuse lectrice (et interlocutrice), devait impérativement absolument, et maintenant quasi in extremis de sa vie à elle, à son père bien trop tôt disparu, le 12 février 1948 : « un poète au secret« , et « lui-même innocent » de cela…

    …

    3) Troisième quart-ingrédient du gâteau quatre-quarts :

    ce que je qualifie de « 3) l’accueil-essai de saisie à la volée de miraculeux rêves nocturnes de conversations poursuivies ainsi avec quelques chers disparus, récents ou lointains, revenant très présents en son sommeil lui parler« .

    …

    Ici il s’agit des très nombreuses passionnantes conversations, immanquablement pleines de surprises (et humour) avec des éloignés et surtout disparus avec lesquels Hélène Cixous a la miraculeuse joie de pouvoir s’entretenir encore un peu, en ses rêves nocturnes, puis son Rêvoir, quand elle réussit à en saisir au vol, à son réveil, quelques bribes, les recueillir tant bien que mal alors, et les noter bien vite sur papier, afin d’en retenir et préserver quelque chose de leur infiniment précieux miel…

    Et tout particulèrement les irremplaçables conversations oniriques entretenues, surtout après le décès de celui-ci, avec son frère Pierre, depuis que celui-ci vient de décéder à Pessac – Haut-Lévêque ? Xavier-Arnozan ? – le 6 septembre 2023…

    Ce frère bordelais-lormontais qui lui avait jadis intimé l’ordre – vers la fin des années 90, ou début des années 2000 : Hélène nous l’avait narré dans un des précédents volumes de sa très riche constellation… – de cesser à jamais de parler de lui en ses Livres…

    Et c’est cette situation-là, indurée, qui faisait qu’Hélène ne fréquentait semblait-il guère, depuis Arcachon, l’agglomération de Bordeaux : elle me l’avait confié quand je lui proposais de venir présenter chez Mollat à Bordeaux ses livres, il me semble qu’il s’agissait pour lors de « Défions l’augure », paru en 2018.

    Et c’est seulement le 23 mai 2019 qu’Hélène viendra à Bordeaux s’entretenir avec moi à la Station Ausone de la librairie Mollat – son frère l’avait-il su ? ou pas ?, je l’ignore – pour échanger sur l’écriture de son opus suivant, « 1938 – nuits » : un entretien fabuleux, dont voici un lien à l’extraordinaire vidéo. 

    Sinon, s’imposent à la lecture et flamboient les très nombreuses mentions-apparitions de Pete son frère en ce Livre-ci  « Ce qui n’était jamais arrivé« ,

    _ aux pages 19-20-21 de la première partie intitulée « Réveille-toi« ,

    _ aux pages 87-96-99-101 de la deuxième partie intitulée « Mes vies avec la tuberculose » – page 96, par exemple, je relève de très notable ceci : « N’avais-je pas obéi à l’ordre que m’avait donné Pete mon frère de ne jamais parler de lui, jamais admettre, approcher, nommer Pete mon frère, sa vie, son existence, ses opinions, enfin de l’inexister absolument ? Et donc de le renier, de l’assassiner, de l’effacer avec une gomme. N’avais-je pas renoncé au droit à désobéir, obéissant par là à une malheureuse lâcheté ?« … – ,

    _ aux pages 103-106-107-108-109-112-121-122-127-129-130-133-137138 de la troisième partie intitulée « Faute de Frère » – page 130, je relève ceci : « l’an 23 : l’an de la mort pour Pierre, monfrère, Pete, est l’an de ma résurrection totalement inattendue, le triomphe de l’inespéré Mais qu’est-ce que ça veut dire « mort » ? Ma maison d’écriture est pleine d’immortels » ; et page 137 : « Depuis qu’il est parti mon frère n’arrête pas d’arriver (…) _ je le sens, je le perçois, il participe (…) Je suis contente, je suis rassurée, il n’arrête pas d’arriver « …  – ;

    _ et aux pages 156-158-160-162-163-164-166-167-168-169-170-171- 174-175 et 176 de la quatrième partie intitulée « Si c’était mon dernier livre«  – pages 165-166, je relève ceci : « Samedi 4 mai 24 Pete meurt, dit H. Pete est en mourance dans mon for intérieur depuis le début de l’année. Depuis le début. Pete se lève ou se couche tous les matins, à peine je sors du sommeil, il est là, il m’attend derrière son silence, il lance sa phrase « Hélène, tu es dans les parages ? », sa voix chantante, mélodieuse, tâtonne, je goûte sa voix comme je goûte les premières notes des oiseaux du matin. (…) Souvent nous nous « parlons » _ seulement par sons. Je sonne : Pete !? ça sonne comme un mi, c’est la note fraîche du chant de mon frère. Je lance : Pete ! Ça sonne comme : j’ai faim. Je dis. J’ai faim, et les sons me nourrissent. Ils vivent, me répondent, je sens mon frère dans le vaste volume vide. Cette vibration qui violonne dans la vapeur d’air, elle est toujours vivante, je la cueille, je veux dire je l’accueille, je la ranime Tous les matins presque, comme on allume la lampe de chevet, je fais le numéro de mon frère. Jadis longtemps je faisais le numéro de mon père (…) et Il répondait :  » – ,

    mais aussi, et surtout, page 171, une page terrible (et très volontairement elliptique) intitulée « Démonstration« , que voici :

    « Pour tuer l’enfant

    Prendre un poupon silencieux

    Allonger le bébé sur une couche

    Lui passer les jambes dans un sac de coton blanc (enfiler)

    Pour quoi faire ?

    Comme ça il ne s’agitera pas au moment de la pendaison

    Cela me cause un malaise

    L’opératrice a le geste calme. On voit qu’elle a appris l’exercice

    Mais d’un coup je tressaille (violemment) :

    Elle passe sur le haut du corps nu (le bébé était tout nu)

    Un sachet blanc. Le mot : sachet

    L’enfant est maintenant privé de toute perception

    Un frisson d’horreur me prend

    Je ne dis rien. Je n’ai rien dit

    Pitié. Chagrin

    Il était condamné. Il n’y a plus qu’à le pendre 

    Pete y est »

    et à propos de laquelle page terrible je me permets de renvoyer ici à mon article « Pour pause : lecture ce jour du terrible « Le Jour où je n’étais pas là » (paru en 2000)« , en date du 28 décembre 2021…

    à quelques majeures expressions près, ce sont surtout l’expression de plaintes ou d’appels soit de la part de Pierre décédé, soit d’Hélène qui lui survit et désire tant recommencer à lui parler…  

    …

    4) Quatrième et final ingrédient-quart de ce qui est au final le Livre :

    ce que je qualifie de « 4) l’imageance ludique formidablement festive du pâtissage voluptueusement jouissif de l’écriture terminale, lequel vient soudain menacer de venir trop prochainement, et à terme, s’interrompre, échapper et bien cruellement faire défaut : manquer…« .

    …

    Pas d’exemple particulier à élire en priorité de ma part ici : chaque page, chaque ligne, ainsi que maints mots, faisant preuve d’une merveilleuse captivante inventivité verbale, jamais gratuite, mais toujours absolument juste, à dominante d’humour tragique… Et c’est bien sûr le principal !

    Et Hélène ne manque d’ailleurs pas de le souligner en un bref passage tout à la fin du Livre, page 174 : « Le sujet principal, l’âme du Texte c’est écrire. Le but, l’objet : l’écriture, j’écris l’écriture  « …

    Parce que c’est par et grâce à l’écriture que l’âme est en mesure d’accéder, poïétiquement, à une expression d’elle-même et de son rapport passager au monde, peut-être un peu plus consistante… C’est, du moins, sinon la seule, une des ses voies offertes d’effectuation, pour quelques uns…

    …

    L’enjeu, donc, de cette option très assumée par l’autrice (« Ce texte n’est pas un récit ni un journal« ) d’un abord du réel par un biais de langage d’imageance en partie poétique et fictionnel, c’est de creuser un pas plus loin et un peu plus profond, par ce choix ouvert de l’imageance festive et même jubilatoire, sa très fine compréhension de l’infinie complexité, mais pas absurde ni menteuse, du réel, sans cesse appréhendé ainsi, et surtout affronté, jamais fui…

    Et au lecteur, par sa lecture, de jouissivement l’accompagner et la suivre en cette conquête sienne, à jamais poursuivie « tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , de l’intelligence des choses et de soi, en son écriture grande ouverte au grand air – d’Arcachon – , aux grands vents de l’Atlantique – en sa maison d’écriture des Abatilles…

    …

    Soit offrant un somptueusement jouissif jeu constant de défi de décryptage au lecteur, incité-provoqué à un dialogue permanent, et renouvelé, infiniment riche, avec ces si lumineux Livres à jouer sur ce qui fait vraiment l’essentiel des vies…

    …

    Et je réserve à quelques autres articles à venir la suite du détail des approches miennes de ce décryptage de chacun de ces quatre quarts subtils et passionnants, composant la sublimissime méthode pâtissière d’écriture Cixous…

    …

    …

    Ce vendredi 10 octobre 2025 – 44e anniversaire de ma fille Ève Lippa, lumineuse artiste plasticienne – , Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le bouleversant « Je te laisse dormir » d’Edith Bruck, ou la somptueuse conversation poursuivie – continuée avec Nelo Risi (1920 – 2015), le compagnon de sa vie…

    Ce lundi 2 octobre,

    achèvement de ma deuxième lecture bien attentive du « Je te laisse dormir » (2017-2018) d’Édith Bruck, le troisième volet (aux pages 195 à 318) du volume intitulé « Je te laisse dormir » ;

    en complément de son « L’Hirondelle sur le radiateur » (2014-2015 ; aux pages 9 à 184), premier volet de ce volume, et de « L’Homme Nelo Risi » (un discours prononcé par Edith le 13 octobre 2016 ; et retranscrit ici aux pages 187 à 191), deuxième volet : 

    …

    un volume de 320 pages qui paraît jeudi prochain 6 octobre, en une traduction de René de Ceccatty, aux Éditions du sous-sol…

    …

    …

    J’ai accédé à quelques uns des divers récits de survie et vie d’Édith Bruck _ parmi ceux qui  ont été traduits en français _ par ma  lecture, en janvier 2022, tout d’abord, de son stupéfiant « Le Pain perdu«  _ paru, aux Éditions du sous-sol, en une traduction de René de Ceccaty, le 7 janvier 2022 _ (« Il Pane perduto » avait paru en 2021 aux Éditions La Nave di Teseo),

    bientôt, très vite, suivie de ma lecture de son « Qui t’aime ainsi » _ paru le 21 janvier 2022, en Points-Seuil, en une traduction de Patricia Amardeil, datant d’avril 2017… _ :

    …

    cf la succession de cette sélection de 9 articles miens de janvier et février 2022 :

    …

    _ «  » (7 janvier 2022)

    _ «  » (8 janvier)

    _ «  » (10 janvier)

    _ «  » (11 janvier)

    _ «  » (12 janvier)

    _ «  » (13 janvier)

    _ «  » (22 janvier)

    _ «  » (10 février)

    _ «  » (11 février 2022)

    …

    puis ces 3 articles récents de septembre et octobre 2023 :

    …

    _ «  » (18 septembre 2023)

    _ «  » (28 septembre)

    _ «  » (1er octobre 2023)

    …

    …

    Et maintenant,

    le somptueux récit « Je te laisse dormir«  _ « Ti lascio dormire«  est paru en 2019 aux Éditions La Nave di Teseo _ est une longue bouleversante lettre de 122 pages qu’Édith Bruck adresse à son compagnon de 58 ans de vie (rencontré, à Rome, au Palazzo Marignoli, Via del Corso (in « Je te laisse dormir » page 187), ou bien/et au restaurant Otello, via della Croce (in « Le Pain perdu« , page 152) le 9 décembre 1957, puis épousé le 17 mars 1966 au Capitole de Rome _ cf la rapide mention de cet événement à la page 154 du « Pain perdu« … _, Nelo Risi (Milan, 21 avril 1920, Rome, 17 septembre 2015), décédé en leur domicile du 72 Via del Babuino, à Rome, ce 17 septembre 2015 :

    …

    Page 197 :

    « Cette nuit _ la date précise n’est pas indiquée : au cours de l’été 2017… _, comme souvent dans le demi-sommeil, l’esprit occupé par toi _ voilà _,  j’ai pensé t’écrire _ un medium absolument capital pour Édith Bruck, si fondamentalement, consubstantiellement, écrivain, depuis ses premiers écrits, en 1945... J’ai carrément pris cette décision. Sans bien encore savoir quoi te dire, mais ça ne m’inquiète pas. Je sais, d’expérience _ de toute sa vie d’écriture, dès 1945, donc… _ que l’idée me suffit, que c’est une nécessité _ de révélation de et à soi-même, d’abord. Les mots se multiplieront tout seuls et d’un mot en naîtra un autre emportant avec lui _ en sa formidable dynamique révélatrice _ quelque chose de déjà mûr _ voilà… _, prêt à voir le jour sur la page _ voilà, voilà.

    Tout doucement je me suis levée pour ne pas te réveiller _ « Ti lascio dormire«  ; l’expression apparaîtra un peu plus loin, à la page 204… _, comme si tu étais encore près de moi et comme si je n’avais pas compté, il y a près de deux ans _ c’était le 17 septembre 2015 ; nous sommes donc ici l’été 2017… _, l’effroi dans mon regard, tes quatre derniers souffles brefs. ensuite plus rien, rien que les cris d’Olga (notre aide à domicile dans la dernière période de ta longue maladie _ d’Alzheimer, apparue lors du premier malaise à Assise, l’été 2004 _), « C’est fini ! C’est fini ! » et mes cris inarticulés « Non non non ! », avant que je ne me jette sur le divan du salon où recroquevillée comme un fœtus je me suis détachée du réel« …

    …
    Et pages 203 – 204 :

    « Je ne sais pas pourquoi, mais pour la première fois _ depuis presque deux ans _ je m’assois devant ma vieille Olivetti pour t’écrire. Que de choses il nous restait à nous dire et combien il en restera ! _ en cette conversation déjà perpétuelle et ainsi perpétuée. Une énormité, malgré les soixante années _ du 9 décembre 1957 de leur rencontre romaine, au 17 septembre 2015 des derniers souffles de Nelo, à leur domicile du 72 Via del Babuino… _ l’un près de l’autre, qui n’ont pas suffi, pas à moi en tout cas, pour avoir la liberté _ totale et absolue _ de nous parler. La liberté, avec toutes ses limites, tu l’as vécue, en bien ou en mal ; moi _ asymétriquement en leur couple _, je l’ai subie, du fait de « mon amour indulgent », comme une de mes amies l’a défini _ en une relation aimante réciproque et mutuelle, oui, mais pas tout à fait symétrique…

    Tu étais et tu es _ toujours _ tout pour moi : langue, patrie, famille, père et mère. L’homme le meilleur que j’aie jamais rencontré, et pourtant j’en ai tellement rencontré, de passage dans ma vie errante, et même les meilleurs, les plus cultivés, valaient moins que toi. Personne ne t’est comparable, à toi qui te sous-estimais dans le souci obsessionnel de défendre ta dignité, ta liberté et ton honnêteté. Tu n’étais pas en mesure de faire quelque chose pour de simples raisons de survie. L’argent, pour toi, laïque, non baptisé, c’était vraiment les excréments du Diable. Tu ne savais même pas ce qu’était une facture ! Et je t’aimais pour cela aussi ; le pouvoir, l’argent sont la ruine du monde, répétais-tu« …

    …

    …

    Et page 204, 12 lignes plus bas :

    « Quand je me réveille, le matin, souvent, en me levant, je tourne la tête vers ta place et une phrase tant de fois répétée échappe toute seule à mes lèvres :

    _ Je te laisse dormir.« 

    …

    …

    Puis, page 205 – 206 :

    « Depuis ce soir-là _ du jour de tes derniers souffles, le 17 septembre 2015 _, je n’ai plus touché mon stylo : tu te souviens que tu ne le supportais plus dans ma main, quand, dans les derniers temps _ en 2014-2015… _ de ta maladie _ d’Alzheimer _, je prenais ces rares notes qui sont par hasard devenues un livre _ le terrifiant et sublime « L’Hirondelle sur le radiateur« … _ ? Après ta disparition, je me suis dit que je n’écrirais plus jamais ; et puis, il y a quelques jours _ cet été 2017 _, en pleine nuit, j’ai décidé de le faire pour te raconter _ à toi, Nelo, sur le déroulé du papier… _ des choses sur moi, sur nous après toi _ « On se marie pour poursuivre la conversation » (Ford Maddox Ford) et « Pourquoi permettre à la mort de l’interrompre ? » (Julian Barnes) sont les deux parfaits exergues de cette formidable conversation reprise et poursuivie (dès lors aussi sur le papier…) de ce superbe « Je te laisse dormir« … _, parce que, dans la vie, il y a toujours un avant et un après, et quand le vide paraît me suffoquer et pèse trop, il est temps d’écrire, mon unique liberté _ voilà ! et revoici ce capital « Écrire pour respirer ! » si consubstantiel à l’écrivain qu’est fondamentalement Édith Bruck, au-delà de la personne d’Édith Steinschreiber (née à Tiszabercel le 3 mai 1931, et passée par Auschwitz en 1944 ; et bien d’autres épreuves ensuite…) : il faut y insister... ; cf mon article du 11 février 2022 : « « … _ Quand, la nuit, mes bras s’allongent vers ta place déserte et que mon corps se retrouve dans l’espace qui t’était réservé au risque de tomber, il est temps d’écrire.

    Mes jours ne sont plus inutiles, durant les nuits, je ne sens plus aussi souvent ta main, mais je sais que tu es là et que tu m’effleures le dos. (…)

    L’écriture est oxygène _ voilà, voilà ! _, elle purifie _ en décantant vraiment et démêlant, pour commencer, les situations enchevêtrées et difficiles… En te parlant, en t’écrivant, j’ai l’impression d’émerger du puits obscur où je suis tombée _ à ton décès _ et de remonter vers la lumière, vers la blancheur _ lumineuse, éclairante et illuminatrice _ de la page que je remplis pour toi » _ pour reprendre et continuer – poursuivre l’indispensable aimante conversation (asymétrique, aussi ; mais c’était mutuellement accepté ainsi, en l’état de leurs tempéraments de fond si contrastés…) interrompue un moment de presque deux ans : entre nous deux.

    …

    …

    Ce lundi 2 octobre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa